Après plus d'une heure et demie de route, Sonny sent ses fesses vibrer. Il gigote et attrape le portable de Will, coincé sous lui, qui affiche '1 texto reçu'. Il prévient Will qui, concentré sur le trafic qui s'intensifie grommelle, « Tu peux me l'ouvrir, s'te plaît ? » Sonny s'exécute et la remarque humoristique qu'il voulait faire à propos de l'esclave qu'il devient meurt sur ses lèvres quand il lit le message. 'Hé, mon étalon, prêt à faire des folies ce soir ? J'ai prévu des nouvelles positions... Neil.' Sonny sent comme une coulée de liquide froid dans ses bronches. Will demande « Tu peux me le lire ? » « Ben... J'aurais déjà sûrement pas du le lire. » Will a l'air complètement à l'ouest et insiste « Si, si vas-y ! » Sonny lit, d'un ton froid. Will a l'air frappé par la foudre. Son visage devient rouge brique. Sonny détourne le regard. Il a mal à en crever. Il entend rire derrière lui puis Will demande « Tu peux lui répondre s'il te plaît ? » Sonny répond, un peu sèchement « Je ne veux pas me mêler de ça. C'est ta vie privée. » Will répond « Non, vraiment pas ! Écris 'Espèce de con, tu t'es encore trompé de contact. Tu peux pas baiser un type qui s'appelle Alfred plutôt que Wilder ? '» Il continue à rire fort puis s'essuie les yeux d'une main. Il ajoute à mi-voix « Je risque pas de recevoir ce genre de message, tu sais, vu que je suis jamais allé jusque là... » En un sens cette confession rend Sonny encore plus inconfortable, même si sa poitrine est libérée et qu'il se sent joyeux à nouveau. Il répond « On peut souhaiter bonne chance à ce Wilder, alors. Il va passer une bonne nuit. Et... Au fait, Wilder, c'est pas un grand avec un bouc ? » « Si. Tu l'connais ?» Sonny acquiesce « Il m'avait donné son numéro l'an dernier. Il a du se lasser à attendre que je le rappelle ! » Will ne répond rien et au bout de quelques minutes, tourne dans une petite allée qui descend vers le lac. « On y est presque. »

La voiture s'immobilise dans le parking. Derrière les buissons qui l'entourent, Sonny repère une allée piétonne qui serpente puis se sépare dans plusieurs directions. Ils sortent leurs sacs et les courses. Will sort deux sandwiches de leur sac et montre une table de pique-nique à Sonny. « Je meurs de faim. L'esclave qui devait s'occuper de me nourrir n'a pas vraiment assuré. » « Est-ce que cet esclave va être nourri lui aussi ? » « Hmm, il faudra qu'il supplie un peu, histoire de m'amadouer. » Sonny fait une petite série de jappements. Will rit et lui lance un des sandwiches. Ils mangent en bavardant et Will regarde souvent vers le lac. Soudain, son regard s'illumine. Il fouille dans sa poche et en sort un trousseau de clé. « Adam m'a dit qu'il y avait une clé de bateau à moteur là-dedans. J'en vois un là-bas, sur le ponton. Tu veux aller faire un tour maintenant ? » L'eau claire est invitante à souhait et Sonny se laisse tenter. Will ajoute « On n'a qu'à laisser les sacs-là, ça risque rien. Ce serait dommage de ne pas profiter de ce temps, là, tout de suite ! » « Et les portables ? » « Dans les sacs ! ». Sonny le rejoint en courant et saute sur le bateau. Will rit et démarre le moteur. Puis au bout de quelques minutes, il arrête tout et lance l'ancre. Il se tourne vers Sonny et dit « Prêt à te mouiller? » et plonge immédiatement, éclaboussant Sonny de la tête aux pieds. Il se dépêche de le rejoindre et lui nage après pour lui mettre la tête sous l'eau. Mais Will passe par dessous et lui attrape la jambe, le faisant réagir et s'éloigner un moment. Son maillot est très lâche et la tente parfaite est un peu trop visible dans l'eau transparente. Will se rapproche, il recule et ils finissent par faire la course.

Quand ils reviennent au ponton, ils sont crevés et regardent leurs sacs par terre avec un manque cruel d'enthousiasme. Ils se posent dans l'herbe, près d'un grand saule. Sonny s'allonge et sent le sommeil le gagner.

« Alors, qui est-ce ? » Sonny relève la tête. Will s'est adossé au tronc et l'ombre des feuillages miroite et danse sur sa peau, obligeant Sonny à cligner des yeux pour le regarder. Il doit se faire répéter, il loupe la moitié des questions de Will en ce moment « Pardon ? ». Il a peut-être manqué plus que la question. De quoi s'agit-il ? Will énonce, l'air particulièrement gêné « Ce type... ? » Sonny scanne désespérément leurs dernières conversations pour trouver une mention d'un inconnu quelconque. Il bloque. « Excuse-moi, mais... Tu peux être plus précis ? » Will tapote son genou, dirigeant et hypnotisant le regard de Sonny vers le haut de ses jambes. Il déglutit. Will répond « L'autre jour, pendant le déménagement, chez ma mère,... Je vous ai entendu parler de Sydney... » « Oui ? » Maintenant, Will frotte sa cuisse et Sonny relève vite les yeux. Il tourne les mains paumes vers le haut, interrogateur. « Tu lui as dit que ton cœur était déjà pris, ou quelque chose comme ça... » Sonny ouvre grand les yeux. Il a vraiment dit ça ? Et où était Will à ce moment-là, dans le couloir ? Will attend silencieux. Impossible de lire son regard avec les reflets de soleil et Sonny ne sait pas quoi dire. Il ne sait pas comment apporter une réponse et il ne veut pas ne pas répondre non plus, il ne veut pas lui mentir. Il se revoit tout à coup dans l'Himalaya, dans les derniers mètres d'escalade du K2, dans le froid mordant, pompé à l'adrénaline et les muscles horriblement douloureux, et il voudrait se retrouver dans ce moment, dix fois, plutôt que de risquer comme maintenant l'équilibre fragile qu'il a réussi à obtenir dans sa relation avec Will.

Il finit quand même par répondre.