Je suis désolée... vraiment... mais comme toujours, il y a un but, alors accrochez-vous !

Le lendemain, Will est à la bourre et court dans la douche pendant que Sonny prépare des toasts. Il arrive à le coincer avant qu'il ne parte en courant et lui vole un, puis deux baisers rapides. Will adore ça, les séries de baisers. Il prend Sonny dans ses bras et s'attarde, le temps de plonger sa langue dans la bouche de son chéri. Sonny rit et le pousse dehors. Il le regarde s'éloigner, heureux de leur vie domestique et pépère.

Sonny interrompt une conversation entre T et Mel quand il arrive au bar. Elle s'éloigne, le sourire aux lèvres et Sonny s'excuse « De quoi, mec ? Je racontais une blague à Mel pour lui remonter le moral. On vient de pas mal parler de nos soucis de cœur. Je pensais pas que c'était possible avec une fille. J'imagine que toi, tu as pas arrêté de parler de Will avec Abby et Mel, je veux dire, vous les gays, vous êtes plus potes avec les nanas, non. » Sonny lève les yeux au plafond « Tout dépend des filles, T. Et d'ailleurs, avant que je sorte avec Will, elles n'étaient pas au courant. Figure-toi qu'on peut être gay et avoir des amis des deux sexes. Comme Chad. Et même toi, à tes heures. » T a un sourire gêné et tape le bras de Sonny maladroitement. Sonny hoche la tête et rajoute « Par contre comme employé, t'es pas à la hauteur aujourd'hui. Il y a tout un arrivage à ranger et tu as même pas commencé. Au boulot ! »

Un quart d'heure plus tard, il rappelle T. Le café est bondé et bien sûr les machines ont choisi ce moment-là pour dérailler et Sonny s'énerve de plus en plus, si bien qu'il finit par se pincer. Il achève la réparation et va dans son bureau. Il se plonge dans des reçus et cherche son chéquier mais se rend compte qu'il l'a oublié à l'appartement. Will est en cours et la facture doit être réglée rapidement. Heureusement, Chad arrive à ce moment-là. Sonny le laisse gérer et repart chez lui.

Il pose sa veste sur le porte-manteau et hésite un moment. Quelque chose le chiffonne. Il secoue la tête et part à la recherche du chéquier. Il lui semble qu'il était dans la poche du dernier pantalon qu'il portait au boulot le vendredi. Il doit être dans la salle de bain. Il a la main sur la poignée quand il entend du bruit et son cerveau fait enfin la connexion. La veste que Will portait ce matin est pendu à côté de la porte d'entrée. Est-ce que son cours a été annulé. Il a un petit sourire à l'idée de surprendre son chéri et, qui sait, de lui faire une proposition. S'ils sont rapides, c'est jouable... rien que de se rappeler la bouche de Will sur lui, la veille au soir, et Sonny est en feu. Il ouvre doucement la porte de la chambre et se fige.

Rien ne fait sens. Rien n'est possible. Et surtout pas Sebastian ici, devant Will. Sûrement pas sa bouche sur celle de Will. Jamais. C'est le cerveau de Sonny qui déraille maintenant. Il ne sait plus s'il rêve, s'il cauchemarde, si Sebastian est un salaud que Will va repousser, c'est certain, là maintenant, tout de suite...

Mais Will est immobile. Il ne participe pas. Il ne rejette pas. Il a les yeux fermés et Sonny n'arrive pas à hurler. Sebastian recule, Will ouvre les yeux et ils l'aperçoivent au même moment. Et Will a un air coupable. Dans la tête de Sonny, des cités entières s'effondrent. Un tremblement de terre émotionnelle lui coupe tous moyens intellectuels mais son corps réagit à l'instinct. Il attrape le col de la chemise de Sebastian et grogne « Dégage de chez moi. Tout de suite. » Sebastian lui obéit et Sonny se tourne vers Will pour comprendre, pour espérer retrouver sa raison. Il y aune explication, il doit y en avoir une. Mais Will baisse la tête et suit l'autre dans le couloir. D'autres neurones grillent dans la tête de Sonny, qui n'arrive pas à bouger les jambes et se pose sur le lit. Il entend la porte claquer. Il attend. Will ne revient pas.

Il reste assis. Son cœur lui fait mal, physiquement. Il se sent encore pire que l'autre nuit, quand il s'inquiétait alors que Will était... seul avec Sebastian. L'horreur de la révélation le submerge. « Nooooon...noooooon ». Sa voix est faible et geignarde. Il n'y a personne pour l'entendre. Il ne peut pas repartir au boulot, pas tant que Will n'est pas revenu. En même temps, il ne peut pas supporter l'idée de le voir. Il traîne des pieds jusqu'à la porte d'entrée. Le couloir est désert. Il sort son portable et tape 'Peux pas revenir bosser. Assure stp.' et hésite à marquer 'rien de grave', parce que si, ça l'est. Sa vie est un mensonge. Will est un mensonge.

Il atterrit chez Abby. Elle sait ce que c'est que de se faire remplacer. Et le fait que Chad soit revenu vers elle donne un vague espoir. Sonny ne sait même pas s'il veut recoller quoique ce soit. Sa cousine lui offre un réconfort alcoolisé mais il n'arrive pas à avaler. Il n'arrive pas à pleurer. Sa tête est vide. Et toute sa vie aussi.