(Trente-neuvième nuit du FoF, deuxième thème)

Cet OS est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "frères" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.

Mon petit coup de coeur de cette nuit, il traite sur une autre paire que DM/HG, bien que ce soit sur un fond de ce couple-là! ^^


Frères ennemis ?

Le jeune homme passa une main dans ses cheveux blonds plaqués et la retira vivement, avec une moue dégoûtée : elle était pleine de gel. Et merde. Il avait oublié ce petit détail. Il essaya maladroitement d'enlever la matière gluante qui lui souillait les doigts et pesta à voix basse. Tout devait être parfait. Oui, en ce jour, tout devait être parfait. Il avait fait en sorte pour que ce soit parfait. L'église, le traiteur, la décoration du manoir, les convives… Il avait même avoiné ses parents pour qu'ils se tiennent comme il fallait et qu'ils n'osent pas la moindre critique sur celle qui sera sa future femme. Alors pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi il y avait toujours des détails qui venaient lui pourrir la vie ? Pansy Parkinson qui était venue le voir en pleurs pour lui avouer qu'elle avait perdu les alliances. Le chien de Théodore Nott qui avait uriné au bas de l'autel immaculé. Blaise Zabini qui s'était ramené avec une poulette d'un mètre soixante-dix-huit d'une vulgarité à toute épreuve. Et surtout, surtout, Ginny Weasley qui hurlait plus fort que tout le monde, stressée qu'elle était, comme s'il s'agissait de son propre mariage. Et voilà que maintenant, il avait la main pleine de gel.

Drago Malefoy était un Malefoy. C'était un aristocrate de très haute et très longue lignée. Il avait appris tous les codes, il connaissait tout des attitudes à adopter dans des situations gênantes. Il maîtrisait donc avec la plus grande habileté ses différents masques de convenance. Oui. Il avait appris. Mais Merlin qu'il bouillonnait intérieurement ! Merlin qu'il se contenait avec grand-peine quand il voyait ses parents tordre le nez en dévisageant avec un mépris non dissimulé la famille moldue de sa chère et tendre ! Merlin qu'il avait envie de frapper le chien de Théo qui continuait de se soulager sur les souliers de sa grand-tante. Merlin qu'il avait envie de tabasser Pansy qui cherchait désespérément dans son sac à main qui regorgeait d'objets tous plus insolites les uns que les autres les alliances argentées. Merlin qu'il avait des haut-le-cœur à chaque fois que ses yeux cendrés tombaient sur la poitrine opulente et libérée de cette pimbêche de Daphné Greengrass. Merlin qu'il avait envie d'encastrer dans le mur à droite Ronald Weasley qui le fusillait du regard assis dans son coin. Merlin qu'il avait envie de saucissonner et de lancer un maléfice d'assourdissement à Ginny pour la faire taire.

Oui, il en avait tellement envie. Sauf que Drago était avant tout un Malefoy et qu'un Malefoy savait se retenir.

- Allez, Drago, se dit-il à mi-voix pour se donner du courage, encore un tout petit moment, et tout sera fini. Bientôt, tu retrouveras ta dulcinée, et vous rirez tous les deux de cette journée infernale, qui l'est autant pour elle pour toi.


Il faut dire que la future mariée n'était pas non plus au bout de ses peines, entre Molly Weasley qui réajustait au coup par coup sa robe, Luna Lovegood qui cherchait par tous les moyens à chasser les tonnes de joncheruines autour d'elle en agitant de l'ail et des tranches de cheddar, et Lavande Brown qui lui proposait des bouquets de fleurs tous plus kitsch les uns que les autres. Elle soupira avec dépit en regardant son reflet dans la glace. Pourtant, aujourd'hui devait être le plus beau jour de sa vie. Pour l'instant, elle ne voyait pas en quoi. Ses longs cheveux bouclés remontés en chignon sur sa nuque lui donnaient un air presque noble. Elle essaya de sourire. Sans succès. Elle n'avait qu'une envie : celle de fuir. Fuir avec son cher et tendre loin de toute cette agitation.

- Allez, Hermione, se dit-elle intérieurement. Courage. Encore un peu et tout sera fini. Bientôt, on en rira avec Drago.


Drago essayait toujours de se débarrasser de cette main pleine de gel, quand une voix l'interpela.

- Malefoy ! J'ai un mot à te dire !

Le futur marié leva les yeux au ciel et laissa échapper un soupir dépassé. Il savait pertinemment qui voulait lui parler. Et il aurait aimé, au moins juste pour cette journée, que cet exaspérant personnage l'oublie. Il avait nourri une espèce de rancœur à son égard, après l'affront qu'il lui avait fait subir en première année. Depuis, il ne voulait plus perdre la face devant lui. Et cet énergumène choisissait justement l'instant où il avait la main pleine de gel et où il perdait toute sa concentration pour rester impassible pour l'approcher. Stupide Balafré.

- Quoi ? aboya Drago.

Harry Potter le fixa un instant, comme pour le jauger du regard, vérifiant s'il valait la peine d'expliquer ses raisons. A l'évidence, il ne le portait pas dans son cœur non plus.

- Je ne sais pas par quelle prouesse tu as réussi à rendre Hermione amoureuse et… heureuse (le dernier mot lui écorcha tellement les lèvres qu'il en grimaça).

Drago dodelina de la tête, plus préoccupé par cacher sa main pleine de gel que par le discours du jeune homme aux yeux verts.

- Mais bon, peu importe, elle t'a choisi pour partager sa vie…

Harry marqua une courte pause. Il semblait réfléchir.

- Hermione est comme une sœur pour moi, finit-il par avouer.

Ses yeux s'assombrirent. Drago releva vivement la tête, appréhendant la suite. Qu'allait-il lui blablater ? Qu'il n'avait donc pas intérêt à faire pleurer Hermione ? Qu'il n'avait pas intérêt à la tabasser, la meurtrir, la blesser ? Que si jamais le méchant Serpentard faisait du mal à la gentille Gryffondor, le courageux Survivant serait en travers de son chemin ? Il attendait avec mépris le sermon de son ennemi de toujours, mais Harry poursuivit d'une manière pour-le-moins inattendue.

- Donc, à présent, tu deviens comme un… un frère.

Il avait baissé la voix sur les dernières syllabes et Drago mit quelques minutes avant d'assimiler ce qu'il venait d'entendre. Comment ? C'était une blague ? Un frère ? Le jeune blond regarda Harry comme s'il le voyait pour la première fois, espérant voir une trace de moquerie sur son visage, un peu comme s'il attendait la fin d'une bonne plaisanterie, avec la pointe sarcastique du « t'y as cru ? Naïf, je t'ai eu ! ». Mais rien, Harry était on-ne-pouvait-plus-sérieux. Et à l'évidence, ça lui avait coûté un bras. Ça lui en coûtait d'ailleurs un deuxième, puisqu'il levait la main à hauteur de leur ventre pour lui offrir une main réparatrice.

- Je sais que je n'ai pas été toujours très sympa avec toi, et tu ne m'as pas non plus fait de cadeaux. Je sais que tu n'as jamais oublié notre rencontre dans le train, cette poignée de main que j'ai refusé de serrer. A l'époque, on était jeunes, tu avais proféré des propos qui ne m'ont pas plu, que j'ai jugé déplacés et je t'ai humilié en te méprisant. Je n'aurais peut-être pas dû te traiter de la sorte. Je souhaite repartir sur des bases un peu plus saines à présent.

Drago cligna des paupières : rêvait-il ? Etait-ce le Grand Harry Potter qui s'humiliait publiquement en lui tendant la main (une main qu'il pouvait refuser) et qui s'excusait ? Après toutes ces années ? Mais après tout ce temps, il se rendit soudain compte qu'il n'en avait cure. Il revit rapidement des images défiler devant lui. Sa transformation en fouine, leurs courses de balai frénétiques lors des matchs de Quidditch, leur rivalité en cours, les piques qu'ils se lançaient dans les couloirs… Il sourit faiblement.

- Navré, Potter. Je te serrerai bien la pince, mais là, tu vois, je n'en ai pas très envie tout de suite…

Plutôt mourir que de montrer à « l'Elu » qu'il avait la main pleine de gel et qu'il ne pouvait lui serrer la main pour cette raison. Parce que même si ce discours l'avait touché, il y avait quand même cette distance, cette espèce de retenue qui constituait son éducation et qui l'empêchait d'être naturel.

Mais c'était sans compter la capacité d'observation d'Harry. Ni l'assiduité d'un Gryffondor.

- Montre-moi tes mains, Malefoy. Montre-les moi et répète-moi ce que tu viens de me dire, argua Harry.

Drago déglutit difficilement.

- Je n'ai rien à te montrer, Potter, répliqua-t-il en détournant le regard, dans un geste qui aurait pu s'apparenter à du mépris.

Mais Harry était plus rapide : il attrapa la main que le futur marié tentait de dissimuler tant bien que mal et laissa une expression de stupeur mêlée d'amusement s'échapper.

- Par Merlin, Malefoy ! Mais t'es vraiment un abruti !

- Reste poli, Potter.

Etouffant un fou rire, Harry sortit sa baguette magique et fit disparaître le gel de la paume du jeune blond.

- Alors, maintenant, tu me dis quoi ? reprit Harry avec un sourire goguenard.

Drago mit tout son temps pour répondre.

- Je dis que…, grommela-t-il dans sa barbe, peut-être oui, on peut commencer sur de nouvelles bases.

Et négligemment, il serra la main d'Harry Potter, qui lui offrit un sourire éclatant, ses yeux vert feuille pétillant derrière ses lunettes rondes. Ils allaient enfin pouvoir commencer une sorte d'amitié, vingt ans plus tard. Il aura fallu sept ans de vie commune dans un château, une guerre dans deux partis opposés et un petit bout de femme volontaire pour y arriver. Mais finalement, le jeu en valait vraiment la chandelle.


Merci de votre lecture! N'hésitez pas à commenter, je considère tous les avis comme bienvenus! Et désolée si je ne réponds pas assez vite, j'essaie de faire de mon mieux! ^^