(Trente-sixième nuit du FoF, deuxième thème)
Cet OS est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "roue" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.
L'envie d'une petite fille
J'ai toujours aimé les fêtes foraines. Cette odeur de popcorn grillé, les senteurs de barbe à papa qui viennent vous taquiner les narines, les cacahuètes grillées et les beignets qui viennent empester vos habits. Les cris et les éclats de rire des clients qui se divertissent. Les coups de feu des carabines à bille qui visent les ballons pour gagner une peluche rabougrie et mal faite. Les jingles grossiers des manèges et les racolages des forains qui augmentent chaque année le tarif de leurs tours.
.
Mais de tous les manèges, c'est la grande roue qui a ma préférence. J'ai toujours aimé les grandes roues, dans les fêtes foraines. Ça me semble tellement fantastique de pouvoir s'élever dans les airs, aussi lentement, aussi magistralement. Magique. Je ne vois pas d'autre mot à cette sensation. Surtout quand les cabines n'ont pas de vitre. C'est grisant de sentir le vent vous fouetter le visage et de pouvoir admirer la ville s'étendre autour de vous. Quand j'étais petite, mes parents m'amenaient souvent au « plus haut sommet du monde », comme ils aimaient me dire.
.
Quand je suis rentrée à Poudlard, je n'étais plus à Londres. Et il n'y avait pas de grandes roues là-bas. Ni de fête foraine. Je ne suis plus jamais montée sur une roue depuis l'âge de onze ans. Je n'ai plus jamais senti le vent balayer mes cheveux bruns et je n'ai plus jamais vu la ville en hauteur.
.
Quand je rentrais pour les vacances, Kathleen et moi allions traditionnellement au marché de Noël. On achetait quelques cadeaux et on se goinfrait de pains d'épice. Mais bien qu'il y eût une grande roue, nous n'y sommes jamais allées. Kathleen me rappelait sans cesse que c'était des trucs de couple et que c'était sans intérêt pour deux copines d'enfance d'aller dans un tel traquenard. Et je l'écoutais. Même si je crevais d'envie d'aller toucher à nouveau le ciel.
.
Puis, j'ai grandi. Quand j'ai commencé à sortir avec Ron, j'ai voulu l'emmener dans une fête foraine. C'est fou comme les sorciers ne connaissent rien à ces plaisirs moldus. Malheureusement, Ron avait le vertige et son visage livide et nauséeux quand on est sorti de cette montagne russe m'a fortement dissuadée de lui en demander plus. Il a préféré se concentrer sur les chouchous et churros. C'est pas plus mal. Nous nous sommes quand même bien amusés.
.
J'ai bien voulu y emmener Harry aussi, mais c'était sans compter Ginny. Et même si j'aime beaucoup ces deux tourtereaux, les voir roucouler sous mes yeux avait quelque chose d'indécent et j'ai préféré renoncer à la grande roue, plutôt que de tenir la chandelle. Parce que, qu'on soit au sol ou en l'air, quand on est la cinquième roue du carrosse, on le reste dans tous les cas.
.
Aujourd'hui j'ai vingt ans. Félicitations, Hermione. Joyeux anniversaire. Vingt ans, et je n'ai toujours pas réussi à remonter sur une grande roue. Si j'étais honnête, je vous dirais que c'est parce que je n'ai eu personne pour me proposer d'y aller avec lui, mais comme je ne suis pas assez courageuse pour vous dévoiler la vérité, je dirais que je n'en ai juste pas eu l'occasion.
.
Sans le vouloir, mes pas m'ont guidée à la fête foraine qui se déroule au sud de la ville. Curieux hasard. Ah, ici aussi ils ont une grande roue. Je regarde avec envie ces couples qui s'installent dans les petites cabines ovales en riant aux éclats. Je vois les sourires épanouis de ces filles qui agitent leurs cheveux soigneusement peignés pour leur premier rendez-vous galant et, sans grande surprise, mon cœur se serre un peu. Je ne suis pas jalouse ou désespérée d'être célibataire, c'est juste un peu triste de devoir attendre après quelqu'un pour monter sur une grande roue, quand on sait pertinemment qu'on n'a juste pas le courage d'y monter seule.
Les roues sont vraiment le plus beau manège qui puisse exister au monde. A chaque fois, ça ne manque pas : je suis encore comme la première fois que j'ai vu ce gros cercle couleur rouille. Une gamine dont les yeux étincellent d'envie et d'admiration. Avec un petit sourire, je baisse la tête et détourne le regard.
- C'est beau, hein ?
La jeune fille se retourna, s'arrachant à la contemplation du géant de fer. Mais elle se figea sur place : son cœur battit plus vite et son visage se fut plus dur. A quelques pas, un intrus se tenait là, les yeux rivés sur la roue, avec un rictus narquois. Grand. Blond. Hautain. Elle leva les yeux au ciel : pourquoi son binôme de l'Académie des Aurors était-il là ?
- Qu'est-ce que tu fais là, toi ? agressa-t-elle.
- Tout doux, Granger.
L'étranger remit une mèche de cheveux rebelle, et sortit une cigarette d'un étui argenté qu'il alluma.
- C'est du bel ouvrage, pour des moldus, lâcha-t-il en soufflant une bouffée de fumée.
- Tiens donc, argua-t-elle. Drago Malefoy non seulement est dans un coin moldu, mais en plus il les complimente pour une grande roue. Tu as fumé des Véracrasses ?
Drago ne dit rien, il tira une nouvelle fois sur sa cigarette, les yeux toujours rivés sur le manège et lui offrit son plus beau sourire en coin.
- A croire que tu resteras une moldue toute ta vie, pour baver autant devant un tas de ferraille, dit-il d'un air détaché.
- Qu'est-ce que ça sous-entend ? Tu cherches les ennuis ? répliqua-t-elle d'un ton cinglant en dégainant sa baguette magique.
Mais il ne semblait pas vindicatif. Il émit un petit rire amusé et écrasa son mégot de sa semelle avec nonchalance.
- On y va ? demanda-t-il sur le ton de la conversation.
- On va où ? répondit-elle, avec méfiance.
- Faire un tour.
Hermione écarquilla les yeux.
- En quel honneur ? répliqua-t-elle en fronçant les sourcils.
Il haussa les épaules, en souriant narquoisement.
- Tu en crèves d'envie.
Il fit quelques pas vers la grande roue. Hermione ouvrit de grands yeux ébahis.
- Et pourquoi j'irais avec toi ? argua-t-elle et Drago se retourna vers la jeune fille qui était restée immobile.
Ils se toisèrent mutuellement.
- C'est réservé pour les couples, lâcha-t-elle, comme une clause sans équivalence.
Drago lui jeta un regard surpris.
- Un couple, c'est comme une paire, non ? On n'est pas binômes de futurs Aurors ? Ou si tu préfères, on peut dire qu'on est une paire qui se déteste cordialement. Ou alors on est un duo expert en joutes verbales. Au choix, énuméra-t-il en faisant mine de réfléchir, avec un sourire amusé.
Mais elle le fusilla du regard sur place et ne semblait pas vouloir lui céder.
- Allez, Granger, encouragea-t-il avec complaisance, ne fais pas ta butée. C'est ton anniversaire et tu crèves d'envie de monter là-dessus.
- Comment sais-tu…
- Mh… Les registres ? lui répondit-il avec ironie.
Elle se piqua, vexée.
- Allez, je t'invite, même. Et je promets que je ne te pousserai pas, une fois arrivés en haut (bien que tout compte-fait, l'idée ne soit pas déplaisante…)… Oh là, je plaisante, Granger ! Mais tu peux essayer, par contre, j'ai besoin de me faire la main au transplanage.
Elle étouffa un rire amusé et il élargit son sourire. Il se rapprocha et lui offrit une main pacifiste.
- Alors, tu viens ?
Merci de votre lecture! N'hésitez pas à commenter, je considère tous les avis comme bienvenus!
