Je vous présente mes excuses pour ce retard, mais c'est finalement le dernier chapitre de ma seule fiction sur Sherlock Holmes. Elle m'a prise trois ans, ce qui explique les contrastes de style entre les passages, et je m'en excuse aussi. Mais je vous remercie pour votre considération envers mon bébé (je n'y toucherai plus et je l'abandonne dans vos bras. C'est fini. Eh, pourquoi je pleure, là ? C'est les nerfs.) et pour votre soutien constant, sans quoi je n'aurais jamais réussi à la terminer.

Merci pour votre patience et à tout de suite.

-o-o-o-

Charly n'avait pas réussi à avaler la soupe trop cuite. Il avait froid. Il joignit ses mains, et resta un instant immobile, à regarder sans les voir les morceaux mal taillés de légumes trop mous. Le potage manquait de pain. Sa sœur arrivait toujours à lui en donner. Il n'avait jamais eu de cheminée vers laquelle revenir le soir, mais il n'avait jamais manqué ni de pain ni d'amour.

Voilà qu'il avait la cheminée mais pas l'amour.

Ses mains jointes se serrèrent, et il fit une petite prière à sa sœur. Il aimerait qu'elle pousse le docteur à l'adopter. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas été porté dans des bras, longtemps qu'il marchait tout seul comme un adulte mais hier, il avait rajeuni et il en aurait pleuré de joie.

Il sursauta violemment alors qu'on frappait à la porte du logement. Grace se leva brusquement et lui intima d'aller se cacher dans l'armoire. Le garçon obéit et se précipita vers sa cachette. Il s'enfonça dans les vêtements dévorés par les mites et recula autant qu'il le pouvait. A travers le mince interstice, il pouvait voir une partie de la scène.

« Puisque je vous dis que je n'ai pas d'enfant ! Je suis une vieille cuisinière aigrie, pourquoi aurais-je un enfant chez moi ?!

-Tant pis pour vous, fit doucement l'homme, je le trouverai tout seul.

D'un simple mouvement de la main, il poussa Grace qui se cogna la tête contre le mur. L'enfant plaqua ses mains sur sa bouche pour étouffer un cri de surprise. Elle lâcha un gémissement de douleur étranglé et tomba sur le sol de terre battue.

-Charly ? Allez, viens gamin, je ne te veux aucun mal, je veux juste le collier.

L'homme entrait et sortait de son champ de vision. Charly avait imaginé un homme très grand, aux cheveux noirs, le regard fou, un couteau à la main. Mais celui qui avait tué sa sœur était brun, assez grand mais pas tellement, une barbe de deux jours, le visage fin, le regard intelligent. La terreur se diffusa dans son corps quand les yeux de l'homme se plantèrent dans les siens.

-Trouvé, dit-il simplement. Maintenant que j'ai joué avec toi à cache-cache, tu me dois quelque chose.

L'enfant recula désespérément contre le bois du meuble tandis que les portes grinçaient en s'ouvrant.

-Tu es bien Charly ?

-Non ! s'écria l'enfant. Je m'appelle John ! dit-il en prenant le premier nom qui lui venait à l'esprit.

-Vraiment ? Nous avons déjà ça en commun, alors. Dis-moi, Charly, voudrais-tu me donner le collier avant que je ne te torde le cou.

Une sueur froide lui trempait de dos et la frayeur le paralysait.

-Je ne l'ai pas ! Je ne… On me l'a prit !

-Vraiment ? fit-il avec un sourire déçu. C'est dommage. Allez, tu parleras mieux avec une fracture.

La main de l'assassin, fine comme une araignée, lui attrapa le poignet avec brusquerie et le sortit de l'armoire. L'enfant tomba à genoux, des larmes de terreur lui dévalant les joues. John Clay le remit debout en lui tirant le bras.

-Attention, le prévint-il, ça va faire mal.

Il attrapa le poignet du garçon avec la main qui lui restait. L'autre sur l'avant-bras, il tordit avec expertise le membre et brisa l'os net.

Le bruit répugnant de la cassure résonna et l'enfant hurla de douleur.

-Je repose ma question, fit doucement l'assassin, la voix couverte par les pleurs. Où, est, le, collier ?

-Ce n'est, ce n'est pas, ce n'est pas moi qui l'ait, c'est, c'est, c'est… bégaya l'enfant.

-Je t'écoute, murmura-t-il en se penchant. C'est… ?

-Sherlock Holmes, fit une voix derrière lui dont la fureur glaçait les sangs.

Un coup de genou dans le dos le fit lâcher l'enfant et il tomba à genou quand un poing lourd comme une massue s'abattit sur son épaule. Un coup de talon lui brisa la clavicule fragilisée et lui fit lâcher un grognement de douleur. En position de faiblesse, se tenant l'épaule, il leva la tête au son des perles qui s'entrechoquaient avec un bruit doux.

-La vérité sort toujours de la bouche de enfants, fit le détective avec une voix calme qui effrayait davantage qu'un rugissement. Il faut les écouter.

Il leva lentement son pied et l'appuya soudain contre ses côtes, le poussant contre le mur. En tentant de reprendre son souffle, John Clay cracha une flaque de sang.

-Il suffit, Holmes, lança le médecin qui était auprès de la cuisinière avec l'enfant. Vous allez le tuer.

-Comment va-t-elle ? s'enquit-il avec inquiétude en se précipitant vers eux.

-Holmes, elle était très âgée, annonça doucement le docteur. Elle avait un début de tuberculose, et je ne sais pas si c'est son cœur qui a lâché ou son choc à la tête, mais elle ne respire plus.

Le logicien se tourna lentement vers l'assassin et ce dernier sut qu'il allait le tuer. Il recula avec terreur contre le mur tandis que l'homme se rapprochait.

-Sherlock ! s'écria le médecin. Charly va bien.

-Je ne vais pas le tuer, dit-il au docteur.

Il se rapprocha tout près de l'assassin et lui murmura dans l'oreille :

-Savez-vous que lorsque la corde se resserre sur votre gorge, on a l'impression que c'est la mort elle-même qui vous étrangle ? La douleur est telle que c'est davantage elle qui tue que la suffocation, sauf quand on a la chance que notre cou se brise avant. Sinon, l'agonie dure quarante longues secondes. Ces quarante secondes suffisent à vous faire payer vos crimes, aussi infâmes qu'ils soient.

L'homme haletait, terrifié. Lorsque le détective se recula, leurs yeux se rencontrèrent. Et l'assassin crut qu'il brulait déjà en enfer et que le Diable en personne le regardait se consumer de douleur.

Le logicien se releva et ignora l'assassin dont les yeux luisaient d'horreur. Le regard triste, il s'approcha du corps sans vie de sa vieille amie. Il s'agenouilla et contempla le visage ridée avec reconnaissance. Il lui ferma les yeux avec précautions puis se tourna vers Charly, dont les larmes avaient séchées. Watson était en train de lui faire une attelle après avoir replacé correctement ses os.

-Une double fracture, mais la cassure est nette. Tu devrais être guéri dans un mois, environ.

-Merci, docteur, murmura l'enfant avec émotion.

-Appelle-moi John, Charly. Appelle-moi John.

L'enfant laissa échapper un sanglot et se jeta dans les bras du médecin. Sincèrement soulagé, Watson l'étreignit avec force et l'enfant pleura doucement contre l'épaule rassurante.

-Il a plusieurs côtes cassées, la clavicule fracturée et la plèvre percée, annonça Holmes. Il ne peut plus bouger, je suggère d'attendre ici Lestrade. Charly ?

L'enfant tourna la tête vers le détective.

-Je te présente mes excuses. C'est de ma faute si nous sommes en retard, et nous aurions dû t'emmener avec nous. Nous aurions sauvé Grace et ton poignet. Je suis désolé.

-Non, c'est pas grave, je veux dire, si, mais… Enfin… Vous l'avez trouvé, et puis… Elle a voulu me protéger.

-Ne culpabilisez pas, Holmes, intervint le médecin. Elle est morte en sauvant un enfant, et je suis sûr qu'elle est satisfaite.

Le détective adressa un sourire triste au gamin et au médecin, puis annonça que ça sentait la soupe. L'enfant approuva, prévenant qu'elle était un peu trop cuite. Le détective posa un doigt sur ses lèvres en jetant un coup d'œil à la vieille femme allongée.

Ils mangèrent sans un regard pour l'homme qui souffrait contre le mur, puis le docteur se leva pour regarder ses blessures sous l'œil désapprobateur du logicien. Le médecin assomma l'assassin avec un antalgique qu'il accueillit avec soulagement et allongea le corps. Le détective n'y était pas allé de main morte. Il lui faudrait bien deux heures pour soigner la plèvre et remettre les côtes en place, la clavicule lui prenant quinze minutes supplémentaires.

-Vos beaux discours sur la vengeance sont admirables seulement s'ils sont appliqués, lança le docteur à l'attention du détective.

-Voyons, Watson, fit le logicien qui tenait l'enfant sur ses genoux, j'ai un médecin brillant avec moi, ces blessures sont donc réparables et sans conséquence.

-Ma qualité de médecin diminue ou augmente selon votre bon vouloir, n'est ce pas ? maugréa-t-il.

-Articulez, Watson, on ne comprend rien. Pas vrai Charly ? »

L'enfant rit doucement et le docteur leva les yeux au ciel, se préparant pour l'opération.

Il mit en effet près de deux heures, et quand il se releva, épuisé, Charly dormait contre le torse du logicien. Le sourcil relevé, le regard de ce dernier était hautain et la moue qu'il affichait transmettait tout le bien qu'il pensait de sa générosité.

-Je ne vois pas pourquoi vous vous êtes donné autant de peine.

-Il est préférable pour nous que cet homme reste en vie, et vu la vitesse à laquelle Lestrade a l'air de se déplacer, la chose ne coulait pas de source, murmura Watson pour ne pas réveiller le garçon.

Holmes ne répondit rien, se levant avec précautions et en couchant l'enfant sur le matelas qui se trouvait dans un coin de la pièce. Il se retourna ensuite vers le médecin couvert de sang.

-Il ne devrait pas tarder, à présent, chuchota-t-il.

-Avez-vous dit à Charly ce qui allait se passer désormais ?

-Pas encore. Il risque d'être interrogé en tant que témoin alors que nous serons pour notre part enfermés le temps de clarifier l'affaire, mais son avenir devrait être plus joyeux que ne l'a été son passé.

John lui adressa un sourire, n'osant formuler son vœu à voix haute de peur qu'il ne se réalise pas.

-Affaire classée ? s'enquit-il.

-Affaire classée. John Clay se repentira en prison, Kitty également avec sans doute une durée plus courte, et le Yard devrait fermer les yeux sur nos pratiques immorales.

L'expression était appuyée d'un regard suggestif.

-Je n'ai pas souvenir de pratique immorale, s'étonna le médecin.

-Oh, alors que dites-vous de nous faire enfermer pour un motif valable ? fit le logicien en se rapprochant doucement.

-Ma foi, cela serait plus juste. »

Leurs yeux étaient embrasés de désir. C'était un miracle qu'ils aient tenu jusque là. Holmes demeura où il était, laissant le médecin décider ce qui allait suivre. Sans une once d'hésitation, il unit leur lèvres en glissant ses doigts dans les cheveux décoiffés. Avec la sensation de respirer pour la première fois, Watson rapprocha leurs corps en se laissant mordiller la langue. Un pouce retraça les lignes de sa mâchoire jusqu'à l'oreille alors que leurs corps s'embrasaient avec délice. Le détective entendit alors une toux qui n'avait rien de naturel, mais eut un mal fou à se détacher, et constata avec délice que le docteur avait la même difficulté.

« Vous avez de la chance que je sois venu avant, lança le lieutenant, tortillant son corps imposant. Je n'aurais rien pu faire pour vous si les gars vous avaient vus.

-Merci, inspecteur, sourit le docteur, gêné mais trop heureux pour se formaliser que le policier les aient surpris.

-C'est donc lui, John Clay ? Beau travail, monsieur Holmes, voilà qui devrait vous épargner la prison à tous les deux.

-C'est fort aimable à vous, Lestrade. L'enfant dont je vous ai parlé a eu le bras cassé, pourrez-vous vous en occuper jusqu'à ce que nous soyons libres, le docteur et moi ?

-Et ensuite ? s'enquit-il, ses sourcils épais froncés.

-Watson voudrait en devenir le tuteur, fit le logicien avec un sourire.

-Je ne vous cache pas que ce sera difficile, mais… Votre frère pourrait œuvrer là-dessus."

Holmes hocha la tête, faisant sourire Watson, et Lestrade ressortit pour aller chercher ses subalternes.

Le médecin surveilla la sortie du policier, et fut embrassé à nouveau avant même qu'il n'ait pu en prendre l'initiative lui-même. Ils se détachèrent après ce qu'il leur parut une fraction de seconde, et John s'approcha de Charly pour le réveiller tranquillement, lui expliquer ce qui allait se passer et qu'ils allaient se revoir très bientôt. L'enfant afficha une expression confuse, mais fit savoir qu'il « n'était plus un bébé ». Watson sourit à ça et le prit doucement dans ses bras pour lui dire au revoir.

Holmes observa la scène avec un sourire attendri, et tourna la tête quand les premiers policiers entrèrent.

Les menottes claquèrent à nouveau.

-o-o-o-

« Holmes, ce n'est pas raisonnable, sermonna Watson.

-Si le procès ne se passe pas comme prévu, les 99 points nous ferons sortir aussitôt du tribunal ! répliqua le logicien, assis par terre.

-Il n'en est pas question, le tapage de cet apprentissage ne va pas aller en faveur de ce que nous plaidons.

-Je vous en prie, le crime « dépravation » vit ses dernières heures. Nous en aurions pour six mois.

-Arrêtez d'être aussi égoïste, Holmes ! Je ne laisserai pas Charly seul pendant six mois !

-Bien, bien, capitula le logicien, ne voulant pas provoquer une dispute. Alors nous serons sages. Que voulez-vous pour votre vengeance ?

Il y eut un silence dans leur cellule. Watson le regardait, ne voyant visiblement pas de quoi il voulait parler.

-Ma vengeance ?

Ce n'était pas un bon calcul de sourire maintenant. La rancœur de Watson reviendrait. Aussi, son sourire incontrôlable fut caché sous un masque de complète indifférence.

-Oh, vous avez raison, ce n'est plus si essentiel, après tout, fit Holmes de manière nonchalante en se détournant du docteur.

-Maintenant que vous le dites, vous avez tué Gladstone-

-Assommé pour une durée d'envir- tenta de répliquer le logicien, tout en ayant conscience qu'il ne pourrait empêcher l'orage qui s'annonçait.

-vous m'avez torturé, ruiné mon couple, fait de moi un hors-la-loi, couvert de charbon,

-Etait-ce si-

-trimballé aux quatre coins de Londres, trainé dans des maisons closes, couché dans le même lit, réveillé à une heure indécente, présenté à toutes vos conquêtes, fait endosser l'uniforme d'un agent de police, donné la frayeur de ma vie pour un enfant rencontré la veille, et finalement fait emprisonner !

Watson reprit sa respiration puis croisa les bras, attendant sans doute des excuses.

-N'est-ce pas la plus belle preuve d'amour, Watson ? s'enquit Holmes, avec un sourire doux.

Le médecin poussa un long soupir. Il se détourna de son ami pour sa couchette, où il s'y allongea, jambes croisées, le chapeau sur les yeux.

Holmes le regarda un instant, fortement amusé sans vouloir le montrer. Son envie de dire quelque chose dut s'entendre dans son sourire, car Watson lança sans soulever son chapeau :

-Nous avons eu une dure journée, Holmes. Vous devriez m'imiter. Et pour ma vengeance, comptez sur moi pour méditer dessus. Je pensais peut-être… Oui, lança-t-il après un silence, deux-trois mois d'abstinence devraient vous faire réfléchir.

Le glapissement d'horreur de son ami lui fit dans les faits beaucoup de bien, et dissipa suffisamment ses inquiétudes pour qu'il prenne un peu de repos.

-o-o-o-

Un an plus tard

John Watson avait eu une longue journée, entre traiter quatre cas plus ou moins exaspérants et être appelé en urgence pour un accouchement vers dix-sept heures. Il était épuisé, et il lui tardait de rentrer chez lui. Il aurait presque poussé un soupir de soulagement quand il arriva devant le 221B.

Il poussa la porte ouverte, essuya ses chaussures boueuses sur le paillasson, entra et referma bien vite pour empêcher le froid d'entrer. Il déposa son parapluie et accrocha son manteau, appréciant la chaleur qui régnait dans le hall, grâce à la cheminée de madame Hudson, récemment ramonée par des professionnels. Cette réflexion lui arracha un sourire, et il monta l'escalier en se dépêchant presque.

Il poussa la porte et son cœur rata un battement.

Holmes, le corps étalé sur la moquette, gisait sur le sol, ses yeux sans vie fixant le mur derrière le médecin. Son gilet était maculé de sang coagulé, qui avait pénétré la moquette. Il avait été blessé à plusieurs endroits, mais n'avait manifestement eu pas le temps d'aller chercher du secours. Il était mort quelques secondes après les coups, sans avoir eu le temps de protéger le petit garçon qui gisait derrière lui, baignant dans son propre sang.

Sans sourciller, Watson se baissa, et en faisant attention de ne pas se salir, vérifia le pouls de son ami. Il était à peine perceptible, un ou deux battements par minute.

« Pas mal, Holmes, pas mal, commenta le docteur en se relevant. Mais arrêtez d'entraîner Charly dans vos frasques, je vous prie, il a de l'arithmétique à travailler.

-J'ai tout fini ! répliqua l'enfant, les yeux rouverts, miraculé.

-Voilà la plus belle démonstration de flegme britannique à laquelle j'ai assistée, commenta Holmes, ses yeux vitreux redevenus rieur.

Watson leva les yeux au ciel. Il n'avait pas besoin d'une attaque cardiaque après la journée qu'il venait d'avoir. Voir son fils et soncompagnon éviscérés dans son salon n'était pas vraiment l'accueil qu'il préférait. Il prit une profonde inspiration afin de ne pas s'énerver. Un an plus tôt, il avait pesé tous les pour et tous les contre dans une cellule de Scotland Yard, et avait pris une décision, en toute connaissance de cause. Par conséquent : il n'allait pas s'énerver.

-Ca ne tâche pas, au moins ? s'enquit-il en tendant une main à Charly, trop atterré pour poser une question plus sensée.

-Parfait pour les ménagères, lavable à l'eau, même froide, commenta joyeusement son ami, qui se releva tout seul avec dépit. La version Holmes de ce que nous avons trouvé dans le coche de Regent's Street. La mienne est meilleure, ajouta-t-il en allant se nettoyer, bien entendu.

-Tout ce simulacre parce que vous avez résolu une affaire en avance ? fit Watson en soupirant.

-Je m'ennuyais ! s'insurgea-t-il comme s'il s'agissait de la plus grande tragédie. Et Charly aussi !

-Est-ce que tu as eu peur, John ? demanda Charly avec une fierté non dissimulée.

Son cœur affolé frappait encore ses côtes. Il n'allait pas faire une scène devant son fils, mais Holmes le lui revaudrait. Il l'ajouta à sa liste mentale de tout ce que son ami lui avait fait et lui assimila une petite bassesse qu'il lui ferait le lendemain. Du thé se renversant dans son faux sang, ses manches de manteaux étrangement à l'envers , ce genre de choses. Les amabilités que veulent l'usage.

-Très. Va te nettoyer avant d'en mettre partout.

L'enfant, très satisfait, s'exécuta.

-Vous le baptiseriez le Disparaisseur, fit Holmes en revenant, débarrassé de son haut souillé. Contre une modique somme d'argent, vous pouvez disparaître de la circulation, en cas de graves problèmes avec la justice ou autre, expliqua-t-il à Watson dan une de ses logorrhées habituelles. Monsieur Mac Lenny trempait dans de sombres histoires bien cachées, et il s'est… évaporé, murmura avec un air de magicien.

Ses yeux plissés d'intelligence et de malice n'eurent aucun effet (conscient) sur la rancœur de Watson.

-Pas de meurtre ? demanda-t-il d'un ton badin.

-Pas de meurtre. L'épouse est dans le coup. Affaire intéressante mais simple, soupira-t-il. Et votre journée ?

-Bien, avant que je ne rentre, répliqua Watson d'un ton accusateur. Vous en avez informé Lestrade ?

Le logicien éluda la question d'un mouvement de la main en s'habillant.

-Plus tard, vous êtes là, fit-il avec un sourire.

-Justement, allez prendre l'air pendant que Nanny arrange ça avec moi. Cela vous fera méditer sur ce type de farce et l'implication de Charly, asséna le médecin alors que l'enfant revenait. Tu as vraiment fini tes calculs ?

-Oui ! répondit l'enfant avec fierté.

-Et tes lectures ?

-Oui ! répéta-t-il.

Le docteur haussa un sourcil pour avoir confirmation. Il y eut quelques secondes de flottement où Holmes fit discrètement un hochement de la tête affirmatif derrière le médecin.

-Non, avoua piteusement Charly, incapable de mentir.

Le logicien se pinça l'arête du nez de dépit tandis que le médecin, d'un mouvement du menton, l'invita à se remettre au travail. Quand l'enfant tourna les talons, les épaules basses, Watson se tourna vers le deuxième coupable et l'invita du regard à aller faire son rapport à Scotland Yard.

-Soit, fit Holmes d'un ton excessivement douloureux, ma vue vous ne pouvez souffrir

Je la soustrais à vos yeux mais chère âme, de grâce

De grâce laissez emporter ce cœur amoureux

Un soupir, un sourire, un souvenir,

De l'affection que lui portait vos yeux.

-Vous plaindre en mauvais vers ne vous fera pas pardonner, répliqua Watson, son amertume déjà disparue, alors qu'Holmes, absolument pas atteint, se rapprochait.

-Je vous délivre de ma présence mais d'un baiser j'ai besoin

Imaginez qu'il n'y ait pas de lendemain…

-Un jour, votre romantisme vous étouffera, soupira Watson en cédant.

Holmes sourit. Se faire déclamer de la mauvaise poésie directement sur les lèvres avait toujours fait céder son ami. Ils se frôlèrent le temps d'un respiration, Watson repoussant le logicien quand il voulut un vrai contact.

-Disparaissez, et perdez-vous en chemin.

-Je suis comme vous je ne vous hais point, avoua le logicien en descendant l'escalier.

Holmes se retourna et eut une expression victorieuse quand le médecin sourit enfin, une expression faussement affligée sur ses traits fatigués. Il allait se faire pardonner dès son retour, il n'avait simplement pas pu résister quand il avait réussi à recréer un liquide semblable en tous points au sang. C'était presque la même texture que celui retrouvé dans un coche vide, sur Regent's Street on avait cru le passager et le chauffeur sauvagement assassinés, alors qu'il n'en était rien : le chauffeur était sans doute un agent du Disparaisseur , et le passager, riche mais rencontrant des difficultés, était parti se réfugier sous d'autres cieux plus ensoleillés.

Il aimerait faire découvrir la France à Charly. Et continuer le tourisme qu'il avait commencé avec Watson, il y avait quelques années. Le médecin avait besoin de vacances, il était-

Il revint sur terre juste avant de percuter Lestrade, l'air affairé. Chic, à peine sorti de Baker Street ! Il serait auprès du docteur dans cinq minutes.

« Bonsoir, mon ami ! J'allais justement vous voir ! fit-il en cherchant ses notes dans ses poches.

-Bonsoir, Holmes, lança l'officier d'un ton pressé. Nous avons un cadavre, juste après l'affaire d'hier matin : on a peut-être affaire à-

-Non, voilà pour hier matin, fit-il en remettant les feuilles qu'il avait sous son manteau au policier, et pour le corps, je le verrai demain. Bonne soirée Lestrade !

-Holmes, attendez !

-C'est un cadavre : il n'est pas pressé. Accordez-vous une journée de repos, mon vieux, vous travaillez trop !

Il était déjà presque hors de vue. L'officier soupira et rebroussa chemin sous la neige, tentant de déchiffrer les notes. Quel pitié d'écrire aussi mal quand on était aussi doué. L'agent se dit que ces hiéroglyphes paraîtraient plus limpides sous une lumière décente, et s'emmitoufla pour retourner à Scotland Yard. Le détective avait vraiment la belle vie, il ne pouvait pas voir ses enfants quand il voulait, lui, ronchonna-t-il. Voleter d'un crime à une vie de famille, sans attache, alors que lui devait faire attention à sa promotion, et boucler le maximum d'affai-

Big Ben lança soudainement qu'il était six heures, et fit vibrer la ville entière. L'enfant des rues qui marchait devant Lestrade pila net, et le commissaire faillit lui rentrer dedans.

« Attention ! s'exclama l'agent d'un ton bourru.

-Oh, s'cusez m'sieur, fit le jeune vagabond, c'juste que- écoutez ! s'écria-t-il en levant les yeux vers l'horloge, dont le cadran était visible au dessus des bâtiments.

Le carillon grave des cloches résonna pour la sixième fois alors que le policier avait lui aussi levé la tête. Il se dit qu'il n'y avait vraiment pas de quoi fouetter un chat quand il baissa le menton : mais l'enfant avait étendu les bras, et écoutait les yeux fermés, comme si le son résonnait encore en lui. Il resta ainsi de longues secondes, puis baissa les bras, tourna sur lui-même, fit la roue et courut en direction de la Tamise.

L'agent avait assisté au spectacle les yeux ronds, et regardait toujours l'enfant quand un appel retentit derrière lui : on le bouscula à nouveau alors qu'il se retournait.

« BEN ! Oh, pardon m'sieur ! lança rapidement l'enfant. BEN ! Reviens !

Le cœur de Lestrade se serra de pitié sans qu'il ne comprenne pourquoi. Ses lèvres s'entrouvrirent comme pour les appeler, mais ils avaient déjà disparu. Les flocons tombèrent avec douceur devant les yeux du policier, immobile au milieu des passants. Subitement, ses pieds prirent une autre direction que celle de Scotland Yard, celle d'un salon réchauffé par une cheminée éclairant des sourires. Wendell poursuivit Ben sur deux trois carrefours, avant de le retrouver accroché à un réverbère surplombant le fleuve, à contempler avec fascination le cadran lumineux.

« Ben ! lança-t-il sur un ton de reproche, avant de reprendre son souffle, les mains sur les genoux. Je sais qu'c'est un grand soir pour toi, mais qu'est c'qui t'a pris ?!

-Chuis ivre, dit-il dans un rire, ivre d'horloge. Regarde-la ! murmura-t-il en levant le bras vers la tour. Un jour je l'épouserai.

La Tamise eut un soupir amusé à ça, que Wendell prit pour une vague clapotant sur le bord. Ben était trop absorbé par les aiguilles qui tournaient langoureusement, un mouvement par minute, comme une jeune fille lasse mais flattée de tant d'amour. L'autre enfant secoua la tête, sachant pertinemment que la fièvre le faisait délirer, et attrapa son ami par le bras.

-Allez viens, faut qu'on rentre. Viens. On la voit de la fenêtre, tu sais bien. »

Le malade répondit à mi-voix que c'était pas pareil, qu'elle ne voulait pas qu'il parte, mais il se laissa finalement entraîner par l'autre. Ils s'enfoncèrent dans la nuit, loin du halo du cadran. La Tamise fut bien triste et bien pensive en les voyant. Elle jeta un coup d'œil triste à l'horloge, qui lui rendit son regard et s'émut du clapotement de son eau légèrement salée. Pour la consoler, elle lui murmura, dans les vents et les flocons, que rien n'arrivait jamais aux enfants de Londres. Leurs cœurs battent avec ses aiguilles, et son âme d'horloge demeure à l'intérieur. Même lors des hivers les plus froids, un rond de lumière éclairera leurs visages, s'ils lèvent seulement les yeux.

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Mes nerfs me pourrissent la vie, je pleure pour rien. Je suis sans doute heureuse d'avoir réussi à finir cette vieille histoire pas mal remaniée au fil des années. Bref, je passe aux trucs intéressants :

-Merci infiniment pour votre soutien, je n'aurais jamais pu finir sans vous. Voilà. Je... MERCI

-Pour celles qui suivent mes deux autres fics... Celle-ci m'a prise trois ans. Keep calm and be patient, c'est tout ce que je peux vous dire.

Merci encore, et même si je ne compte pas écrire d'autres fictions sur ce fandom pour le moment, j'espère vous relire bientôt.

Je vous embrasse.