Le point de vue de Will
Il y a tellement de lumière... C'est difficile de garder les yeux ouverts sans lunettes de soleil mais elles sont au fond de ma valise et on vient à peine de sortir de l'aéroport. Il y a énormément de circulation et pour le moment, ça sent l'essence et la pollution. Mais je m'en fous, on n'est plus dans l'avion ! Et Sonny est à côté de moi et il a l'air tout heureux. De toute façon on ne reste pas longtemps à Athènes. Juste le temps d'aller visiter deux trois monuments et d'aller se baigner, parce que ça fait longtemps qu'on attend que ça.
C'est plus sympa sur la plage, et j'ai enfin mis la main sur les lunettes. Sonny est comme un gosse, il adore se baigner. Et comme il est aussi fort que moi, on n'a pas arrêté de se pousser dans les vagues. S'il y avait pas autant de monde, j'aurais bien essayé des trucs... Je me pose sur ma serviette et je me ferai bien une bonne sieste de décalage horaire, mais il me tire par le bras en disant « Allez, Will, on a le Parthénon à visiter. Il risque d'y avoir beaucoup de queue, on doit partir maintenant. »
J'essaie de résister, à coup de regards de chien battu, de baisers dans le cou, mais il tient bon. Faut dire qu'il a raison, le bougre, ça vaut le coup. Le guide lit le nom de Sonny et le regarde, et puis il commence à parler en grec. Les yeux qu'il fait, mon chéri ! Il comprend un peu, il m'a dit, mais pas aussi vite et aussi spécifique. Je viens à la rescousse en demandant de parler en anglais et le guide s'excuse. Sonny a l'air un peu vexé. Je sais qu'il adore apprendre des bouts de langue, et là il est frustré. Mais le connaissant, il va sûrement m'épater et parler grec couramment à la fin du séjour. Ce mec a une volonté de fer. Et c'est mon mec. J'ai toujours un peu peur qu'il se rende compte que je suis pas comme ça et qu'il se cherche quelqu'un de plus dynamique. Qui n'ait pas peur de l'avion, non plus. Un fana d'escalade et de voyage qui se retrouve avec quelqu'un comme moi, il faut le faire.
On a posé nos bagages dans l'auberge de jeunesse et maintenant on se balade dans les rues de nuit. Cette fois, Sonny en connaît assez pour acheter de quoi manger et il a l'air trop adorable quand le vendeur lui tend ce qu'il a commandé. On mange en marchant et c'est trop bon. Je suis pas un fan des aubergines mais là, ça passe tout seul. Par contre c'est bourré d'ail, alors il faudra attendre de s'être lavé les dents ce soir, avant de s'embrasser.
Le point de vue de Sonny
Will a de la glace au chocolat sur le nez. Et un grand sourire. J'embrasse les deux et je nous dirige vers l'hôtel de jeunesse. C'est cool, Athènes, la nuit, mais Will me fait ressentir des choses qui demandent action. Il est totalement d'accord, d'ailleurs. Mais il me pousse d'abord dans la salle de bain avec ma brosse à dent, après y être passé lui-même. Quand je reviens dans la chambre, il est allongé sur le matelas. C'est une bonne idée qu'on a eu de choisir cet endroit, on peut réserver des chambres à deux avec un grand lit. Après ses émotions dans l'avion et le décalage horaire, il a les yeux un peu bouffis mais il fait des efforts pour rester réveillé. Je m'allonge à côté de lui et le prend dans mes bras. On se regarde dans les yeux et ils sont toujours aussi bleus. Comme la mer Egée où on s'est baignés tout à l'heure. Je lui embrasse doucement le visage puis les paupières, mais au moment ou j'atteins sa poitrine, je la sens se soulever un peu trop régulièrement. Il s'est endormi...
Sonny
Le lendemain, ils louent une voiture pour rouler jusqu'à la péninsule de Péloponnèse. Ils passent l'isthme de Corinthe, Will les yeux résolument fermés, pendant que Sonny s'écrie « Mais regarde, m'amour, c'est magnifique ce canal et ces couleurs ! » Ils doivent se garer cinq cent mètres plus loin, vu que Will est devenu vert après avoir regardé quelques secondes. Sonny lui frotte le dos gentiment « Tu sais, Will, j'apprécie vraiment les efforts que tu fais pour moi. C'est une grande preuve d'amour. » Will se rassoit et lui fait un faible sourire « Tu sais toujours dire ce qu'il faut. Désolé pour hier soir... » Sonny rit « Ça va, je vais juste demander un peu plus ce soir » et lui fait un clin d'œil.
La côte est magnifique et il s'arrêtent souvent. Will prend plein de photos, du paysage, mais aussi de Sonny, qui s'amuse de son nouveau statut de modèle, jusqu'à ce qu'il réalise qu'il est le seul à être immortalisé. Il essaie de s'emparer de l'appareil mais Will résiste un bon moment « M'amour, je veux des souvenirs de toi ici moi aussi ! » « Non, mais c'est pas ça... Tu vas pas... » Il devient de plus en plus rouge et murmure « Je suis pas très photogénique. » Sonny n'arrive pas à retenir le rire tonitruant qui s'échappe de sa gorge. Will prend l'air vexé et se retourne, mais Sonny l'entoure de ses bras et lui murmure « Tu es ridicule, tu le sais ? J'ai trois photos de toi dans mon portefeuille et je passe mon temps à les montrer à tout le monde au café. Il y a des types qui m'ont demandé si on était sérieux tous les deux et s'ils pouvaient avoir ton numéro. » tout en subtilisant l'appareil.
Will fait la tronche sur les premières photos et rit sur les autres (Sonny l'a peut-être chatouillé...). Il jette un œil sur sa montre et s'exclame « Merde, on va arriver super tard. Quelle heure tu as donné à tes cousins? » « Mmm, le temps qu'on puisse se perdre plusieurs fois et demander notre chemin en grec. Donc vers six-sept heures. » « Il est déjà sept heures. » Il remontent dans la voiture.
Quand ils arrivent devant la maison de la famille de Sonny, il fait déjà nuit. Ils entrevoient de hautes tours entourées de lumières bleues. Sonny est trop fatigué par la conduite pour demander ce que c'est. Ses cousins les accueille avec de grands sourires et bientôt, les deux amoureux sont dans la chambre d'amis, où Will paie sa dette de la veille et prend soin de son homme épuisé. Sonny lui fait un dernier baiser plein de gratitude et s'endort heureux.
