Will est encore faible dans ses bras, et Sonny se sent lui-même prêt à défaillir. Le voyage a été long, jusqu'ici, jusqu'au cœur de Will. Qui est à lui, quoique Will puisse en douter. Ils se retrouvent tous les deux à genoux, les bras serrés si forts, que peut-être ils ne pourront plus respirer. Et ça n'a pas d'importance. Sonny se sent happé dans le corps de Will, retrouvant d'un coup son équilibre et son bonheur. Les baisers se succèdent, d'abord fiévreux et presque durs, puis plus calmes et plus longs. Will s'allonge sur l'herbe humide, se laissant faire jusqu'à l'abandon complet. Sonny frémit au contact du sol et tire doucement Will vers lui pour le relever.

Ils n'atteignent pas la maison du premier coup et doivent se poser sur le banc où Will se trouvait tout à l'heure. Sonny ne pense plus à ses larmes et s'étonne de sentir Will les essuyer, une peine profonde dans le visage. Il secoue la tête « Will, arrête ! Je t'en supplie, pour moi, pour nous, arrête de te sentir coupable. J'ai besoin que tu sois heureux. Que tu l'es grâce à moi. J'ai failli te perdre et je ne veux plus vivre ça. Je t'aime tellement. » Will lui caresse la joue. Dans ses yeux dévastés, Sonny remarque une grande fatigue. La sienne se présente à lui, accablante et il pose le menton sur l'épaule de Will.

« Mon amour, est-ce que tu as une chambre où on peut aller se poser. Je veux te tenir dans tes bras et qu'on s'endorme en même temps. On aura tout le temps de marquer nos retrouvailles. Laisse-moi prendre soin de toi. » Will étouffe un sanglot et hoche la tête. Il le guide à l'intérieur. Marlena les regarde passer sans un mot et Sonny lui lance un sourire qu'elle lui retourne. Will l'emmène dans sa chambre. Il y a un grand lit, qui a l'air confortable. Ils s'allongent, tout habillés, les yeux dans les yeux, leurs mains se posant en miroir sur le cœur battant fort de l'autre.

Will est devant lui au bout du champ. Il s'approche mais la terre est trop meuble. Elle enveloppe les pieds de Will, qui commence à s'enfoncer, doucement dans les sables mouvants. Sonny veut hurler mais sa gorge est sèche et ses jambes sont freinées par une force invisible. Il parvient tout juste à attraper la seule chose qu'il peut encore voir, la main désespérée de Will. Il tire, aussi fort qu'il peut et voit Will émergé mais changé. Il porte un costume sombre et une rose à la poche de devant. Le sable a disparu et ils commencent à danser au son d'une musique si belle que Sonny voudrait qu'elle ne finisse jamais. Ses paupières papillonnent, le ramenant à la réalité, où, miracle, il y a Will, dans un vieux jogging froissé, avec comme seule musique le bruit de sa respiration et d'un léger ronflement. Il n'a jamais été aussi heureux.

Il a faim, mais il n'ose pas bouger. Le moindre mouvement pourrait réveiller Will et il n'aime pas les cernes noires qu'il a sous les yeux. Il voudrait souffler dessus et les faire disparaître. Son corps est réchauffé par endroits, par le poids doux de son homme. Il ferme les yeux, prêt à reprendre le cours de ses rêves, mais Will a un sursaut violent et les deux amoureux se retrouvent à nouveau les yeux dans les yeux. Dans une synchronisation absolue, le même sourire se peint sur leur visage. Cette fois-ci c'est Will qui l'embrasse, avec révérence et la délicatesse qui le caractérise.

« Will... » « Oui ? » « Je suis bien, là, dans tes bras, mais il faut que je mange quelque chose, j'ai presque rien pris depuis ce matin. » Will fronce les sourcils « C'est vrai ça, tu es parti tôt. Tu as fait comment pour savoir où j'étais ? » « C'est T. Il est vraiment très loyal. Il veux que tu reviennes à Salem, alors il m'a payé un billet. » « Sérieux ? » Il rigole, mais il y a une petite tension et Sonny sait comment y répondre. Pas question de laisser un mal-être s'installer, que Will croit que Sonny a eu besoin qu'on le force à venir « J'étais tellement reconnaissant d'avoir de tes nouvelles, de pouvoir te parler. C'était l'enfer. » Will regarde ailleurs, les larmes aux yeux. Mais ceux-ci sont redevenus d'un bleu pur et Sonny y voit le signe d'une guérison. Il embrasse le cou nu de son chéri et répète « Il faut que je mange quelque chose. Ça pourrait être toi si tu ne fais rien pour m'aider. » Will tremble, secoué par un petit rire et se lève enfin, libérant Sonny, le faisant se sentir nu sans son chaton autour de lui.

Marlena leur a préparé quelque chose et Sonny la serre dans ses bras, lui glissant « C'est bon. Tout va bien à présent. » Elle répond « Merci pour Will. Il ne tient pas sans toi. » et, refusant leur aide, elle les installe dehors, sur la table en bois, sous le soleil chaud qui a enfin percé des nuages. Ils discutent tous les trois avec tranquillité, évitant certains sujets trop douloureux et Sonny repère, de ci de là, quelques traces de tension dans la voix de Will. Tout ne va pas se régler d'un coup, il en est conscient. Du mal a été fait. Ils ont tous deux pris la mesure de la nécessité absolue qu'ils ont de l'autre mais Sonny va devoir apprendre à avoir confiance en Will. Pas qu'il le trompe puisque rien ne s'est passé mais qu'il reparte, qu'il le rejette.

Marlena doit repartir le jour suivant et leur offre de les prendre comme passagers. Sonny acquiesce, heureux de profiter de cette retraite un tout petit peu plus longtemps. Alors que les ombres s'allongent, il sent le désir de se fondre en Will, d'effacer la séparation par une fusion complète. Il entraîne Will dans la chambre et cette fois-ci s'attaque à ses vêtements...