Chapitre 2
Où chacun tente de trouver sa nouvelle place.

- Es-tu sûre que tu peux rentrer toute seule ?

Chloé sourit doucement.

- Certaine, affirma-t-elle en embrassant légèrement James sur le perron de la maison de Godric's Hollow. Si mes souvenirs sont exacts, je suis celle qui a obtenu son permis de transplanage du premier coup ! lui rappela-t-elle en riant doucement.

James leva les yeux au ciel.

- C'est juste parce que j'avais trop fait la fête la veille ! affirma-t-il.

Chloé émit une moue sceptique, avant de reprendre son sérieux.

- Moi, je sais que cette soirée se terminera bien. Mais si jamais tu ne vas pas bien après la discussion que tu vas avoir avec ton père… n'hésite pas, toi, à venir à la maison.

James hocha gravement la tête.

Les retardataires de la famille Weasley étaient partis depuis tout juste quelques minutes. Pour la première fois que la fête familiale se déroulait chez les Potter, un événement hors du commun se produisait. Les Weasley avaient alors décidé, avec sagacité, de passer la fin de soirée, et la nuit avant ouverture des cadeaux, au Terrier. James les avait tous vus partir avec une pointe de regret, déplorant déjà le calme qu'il allait retrouver, et il s'apprêtait lui-même à retourner dans son propre appartement lorsque son père lui avait fait savoir que, ce soir, il devrait dormir ici, et non pas rejoindre son appartement proche du Chemin de Traverse. En effet, il avait une information de la plus haute importance à lui transmettre, à lui ainsi qu'à sa mère, sa sœur et son frère. Et Chloé n'avait en aucun cas le droit de faire partie de cette conversation, aussi rentrait-elle chez ses parents, seule.

- Au fait… il va vraiment falloir que tu te fasses pardonner, dit-elle, malicieuse, alors que James était encore perdu dans ses pensées, se demandant pourquoi son père le forçait à rester ici.

- De quoi ? s'étonna James.

- De ne pas m'avoir prévenue que ta famille était aussi exubérante ! se plaignit-elle.

Il éclata de rire.

- Je pensais que tu t'en serais doutée…

La voix de son père retentit dans son dos.

- James !

Le garçon soupira, tandis que Chloé reprenait son sérieux en entendant cette voix plus que célèbre. Elle hésita un instant, puis commença à reculer.

- Si c'est grave et que tu as envie d'en parler… n'hésite pas, dit-elle simplement dans un sourire.

James hocha la tête. Il attendit qu'elle passe le portail et transplane avant de se décider à fermer la porte de la maison de son enfance. Puis, lentement, il se dirigea vers le salon, où toute la famille était réunie.

∆ | o

Lily Luna Potter était installée sur le canapé de son père, les jambes repliées sous elle, un air songeur installé depuis quelques minutes sur le visage. Sa main droite était occupée à gratter le Fléreur de la famille Potter, tandis que sa main gauche, jusque-là posée sous son menton, se déplia lentement pour aller rejoindre l'accoudoir du canapé.

Elle n'avait jamais bien compris pourquoi ce canapé était appelé « celui de son père ». C'est vrai, d'aussi loin que remontaient ses souvenirs, jamais elle n'avait vu son père assis sur ce fauteuil. Toujours, on disait que c'était dessus qu'il s'installait lorsqu'il avait passé une dure journée, mais les faits étaient que, soit son père n'avait jamais été fatigué depuis sa naissance, soit on avait dit de ce fauteuil qu'il était celui de son père uniquement parce que cela donnait du prestige au meuble. Toujours est-il que c'était surtout elle qui s'installait dans ce fauteuil, dans lequel elle se perdait tellement elle était menue, au contraire du douillet siège rouge et or. Pensive, elle laissa ses idées partir au loin, jusqu'à ce que ses yeux accrochent le regard de Gaïa. À cet instant, le Fléreur se mit à lécher son poignet, apparemment appréciateur du goût des feuilles de pissenlit. Lily fronça les sourcils. Elle n'était pas douillette par nature – vous ne l'êtes pas lorsque votre famille est majoritairement composée de garçons – mais elle n'avait pas pour autant envie d'être brûlée à une heure aussi tardive, au milieu de son salon.

Enfin, de celui de ses parents, mais c'était presque la même chose. Comme si, un jour, elle ne serait plus chez elle ici.

Quoique. D'après l'histoire qu'on venait de leur raconter, Gaïa avait passé son temps à déménager, et n'avait pas de chez elle à proprement parler. Et plus de parents, par la même occasion.

Lily observa Gaïa qui, se sentant observée, tourna les yeux vers elle. Un instant, elles s'affrontèrent du regard. Elles avaient à peine deux ans de différence, et pourtant, Lily se sentait infiniment petite face à elle. Elle n'avait pas vécu tout ce que Gaïa avait vécu. Elle avait eu le droit à une vie tranquille, rythmée par les repas de famille, les bêtises qu'elle faisait avec ses frères et ses cousins, ou cousines, et les caprices qu'elle faisait pour avoir de nouveaux vêtements, ou un nouveau balai – ce dernier caprice n'ayant toujours pas été cédé, en y repensant.

Les cheveux mi-longs de Gaïa empêchaient Lily de l'observer autant qu'elle l'aurait souhaité. Elle ne pouvait pas distinguer les cicatrices qui prouveraient qu'elle avait été blessée pas plus tard que ce matin. Tout juste réussissait-elle à distinguer le marron de ses yeux derrière la cascade de cheveux châtains. Lily hésita un instant, puis choisit d'abandonner le combat, se plongeant dans la contemplation de la bibliothèque derrière son père. Elle réfléchit un instant à tout ce qu'elle venait d'apprendre. Les Reliques de la Mort, les contes de Beedle le Barde, la cicatrice, cette histoire d'héritage, ce Noël étrange, Gaïa qui n'est en réalité pas de la famille d'Hermione, mais plus ou moins de la leur, en remontant sur un très grand nombre d'années. En soi, des histoires de famille. Comme à chaque repas de famille. Bon. Rien de très inhabituel, dans un sens, lorsqu'on connaissait l'histoire de son père.

Lily arrêta d'observer la tranche du Manuel Avancé de Potions pour poser les yeux sur sa mère. Autant son père semblait avoir pris la nouvelle avec un calme relatif, autant elle était persuadée que sa mère était sur le point de sauter au cou de son père. Elle était prête à parier qu'une dispute de couple aurait lieu ce soir. Ceci dit, ce n'était pas son problème. Elle, son problème, c'était de comprendre ce que cela changeait pour elle, cette histoire d'héritage des Reliques de la Mort.

Elle fixa le Fléreur, qui ne semblait pas décidé à bouger de la place qu'il s'était imposé à l'arrivée dans cette maison. Elle lui releva la tête pour lui gratter le menton, entendant avec joie le ronronnement de satisfaction de l'animal.

- C'est cool, dit-elle finalement, brisant enfin le silence pesant qui s'était installé dans la pièce.

Sa mère fronça aussitôt les sourcils, comme elle s'y attendait.

- Lily, nous t'avons déjà demandé de ne pas employer le mot « cool » à tort et à travers.

Lily haussa les épaules, sans pour autant s'excuser. Sa mère disait cela uniquement parce qu'il y avait une invitée dans la pièce. Elle réfléchit un petit instant, avant de reprendre la parole.

- Est-ce que ça veut dire qu'il va falloir que je partage ma chambre avec elle, vu qu'on n'a pas de chambre d'amis ?

À sa gauche, Albus pouffa, s'attirant les foudres de sa mère.

∆ | o

Albus avait passé son repas à observer Gaïa, qui, il en avait été persuadé depuis le début, ne faisait en réalité pas partie de la famille d'Hermione. Pour lui, cette fille était un mystère entier. Il avait rencontré des tas de personnes depuis qu'il était né – le fait que son père fasse partie des célébrités du monde des sorciers avait grandement contribué à ces nombreuses rencontres. Il avait donc l'habitude, et il en était presque blasé, d'être régulièrement présenté à de nouvelles personnes. La majorité lui faisait des compliments, principalement en lui disant qu'il était le portrait craché de son père. On lui demandait ce qu'il voulait faire, lui affirmant que tout lui était possible et offert, grâce à son père. Mais jamais, encore, on ne l'avait présenté aussi brièvement qu'on ne l'avait fait avec Gaïa, et jamais encore on ne l'avait regardé avec une telle indifférence une fois les présentations faites. Ce qui l'avait conforté dans son idée que cette fille ne pouvait pas faire partie de la famille d'Hermione. Jamais sa tante n'aurait eu une sorcière dans sa famille en omettant de lui faire part de ses liens d'amitié avec Harry. Et, surtout, jamais Hermione n'aurait pu avoir un membre de sa famille qui ne connaissait pas Harry Potter, tout simplement. Une sorcière de surcroît.

Alors il avait passé la fin de repas à regarder cette sorcière, arrivée dans un état tout sauf présentable, admirant la petite flamme inquiète et fière dans ses yeux bleu turquoise, l'observant tirer sur son pull pour cacher ses poignets, comme pour montrer sa gêne. Il n'avait compris que quelques instants plus tôt que cette manie avait pour but de cacher son tatouage. Il l'avait trouvée jolie, sans comprendre pourquoi ce mot lui avait traversé la tête. Ce qui l'intéressait, surtout, c'était de comprendre pourquoi elle s'était retrouvée à sa table, et quelle était son histoire. Maintenant qu'il savait tout cela, et bien qu'il ne soit pas sûr de ce que cela voulait réellement dire dans sa vie, pas plus qu'il ne comprenne pourquoi cela allait influencer son futur, il avait très envie qu'elle reste. Parce qu'elle paraissait bien plus intéressante que la majeure partie des personnes qu'il avait rencontrées, parce qu'elle semblait avoir une histoire aussi passionnante que celle que son père avait vécue, et qu'elle semblait pouvoir lui raconter bien plus d'histoires intéressantes que tous les professeurs de Poudlard – ayant participé à la seconde guerre des sorciers ou non. Et il s'était dit que, définitivement, la vie de son père avait dû être vraiment trépidante, et cool. Une fois n'est pas coutume, il était d'accord avec sa sœur.

Seulement, il se demandait bien comment ils allaient vivre, tous, dans cette maison. La seule solution qui lui paraissait envisageable, c'était que Lily partage sa chambre avec Gaïa. Sauf qu'Albus connaissait sa sœur, et qu'il savait pertinemment qu'elle n'allait pas apprécier cette solution. D'ailleurs, cela s'était entendu à son ton inquiet lorsqu'elle avait posé sa question. Lily n'avait jamais aimé partager, et encore moins sa chambre.

Peu lui importait le regard de mise en garde que lui envoyait à présent sa mère. Lily avait tendu une perche, et Albus allait s'en saisir.

- Je n'espère définitivement pas pour Gaïa qu'elle doive partager ta chambre. La pauvre ne va pas réussir à dormir !

Avant même que sa mère n'ait pu l'empêcher, Lily sauta sur ses pieds, le Fléreur familial feulant sur son fauteuil, sans que l'on puisse déterminer si cela était dû à son accord avec la réaction de Lily ou s'il était en colère de voir sa source de caresses s'envoler au loin.

Et au milieu de tout cela, comme toujours, James soupira.

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Sans aller jusqu'à dire qu'il s'ennuyait, James n'appréciait pas spécialement cette situation. Il savait exactement ce que toute cette histoire voulait dire. Son père allait repartir à la chasse aux informations, ainsi qu'à celle aux méchants, et pas forcément dans ce même ordre. Sa mère allait se ronger les ongles, finir par craquer, partir avec lui, revenir avec lui, se disputer avec lui. Et lui, James, au milieu de tout cela, allait devoir écouter à quel point ses parents avaient une vie trépidante, et qu'il devrait en profiter pour faire de même. Sortir de son train-train quotidien, et partir à la poursuite des méchants, avec son père.

Cette histoire était très bien, vraiment. Les Reliques, le méchant qui veut s'en emparer… Tout ça, c'était fantastique, il le pensait vraiment. Ce qui l'était moins, c'était l'idée qu'ils doivent affronter des dangers, se battre pour un rien. Lui, il rêvait depuis quelques années d'une vie bien rangée, et maintenant qu'il allait l'avoir, qu'il était sur le point d'y goûter, on la lui interdisait. Ce n'était définitivement pas juste.

Il comprenait que Gaïa ait besoin d'aide. Il comprenait que cette histoire le concernait, il comprenait que son père ait voulu leur en faire part. Il avait vraiment envie de se passionner pour cette histoire, pour cette aventure, seulement, il n'y arrivait pas. Il voulait simplement aller se coucher, tout oublier, oublier les vengeances, les manipulations. Il voulait reprendre une vie simple et normale, sans que personne ne lui annonce qu'il était à la tête d'un héritage encore plus grand que celui qui résidait dans le fait d'être simplement le fils d'Harry Potter – héritage déjà bien lourd pour ses épaules pourtant solides.

Il n'était pas insensible, vraiment pas. Gaïa l'avait ému, il avait l'impression d'avoir une autre sœur face à lui, une sœur qui venait se raccrocher à ce qui lui restait de famille, pour ne pas être seule dans la quête de son père disparu. Il avait volontiers envie de la serrer dans ses bras, et même de la consoler, de la laisser ruiner sa chemise si jamais elle en ressentait le besoin. Vraiment, James était de ces personnes qui aiment consoler les autres, qui sont toujours à l'écoute de ceux qui en ont besoin. Seulement, il ne voulait pas de complications. Il estimait que son père en avait déjà eues assez durant son enfance et adolescence pour que lui-même en ait. Il voulait vivre une vie simple et tranquille.

Aussi simple et tranquille que peut l'être la vie d'un membre de la famille Potter-Weasley : remplie de cris, de joie, de pleurs, de rires. Mais sans les histoires dangereuses et compliquées en prime.

Et remplie de disputes fraternelles.

L'habitude et la pratique firent que son bras se tendit automatiquement, arrêtant Lily avant qu'elle ne saute sur son frère pour lui faire ravaler ses paroles concernant l'impossibilité de dormir dans la même pièce qu'elle tellement elle faisait de bruit en dormant.

- Albus, arrête d'embêter Lily. Et toi, reprit-il à l'attention de sa sœur, arrête de sauter à la gorge de toutes les personnes qui osent émettre la moindre petite critique à ton égard.

- T'es pas notre père, répliquèrent les deux adolescents en même temps.

- Encore heureux, soupira James avec un sourire. Papa, reprit James plus sérieusement, Gaïa peut prendre ma chambre. Je ne comptais déjà pas dormir là ce soir et, en plus de tout cela, je ne vis plus à la maison. Le problème de savoir où va dormir Gaïa est réglé. Est-ce qu'on peut tous aller se coucher, maintenant ? suggéra le garçon en se levant à moitié du canapé.

D'un geste grave, son père secoua la tête, faisant rasseoir son fils aîné dans le fauteuil qu'il avait tout juste eu le temps de quitter.

- Non, James. Ce soir, tu ne vas pas dormir chez toi. Cette histoire est loin d'être encore réglée. Il faut que nous en discutions tous, les idées un peu plus au clair, demain matin. Surtout toi, reprit Harry gravement.

James fronça les sourcils, n'aimant pas par avance ce qu'allait lui annoncer son père.

- Surtout moi ? releva-t-il.

- Gaïa semble penser que…

- Je ne pense pas, l'interrompit l'adolescente, je l'affirme.

Harry ferma les yeux et inspira lentement, semblant faire un effort considérable pour garder un semblant de calme.

On pouvait le comprendre. Il était plus d'une heure du matin, le jour de Noël, il allait certainement devoir régler des conflits familiaux dès le lendemain matin – les fêtes de Noël étaient toujours le meilleur moment pour les sorciers de laisser à leur baguette la bride abattue – et il était au milieu de son salon, tentant de faire comprendre à son fils aîné qu'il avait perdu une partie de son indépendance. Tout ceci sous la direction d'une gamine de seize ans qui osait le reprendre sur les termes qu'il employait.

- Gaïa affirme, donc, reprit-il lentement, que cet héritage touche en priorité les aînés de chaque famille. Cela veut dire que cela me concerne, mais que cela te concerne aussi. Donc, tu vas rester là cette nuit, et prendre ta chambre. Demain matin, nous reprendrons cette discussion. Pour le moment, tous au lit ! Ginny, est-ce qu'on peut installer Gaïa dans le bureau ?

- Puisque nous n'avons pas le choix…, répondit sèchement Ginny en tournant les talons. Gaïa, suis-moi s'il te plaît.

L'adolescente jeta un dernier regard à la pièce qui faisait office de salon, s'attardant quelques secondes sur le visage de chacune des personnes. Elle s'étonna de ne pas voir plus de questionnements dans les yeux de chacun, s'interrogea sur l'amusement de Lily, sur l'intérêt d'Albus pour une toute autre raison que l'histoire qu'elle venait de raconter, et, finalement, s'interrogea sur l'air blasé qu'arborait James depuis le début de cette réunion improvisée. Et puis, le mur lui coupa la vue qui s'offrait à elle, et elle reporta son attention sur Ginny, qui la fit grimper les escaliers, avant de la faire entrer dans la première pièce à droite du palier.

Sans lui adresser la moindre parole, Ginny se mit à pousser contre les murs, d'un coup de baguette, les meubles qui encombraient plus qu'ils ne meublaient, pour enfin ne laisser que le bureau, positionné au milieu de la pièce. D'un geste expert, elle transforma le meuble en lit.

- Ce n'est pas un palace…

- Ça ira très bien, assura l'adolescente.

Ginny hocha la tête sèchement, avant de tapoter rapidement sur les draps.

- Bon. Les toilettes sont au bout du couloir. Si jamais tu as besoin de quelque chose…

La maîtresse de maison lança un rapide regard à Gaïa puis, sans attendre une réponse, elle se dirigea vers la porte de sortie, prête à abandonner l'adolescente à sa nuit.

- J'ai une question ! lâcha Gaïa d'une voix saccadée.

Surprise, Ginny arrêta net son amorce de sortie, et se retourna lentement, les sourcils froncés.

- Oui ?

- Qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai l'impression d'avoir fait quelque chose de mal, à vous observer.

Ginny hésita un instant. Elle aurait pu jouer l'innocente, ne pas comprendre la question de Gaïa. Feindre l'incompréhension, dire que Gaïa n'avait rien fait. Qu'elle, Ginny, se comportait habituellement. Que Gaïa se faisait des idées, et que Ginny n'avait rien à lui reprocher. Sauf que, même si cette dernière assertion était véridique, Ginny avait effectivement un comportement peu naturel, et même Gaïa l'avait remarqué.

- Votre mari me regarde comme si j'étais une bête de foire, votre fils aîné semble blasé de la situation, votre cadet me regarde comme si j'étais une opportunité de découvrir une vie nouvelle remplie d'aventures, votre fille semble s'amuser de la situation, et vous… vous me regardez comme si mon arrivée ici sonnait la fin de votre famille. Pourtant, je n'ai pas l'impression que ce soit ça qui vous dérange. Alors je veux savoir ce que j'ai fait. Si je vous ai manqué de respect, si…

Gaïa se tut. Ginny lui souriait doucement, et ferma la porte, jusque-là ouverte.

- Tu n'as rien fait de tout cela. Je ne t'en veux pas réellement. Pas du tout, même. J'en veux à mon mari, même si cette histoire ne dépend pas uniquement de lui. Harry a passé la majeure partie de sa vie à se battre. Contre les méchants, contre ceux qui devaient être gentils et devenaient méchants, contre ceux qui ne voulaient pas l'écouter, contre ceux qui enfreignaient les règles… depuis des années, il ne fait que ça. Toujours, inlassablement. Ça a plus d'une fois fragilisé notre relation. Il a tendance à foncer tête baissée, sans se retourner et regarder les personnes qu'il laisse à l'arrière. On a vécu des années difficiles, noires, qui ne nous offraient pas beaucoup d'espoir pour le futur. Je l'ai accepté, c'était son destin. J'ai accepté le temps qu'il a investi dans son travail, parce qu'on avait besoin de lui. Mais lorsque les enfants sont arrivés, et qu'il a continué à traquer les méchants, sans se préoccuper de sa famille… c'était trop. Il a perdu ses parents, je ne voulais pas que l'histoire se répète pour nos enfants. Il l'a compris, même si, souvent, je sens qu'il a envie de partir à la chasse à l'homme sans se retourner. Les enjeux ne sont jamais assez importants pour qu'il se permette de le faire. Seulement...

Ginny soupira, et s'assit sur le lit, un sourire légèrement triste sur les lèvres.

- Là, les enjeux sont différents. C'est de sa vie dont il s'agit, ainsi que l'héritage que lui a laissé son père. Il va vouloir, une fois de plus, partir à la recherche du vilain de l'histoire, sans se préoccuper vraiment des personnes qui l'entourent. Je l'admire pour cela. Mais j'aimerais, parfois, qu'il se rappelle qu'il n'est pas tout seul, et qu'il ne peut pas se permettre de claquer la porte sans qu'il n'y ait des conséquences.

Gaïa fronça les sourcils.

- Donc, vous ne m'en voulez pas ?

- Non, lui assura Ginny. Je sais simplement que ton arrivée va permettre à certaines discussions de sortir du placard dans lequel nous les avions enfermées. Et j'ai peur, qu'une fois encore, Harry n'oublie qu'il peut compter sur d'autres que sur lui-même, termina sagement Ginny. Ceci dit, cela n'est absolument pas ton combat ! Le tien, c'est de dormir, à présent. Ron, Hermione et Harry semblent avoir oublié le décalage horaire qu'il y a entre nos deux pays, et cela fait bien trop longtemps que tu es debout, la gronda Ginny. Alors, va te coucher. Immédiatement.

Soupirant, et sentant par avance que le combat était perdu d'avance – Ginny avait le même ton sans appel que son père lorsqu'il lui demandait d'arrêter de poser des questions – elle s'assit au pied du lit, et s'aperçut de la présence d'une chemise de nuit. Lentement, elle ôta ses vêtements, prenant la décision de les jeter aussitôt que possible – de trop mauvais souvenirs y étaient à présents rattachés. Ses gestes ralentis par la douleur qui empêchait la fluidité de ses mouvements, elle passa son linge de nuit. Cela aussitôt fait, elle réalisa que le sommeil, dont elle était persuadée qu'il se soit emparé de son corps et de son esprit, s'était envolé au loin, et que la curiosité avait repris le dessus sur lui. Les paroles de Ginny avaient éveillé son intérêt. Elle voulait en savoir plus sur cette famille, qui semblait avoir une histoire aussi compliquée et intéressante que la sienne.

Elle se leva et, pour la première fois de la soirée, sortit sa baguette. Elle avait craint un instant durant que les Potter n'exigent de la garder cette nuit mais, heureusement pour elle, ils semblaient ne pas avoir songé à la possibilité qu'elle s'en serve contre eux – ou bien, tout simplement croyaient-ils réellement que Gaïa ne leur ferait aucun mal. Ce qui était après tout le cas.

Elle murmura un faible « Lumos », et fut satisfaite de constater l'état de marche parfait de sa baguette. Elle avait fait plusieurs chutes dans la journée, et n'avait pas eu l'occasion de tester le bon état de fonctionnement de sa baguette, aussi était-elle rassurée. Du moins, en partie. Elle avait perdu son ancienne baguette près d'un an plus tôt, au cours d'une course effrénée dans la forêt amazonienne – un pari avec un adolescent du village où elle et son père avaient alors leurs quartiers. Malgré tous ses efforts et recherches, elle n'avait jamais remis la main dessus, à sa plus grande déception, la baguette précédente lui convenant bien mieux que celle-ci.

Aussi peu performante soit-elle, cette baguette avait tout de même le mérite d'illuminer suffisamment la pièce pour qu'elle puisse regarder les divers ouvrages présents dans la bibliothèque. Curieuse, elle s'approcha. La majorité des livres semblaient être des ouvrages d'enseignement. Les dédaignant, elle s'approcha des documents proches de la fenêtre, qui s'apparentaient plus à des récits. Le premier livre sur lequel elle mit la main était humblement intitulé « Vie et mensonges d'Albus Dumbledore ». N'ayant pas la moindre idée de qui était le personnage, et ne connaissant pas plus la personne qui avait écrit sur lui, elle dédaigna la couverture criarde pour s'intéresser à l'étagère inférieure. Ses yeux s'illuminèrent, devinant par avance qu'elle venait de trouver ce qui lui permettrait d'en connaître un peu plus sur la vie de l'héritier de la cape. De toute évidence, Harry Potter était assez célèbre pour qu'une dizaine d'auteurs le choisissent comme sujet principal de leur livre.

Sentant par avance que la nuit allait être instructive, Gaïa se saisit du premier ouvrage de la rangée – « Lorsque l'on donne un sens à votre vie avant votre naissance : l'exemple d'Harry Potter » - et s'installa sur son lit, espérant qu'à l'issue de cette nuit, elle en sache un peu plus sur cet Harry Potter. Parce que, de toute évidence, elle faisait partie des rares personnes qui n'avaient pas connaissance de son existence.

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- Est-ce que tu es en colère après moi ? s'enquit Harry alors que Ginny s'agitait dans leur chambre de façon inhabituelle.

- Je suis en colère contre cette vie qui te donne toujours quelque chose à faire, et qui nous empêche de mener une vie normale, grommela Ginny.

- Tu es en colère contre moi, donc, en déduit Harry en soupirant.

Ginny ne répondit pas.

- Que voulais-tu que je fasse ? Que je la renvoie on ne sait où, en lui expliquant qu'on ne pouvait pas l'aider ? Enfin, je n'allais tout de même pas la laisser partir, alors qu'elle n'a de toute évidence nulle part où aller !

- Ce n'est pas ce que j'ai dit, rétorqua Ginny. Je dis simplement qu'il faut toujours que cela tombe sur nous.

- Tu crois que j'ai demandé à repartir à la chasse aux vilains ? répliqua Harry.

Ginny lui lança un regard noir.

- C'est exactement ce que je te reproche. Tu vas repartir à la chasse. Toi, tout seul. Je suis persuadée que tu n'en aurais même pas parlé à Hermione et Ron, s'ils n'avaient pas été là ce soir. Alors que Ron est tout de même la seconde personne la plus influente du Bureau des Aurors, lui rappela sa femme. Mais non. Comme toujours, tu es le seul à pouvoir sauver le monde.

Harry soupira.

- J'ai l'impression qu'on revient à une discussion qui date d'il y a plus de quinze ans, grogna-t-il.

- Peut-être parce qu'on n'a jamais pris le temps de terminer cette discussion, répliqua Ginny. Il y a quinze ans, ton premier fils a subi tes absences autant que moi. Tu te souviens que James a fait des insomnies des années durant ? Et qu'il en fait toujours ? Tu te souviens qu'il t'attendait, à tout juste six ans, dans le salon, parce qu'il avait promis à son frère de deux ans qu'il allait vérifier que tu allais bien ?

- Ginny, James a vingt ans aujourd'hui. Il sait gérer une telle situation.

- Tu as entièrement raison. Il saura très bien la gérer. Une fois encore, il va devoir faire en sorte de savoir gérer une situation qui le dépasse. Quand il avait cinq ans, il se disait que c'était parce que tu devais arrêter les derniers méchants, et aujourd'hui, il se dira que c'est parce que tu veux l'aider à bien vivre avec son héritage des Reliques de la Mort. Quelle chance il a de t'avoir pour père…

Harry s'allongea lentement sur le côté qui lui était réservé dans le lit conjugal, et soupira.

- Je te jure, Ginny, que j'aimerais autant que toi que ces histoires n'arrivent pas qu'à moi. Il y a des matins où j'espère encore que toute ma vie n'a été qu'un rêve, que je ne suis pas celui qu'on surnomme encore l'Élu. Sauf que tu vois, ma vie, et la tienne par extension, est toujours aussi confuse qu'un Strangulot hors de l'eau. Mais ça, ça fait partie de l'accord depuis toujours…, murmura Harry.

Ginny s'allongea aux côtés de son mari, silencieuse. Elle fixa le plafond, remarquant que les traces des dernières bêtises de ses deux plus jeunes enfants étaient toujours visibles sur le plafond. Encore une de leurs idées inventives, qui avait valu à la maison d'être presque détruite – une fois de plus.

- Je sais bien que cela fait partie de l'accord, Harry, soupira Ginny. C'est juste que nos enfants ont déjà souffert de cette histoire durant leur enfance, parce que tu étais toujours aux quatre coins du monde, et qu'ils en ont souffert en grandissant, parce qu'on n'a jamais cessé de les comparer à toi. Et maintenant, ils vont devoir subir une autre épreuve, en étant, cette fois, au cœur de l'intrigue. On s'est battus tellement d'années pour que nos enfants n'aient pas à le faire, et voilà qu'aujourd'hui, on apprend que tous nos efforts sont vains, ou presque. Je me demande combien de temps cela va durer…

Le silence prit à nouveau ses marques, chaque membre du couple plongé dans ses pensées.

Harry songeait déjà à demander à Hermione de faire des recherches généalogiques, pour retrouver les différentes branches des héritiers de la cape. Ron, lui, serait certainement d'accord pour aller avec lui explorer la maison de Gaïa. Souhaitant cependant s'y rendre avec l'adolescente, et sans personne pour les suivre, il reporta cette expédition à après les vacances scolaires, lorsque Lily et Albus seraient retournés à Poudlard. Il allait aussi devoir avoir une discussion avec James, pour qu'il sache à quoi s'en tenir. Si lui avait toujours eu l'habitude de côtoyer le danger, il avait fait en sorte que ce ne soit pas le cas pour ses enfants.

Ginny, de son côté, réfléchissait aux conséquences de l'arrivée de Gaïa dans leur vie. Elle se demandait, tout d'abord, s'il était bon pour l'adolescente de ne dormir que dans un bureau. Si James devait rester ici après le départ d'Albus et Lily pour Poudlard, elle pourrait installer l'adolescente dans la chambre d'un des plus jeunes. Mais si James pouvait partir, elle installerait Gaïa dans sa chambre, pour qu'elle ait plus d'espace – son aîné ayant vidé l'ensemble de ses placards, ou presque.

Et, alors que le sommeil les gagnait peu à peu, un rire nerveux secoua les épaules de Ginny. D'abord léger, son rire devint rapidement incontrôlable, à tel point qu'Harry se redressa, se demandant si sa femme ne faisait pas tout simplement une crise d'hystérie.

- Il faut toujours que ça tombe sur nous, ça. Une fille qui débarque à l'improviste, les vêtements lacérés, des blessures comme on n'en avait plus vues depuis des années… Tu crois qu'on les attire ?

Peu à peu, le ridicule de la situation frappa Harry. Lui aussi se mit à rire.

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Une mèche de cheveux plus claire que les autres se soulevait au même rythme que la poitrine de Gaïa. Lorsqu'elle se retourna, cette mèche vint chatouiller ses narines, la faisant plisser le nez. Elle renifla une fois, deux fois, puis se réveilla en sursaut, éternuant par la même occasion.

Les yeux engourdis de sommeil, elle regarda autour d'elle. Elle s'était endormie sur les coups de quatre heures du matin, cinq livres ouverts autour d'elle, tous parlant d'Harry Potter et du contexte dans lequel il avait accompli ce qui l'avait rendu célèbre – à savoir, dérouter Lord Voldemort.

Elle se frotta les yeux, s'asseyant difficilement sur le lit. Des courbatures lui rappelèrent douloureusement que la veille, elle avait dû s'enfuir de chez elle, et qu'une course poursuite dans une forêt, quelle qu'elle soit, laissait des marques peu agréables.

Bâillant à s'en décrocher la mâchoire, elle jeta un coup d'œil au réveil qui trônait en haut d'une étagère. Il indiquait plus d'onze heures du matin. Elle soupira et, grimaçant sous l'effort, se leva du lit de fortune. Certes, le matelas était confortable, mais elle était persuadée qu'un meuble transformé ne perdait pas entièrement de sa nature première. Sinon, pourquoi aurait-elle eu l'impression d'avoir dormi sur une table ?

Elle referma tour à tour les différents livres, et les rangea sur leur étagère, de peur qu'on lui fasse un quelconque reproche pour avoir osé y jeter un coup d'œil. Elle savait qu'elle allait avoir du mal à s'intégrer à cette famille – autant éviter de leur donner des raisons de lui en vouloir.

Refusant, par pudeur, d'apparaître devant les Potter dans une chemise de nuit qui n'était même pas la sienne, elle renfila, avec une grimace de dégoût, les vêtements qu'elle portait la veille, se jurant de demander à Ginny, ou à une autre personne de la maison, de lui en trouver d'autres aussi rapidement que possible. Elle voulait brûler ceux-là, les faire disparaître de sa vie. Tout, plutôt que d'avoir encore à se souvenir de cette effroyable journée qui avait bouleversé son existence.

Elle ouvrit délicatement la porte, et fut surprise du silence qui l'accueillit. Elle sortit du bureau, referma la porte, et se posta en haut des escaliers, se demandant si elle pouvait faire un trajet direct la menant à la cuisine, ou si elle devait tout de même faire part à ses hôtes qu'elle était réveillée.

Gaïa se demandait toujours ce qui convenait de faire lorsqu'apparut dans son champ de vision le drôle de chat de la veille au soir. L'animal s'approcha d'elle, et se frotta prestement contre sa jambe droite, émettant un bruit qui s'apparentait à un miaulement, sans en être réellement un.

- Salut, toi, murmura l'adolescente. Dis-moi, tu sais ce qu'il convient de faire dans une telle situation ?

L'animal, sans lui répondre, s'assit sur la première marche et lui lança un regard profond. Troublée par les yeux jaunes qui la sondaient, Gaïa se sentit rougir, stupidement, comme une jeune fille le ferait devant un garçon qui lui plaît.

- Pourquoi est-ce que je parle à un chat, moi ? marmonna l'adolescente en contournant précautionneusement l'animal pour descendre les marches.

Elle eut la désagréable surprise de voir, du coin de l'œil, l'animal se mettre sur ses quatre pattes, pour ensuite trottiner derrière elle. Arrivé en bas des marches, l'animal qui ressemblait à un chat sans en être un lui passa devant, puis prit la direction de la cuisine.

Gaïa hésita un instant puis, décidant que la politesse devait être son mot d'ordre pour l'instant, se tourna vers le salon.

L'animal lui sauta devant les pieds, et se mit à feuler.

- OK…, murmura Gaïa. Déjà que tu es bizarre, si en plus tu m'agresses de bon matin, je doute qu'on devienne de très bons amis, tous les deux.

L'animal lui répondit simplement en montrant ses canines.

- Voilà pourquoi je déteste les animaux, siffla Gaïa en faisant demi-tour, pour prendre le chemin de la cuisine.

Avec, toujours, l'étrange bestiole sur ses talons. Étrange bestiole qui, à présent, ronronnait, sans aucune raison valable.

D'un geste rageur, Gaïa poussa la porte de la cuisine, et observa un instant le spectacle qui s'offrait à elle.

Des couteaux dansaient autour d'un certain nombre de légumes, les découpant en diverses formes. Une grosse marmite, au-dessus d'un feu doux, laissait échapper des volutes de fumée et une odeur des plus appétissantes. Au fond de l'évier, une casserole se nettoyait toute seule, tandis que dans un coin de la table, un petit plateau semblait l'attendre. Enfin, c'est du moins la conclusion qu'elle en tira en voyant le chat s'asseoir sur la chaise, puis la regarder, avec, à nouveau, ces yeux jaunes globuleux.

Lentement, vérifiant que personne ne l'observait et n'attendait qu'elle commette un faux pas, Gaïa se dirigea vers le plateau où l'attendaient de quoi offrir un petit déjeuner copieux à cinq personnes minimum. Un petit mot était posé en équilibre sur le verre. « Nous sommes sortis, mais ne nous attends pas pour prendre ton petit-déjeuner. »

Elle prit place sur la chaise, et regarda autour d'elle, surprise de constater que la maison n'avait finalement pas besoin de quelqu'un pour tourner toute seule. Haussant les épaules, et étant rappelée à l'ordre par son estomac qui ne cessait de gargouiller et de faire des saltos, elle se saisit du paquet de céréales, et commença à en verser une dose dans son bol.

Pour être aussitôt interrompue par le drôle de miaulement du drôle d'animal.

Gaïa lui lança un regard noir.

- Tu as un problème, peut-être ?

L'animal ne lui répondit rien, Gaïa étant assez effrayée d'elle-même d'espérer qu'il lui réponde. Pour autant, elle ne cessa pas de l'observer. La bête la fixait, une fois encore, de ses grands yeux jaunes, et l'adolescente se sentit rapidement mal à l'aise. Elle finit de se verser ses céréales, puis observa le chat. Ou l'animal qui ressemblait à un chat.

- Tu es sûr d'avoir le droit d'être sur cette table, toi ? s'enquit l'adolescente.

Seule la queue de la bestiole bougea.

- Intéressant, grommela Gaïa en tartinant un morceau de pain de confiture.

- Miaouuu.

- Je sens que je vais te détester, toi, grommela l'adolescente, se sentant de plus en plus nerveuse.

L'animal se contenta de la fixer, tandis que Gaïa soupirait.

- T'es vraiment bizarre.

Elle entendit un pouffement derrière elle. Gaïa se retourna vivement, pour apercevoir Lily Potter, un balai sur l'épaule, les joues rougies par le froid et le vent qui soufflait dehors.

- Tu parles à un Fléreur à l'intelligence plus que douteuse, selon mon frère, expliqua la jeune Potter. Tu trouves vraiment que c'est lui qui est bizarre ? Elle, d'ailleurs. Eh, Nana, bouge de là ! s'impatienta Lily.

Depuis qu'elle était entrée dans la pièce, elle agitait les bras pour tenter d'effrayer le Fléreur, qui la regardait simplement de ses grands yeux. La petite rouquine soupira.

- Pff, je vais finir par croire que ce que dit Albus est vrai, bougonna-t-elle.

D'un geste preste, elle se saisit du Fléreur et le lança au sol, sans que celle-ci n'émette la moindre protestation, alors que Gaïa était jusqu'alors persuadée que l'animal ne supportait pas une minuscule contrariété.

- Je vois que ma mère t'a préparé de quoi nourrir un régiment. Cela ne te dérange pas si je t'en emprunte un peu ? Mon frère m'a exténué. Je dois déjà le supporter toute l'année scolaire sur les terrains de Quidditch, et voilà que maintenant, il veut que je m'entraîne en dehors des cours aussi. Complètement fou, termina la rouquine en se servant sans demander son reste.

De toute façon, Lily avait très bien cerné sa mère. Ce n'était pas tant que Ginny Weasley devenait comme sa propre mère avec l'âge. C'était surtout qu'elle n'avait jamais su doser. Entre un mari qui mangeait peu et trois enfants qui engloutissaient tout ce qui était à leur portée, le juste milieu n'était pas toujours simple à trouver.

La Fléreur avait trouvé refuge sur les genoux de Gaïa, qui la caressait sous la gorge.

- Nana ? demanda-t-elle à Lily.

- Ouais. Son nom complet, c'est Grenat de Céphée, mais c'est long et pompeux. J'ai raccourci en Nana, même si Albus m'en veut énormément d'avoir coupé le nom d'une étoile, et occulté sa constellation. Mon frère a la tête dans les étoiles. Au sens littéral du terme, affirma Lily en roulant les yeux. Complètement fou, je te dis.

Gaïa haussa un sourcil, amusée. Son instinct lui soufflait que Lily employait plus souvent que la moyenne les mots comme « cool », ou « fou ».

- Est-ce qu'il y a des personnes qui ne sont pas folles, dans ton entourage ? la taquina-t-elle.

Ce qui ne passa pas inaperçu aux yeux de Lily, qui lui lança un regard froid ne voulant rien dire d'autre que « Je ne sais pas encore si on est amies, alors ne plaisante pas trop avec moi ».

- James, seulement. Mais il est ennuyant, depuis qu'il n'est plus fou, termina Lily en reniflant dédaigneusement.

Gaïa aurait voulu lui demander des précisions sur ce qu'elle sous-entendait, sauf que la porte de la cuisine s'ouvrit à nouveau, sur Albus cette fois-ci. Le garçon était trempé de la tête aux pieds, et dégoulinait de boue. Il lança aussitôt un regard noir à sa sœur, qui lui lança en retour un regard amusé.

- Tu as eu du mal à retrouver le Souaffle, peut-être ?

- La prochaine fois que tu en as marre de jouer, tu peux le dire, plutôt que d'envoyer la balle dans un lieu inaccessible.

- Pas si inaccessible que cela, remarqua Lily en désignant le Souaffle. Eh ! s'exclama-t-elle alors que son frère faisait un pas en avant. Tu vas te faire disputer par maman ! lui fit-elle remarquer alors que d'énormes flaques de boue se formaient sous les pieds de son frère.

Albus haussa les épaules.

- M'en fiche. J'aurai la satisfaction de m'être vengé.

Sans demander son reste, Lily déguerpit, aussitôt suivie par son frère et Nana, qui semblait vouloir la défendre – ou s'éloigner des flaques de boue, Gaïa n'était pas sûre. Elle ne maîtrisait pas encore très bien le langage des Fléreurs, à vrai dire.

Dédaignant son petit-déjeuner, Gaïa décida d'aller observer d'un peu plus près les étranges phénomènes qui se passaient dans la cuisine. Alors qu'elle avait tout juste huit ans, son père lui avait proposé un accord. Elle serait celle qui se chargerait de remettre les maisons dans lesquelles ils arriveraient en état, et lui s'occuperait de la nourriture. Ayant développé, à l'époque, une haine viscérale pour la majorité des ingrédients – légumes, œuf, céréales – elle s'était empressée d'accepter l'accord, qui avait commencé à l'âge de ses onze ans. Depuis, elle s'occupait de rendre les maisons habitables, tandis que son père se préoccupait de les nourrir. Elle avait ainsi appris à se tenir aussi éloignée que possible des cuisines. Mais, curieuse pour la première fois de sa vie, elle se pencha au-dessus de la marmite, et observa le ragoût qui cuisait seul, une cuillère en bois tournant et se chargeant d'empêcher la sauce de brûler au fond du récipient.

Elle sursauta lorsque la porte claqua dans son dos. Elle se retourna alors brusquement, pour voir Ginny, à l'autre bout de la pièce, lui sourire doucement. La femme portait un grand sac, rempli de vêtements. Elle le tendit vers Gaïa.

- Il y a un certain nombre d'affaires là-dedans, des vêtements plus adaptés au climat que ceux avec lesquels tu es arrivée. Et tu devrais faire attention à la marmite. Elle est parfois un peu capricieuse, et tu n'es pas à l'abri d'une éclaboussure brûlante…

Reculant vivement, Gaïa décida qu'elle ferait bien de ne plus jamais mettre les pieds dans une cuisine – c'était plus sûr. Ginny esquissa un petit sourire en la voyant faire.

- Tu as bien dormi ? Et bien mangé ? Est-ce que Lily t'a laissé de quoi te nourrir ?

Gaïa sourit légèrement à la dernière question, tandis que Ginny secouait la tête, désespérée.

- Ma mère me disait toujours que les garçons sont ceux qui mangent le plus, mais de toute évidence, c'est faux… Le jour où Lily sera rassasiée n'est toujours pas arrivé !

Elle rit légèrement, et s'arrêta en remarquant que Gaïa, elle, n'avait pas l'intention de rire.

- Bon. Voilà donc les vêtements. Si tu veux te laver un peu, la porte à gauche du palier du premier étage te mènera à la salle de bains commune. Et puis…

- Où est Harry ? demanda rapidement Gaïa.

Elle avait vu deux des enfants, elle avait vu Ginny, mais elle n'avait toujours pas vu celui qui, selon son père, devait pouvoir l'aider. Tendue comme un arc, elle espérait une réponse satisfaisante.

- Il a dû aller régler une affaire au travail, mais il sera là à midi, ainsi que James.

- Oh.

Gaïa regarda autour d'elle, passant d'un pied sur l'autre, ne sachant trop comment prendre congé de Ginny, qui semblait prête à prendre le rôle de mère de substitution. Finalement, décidant qu'aucune manière n'était la meilleure dans une telle situation, Gaïa laissa son instinct la guider. Elle prit le sac de vêtements des mains de Ginny, et amorça un pas vers la sortie.

- Permets-moi juste de te poser une question, Gaïa, l'arrêta Ginny.

Intriguée, l'adolescente se retourna et attendit.

- Pourquoi est-ce que tu fais tout ça ? Pourquoi est-ce que tu cherches à te battre ? Tu pourrais céder, et aller avec cet homme. Pourtant, tu es là, tu te blesses, tu te caches. Pourquoi ne pas laisser tomber ? Est-ce que c'est pour ton père ?

La question était innocente, simple, et, pourtant, Gaïa devina aisément qu'il lui fallait répondre correctement, que beaucoup de réponses étaient possibles mais qu'une seule serait satisfaisante pour Ginny.

Cette réponse, elle la connaissait, évidemment. Elle connaissait les craintes de Ginny, pour avoir eu les mêmes.

- Je ne me cache pas uniquement parce que mon père m'a toujours dit de le faire, commença Gaïa d'une voix mesurée. Je ne le nie pas, c'est effectivement cette raison qui m'a fait me cacher, jusqu'à mes sept ans. Ensuite, j'ai eu une vague idée de ce qu'étaient le bien et le mal. J'ai compris qu'il y avait des événements qui dépassaient l'entendement, qui faisaient partie de l'ordre des choses, et qu'on ne pouvait pas contrôler. J'ai compris qu'un aussi fort pouvoir, concentré en une seule personne, ne pouvait pas être une bonne chose, et que ce n'était pas normal. Qu'il fallait faire en sorte de l'empêcher de mettre la main sur les Reliques. Et c'est à ce moment-là que j'ai décidé de le fuir, non pas pour faire comme mon père, mais pour faire ce qui me semblait juste. Peut-être que j'ai tort, et peut-être que mon père et moi aurions dû venir trouver plus tôt votre mari. Mais ça ne s'est pas produit comme ça.

Gaïa avait terminé lentement sa petite tirade, mais n'avait pas su garder un ton calme et mesuré tout du long. Elle souffla un grand coup, pour faire retomber l'excitation et la rougeur de ses joues, puis regarda Ginny.

- Vous avez d'autres questions ?

La femme lui sourit.

- Non. Simplement une exigence.

Gaïa haussa un sourcil.

- Ne me vouvoie pas. Tu risques de rester ici un moment. Si l'on doit vivre ensemble, autant qu'une relation amicale s'installe.

L'adolescente voulut protester, et ne put se résoudre à le faire en voyant le regard que lui lançait Ginny. Elle se contenta donc de hocher la tête, avant de reprendre la parole.

- Je ne voudrais pas vous… t'inquiéter, mais il y aura certainement de la fumée qui s'échappera d'ici peu du bureau. Je dois vraiment brûler ces vêtements.

∆ | o

- Génial, un ragoût ! s'exclama James en soulevant le couvercle de la marmite. Hum, avec la sauce que j'adore… maman, je crois que j'aime beaucoup lorsque papa m'oblige à rester ici, finalement !

Le jeune homme reposa précipitamment le couvercle de la marmite lorsqu'il vit se diriger vers sa main une louche menaçante, et éclata d'un rire franc et joyeux.

- Les règles n'ont pas changé, à ce que je vois !

- Non, grommela Ginny. Personne ne touche à la nourriture avant l'heure.

Il haussa les épaules, et balança dans un coin de la pièce le sac rempli d'affaires qu'il avait récupérées chez lui. Son père, à l'heure du petit-déjeuner, l'avait sommé de venir s'installer quelque temps à la maison, au moins jusqu'à ce que cette histoire soit tirée au clair. Il avait un peu protesté pour la forme, et puis, une assiette remplie de victuailles s'était posée par magie devant lui, avec, en prime, l'argument qui avait fait pencher la balance en la faveur de l'exigence de son père : « Chloé peut venir quand elle veut. » Alors, forcément…

- Le sac peut monter immédiatement dans ta chambre, lui dit sa mère, lui rappelant la seconde règle de la maison – ranger aussi rapidement que possible chaque affaire.

James lui lança un sourire étincelant, et se laissa tomber sur une chaise, sans prendre la peine d'ajouter quoi que ce soit à ce que venait de dire sa mère.

- Pourquoi est-ce que Gaïa fait brûler quelque chose dehors ? s'enquit-il en prenant un bout de pain et en mordant dedans.

Sur la liste des personnes mangeant le plus dans la famille Potter, James était le second après Lily, la différence notable étant que Lily impressionnait bien plus, étant donné sa petite corpulence et les quantités astronomiques de nourriture qu'elle engloutissait à chaque instant de la journée.

- Pourquoi ? Tu préférerais qu'elle les fasse brûler à l'intérieur ? plaisanta à moitié Ginny. Ne me regarde pas avec ces yeux-là, elle était prête à les mettre dans la cheminée du bureau de ton père. Et ce sont ses anciens vêtements. Je suppose que trop de mauvais souvenirs y sont à présent rattachés pour qu'elle souhaite les garder un seul instant de plus.

Le garçon hocha la tête, compréhensif, avant de rechercher autour de lui si autre chose que du pain était disponible pour patienter jusqu'au repas. Sa mère lui lança un regard désapprobateur, avant de soupirer et de sortir de la pièce.

- Au fait, tu seras entre Albus et Lily lors du repas. Ton père tient toujours autant à la maison, et il ne veut pas qu'elle soit détruite !

James sourit, amusé. Avant qu'il ne quitte la maison, les disputes et bagarres étaient presque toujours entre lui et Albus. Mais, depuis qu'il avait pris son indépendance, il entendait sa mère se plaindre de plus en plus régulièrement d'Albus et de Lily. Il secoua la tête, amusé, avant de se lever et de se diriger vers la fenêtre, son regard se portant instinctivement sur Gaïa, qui lui tournait le dos.

Il avait eu tout le temps de réfléchir à l'adolescente et sa vie. Il s'était dit que cette vie devait être intenable, ingérable, insupportable, qu'elle devait regretter de ne pas pouvoir avoir de maison fixe, d'amis fixes. Longtemps, presque toute la nuit et la matinée, il s'était dit qu'elle n'avait définitivement pas de chance d'être dans une telle situation.

Et puis, aux alentours d'onze heures, il s'était dit que cette vie devait être trépidante. Et il s'était mis à l'envier. Parce que lui, passé un temps, il n'aurait jamais refusé une telle vie, et qu'il voulait, tout à coup, prendre la place de Gaïa. Alors, savoir qu'il était, au même titre qu'elle, un héritier des Reliques, avait eu le mérite de le mettre de bonne humeur pour sa journée de travail.

Il avait toujours les yeux rivés sur le dos de Gaïa lorsque celle-ci se retourna. Pris sur le fait, et se sentant légèrement honteux, James rougit et se sentit extrêmement mal à l'aise. Il ne sut pas si Gaïa l'avait remarqué. Elle regarda en direction de la maison quelques instants, avant de reporter son attention sur le brasier dans lequel disparaissaient les derniers lambeaux de vêtements. Sans demander son reste, James s'éloigna de la fenêtre, prit son sac et monta en direction de sa chambre.

C'est que Gaïa, avec le passé accroché à elle, avait le don d'être impressionnante.

∆ | o

C'était certainement la première fois que le repas chez les Potter était aussi calme alors qu'autant de personnes étaient réunies autour d'une même table. À peine les regards se croisaient, tout juste les politesses étaient échangées. Albus et Lily avaient bien tenté de se chamailler, mais aussitôt avaient-ils vu que leur mère ne supporterait pas la moindre contrariété qu'ils avaient cessé.

Gaïa soupira, son appétit ayant disparu. Elle était mal à l'aise au milieu de cette famille. Elle avait pourtant l'habitude des repas silencieux. Elle avait l'habitude de vivre sa vie de son côté, et tout juste échangeait-elle quelques banalités avec son père lors des repas. Seulement, lui avait toujours des recherches à faire – des années qu'il tentait de mettre la main sur l'héritier de la Relique Pierre, des années qu'il échouait, des années qu'il persévérait – et les repas étaient souvent écourtés. Seulement, elle se doutait bien que ce n'était pas le cas pour les Potter, et qu'eux étaient toujours en train de discuter, que le bruit était constant autour de la table. Elle voulait faire des efforts, tenter de lancer la conversation, mais elle ne savait pas faire. Bien sûr qu'elle avait connu d'autres personnes que son père, mais elle avait toujours donné le moins d'informations possibles concernant sa situation. Et les Potter, au contraire, connaissaient déjà tout ce qu'il fallait connaître sur elle.

- Lily, est-ce que tu veux bien cesser d'observer ce tatouage ? soupira finalement Ginny.

La plus jeune des enfants Potter leva les yeux au ciel, amusée. De l'autre côté de James, Albus grogna, devinant par avance que sa sœur allait dire dans très peu de temps une phrase qui n'allait pas être spécialement appréciée de ses parents.

- Eh bien, vous qui ne vouliez pas que je me fasse de tatouages… C'est raté ! plaisanta la plus jeune de la tablée.

Un fin sourire étira les lèvres de ses deux parents, pourtant plus que réfractaires à l'idée que leur fille se fasse marquer la peau de façon pérenne. Lily fronça les sourcils, surprise de cette réaction.

- Ce tatouage ne sera vu que par les personnes qui en ont la connaissance, lui rappela sa mère.

- Et nous savons tous les deux que tu n'iras pas en parler au premier venu, compléta Harry. Nous nous doutons même que tu as assez bien compris les enjeux pour ne jamais en parler…, ajouta-t-il sévèrement.

Lily rougit légèrement, puis choisit de hocher la tête, sans rien ajouter. La discussion était apparemment close.

- C'est facile, pourtant, de faire un tatouage que personne ne voit, marmonna Gaïa dans son coin.

Malheureusement pour elle, le silence étant d'or autour de la table, sa phrase ne passa pas inaperçue. Lily fit craquer ses cervicales en se tournant brutalement vers elle.

- Tu as un tatouage ?!

Gaïa sentit aussitôt qu'elle s'aventurait sur un terrain glissant, et hésita un instant avant de répondre.

- Non, je dis simplement que c'est facile d'en faire un…

- Ce qui veut dire que tu pourrais m'en faire un ?! demanda Lily, toute excitée.

- Non, trancha son père. Non, ça, hors de question. Il n'est pas question que tu te fasses marquer quoi que ce soit sur la peau à quatorze ans, et même après. Et même si Gaïa connaît une quelconque technique, il t'est formellement interdit de lui demander de te marquer la peau, c'est bien clair ?

Lily grommela pour la forme, avant d'hocher vaguement la tête, en lançant un regard rempli d'espoir à Gaïa, qui ne fit aucun geste pour lui assurer qu'elle serait d'un soutien sans faille pour cette affaire.

- Au moins, si Lily ratait son tatouage, elle donnerait du travail à Smith, ricana James.

- James, on en a déjà discuté, on ne se moque pas de Smith ! lui reprocha sa mère.

Harry, de son côté, tentait de garder un air sérieux.

- Soyons honnêtes, Ginny. Son département ne sert définitivement pas à grand-chose…

Sa femme lui lança un regard noir, tandis que l'aîné des enfants Potter affichait un air triomphant.

- Qu'est-ce qu'il fait, ce Smith ? voulut savoir Gaïa, sentant que la conversation démarrait enfin.

- Il travaille au Département des accidents et catastrophes magiques du Ministère de la Magie, commença Lily en reniflant dédaigneusement.

Gaïa n'avait rien compris des deux termes qui venaient d'être employés, mais elle décida de passer outre son ignorance pour laisser à Lily le loisir de poursuivre son explication.

- Il y a quelques années, lorsque les tatouages sont devenus tendances chez les sorciers…

- Ne dis pas « tendance », soupira vainement Ginny.

- Il a fallu monter un service spécial, à Ste Mangouste, pour soigner les personnes dont les tatouages étaient ratés, ou qui faisaient une mauvaise réaction à eux.

Gaïa haussa un sourcil, une fois encore, ne comprenant pas ce que pouvait bien être Ste Mangouste. Toutefois, Lily ne semblait pas vouloir lui donner une explication à ce sujet, aussi dut-elle suivre la conversation sans comprendre tous les termes employés, en tentant tant bien que mal de lier les informations les unes aux autres.

- Comme à chaque fois qu'un nouveau service est créé à Ste Mangouste, il faut bien que l'administration sorcière gère les papiers que cela génère. Du coup, il y a un petit département qui est consacré à cela au Ministère. Et c'est Smith qui en a la charge.

- Smith, dont je connais le fils, qui n'est vraiment pas une flèche. De toute évidence, il a hérité de son père, plaisanta Albus.

Ginny plissa les lèvres, peu ravie d'entendre ses enfants parler ainsi de Zacharias Smith, tout en ayant elle-même envie de dire la même chose.

- À sa décharge, tenta Harry, il tente de développer son département, malgré les difficultés qu'il rencontre. Et il faut que vous sachiez, les enfants, que votre grand-père aussi a géré un département qui n'était pas reconnu. Aujourd'hui, qui oserait encore critiquer ouvertement le Service des détournements de l'artisanat Moldu ?

Encore un terme dont elle n'était pas sûre de la signification. Son père lui en avait déjà touché un mot, elle en était persuadée, mais cela datait d'au moins cinq ans, et elle n'avait de toute évidence pas jugé utile de se rappeler de l'information. Elle préféra garder ses questions pour elle lorsqu'elle réalisa que tous, autour de la table, savaient à quoi il était fait allusion, et préféra se tourner vers Harry.

- Vous travaillez dans quel secteur, vous ?

- Tutoie-moi, je t'en prie, l'encouragea Harry. Je suis au Département de la Justice Magique, Chef des Aurors. Comme le disent si bien ma femme et mes enfants, j'arrête les méchants !

- Ça fait au moins huit ans qu'on n'a plus dit ça, papa, râla Lily.

Son père lui sourit doucement.

- Je sais, mais j'aime à croire que je suis toujours votre super héros.

Ses enfants soupirèrent de concert.

- Et vo… toi ? demanda-t-elle à Ginny.

- Journaliste pour la rubrique des sports de la Gazette des Sorciers. Il faut bien que quelqu'un dise à tous ces sorciers ce qui se passe sur les balais lors des matchs !

Cette fois, Gaïa comprit totalement de quoi on lui parlait, et hocha la tête, se rappelant de ce que lui disait son père lorsqu'il parlait des matchs de Quidditch. Elle se tourna alors vers James, feignant ne pas entendre le rire sarcastique de Lily et le grognement d'Albus. James, lui, fit mine de ne pas remarquer qu'on attendait qu'il prenne la parole, jusqu'à ce qu'il ne puisse décemment plus nier son ignorance. Il poussa alors un long soupir, et repoussa son assiette loin devant lui.

- Je m'occupe de faire le recensement des anciennes lois votées par le Ministère, et de faire remonter à mes supérieurs si certaines sont contradictoires avec celles qui sont appliquées à l'heure actuelle. De la paperasse, pour vérifier que le Ministère lui-même n'est pas dans l'illégalité.

Sans pouvoir s'en empêcher, et sans même songer qu'elle pouvait vexer James en réagissant ainsi, Gaïa grimaça, avant de s'exclamer :

- Wah. Ça, ça doit être vraiment nul comme boulot.

Avant de plaquer brutalement ses mains contre sa bouche pour tenter de retenir un autre flot de paroles vexantes. Elle rougit furieusement, et adressa un regard d'excuses à James, lequel ne la regardait déjà plus depuis un moment. Il haussa simplement les épaules, avant d'adresser un sourire à Lily.

- Ouais, je sais que tu penses comme Gaïa.

Lily grimaça puis, ayant déjà discuté des heures et des heures de ce sujet avec son frère, choisit d'embrayer sur un autre sujet de conversation, que lui avait offert Gaïa la veille en s'imposant dans leurs vies.

- Dis, papa, tu vas faire quoi pour Gaïa et son histoire ?

Aussitôt, le silence retomba. Seulement, ce n'était plus le silence gêné du début du repas, où l'on tentait tant bien que mal de trouver ses marques avec une nouvelle personne à table. C'était un silence d'expectative. Tous les regards étaient tournés vers Harry, lequel avait repoussé à son tour son assiette et, les mains croisées sous le menton, semblait réfléchir à la meilleure manière d'aborder le problème.

- Il va tout d'abord falloir que nous élaborions un plan de recherches avec Hermione et Ron, afin de retrouver ton père, Gaïa.

- Je veux en être, exigea immédiatement Gaïa.

Harry sembla hésiter un moment puis, décidant que le moment n'était pas le plus propice pour l'abord des réticences qu'il avait à laisser l'adolescente prendre entièrement part à cette lutte, il continua ses explications.

- Si j'ai bien compris tes explications, je suis normalement en mesure de retrouver ton père grâce à mon tatouage. Toi, en revanche, tu ne le peux pas, puisque vous possédez la même Relique.

Gaïa hocha la tête, ravie de constater que ce qu'elle avait dit avait été retenu.

- Cependant, il semblerait qu'apprendre à localiser un autre héritier des Reliques fait partie d'un long processus.

Elle grimaça, et hocha à nouveau la tête, plus lentement cette fois.

- Cette façon de faire ne nous sera donc pas des plus utiles pour retrouver ton père. Se fier uniquement à cette méthode nous ferait perdre trop de temps, expliqua Harry, et tous comprirent à son ton que le sujet l'avait poursuivi toute la nuit et la matinée. En revanche, si mes souvenirs sont exacts, il est plus ou moins possible de retrouver une personne lorsqu'on peut déterminer avec certitude qui est cette personne.

Autour de la table de la salle à manger, tous froncèrent les sourcils, incitant même Harry à continuer d'un signe de tête. Il soupira, ôta ses lunettes et les nettoya avant de les reposer sur son nez et de reprendre ses explications.

- Le mieux serait d'avoir quelque chose appartenant à ton père, Gaïa, pour le retrouver. Seulement, je refuse d'aller dans votre ancienne maison, j'ai bien peur que cela soit trop dangereux.

L'adolescente hocha la tête.

- Et je n'ai rien sur moi lui appartenant, avoua-t-elle, mortifiée.

- Je m'en doute, répondit Harry. Par contre, il existe une forme de magie qui, lorsqu'on connaît exactement l'arbre généalogique d'une personne, ou, du moins, lorsqu'on peut retracer presque tous ses ancêtres, permet de localiser la personne en question. Dans le cas présent, on sait que ton père et toi êtes les descendants d'un des Peverell. Antioche, plus exactement. Il faut simplement que nous réussissions à déterminer qui, entre Antioche et ton père, a permis à ce dernier d'exister, pour avoir assez de « matière » en notre possession pour retrouver ton père.

Harry avait mimé les guillemets.

- Cette magie est, comme tu t'en doutes, extrêmement lourde et compliquée à mettre en place. Qui plus est, elle demande d'effectuer des recherches énormes. Mais, à l'heure actuelle des choses, c'est la meilleure solution que nous ayons. Peut-être que si cela prend trop de temps, nous essaierons tout de même d'aller à votre ancienne maison.

Gaïa hocha la tête, peu rassurée. Elle aurait voulu pouvoir aller immédiatement à la recherche de son père, seulement, elle se doutait bien qu'Harry ne la laisserait pas partir comme cela. Et, surtout, elle lui laissait le bénéfice du doute. Elle voulait d'abord entendre ce qu'il avait à lui proposer avant d'abandonner tout espoir en ses tentatives. Elle n'aimait pas l'inaction, mais, pour une fois, préféra se cacher derrière celle-ci. Parce que, même si elle ne l'avouerait pas de si tôt, fuir la maison en catastrophe avait eu le pouvoir de l'effrayer, et elle ne se sentait pas de retourner là-bas dès maintenant. Alors, dans un sens, la décision d'Harry lui convenait.

- Il va aussi falloir que nous tentions de découvrir qui est l'héritier de la Pierre, reprit Harry et, pour cela, il va falloir que nous trouvions qui a bien pu être l'élève de Nicolas Flamel, ce qui ne va pas être simple, une fois encore. Et, à côté de cela, il va aussi falloir que l'on trouve une bonne explication à ta présence soudaine dans notre maison, murmura Harry. Il va aussi falloir que l'on ne te laisse pas souvent seule. Sait-on jamais, si l'homme qui te recherche réussit à nouveau à te localiser grâce à son tatouage…

Gaïa hocha la tête une fois encore, la gorge nouée. Depuis le début de cette conversation, elle ne cessait de se rappeler de l'homme qui l'avait poursuivie dans la forêt, de la chance qu'elle avait eue de pouvoir transplaner au moment propice, de la peur qui lui avait permis de courir au-delà de ce dont elle se croyait capable, du froid qu'elle avait ressenti au plus profond d'elle-même lorsqu'elle avait réalisé qu'elle était définitivement seule en posant les pieds sur le sol anglais. Et, après cet homme qui l'avait poursuivie venait le visage flou et imprécis de l'homme qui, lui, orchestrait chacune de ces chasses à l'homme, depuis plusieurs siècles déjà. Un frisson l'envahit, mais aucun des Potter ne releva – soit parce qu'ils ne l'avaient pas vu, soit par politesse.

- Hermione va se charger de ton arbre généalogique, reprit lentement Harry. C'est elle qui a toujours le mieux réussi ce type de recherches. Ron et moi allons tenter de monter un plan qui tienne la route…

- Bien que le passé ait plus d'une fois prouvé que cela n'était pas très utile, murmura Albus en lançant un clin d'œil complice à Gaïa.

Laquelle ne releva même pas, concentrée sur Harry. Ce dernier lança simplement un regard neutre à son fils, qui toussota avant de se replonger dans son assiette.

- Et dans le courant de la semaine, tu iras avec Ginny ou moi faire quelques courses sur le Chemin de Traverse. Tout d'abord pour que tu te familiarises avec la ville. Ensuite, pour que notre histoire te… concernant puisse paraître plausible. Si on te cache, les rumeurs risquent d'aller bon train…

Gaïa prit le temps de réfléchir un petit instant avant de répondre, se demandant si elle pouvait décemment paraître en savoir plus, voire autant, qu'Harry au sujet des rumeurs.

- Est-ce qu'il faut toujours craindre Rita Skeeter ? demanda-t-elle en se souvenant que ce nom était apparu plus d'une fois au bas d'un article mentionnant Harry.

Ce dernier la sonda du regard, comprenant sans peine que la nuit avait dû être courte pour l'adolescente si elle avait eu le temps de découvrir qui était Rita Skeeter, et même de faire des recherches sur cette journaliste.

- Rita Skeeter fait partie des personnes dont on doit éviter d'éveiller la curiosité, en effet, reconnut Harry. Mais, nous avons de la chance. Elle a pris quelques jours de vacances pour les fêtes, et nous ne risquons pas de la croiser sur le Chemin de Traverse. Du moins, espérons-le.

Il inspira profondément, puis regarda sa femme, qui hocha la tête en signe d'encouragement.

- C'est aussi les vacances pour nous, et… je ne sais pas comment faisait ton père, mais nous refusons tout simplement de te laisser toute seule. Alors tu vas perdre de ton indépendance, si tu en avais beaucoup, mais nous souhaitons toujours garder un œil sur toi, quelles que soient les circonstances. Il va falloir que tu t'habitues à être tout le temps surveillée, du moins jusqu'à ce que nous devions reprendre le travail intensivement.

Gaïa n'avait jamais été suivie de près. Son père l'avait toujours laissée vivre de son côté, exigeant simplement sa présence au moment des repas – lesquels étaient tout sauf conviviaux. Elle comprit alors qu'elle allait devoir faire un gros effort et prendre sur elle durant les prochains jours, parce que l'air déterminé d'Harry ne laissait pas la place à la discussion. Elle soupira, et hocha vaguement la tête.

- Heureusement que nous sommes en vacances nous aussi ! s'exclama joyeusement Albus. On va pouvoir passer du temps ensemble.

Gaïa ne releva même pas. Elle sentait que les prochains jours allaient être mortels. Au sens premier du terme.

∆ | o

Albus était un garçon plus ou moins impulsif. Disons qu'il avait pour habitude de réfléchir calmement à un problème donné avant de foncer tête baissée sans que personne ne soit en mesure de l'arrêter. De ce fait, il avait appris à ne jamais donner d'indices concernant ce qu'il s'apprêtait à faire, pour qu'aucune personne de son entourage ne tente de l'arrêter – des efforts qui seraient vains, certes, mais qui ralentiraient somme toute Albus. Aussi, ce jour-là, lorsqu'il décida d'aller imposer sa compagnie à Gaïa – parce qu'ils avaient le même âge, et certainement des tas de points communs – il ne songea pas un seul instant à en parler à sa sœur, qui lui aurait certainement fait remarquer qu'on ne pouvait décemment pas s'imposer auprès d'une personne que l'on connaissait depuis seulement deux jours. Mais ça, ce n'était le souci d'Albus, loin de là. Lui, ce qu'il voulait, c'était voir, une fois encore, son charisme et charme opérer sur une nouvelle personne.

On avait toujours dit d'Albus qu'il était la copie conforme de son père. C'était presque vrai, du moins physiquement – il ne lui manquait que la paire de lunettes. Mais du côté caractère, Albus n'était pas comme son père. Harry Potter était connu pour son côté réservé, sa modestie maladive, et son incapacité à reconnaître ses bonnes actions, préférant amplifier les mauvais choix qu'il avait faits au cours de sa vie. Albus, au contraire, aimait être sur le devant de la scène. Il aimait, sans être vantard, qu'on le remarque lorsqu'il entrait dans une pièce, et que les regards se tournent rapidement vers lui. Aussi, naturellement, il estimait que cela devait être la réaction normale de Gaïa – le chercher du regard.

Seulement, Gaïa était frustrante sur ce point-là. Depuis deux jours qu'elle était dans cette maison, elle avait clairement montré son ignorance quant à la famille Potter, et avait excellé dans l'absence de réaction lorsqu'Albus apparaissait dans son champ de vision. Ce n'était pas pour le dédaigner, pas plus que ce n'était pour le rabaisser. C'était simplement parce qu'elle avait l'habitude de vivre sa propre vie, et qu'Albus n'ayant jamais fait partie de sa vie auparavant, elle n'imaginait pas une seule seconde que le garçon puisse attendre d'elle qu'elle lui accorde une grande part de son attention.

C'est pour cela qu'elle fut plus qu'étonnée en voyant Albus pénétrer dans le bureau, et s'installer au pied du lit de Gaïa, sans demander à celle-ci son avis. Elle leva deux grands yeux étonnés de son livre, qu'elle referma délicatement, avant de froncer les sourcils, surprise.

- Oui ?

Albus lui adressa un grand sourire.

- J'ai réalisé que nous avons le même âge.

Amusée, un fin sourire étira les lèvres de Gaïa, qui pencha la tête légèrement sur le côté.

- Je sais, c'est ce que tu m'as dit le soir où je suis arrivée, lui rappela-t-elle tranquillement.

Il hocha la tête, amusé à son tour.

- Et je me suis dit que, de ce fait, nous avions plus d'affinités tous les deux qu'avec les autres membres de cette maison.

Elle tordit ses lèvres en une moue amusée, pas certaine de la véracité de cette information mais préférant attendre la suite des événements pour protester ou non.

- Que, tu vois, je pourrais te faire visiter les alentours, ce genre de choses. Te faire rencontrer mes amis, et tout ça…

Gaïa sourit légèrement.

- C'est-à-dire que je ne suis pas venue là pour me faire des amis en priorité, murmura-t-elle avec une absence totale de gêne.

Albus la regarda étrangement, les yeux s'agrandissant sous la surprise évidente. Il ouvrit plusieurs fois la bouche, sans savoir quoi dire, avant d'enfin se ressaisir.

- Évidemment, tu n'es pas là pour te faire des amis avant tout. Mais tu ne vas quand même pas rester dans ton coin tout le temps de ton séjour ici ?

Il secoua la tête, incrédule, avant de reprendre, sans même laisser à Gaïa le temps de lui répondre.

- Bon, voilà ce qu'on va faire. Il y a le nouvel an dans quelques jours, et c'est moi qui l'organise, dans la seconde maison de mon père. Tu viendras, continua-t-il d'un ton ferme et décidé. Je te présenterai à tous mes amis et, même si tu ne les aimes pas, au moins, tu ne seras pas seule une soirée de plus. Qu'est-ce que tu en dis ?

Gaïa secoua la tête, toujours amusée par ce garçon du même âge qu'elle, mais qui, pourtant, lui paraissait à des années lumières de ce qu'elle-même était. Il présentait un tel contraste avec le reste de sa famille… Certes, personne, dans la famille Potter, n'était semblable. Ceci dit, Gaïa aurait cru qu'une certaine ressemblance aurait pu être notée tout de même. Apparemment, ce n'était pas le cas.

- Écoute, Albus, c'est vraiment sympa de ta part de vouloir m'aider à m'intégrer un peu plus, mais… je ne crois pas que ce soit une bonne idée.

Son ton était plus sec que ce qu'elle aurait souhaité, et le sourire du garçon s'effrita lentement. Bien que peu habituée à ce que les personnes à qui elle parlait soient aussi facilement vexées, elle réalisa qu'elle avait au moins blessé le garçon, et que n'ayant rien à lui reprocher, elle ferait mieux de trouver le moyen de se faire pardonner.

- Le problème, Albus, c'est que je ne suis pas une très bonne menteuse. Je ne dis pas, j'ai déjà eu à mentir, et j'ai même dû le faire le soir de mon arrivée. Mais, tu vois, on a décidé, avec ton père et ses amis, que le meilleur moyen pour me faire passer inaperçue, c'est de continuer à invoquer le lien lointain que j'aurais avec Hermione. Mais ce mensonge est à donner en dernier recours, vu la popularité de ta tante… Une soirée comme celle que tu me proposes…

Et Gaïa se retrouva bien en mal de définir en pensées ce à quoi pouvait bien ressembler la soirée de nouvel an d'adolescents de son âge.

- Risque d'être une soirée où seront présentes bien trop de personnes pour que je me risque à y apparaître. Tu crois vraiment que le mensonge tiendra la route assez longtemps pour que, le lendemain, personne ne se pose de questions quant à cette cousine éloignée d'Hermione Granger ? Je crois que pour ma sécurité, et pour celle de toute ta famille, il vaut mieux que je ne me mêle pas à autant de personnes, dit-elle en insistant sur le mot « famille ».

Elle se douta que l'argument touchant à la famille d'Albus fut celui qui convainquit le garçon d'abandonner la partie. Il hocha la tête, beaucoup plus compréhensif à présent, mais ne souhaitant de toute évidence pas laisser Gaïa encore tranquille.

- Qu'est-ce qui t'arrive, maintenant ? soupira-t-elle.

- Tu lis quoi ? demanda-t-il en réponse.

- Les livres à propos de l'histoire de la magie, répondit-elle. Ennuyeux au possible, sauf les parties concernant les guerres de Gobelins. Pas la moindre idée de qui peuvent être ces bestioles, mais au moins, elles savent se battre !

- Tu devrais lire des livres d'Astronomie, lui proposa Albus.

Gaïa grimaça.

- Non, merci. C'est déjà bien assez pénible de porter un nom comme le mien, pas la peine de me rendre la vie encore plus pénible en me plongeant dans des livres commentant ce qui se passe dans le ciel…, dit dédaigneusement l'adolescente.

Cette fois, cependant, elle ne s'excusa pas auprès d'Albus pour la rudesse de ses paroles, bien qu'elle puisse constater qu'elle avait touché une corde sensible. Elle haussa les épaules, et se replongea dans l'ouvrage.

- Mon père m'a dit que vous alliez demain au Chemin de Traverse, l'interrompit – une fois encore – Albus.

Elle hocha vaguement la tête.

- Il m'a aussi dit que, si je voulais venir, je devais te le demander, parce que tu es celle pour qui vous y allez.

Gaïa fronça les sourcils.

- Est-ce que tu veux venir avec nous ? s'étonna-t-elle.

- Seulement si tu le veux ! répondit précipitamment Albus.

- Euh… en fait, non, je ne le veux pas, avoua-t-elle tranquillement. J'ai des questions à poser à ton père, et il y a certains aspects de son plan dont je doute qu'il accepte de discuter devant toi.

- Oh…

Dépité, Albus hocha la tête.

- Bon, on trouvera bien le moyen de passer du temps ensemble avant que je ne retourne à Poudlard !

Gaïa lui adressa un sourire presque sincère.

- Je n'en doute pas.

Albus ouvrit la bouche, certainement pour lui proposer une quelconque activité qu'ils pourraient partager dès le lendemain, lorsqu'elle serait revenue du Chemin de Traverse, lorsque la voix perçante de Lily s'éleva du rez-de-chaussée.

- AAAAAL ! Y a ton blondinet de copain en bas ! Eh, toi, ne me touche pas ! s'exclama Lily, certainement en réponse à un coup qu'on semblait vouloir lui porter.

- Je vais devoir te laisser ! dit précipitamment Albus, riant à moitié, et se précipitant hors du bureau.

Gaïa regarda la porte se refermer brutalement sur le garçon. Une fois qu'elle fut sûre que tous étaient en bas, et ne risquaient pas d'entrer par surprise dans sa chambre, elle s'allongea lentement sur le dos, le livre fermé sur sa poitrine. Elle ferma les yeux, et tenta de faire le vide dans son esprit, pour réfléchir plus calmement à la situation.

Harry Potter lui avait dit que, si son père ne pouvait pas être retrouvé grâce à la magie qu'emploierait Hermione, ils devraient faire un passage par la maison où ils avaient tous les deux vécu. Seulement, Gaïa savait que son père avait mis un certain nombre de protections sur celle-ci. Elle n'était pas sûre qu'ils puissent y entrer sans problème. Mais, surtout, elle doutait que son père ait laissé quoi que ce soit permettant de le retrouver – et ses ravisseurs encore moins.

Pour la première fois de toute sa vie, elle sentit les larmes affluer à ses yeux pour une raison qui lui avait toujours été interdite par son père – lui, et uniquement lui.

Mais lorsque James entra dans sa chambre, plus tard dans la journée, il ne décela aucune trace de larmes sur les joues de l'adolescente.


Note d'auteur.

Ok, donc, déjà, j'espère que vous avez tous passé une bonne semaine. Même ceux qui étaient en exam, oui, oui, même vous. (Je plains tous ceux qui avaient épreuve de littérature, le sujet était juste une horreur, ils ont pas été sympas). Hem, revenons-en à cette ff. Tout d'abord, bienvenue aux nouveaux, félicitations à ceux du début qui ont su rester après le premier chapitre (au fait, si la taille des chapitres vous effraie, autant que je vous prévienne tout de suite : tous les chapitres sont immenses. C'est donc à vos risques et périls que vous continuez la lecture), merci pour vos reviews et réactions. Je n'ai pas grand-chose à vous dire, en réalité, sur ce chapitre. Ça se pose, ils se cherchent tous un peu (les uns les autres et eux-mêmes, finalement), ils ont tous des problèmes (sincèrement. J'ai l'impression qu'il n'y en a pas un pour rattraper l'autre, au fur et à mesure que j'avance dans cette histoire) et Gaïa m'insupporte autant qu'elle m'intrigue. Oui, oui, je le jure. Bref, en somme, il ne se passe pas grand-chose. Voilà, voilà. Mais juré, tout va avancer. Petit à petit.

Anyway, je suis ENFIN en vacances, et du coup, je ne vais pas m'attarder, mais plutôt en profiter.

Au fait, est-il nécessaire de préciser que DelfineNP a une fois encore corrigé ce chapitre, alors qu'elle était très, très prise ? Oui, oui. C'est nécessaire. Donc un grand merci à elle qui m'évite des coups de tête contre les murs.

Un petit mot aux anonymes de la semaine dernière :

Marie la petite, merci pour ta review, tout d'abord ! J'espère donc te revoir au fur et à mesure de l'avancée de cette fic, et ton courage va m'être très utile vu la taille des chapitres que je réussis à pondre, m'étonnant et me fatigant moi-même !

Plumdore, tous les chapitres de cette ff vont être extrêmement longs, alors autant se préparer dès maintenant ;) ! Bon, si j'arrive à faire passer un point de vue plus ou moins réel pour cette grande famille, je suis bien contente, c'est presque le plus important finalement. Pas facile d'écrire sur eux, tout de même. Rose, réaliste ? Je ne sais pas. Mais elle va se poser, en tout cas. Pas tout de suite. Mais elle va s'améliorer... Gaïa, bon caractère ? Hum... Pour le moment, ça va, effectivement. Bon, j'avoue qu'elle ne va pas toujours avoir un aussi bon caractère. En fait, même pas du tout. J'ai une scène à écrire, son caractère est pourri, il faut dire ce qui est. Enfin, on verra bien ce que tu en penses à ce moment-là, on a encore le temps ;) ! Merci pour ta review.

Sur ce... lisez bien la ligne qui suit.

Votre auteur s'offrant une semaine de vacances presque bien méritées, il n'y aura pas de chapitre la semaine prochaine, mais seulement dans deux semaines. Donc, passez deux semaines fantastiques, et on se retrouve très vite !