Chapitre 1
Où s'invite l'élément perturbateur.

- George ! Tonton, rends-moi mon cadeau !

L'homme roux éclata de rire, tandis que le plus jeune membre mâle de sa famille, l'un des nombreux neveux qu'il pouvait se vanter d'avoir, tentait tant bien que mal de sauter pour récupérer son dernier jouet de prédilection. Celui-ci changerait certainement d'ici le lendemain matin, lorsque les cadeaux seraient ouverts, et que les papiers d'emballage joncheraient le sol, au point qu'une dragonne ne pourrait retrouver ses œufs au milieu des papiers multicolores.

- Par pitié, George, soupira Fleur Weasley, rends à Louis son Rapeltout, qu'on en finisse…

- D'accord, marmonna George alors que tous les regards remplis de reproche se tournaient vers lui tandis que le jeune adolescent lui lançait un regard de détresse. Mais c'est bien parce que ça m'amuse de voir ce Rapeltout devenir rouge ! fanfaronna l'homme qu'on n'avait jamais pu forcer à rien.

La femme à la peau brune, Angelina Weasley, anciennement Johnson, secoua légèrement la tête, un sourire aux lèvres, avant de se tourner vers sa belle-mère.

- Comment est-ce que vous avez fait pour le supporter, toutes ces années durant ?

- Je n'ai pas fait, ma petite. Je n'ai pas fait. J'ai subi. Et encore ! s'affligea Molly Weasley. Subir est un mot bien trop faible…

Les rires retentirent fortement dans la pièce, où chacun profitait de l'alcool, fort ou non, qui coulait dans les verres pour fêter Noël. Enfants et adultes discutaient dans la bonne humeur, riant, oubliant les quelques disputes inévitables qui éclataient dans une famille aussi étendue, profitant uniquement de l'instant présent et de la joie. On criait aussi fort que possible pour se faire entendre. Mais c'était habituel, pour eux, finalement.

Les familles Weasley et Potter ne passaient jamais inaperçues lorsqu'elles se déplaçaient. Et jamais un membre de ces familles ne se déplaçait seul, ce qui n'était pas si étonnant lorsqu'on connaissait un peu les divers membres qui les composaient. De plus, outre le groupe important qui se promenait en famille, une masse tout aussi importante, si ce n'est plus, de personnes s'agglutinait autour de lui, comme le miel attire les abeilles, le miel étant les Potter et Weasley.

Définitivement, les Potter et Weasley ne pouvaient pas passer inaperçus. On les entendait, les voyait, les repérait de loin.

Sauf pour Noël. Parce que Noël était une fête familiale, qu'on passait ensemble, en comité presque réduit. Tranquillement, on se réunissait autour d'une table, de bons plats, de tonnes de cadeaux, et on partageait ce moment de pur bonheur. Parce que pour les Potter et Weasley, seul Noël leur permettait cette félicité, cette paix. Pour eux, personne ne pouvait bouleverser Noël. Cette fête était bien trop sacrée pour que qui que ce soit ose venir la gâcher.

- Monsieur Weasley, est-ce que vous voulez encore…

La petite nouvelle, intégrée à la famille depuis peu, rougit violemment lorsque plus d'une demi-douzaine de paires d'yeux se tourna vers elle.

Un homme brun, les lunettes de travers, les cheveux en pétard et une cicatrice en forme d'éclair sur le front aussi célèbre que l'homme lui-même, fit pétiller ses yeux avant de se pencher vers elle.

- C'est extrêmement difficile lorsque l'on vient d'une famille civilisée, mais ici, tu peux oublier les formules de politesse. Appelle-le Arthur, ce sera plus simple, et tu éviteras les confusions avec d'autres personnes.

- D'a… D'accord, balbutia la jeune femme, les joues en feu, tandis qu'elle tendait vers l'homme à qui elle adressait sa question le plat qu'elle portait dans ses mains.

- Viens-tu d'insinuer que ma famille est une famille de sauvage, Harry James Potter ? gronda une petite femme rousse.

- J'insinue simplement que certaines règles de bienséance sont rapidement oubliées, étant donné le nombre de personnes présentes dans cette assemblée, se défendit l'homme. Et ne me regarde pas avec ces yeux. C'est Noël, personne ne se dispute, termina-t-il d'une petite voix.

Sa gêne était tellement évidente qu'à nouveau, des rires fusèrent autour de la table.

- Chaud devant ! annonça une autre voix.

- Aaaaah ! s'écria à l'unisson la tablée.

- Enfin la dinde ! s'exclamèrent d'une même voix Ron et Charlie Weasley.

- Je n'en reviens toujours pas qu'oncle Ron ait pu se marier avec une femme aussi distinguée, marmonna Lily Potter, tout en échangeant un regard approbateur avec son cousin Louis.

Ce dernier hocha la tête, on ne peut plus d'accord avec sa cousine du même âge.

- On peut tout simplement se demander comment chaque Weasley marié a pu l'être, grommela Hermione Weasley en lançant un regard désapprobateur à son mari.

Lequel fit semblant de ne pas le remarquer.

- James, pendant que tu es debout, passe donc une serviette à ton oncle, tu seras gentil, soupira Hermione en voyant une catastrophe se profiler.

James Sirius Potter, car il était celui qui venait d'apporter la partie du repas tant attendue, sourit tranquillement, attira une serviette à lui grâce à un sortilège d'attraction, et finit par s'installer à la place qui était la sienne. À savoir entre son père et cette jeune femme aux cheveux châtains qui était encore bien trop polie pour survivre dans la jungle Weasley Potter.

- Tout se passe bien ? murmura-t-il à l'oreille de celle-ci.

Elle soupira, imperceptiblement, avant de sourire de toutes ses dents.

- Je me demande encore comment je vais faire pour retenir chacun des noms. Et je t'en veux énormément d'avoir tenu à me les présenter tous en même temps. Mais ça va.

James rit doucement, passa son bras autour des épaules de la jeune femme, effleura rapidement son dos, la faisant rougir – ce que beaucoup notèrent, mais qu'ils décidèrent de ne pas faire remarquer, tout à leur occupation mettant en scène une dinde et leur estomac.

- Il y a quand même quelque chose que je voudrais te demander, finit par dire la jeune femme.

- Tout ce que tu veux, Chloé.

- Pourquoi est-ce que certains cadeaux semblent dotés d'une vie propre, tout en faisant des bruits tout sauf humains ? marmonna-t-elle, atrocement gênée de laisser sa curiosité prendre le dessus.

Ce qui, en réalité, était bien trop naturel dans cette famille pour que James s'en étonne et le lui reproche.

- Deux possibilités, dit tranquillement le brun. Soit Charlie, tête en l'air comme il peut l'être, a mis des œufs de dragon sur le point d'éclore dans nos cadeaux, et dans ce cas-là, ça va pas être cool de déballer nos cadeaux.

Chloé regarda derrière elle, effrayée en réalisant que peut-être des dragons étaient sur le point de prendre leur envol dans la vie dans son dos.

- Soit George a décidé de nous offrir des cadeaux explosifs, remplis de gadgets de sa boutique, qui n'auront pas supporté le voyage.

Soupirant, et se disant que cela était peut-être préférable malgré ce qu'elle connaissait du magasin on ne peut plus réputé, et malgré ce qu'elle avait pu subir à cause de celui-ci, comme bon nombre de ses camarades, Chloé se détendit légèrement.

- Entre nous, continua James, imperturbable, je préférerais les œufs de dragon. C'est beaucoup plus simple de les maîtriser, même si on finit toujours avec quelques griffures et brûlures.

Horrifiée, Chloé Harrow, petite amie officielle de James Sirius Potter depuis trois mois, et officieuse depuis un an, regarda cet homme, qu'elle trouvait charmant et venant d'une famille pour le moins étendue et atypique, comme si elle le redécouvrait.

- Tu aimerais mieux des dragons ? réalisa-t-elle finalement.

- La fois où Charlie s'est trompé, il ne nous a fallu que quelques minutes pour tous les maîtriser. Par contre, les cadeaux de George sont beaucoup moins contrôlables.

Chloé reposa sa fourchette.

- Tu plaisantes ?

- Si seulement, marmonna la voix d'Harry Potter, qui avait écouté d'une oreille discrète ce que disait son fils. Lily, qu'est-ce que tu es en train de faire ? Albus, non !

- Mais, papa ! s'exclamèrent en chœur le frère et la sœur.

Pris sur le fait, les deux adolescents hésitèrent un moment avant de continuer ce qu'ils étaient en train de faire, à savoir nourrir en cachette le Fléreur de la famille Potter. Le père et la mère des enfants pris en faute se tournèrent d'un seul bloc vers eux, prêts à leur rappeler la règle concernant la nourriture qu'on pouvait donner au Fléreur – à savoir rien – lorsqu'une explosion se fit entendre du côté des cadeaux.

- De toute évidence, ces cadeaux étaient ceux de George, dit James en se retenant de rire.

Chloé regarda la scène qui s'offrait à elle, les yeux écarquillés, légèrement assourdie par la pétarade qui venait d'être déclenchée.

Angelina et Molly semblaient prêtes à sauter au cou de George. Ce dernier tentait tant bien que mal de jouer l'innocent, mais son besoin compulsif de revendiquer chacune de ses farces l'empêchait de garder un air totalement sérieux. Victoire se protégeait la tête d'un de ses bras, aidée de son fiancé, Teddy Lupin. Arthur Weasley avait des étoiles dans les yeux en observant les étincelles qui se promenaient maintenant dans la salle à manger, manquant de mettre le feu au sapin, ou à la table. Fleur et Bill avaient sorti leur baguette pour tenter d'endiguer les éventuelles retombées catastrophiques des inventions de George. Ginny surveillait ses deux plus jeunes enfants, qui tentaient de profiter de l'agitation ambiante pour continuer de nourrir clandestinement leur animal de compagnie. Harry s'était installé confortablement contre le dossier de sa chaise, après avoir échangé un clin d'œil complice avec son beau-père. Ron et Charlie, imperturbables, se nourrissaient. Percy et Audrey regardaient, affligés, leurs deux filles, Molly et Lucy, rejoindre leurs cousins Rose, Hugo et Louis, qui s'étaient levés de table, ayant interprété l'explosion du cadeau de George comme le signal autorisant les plus jeunes à s'éloigner de cette table où on discutait de sujets bien trop sérieux – comme leur futur, dont ils avaient envie de se tenir éloignés. Roxanne et Dominique, baguette en main, tentaient d'empirer la catastrophe en lançant quelques sortilèges de stupéfixion – sûrement suggérés par George, un peu avant la fête.

Pour les Potter et Weasley, c'était un Noël calme, tranquille et on ne peut plus normal qu'ils étaient en train de vivre. Peut-être que tout le monde n'était pas d'accord avec cette vision de Noël. En tous les cas, eux étaient heureux de vivre un pareil Noël. Les ennuis étaient loin derrière eux. Personne ne pouvait venir gâcher Noël. Noël était une fête sacrée, que personne n'osait bouleverser.

Enfin, presque personne.

∆ | o

Trouve Harry Potter.

Gaïa froissa le bout de papier que son père avait glissé dans la poche de sa veste, le matin. Le matin… La gorge nouée, elle regarda autour d'elle, resserrant la fine veste en toile qu'elle portait sur les épaules. Ce matin, elle était dans un pays chaud. L'Australie, où c'était l'été. Elle soupira, consciente que cela n'avait pas d'importance à l'instant présent. Ce qui comptait, c'est qu'actuellement, elle était en Angleterre, un pays où elle n'avait jamais mis les pieds, dans une ville dont elle n'avait jamais entendu parler. Elle avait la sensation de perdre le contrôle de tout ce qui l'entourait, de sa propre vie.

C'était certainement le cas.

Grimaçant, elle regarda son poignet droit, où se trouvait la marque qui rythmait sa vie depuis sa naissance. Si cela avait été dans ses habitudes, elle aurait juré, pesté, puis maudit cette marque. Seulement, elle n'avait pas appris tout ça.

Elle jeta un regard vers son poignet gauche. L'angle était étrange. La douleur lancinante lui confirma sans peine ce dont elle se doutait déjà. L'os était fracturé.

Elle repoussa une mèche folle qui lui tombait devant les yeux d'un coup de tête. Une douleur aiguë traversa sa tempe, et elle s'appuya contre l'arbre à sa droite, le temps de recouvrer ses esprits. Elle porta sa main droite à sa tempe. Sous ses doigts, une bosse impressionnante avait pris place. Mais ce n'était rien en comparaison au liquide poisseux, qui coulait comme coule la rivière, qu'elle devinait plus qu'elle ne le voyait. Elle se doutait qu'une entaille importante était à l'origine de cet afflux sanguin. Mais elle n'avait pas le temps de se poser plus de questions.

Elle devait trouver Harry Potter, n'est-ce pas ?

Une fois encore, elle refoula l'agacement et la frustration qu'elle ressentait depuis ce matin, depuis qu'elle avait été séparée, arrachée à son père. Comment allait-elle faire pour retrouver ce fichu Harry Potter ? Elle ne pouvait décemment pas demander au premier imbécile dont elle croiserait la route. Déjà, parce qu'elle n'était certainement pas dans un état présentable. Ensuite, parce qu'elle se doutait bien qu'elle n'allait pas tomber sur une personne qui, comme par hasard, connaîtrait cet Harry Potter. Ce serait trop beau pour être vrai.

Réalisant qu'elle pensait depuis trop longtemps contre cet arbre, elle se détacha de son abri provisoire et frissonna lorsqu'elle se retrouva exposée au vent glacial, sans aucune protection. Elle n'avait certes pas la tenue adéquate pour les températures saisonnières mais, surtout, elle sentait l'air mordant s'attaquer directement à sa peau à certains endroits. Ses vêtements étaient déchirés.

Ce constat, ajouté à ses dents qui claquaient et à l'état léthargique dont elle se rapprochait petit à petit mais sûrement, la poussa à se morigéner et à se forcer à réfléchir plus intensément à la situation.

Elle cherchait un certain Harry Potter. Les rues étaient désertes, ce qui était un avantage vu son état qui ferait fuir le plus courageux des hommes, et un inconvénient puisqu'elle ne pourrait demander à personne si on connaissait cet homme.

Elle n'avait plus qu'une solution. Laisser son tatouage la guider. Après tout, il avait su la mener à cette ville. Peut-être la mènerait-il à Harry Potter ? On pouvait toujours espérer.

- Godric's Hollow, grommela-t-elle pour elle-même. Quel nom… Il était obligé de vivre dans une ville au nom aussi sinistre ?

Elle jeta un coup d'œil mauvais à son tatouage.

- Toi, tu as intérêt à ne pas me faire faux bond maintenant. J'ai encore besoin de toi.

Elle grimaça sous l'effort, mais, serrant les dents et au prix d'une volonté qu'elle s'était forgée en seize ans d'existence, passa outre la douleur, laissant les larmes couler à flots. Son index gauche se tendit, douloureux mais obéissant, et vint frôler le triangle de son tatouage.

Une douce chaleur l'envahit rapidement. Sursautant, car ressentant pour la première fois la douceur de cette chaleur, elle ferma les yeux, et essaya de repérer la direction soufflant cet air chaleureux et réconfortant.

Elle rouvrit les yeux lorsqu'elle sut dissocier l'air froid et naturel de l'air chaud et magique. Sentant son but proche, elle se détourna du centre du village, et marchant aussi rapidement que sa jambe raide le lui permettait, elle se dirigea vers la sortie du village.

- Si tu m'amènes dans un piège, toi, je te jure que je te coupe, dit-elle méchamment à son tatouage. Et je te promets que je le ferai.

Comme en réponse, l'air chaud s'intensifia. Elle s'arrêta, sentant que la direction avait légèrement changé, et observa la maison qui lui faisait face. De la lumière s'en échappait, ainsi que des cris. Elle fronça les sourcils, surprise, avant de réaliser que ces cris étaient d'allégresse, et non pas de peur.

Elle hésita un instant. Cela lui paraissait improbable. Comment Harry Potter pouvait-il être actuellement en train de profiter de son repas, sans être sur le qui-vive, ni même un peu protégé ? Il devrait être en train de monter un plan d'action. Non ? Pourquoi serait-elle la seule touchée ?

Elle soupira. Elle n'était pas celle qui posait les questions. Elle acceptait les semblants d'explication que lui fournissait son père, hochait la tête, disait avoir compris, et c'était tout. Elle n'avait pas pour habitude de chercher plus loin. Après tout, pourquoi l'aurait-elle fait ? Elle avait toujours eu les réponses aux questions qu'elle avait posées.

Mais après ce qui s'était produit ce matin, elle en venait à se demander si les réponses avaient contenu un semblant de vérité.

∆ | o

- C'était un mélange de quoi ? s'enquit Charlie, en rangeant sa baguette.

Après un grand nombre de somations de la part de leur mère, les divers membres de la fratrie Weasley s'étaient décidés à abandonner leurs diverses activités pour s'occuper des éléments perturbateurs de la fête, qui n'allaient certainement pas tarder à mettre le feu à la maison.

C'était d'ailleurs ce dernier argument qui avait poussé Harry Potter à prendre au sérieux le regard de sa femme, qui lui intimait de faire fissa les mêmes gestes que ses frères.

- Ma future amélioration des Feuxfous Fuseboum, dit le rouquin, pas peu fier. J'ai voulu changer les dosages. Mais je crois qu'il y a un peu trop de crottes de Doxys…, dit-il songeusement.

- Je te prierai de ne plus faire les essais de tes engins de malheur dans ma maison, George, grinça Ginny. Il est possible que je sois aussi dangereuse que maman, à l'heure actuelle.

Son frère balaya l'argument du revers de la main, se réinstallant à sa place.

- Bon, et si on terminait cette dinde ? proposa-t-il.

- Dis-moi que ta famille est plus calme en temps normal…, supplia Chloé.

James lui lança un regard surpris, les yeux encore rieurs, les coins des lèvres toujours étirés vers le haut.

- Plus calme ? Tu plaisantes j'espère ! Sans ça, qu'est-ce qu'on s'ennuierait… Je t'avais prévenue que chez nous, on n'avait pas le temps de se poser !

Une moue dubitative peignit les traits de Chloé, tandis que James repartait dans une discussion enflammée avec Lucy sur les composants dangereux… et les plaisanteries fantastiques qu'ils permettaient d'effectuer.

Chloé écoutait d'une oreille distraite. Elle n'en revenait pas. Elle n'aurait jamais cru qu'on puisse apprécier ne jamais pouvoir se poser. Toujours être en mouvement, toujours être prêt à se faire sauter dessus par un cousin plus jeune – ou plus âgé, si elle en croyait les dires de chacun – l'impossibilité d'avoir une après-midi tranquille. Issue d'une famille de deux enfants, dont les réunions de famille réunissaient deux fois moins de monde que celle-ci, une telle vie lui semblait improbable.

Elle secoua doucement la tête. Après tout, c'était une seule grosse surprise, dans une fête familiale qui réunissait des personnes qui ne s'étaient plus vues depuis des mois. Elle pourrait s'y faire. S'il n'y avait jamais plus d'une seule péripétie lors d'un repas de famille, elle pourrait survivre.

Et puis, alors qu'elle se disait que, finalement, il y avait des avantages à n'en plus finir d'appartenir à une famille aussi mouvementée et vivante que celle-ci, la porte s'ouvrit à la volée sur une jeune fille à l'apparence douteuse.

∆ | o

La maisonnée, qui semblait heureuse et joyeuse avant son arrivée, s'assombrit en la voyant. En moins d'une minute, les conversations cessèrent. Des mains se portèrent aux bouches, cachant en partie des visages horrifiés. Des exclamations de stupeur parvinrent à ses oreilles. Deux personnes firent mine de se lever. Trois sortirent d'un même mouvement leur baguette, comme habituées à le faire ensemble. Deux personnes âgées lui jetèrent un regard suspicieux. Une fille un peu plus âgée qu'elle se cacha derrière celui qui était certainement son petit ami. Des adolescents de son âge la regardèrent comme si elle était une bête curieuse.

Et, désireuse d'en finir au plus vite, Gaïa occulta chacun de ces détails qui auraient dû l'alerter sur son état de santé, son apparence et sur l'animosité qui avait suivi son arrivée afin d'en venir au fait qui l'intéressait.

- Est-ce que Harry Potter est ici ?

Si elle pensait qu'il était impossible que la surprise augmente sur les visages, elle s'était trompée. L'un des hommes à moitié levé la regarda, espiègle.

- Non, il n'est pas là.

Gaïa fronça les sourcils. Elle avait l'impression que l'homme lui racontait une bonne plaisanterie, sans qu'elle ne sache laquelle exactement.

- Ah bon ?

Les regards échangés étaient de plus en plus stupéfaits. Gaïa sentit l'agacement la gagner. Elle n'avait pas envie de rester plus longtemps dans une maison qui ne lui apporterait rien. Et, surtout, elle avait envie de proférer des menaces envers un certain tatouage, qui lui avait indiqué la mauvaise direction.

- Non. Il a pris quelques semaines de vacances, continua l'homme. Il en avait marre des journalistes. Et des personnes blessées qui viennent chercher de l'aide chez lui…

Gaïa ne releva pas.

- Ah.

Elle jeta un dernier coup d'œil à l'assemblée, qui la regardait, toujours perplexe.

- Bon. Eh bien, dans ce cas-là…

Sa mèche folle choisit cet instant pour retomber devant ses yeux. Elle leva la main droite pour la remettre à sa place, comme elle avait l'habitude de le faire depuis que cette mèche la gênait.

C'est là qu'elle perçut un mouvement. Il provenait d'une des personnes qui avaient sorti leur baguette. Sa prise sur cette dernière s'était affermie, et son regard s'était troublé, tandis qu'il fixait le poignet de Gaïa. Sans lâcher sa baguette, il se tourna vers l'homme roux qui s'était levé.

- Ron, dit-il simplement.

Puis, il se tourna de la même manière vers la femme.

- Hermione, dit-il sur le même ton.

Enfin, il se tourna vers Gaïa.

- Et toi, reprit-il, la voix plus froide pour elle. Dans la cuisine. Tous. Immédiatement. Continuez sans nous, ordonna-t-il d'un ton qui ne souffrait aucune contrariété.

Il indiqua de la main le chemin qui menait à la pièce mentionnée, et se positionna derrière Gaïa, comme s'il était de son devoir de la surveiller.

Elle entra dans une pièce immaculée, avec la désagréable sensation d'être prise au piège. Elle n'aimait pas du tout cette situation, mais elle sentait aussi qu'elle n'avait pas le choix. Elle se devait de passer par la case questionnement.

Sauf qu'elle ne voulait passer par cette case qu'avec Harry Potter.

- Je ne veux parler qu'à…

Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase. L'homme qui avait mené les opérations ces dernières minutes venait de lui saisir son poignet droit, violemment, tandis que l'homme roux avait lancé un sortilège d'insonorisation sur la porte qu'il venait de refermer.

- Harry ! souffla la femme en voyant les larmes de douleur perler aux coins des yeux de Gaïa.

- Vous êtes Harry Potter ? souffla Gaïa.

- On s'en moque, grogna l'homme. Ce que je veux savoir, c'est ce qui a bien pu te passer dans la tête, petite inconsciente, pour te faire tatouer un tel signe à l'intérieur de ton poignet !

- Vous n'êtes pas Harry Potter, affirma alors Gaïa. Harry Potter ne me poserait pas une telle question.

Un rictus tordit les lèvres de l'homme qui lui maintenait fermement le poignet. Tentant tant bien que mal de se libérer, Gaïa affrontait du regard les yeux verdoyants qui ne semblaient avoir qu'une seule volonté. Découvrir la signification de son tatouage. Elle remarqua alors la cicatrice en forme d'éclair qui barrait le front de l'homme.

- Pourquoi l'avoir gardée ? s'étonna-t-elle franchement.

Ses yeux étant posés sur la cicatrice, le sens de la question ne laissait place à aucun doute. La force exercée sur son poignet perdit en intensité, et elle en profita pour se débarrasser de cette main de fer, qui lui laisserait certainement une marque pour quelques jours.

- Tu ne sais vraiment pas qui il est ? s'étonna alors la femme, tandis que les deux hommes se regardaient, peu sûrs de la marche à suivre.

Lentement, Gaïa secoua la tête, négativement.

- Tu as déjà mis les pieds en Angleterre ? questionna à nouveau la femme.

- Non, répondit immédiatement Gaïa.

- Et là où tu étais, tu n'as pas entendu parler d'Harry Potter ? s'étonna le roux.

- Avant ce matin, je n'avais pas connaissance de l'existence d'une personne portant ce nom, avoua Gaïa.

Les trois adultes échangèrent des regards surpris.

- Où as-tu vécu, ces dernières années ? s'enquit le balafré.

Gaïa se redressa, fièrement. Elle connaissait la réponse par cœur.

- Ici. Là-bas. Ailleurs. Là où les Reliques m'ont guidée.

Les sourcils des trois adultes se froncèrent dans un même mouvement, et si Gaïa avait eu cette habitude, elle se serait certainement tassée sur sa chaise, persuadée d'avoir mal répondu à la question qu'on lui posait.

- C'est bien ça, Harry ? s'enquit le roux. C'est le signe des Reliques, sur son poignet ?

Sans aucun ménagement pour l'adolescente et en dépit du regard désapprobateur que lui lançait la femme, l'homme prénommé Harry reprit le poignet de Gaïa, et le tourna vers ses acolytes.

- C'est bien ça, confirma Harry. Petite, pourquoi as-tu ce tatouage ?

Gaïa fronça les sourcils.

- Je ne suis pas votre petite, dit-elle sèchement avant de perdre en assurance pour répondre à la question. Et… Parce que… c'est comme ça, balbutia-t-elle. Les héritiers des Reliques ont ce tatouage. Ce matin, mon père m'a dit que je devais trouver Harry Potter. Il avait fait des recherches très poussées, et il avait fini par trouver ce nom. C'est un héritier des Reliques, lui aussi. Et puisqu'il est héritier, il doit avoir le même tatouage que moi.

Elle ne voulait pas développer plus longuement l'histoire des Reliques à ces personnes qui semblaient en avoir entendu parler tout en paraissant étrangères à la légende.

Tout à coup, un doute l'assaillit. Et si son père s'était trompé ? Si elle n'était pas au bon endroit ? Si c'était en réalité l'homme qu'elle fuyait qui était le descendant de la Relique cape, et non pas Harry Potter ?

Face à elle, les adultes avaient enfin décidé de prendre une chaise.

- Au fait, je suis Hermione Granger, lui apprit la femme.

Le roux claqua la langue. La femme leva les yeux au ciel.

- Hermione Weasley, corrigea-t-elle. Et le roux malpoli n'est autre que mon mari. Ron Weasley.

Un silence suivit ces présentations, tandis que Gaïa et Harry gardaient obstinément le silence, se défiant du regard. Les yeux verts contre les bleus aciers. Aucun ne semblait vouloir lâcher prise.

Jusqu'à ce qu'un sourire fende le visage d'Harry.

- Harry Potter devrait avoir le tatouage des Reliques de la Mort sur le poignet, c'est bien ce que tu affirmes ?

Gaïa hocha la tête, la gorge sèche, et l'impression lancinante, grandissante, d'être prise au piège lui noua à nouveau l'estomac. Un vertige lui fit perdre quelques instants le but de sa venue ici, jusqu'à ce que l'homme à la cicatrice fasse un mouvement. L'homme leva son poignet droit, et le planta devant les yeux de la jeune fille.

- Alors, pourquoi mon poignet est-il vierge de tout tatouage ? s'enquit-il.

Gaïa ouvrit et referma plusieurs fois la bouche, afin de réussir à articuler quelques mots, imperceptibles.

- Vous ne… Vous ne pouvez pas être Harry Potter, en déduit-elle.

Sauf que les airs sérieux et sombres des deux adultes derrière Harry lui firent comprendre que si, devant elle se tenait bel et bien Harry Potter. Et que son poignet droit n'avait aucun tatouage.

- Mais… pourtant… les Reliques… l'héritage… les trois…, balbutia difficilement Gaïa.

Elle avait tout vécu. Le froid, la peur, l'incompréhension, la vie difficile, solitaire… tout ça pour rien ? Tout ça pour que, le jour où elle rencontre l'héritier d'une autre Relique, elle découvre que celui-ci ne possédait en réalité aucun tatouage ?

- Votre père ou votre mère ne vous en a jamais parlé ? s'étonna Gaïa.

Comment pouvait-on être inconscient au point de laisser son enfant dans l'ignorance d'un tel héritage ? Elle ne pouvait pas le comprendre.

Mais, apparemment, Harry Potter avait une réponse pour cela.

- Mes parents sont morts alors que j'avais tout juste un an. Assassinés.

- Oh.

Ce n'était pas la compassion qui transperçait dans la voix de Gaïa. C'était la compréhension. Tout à coup, elle était plus à même de comprendre pourquoi Harry Potter n'avait pas la moindre connaissance de son héritage. Elle hocha la tête, songeuse.

- Forcément. Si personne ne vous a parlé de cet héritage, vous ne pouvez pas en avoir connaissance, et donc, la marque ne peut pas être inscrite sur votre poignet. De même, vous ne pouvez pas être tracé aussi facilement, puisque vous n'avez pas la marque.

- Tracé ? releva Ron.

- Oui, tracé. C'est comme ça que j'ai été retrouvée, ce matin, avec mon père, les informa Gaïa. Et c'est parce que vous ne possédez pas la marque que j'ai mis une journée entière à vous retrouver.

Harry Potter se massa les tempes, le front plissé en une expression soucieuse. L'idée d'avoir pu être retrouvé à cause des Reliques n'était pas pour lui plaire.

- Je crois qu'il va falloir que nous reprenions l'histoire depuis le début.

- Je le crois aussi, reconnut Gaïa. Si vous avez des feuilles de pissenlit, vous devriez les mettre sur votre poignet, lui annonça-t-elle. La démangeaison annonce sans conteste l'apparition du tatouage.

Tous les yeux se rivèrent sur la main gauche d'Harry, qui frottait vigoureusement son poignet droit. Déjà, des marques noires s'insinuaient et prenaient place sur son épiderme.

La mâchoire crispée, Harry regarda son tatouage se former peu à peu. Le visage et le corps tendus, il releva la tête.

- Des explications sur ceci. Immédiatement.

- Harry, murmura Hermione, il faudrait songer à la soigner.

Harry soupira.

- Très bien. On va la soigner en même temps qu'elle nous donnera ses explications, consentit-il. Mais tes explications ont intérêt à tenir la route. Je doute avoir la patience d'entendre des histoires à peine arrangées des contes de Beedle le Barde.

- De qui ? s'étonna Gaïa.

Les trois adultes échangèrent à nouveau un regard dubitatif, avant de reporter leur attention sur la perturbatrice de la soirée.

- Raconte, exigea Harry.

Gaïa prit une profonde inspiration, non pas pour se donner du courage, mais uniquement pour supporter la pression douloureuse qu'exerçait à présent la femme sur sa jambe blessée, pour recoudre la plaie avec un flacon sorti d'un des tiroirs de la cuisine. Le fait qu'on trouve des potions qui pouvaient soigner de telles blessures jusque dans cette pièce laissa supposer à la jeune fille que les blessures étaient monnaie courante dans cette famille.

Sauf que, de toute évidence, le moment n'était pas à cette constatation.

- Vous connaissez l'essence même des Reliques ? demanda Gaïa.

- Comment ça ? voulut savoir le roux, fronçant les sourcils pour montrer son incompréhension.

- Eh bien, les Reliques de la Mort ont été offertes par la Mort elle-même aux frères Peverell.

Les trois adultes hochèrent la tête.

- Bien. Antioche, l'aîné, a hérité de la Baguette de Sureau. Cadmus, le cadet, a reçu la Pierre de Résurrection. Quant à Ignotus, le benjamin, c'est de la Cape d'Invisibilité dont il hérita.

- Tu ne nous apprends rien de nouveau, dit Harry Potter en grinçant des dents. Cette histoire est racontée depuis des siècles dans toutes les familles de sorciers.

- Dans toutes ?! s'effraya Gaïa. Mais… non ! Il ne faut pas que d'autres que les héritiers soient au courant…

Hermione Weasley, occupée à lui soigner à présent sa coupure sur le front, laissa échapper un ricanement peu flatteur.

- Ne t'inquiète pas, ma petite. Personne n'y croit.

- Je ne suis pas votre petite, siffla Gaïa, un relent de courage et de fierté la faisant se redresser.

On ne fit aucun commentaire sur son impolitesse, et elle reprit le cours de son récit, sans paraître désolée de sa mauvaise humeur.

- Et vous feriez mieux d'y croire, continua Gaïa, un air supérieur sur le visage. Ce n'est pas parce qu'elles sont perdues que les Reliques de la Mort n'existent pas…

Interceptant les regards sérieux et inquiets que s'échangeaient les trois adultes qui l'entouraient, Gaïa réalisa alors qu'elle était certainement plus perdue que les Reliques elles-mêmes.

- Qu'est-ce que…

- Continue ton récit. Tu as plus d'éléments que nous, de toute évidence, marmonna Harry Potter. Ceci dit, je ne suis pas sûr de vouloir croire à ton histoire pour le moment encore…

Gaïa lui lança un regard noir. Ce n'était pas une histoire qu'elle racontait. C'était la stricte vérité. C'était quelque chose de vrai, de vécu. C'était sa vie. Elle n'était pas en train de leur donner une bonne histoire à se raconter au coin du feu d'ici la semaine prochaine. Elle leur racontait ce qu'elle avait vécu toute sa vie, ce qui avait rythmé chacune de ses respirations, chacun de ses pas. Elle se retint à grand-peine de lui lancer une remarque bien sentie, ne sachant toujours pas si elle se trouvait là où elle devait être, et continua son récit.

- Les Reliques puisent leur force dans la volonté de leur propriétaire, enchaîna Gaïa. Les propriétaires des Reliques ont une part de leur caractère qui est rattachée à leur ancêtre. Une Relique ne fonctionnera jamais aussi bien qu'avec son véritable propriétaire, expliqua Gaïa tandis qu'on l'observait avec des yeux surpris. Son propriétaire de sang.

Elle laissa un temps de silence, pour être sûre que tous comprennent parfaitement ce qu'elle était en train de leur annoncer.

- Tu es en train de nous expliquer qu'une Relique peut fonctionner avec chaque sorcier qui la trouvera et se l'appropriera, mais qu'elle ne laissera son plein pouvoir s'exprimer que dans le cas où elle est manipulée par le descendant des Peverell ? s'enquit Hermione.

Gaïa hocha la tête.

- De toute évidence, cela explique ce qui s'est passé la dernière fois…, murmura Hermione en jetant un coup d'œil à Harry.

Gaïa fronça les sourcils, mais décida de laisser cette phrase de côté pour l'instant.

- Mais, techniquement, tout descendant des Peverell peut être propriétaire de chacune des Reliques, expliqua Gaïa. Parce que c'est le sang des Peverell qui coule dans leurs veines, et donc, une part de chacun des trois frères coule en eux. Un descendant d'Antioche, qui serait l'héritier de la Baguette, pourrait tout de même utiliser la Cape sans rencontrer les difficultés qu'un étranger à la famille rencontrerait.

Les sourcils froncés, on écoutait Gaïa attentivement, de moins en moins perdus. De toute évidence, elle choisissait les bons mots pour être entendue et comprise par ces adultes qui avaient d'abord exprimé de la méfiance à son égard.

- N'importe qui peut réunir les trois Reliques et se prétendre Maître de la Mort, continua Gaïa, et elle vit que ces mots n'étaient pas étrangers aux trois personnes qui lui faisaient face. Mais seul l'un des héritiers peut les réunir et devenir le véritable Maître de la Mort, termina-t-elle.

Et, comme si son récit était achevé, elle se tut obstinément.

Pendant un moment, on n'entendit plus que leur respiration et les frottements qu'effectuait Hermione pour soigner Gaïa. Puis, Ron se décida à prendre la parole.

- Et ceci est censé nous expliquer ton débarquement improvisé en plein repas de Noël ?

- C'est Noël, aujourd'hui ? s'étonna Gaïa. Cela fait presque dix ans que je ne l'ai pas fêté…

Si sa remarque les surprit, ce n'était pas la plus importante de la soirée, et elle fut rapidement oubliée.

- Mon débarquement, reprit Gaïa, est dû à l'acharnement d'un des héritiers de Cadmus.

- Un Gaunt ? s'étonna Harry, sceptique. Il n'en existe plus.

- Je ne connais pas de Gaunt, avoua Gaïa. Le problème, dû à l'époque à laquelle ont vécu les Peverell, c'est que le libertinage était de mise. Beaucoup d'héritiers ont vu le jour, mais peu connaissaient réellement leur héritage. Seuls ceux qui ont été reconnus par leur père, et qui ont eu la chance d'entendre parler de cet héritage et du pouvoir qui peut leur être conféré, ont eu un tatouage à l'intérieur de leur poignet. En règle générale, selon ce que m'a dit mon père, ces héritiers n'ont pas eu droit à leur Relique, car celle-ci aurait été perdue.

À nouveau, elle intercepta ces regards entendus, et la frustration grandit en elle. Il lui manquait de toute évidence des informations capitales à la compréhension totale du problème. Un problème dont elle pensait connaître toutes les inconnues, pourtant…

- Donc, si nous reprenons toutes les informations que nous possédons à l'heure actuelle, commença Harry Potter, il semblerait qu'en étant un des héritiers spéciaux des Reliques de la Mort, on puisse être en mesure de devenir le véritable Maître de la Mort.

- Exactement. Et un des héritiers de Cadmus a dans l'idée de devenir ce Maître de la Mort, enchaîna Gaïa. Cela fait des années qu'il surveille les divers héritiers des Reliques mais, depuis une quarantaine d'années, mon père est le seul visé.

- Parce que mon propre père n'a pas eu le loisir de m'apprendre cet héritage, conclut Harry Potter d'une voix sourde.

- C'est exactement cela, dit Gaïa. Cet homme, dont on ne connaît presque rien, a su s'entourer des sorciers les mieux entraînés pour retrouver les divers héritiers. Mais c'est compliqué, de retrouver un héritier.

- Oh, oui, tellement compliqué que tu as su me retrouver en une journée à peine, répliqua Harry d'un ton où le sarcasme était audible par tous.

- C'est là que réside l'intelligence de la Mort, murmura Gaïa, un sourire amusé accroché aux lèvres. En tant qu'héritier des Reliques, on ne peut retrouver un autre héritier que lorsqu'on souhaite le trouver pour une autre raison que s'approprier la Relique de l'autre. C'est comme ça que j'ai pu arriver ici. Parce que je ne voulais pas la Relique. Je voulais vous prévenir du danger… et du fait que mon père a été capturé.

Harry, Hermione et Ron échangèrent un regard inquiet et désolé.

- Il faut que tu nous expliques cela aussi, murmura Hermione d'une voix douce. Je peux… ?

Elle désigna le poignet de Gaïa, qui le lui tendit en grimaçant.

- Ce n'est pas le plus important, assura Gaïa, imperturbable quant à l'allusion à la disparition de son père. Ce qui compte, c'est cet homme. Il est… vieux. Cet homme fut l'apprenti de Nicolas Flamel. Son nom n'est jamais mentionné nulle part, car il semblerait que l'alchimiste soit légèrement honteux de cette sombre histoire. Son étudiant voulait trouver les Reliques de la Mort, et comme le temps lui était compté, il a volé un bout de la Pierre Philosophale que venait de terminer Nicolas.

L'allusion à Nicolas Flamel et à sa Pierre Philosophale ne choquant aucun des adultes lui faisant face, Gaïa comprit sans peine qu'ils connaissaient bien l'histoire de l'alchimiste et de sa plus grande création.

- Ce qui signifierait qu'il a plus de six siècles, nota Hermione après un rapide calcul de tête.

- Pourquoi est-ce que les mauvaises personnes ne sont jamais jeunes et belles ? soupira Ron.

Gaïa lui lança un regard dédaigneux, faisant monter le rouge aux joues de l'homme.

- C'est pas l'extérieur qui compte, siffla l'adolescente. Cet homme a donc volé un morceau de la Pierre Philosophale. Un morceau assez important pour être toujours en vie aujourd'hui, et pour continuer sa recherche des Reliques de la Mort. Ou, plutôt, des héritiers. Car s'il réunit les héritiers, il pourra faire appel à leur sang Peverell pour localiser chacune des Reliques, mettre la main dessus, et devenir le Maître de la Mort.

- La dernière fois que j'ai eu autant mal au crâne un soir de Noël, c'est parce que George m'avait bousculé contre un mur, grommela Ron en se levant et en faisant les cent pas. Harry ! s'exclama-t-il finalement. Est-ce que c'est possible ? Toute cette histoire d'héritiers des Reliques, de véritable Maître de la Mort, de Reliques qu'on peut localiser grâce à un lien de sang, d'héritiers qu'on peut localiser grâce à un tatouage ?

Harry Potter ne répondit rien. Hermione termina de soigner le poignet de Gaïa, un pli soucieux traçant de fines rides sur son front.

- Ton poignet sera sensible quelques jours encore. Et tu vas vraiment devoir nous expliquer ce qui s'est passé. Ces blessures étaient sérieuses, lui reprocha Hermione.

Gaïa haussa les épaules. Ce n'était certainement pas son principal souci, à l'heure actuelle.

- Non. L'heure n'est pas à ces explications-ci. Je veux savoir si vous me croyez. Et si vous êtes bien l'hériter de la Cape… enfin, vous ne le savez certainement pas, vu que vous apprenez tout juste cette histoire d'héritage, grommela Gaïa, désespérée.

- Je suis l'héritier de la Cape. Si ton histoire est vraie, tempéra Harry.

- Elle l'est.

- La Cape m'a été léguée par mon père, mais je ne savais rien de toute cette… légende à propos des Reliques avant mes dix-sept ans. Mais quand j'en ai eu connaissance, je n'ai pas cherché à devenir le Maître de la Mort. Pas que la perspective de posséder une autre Relique que la Cape ne m'ait pas effleuré l'esprit…, avoua-t-il en coulant un regard vers ses deux amis.

- Une autre Relique ? souffla Gaïa. Mais… mon père m'a dit qu'elles étaient perdues.

À nouveau, les trois adultes échangèrent un regard entendu, avant de hocher la tête, lentement, sérieusement.

- Nous… savons où se trouvent les Reliques. Chacune, dit lentement Harry Potter.

- L'une d'entre elles est dans cette maison même, compléta Ron.

- Ron ! souffla Hermione.

- Quoi ? bougonna l'homme roux. C'est la stricte vérité.

- Peut-être. Mais ce détail aurait pu être tu, grommela-t-elle, les bras à présent croisés sur sa poitrine.

Ron leva les yeux au ciel, à présent de mauvaise humeur. Harry, de son côté, réfléchissait à nouveau profondément.

- Tu serais donc l'héritière de la Baguette de Sureau.

Gaïa hocha lentement la tête.

- Je ne peux pas utiliser de baguette qui n'est pas de ce bois, avoua-t-elle du bout des lèvres.

- Et toi et ton père…

- Nous avons passé la majeure partie de notre vie à nous cacher, puisque nous sommes traçables. Vous ne l'étiez pas, puisque vous n'aviez pas encore le tatouage, et rien ne dit que l'homme qui me recherche sait que vous êtes à présent marqué.

Harry hocha la tête, le front plissé dans une mimique soucieuse, une main frottant son menton dans un rythme régulier.

- Peut-on… empêcher cet homme de s'emparer des Reliques ? tenta-t-il.

- Comment ? railla Gaïa. Je ne sais même pas à quoi il ressemble. Et il a su arrêter mon père, qui depuis toujours craint cette confrontation. On ne peut pas l'arrêter avant qu'il ne tente quoi que ce soit. Et je…

Des coups frappés à la porte l'interrompirent.

- Harry ?

- Mince. Ginny, souffla Harry.

D'un geste de baguette, il leva le sortilège d'insonorisation posé par Ron quelques temps auparavant.

- Oui ?

- Tout va bien par ici ? s'enquit sa femme. Cela fait près d'une heure que vous êtes partis…

- Tout va très bien ! lui assura Harry. On arrive.

À la manière d'un homme qui sait exactement ce qu'il est nécessaire de faire dans une telle situation, il se retourna vers ses amis.

- Hermione ?

La femme soupira, avant de se tourner vers Gaïa.

- Tu es une de mes cousines éloignées. Tu t'entends mal avec tes parents, à cause de tes capacités magiques. Je t'ai donné cette adresse deux ans plus tôt, lors d'une réunion de famille, pour le cas où les relations avec ta famille se dégradent trop. On s'est peu connues, mais on se supporte. On ne sait presque rien de l'autre, et j'ai tendance à oublier de parler de toi. Compris ?

Gaïa hocha la tête, ébahie de la vitesse à laquelle parlait Hermione, et de la rapidité à laquelle elle inventait des mensonges.

- Bien. Pour la fin de ce repas, tu vas dire le moins de mots possibles, tu ne vas répondre aux questions qu'en cas d'extrême urgence. C'est toujours bon ?

À nouveau, elle hocha la tête.

- Très bien. Est-ce qu'on peut savoir ton prénom, à présent ?

Gaïa hésita un moment.

- Tu connais les prénoms et noms de nous trois, lui rappela Ron. Il est normal qu'on connaisse le tien.

Gaïa déglutit.

- Très bien. Je suis Gaïa.

Les trois adultes murmurèrent chacun à leur tour le prénom, comme pour s'en imprégner du mieux possible et être sûr de s'en rappeler lorsqu'il serait évoqué, ou qu'il serait nécessaire d'y faire appel.

- C'est bon. On peut y retourner, dit Harry en se redressant.

Gaïa leva des yeux effarés vers l'homme, n'ayant aucune envie de se déplacer.

- Je n'ai eu aucune réponse à mes questions, moi.

- Plus tard.

- Mais je vous ai tout dit…

- Plus tard, répéta Harry.

- Mais je…

- Plus. Tard, siffla l'homme.

Gaïa ravala difficilement l'amertume qui remontait dans sa trachée, sans même remercier Hermione qui réparait ses vêtements d'un coup de baguette. Gaïa profita de l'instant de répit qu'elle avait encore pour réfléchir à la situation.

Elle avait presque envie de leur faire confiance. Seulement, elle n'avait jamais eu à parler aussi intimement avec d'autres personnes que son père, et ce tourbillon de nouveautés l'empêchait de réfléchir correctement et, surtout, d'appréhender la situation calmement. Elle ne cessait de se dire qu'elle s'était trop confiée, et que, de l'autre côté, on ne lui avait donné aucune information.

Et, même s'il lui avait toujours strictement interdit de se préoccuper des autres, et de lui en particulier, elle ne cessait de se demander où était son père. Et dans quel état il était.

∆ | o

Chez les Weasley, on posait des questions, d'accord, mais on savait aussi quand il fallait se taire. Les explications d'Hermione tenaient tout juste la route ? Tant pis, on ferait avec le temps d'un repas tout du moins, et on jouerait le jeu. La jeune fille semblait à peine capable de tenir une conversation ? Du moment qu'elle ne se mettait pas à gaspiller la nourriture, personne ne lui en voudrait. Harry ne cessait de se gratter le poignet ? Et alors ! S'il avait des démangeaisons, qu'il les soigne, et s'il pouvait le faire en assassinant du regard Gaïa, grand bien lui fasse. Ron semblait avoir un mal de crâne qu'on ne pouvait imaginer ? Tant pis pour lui, il n'avait qu'à moins réfléchir. Et Gaïa se moquait éperdument d'être observée ? Tant mieux, ils allaient tous s'en donner à cœur joie.

Parce que Gaïa était observée, et ce n'était pas peu dire. Tous les regards se posaient sur elle, tour à tour, tentant tout de même de ne pas la fixer trop longtemps, évitant ainsi une impolitesse que n'aurait pas manqué de faire remarquer Molly Weasley, à cheval sur les étiquettes lorsqu'une nouvelle personne faisait son apparition dans le cercle familial.

- Alors, Gaïa, tu es donc ici grâce à Hermione ? demandait justement Molly, dans l'idée de faire parler l'adolescente.

Tentant de ne pas faire glisser son regard vers celle qui devait faire partie de sa famille, et se remémorant sans peine les conseils qui lui avaient été glissés quelques minutes auparavant, Gaïa prit soin de ne pas trop en dire, et hocha simplement la tête, répondant positivement à la question posée, sans pour autant craindre que sa voix tremblotante ne la trahisse.

Elle n'avait jamais eu à mentir, ou presque jamais et, lorsqu'elle avait eu à le faire, ça avait été dans le but de sauver sa vie. Là, mentir dans un but qu'elle n'était pas sûre de cerner était au-dessus de ses forces. Dans le fond, elle ne savait pas où elle avait atterri. Et cette famille était pour le moins étrange.

Amusante, étonnante, intéressante, certes. Mais, avant tout, étrange.

Il y avait ceux qui semblaient précieux, ceux qui mangeaient avec les doigts, les adolescents qui riaient bruyamment, les adultes qui tentaient de faire régner un semblant de calme, les grands-parents qui observaient ce petit monde avec tendresse, un drôle de chat qui rôdait autour de deux adolescents qui étaient indéniablement frère et sœur, une fille qui semblait totalement perdue dans cette assemblée qu'elle découvrait au même stade qu'elle, des adolescents qui ne l'étaient presque plus et qui soupiraient de concert dès lors que les parents tentaient de leur poser des questions, et une dinde qui avait mystérieusement disparu.

Une famille étrange, oui. Mais pour elle qui n'avait jamais eu pour unique famille que son père, cette famille était finalement parfaite.

- Tu as quel âge ? lui demanda le garçon qui s'occupait du drôle de chat quelques instants auparavant.

Il avait la même coupe de cheveux ratée que son père, et les mêmes yeux verts scintillants. Et, en plus de cela, les mêmes traits de visage. Il était difficile de ne pas le prendre pour le fils d'Harry Potter.

- Je suis née en octobre deux mille cinq, répondit Gaïa.

La vérité, c'est qu'elle n'était plus sûre de l'année qui allait bientôt s'achever. Il lui semblait que le dernier journal qu'elle avait lu faisait mention d'un fait divers survenu au cours de l'année deux mille vingt-et-un, qui serait l'année en cours, mais, dans le doute, elle préféra laisser le garçon faire le calcul.

- Eh ! Mais tu as seize ans, comme nous ! s'exclama Albus, tout à sa joie. Enfin, nous, on les aura dans quelques mois.

Il désigna une rouquine – une des nombreuses têtes rousses de l'assemblée, plutôt – qui leva les yeux au ciel, avant de darder un regard bleu pur sur ses parents, relevant légèrement le menton, les joues rougies.

- J'ai une cousine du même âge que moi, qui semble bien plus intéressante que l'ensemble de ma famille ô combien importante vu qu'elle arrive à l'improviste complètement blessée, et tu n'as pas daigné m'en faire part ?! s'indigna-t-elle à l'attention d'Hermione.

- Rose, s'il te plaît…

- Non. C'est injuste. Tu dis toujours que je ne réussis pas à me faire des amis de mon âge, mais lorsque j'ai la possibilité de m'en faire facilement, parce que c'est un membre de ma famille, tu m'en prives ? Tu réalises, maman, à quel point tu adoptes un comportement renfermé dès lors qu'il s'agit de mon épanouissement personnel ? Tu m'empêches de m'ouvrir aux autres, et de découvrir de nouveaux horizons, au sein même de ma propre famille ! termina la rouquine, les joues encore plus rouges, et les yeux brillants.

Gaïa reposa lentement sa fourchette, se demandant comment elle pourrait éviter d'être mêlée à un drame familial d'une famille qui n'était pas la sienne et à laquelle elle devait faire semblant d'appartenir.

- Rose. Qu'est-ce qu'on avait dit avant de partir ? marmotta Ron Weasley, en tentant d'endiguer la rougeur qui lui montait aux joues.

- Que vous m'offririez des séances chez le psychologue pour qu'on ait enfin la preuve que c'est de votre faute si je suis renfermée ? répliqua la rouquine. Surtout si je suis brimée au sein de mes relations familiales, termina théâtralement la fille en désignant du bras celle qu'elle pensait être un membre de sa famille.

Celui qui était indéniablement le fils d'Harry Potter, et que Gaïa se rappelait se nommer Albus, se pencha légèrement vers elle, et lui chuchota à l'oreille :

- Rose a des difficultés à se faire des amis, et elle est persuadée que des séances chez le psy pourront l'aider. Foutaises, si tu veux mon avis.

- Ah, fut le seul son que réussit à proférer Gaïa suite à cette révélation.

Ces personnes ne faisaient pas partie de sa famille. Elle n'avait pas à se mêler de ce qui leur arrivait. Seulement, si elle voulait qu'on termine ce repas au plus vite, et que Ron et Hermione soient d'assez bonne humeur pour discuter avec elle et compléter les éventuelles lacunes de l'histoire que devait lui raconter Harry, elle se devait de faire en sorte qu'il n'y ait plus de tensions.

- En réalité, Rose, c'est de ma faute si on ne se connaît pas. Je suis peste sur les bords, et mes parents ne savent me punir qu'en me privant des réunions de famille. C'est pour ça que je ne peux jamais venir voir Hermione… et qu'on n'a jamais pu se rencontrer, en seize ans.

Finalement, mentir n'était pas si difficile que cela. Il suffisait de prendre un air un peu gêné en confessant votre histoire, cligner des yeux puis les détourner, et hésiter un peu au milieu de son explication pour que toutes les personnes qui vous écoutent fassent preuve de compassion, et hochent la tête en signe de compréhension.

Enfin, il ne fallait pas non plus qu'elle s'étale trop sur les mensonges. Harry Potter la regardait, soucieux. Le fait qu'elle sache mentir avec une telle aisance ne l'aidait pas à croire le récit qu'elle lui avait fait, pas plus qu'elle ne le mettait ainsi en confiance pour obtenir les informations dont elle avait besoin.

- Et pourquoi tu n'es pas en train de fêter Noël avec ta famille ? demanda Albus.

- Parce que mon père n'est pas là, répondit sobrement Gaïa.

- Et ta mère ? insista Albus.

- Morte, dit tranquillement Gaïa.

Avant de réaliser, une seconde trop tard, qu'elle venait de choquer plus d'une personne.

- J'étais jeune, se justifia-t-elle. Je ne l'ai presque pas connue. C'était elle qui reliait nos deux familles, continua-t-elle en désignant Hermione, et c'est pour cela qu'il y a beaucoup moins de contacts depuis cette époque-là, termina Gaïa.

Décidément, mentir était bien trop facile pour qu'elle ne regrette pas de ne pas s'être entraînée des années auparavant. Elle aurait pu profiter du mensonge pour s'éloigner de son père, les soirs où elle avait souhaité être seule.

Elle adressa un léger sourire à Albus, qui semblait déborder de questions.

- Tu as encore quelque chose à me demander ? devina-t-elle sans peine.

- Oui. Pourquoi tu n'es pas à Poudlard ?

Rectification. Niveau mensonge, elle avait encore des progrès à faire. Elle sentit le rouge lui monter aux joues, ne sachant que répondre mais, surtout, n'ayant pas la moindre idée de ce qu'était Poudlard alors qu'Albus semblait en connaître un rayon sur le sujet. Elle se demandait ce que pouvait être Poudlard pour qu'un garçon du même âge mette une telle ferveur dans ce simple mot. Sauf que, de toute évidence, elle ne pouvait pas ne pas savoir ce qu'était Poudlard. Tous attendaient une réponse. Une réponse qu'elle ne pouvait pas leur donner, n'ayant pas la moindre idée du sens qu'elle devait donner à la question.

C'est alors qu'Hermione la sauva. Pour la première fois de la soirée, et certainement pas pour la dernière.

- Gaïa n'est pas à Poudlard parce que l'un de ses voisins peut lui faire cours à la maison.

- Ah, ah ! s'exclama Rose. Encore une preuve que je suis brimée. De toute évidence, Gaïa s'en sort bien mieux que moi en prenant des cours à la maison. Pourquoi est-ce que moi, je suis obligée d'aller à Poudlard, écouter les cours de professeurs rébarbatifs qui n'ont pas la moindre idée de ce qu'est la vie au-dehors des murs de Poudlard ?

- Je te rappelle que trois de tes professeurs ont participé à la Seconde Guerre des Sorciers, et que tous ont connu cette vie difficile et dangereuse que tu sembles un peu trop idéaliser, la morigéna sa mère.

Gaïa vit le rouge monter aux joues de la mère et de la fille, tandis qu'autour d'elles, les conversations s'efforçaient de monter d'un ton pour couvrir les explosions de cris qui seraient bientôt là.

- Vous savez déjà où vous allez célébrer le mariage ? demanda Lucy à Victoire.

Victoire qui rabattit ses longs cheveux blonds dans son dos, tentant de décrisper son sourire pour répondre à sa cousine.

- Oui, nous allons certainement…

- De toute façon, tous mes problèmes viennent de toi !

Les conversations cessèrent, malgré la volonté de chacun de rester étranger à ces disputes qui éclataient sans cesse entre la mère et la fille. Un silence gêné s'installa autour de la table.

Et Gaïa se rappela. Elle se rappela de cet unique jour où elle avait osé faire une quelconque réflexion à son père. Ce jour où il l'avait regardée froidement, et lui avait fait remarquer que si elle était là, en vie, c'était grâce à lui. Qu'elle lui devait du respect. Non pas parce qu'il était plus âgé qu'elle, ni même parce qu'elle l'appelait papa. Uniquement parce qu'elle lui devait la vie. Comme Rose devait la vie à sa mère.

C'est là que Rose décida de larguer les voiles. Elle se leva d'un seul coup de sa chaise.

- Assieds-toi.

Et c'est là que tous les regards se tournèrent vers Gaïa, qui venait de proférer cet ordre sans aucun état d'âme dans la voix.

- Ce ne sont pas tes affaires, siffla Rose. Cette dispute me concerne, avec ma mère.

- Certainement. Mais malgré tous les reproches que tu peux lui faire, elle reste ta mère, et tu es en train de partager un repas de famille. Tu lui dois le respect, ainsi qu'au reste de ta famille, et ce n'est pas en partant faire ta crise dans ton coin que tu montreras ce respect et qu'on se mettra à te respecter, toi. Alors tu t'assieds, tu prends ton mal en patience, et tu te conduis comme une adulte, qui est capable d'attendre le moment propice pour les explications, plutôt que de te comporter comme une gamine qui va tourner le dos et taper du pied à chaque fois qu'on ne cède pas à ses quatre volontés. Et puis, si cette dispute était si personnelle que ça, tu ne la ferais pas éclater en plein repas de Noël. Est-ce que je peux reprendre des pommes de terre ? J'ai vraiment faim.

Rose la regardait estomaquée. Hermione avait la mâchoire tremblotante. Ron semblait libéré d'un énorme poids. Et puis James, car elle avait aussi retenu ce nom, lui tendit le plat.

- Merci.

Et Rose se rassit. Sans dire un mot, le regard noir, les lèvres tremblantes, les larmes aux coins des yeux, avec la sensation qu'elle aurait dû faire le même caprice qu'elle faisait depuis deux ans. Mais elle se rassit.

Gaïa avait simplement la sensation d'avoir dit ce qu'il fallait dire, parce que c'était ce qu'elle pensait. Alors elle l'avait dit, comme toujours. Son père lui avait appris à dire ce qu'elle ressentait, toujours. Aussi ne comprit-elle pas tout de suite pourquoi James, en face d'elle, lui lançait un regard admiratif. Pas plus qu'elle ne comprit pourquoi Albus lui fit un clin d'œil.

Jusqu'à ce qu'elle comprenne qu'elle avait dit, en quelques phrases sèches, bien plus que tous n'avaient pu dire à Rose avec de belles paroles.

∆ | o

- Je dois parler à Gaïa, expliqua Hermione lorsqu'on lui demanda pourquoi elle tirait le bras de la jeune fille tout juste présentée au reste de la famille.

- On t'accompagne, dirent Harry et Ron d'une même voix.

- Mais… ! protesta Gaïa.

Les regards noirs qu'on lui lança lui firent comprendre qu'elle n'avait pas son mot à dire, et que l'unique demande qui lui était faite était de les suivre sans faire d'histoires.

Dommage, elle trouvait Lily amusante. Toujours à vouloir expliquer les faiblesses des autres, un immense sourire aux lèvres. Ses cibles préférées étaient ses deux frères, ceci dit, elle n'était pas contre l'idée de rire aux dépens de ses cousins si l'occasion se présentait.

Mais, et Gaïa s'en rappelait à présent, elle n'était pas là pour plaisanter. Elle était là parce qu'elle avait besoin de Harry Potter.

Ils retournèrent dans la cuisine, tous les quatre. Hermione ferma la porte à clé, Ron l'insonorisa, et Harry sortit des bûches et diverses décorations du frigo.

- Quoi ? bougonna-t-il. Si je sors une fois encore de cette cuisine sans rien dans les mains, ta sœur me tuera, Ron.

Hermione fit claquer sa langue contre son palet, pour montrer son désaccord évident avec la justification d'Harry, tandis que Ron levait les yeux au ciel.

- Ma sœur a un ascendant bien trop grand sur toi, Harry.

Harry ne releva pas, occupé à garder un œil sur Gaïa tout en nappant la première bûche.

- Raconte-nous ton histoire, à présent, exigea l'homme.

L'adolescente rit amèrement, peu désireuse d'accomplir la volonté de cet homme.

- Mon histoire ? Je vous l'ai racontée tout à l'heure.

- Non, insista Harry. Tu nous as raconté une légende. Une très jolie légende, si je peux me permettre, mais je n'ai pas encore saisi la part de vérité que tu affirmes présente dans celle-ci. Certes, ton histoire était très bien ficelée, mais tant que tu n'auras pas été capable de la raccorder à ta vie et aux blessures que tu portais en arrivant ici, ce n'est qu'une légende, martela-t-il.

Gaïa sentit son rythme cardiaque s'accélérer. Elle réalisait à l'instant qu'elle ne pouvait pas débarquer ainsi et demander à quelqu'un de croire sa vie sans pour autant donner d'explications. Se mettant à la place d'Harry Potter, elle réalisa qu'il avait tout à fait raison de se poser des questions, même s'il lui était difficile d'admettre qu'un Héritier ne connaisse rien de l'héritage des Reliques. Elle-même n'avait vécu que pour ça. Mais si elle n'avait jamais rien su des Reliques, comment aurait-elle apprécié la nouvelle ? L'aurait-elle accepté, ou, au contraire, aurait-elle pris la personne qui lui parlait de tout ceci pour un échappé de l'asile ?

Ce n'était pas uniquement son rythme cardiaque qui se déréglait, c'était son corps tout entier. La tête lui tournait, ses cils battaient furieusement sur ses paupières, sa gorge se nouait tandis qu'elle n'arrivait pas à avaler sa salive, ses mains tremblaient, moites.

Gaïa tentait de reprendre son calme, sachant qu'il lui était primordial de poursuivre son explication. Elle essaya de retrouver le calme qui caractérisait une respiration normale, et n'y parvint pas.

- Tiens.

C'était Ron qui lui tendait un verre, d'une voix bourrue gênée de sa délicatesse. Le remerciant du bout des lèvres, dans un souffle peu vivace, Gaïa se saisit du verre, tremblante, et le porta lentement à ses lèvres. La concentration qu'elle s'efforçait d'avoir sur ce simple geste de porter un verre à sa bouche lui permit de remettre un peu ses idées au clair.

- Harry, il faut qu'elle dorme, intervint Hermione.

Harry hésita un instant, avant que son hésitation ne laisse la place à la détermination dans ses yeux, et qu'il secoue obstinément la tête à la négative.

- Non. Pas avant qu'on ait autant de cartes en main qu'elle.

- Mais…

- Hermione, tu veux réellement aller te coucher sans savoir ce qui t'attend demain ? Tu veux vraiment l'emmener se reposer alors qu'on ne sait pas la moitié de sa vie ? Tu veux qu'elle partage le toit de ta famille sans savoir en quoi elle peut chambouler cette vie proche de la normalité qu'on a réussi à bâtir ces dernières années ? Parce que tu vois, moi, non, grommela Harry. Et aux dernières nouvelles, c'est encore moi que recherchait Gaïa en venant ici. On parle donc de ma famille, et de ce qui la perturbe. C'est donc à moi de décider.

Tout ceci dit sur un ton d'où perçait une colère presque vibrante. Hermione le fusilla du regard, tandis qu'il faisait en sorte de l'ignorer autant que possible, se préoccupant de la seconde bûche. Ron restait en retrait, habitué à ne pas participer aux altercations entre son meilleur ami et sa femme.

Gaïa prit une grande inspiration que tous entendirent. Ron et Hermione se tournèrent immédiatement vers elle, tandis qu'Harry changeait simplement de position pour avoir à nouveau un œil sur elle.

- Je suis née le vingt-trois octobre deux mille cinq. Mon père était déjà recherché, à cette époque, pour sa Relique. Il a voulu que ma mère accouche toute seule, avec son aide. Sauf que ma mère n'était pas une personne forte, et elle avait besoin d'aide… Elle était faible, ma naissance l'a encore plus affaiblie. Mais ce n'est pas ma naissance même qui l'a tuée. C'est un mois plus tard, alors qu'on avait repris la route, une arrivée surprise des personnes qui nous recherchent, mon père et moi. Mon père m'a dit qu'il m'avait arrachée des bras de ma mère, et qu'il était parti, seul. Pour ce qu'il m'a dit, il n'y aucune chance que ma mère soit en vie, et comme elle ne nous a jamais retrouvés, je suppose qu'elle est morte. De toute évidence, elle n'est jamais revenue, alors que mon père lui avait donné des explications précises pour nous retrouver dans une telle situation. Vu que ma mère n'est pas revenue et qu'on n'a pas été retrouvé par cet homme qui nous cherche, l'explication logique est que ma mère n'a rien dit, et qu'elle est décédée. La suite a commencé le jour de mes quatre ans. Mon père m'a parlé de l'héritage des Reliques, et de qui j'étais. Il m'a aussi expliqué que depuis quelques années, l'héritier de la Pierre ne focalisait ses recherches plus que sur notre famille, comme s'il y avait une rupture avec l'héritier de la Cape. Maintenant, je comprends mieux pourquoi…

Elle hésita un instant avant de reprendre la parole, buvant une gorgée d'eau pour se donner contenance. Les regards ne la lâchaient pas. Plus elle gardait le silence, et plus un sentiment de malaise l'oppressait, tandis qu'elle comprenait qu'elle ne pourrait pas garder pour elle la suite de son histoire. On ne disait pas non à Harry Potter dans une telle situation, elle en prenait peu à peu conscience. Aucune parole n'était prononcée, mais Gaïa comprenait enfin où elle avait atterri. Et ce n'était pas ce à quoi elle s'attendait.

- Mon père a toujours eu l'habitude de déménager régulièrement. C'est déjà ce que faisait son propre père, et son grand-père, et son arrière-grand-père avant lui. C'est certainement ce qu'ont dû faire vos aïeux…

Elle se tut, ne sachant trop comment continuer cette phrase. Le signe de tête d'Harry Potter lui fit comprendre qu'elle pouvait poursuivre son histoire sans craindre de mettre les pieds dans le plat, ni le vexer ou le blesser.

- Alors, avec moi, il a continué ce mode de vie. Il m'a expliqué que nous ne pouvions pas laisser cet homme s'emparer des Reliques, parce que s'il devenait le maître des Reliques, alors, il aurait comblé sa soif de pouvoir, ne mourrait jamais et deviendrait bien trop puissant. Il deviendrait extrêmement dangereux, et…

- Es-tu en train de nous dire que posséder les Reliques de la Mort reviendrait à posséder la Pierre Philosophale ? l'interrompit brutalement Hermione.

- Non, protesta Gaïa. La Pierre Philosophale ne permet pas d'être invincible, pas plus qu'elle ne permet de tuer les autres. Mais s'il…

À nouveau, l'adolescente fut interrompue par le scepticisme évidement d'Hermione.

- Ceci n'est que légende. Il est vrai que les contes de Beedle laissent entendre que posséder les Reliques permet de remplacer la Mort, mais…

- Ce sont sûrement des légendes, du point de vue défendu par ce Beedle, rétorqua Gaïa en haussant la voix, mais dans la réalité, ce ne sont pas des légendes. Si les trois Reliques sont réunies par un des héritiers, il devient réellement le nouveau Maître de la Mort, et choisit qui meurt et qui vit.

Hermione continuait de secouer la tête, toujours sceptique.

- Enfin, si cette explication était logique, le Maître de la Mort ne pourrait pas assouvir son besoin de pouvoir ! Soyons logiques un instant. Comment ferait-il pour assouvir ses envies de pouvoir tout en accomplissant le devoir même de la Mort, à savoir faire passer les sorciers du monde des vivants à celui des morts ? Si tant est qu'on accepte l'idée qu'il y ait une grande faucheuse qui se promène au travers du monde pour permettre à tous ces sorciers mourants de passer de vie à trépas, termina Hermione, sarcastique.

Gaïa affichait à présent un petit sourire supérieur, les lèvres retroussées en une mimique proche de l'effrayant, sachant par avance que son raisonnement tenait la route, malgré le scepticisme et le refus évident d'Hermione de croire à son histoire.

- Vous confondez la Mort et le Maître de la Mort, expliqua tranquillement l'adolescente. La Mort permet aux sorciers de changer de monde. Le Maître de la Mort ne peut être retrouvé par celle-ci que si l'envie lui en prend, et il l'invoque chaque fois qu'il souhaite faire passer de vie à trépas un sorcier. Et la Mort est immatérielle. Être à plusieurs endroits à la fois n'est pas un problème qui l'empêche d'exercer son rôle, ajouta Gaïa d'un ton supérieur.

- C'est totalement illogique, marmonna Hermione.

- Pas tant que ça, la contredit immédiatement Ron, d'un ton lent et réfléchi. Les légendes ont toujours une part de vérité, encore plus celles des sorciers, c'est toi-même qui me l'as dit. Pourquoi l'histoire de Gaïa te semble si improbable ? Après tout, je trouve cela plausible. La Mort et, en quelque sorte, son élève…

Gaïa fronça les sourcils, pas convaincue du terme qu'employait Ron pour décrire le Maître de la Mort. Ceci dit, elle réalisait aussi qu'elle avait une personne qui la croyait, une personne qui était prête à écouter son histoire jusqu'au bout sans émettre des objections trop terre à terre. Elle n'allait pas revenir sur un terme au risque de se mettre cette personne à dos.

Du coin de l'œil, elle vit qu'Harry Potter semblait réceptif à son histoire, et attendait la suite. Intérieurement, le soulagement qui l'envahit permit à l'ensemble de ses muscles de se relâcher, et d'être plus à l'aise pour poursuivre son histoire. Elle inspira profondément, et reprit son histoire, celle qui concernait son père et elle-même.

- Nous n'avons aucune information, ou presque aucune, concernant cet homme qui recherche les Reliques. Nous savons juste qu'il ne les recherche pas pour les étudier simplement… Et, surtout, il veut se les approprier à vie. Ce qui signifie la mort des autres héritiers. Ce qui ne lui posera pas un grand problème s'il a en sa possession les trois Reliques.

Ron grimaça, comme réalisant enfin ce qu'impliquait l'histoire de Gaïa.

- Il est vrai que ça faisait longtemps qu'on n'avait pas eu une histoire compliquée à gérer… Continue, proposa-t-il à Gaïa.

- Concernant cet homme, je n'ai plus rien à dire, avoua Gaïa. C'est lui qui nous retrouve à chaque fois.

Harry Potter était plongé en pleine réflexion. Gaïa se tourna vers lui. Elle voulait que les prochains mots qui briseraient le silence ambiant émanent de lui, et non pas de l'un de ses amis. Elle voulait que ce soit l'héritier qui prenne la parole, afin de déterminer s'il était de l'avis d'Hermione ou de celui de Ron.

- Qui vous retrouve, donc. Comment s'y prend-il pour cela ? s'enquit Harry Potter d'une voix mesurée.

- Le tatouage.

- J'avais cru comprendre qu'il ne pouvait permettre de retrouver un héritier que si la personne ne voulait pas les user à des fins mauvaises…

Heureuse de constater que son histoire avait assez de sens pour qu'il la comprenne et en retienne même certains points particuliers, Gaïa se laissa aller contre le dossier de sa chaise pour plus de confort.

- Exactement. Simplement, une personne ne possédant pas le tatouage mais ayant connaissance de son existence peut l'effleurer et se laisser guider vers l'héritier recherché. C'est extrêmement rare, et peu fiable, surtout.

- Alors, comment ? la pressa Harry.

Gaïa se mordilla la lèvre. C'était une partie qu'elle maîtrisait peu. Son père lui avait expliqué les bases de cette portion de son histoire, mais il n'avait pas jugé nécessaire de lui donner tous les détails. De son côté, elle s'était bien gardée de les lui demander, trouvant ces moments où ils parlaient de ce qu'ils étaient et d'où ils venaient rébarbatifs.

- Les baguettes, Harry, marmonna d'une voix sourde Hermione.

Plus que contrariée de voir ses certitudes concernant le cycle de la vie chamboulées, la célèbre sorcière avait hésité un moment avant de reprendre la parole. Mais elle avait toujours eu cette habitude à Poudlard, une habitude qui ne l'avait certainement pas quittée malgré les années passées, et elle avait besoin de dire ce qu'elle savait lorsque les personnes autour d'elle se posaient des questions. C'est pour cela que son cerveau tournait à plein régime depuis quelques minutes déjà, qu'elle avait analysé chacune des informations données par Gaïa depuis son arrivée, et qu'elle était capable de répondre à la question d'Harry.

- Gaïa nous a dit qu'en tant qu'héritière de la Baguette de Sureau, elle ne peut utiliser que des baguettes en bois de sureau. Avec une telle information, tu remontes facilement au propriétaire de la baguette, du moment que tu as connaissance des propriétés de ce bois. Tu sais exactement quelle trace de magie tu dois rechercher lorsque tu veux mettre la main sur la personne qui l'utilise.

Ron fronça les sourcils une demi-seconde avant qu'Harry ne le fasse.

- Tu vas nous faire croire qu'il suffit de connaître les propriétés du bois d'une baguette pour remonter à n'importe quelle personne qu'on recherche ?

Hermione claqua la langue, agacée.

- Bien sûr que non. Simplement, cela devient relativement plus facile.

- Évidemment, marmonna Ron sur le ton de celui qui est perdu mais qui ne veut pas récolter un mal de crâne en posant plus de questions. Admettons le fait que la question de savoir comment on peut vous retrouver est réglée, reprit-il en regardant Gaïa. C'est l'unique façon qu'il a de vous retrouver ?

- Plus ou moins, avoua la jeune fille. Disons qu'une fois qu'il a une vague idée de ce à quoi ressemble la personne, il lui est encore plus simple de retrouver quelqu'un. Il est plus facile de lancer un homme à la poursuite de quelqu'un lorsqu'on sait à quoi ressemble ce quelqu'un…

Les trois adultes prirent le temps de réfléchir.

- Donc, pour récapituler… cet homme a plusieurs moyens peu fiables pour te retrouver, dit lentement Harry Potter. Mais le seul sûr qu'il peut utiliser, c'est celui qui consiste à… pouvoir te reconnaître ?

Elle hocha lentement la tête.

- Et je suppose que si tu es ici, avec nous et sans ton père, c'est parce qu'il vous a retrouvés, et qu'il peut à présent te reconnaître dans la rue, ajouta Harry Potter, accusateur.

Mortifiée et légèrement rougissante, Gaïa baissa simplement la tête.

- Reprends l'histoire de ta vie, exigea l'homme à la cicatrice. Et ensuite, nous aviserons.

Surprise mais avant tout soulagée qu'il ne la chasse pas immédiatement de sa maison en apprenant ceci, Gaïa entreprit d'accéder à sa requête, les mots se bousculant à sa bouche, pour franchir plus rapidement la barrière de ses lèvres.

- On vivait ainsi, avec mon père. Un peu éloignés des autres, mais pas trop pour éviter d'attirer trop les soupçons, et pour que les habitants des villes ou villages où nous nous installions ne se posent trop de questions sur nous. Généralement, nous étions bien accueillis.

- Cette façon de vivre est affreuse, murmura Hermione. N'avoir aucune attache, ne pas avoir de famille à laquelle se rattacher…

Les yeux légèrement embués, la femme accepta sans protestation la main réconfortante que posait son mari sur son épaule. Gaïa attendit quelques secondes avant de reprendre son récit, et d'expliquer pourquoi elle n'avait jamais eu de difficultés à accepter cette façon de vivre.

- Mon père m'a expliqué très tôt quel mode de vie je devais adopter… sans protester. On vivait dans une ville, et on ne donnait que nos prénoms, jamais nos noms. On avait des contacts un peu partout là où nous allions, ou dans une ville proche. Ces personnes savaient comment nous prévenir en cas d'alertes. C'est grâce à elles que nous avons pu déménager à temps ces six dernières années. Jusqu'à aujourd'hui.

- Pourquoi ça n'a pas été le cas aujourd'hui ? s'étonna Harry.

Les mains tremblantes et posées sur ses genoux, Gaïa tenta de retrouver son calme du mieux qu'elle le pouvait en fixant ses mains incontrôlables, le regard légèrement brumeux, se remémorant les explications données par son père le jour de ses treize ans, quand elle avait enfin osé lui demander pourquoi l'écriture des lettres de mise en garde n'était jamais la même.

- Monter un tel réseau de personnes assurant une protection dans l'ombre est long, commença l'adolescente d'une voix sourde, comme si elle n'était pas la sienne. Ces personnes, pour obtenir les renseignements qu'elles nous fournissent, doivent sortir de l'ombre. Et sortir de l'ombre, dans ce cas, est souvent synonyme de mort. On a perdu les rares proches que nous possédions, que mon père avait rencontrés au fil de ses voyages, et qui avaient compris que les personnes qui demandaient après nous ne le faisaient pas pour boire le thé.

Un silence en hommage à ces personnes décédées se fit, bien qu'aucun dans la pièce ne les aient connues personnellement, jusqu'à ce que Gaïa le rompe d'un raclement de gorge gêné.

- J'avais bien remarqué que mon père était tendu depuis notre dernier déménagement, qui date d'il y a six mois, mais je n'avais pas compris pourquoi. Et je savais qu'il ne me dirait rien, si je lui demandais directement. On s'est installés comme si de rien n'était dans une nouvelle petite maison, la vie a repris son cours normal. Mon père s'enfermait dans son bureau durant des heures pendant que je vivais ma vie de mon côté. Rencontrer les jeunes des alentours, discuter, sortir un peu avec l'autorisation de mon père… Une vie presque normale. Et puis, ce matin, au petit-déjeuner, mon père s'est enfin décidé à m'expliquer ce qui le tracassait depuis des mois. Nous n'avions plus aucun contact, nulle part, et il avait un mauvais pressentiment. Il m'a donné un bout de papier, et m'a fait promettre de ne jamais m'en séparer. C'était, selon lui, le moyen d'être en sécurité si jamais il lui arrivait malheur. J'ai souri, et j'ai acquiescé, puis j'ai repris mon petit-déjeuner là où il m'avait interrompue.

Elle revoyait encore la casserole fumante sur la gazinière, elle sentait à nouveau les effluves des fleurs posées au milieu de la table, et elle se rappelait sans peine qu'il y avait trois tartines qui l'attendaient. Elle revoyait la feuille de papier, à côté de son bol, et le crayon qu'elle reposait juste. Ces petits détails de rien du tout qui lui semblaient à présent importants, maintenant qu'elle savait qu'elle ne les retrouverait pas de sitôt.

- Quelques minutes plus tard, ma vie a volé en éclats. Littéralement. Je venais juste de quitter la cuisine quand j'ai entendu une explosion, accompagnée de l'odeur de fumée.

Les yeux de Gaïa s'étaient accrochés à un point invisible qu'eux seuls pouvaient voir. Ils s'agitaient, comme revivant la scène. Le corps de Gaïa tout entier semblait revivre la scène. L'adolescente avait sursauté en faisant mention de l'explosion, et ses narines frémissaient au même rythme que celles d'Harry, Ron et Hermione, qui sentaient comme s'ils y étaient l'odeur âcre et caractéristique de la fumée.

- J'ai entendu la voix de deux hommes. « Cette fois, Lockwood, tu ne vas pas pouvoir t'enfuir. » Et puis, mon père a crié. Juste une fois. Je n'ai pas cherché à savoir ce qui se passait. Il m'avait toujours dit que, si un événement comme celui-ci se produisait, je devais partir en courant, sans me retourner. Je… l'ai fait. Mais une seconde trop tard, avoua-t-elle, mortifiée. La porte de la cuisine s'est ouverte. J'ai vu mon père étendu sur le sol. Un homme, grand, l'a caché une seconde plus tard. Il a souri en me voyant. « Et voici sa petite fille… » Il m'a demandé comment je m'appelais. C'est à ce moment-là que j'ai enfin réagi. On a toujours un sac de voyage dans le hall. J'ai couru dans cette partie de la maison, j'ai pris mon sac, et je suis partie. L'homme qui m'a demandé mon nom a mis un moment à me suivre, mais la maison était toujours dans mon champ de vision lorsque j'ai entendu ses pas. Il a lancé un premier sort, qui a rebondi sur mon sac. Le second sort a rendu mon sac extrêmement lourd, et je l'ai abandonné en y mettant le feu…

Une fois encore, les yeux de Gaïa se perdirent dans un paysage autre que celui de la cuisine des Potter tandis qu'elle se rappelait sa matinée. Elle entendait ses pas, qui foulaient le sol à un rythme saccadé, au contraire de l'homme derrière elle, qui, grâce à sa cadence des plus régulières, se rapprochait dangereusement. Elle se souvenait avoir pris peur en sentant le bras de l'homme frôler son dos une première fois, puis son bras. Elle se rappela avoir tourné brusquement à droite, et que, par chance, il ne l'avait pas suivie. Elle avait entendu son juron tandis qu'il freinait et faisait demi-tour, au même moment où elle ratait la branche qui avait eu raison de son tee-shirt. Elle se rappelait avoir repris sa course immédiatement, et avoir songé un instant qu'un bleu se formerait. Elle avait aussi remercié Merlin de l'avoir empêchée de se blesser plus sérieusement avec cette branche. Et puis elle avait repris sa course.

Sa voix se faisait monotone tandis qu'elle expliquait tout ceci aux trois adultes présents dans la pièce. Elle ne voulait pas voir leurs regards inquiets et songeurs, elle ne voulait pas lire la pitié dans leurs yeux, aussi Gaïa continuait de fixer le vide. Comme si, dans ce vide, un film déroulait sa bande, lui remontrant d'un point de vue extérieur les événements du matin même.

Elle avait trébuché un certain nombre de fois avant de tomber. D'entendre le cri de victoire de l'homme qui la poursuivait inlassablement. Sa tête la lançait, elle savait s'être fait une blessure ouverte. Elle avait songé à abandonner, et puis elle s'était souvenue que son père lui avait donné un papier, peu de temps auparavant. Tout espoir n'était pas perdu, elle était persuadée que c'était ce que ce papier signifiait. Alors, elle avait lancé ses pieds dans l'estomac de l'homme qui tendait le bras vers elle. Elle avait apprécié le grognement douloureux qui s'en était ensuivi. Elle avait rampé sur quelques centimètres, pour reprendre ses esprits. Elle avait réalisé qu'elle avait frappé fort. Elle s'était relevée, titubante, et n'avait pas hésité un seul instant. Elle avait demandé à la douleur de refluer, elle avait oublié son poignet qui avait émis un bruit des moins rassurants dans la chute. Elle avait couru quelques mètres encore, pour s'éloigner autant que possible de cet homme, et puis, lorsqu'elle l'avait perdu de son champ de vision, elle s'était adossée à un arbre et avait lu le bout de papier. « Trouve Harry Potter. » Elle avait aussi vu le signe distinctif des Reliques, dans le coin en bas à droite. Elle avait hésité un instant encore, jusqu'à ce qu'une voix s'élève dans les bois. « Ton père est avec nous. On t'aura toi aussi ! »

Alors, elle n'avait plus hésité. Elle avait appuyé sur son tatouage. Et elle avait transplané, en se laissant guider.

Pour finalement se retrouver ici. Seule. Sans son père.

Pourquoi, exactement, les larmes choisirent ce moment précis pour couler sans interruption, Gaïa n'en avait pas la moindre idée. Elle aurait pu pleurer lorsqu'elle était seule, elle aurait pu pleurer une fois qu'elle avait réalisé ce qui s'était produit, pourtant, c'est une fois qu'elle eut revécu une seconde fois les événements de la matinée que le barrage céda.

Était-ce parce qu'elle était une femme et que les pleurs ne l'effrayaient pas, ou bien était-ce parce qu'elle était la plus proche, toujours est-il que ce fut Hermione qui lui tendit un mouchoir et qui la consola du mieux qu'elle le put.

- Harry, murmura Hermione, je crois que tu as une nouvelle mission. Et je crois aussi qu'il va falloir que tu informes Ginny et tes enfants de toute cette histoire.

Distinctement, le soupir d'Harry s'éleva dans la pièce.

- Pourquoi est-ce que c'est toujours sur moi que ça tombe ? grommela-t-il.

Il s'approcha de Gaïa, et s'accroupit pour être à la hauteur de son visage. Les yeux rouges et boursouflés de l'adolescente le convainquirent de la décision à prendre. Il soupira, et lui essuya délicatement les traces des dernières larmes qui marquaient encore les joues de la jeune fille.

- On va t'aider à retrouver ton père. On reparlera de tout ça demain, plus calmement. Pour ce soir, on va terminer le repas. Si tu ne t'en sens pas la force, tu peux même aller te coucher immédiatement.

Gaïa secoua la tête, obstinément. Harry sourit légèrement, comme amusé de l'entêtement de la jeune fille. Il échangea un rapide regard avec Hermione et Ron, avant de reporter son attention sur Gaïa.

- Très bien. Alors, on va aller rejoindre les autres, essayer de se vider la tête. Et demain matin, une fois que nos idées seront bien claires, on pourra réfléchir mieux à la situation. D'accord ?

- D'accord, murmura Gaïa. Mais…

Elle hésita un instant. D'un signe de tête, les trois adultes l'encouragèrent à poursuivre.

- Vous êtes sûrs de pouvoir retrouver mon père ?

- On n'a pas beaucoup d'éléments, pour l'instant, marmonna Harry.

- Ceci dit, ce n'est pas ce qui nous a posé problème autrefois.

- Sauf qu'il y a d'autres facteurs à prendre en compte, cette fois, leur rappela Hermione d'une voix douce. Entre autres le fait qu'on ne peut pas partir à l'aventure comme ça. Aux dernières nouvelles, nous avons tous un travail, des enfants, une famille. On n'est plus des fugitifs, non. Et, pour une fois, j'aimerais qu'on réfléchisse un peu, avant d'agir…, soupira la femme en se redressant. Si ce n'est pas trop vous demander, évidemment.

Ron et Harry haussèrent les épaules. Et rien que cet échange eut le don de rassurer Gaïa.

Elle n'était toujours pas certaine de savoir où elle avait atterri. Elle avait l'impression d'être dans une autre dimension, que ces personnes n'avaient pas encore bien réalisé ce qu'elle leur demandait. Mais, et cela faisait bien longtemps qu'elle espérait ressentir cela, elle se sentait en sécurité. Pour une fois, rien qu'une fois, elle sentait qu'elle était au cœur de sa propre histoire, et que ce n'était pas son père qui décidait pour elle.

Oui, pour une fois, elle se disait qu'elle pouvait s'impliquer un peu plus dans cette histoire qui était la sienne, et non pas seulement suivre le mouvement.

Si seulement elle avait pu se douter à quel point l'idée qu'elle avait de sa propre vie était fausse…


Note d'auteur.

Yo ! Avant d'oublier, je voulais revenir sur un point, dans ce chapitre. Harry, Ron et Hermione peuvent voir le tatouage de Gaïa parce qu'ils savent que les Reliques existent réellement, qu'elles ne sont pas qu'un mythe de Beedle le Barde. Par contre, Harry n'a pas le tatouage avant que Gaïa ne lui raconte toute l'histoire parce qu'on ne lui a pas expliqué quel était son "rôle" dans cette histoire. Voilà pour la petite mise au point.

Autre petit truc, on peut remercier DelfineNotPadfoot qui a donc lu ce chapitre en avant-première pour le corriger. Et qui n'est (presque) pas effrayée par le nombre de pages que je lui envoie. Elle n'est même pas partie en courant après ces 27 pages. Je le paierai un jour ou l'autre, de lui donner du travail, je n'en doute pas, ceci dit...

Anyway. Je suis bien contente des retours reçus pour le prologue, merci à tous, et j'espère que ce premier chapitre ne vous aura pas fait fuir en courant, eh eh. Pour tous ceux qui ont une autre image de Rose, eeeeeuh... Désolée. Voilà. Je l'aime bien, en temps normal. Mais voilà. Elle est sortie comme ça de sous mes doigts... Sinon, j'ai normalement répondu à chacun d'entre vous, mais pour le guest de la semaine, un petit mot par ici !

Plumdore, tout d'abord, bienvenue à tous sur cette ff ! Merci, ensuite, pour ta review. Est-ce que Gaïa est un personnage avec un bon fond, comme tu le dis ? Je ne sais pas. Je crois que cela dépendra de l'avis de chacun, au fur et à mesure. Elle est complexe. Peut-être même complexée, finalement... C'est difficile à expliquer, et cela gâcherait beaucoup si je dévoilais tout ce que je pense de Gaïa, finalement ! Moi, j'ai bien hâte de voir ce que tu penses de la suite.

Sur ce, je vous dis à lundi prochain :) ! Bonne semaine à tous.