Sonny met du temps à s'en apercevoir mais quelque chose ne va pas pour Will. Ils ont du courir pour arriver à temps à l'aéroport. C'est un vol court, pour rejoindre Chicago, alors il n'y a besoin que d'une demi-heure d'avance. Le réveil a sonné à l'heure et les valises étaient déjà prêtes, mais Will avait la main baladeuse et Sonny ne peut pas lui résister. Maintenant, il sent encore l'extase de l'orgasme mais aussi l'adrénaline après avoir couru pour passer les portes in-extrémis.
Et Will, lui, est complètement détendu, plaisante avec le personnel de l'aéroport et vérifie que rien n'a été oublié comme un chef. Sonny le remercie d'un sourire et place leurs sacs dans le compartiment au-dessus de leur tête. Il s'assoit et attrape la main qui l'attend, docile. Les regards se plongent l'un dans l'autre et bientôt l'avion se met à rouler.
La main de Will le serre un petit peu trop. Et son sourire est légèrement figé. Sonny fronce les sourcils. Il n'aime pas le voir comme ça, se couper de lui et gérer son stress seul. Il ne veut pas l'effaroucher non plus, alors il remarque «J'ai hâte d'être là-bas, il va faire vraiment chaud. On pourrait aller se baigner dès qu'on arrive.» Will hoche la tête «OK, avec le décalage horaire, on arrivera en pleine journée.» «Cool. C'est long comme trajet, je n'ai pas trop fait attention.» «Neuf heures.» Et tout à coup, Sonny repère le changement de ton. Il se penche vers Will et l'embrasse doucement «C'est la première fois que tu voyage aussi loin ?» «Non, je suis allé en Suisse souvent, voir mon oncle et ma tante.» Will essaie d'avoir un ton léger mais son visage est crayeux et à ce moment là, le petit appareil traverse un trou d'air. Sonny est partagé entre l'adoration et la compassion. Son Will a peur de l'avion...
Ils arrivent vite à l'aéroport international et vu que leurs bagages sont en transits, ils n'ont pas à s'occuper de grand chose. Will parle beaucoup. Sonny lui répond mais surtout, il lui passe la main dans le dos, lui caresse la main et lui propose même un massage. Will se laisse faire, tout heureux.
Cette fois, ils sont dans un Boeing et Will est vraiment nerveux. «Chéri ?» « Oui ?» «Les autres fois, quand tu as pris l'avion, tu prenais des calmants ?» Will secoue la tête. Sonny regrette de ne pas en avoir sous la main, alors il décide de se lancer «C'est juste que j'ai l'impression que tu prends sur toi. Je veux dire, il y a plein de monde qui a la phobie des voyages en avion. Tu pouvais m'en parler, je me serai pas moqué de toi.» Will ouvre la bouche, la referme, puis évite le regard de Sonny. Il a l'air prêt à pleurer.
«Je vais pas gâcher le voyage pour ça. Il suffit de serrer les dents, ça a toujours marché.» Will est un être surprenant. Il est sensible et fragile. Mais il a du mal à demander de l'aide. Il essaie d'être fort tout le temps. Sonny réalise que c'est le cas aussi quand Will se bloque et rentre dans sa coquille. Ce sont les moments où il n'arrive plus à gérer, alors il se retire du monde pour ne pas gêner.
Il en a les larmes aux yeux et murmure «Non, ce n'est pas nécessaire. Parce que je suis là. Quand on est ensemble, on peut se reposer sur l'autre. Dis-moi quand ça va pas et je te promets que je te dirais quand j'ai besoin de ton soutien aussi.»
Le visage de Will se transforme. C'est le moment que choisit l'avion pour décoller et il a l'air terrifié. Sonny passe un bras autour des épaules de son homme et le laisse poser la tête contre sa joue. Will se laisse aller, comme un petit enfant, avec une confiance qui rend Sonny très vulnérable.
Ils sont là dans leur bulle, collés l'un contre l'autre et Sonny parle de la Grèce. Il raconte la cuisine, celle qu'on sert quelquefois chez son oncle Victor. Il parle des îles dont les noms le font rêver, des mots à connaître pour ne pas tout le temps parler en anglais. Will est silencieux et tendu mais son sourire est redevenu vrai.
Quand Sonny tourne la tête, il voit que Will s'est endormi. Mission accomplie. Il attrape le livre posé devant lui et commence à lire, jusqu'à ce que ses propres paupières se ferment.
Quand il se réveille, le fauteuil à côté de lui est vide. Will est dans le couloir au fond, en train de revenir des toilettes. Quand il se pose près de Sonny, il lui sourit et dit «Tu sais, m'amour, ils servent les repas dans une heure. L'hôtesse m'a dit que si je veux, on peut venir en première classe deux minutes et avoir un cocktail maintenant.» Il lui fait un clin d'œil. «Comment tu as fait pour avoir ce traitement de faveur ?» « «Je sais pas trop. Je lui ai dit que j'ai peur de l'avion mais que je partais avec mon petit ami qui est fabuleux et m'a aidé à me sentir mieux et elle a ouvert de grands yeux et elle m'a dit qu'un peu d'alcool aiderait bien aussi.» Sonny se lève et le suit, en riant dans sa barbe. Will peut obtenir du monde ce qu'il veut avec un sourire et ses grands yeux bleus.
