(Trente-huitième nuit du FoF, premier thème)

Cet OS est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "réconfort" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.


A bon chat, bon rat

Le jeune homme était recroquevillé contre le mur. Dans les toilettes du sixième étage. C'était devenu une habitude. Là, il était sûr que personne n'irait le chercher. Oui, ou du moins, il s'en persuadait. Il avait refermé ses bras sur ses jambes repliées et avait enfoui sa tête, dans une tentative désespérée pour se protéger du reste du monde. Jusqu'à ce qu'il sentît une présence. Il y avait quelqu'un d'autre. Il tressaillit, releva lentement la tête. Ses cheveux blonds tombaient en mèches désordonnées sur son visage humide de larmes. Il essuya ses yeux gris, pour se retrouver nez à nez avec l'intrus.

- Tiens, t'es qui, toi ? demanda-t-il d'une voix rauque et mal rassurée.

L'animal ne lui répondit pas, mais ses yeux jaunes le fixaient de manière insolente. Sa face aplatie, comme si on l'avait encastré dans un mur dès sa venue au monde, renforçait cette arrogance qui émanait de lui. Le jeune homme fronça les sourcils : il n'avait jamais vu ce chat. Cette couleur fauve, ces pattes arrondies, cette bouille laide à faire peur… Non, il ne l'avait jamais vu. Il s'en serait souvenu. On n'oublie pas une tête pareille.

La bestiole ne disait rien, se contentant de la regarder de ses yeux agrandis et perçants. Elle le toisait, et il se sentait étrangement mis à nu. L'adolescent changea de position, mal à l'aise. Le chat était assis, droit devant lui, sa queue touffue enroulée sur son côté gauche se balançant de temps en temps. Etait-ce un animagus ? Dans un éclair de lucidité, le jeune homme se demanda, si c'était le cas, ce qui était arrivé à cette personne lors de sa transformation. Ou alors elle devait être bien laide pour se métamorphoser en une créature aussi peu gâtée par la nature. Il esquissa un mince sourire, observant longuement l'animal.

- Je m'appelle Drago, finit-il par dire. Et toi ?

Le chat le dévisagea, puis émit un miaulement hautain. Drago élargit son sourire. Il tendit la main et le chat daigna s'approcher. Il se fit caresser quelques instants. Le jeune homme soupira, les yeux clos. Sa main s'enfonçait dans les poils longs et soyeux de la fourrure fauve. C'était doux, c'était chaud. Il pouvait sentir la vibration des ronronnements sous sa paume et les battements de son cœur. Il replongea dans ses pensées.

Cette année serait décisive pour son avenir. Il n'en avait pas eu conscience au départ. Même lorsque le Seigneur des Ténèbres était venu le voir et lui avait assigné cette fichue mission. C'était son rêve le plus fou : être digne de son père. Pouvoir revendiquer sa place dans sa famille. Quand on est un héritier, forcément, on a un poids sur les épaules. Il n'aurait jamais pensé que c'était un fardeau aussi lourd. Il avait toujours voulu servir le maître. Ses parents le servaient, les parents de ses amis aussi. Il voyait cette servitude comme une bénédiction et une grâce, une distinction de haut rang, une qualité qui faisait la différence. Aurait-il pu savoir un seul instant que l'honneur, la joie et le contentement qu'affichaient les fidèles mangemorts n'étaient qu'une mascarade puérile et aveuglante pour se convaincre de n'avoir pas totalement gâché sa vie en renonçant à sa liberté d'action et de penser ?

Si seulement il avait vu au-delà des apparences. Non, il avait vu. Mais il n'avait pas voulu comprendre. Il le savait au fond de lui. Et tout ce pan avait été balayé quand la marque l'avait brûlé. Cette marque qui l'avait asservi et avait fait de lui un être vide. Encore plus vide qu'il ne l'avait jamais été auparavant.

- Tu veux la voir ? murmura-t-il au félin qui ronronnait toujours sous ses caresses.

Le chat se redressa aussitôt. Il cligna des yeux d'une étrange façon, comme s'il avait compris. Lentement, le jeune blond releva la manche de sa chemise et offrit à sa vue le tatouage noir de ce crâne qui vomissait un serpent. Il eut une nausée en le découvrant à nouveau, mais ne détourna pas les yeux. Il ne fuirait plus. Le chat semblait hypnotisé par cette marque. Il ne dit rien.

- C'est laid, non ? dit simplement Drago avec un rictus désabusé.

C'était laid et c'était terrible en même temps. C'était ce qu'il était devenu. Il avait compris ce que représentait « servir le maître » lorsqu'il avait reçu cette marque. Il avait su en sentant la douleur s'insinuer dans son corps et dans son esprit. Aussi appréciable qu'un Doloris.

Il fut tiré de ses pensées par un contact surprenant et baissa les yeux : le chat léchait la marque de sa langue râpeuse. Dans un sens, ça l'apaisa. Drago eut un faible sourire. Il caressa distraitement le félin de son autre main valide et soupira gravement. Le chemin s'avérait long jusqu'à la délivrance de cette mission. La mission du mage noir. La mission qui le sauverait de sa colère et qui permettrait à ses parents de ne plus être sur la touche. Que son père soit réhabilité. Il avait pensé que ce serait facile. Faire rentrer les mangemorts dans l'enceinte de Poudlard. Rien de bien difficile, surtout avec l'Armoire à disparaître. Oui, c'était ce qu'il avait pensé. Hérésie. Cette Armoire était tellement vieille, il était presque impossible de connaître tous les sortilèges qui l'ensorcelaient. Ajouté à cela le devoir de tuer le directeur de Poudlard. Sur le moment, il n'avait pas tellement compris. Comment pourrait-il le tuer ? Mais il avait été flatté de savoir que Voldemort avait demandé à lui et à lui seul de s'occuper de Dumbledore. Stupide fierté.

- Je suis stupide, souffla-t-il à mi-mots.

Les larmes vinrent perler au coin de ses prunelles et dévalèrent la pente de ses joues en silence. Oui. Il avait été stupide. Comme si le Seigneur des Ténèbres avait cru en sa réussite. Il n'avait jamais pensé que Drago tuerait le directeur. C'était encore une humiliation pour les Malefoy, et si jamais il pouvait se débarrasser du fils sans se salir les mains, c'était encore mieux. Parce qu'après tout, oui, il le savait en fait. Il n'avait jamais accepté que son père jette cet horcruxe dans le chaudron de la petite Weasley de manière aussi bête. Mais comment auraient-ils pu savoir que c'était un horcruxe ? Le jeune homme déplia ses jambes, et s'adossa au mur, la tête renversée en arrière, les yeux fermés. Comment avait-il pu être aussi naïf ? Il allait mourir cette année. Il ne pourrait rien faire d'autre. Il allait mourir à seize ans.

Le chat se colla un peu plus au torse de Drago qui baissa les yeux. Il planta son regard d'ambre dans les prunelles cendrées du garçon et une vague de réconfort envahit ce dernier. Cet animal était incroyable. Il semblait tout comprendre. Drago vérifia l'heure. Allez, il fallait y aller. C'était l'heure du déjeuner. Il n'avait pas faim, mais rater un repas lui revaudrait une scène de ménage hystérique de la part de Pansy et il n'avait vraiment pas envie d'entendre sa voix stridente une nouvelle fois.

Il se releva sans grâce. Le félin le fixait toujours. Drago hésita. Puis, il le souleva avec délicatesse. Il sortit des toilettes avec son butin dans les bras.


- Pattenrond ! Pattenrond ? Bon sang, où est encore passé ce fichu chat ?

La jeune fille courait en appelant son chat dans les couloirs. Les élèves qu'elle croisait lui jetaient des regards amusés, d'autres réprobateurs de faire autant de bruit. Mais elle n'en avait cure. Elle se figea soudain. Dans un couloir vide. Au sixième étage. Dans les bras de quelqu'un fort désagréable et désobligeant. Il venait de lui tourner le dos et s'apprêtait à tourner au loin. Elle courut pour le rattraper et s'arrêta à une distance respectable.

- Pattenrond !

Le jeune homme se figea. Cette voix. Encore elle. Il se retourna lentement et toisa la nouvelle venue. Elle fronçait les sourcils, n'avait vraiment pas l'air content.

- Granger ? s'exclama-t-il, interloqué.

- Malefoy ! Qu'as-tu fait à Pattenrond ? Rends-moi mon chat !

Il cligna des yeux. Son regard alla de l'animal lové dans ses bras qui ronronnait avec délice à sa soi-disant propriétaire qui le fusillait du regard, les mains sur les hanches.

- C'est… ton chat ? finit-il par dire, abasourdi.

Elle acquiesça, furieuse. Il fit mine de lui donner l'animal et elle tendit les bras, déconcertée. Le chat cracha, fort mécontent de se faire trimballer de bras en bras de la sorte, mais ne chercha pas à se dégager. Au moment où la jeune fille referma ses doigts sur la fourrure fauve, Drago frôla au passage et par hasard son bras. Elle frémit. Mais il ne sembla pas y faire attention.

- C'est une bête intelligente, déclara-t-il d'un ton neutre, le regard concentré sur la bestiole.

Un petit sourire se dessina sur ses lèvres. Il avança la main pour caresser une dernière fois la tête du félin qui ronronna de plaisir.

- Merci, dit Drago en s'adressant au chat qui cligna des yeux avec malice.

Il se redressa et toisa Hermione qui se raidit, s'apprêtant à une attaque quelconque.

- Bon, eh bien, à plus tard, Granger.

Et il disparut au tournant du couloir, laissant la jeune fille pantoise, Pattenrond dans les bras.

- Qu'est-ce qu'il t'a fait ? interrogea-t-elle d'un ton péremptoire en scrutant son animal des yeux dans l'espoir de voir s'afficher en grosses lettres sur son pelage quelle infamie le Serpentard avait commise.

Mais à sa grande surprise, le chat bailla et elle crut voir un sourire passer subrepticement sur sa face aplatie. Quand elle s'assit à la table des Gryffondor dans la Grande Salle quelques minutes plus tard, elle jeta un regard vers Drago Malefoy. Mais il avait repris son masque d'indifférence.


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