Le vendredi matin, Sonny arrive à 5h00 à Common Ground. Il profite de cette avance sur le rendez-vous avec Will pour aller vérifier que tout est prêt pour la journée au café et qu'ils survivront deux jours sans lui. Il se rend compte qu'il a du mal à lâcher et il sait qu'il va falloir qu'il apprenne à faire confiance en ses employés et en Chad, qui sous ses airs frivoles, tient autant que lui à leur réussite.

Alors que Sonny finit de lire des papiers à son bureau, son portable se met à sonner. Il croise les doigts ('faites que ce ne soit pas Will qui annule, s'il vous plaît...') mais est soulagé de voir qu'il s'agit du numéro de Cam. Il décroche, surpris d'un coup de fil si matinal et est encore plus surpris par le ton de la voix du docteur « Salut Sonny, je te dérange ? » « Non, non, ça va. Tout va bien ? » « Vraiment pas, non. Tu m'avais proposé ton aide la dernière fois. J'espère que tu ne le prendras pas mal. » « Oui, bien sûr, tu as besoin de quoi ? » « D'argent... »

Après quelques minutes de discussion, Sonny entend frapper à la porte. Ça doit être Will. « Écoute, Cam. Je décolle pour le week-end. Tu peux patienter d'ici là ? » « Non » répond simplement Cam. « Et je ne peux pas me libérer avant cet après-midi. » Sonny réfléchit rapidement, l'esprit occupé par le renouvellement des coups sur la porte. « Et si tu me rejoignais là où je vais, tu as une voiture ? » « Je peux me débrouiller. » « Je t'enverrai l'itinéraire. J'emporte la somme avec moi. Tu ne peux vraiment pas me dire pourquoi ? » « J'aimerais, mais... » « C'est bon, à ce soir, Cam. » Sonny raccroche précipitamment et court ouvrir.

Will est toujours beau. Quoiqu'il porte et quelque soit la saison. Il y a quelque chose de magnétique dans son sourire, dans la vibration qui émane de tout son corps qui change l'atmosphère autour de lui. Sonny se sent en pleine forme et prêt à profiter du week-end sans arrière-pensées.

Ils sortent de l'épicerie et placent les sacs sur les sièges arrières de la voiture de Will. Sonny s'était déjà trouvé dans celle-ci une autre fois mais aujourd'hui, Will a du la nettoyer et la débarrasser pour l'occasion. Il en fait la remarque en riant et Will le regarde d'un drôle d'air. Sonny se demande s'il a touché un quelconque point sensible et attend. Will se racle la gorge, remet ses yeux sur la route et dit « Je ne savais pas que monsieur était un maniaque de la propreté. J'ai du rêver alors quand j'étais chez toi et imaginer tout ce qui traînait partout... » Il lui jette un regard de côté, les yeux brillants. Sonny se relaxe. Il se tourne vers les sacs et attrape un paquet de chips. Il en propose un à Will et en grignote un. Will ne le remercie pas et demande « Un autre ! » Sonny s'exécute. Puis « Encore ! ». Enfin, Will s'exclame « Eh, esclave, j'attends mon prochain chips. » Sonny prend le ton le plus hautain qu'il peut sans éclater de rire et répond « Je suis peut-être ton esclave, mais il va falloir demander plus gentiment, chez maître, où je fourre le sac derrière et je me croise les bras. » Will se mord les lèvres puis prend un ton mielleux et une voix de fausset « Sonny, ô toi la lumière de ma vie, accorde-moi le chips salvateur pour ma bouche dévastée... » Sonny s'arrête de respirer un instant et avale plusieurs fois sa salive pour se calmer. Quand il se sent un peu mieux, il glisse un chips directement entre les lèvres de Will qui le coince avec ses dents. Sonny ne peut pas s'empêcher un tout petit gémissement et se dépêche de le cacher en parlant trop fort. « C'est l'heure de ma pause syndicale, maintenant. Je vais me gaver de chips et s'il en reste un ou deux, je réfléchirai si je veux bien te les céder... » Will ne dit rien et soudain, Sonny sent une main lui chatouiller les côtes. Il rit à s'en étouffer en haletant « Will, tu conduis, arrête ! » « Alors, suis mes moindres désirs, si tu veux arriver entier ! » Sonny commence à très légèrement regretter d'avoir accepté ce week-end si Will dit des choses comme ça tout le long, il va péter un boulon.

Dans la lumière rosée, le soleil commence à apparaître au-dessus du lac qu'ils longent depuis quelques minutes et Sonny s'oublie dans la contemplation des couleurs délicates et nuancées qui se reflètent dans l'eau. Il tape sur l'épaule de Will. « Will, tu veux pas faire une pause, c'est magnifique là-bas. » Will gare la voiture et défait sa ceinture. Il va s'étirer sur le bord de la route puis se tourne vers Sonny et dit simplement « Tu as l'art de repérer la beauté dans le monde, Sonny. Je suis content que tu sois là. » La beauté dans ce monde qu'est Will lui sourit puis se retourne vers le lever de soleil et Sonny ne veut plus rien d'autre dans la vie que ce moment-là, que ces mots-là, que ce sentiment d'envol et de bonheur absolu.