(Quarante-septième nuit du FoF, troisième thème)

Cet OS est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "Ivresse" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.


Désir d'une nuit

Hermione rougit. Il la désirait, il la voulait. C'était indubitable. Tous ses sens étaient en alerte, et il était devant elle, haletant. Elle non plus, elle ne savait plus très bien. Elle ne pouvait même plus dire où elle était. Etait-ce chez elle ? Etait-ce chez lui ? Tout ce dont elle était sûre, c'était qu'ils avaient quitté cet endroit sombre et bruyant qu'est la Tête de Sanglier. Il défit sa chemise, maladroitement et elle frissonna. Merlin, qu'allaient-ils faire ? Elle essaya de faire de l'ordre dans ses pensées. Elle voulait reprendre le contrôle de la situation.

- Attends… On est saouls… Tu es complètement saoul…

Mais il ne l'entendait pas. Ou alors, faisait-il semblant de ne rien entendre ? Il n'y avait plus rien. Que des sentiments bestiaux et primaires qui l'animaient. Un souffle puissant, une aura de mâle qui signifiait qu'une seule chose : « je te veux ». Hermione sentit la panique la gagner. N'était-elle pas Hermione Granger ? La grande Hermione Granger ? Celle qu'on disait forte et volontaire ? Ah, elle avait fière allure, à cet instant précis, remettant par des gestes saccadés le gilet léger sur sa poitrine découverte. Elle déglutit. Comment tout ça avait-il bien pu arriver ? Voilà qu'elle était en face de son pire ennemi, cet infernal garçon qu'elle avait cotoyé depuis des années et qui lui avait fait tant de mal… Voilà qu'à présent, ils allaient… s'unir ? Elle secoua la tête. C'était impossible. Elle voulait reprendre des forces, insultait son esprit qui se ramollissait de seconde en seconde. Le désir brûlant qu'elle pouvait voir au fond de ses pupilles dilatées lui donnait la chair de poule. Ou bien, provoquait-il une envie encore plus forte ? Celle de se donner toute à lui ?

- Je…, ne put-elle que formuler.

Elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait plus penser. Elle essayait. En vain. Quoi ? QU'est-ce que c'était que cette folie ? Elle ferma les yeux, priant pour gagner en lucidité. Elle était allée dans ce bar. Pourquoi ? Comment ? L'absence de bague à son annulaire gauche fut un rappel bien plus sûr que toutes les grandes phrases dont elle essayait de se souvenir. Ah, oui. C'était vrai. Elle avait poussé la porte de ce refuge pour oublier. Oublier, en buvant. Elle était malheureuse. Elle était seule. Ron… Ron et elle s'étaient encore disputés, comme à leur habitude. Ils aimaient se chamailler, sauf que là, c'était plus intense, plus virulent. « Comment ? Pourquoi refuses-tu de m'épouser ? » Il s'était emporté. Il n'avait pas compris qu'elle avait peur. Peur de s'engager dans un tel moment. Ils n'avaient pas encore fini leurs études, ils ne savaient pas quoi faire de leur vie, et voilà qu'il la voulait sous cloche, pour toujours. Elle avait craqué. Ils s'était insultés. Elle avait claqué la porte. Elle avait noyé son désespoir. Pourquoi Ron ? Pourquoi cet abruti n'était-il pas conscient qu'elle était fragile ? Encore trop fraîche des blessures de la guerre ? Il avait besoin de se rassurer. Et elle avait toujours été là. C'était si simple pour lui. Mais elle, elle n'était pas comme ça. Elle avait besoin de temp. Elle avait besoin de… d'autre chose. Peut-être même… de quelqu'un d'autre ? Non, c'était une décision trop prématurée. Elle était amoureuse de Ron depuis si longtemps… Avec une anxiété nouvelle, elle regarda le visage anguleux du garçon au-dessus d'elle, qui n'avait pas bougé d'un pouce. Que faisait-il en ce moment ? La cherchait-il seulement ? Etait-il en colère ? Ou regrettait-il ? Un lourd soupir lui abaissa les épaules, et les larmes coulèrent toutes seules sur ses joues.

- Hé, là…, murmura le jeune homme, son visage à quelques centimètres du sien.

Il lui caressa la joue de ses doigts froids. La lueur de désir s'était évaporée, laissant place à son éternel gris clair. Sauf que cette fois, c'était doux. Il n'avait pas un regard glacial, comme il avait l'habitude de la regarder auparavant.

- Pardon, marmonna-t-elle.

Les sanglots redoublèrent. Il se dégagea et la prit dans ses bras. Dans ces moments-là, il avait appris que seule la chaleur corporelle pouvait réconforter les femmes. Et des femmes, il en avait eues.

Pourquoi ? Pourquoi était-elle là ? En train d'être consolée par son pire ennemi ? Par leur pire ennemi ? Pourquoi n'était-ce pas Ron à sa place ?

- C'est fini…, balbutia-t-elle, comme pour s'en convaincre.

Ron et elle, c'était fini. Il n'y avait plus rien. Il avait décidé que c'était fini. Il avait dit « puisque c'est ainsi, je pense que je n'ai plus rien à te donner ». Et il lui avait tourné le dos. C'était impensable.

- Malefoy…

La voix d'Hermione était douce, teintée d'incompréhension. Elle cherchait à sonder le regard profondément illisible de son interlocuteur. Sans succès. Pour seule réponse, il se mit à lui caresser les cheveux. Pour consoler le chagrin d'une femme, il n'y avait que des gestes doux et du silence. C'était tout ce qu'il pouvait lui donner.

- Il ne reviendra pas ? demanda-t-elle d'une voix presque inaudible.

Il baissa le regard, haussa les épaules.

- Je ne sais pas. Mais tu vaux mieux qu'un pauvre type qui se repose sur toi.

- Tu penses que tu vaux mieux ? questionna Hermione du tac-au-tac.

Il esquissa un mince sourire en guise de réponse.

- Je ne suis peut-être pas mieux, mais je vais te prouver à quel point tu peux avoir mieux.

Il attrapa ses lèvres, fines, douces. Un goût un peu salé, trace de larmes séchées qui creusaient des sillons plus sombres sur ses joues. Il ne l'embrassa pas comme une conquête sûre. Il la croquait comme un fruit délicat, rare et exquis qu'on a longtemps attendu et qui finalement nous revient de droit. Il descendit dans son cou. Ses baisers étaient mesurés, doux, certains. Il savait où toucher, où glisser, où procurer du plaisir. Face à un tel expert, Hermione n'y tint plus, et s'abandonna. Après tout, que risquait-elle ? N'était-elle une adulte ? N'avait-elle pas le droit, après une rupture aussi violente, de profiter un peu ? Et qu'importe que ce fût avec son pire ennemi ? Plus rien n'avait d'importance, à présent. Seuls ses baisers délicats avaient un impact assez fort sur son cerveau.

Tout était un peu flou et elle mit ça sur le compte de l'alcool. Combien de verres avait-elle bus ? Cinq ? Dix ? Elle ne se souvenait pas. Elle entrevoyait simplement la longue silhouette de Drago Malefoy qui s'était assis à sa table, d'un air goguenard. « Que fêtes-tu ? » lui avait-il simplement demandé. « L'annulation de mon mariage » avait-elle répondu. « Je me joins à toi, on va fêter cet heureux événement ensemble. » Elle lui avait lancé un regard surpris, méfiant. Il lui avait souri en retour. « Moi aussi, j'ai réussi à faire échouer mon mariage. » Elle n'avait rien dit, mais ils avaient trinqué ensemble. Drago n'avait eu qu'une seule pensée pour Astoria à ce moment : « J'espère qu'elle boit avec quelqu'un de confiance, elle aussi ». Bien que ce ne fut guère le genre de sa fiancée.

Elle était ivre. Elle était tellement saoule, qu'elle avait déballé sa vie à cet homme qu'elle ignorait depuis tant de temps. Et comble de la surprise, il avait écouté, il avait ri certaines fois. Mais il ne s'était jamais moqué. Il y avait une sorte de respect dans sa voix et dans ses yeux. Et ça l'avait mise en confiance. Et voilà qu'elle était là, se faisant totalement dominer. Elle sentait ses sens s'éveiller doucement aux caresses qui ne laissaient place à aucune fantaisie de débutant. Elle goûtait à présent une autre sorte d'ivresse. Un pouvoir physique et presque interdit qui n'appartenait qu'à elle. Elle avait cru avoir oublié depuis longtemps tout ça, elle avait cru avoir perdu les clés. Qui aurait pu penser que Drago Malefoy les avait gardées tout ce temps ?


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Au plaisir!