« Toi »
Et il attend.
Pétrifié.
La sueur perlant à son front.
Le regard, intense, planté dans celui de Will, dans un dernier effort pour retrouver sa force de caractère. Oui, il prend des risques. Et ils ont souvent payé. Et celui-là est le plus gros de tous et il ne veut pas penser à ce que représenterait un échec pour lui. Mais c'est fait et d'avoir enfin libéré cette énergie, coincée dans tout son corps lui apporte soudain une sensation de flottement, comme s'il ne touchait plus terre.
Il attend.
Will soulève la main de sa cuisse et la porte à sa bouche, en inspirant bruyamment. Le bruit est un peu discordant. Sa poitrine se soulève et il regarde Sonny les yeux écarquillés. Le bord de son œil brille, à cause d'une larme peut-être, à moins que le soleil ne joue encore des tours. Il enlève sa main, ouvre la bouche puis la referme sans rien dire. Sonny attend toujours, étonnement serein. Il décide de continuer «J'ai bien compris que tu ne veux qu'une amitié mais ce que je ressens pour toi, je ne le contrôle pas. Et tout ce que tu es, ce que tu fais, ça ne fait que renforcer mes sentiments, tu es quelqu'un de magique. Rien que de passer du temps en ta compagnie, comme maintenant, c'est merveilleux.» Will commence à répondre «Sonny...» Mais Sonny ne le laisse pas encore continuer. Il veut tout lui dire tant qu'il le peut, tant qu'il n'a pas encore eu sa réponse. «J'ai pensé un moment que... Mais j'ai du me tromper et puis avec ce qui t'es arrivé ces derniers mois, et comme j'en étais même un peu responsable... J'ai préféré ne rien dire et continuer à pouvoir te voir. Ça fait mal des fois mais c'est mieux que rien... Je t'aime, Will. Si tu veux de moi, je te donnerais... tout... Sinon, ne m'offre pas ta pitié, laisse-moi digérer.» Will redit faiblement «… Sonny». Sonny se lève et lui tourne le dos pour ne pas devoir craquer sous les yeux de Will «Vas-y, tu peux répondre maintenant».
«Sonny retourne-toi !» ordonne Will d'une voix si ferme qu'il obéit sans réfléchir. Will n'est plus embarrassé, il est positivement furieux. « Ça fait combien de temps ? » Sonny le regarde sans comprendre «Quelques mois...» «Précisément ?» «Environ... une semaine après notre première rencontre. Juste là, c'était de l'attirance. Et puis, ça a fini par basculer.» Will se frotte le visage, les yeux fermés «Donc depuis plus de six mois, tu me caches un secret pareil.» Sonny se prépare à se justifier à nouveau puis s'arrête et dit, les yeux au sol «Désolé.» Will secoue la tête avec irritation. Il fait trois pas vers Sonny et l'attrape par le menton. «Sonny, lève les yeux !» Sonny le regarde, penaud. «Sonny... Tu es un idiot... Et aveugle aussi apparemment... Tu n'as jamais répondu à mes avances, pas une fois... D'accord, tu me fais tellement d'effet que je n'y arrivais pas souvent, mais je me suis résigné, à force. Mais je n'ai vu personne d'autre depuis. Je n'y arrive pas. Je pense à toi tout le temps, jour et nuit. Je rêve de...» Il approche ses lèvres de Sonny mais s'arrête juste avant de les toucher. Sonny n'y tient plus et initie le baiser.
Sonny ne ferme pas tout de suite les yeux. Il veut voir le visage de Will. Il veut le regarder encore et encore, voir l'extase sur ses traits tout en sentant ses lèvres sur les siennes. Il sent son cerveau se désintégrer mais qui a besoin d'un cerveau quand il peut avoir Will ? Il commence à perdre le contrôle et appuie si fort qu'il fait reculer Will. Il se reprend aussitôt et l'entoure de ses bras, comme il l'a souvent fait avant mais cette fois-ci avec un bonheur qui le bouleverse. Sans comprendre pourquoi, ils se retrouvent tous deux encore enlacés mais avec Will pressé contre le tronc du saule. Will fait un petit bruit aigu étranglé qui pousse Sonny à détacher ses lèvres et à reprendre son souffle. Dans le silence qui s'est installé, alors même que l'oiseau a suspendu son chant, Will souffle «Je t'aime.» dans l'oreille de Sonny. Lequel ne peut pas y résister et recapture sauvagement la bouche de son homme. Son Will.
Il pose plusieurs baisers sur la bouche de Will qui rit et passe la main dans les cheveux de Sonny. La sensation est merveilleuse et il lui retourne la pareille, se perdant dans l'instant, attentif aux doigts de Will qui sont redescendus dans son dos et le caresse avec tendresse, à sa cuisse, qu'il convoitait tout à l'heure et il pose une de ses mains dessus, remontant doucement. Will gémit et Sonny retire sa main, se rendant compte qu'il va un peu trop vite. Mais Will attrape sa main et la repose sur sa jambe tout en descendant l'autre main plus bas sur les fesses de Sonny. À ce contact, Sonny presse sur la bouche de Will avec sa langue pour qu'il écarte les lèvres. Will y répond et incline la tête. Sonny goûte Will et il a la tête qui tourne. Il veut plus, il veut tout, mais il veut aussi que ce moment ne s'arrête jamais.
Quand Sonny doit plisser des yeux pour mieux voir le regard azur de Will, il réalise que le soleil est en train de se coucher. Ça doit faire deux heures qu'ils sont là à s'embrasser et à se regarder. Il murmure «Will... Ce refuge, il est loin d'ici ?» Will sursaute, comme tiré d'un rêve éveillé et regarde autour de lui. Il tend le bras «Là-bas. On voit le toit près de la falaise.» Sans lâcher Will, Sonny suit du regard la direction de son bras et calcule la distance. «On devrait y aller avant qu'il ne fasse nuit noire, il n'y a pas de lampadaires par ici. Où est-ce qu'on a mis nos sacs ?» Will regarde autour de lui, sans lâcher Sonny non plus, qui se demande s'ils vont y arriver à un moment, ou bien devenir un couple de siamois. Mais Will fait glisser sa main le long de l'épaule et du bras de Sonny et lui prend la main. Sonny sourit comme un idiot.
Alors qu'il se penche pour attraper ses bagages, il entend le bruit d'une voiture. Il relève la tête et voit un quatre-quatre se garer près de l'auto de Will. Il voit Cam du côté passager et se rappelle tout à coup qu'il lui a dit de passer. Il s'apprête à expliquer à Will mais celui-ci regarde la voiture, le visage circonspect puis devient soudain blanc comme un linge. Il presse la main de Sonny à la broyer et murmure «Sonny... cette voiture... je la reconnais !» Une seconde plus tard Sonny reconnaît l'infirmier.
