Je suis de retour et avec moi, deux OS pour la cinquante-sixième nuit du FoF.
Cet OS est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "coquelicot" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.
Coquelicot toi-même!
Elle était là, sa petite silhouette mince et un peu floue se fondant dans les grandes gerbes de blé. Elle avait un grand chapeau de paille qui cachait son visage. Une gamine. Ses cheveux bruns s'agitaient au gré du vent, de temps à autre.
Lui, il était sous un arbre. Elle ne l'avait pas vu. Du moins, son attitude ne trahissait rien. Il était dans l'ombre, ses yeux bleus fixés sur son dos. Elle dansait dans la brise estivale. Sa robe de coton voltigeait, découvrant quelquefois ses jambes fines. Cette vision le subjuguait et le dégoûtait à la fois. Il pinça les lèvres.
- Toujours en train d'espionner cette fille, hein Drago ?
La voix grave d'un jeune noir le fit sursauter. Il haussa les épaules.
- Je n'étais pas en train de l'espionner. Je… Elle est juste dans mon champ de vision.
Le jeune noir étira un sourire en coin, mais ne fit aucune remarque. Après tout, ça lui était bien égal. Les deux gamins se murèrent dans un court silence.
- De toute façon, reprit le dénommé Drago, elle ne me voit pas, je ne lui parlerais jamais, alors je ne vois pas pourquoi je l'espionnerais. En plus, c'est une fille de Sang-de-Bourbe.
Il y eut un silence. La brise ramena le parfum léger de la jeune fille qui continuait de tourbillonner légèrement dans le champ devant eux.
- Allez, Zabini, tu me fais dire des bêtises. On rentre.
Elle était là, au rendez-vous. Comme la dernière fois, un an auparavant. Elle était toujours vêtue de cette robe en coton, même si elle avait gagné quelques centimètres et que la robe avait rétréci. Il était toujours là, au pied de son arbre, à la contempler, l'air impassible. Il avait envie de lui parler, mais elle semblait inaccessible. Comme une mélodie qui s'évapore dans l'air pur du matin. Il fronça soudain les sourcils. Elle avait disparu.
Il se redressa, l'air soucieux. Ne la voyant toujours pas reparaître, il s'avança dans le champ de blé. L'air méfiant, aux aguets, il finit par la retrouver : elle était agenouillée près d'un bosquet de fleurs sauvages. Des petites fleurs fragiles mais si colorées. Il s'arrêta net, se trouvant à quelques mètres d'elle. D'ici, il pouvait pleinement contempler sa taille gracile et son chapeau de paille qui lui cachait les épaules.
Un soupir s'échappa de ses lèvres et elle se retourna vivement.
- Qui es-tu ? bafouilla-t-elle, à la fois surprise et effrayée.
Elle ne savait pas quel comportement adapter. Il devait avoir son âge, mais pouvait-elle vraiment parler avec un garçon inconnu ?
- Ça ne te regarde pas. et si tu ne sais pas qui je suis, alors tu n'es pas digne de me connaître, répliqua-t-il d'un ton arrogant.
La demoiselle pouffa, clignant des yeux.
- Pardon ?
Elle finit par éclater de rire. Un rire frais et généreux. Se rendant compte de la situation, il eut une moue vexée, avant de murmurer vaguement :
- Malefoy, Drago Malefoy.
Elle arrêta de rire, lui sourit sincèrement avant de s'approcher de lui.
- Moi, je m'appelle Hermione. Hermione Granger.
Silence. Hermione. Il trouva la consonance jolie. Il ne fit aucun commentaire. Son regard se posa sur les fleurs. Elle suivit son chemin et élargit son sourire.
- Elles sont belles, hein ?
Il eut une grimace explicite.
- Trop colorées pour moi.
Elle lui prit la main et l'entraîna plus près du bosquet. Le contact de sa peau le fit frémir.
- Il y en a de toutes sortes, continuait Hermione, accaparée par ses fleurs. Tu connais leurs noms ?
- Evidemment, rétorqua Drago. Là, c'est un euh… Un bleuet !
Il désigna une boule bleue piquante.
- Presque…, c'est un chardon, sourit la petite fille.
- Oui, bah c'est bleu, bougonna le garçonnet.
- C'est vrai, consentit-elle.
Il fit le tour des fleurs, avant de pointer son index sur une fleur en grappe.
- Et ça, c'est une digitale pourpre, déclara-t-il sûr de lui.
- En effet.
Elle parut surprise de son assurance et de la justesse de sa réponse.
- C'est très facile, parce que ça sert à fabriquer des potions mortel...
Il se tut, soudain soucieux d'en avoir trop dit.
- Des potions ? s'enquit Hermione, intéressée par un nom si peu commun.
Drago toussota.
- Oui, enfin, c'est pratique.
Il continuait d'éviter le regard insistant d'Hermione, se plongeant avec intérêt dans les autres fleurs.
- Et ça, cette fleur ridicule ? demanda-t-il.
- Ça ? C'est ma fleur préférée. C'est un coquelicot.
Hermione caressa délicatement les pétales de soie de la fleur rouge. Drago ricana.
- Ta fleur préférée ? Mais elle est trop nulle comme fleur : quatre pétales, une couleur trop voyante, et une espérance de vie proche du négatif.
Elle rit. Mais il nota qu'elle avait un rire triste alors.
- Elle est éphémère, reprit la fillette après un instant de silence. C'est une plante qui ne peut être transportée. Elle n'est bien que chez elle, dans ses racines. C'est une plante fragile, mais si jolie… C'est à cause de sa délicatesse qu'elle est belle et que je l'aime. Parce qu'elle fait tout pour se faire remarquer, mais au final, elle ne peut se soustraire à ce qu'elle est. C'est triste. Ça me rend très triste, mais je trouve sa condition très belle aussi.
Il ne dit rien. Il haussa les épaules. Mais il ne pouvait nier cette soudaine barre qui lui bloquait l'estomac et lui accélérait le cœur.
Le soleil déclinait au-dessus de leurs têtes. Il frémit, regarda derrière lui et hocha la tête.
- Je dois y aller, dit-il en esquissant quelques pas.
- A bientôt, Drago Malefoy.
Il s'arrêta net et lui déclara net, de dos :
- Adieu, Hermione Granger.
Il ne vit pas son regard surpris. Il ne devait plus la voir. Ce serait mieux ainsi.
Dire que la surprise fut grande pour Drago quand Hermione arriva en première année à Poudlard, l'école de sorcellerie, est un véritable euphémisme. Drago sembla s'étouffer quand il la revit dans la foule d'élèves sur le quai 9¾. Il pensa d'abord avoir rêvé, beaucoup de filles auraient pu ressembler à Hermione. Mais son sang se figea quand il entendit McGonagall l'appeler par son nom et qu'il comprit qu'il allait devoir la côtoyer pendant sept ans. Il la suivit des yeux rejoindre la table des Gryffondor, comme il l'avait si souvent fait lors de leurs étés auparavant. Elle ne lui accorda aucun regard, bien trop émerveillée par les splendeurs du château et cette nouvelle vie. Elle avait toujours été ainsi et c'était ça qui l'attirait chez elle.
- Malefoy, Drago.
Enfin, il croisa son regard. Elle avait agrandi les yeux de stupeur, et un sourire léger se dessina sur ses lèvres. Mais il ne le releva pas. Son regard fuit bien vite quand il regagna la table des Serpentard et lui tourna le dos.
Ce soir-là, Hermione comprit enfin le sens de ses paroles : elle eut la conviction qu'il n'avait jamais eu l'intention de la revoir, et sans savoir les raisons, qu'il avait tracé un trait sur leur rencontre.
- Espèce de Sang-de-Bourbe.
Un an. Un an qu'ils étaient devenus camarades de classe. Un an qu'ils ne se parlaient plus, qu'ils s'évitaient, même. Un an qu'ils faisaient semblant de ne pas se connaître d'avant. Un an qu'ils n'étaient plus que deux inconnus dans la masse informe d'élèves de Poudlard. Un an qu'il s'évertuait à lui trouver tous les défauts du monde. Un an qu'elle s'efforçait de comprendre par elle-même pourquoi il était devenu soudain si froid et s'ils se reparleraient jamais. Elle avait tenté des piques. Il les lui avait rendus. Elle avait interprété différemment ses intentions et pensé qu'il n'était pas si mauvais. Il suppliait tous les soirs le grand Merlin d'éradiquer ce souvenir si champêtre et si doux qu'il avait d'elle.
- Espèce de Sang-de-Bourbe.
L'insulte avait fusé, il avait osé. Ron avait dégainé et le maléfice de limaces s'était retourné contre lui. Ils étaient allés chez Hagrid, et on lui avait expliqué. L'insulte ne l'atteignit pas tout de suite. Ce n'est que bien plus tard, dans la soirée, alors qu'elle était seule dans les couloirs, qu'elle ressentit une tristesse profonde et inexplicable. Ce fut à ce moment-là qu'il reparut, maugréant dans sa cape des insultes à l'égard de McGonagall pour lui avoir donné des devoirs supplémentaires suite à une mauvaise plaisanterie lors de son cours de métamorphose.
Ils se retrouvèrent face à face, à quelques mètres l'un de l'autre. Le couloir était désert. Drago pensa d'abord à rebrousser chemin, mais un Malefoy ne recule jamais, et il ne pouvait se permettre de retourner au cinquième étage. Hermione, non plus, ne pouvait faire demi-tour. Elle n'avait plus rien à faire dans la Grande Salle.
Ils se dévisagèrent un moment. Ils étaient seuls. Ils baissèrent les yeux de gêne.
- Tu m'as fait du mal, dit-elle soudain, après un long silence.
- Je sais, dit-il maladroitement.
Un tic nerveux trahissait son mal-être.
- Mais je ne te demanderai jamais pardon. Je n'ai rien à me reprocher, lança-t-il d'un ton bourru, plus pour se convaincre que pour l'intimider.
Elle baissa les yeux, fatiguée. Elle était fatiguée qu'il continue ce jeu avec elle. Elle aurait voulu le taper, lui faire reprendre ses esprits. Mais il n'était plus ce gamin un peu pataud qui se vexait de ne pas savoir le nom des fleurs qu'elle connaissait. Il était devenu pire, car ancré dans un contexte qui le noyait et qu'elle ne connaissait encore que peu.
- Je sais.
Il tiqua. Oui, elle savait. Elle savait qu'il était trop fier. Elle savait qu'il pensait avoir raison. Et ça la rendit mélancolique. Il s'avança, la dépassa et fit encore quelques pas avant d'entendre :
- Je te plains, Drago Malefoy.
Il s'arrêta, net. Sa respiration s'accéléra. Il serra fortement la lanière de son sac dans son poing. La colère commençait à bouillir au fond de lui et sa baguette le démangeait douloureusement. Merlin qu'il avait envie de la faire taire. Merlin qu'il voulait oublier la douceur de sa voix, l'apaisement de ses yeux. Il se retourna, la bouche grande ouverte, s'apprêtant à répliquer quelque chose de cinglant, quand son regard se perdit dans le sien, d'une tristesse profonde.
- Je te plains, reprit-elle, car tu es exactement comme le coquelicot. Tu essaies d'attirer l'attention de tout le monde par tous les moyens, tu essaies de paraître, mais finalement, tu as peur de t'aventurer. Tu crains de ne pas être à la hauteur. Alors, loin de ta famille, de tes racines, tu te fanes, tu dépéris, et tu finis par ne plus rien être. C'est triste, Drago.
Et sans un mot de plus, elle disparut dans le couloir. Cette nuit-là, Drago Malefoy eut la joie de goûter une nuit blanche.
Cinq ans plus tard. La guerre venait tout juste d'être gagnée. Les Malefoy étaient prostrés dans un coin de la Grande Salle, parmi les cris et les rires des vainqueurs. Hermione, épuisée, s'éclipsa du groupe qui la haranguait et sortit dans le jardin qui avait encore des traces de la bataille finale. Elle fit quelques pas vers la cabane d'Hagrid et sourit : un bosquet de fleurs sauvages avait fleuri malgré tout.
- Il n'y a pas de coquelicot, souffla une voix traînante derrière elle.
Hermione se retourna. Un jeune homme blond, les mains dans les poches, fixait le bosquet en retrait.
- Non, il n'y en a pas. il n'y en a plus.
Ils restèrent un moment, côte-à-côte. Le bonheur qu'ils goûtaient égalait la douceur du soleil de cette journée.
- Félicitations, Drago, tu as perdu tes pétales, et pourtant tu es encore debout. Je n'ai jamais vu un coquelicot aussi brave.
Malgré la pique, il sourit. Son sourire s'élargit tant qu'il se mit à rire. Un rire franc. Un rire soulagé. Un rire contagieux qui donna envie de rire à son interlocutrice. Oui, il n'était plus un coquelicot. Il l'avait prouvé. Et il en était très fier.
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Au plaisir!
