Sonny pousse la porte de chez lui. Aussi douloureux que c'est de revenir, il faut le faire. Il a toujours été fier de sa capacité à aller de l'avant et l'épreuve qu'il traverse a beau être la plus dure de toutes celles qu'il a traversées, il doit prendre sur lui.
Il ne se sent pas prêt à dormir dans son lit, toutefois. Et bien que le canapé soit aussi couverts de souvenirs vivaces de lui et Will, il y installe ses pénates. Il passe la première partie de la nuit les yeux ouverts dans l'obscurité bleutée et le cœur battant bien trop vite. Puis l'épuisement gagne enfin la partie et il somnole et commence à bien récupérer.
Les coups à la porte ne font pas sens tout de suite. Mais dans son état de semi-réveil, un espoir fou le traverse. C'est peut-être Will ? Il n'a pas le temps de vraiment reprendre ses esprits et son sens des réalités qu'il est déjà en train d'ouvrir la porte d'entrée. La déception est vite remplacée par l'agacement, surtout qu'il a eu le temps de repérer l'heure « Ça va pas de débarquer à une heure pareille, T. Pour une fois que j'arrivais à peu près à dormir... » T fait une grimace embarrassée et fait un geste vague « C'est que ça peut pas trop attendre. Tu peux venir, là, tout de suite ? » Sonny baisse les yeux sur son pyjama. Heureusement pour T, il est bien couvrant et à manches longues. Will l'adore, il trouve qu'il lui va bien et passe son temps à l'enlever. Sonny ignore le pincement de cœur à cette pensée pendant que T insiste « Ecoute, Sonny, si tu pouvais te changer vite fait, vraiment... » « C'est à propos de quoi ? De Common Ground ? » T soupire « Oui. Je suis désolé. C'est Chad qui m'a dit... » Sonny referme la porte et lance « Dis-lui que je serai là-bas dans vingt minutes. »
Quand il sort dans le couloir, T et toujours là. Sonny commence sérieusement à se poser des questions. « Je me suis dit, que je pourrais t'amener... » « Et comment je ferai pour rentrer après ? » « Je serai là. » Si l'idée n'était pas risible, Sonny se demanderait si T avait des vues sur lui. Il étouffe un bâillement et se dit qu'il vaut mieux accepter pour s'éviter un accident. Il grimpe dans le tacot de Tad et s'endort en chemin. Il est à nouveau réveillé, par la façon abrupte dont Chad se gare et se prépare à râler quand il se rend compte qu'ils ne sont pas du tout à Common Ground. Ils sont à l'aéroport.
« Sonny, écoute-moi avant de te braquer. Will est parti, en train, le lendemain de... Enfin, bref, j'ai réussi à te trouver un billet pas trop cher et tu y seras plus vite et comme ça, tu seras moins tenté de faire demi-tour. » « Tu te fous de moi ? » « Non. » C'est la première fois que T lui parle sur ce ton et Sonny se tait de stupéfaction. « Will est mon plus vieux pote et il compte énormément pour moi... Evidemment pas comme toi tu l'apprécies, je veux dire... Oh, tu comprends ? » Sonny hoche la tête. « Et je sais combien il est mal, là et toi aussi, je te vois à Common Ground et je me dis, putain, c'est trop con ! J'ai besoin de revoir mon ami et toi, tu as besoin de parler avec lui. Alors, voilà un ticket et une adresse. Je te demande pas de te remettre avec lui obligatoirement, mais de le persuader de revenir. Que ses amis puissent être prêts de lui. »
Et voilà comment Sonny se retrouve à côté d'un hublot, à regarder le soleil se lever et à analyser ce qu'il vient de se passer et surtout, surtout, de se préparer à ce qui l'attend dans quelques heures. Il ne sait pas ce qui se passe vraiment avec Will, il n'a aucune idée de ce qu'il souhaite lui-même et il a énormément envie de pleurer mais pas là, dans cet avion bondé. T a mis Chad au courant de son plan, visiblement, du coup Sonny a deux jours devant lui et deux billets de retour, sans date dans la poche (T a ajouté « Revenez en même temps ou séparément, mais revenez! »).
Comme il n'y a personne pour l'attendre, il erre un peu à son arrivée, à chercher où sont les taxis. Il montre l'adresse au chauffeur qui secoue la tête « Ça va vous coûter les yeux de la tête si je vous amène. Et ça m'intéresse pas trop. Vous avez une ligne de bus plus loin, vous devriez plutôt essayer. »
Le guichet de la gare des bus est fermé, alors il se promène de véhicule en véhicule, à demander à tous les chauffeurs si c'est sur leur route. « Pas tout à fait, mais je peux faire un détour. Vous allez pêcher ? » « Non, je vais voir quelqu'un. » Quelqu'un. Pas son compagnon, pas son petit ami, pas son ex. Juste quelqu'un. Qu'il aime plus que tout au monde et pour qui il irait jusqu'au bout du monde... quoiqu'il n'en n'est pas loin.
Le bus s'arrête de partout. Cette « quête » devient de plus en plus irréelle, se rallongeant sans cesse et il n'y croit plus trop. Le bus est vide maintenant et les kilomètres défilent. Le chauffeur le tire de ses pensées « Monsieur, vous êtes arrivés ! » Sonny le remercie et sors, les mains dans ses poches, n'ayant aucune idée de comment il pourra repartir, il ne sait pas où est le vrai arrêt de bus. Il aurait dû demander. Il cherche une carte de la région sur son portable mais elles sont toutes floues et prises de trop loin.
Tout à coup, il aperçoit une femme, se dirigeant vers une boîte aux lettres et son cœur se serre. C'est Marlena.
Elle le conduit jusqu'à sa maison de campagne, celle où elle a proposé à Will de la rejoindre. Où il est, en ce moment. Sonny sent une douleur le traverser de bas en haut mais il continue, stoïque. Ils font le tour et sur un des bancs de la terrasse, il voit Will. Leurs regards se croisent.
