Cam est parti chercher des serviettes et des torchons dans la salle d'eau et la cuisine. Il revient avec une bonne moisson et fabrique un bandage de fortune. Sonny se laisse faire. Il ne sent plus grand chose à part la douleur et la brûlure de la fièvre. Cam lui fourre un comprimé dans la bouche. « C'est du paracétamol. Ce n'est pas très fort, mais ça baissera un peu ta température. Sonny … ? » Il donne quelques petites claques sur les joues de Sonny « Où est Will ? » Sonny forme un mot « chercher... » puis au bout d'un moment un autre « ….aide ». «Cam soupire. « Il a bien fait. Je n'ai plus mon portable, ce psychopathe me l'a pris. J'ai bloqué la fenêtre par laquelle je suis rentré. Je vais vérifier que toutes les autres entrées le sont aussi. Tiens le coup, Sonny ! »
Sonny sent qu'on lui ouvre un œil. Une main gantée, un docteur sûrement, mais ce n'est plus Cam. Une voix demande « Monsieur, vous m'entendez ? » Il hoche la tête qui se met à lui faire horriblement mal. Le médicament a du cesser son effet. On lui en donne un autre. Puis il sent une piqûre. Des mains l'attrapent et le posent sur un tissu étroit. Un bruit aigu le réveille de son état semi-comateux. Une sirène. C'est laquelle ? Celle du SAMU ? Pourquoi ne l'ont-ils pas éteint, s'ils sont déjà là ? Ou alors c'est la police ? Et dans ce cas-là... « Will, Will... » Il tend la main mais elle retombe. Il se sent partir. Mais il a peur, il veut savoir.
Pris d'un léger coup de fouet, peut-être grâce à ces nouveaux soins, Sonny arrive à parler plus fort et plus longtemps « Dites-moi où est... Will ? » Il entrouvre les yeux et touche la manche de l'ambulancier qui le porte. « Will ? » L'homme ne répond pas et commence à le pousser entre les portes de l'ambulance. La main, qu'il n'avait pas remarquée et qui était posée sur son front, s'enlève et une voix lui souffle « Je suis là, Sonny. Tu m'entends ? » Il sent sa main presser la sienne et tout son corps se relâche.
L'ambulance fonce dans la nuit. Sonny sent la main de Will soudée à la sienne. Les urgentistes prononcent quelques paroles mais sûrement pas à Will qui lui ne parle qu'à Sonny. Il se concentre pour le comprendre et n'entend que des bribes :
« … tu étais si beau, j'en ai eu le souffle coupé. Je n'arrivais plus à parler et je me disais 'Il va me prendre pour un demeuré'. J'ai halluciné quand tu as commencé à me proposer de faire des trucs ensemble. J'ai cru que je rêvais. C'est pour ça que j'ai accepté d'aller à ton club de grimpe. Si j'avais pu, je serais monté tout en haut pour t'impressionner... »
« ...et tu me regardais gentiment et je me disais 'j'ai pas l'ombre d'une chance. Ce mec est à des années-lumières de moi'... »
« … j'étais horriblement déprimé et je me sentais asocial et puis tu m'en voulais de ne pas être venu, et quand tu m'as pardonné, ça a tout changé, ça a été le début de ma guérison... »
« ...ça m'a pris deux jours pour trouver le courage de te proposer de venir en week-end. Quand tu as dit oui, je voulais crier et sauter de joie... »
« ...et je veux vivre tout ce dont j'ai rêvé si souvent avec toi. Je veux te faire l'amour, je veux te voir te réveiller tous les matins. Je veux que tu ailles bien, Sonny, j'ai besoin de toi ! »
Will pleure maintenant, la poitrine secouée de sanglots et Sonny ne peut même pas bouger un doigt et se sent horriblement impuissant. Il s'enfonce de plus en plus. Il n'entend pas le moniteur commencer à sonner ni Will se mettre à hurler. Il sent, un peu plus tard, un choc intense qui lui traverse le corps et quelque chose en lui de très pragmatique lui souffle 'ça doit être le défibrillateur, c'est le moment de s'accrocher. Là-bas, il y a Will. Il m'attend...'
