(Trente-neuvième nuit du FoF, cinquième thème)

Cet OS est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "Réveil" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.


Innocence

- Un quoi, tu dis ?

- Un réveil, Drago. Ça sert à se réveiller.

- C'est une invention débile, Hermione. Les moldus n'ont-ils pas une cloche, comme tout bon sorcier ?

- C'est comme une cloche, sauf que c'est personnel. Tu peux l'utiliser comme bon te semble, régler l'heure comme tu veux, mettre une alarme, l'emporter où tu veux…

Drago jeta un regard désabusé à l'objet moldu que la jeune fille tenait dans sa main.

- C'est presque magique, tu vois, il y a une espèce de coucou qui sort par ici et qui te réveille.

- Il y a un coucou à l'intérieur ?

- Oui, on peut dire ça comme ça, dit Hermione en riant.

Bien qu'il ait acquis de plus en plus de respect envers les moldus, Drago Malefoy n'était pas non plus le genre d'hommes à accepter aveuglément tout et n'importe quoi venant de ces sans-magie. Il ne fallait pas non plus pousser le bouchon trop loin.

Aussi, il haussa un sourcil en jetant un regard peu convaincu à sa douce, avant de se replonger dans sa lecture de La Gazette du Sorcier. Hermione soupira, un peu déçue, avant de retourner dans la cuisine s'occuper du repas. Le réveil que ses parents venaient de lui envoyer en souvenir de voyage de Suisse était tout juste arrivé et trônait à présent sur la table à manger.

- Et tu comptes le mettre où ? s'enquit Drago d'un air détaché.

- Dans la chambre.

- Dans notre chambre ?

- Oui, pourquoi ?

- Non, pour rien. Pour savoir.

Il faillit s'étouffer. Un objet moldu dans leur chambre ? Dans sa chambre ? Hermione écarquilla les yeux de stupeur, et Drago préféra ne pas relever, replongeant la tête dans le journal pour éviter une autre dispute anodine.

Hermione retourna à ses fourneaux, et Drago délaissa la Gazette. Il s'approcha à pas rapides et silencieux près de l'objet statique et le toisa d'un œil mauvais, comme s'il allait lui sauter subitement à la gorge. Finalement, Drago Malefoy n'avait jamais eu l'occasion de toucher beaucoup d'objets moldus. Si Lucius se moquait souvent d'Arthur Weasley pour sa passion concernant les objets moldus et son incapacité à comprendre leur fonctionnement, il avait formellement interdit à son fils de s'en approcher et de connaître un dixième de ce que les moldus avaient créé en compensation de leurs carences en magie.

Aussi, un réveil était pour Drago ce qu'une baguette magique serait pour un horticulteur : rien de plus qu'un objet dans le décor qui paraissait familier, mais ne ressemblait en rien à ce qu'il connaissait, qui semblait lui promettre des choses merveilleuses, et dont il ne savait fichtrement pas se servir. Autrement dit, un bel objet inutile.

Drago tendit la main et caressa le rebord métallique de la boite, doucement, éprouvant une sorte de crainte de briser cet objet si fragile et si fascinant. Il comprit enfin l'intérêt qu'avait Arthur face à cette technologie inconnue et pourtant si attirante.


Le réveil lui parut nettement moins amical quand il le sortit d'un profond sommeil à six heures quarante-cinq. Le hululement suraigu, presque strident du coucou les fit sursauter tous les deux, se demandant ce qu'il se passait l'espace de quelques secondes.

- C'est un engin du diable !

Drago fulmina, enfonçant sa tête sous l'oreiller qu'il venait coller contre ses oreilles. Hermione qui s'était approchée de l'objet pour éteindre la sonnerie rit de bon cœur devant le spectacle affligeant du petit prince des Serpentard, emmitouflé dans sa couette, terrassé par une simple sonnerie de réveil.

- Hé bien, il est beau, Drago Malefoy ! ironisa-t-elle.

Elle évita de justesse un oreiller et sortit en riant de la chambre. Le bruit de ses pas s'éloignant, Drago se leva à son tour, jetant un regard noir au petit boitier qui semblait le narguer de toute sa splendeur. La vengeance est un plat qui se mange froid, dit-on. Drago attendit donc son heure. Elle vint un peu après, dans l'après-midi.

Le petit réveil était sur la table, immobile, comme un ultime effort pour se gausser de façon insolente de son futur bourreau. Drago leva sa baguette magique.

- Allez, ce n'est pas grand-chose, finalement… Je veux juste te faire sortir, petit oiseau. Histoire de t'apprendre à chanter. Et après, promis, je te remets dans le boitier !

Le jeune homme essaya sans succès de mener son projet à bien. Le coucou semblait résigner à rester à l'intérieur. Mais on n'aurait tort de penser qu'un Serpentard n'est pas tenace !

Finalement, à force de sortilèges de plus en plus puissants les uns que les autres, une violente explosion retentit et le propulsa à l'autre bout de la pièce. Hermione apparut sur le seuil de la pièce, affolée.

- Par Merlin, mais qu'est-ce que tu fais ?!

- J'essayais juste…

- Merlin… Mon réveil, mais qu'en as-tu fait ?

Le pauvre boitier pendait en effet lamentablement au bord de la table, les ressorts pointant à l'extérieur dans un dernier souffle pour vaincre l'opposant trop fort pour eux. La jeune brune fusilla Drago du regard.

- Je peux savoir pourquoi tu t'es acharné sur ce pauvre réveil ? Que t'a-t-il fait ?

- Mais je…

Drago essaya piteusement de se redresser, pour conserver un semblant de dignité. Mais Hermione ne paraissait pas prête de lui pardonner n'importe quelle excuse qu'il allait lui fournir. Il décida donc de lui avouer la vérité.

- J'ai voulu faire sortir le coucou pour lui lancer un sort. Il chantait mal, j'ai juste voulu le modifier un peu…

Hermione cligna des yeux : elle peinait à comprendre. Puis, devant l'air pataud de son compagnon, elle ne put qu'estimer qu'il était sincère et éclata d'un grand rire interloqué.

- Attends, Drago, tu as sérieusement cru qu'il y avait un vrai oiseau à l'intérieur ? Un oiseau qui chantait à l'heure qu'on voulait ? Un vrai oiseau ?

Le jeune homme fronça les sourcils, vexé.

- T'es en train de me dire que tu t'es moquée de moi ? s'enquit-il, peinant à comprendre.

- Mais non, Drago, pas du tout. Seulement, je ne pensais pas que tu prendrais tout ça au pied de la lettre… Quand je parlais d'oiseau, c'était juste un oiseau mécanique…

Il ouvrit grand la bouche pour répliquer, mais, trop vexé, trop frustré d'avoir cru aussi naïvement à quelque chose d'improbable, il détourna le regard, préférant se draper dans le peu de dignité qui lui restait, les cheveux en pétard et de la suie sur le bout du nez.

Ah oui. Mais c'était sans compter le regard tendre et l'allure féline d'Hermione qui se rapprochait lentement de lui, avant de se lover au creux de son épaule.

- Tu es trop mignon, Drago. Si un réveil te rend aussi innocent qu'un enfant de quatre ans, alors qu'est-ce qu'un autre appareil moldu te fera ? J'ai hâte de le savoir…

Et avec un sourire large et contagieux, elle lui picora le cou de bisous tendres et malicieux. Oui, malheureusement, quand Drago Malefoy est tombé amoureux d'Hermione Granger, il n'avait pas vu sur le contrat qu'il devrait aussi tomber amoureux des appareils infernaux qui peuplaient l'univers moldu qui lui était jusqu'à présent largement inconnu.


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