Chad et Sonny ont invité tous leurs amis pour une fête enflammée avant l'inauguration plus officielle avec famille et investisseurs. Payne a apporté une chaîne stéréo et Sonny a prévenu les voisins du café à l'avance, pour ne pas voir débarquer les flics pour tapage sonore. Pour le moment, elle est éteinte et Chad, Will, Mel, Abby, Tyler et Cam sont lancés dans une interprétation sauvage et cacophonique de « We will, we will rock you !» a cappella. Sonny et Ham sont écroulés de rire sur le comptoir. Ils sont en train de couper les pizzas et Sonny se sent léger et confiant dans l'avenir. Oui, il aura des comptes à rendre et des employés à gérer mais il sent que tout va bien se passer. Après tout, « heureux au jeu, malheureux en amour » et il a tout parié sur Common Ground. Au bout d'un moment, les chanteurs eux-mêmes s'étouffent de rire et dans le silence qui suit, on entend une seule voix continuer à chanter haut le refrain. Sonny en a le souffle coupé. Will a une voix magnifique. Il n'est pas seul à le penser et tout le monde reste coi, ce qui fait rouvrir les yeux à Will. Sonny le voit rougir légèrement, puis avoir l'air mortellement embarrassé quand tout le monde se met à applaudir et à siffler. Sonny attrape sa bouteille de bière entamée et tape sur un des chauffages en métal pour détourner l'attention. « Je voudrais faire un toast à notre nouveau café ! » Chad saute sur l'occasion et rajoute « Et à tous ceux qui nous ont aidé. On va ouvrir dans un temps record grâce à vous ! » Il passe son bras autour de l'épaule de Sonny qui se laisse baigner dans ce moment si unique.
À 3 heures du matin, il est debout sur le comptoir (qu'il a protégé d'un plastique épais avant la soirée, vu le prix qu'il a coûté) en train de déclamer du Shakespeare (de vagues restes du lycée), pendant que Chad et Ham jouent aux fléchettes (qui ne touchent presque jamais la cible mais ils s'entêtent) et que Mel et Cam se bâfrent de pizzas froides en catimini. Tyler a écrit un menu délirant sur l'ardoise noire à l'entrée. Sonny se souvient entre autre de « Jus de betteraves au Tabasco » et « toasts à la confiture d'épluchures de patates » et de lui avoir proposé un boulot en cuisine. Tyler a refusé avec hauteur en expliquant que son intégrité artistique en serait compromise. Will s'en est étouffé sur sa bière et en a recraché une partie. Sonny lui a tendu un sopalin et Will l'a remercié, les yeux brillants. Depuis, Sonny se repasse ce moment en boucle dans sa tête.
Les invités commencent à partir un par un et Will vient au comptoir, emmitouflé dans un anorak vert et blanc, prendre congé, juste au moment où Tyler, vexé du manque d'enthousiasme de Sonny pour chanter en duo, s'insurge et dit « Tu te poilais peut-être quand on chantait tout à l'heure mais je t'ai pas entendu fredonner de la soirée que je sache. » Chad répond « Oh, mais il y a une raison pour ça ! Sonny chante comme une casserole. Tu l'entendrais quand il a ses écouteurs et qu'il croit qu'il est tout seul. J'ai cru qu'il allait briser les vitres qu'on venait de faire poser. » Sonny se défend « Je ne réserve mon talent que pour les auditoires restreints. En gros, moi. Tout le monde ne donne pas la chair de poule en l'écoutant, comme Will... » rajoute-t-il juste avant de croiser le regard interdit du Will en question. Sonny craint de l'avoir mis mal à l'aise et ne sait pas comment continuer mais Will dit simplement « Merci, la prochaine fois, j'emmènerai ma guitare. Il y a une bonne acoustique ici. » Sonny l'accompagne à l'extérieur. « Tu viendras à l'inauguration ? » Will le regarde bien en face « Bien sûr, pas moyen de manquer ça. Rien que pour te voir habillé en pingouin. Je pourrais prendre des photos ? » « Seulement si elles sont flatteuses. J'ai une réputation à préserver... » Will lève un sourcil ironique « Une réputation de Don Juan ? » Sonny répond sur le même ton « Peut-être... ». Will baisse les yeux « Ma foi, y a de quoi. » Il se retourne et s'enfonce dans la nuit laissant derrière lui un Sonny pétrifié. Le temps qu'il se reprenne et qu'il court après Will et celui-ci est déjà trop loin.
Quelques jours plus tard, Sonny se demande s'il a rêvé ce moment. Il n'a pas de nouvelles de Will et il n'est pas venu à l'inauguration. Sonny a fait bonne figure tout du long et a été sincèrement touché de la réaction positive de ses proches mais après avoir réfléchi à différents moyens d'inviter Will à sortir (l'un d'entre eux incluant une partie de pêche, ce qui montrait à quel point il était désespéré), il n'en pouvait plus d'énervement et d'impatience et la déception a été amère. Au moins, la mise en route du café, les entretiens d'embauche et le rythme de plus en plus sévère de travail scolaire lui occupent assez de temps et d'énergie pour qu'il ne s'appesantisse pas trop sur sa frustration. Il voudrait trouver le bouton pour éteindre ce qu'il ressent pour Will et commence à se demander si les coups d'œil furtifs de Brian ne promettraient pas une échappée bienvenue à son tumulte intérieur. Mais, il sait bien que ce serait utiliser quelqu'un et qu'il en est incapable. Au fond de lui, il sait qu'il attend. Will va venir lui donner une explication pour son silence radio. Elle sera peut-être à peine passable et il l'acceptera. Quelquefois, il se dit qu'il a perdu toute dignité. Et puis, il revoit le regard limpide, au bleu pur et innocent, et il se dit que ça en vaut la peine. Will en vaudra toujours la peine.
