(Trente-sixième nuit, sixième thème)

Cet OS est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "pommier" en une heure.


Souvenir estival

« Pomme de rainette et pomme d'api, tapis, tapis rouge… »

La fillette s'amusait à lancer son ballon rouge contre le tronc d'un arbre centenaire. Ses boucles brunes s'agitaient tandis qu'elle sautillait sur place. Intrigué, le petit garçon s'approcha.

- Tu fais quoi ?

- Mon ballon arrive à rester en l'air. C'est incroyable. Regarde !

Elle lança la balle qui lévita quelques secondes, avant de rebondir sur le tronc d'arbre et atterrir à nouveau dans ses bras.

- C'est impossible, dit-il en écarquillant les yeux.

- Impossible ? Comment ça ? Tu l'as bien vu, toi aussi, reprit-elle en fronçant les sourcils.

- Non, c'est pas possible que tu arrives à faire de la magie. T'es une moldue.

- Une quoi ?

Le ballon fit un rebond de plus et finit sa course un peu plus loin. La brunette se tourna vers le gamin qui venait de lui adresser la parole. Même si elle n'avait pas compris le terme qu'il avait employé, elle jugeait que ce ne devait pas être un compliment.

- C'est vrai, se défendit le garçonnet. Vous, les moldus, vous ne pouvez pas faire de magie. C'est mon père qui me l'a dit.

Sans se démonter, elle le dévisagea : il avait le teint plutôt pâle, et ses cheveux étaient d'un blond presque blanc. Mais surtout, ce qui la troubla furent ses yeux : des iris grisés qui se teintaient d'une froide tristesse.

- T'es qui, toi ? Je t'ai jamais vu ici, argua-t-elle en mettant les poings sur ses hanches à la manière d'une grande.

- Parce que je ne vis pas chez les moldus. Moi, je suis un sorcier.

Elle émit un rire moqueur et il parut vexé.

- Toi, t'es un sorcier ? On dirait pas, jaugea-t-elle du regard.

- Tu vas voir, se vexa-t-il.

Il regarda autour de lui, puis pointa son doigt en direction des branches de l'arbre. De belles pommes pendaient.

- Tu vois les pommes ? Je vais les cueillir.

- C'est beaucoup trop haut, tu mens !

Il ignora sa remarque et leva ses yeux gris : d'un claquement de doigts, il fit tomber deux pommes rouges et les ramassa nonchalamment.

- Alors ? nargua-t-il en lui en tendant une.

- Pas mal, convint-elle dans une moue condescendante.

- Pas mal ? s'étrangla-t-il, atterré d'une telle remarque.

Elle croqua dans la pomme et l'observa en train de bouillir intérieurement de se faire humilier de la sorte.

- Oui. Viens, on va faire un jeu plus drôle. Est-ce que tu me suis ?

Il n'eut pas le temps de la questionner. Elle avait déjà un pied sur le tronc d'arbre. La pomme dans la bouche, elle escalada sans problème le tronc jusqu'à la première branche. Bien qu'elle ne fût pas spécialement haute, elle l'était quand même pour des gamins d'à peine six ans.

- Alors, tu te dégonfles ? héla-t-elle, assise sur la branche, les jambes pendant dans le vide.

Il lui jeta un regard horrifié, avant de regarder autour de lui, si personne ne le surveillait. Alors, en tremblant, il la rejoignit. Elle l'aida à se hisser et à trouver une position confortable et stable.

- Tu vois, là-bas, c'est ma maison, sourit-elle en lui montrant de son index droit un petit cottage.

- Mais elle est toute petite, ta maison, ne put-il s'empêcher de dire, en écarquillant les yeux.

- Hé ! Reste poli ! s'indigna la gamine.

Elle croqua à belles dents dans sa pomme et il fit de même, avec un peu moins d'entrain. Elle gigotait ses jambes en chantonnant, alors qu'il restait immobile, regardant d'un air triste au loin l'horizon qui s'embrasait.

- Tu t'es fait mal ?

Il se tourna vers elle : elle fixait son cou où une trace bleuâtre dépassait de sa chemise.

- C'est rien, dit-il précipitamment en remettant correctement son col.

Elle cligna des yeux et fronça les sourcils.

- On te fait du mal ? C'est à l'école, c'est ça ? Faut en parler à ton papa et à ta maman.

Le garçonnet acquiesça en détournant le regard.

- On pourrait devenir copains, non ?

Il lui jeta un regard interloqué, fixant ses pupilles dans les siennes avec étonnement.

- Copains ? répéta-t-il sans comprendre.

- Oui, sourit-elle largement. Tu t'appelles comment ?

- Et toi, alors ?

- Moi, je m'appelle Herm…

- Fils ! Où es-tu ? tonna une voix traînante.

- Je suis là, Père ! s'affola le petit garçon.

Il descendit précipitamment de l'arbre et accourut vers la voix qui l'appelait.

- Hé ! Reviens demain ! On jouera ensemble encore ! Je t'attendrai ! cria la gamine, ses mains en portevoix pour mieux l'atteindre.

Il se retourna et lui fit un signe rapide de la main, alors qu'il retrouvait son père qui le toisait avec froideur.

- Je t'avais dit de ne pas t'éloigner, dit-il d'un ton glacial.

- Je m'excuse, Père, déglutit l'enfant en baissant les yeux.

- Avec qui étais-tu ?

- Avec personne.

Il le sonda, mais ne préféra pas creuser le sujet.

- Ces sales Sang-de-Bourbe…, lâcha-t-il dans une grimace de dégoût. Viens, Drago. On s'en va.


Le lendemain, la gamine retourna vers le pommier, et attendit. Elle attendit. Encore et encore. Chaque jour. Elle lui avait fait une promesse. Elle était persuadée qu'il reviendrait. Mais il ne revint jamais.


- Hermione ? Tu viens ?

- J'arrive, Harry.

La jeune fille regarda avec intérêt la coupe de fruits et attrapa la plus belle pomme à disposition sur la grande table des Gryffondor avant de le rejoindre à grands pas dans le hall. Une pomme rouge, avec des couleurs d'été qui lui rappelaient si bien cette journée ensoleillée où elle avait rencontré ce garçon mystérieux. Le temps avait passé et elle avait même oublié jusqu'à son visage. Mais la nostalgie était toujours bien là, même après tout ce temps. Elle croqua à belles dents dans le fruit, en même temps que Drago Malefoy entrait dans la Grande Salle pour prendre son petit déjeuner. Il leur jeta un regard méprisant, et s'attarda imperceptiblement sur la pomme qu'elle mâchait avec entrain. Un sourire en coin se dessina sur ses lèvres fines.

- T'as un problème, Malefoy ? provoqua Harry qui avait suivi la scène.

- C'est définitivement toi, mon problème, Potter. Bon appétit, lança-t-il à Hermione d'un ton anormalement courtois.

La brunette faillit s'étouffer en avalant de travers et Malefoy eut un rire malveillant en les dépassant royalement. Il s'assit à la table des Serpentard et attrapa la corbeille de fruits. Il hésita un instant et se décida pour une pomme rouge. Il croqua dedans avec entrain et son sourire s'élargit : sa pomme avait bien le même goût que celle qu'il avait croquée en compagnie de cette gamine moldue, un jour d'été lointain.


J'espère qu'il vous a plu... Merci de votre lecture! N'hésitez pas à commenter, je considère tous les avis comme bienvenus!