Chapitre 3
Où son histoire familiale se dévoile un peu plus.

Harry fit un rapide signe de la main à Gaïa, laquelle se rapprocha de lui en claquant de la langue. Apparemment, elle devait le coller pour qu'il estime qu'elle n'était pas trop loin de lui. S'il entendit son bruit de mécontentement, il n'en fit pas la remarque, et grimpa simplement les marches de l'édifice immense qui se trouvait au bout du Chemin de Traverse. Les lettres formant le mot « Gringotts » s'étalaient sur la façade, dorées et reluisantes dans le faible soleil d'hiver. Gaïa devina sans peine qu'il s'agissait de la banque – Harry Potter lui avait expliqué que ce serait le premier arrêt de la journée, avant qu'ils n'aillent tous les deux faire des courses pour la jeune fille, dont la baguette n'était pas satisfaisante et qui n'avait que peu de vêtements dans l'armoire qui lui avait été attribuée.

S'attendant à une banque morne et sans grand intérêt, elle ne put retenir une exclamation de surprise en voyant les créatures qui gesticulaient dans tous les sens.

- Woh ! C'est quoi, ça ?!

Heureusement pour elle, aucune des créatures ne parut l'entendre, et Harry eut le temps de lui lancer un regard courroucé pour l'inciter à se taire.

- Ce sont des Gobelins, murmura-t-il à l'attention de la jeune fille, qui dut tendre l'oreille pour saisir l'ensemble de la phrase. Et ne t'avise pas de les traiter de « ça » encore une fois, à moins que tu ne tiennes si peu à ta vie.

Elle poussa un premier grognement de dédain, avant de déglutir difficilement en remarquant les doigts des Gobelins – qui ressemblaient étrangement à des griffes. À partir de cet instant, elle prit l'avertissement d'Harry au sérieux, et décida de ne plus faire de commentaires sur l'aspect plus qu'étrange des créatures. Elle allait même essayer de ne pas trop les dévisager. Juste au cas où. Ils s'approchèrent d'un des comptoirs, et Gaïa put constater qu'au contraire de ce qu'elle avait précédemment cru, les Gobelins ne gesticulaient pas. Ils s'affairaient, ce qui était totalement différent. Ce qui l'agaça au plus haut point, en revanche, c'est leur non intérêt pour eux deux. Ils étaient là, ils étaient deux clients, et le Gobelin face à eux ne levait même pas la tête. Plus qu'agaçant et désagréable. Elle se mit à taper du pied pour montrer son impatience, ne prenant pas même la peine de feindre ignorer le regard que lui lançait Harry, lequel s'agaçait plus de l'attitude de Gaïa que de l'attente que leur faisait subir le Gobelin.

- Je viens pour le coffre six cent quatre-vingt-sept, dit enfin Harry lorsque le Gobelin leva la tête pour remarquer sa présence.

Le Gobelin observa d'abord Harry, avant de reporter son regard perçant sur Gaïa, laquelle releva fièrement le menton. Elle n'avait pas pour habitude de se laisser intimider par une créature étrange.

- Clef, s'il vous plaît, exigea le Gobelin.

Harry fouilla un moment dans sa bourse en cuir qui, malgré sa petite taille, semblait renfermer un grand nombre d'objets lourds et volumineux. Gaïa fronça les sourcils, et se promit de l'interroger à ce sujet dès que possible. Enfin, l'homme finit par trouver l'objet exigé par le Gobelin et le lui tendre. La créature l'observa sous toutes les coutures un long moment, avant de finalement se lever péniblement de son siège et de prendre une torche.

- Suivez-moi, s'il vous plaît.

Restés en retrait du Gobelin, Gaïa se dit que c'était le meilleur moment pour interroger Harry.

- Pourquoi est-ce qu'il était comme ça, le Gobelin ? s'étonna-t-elle. Et puis, t'es pas assez célèbre pour qu'on te demande ta clef quand tu viens ici ?

Harry haussa les épaules.

- Ce sont les mesures de sécurité habituelles. Qui plus est, la célébrité n'est pas un critère pour les Gobelins. Et ils savent qu'on peut déjouer leurs fameuses mesures de sécurité…

Une fois encore, et elle se demandait si bientôt une ride n'allait pas apparaître entre ses deux yeux à force d'effectuer cette mimique, Gaïa fronça les sourcils.

- Mais, pourtant, à l'entrée, il est dit que…

Harry lui adressa un sourire amusé.

- Je ne pensais que tu avais eu le temps de lire leur phrase légendaire, murmura-t-il du bout des lèvres. Sache toutefois que j'ai pu entrer dans un coffre par effraction. Je n'étais pas seul, cependant. On a pu… récupérer quelque chose, et libérer un dragon, par la même occasion.

Un grognement peu amical fut émis par le Gobelin.

- Il vaut mieux éviter de parler de cela devant un Gobelin, murmura Harry encore plus bas qu'auparavant. Les effractions à Gringotts ne sont pas sujettes à vantardise, pour eux tout du moins…

Gaïa voulut en savoir davantage, mais elle fut interrompue par l'arrêt brutal du Gobelin devant un chariot. Il ouvrit la porte, et leur fit signe de monter. Harry s'exécuta après une légère hésitation, tandis qu'elle-même restait fermement ancrée dans le sol.

- À votre tour, miss.

La réplique fusa, nette.

- Hors de question, siffla Gaïa. Cet engin est tout sauf sécurisé. Je suis sûre que c'est un piège pour nous tuer, ça, renifla-t-elle. Complètement inconscient…

Elle se moquait totalement du regard courroucé que le Gobelin lui lançait, comme espérant que ce regard la tuerait, tout comme elle se moquait du regard amusé d'Harry.

- Je ne monterai pas là-dedans, affirma-t-elle.

Harry leva un sourcil, encore plus amusé.

- Tu veux donc aller affronter une personne qui a des ambitions à faire pâlir les plus courageux, mais tu refuses de monter dans un simple chariot de mines ?

Gaïa tenta de ne pas lui lancer un regard noir, se rappelant que cet homme, jusqu'à preuve du contraire, allait être chargé de s'occuper d'elle.

- Je refuse.

- Tu as donc peur, en déduit Harry.

- Je suis simplement saine d'esprit.

- Est-ce que tu réalises que des enfants de quatre ans rêvent que leurs parents les emmènent à Gringotts juste pour ce chariot ? Tu refuserais de faire la même chose qu'un enfant de quatre ans ? Tu veux vraiment que l'on raconte cela ce soir, à table ?

Tandis que la raison de Gaïa lui hurlait de rester sur place, son ego la fit décrocher l'un des pieds du sol. Les lèvres d'Harry se rehaussèrent tandis que le Gobelin montrait des signes d'impatience. Se résignant finalement, Gaïa monta dans le chariot, et s'accrocha aussi fort qu'elle le put, les yeux fermés, des souvenirs d'enfance remontant par vagues dans son esprit chamboulé par les événements de ces derniers jours.

Δ | o

- Papa, j'ai peur.

La voix ne tremblait pas, l'enfant se tenait en haut du précipice sans trembler, le regardant même avec intérêt. Pourtant, pour la première fois, elle admettait ressentir de la peur. Du haut de ses sept ans, elle savait qu'elle venait de briser deux interdictions, et que son père lui passerait un sermon un long moment, mais elle connaissait aussi la franchise, et là, elle avait eu besoin de mettre des mots sur ce qu'elle ressentait. Alors elle avait appelé la figure paternelle, et lui avait avoué ses craintes, sachant par avance que cela ne changerait rien.

- Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler ainsi ! Et la peur ? ricana l'homme. La peur ? Tu es en train de me dire que ce petit toboggan de rien du tout te fait peur ?! Mais comment feras-tu le jour où tu devras apprendre à te servir d'une baguette, et que je t'entraînerai ? Comment feras-tu lorsque tu devras surmonter ce sentiment qui te prend aux tripes pour aller de l'avant et vaincre ceux qui veulent te tuer, s'approprier ton pouvoir, ou je ne sais quoi d'autre, si tu as peur ? Tu crois que c'est la peur, cette peur qui te fige, qui va t'aider à aller de l'avant ? Tu crois réellement que c'est en ayant peur que tu survivras dans cette jungle ? Et je ne te parle pas que de la jungle dans laquelle nous nous trouvions hier. Je te parle de cette jungle dangereuse qu'est la vie. Tu crois réellement que c'est en ayant peur que tu vas pouvoir avancer ?

L'homme se tut, et regarda Gaïa, qui, elle, fixait encore le vide. Sans trembler. Juste en sentant qu'elle avait peur.

- Non. Non, ce n'est pas cette peur qui va t'aider. Alors, tu vas glisser le long de cette rampe, et oublier ta peur. Parce que lorsqu'un jour, tu devras t'enfuir, tu n'auras pas le droit d'avoir peur. Seulement le droit d'avancer et de te laisser tomber sans hésitation, quand ton poursuiveur, lui, n'osera pas se jeter aussi facilement que toi dans le vide.

- Mais, je…, tenta-t-elle faiblement.

Une main ferme et décidée se posa au creux de son dos et, cette fois-ci, elle ressentit cette peur dont lui parlait son père et qu'elle devait surmonter. Cette fois-ci, elle sentit son sang se glacer, ses entrailles se vider, ses membres se figer, son cœur battre plus fort. Et puis, elle sentit le souffle chaud de son père s'approcher de son oreille, et lui murmurer, doucement, tout bas, comme si tous deux faisaient partie d'une même bulle dans laquelle personne ne pouvait entrer – comme si tous les autres bruits alentours étaient insonorisés, assourdis. Comme si Gaïa pouvait simplement entendre la voix glaciale et déterminée de son père.

- Tu vas descendre.

Et, avant qu'elle ne puisse protester, elle ressentit l'appel du vide, prenant juste la peine de s'accrocher du mieux qu'elle le pouvait, la vitesse et son faible poids la portant jusqu'en bas de la rampe.

Δ | o

- Gaïa, nous sommes arrivés.

La voix douce et paternelle d'Harry ramena l'adolescente à la réalité. Elle hocha la tête, vaguement consciente que ses lèvres étaient serrées et que son teint devait plus s'approcher d'une couleur verdâtre que celle légèrement halée qu'elle avait héritée ces dernières semaines passées au soleil.

C'est tout juste si elle regarda réellement la porte devant laquelle elle venait d'atterrir. Elle voulait simplement oublier le désagréable moment qu'elle venait de passer, et oublier momentanément que le chemin devrait être refait en sens inverse pour ressortir des cavités sombres et humides qu'étaient les souterrains de Gringotts.

Le Gobelin ouvrit la porte derrière laquelle se cachait le coffre-fort d'Harry, puis il leur laissa la place pour qu'ils puissent entrer. Elle tenta de se concentrer sur les tas d'or qui se faisaient concurrence, mais l'opulence évidente de la famille Potter ne l'attirait décidément pas.

Elle se mit à déambuler dans le coffre, s'éloignant peu à peu de la sortie, ses petits pas lui permettant peu à peu d'oublier les nausées qui secouaient encore tout son être. Elle resserra instinctivement ses bras autour de son corps, pour se conforter dans un simulacre de sécurité, puis observa plus attentivement le mur qu'elle venait d'atteindre.

Les trois murs qu'elle avait déjà vus se ressemblaient. Ils étaient noirs, uniformes, humides. Celui-ci l'était aussi, à la différence près qu'une petite parcelle semblait avoir été épargnée par l'humidité. Elle fronça les sourcils, réalisant que la portion semblait être négligemment cachée pour tout œil non aiguisé, et qui ne cherchait rien de plus que de l'or dans ce coffre. Se moquant du regard du Gobelin qu'elle devinait posé sur son dos, elle avança la main vers la partie épargnée par l'humidité, et ressentit aussitôt la magie.

- Harry ? appela-t-elle d'une petite voix.

L'homme fut à ses côtés en quelques instants.

- Qu'est-ce qui se passe ?

Elle lui désigna ce qu'elle avait remarqué. Tout d'abord, il ne vit rien, étant positionné autrement que ne l'était Gaïa, la partie intriguant la jeune fille étant cachée par une pile d'or. Aussi se déplaça-t-il légèrement, de façon à avoir la même vue que Gaïa. Aussitôt, ses sourcils se froncèrent.

- Kirk, est-ce que je risque quoi que ce soit ? demanda-t-il au Gobelin qui venait de les rejoindre, les trouvant anormalement lents.

Le Gobelin haussa les épaules.

- Ce coffre est à vous, monsieur Potter. Il ne peut se défendre contre vous. Du moins, normalement…

Le ton employé par le Gobelin pour prononcer le mot « normalement » fit frissonner Gaïa, mais Harry semblait être habitué à ce type de langage de la part d'un Gobelin. Il décida donc de tenter sa chance, et posa sa main sur le rectangle totalement sec. Un déclic se fit entendre, accentuant la surprise d'Harry. Il ôta sa main, et le pan sec du mur se déplaça. Le Gobelin retourna immédiatement à l'entrée du coffre, Gringotts ayant pour règle d'or de ne jamais se mêler des affaires de ses clients. Harry et Gaïa furent donc les deux seules personnes, ce jour-là, à découvrir que le coffre six cent quatre-vingt-sept renfermait une cavité secrète, laquelle contenait un petit coffre, sur lequel était dessiné le signe des Reliques.

Si l'un d'eux fut surpris, il le cacha soigneusement à l'autre. Harry tendit les mains, et se saisit du coffre en bois, dont les ornements, faits d'une qualité comme on n'en trouvait plus, reluisaient, couleur or. Silencieusement, Harry glissa le coffre dans la besace qui contenait aussi sa clef de coffre. Ils échangèrent un regard qui voulait dire la même chose. Tant qu'ils ne savaient pas ce que ce coffre contenait, ils n'en parlaient pas.

- Kirk, nous pouvons y aller, annonça alors Harry.

Et Gaïa se rappela soudainement qu'elle devait remonter dans le chariot maudit.

| o

Les lèvres serrées, les yeux jonglant du côté droit de la rue au côté gauche, Gaïa se sentait observée de partout, sans se douter un seul instant que c'était la peur qu'elle avait ressentie quelques minutes plus tôt qui la rendait aussi nerveuse. Oh, bien sûr, elle était observée. Mais pas par des dizaines de personnes comme elle semblait le croire. Simplement par Harry Potter, qui avait développé au cours des années un sentiment, une faculté à ressentir le mal-être chez les enfants et adolescents qui étaient les siens, étendant cette capacité à ceux qui ne l'étaient pas. Il s'en voulait, tout à coup, d'avoir forcé Gaïa à monter dans ce chariot, ayant mis ce refus sur le compte d'une quelconque coquetterie qui empêcherait la jeune fille de monter dans un chariot couvert de poussière. En réalité, son refus était mû par une peur qu'elle dissimulait bien mieux que le commun des mortels.

Gaïa sursauta lorsque la main d'Harry se posa doucement et délicatement sur son épaule. Jamais encore on ne lui avait dispensé un tel contact, frais et rassurant.

- C'est ici, lui dit tranquillement Harry.

Elle hocha la tête, la gorge trop sèche pour parler, et se tourna vers la devanture désignée. En haut de celle-ci se distinguaient les mots suivants : « Ollivander - Fabricants de baguettes magiques depuis 382 avant J.-C.»

- C'est le meilleur qu'on puisse trouver, de nos jours, expliqua Harry. Enfin, il a malheureusement fait partie des personnes qui ont vécu la guerre de la pire des façons qu'il soit.

Gaïa fronça les sourcils.

- C'est-à-dire ?

- Il pouvait servir à l'autre camp, dit simplement Harry, le visage assombri. C'était une bien triste époque…

Il empêcha Gaïa d'en demander plus en poussant la porte. Une clochette retentit, résonnant dans le magasin. Sans pouvoir s'en empêcher, Gaïa sentit sa peau se hérisser en entendant ce son aigu se répercuter contre les murs.

Ses yeux se perdirent sur les armoires le long des murs de la boutique. Des dizaines d'étagères croulaient sous des boîtes étroites, serrées et entassées les unes sur les autres. Un escabeau semblait avoir été abandonné, et la sonnette d'appel était couverte de poussière, comme si personne ne l'avait utilisée depuis des années, ce qui devait être le cas. Au fur et à mesure qu'elle observait le magasin, elle se demandait depuis combien de temps celui-ci avait été abandonné. Elle avait réellement l'impression que ce dernier était à l'abandon, et ne comprenait pas pourquoi Harry l'avait menée ici.

Alors qu'elle se tournait vers lui, un bruit sourd se fit entendre des tréfonds du magasin, se rapprochant peu à peu des nouveaux venus, et un second escabeau apparut, glissant le long des étagères. Un petit bonhomme, maigre et les cheveux blancs, courbés par l'âge, se tenait dessus.

- Monsieur Potter… Ne me dites pas que vous avez enfin cassé votre baguette ? Vous faites partie des rares personnes qui gardent une baguette plus de vingt ans. Vous pourriez être une légende pour cela, si vous ne l'étiez pas pour déjà tant d'autres raisons… Qu'êtes-vous donc venu faire en si charmante compagnie dans mon magasin ?

Harry se tourna vers Gaïa, dans l'idée de lui laisser la parole, mais elle était encore trop surprise de l'apparition soudaine de l'homme, et ne comprenait pas comment il pouvait encore avoir toute sa raison, étant donné l'âge plus qu'avancé qui était certainement le sien.

- Gaïa est une cousine éloignée d'une amie proche, expliqua rapidement Harry, et elle est de passage à Londres pour quelques jours. Il s'avère qu'elle a des problèmes de baguette, et connaissant votre réputation…

- Les meilleures ! Nous n'avons jamais fait rien d'autre que les meilleures baguettes ! asséna l'homme en levant un bras victorieux.

Puis, d'un saut qu'on ne lui aurait pas cru capable, il passa de l'escabeau au sol, appelant d'un coup de baguette un mètre mesureur, lequel se mit à s'agiter autour de Gaïa, qui fronça immédiatement les sourcils en signe d'agacement, sans que ce geste ne soit remarqué par Harry ou Ollivander.

- Hum… je vois, je vois…, marmonna l'homme dans sa barbe.

Laissant le soin à son mètre de mesurer des parties improbables de Gaïa – elle n'était pas sûre que la taille de ses orteils soit très utile – il s'éloigna dans les entrailles du magasin, marmonnant toujours. Gaïa en profita pour s'adresser à Harry.

- Tu es sûr qu'il a toute sa tête ?

- Il a surtout toute son ouïe, glissa Harry.

Et le mètre de confirmer en tapotant fermement la main de Gaïa comme pour lui reprocher sa dernière réflexion, laquelle envoya un regard noir à cet objet animé par la simple volonté d'un être humain. Elle décida d'ailleurs qu'elle acceptait depuis bien assez longtemps ce manège, et, d'un geste brusque mais décidé de la main, elle envoya le mètre contre le mur. Elle remarqua bien que les mouvements du mètre signifiaient qu'il n'acceptait en aucun cas ce traitement, mais elle choisit de passer outre, les bras croisés sur la poitrine.

- Bois de houx, vingt-trois centimètres et plume de phénix, rigide ! annonça alors le vendeur en surgissant de nulle part. Essayez-la.

Gaïa se saisit de la baguette, et, d'un bref mouvement, fit comprendre au vendeur ainsi qu'aux passants devant la vitrine que cette baguette ne convenait pas.

Trois autres baguettes défilèrent entre ses mains, toutes plus inadaptées les unes que les autres. Elle refusa la cinquième.

- Vous me faites perdre mon temps, siffla-t-elle. J'ai besoin d'une baguette en bois de sureau.

La réaction d'Ollivander, si elle fut surprenante pour Gaïa, n'étonna pas outre-mesure Harry, qui attrapa vivement la jeune fille par l'épaule pour la faire reculer, tandis que le vendeur lançait une boîte vide sur l'adolescente, les yeux exorbités, et tout calme disparut de la surface de son visage.

- Du sureau ! siffla-t-il. Du sureau ! Elle ose me demander du sureau, à moi ! siffla l'homme. Comme si le sureau n'avait déjà pas assez compliqué ma vie, comme si le sureau n'était pas la source de tous mes malheurs, comme si je n'avais pas assez souffert à cause du sureau ! Sortez ! Je ne veux pas de vous chez moi, je refuse de vous voir, de vous vendre la moindre baguette, de continuer à discuter avec vous ! Sortez ! Comment avez-vous osé, Potter, ramener une fille ainsi ! Partez ! Partez loin !

Harry tirait peu à peu Gaïa en arrière, laquelle, une fois la surprise passée, s'étonnait de la réaction de l'homme, et tenait à en savoir plus. La main d'Harry était cependant déjà posée sur la porte, tandis qu'elle tentait vainement de rester dans l'enceinte du magasin, comme sachant qu'Ollivander pouvait lui apprendre quelque chose.

- Gaïa, nous reviendrons, dit tranquillement Harry, comme comprenant encore mieux qu'elle ce qui plongeait le vendeur dans une telle agitation.

Elle voulut protester, mais comprit grâce à la pression exercée sur son épaule que toute tentative de non soumission serait vaine. Cependant, sa volonté semblait avoir été entendue et exaucée, et alors qu'Harry avait déjà entrebâillé la porte, deux autres personnes surgirent silencieusement de l'arrière-boutique.

La première était une femme, certainement du même âge qu'Ollivander. Un air las et fatigué sur le visage, elle posa ses deux mains sur chacune des épaules du vendeur, et se mit à réciter, les uns après les autres, les différents problèmes que rencontrait le magasin.

- Les Malefoy ne veulent acheter que des baguettes avec du ventricule de dragon, les Smith pensent que nous faisons exprès de choisir des baguettes pas assez puissantes, le fils Londubat voudrait qu'on modifie le crin de licorne de sa baguette, qui serait trop usé. La nièce de Minerva commence Poudlard l'année prochaine, et elle veut une baguette qui provient de chez nous, les…

Tout en continuant sa litanie de propos banaux, elle entraîna petit à petit Ollivander au fond du magasin, l'homme se calmant au fur et à mesure que la distance se creusait entre lui et cette fille qui avait osé lui demander une baguette dans un bois particulier.

Un instant durant, Gaïa fixa l'étagère derrière laquelle l'homme avait disparu, avant de finalement reporter son attention vers l'homme à peine plus âgé qu'elle qui avait suivi la femme, et qui tendait déjà la main à Harry.

- Je suppose que c'était pour du bois de sureau ? demanda-t-il d'une voix lasse.

- Tu supposes bien, soupira Harry. Je n'ai pas pensé à prévenir Gaïa de la réaction que pourrait avoir ton père.

- Ne vous en faites pas, assura le jeune homme, déjà tourné vers les étagères. Ses crises sont de plus en plus violentes, mais il refuse toujours de me laisser le magasin. Il est persuadé qu'il peut encore le tenir. Mais comment voulez-vous que nous gardions notre réputation de meilleurs vendeurs de baguettes si nous sommes incapables de proposer l'entièreté de notre offre à nos clients ?

De dépit, il secoua la tête, et sans attendre de réponse, il se dirigea vers les étagères.

- Je suis le fils d'Ollivander, se présenta-t-il soudainement à Gaïa, sans la regarder.

Elle ricana, supérieurement.

- Allez savoir pourquoi, je m'en serais doutée…

Un air malicieux s'était peint sur les traits du jeune homme lorsqu'il se retourna brièvement avant de retourner à la recherche d'une baguette qui puisse convenir à la jeune fille.

- Je comprends mieux pourquoi le sureau, tout à coup…

Puis, sans ajouter un mot de plus, il retourna à la recherche des baguettes. Gaïa se tourna vers Harry, les sourcils froncés.

- Quoi ? J'ai dit quelque chose qui ne fallait pas ?

- Non. C'est simplement que le bois d'une baguette est souvent lié au caractère du sorcier, et il est dit qu'un propriétaire d'une baguette de sureau est malchanceux, et a tendance à prendre les autres de haut. S'il ne peut rien savoir de ta malchance, je crois qu'il a cependant bien cerné ton caractère…

Gaïa releva dédaigneusement le menton, sans plus adresser un regard à Harry. Elle avait bien le droit d'avoir un caractère qui ne plaisait pas à tout le monde, étant donné ce qu'on lui demandait de vivre depuis toujours. Tant pis si cela ne plaisait pas.

Elle ne remarqua pas l'air amusé d'Harry, et attendit simplement que le fils d'Ollivander revienne, une dizaine de boîtes à la main. Alors que son père avait tendance à mesurer le sorcier à n'en plus finir, lui ne sortit pas immédiatement les baguettes de leur étui, préférant discuter un peu avec Gaïa avant cela.

- Qu'est-ce que tu aimes faire de tes journées ?

Gaïa haussa un sourcil, avant de se tourner légèrement vers Harry. Ce dernier restait impassible.

- Des choses. Et d'autres.

Un léger sourire étira les fines lèvres de l'homme aux baguettes, qui écarta la boîte la plus petite de la pile rapportée.

- Est-ce qu'il y a un sort qui te fascine ?

- Est-ce que tu pourrais arrêter de me tutoyer ? rétorqua Gaïa, agacée à l'idée qu'il ne lui témoigne pas autant de respect qu'à Harry, qu'il devait pourtant plus connaître qu'elle.

Le sourire de l'homme s'étira, tandis qu'il ôtait encore une boîte de sa pile, la seconde boîte la plus petite.

- Comme vous le souhaitez. Pourriez-vous maintenant répondre à ma question ?

- Celui de désillusion, répondit à contrecœur Gaïa.

- Ambitieux, comme sortilège, commenta simplement l'homme en ôtant encore une baguette.

- J'aurais plutôt dit « utile », répliqua la jeune fille.

Du coin de l'œil, Gaïa vit que chacune de ces boîtes avait un sureau gravé dessus. Elle ne parvenait toutefois pas à distinguer les dessins aux côtés de l'arbuste.

- Est-ce que vous appréciez un sortilège pour sa beauté ? La beauté du geste, ou la beauté de ce qu'il accomplit, simplement, précisa le vendeur.

Gaïa claqua sa langue contre son palet, sentant l'impatience la gagner de plus en plus rapidement tandis qu'elle estimait que les questions qui lui étaient posées étaient inutiles. Cependant, Harry ne pensait pas la même chose, et il lui fit un signe de la tête pour l'inciter à répondre. Elle lança un regard noir au vendeur qui, imperturbable, attendait la réponse.

- Je reconnais apprécier le sortilège permettant de faire apparaître des lumières ressemblant à des lucioles, marmonna Gaïa en haussant les épaules, les yeux à présent rivés sur le sol, sur lequel son pied traçait des cercles.

Du fait de sa posture, elle ne put discerner la surprise qui se peignit sur les traits du vendeur, tandis qu'il ôtait trois boîtes épaisses en même temps.

- Je vois…

Le simple son de sa voix fit relever les yeux de Gaïa vers le blond qui lui faisait face. Aussi eut-elle le temps d'apercevoir la balle en mousse qui lui fonçait dessus, de se déplacer pour l'éviter, avant d'être obligée d'attraper la seconde. Cette fois-ci, elle laissa la fureur l'emporter.

- Mais vous êtes tous fous dans cette famille ou quoi ?! s'époumona-t-elle. Et tu les laisses travailler dans une boutique avec autant de passage alors qu'ils ont de toute évidence un sérieux problème mental ?! dit-elle à Harry, cette fois-ci.

L'homme à la cicatrice haussa simplement les épaules, tandis que de l'autre côté du comptoir, Ollivander Junior se saisissait de la seule boîte qu'il n'avait pas rejetée. Il ouvrit l'écrin avec délicatesse, laissant apercevoir une fine baguette en bois de sureau.

- Surprenant, ce mélange, murmura l'homme. Du bois de sureau couplé à du crin de licorne, dans une baguette souple, fine et relativement longue… Un tel mélange de personnalité n'est pas courant. Vous avez à la fois la tête dure, et le sens du goût. Vous appréciez la démesure autant que vous savez reconnaître la beauté de la simplicité. Vous vous adaptez à toute situation, tout en espérant vainement une sérénité qui vous est refusée. Vous…

- Ça suffit, l'interrompit Harry d'une voix sèche.

Le vendeur se tut. Gaïa, à sa dernière phrase, avait pâli et reculé d'un pas, n'osant pas toucher à la baguette qu'on lui tendait, de peur de frôler la main de cet homme qui la comprenait grâce à d'aussi simples questions, qui mettait des mots sur ce qu'elle espérait secrètement mais qu'elle avait tu des années durant. Harry dut se faire l'intermédiaire entre le vendeur et la cliente, sans qu'aucun mot de plus ne soit échangé. Après cela, Gaïa n'était plus sûre de ce qui s'était produit. Elle se rappela avoir fait jaillir une gerbe de roses jaunes de sa baguette, avoir entendu l'exclamation de surprise joyeuse poussée par Ollivander Junior, et puis, elle s'était retrouvée devant un magasin de vêtements, sans se rappeler du trajet effectué.

- Est-ce que tu veux rentrer ? lui demanda Harry pour la troisième fois, sans se douter que c'était la première fois que Gaïa allait lui répondre en étant pleinement consciente de ses mouvements et pensées.

La jeune fille secoua la tête.

- Très bien. De toute façon, c'est le dernier magasin que nous allons voir aujourd'hui. Le Chemin de Traverse est bien trop rempli, avec le Nouvel An de ce soir, et je tiens à ce qu'on évite au maximum les questions concernant ta présence à mes côtés.

Elle leva des yeux papillonnant sur la pancarte surplombant l'entrée du magasin, et comprit que cet arrêt était le dernier indispensable de la journée – celui des vêtements.

Ginny avait certes un esprit féminin et pratique, mais il était bien connu qu'on n'était jamais mieux servi que par soi-même, aussi Gaïa ne se sentait-elle pas à l'aise dans les vêtements trouvés par la mère de famille. Toutefois, plus elle entrait profondément dans ce magasin, et plus elle estimait avoir eu de la chance.

D'un air peu convaincu, elle souleva une première robe qui lui faisait face, avant de se tourner vers un panneau qui indiquait une autre collection. Dubitative, elle souleva la première robe de cette rangée, avant de se retourner vers celle qu'elle avait déjà observée. Ses yeux firent un certain nombre d'allers et retours entre les deux robes, avant de se poser sur Harry.

- C'est cela, ce qu'on appelle « le choix » ?

Harry n'eut pas le temps de lui répondre. Une femme replète venait de surgir de derrière un porte-manteau, les jaugeant d'un œil connaisseur.

- J'imagine que c'est pour la demoiselle. On n'a pas idée de porter des vêtements aussi Moldus en plein Chemin de Traverse. La mode, ma chérie, doit être suivie scrupuleusement.

- La mode ? releva Gaïa en regardant avec surprise les différents vêtements, tous plus semblables les uns que les autres.

- Mais oui, ma petite !

La femme replète se saisit du bras de Gaïa, et l'entraîna au milieu des étalages, Harry les suivant difficilement.

- Esméralda, il serait bon que tu ne t'enthousiasmes pas trop et que tu lâches…

Avant qu'il n'ait pu terminer sa phrase, Gaïa s'était défaite de la prise ferme qu'exerçait Esméralda sur son bras et, comme un animal farouche qu'on tenterait d'apprivoiser, elle défiait du regard la couturière, qui s'amusait du challenge qu'on lui présentait à présent.

De son côté, les yeux de Gaïa lançaient des éclairs, tantôt dirigés sur Esméralda, qui la mesurait de l'œil, tantôt sur Harry qui, depuis le matin, l'entraînait dans des endroits tous plus désagréables les uns que les autres. Bientôt, elle allait se faire une joie d'user de sa nouvelle baguette pour tous les propulser hors de son espace vital. Très bientôt, même.

- Je ne veux pas être à la pointe de la mode, dit finalement Gaïa, tentant de garder un ton calme tandis que sa main droite caressait doucement la poche renfermant sa baguette. Je veux des habits pratiques et passe-partout.

- Oh, oh ! s'amusa Esméralda. Une petite qui ne veut pas être comme tous ses camarades de Poudlard !

- Je ne vais pas à Poudlard, siffla Gaïa. Et si tu continues de m'appeler ma petite, je t'arrache les yeux, en faisant en sorte que cela soit douloureux.

De toute évidence habituée à ce type de menaces de la part d'une personne qui n'appréciait ni son exubérance ni sa vision du métier de couturière, Esméralda rit doucement, rajustant le porte-épingles qu'elle utilisait comme outil de travail et comme bijou en-dehors de celui-ci. Un léger coup de baguette lui permit d'attirer un grand nombre de vêtements tous plus différents les uns que les autres, de couleurs variées et aisément dissociables du noir terne et triste qui ornait la majeure partie des porte-manteaux de l'avant-boutique.

- Ma chère enfant, le noir, c'est pour ces vieux jeu qui viennent acheter des vêtements pour les trente prochaines années et qui ont peur du changement. Mais pour toi, et ta fraîcheur, j'ai bien mieux que ces capes et robes noires. En avant les essayages !

Les sorciers de Londres étaient définitivement fous, décréta Gaïa en remarquant qu'Esméralda s'amusait de son caractère bipolaire. Son père n'aurait jamais dû l'envoyer ici. Jamais…

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Harry prit un des sacs de Gaïa, malgré les protestations naissant de la fierté de la jeune fille. Il haussa les épaules, et sans l'écouter, se mit en marche. Gaïa songea un moment à ne pas le suivre, avant de réaliser qu'ils n'avaient pas transplané dans le jardin des Potter, et qu'elle était donc plus susceptible de se perdre que jamais.

Renonçant par avance à une autre recherche désespérée de la maison d'Harry Potter, elle soupira et grommela quelques remarques bien senties pour elle-même, sans se douter qu'Harry les entendait et les acceptait, ayant déjà compris que le caractère étrange de Gaïa ne pouvait pas être repris, simplement compris et accepté. En deux grandes enjambées, elle était à côté d'Harry, toujours grommelant. Et puis, lorsqu'elle se calma, elle réalisa réellement qu'ils n'étaient pas dans le jardin d'Harry.

Il lui offrait la possibilité de lui poser toutes les questions qu'elle voulait.

D'abord surprise de l'initiative, elle ne sut quoi dire, et resta silencieuse deux minutes de trop pour elle, qui avait l'habitude de ne jamais perdre son temps.

- Est-ce que vous pensez que vous pouvez retrouver mon père rapidement, avec l'aide de Ron et d'Hermione ? demanda-t-elle finalement.

Harry lui jeta un regard surpris, tandis qu'elle rougissait, furieuse contre elle-même. Elle pouvait lui poser des dizaines de questions, et c'était celle-ci qui lui venait en premier à l'esprit.

- Je l'espère, tout du moins.

Gaïa hocha la tête, semblant être satisfaite de cette réponse. Elle préférait une réponse peu certaine mais franche qu'une réponse évasive ne donnant aucune réponse, ou donnant de faux espoirs.

- Est-ce que… tu sais pourquoi Ollivander, le père je veux dire, a eu une telle réaction ?

Harry prit cette fois le temps de répondre, ralentissant le pas pour être sûr que Gaïa aurait encore le temps de lui poser les diverses questions lui traversant l'esprit lorsqu'il aurait donné cette réponse.

- Avant que nous n'entrions dans sa boutique, je t'ai dit qu'il faisait partie des personnes pouvant servir à l'autre camp, commença lentement Harry. Il s'avère que Voldemort avait… un problème de baguette. Nos baguettes avaient le même cœur, ou, plutôt, une plume provenant du même phénix pour cœur. De ce fait, elles ne réussissaient pas à s'affronter réellement, en partie à cause du fait que Voldemort et moi étions connectés bien plus étroitement que nous ne l'avons soupçonné toutes nos vies durant. Voldemort a donc voulu s'emparer d'une baguette plus puissante. Une baguette dont la réputation n'était plus à faire, quoi que le nom ait changé au cours des siècles.

- La Baguette de Sureau, comprit Gaïa.

Harry hocha la tête pour seule réponse, les yeux perdus dans le vide.

- Voldemort a enlevé Ollivander pour tenter de comprendre pourquoi nos baguettes ne pouvaient s'affronter, avant de se lancer à la recherche de la Baguette de Sureau. Ollivander ne connaît rien de la quête des Reliques, mais en tant que fabricant de baguettes, il a souvent entendu parler de cette baguette célèbre et funeste qu'est celle de Sureau. Il a malheureusement subi la violence de Voldemort, qui souhaitait connaître la localisation de celle-ci.

Le visage d'Harry se crispa légèrement, et Gaïa lui accorda une minute de paix avant de reprendre son interrogatoire. La maison des Potter se rapprochait, et elle tenait à lui poser une dernière question avant qu'ils ne se retrouvent mêlés à la famille Potter, une fois encore.

- Le soir où je suis arrivée chez toi, tu as laissé entendre que tu savais où se trouvaient les trois Reliques. C'est vrai ?

Harry soupira avant d'hocher la tête.

- C'est vrai.

- Comment cela est possible ?

Il haussa les épaules.

- Je crois que c'est la même raison que ce qui permet de retrouver un autre héritier grâce à notre tatouage, du moment qu'on ne cherche pas à s'emparer de sa Relique – je ne voulais plus des Reliques à ce moment. J'avais donc la Cape, la Pierre, et la Baguette avait changé d'allégeance, me la réservant. J'ai laissé tomber la Pierre au milieu d'une immense forêt. La Cape m'appartient depuis mes onze ans, et est l'unique héritage légué par mon père, aussi je la garde précieusement. Quant à la Baguette, je n'en voulais pas. Elle faisait trop de mal, et j'avais peur de n'être qu'une personne de plus à la posséder pour de mauvaises raisons, aussi ai-je préféré la rendre à un de ses propriétaires.

- Mais tu sais où se trouvent les trois Reliques.

Harry prit le temps de marcher quelques mètres, ralentissant le pas, avant de répondre réellement.

- Oui, je le sais.

- Et Ron et Hermione aussi ?

- Et Ron et Hermione savent aussi où se trouvent les Reliques. Mais ils sont tous les deux assez sages et raisonnables pour ne pas vouloir se les approprier, surtout à présent qu'ils ont eu vent de ton histoire, ajouta Harry.

Gaïa se mordilla la lèvre, préférant ne pas dire qu'elle avait appris à ne faire confiance à personne, et encore moins aux personnes qui semblaient être droites et honnêtes. Les coups les plus violents et les plus affaiblissants sont toujours ceux qui viennent de là où on s'y attend le moins, et que des personnes qui semblent réellement désintéressées par une aussi grande source de pouvoir retournent finalement leur veste ne la surprendrait pas outre-mesure.

Harry sembla se douter de ses pensées, mais il ne fit aucun commentaire. Il savait bien qu'on ne pouvait demander à une personne de croire sur parole une autre. On avait besoin d'actes, de preuves, et encore plus lorsque, comme Gaïa, on avait grandi dans la peur d'être rattrapée par des personnes qui en avaient après notre pouvoir.

- Est-ce que tu penses que le secret concernant mon identité va pouvoir être gardé un moment encore ? s'enquit doucement Gaïa.

Harry soupira.

- Les journalistes peuvent parfois être fouineurs, et découvrir ce qu'on tente à tout prix de leur cacher. Cela dit, tu as de la chance, dans une certaine mesure. De mon côté, les journalistes qui me poursuivent sont généralement plutôt intéressés par l'invention de mensonges…

Il éclata de rire, se rappelant certainement certaines de ses aventures avec les journalistes en question. Puis il reprit son sérieux, et répondit sincèrement à la question de Gaïa.

- Je pense que j'ai l'avantage d'être pris au sérieux par beaucoup de monde des hautes sphères de la population sorcière, aussi je doute que notre histoire soit remise en question. Toutefois, il vaut mieux éviter les questions autant que possible. Un mensonge, aussi rodé soit-il, est plus difficile à répéter au fur et à mesure des jours qui passent, au contraire de la vérité, qu'on connaît par cœur pour l'avoir vécue.

Ils marchèrent en silence encore quelques mètres, avant d'arriver devant le portail de la maison des Potter. La main sur la frontière séparant la demeure de la rue, Harry ne termina pas son geste.

- Est-ce que tu as encore une question à me poser ? Autant que possible, j'aimerais éviter de mêler le reste de ma famille à tout cela. J'ai bien compris que cela allait être compliqué, reprit-il rapidement, coupant court à toutes protestations émises par Gaïa, seulement, j'aimerais d'abord voir un peu plus clair dans cette histoire avant de les inclure dans nos plans. À l'heure actuelle, je n'ai aucune intention de parler de ce coffre à Ginny, tant que je ne saurai pas ce qu'il contient. Alors, des questions ?

Refoulant l'orgueil de savoir qu'elle faisait partie des plans d'Harry, quand son père l'avait toujours laissée de côté, Gaïa hocha cependant la tête.

- Laquelle ?

- Est-ce que, parfois, c'est calme dans cette maison ?

Des éclats de voix leur parvenaient depuis le lieu où ils se trouvaient. Leurs pensées firent le même cheminement à l'entente de ces cris.

Pourquoi le calme ne faisait pas partie de leur vie, Harry et Gaïa se le demandaient depuis toujours. Le premier avait l'impression qu'avoir des enfants était tout aussi compliqué que de vaincre un mage noir, avec la quasi-certitude que ceux-ci ne mourraient pas avant vous, et la seconde se demandait sérieusement si elle ne ferait pas mieux de retourner vivre dans une forêt quelconque. Certes, elle serait peut-être plus exposée au danger qu'ici – quoi qu'elle estimât que récupérer son or grâce à un chariot instable et doué d'une vie propre et voir une vendeuse tellement excentrique que le mot aurait pu être défini uniquement avec une photo de celle-ci ne soit pas moins dangereux qu'une course-poursuite en forêt – mais au moins aurait-elle droit à un semblant de paix quelques jours durant.

Du moins ne retournerait-elle pas dans son lieu de vie en entendant des cris stridents dans la maison.

- QUOI ?! On n'a pas Square Grimmauld ?! Mais le Nouvel An des enfants Potter a toujours lieu là-bas !

Albus n'obtint pas de meilleure réponse qu'un placard se refermant brutalement.

- Eh bien, pas cette année. Et estime-toi heureux qu'on vous laisse Godric's Hollow, rétorqua Harry, qui entrait dans la maison, suivi de Gaïa.

Albus se tourna vers son père, les bras croisés sur le torse.

- Pourquoi est-ce que je n'ai pas le droit à Square Grimmauld la première année où j'organise le Nouvel An ?! James l'a toujours eu !

- Parce que, répliqua son père.

Albus ne se satisfit pas de cette réponse.

- Papa ! J'aurais pu montrer la maison à Gaïa !

- Ne t'inquiète pas pour Gaïa, répliqua sa mère, elle aura tout le temps de découvrir le Square Grimmauld ce soir.

Albus pivota aussi vite qu'il le pouvait vers sa mère, des yeux encore plus exorbités qu'auparavant, qui tentaient de s'échapper de ses orbites.

- Quoi ?!

- Gaïa ne va pas fêter le Nouvel An avec toi, comme tu semblais le penser depuis quelques jours, expliqua son père, forçant le garçon à se retourner à nouveau. Elle sera à Square Grimmauld ce soir, en compagnie de ton frère, qui accepte de sacrifier sa soirée du Nouvel An pour la surveiller.

Gaïa se mordit la langue pour ne pas rétorquer qu'elle n'avait pas besoin d'un chaperon. La tension était déjà bien assez forte dans cette pièce pour qu'elle ne l'augmente, au risque de faire exploser l'ensemble de la maison.

- Mais… pourquoi ils ne restent pas là ?! tenta vainement Albus.

- Parce que personne ne peut voir Square Grimmauld, sauf en y étant invité pour une raison particulière, comme le Nouvel An, dit Harry. Et donc, personne ne s'étonnera d'y voir de la lumière, mais aucune fête. Si on les laisse ici, et que la lumière est aperçue par une personne un peu trop curieuse, on se posera des questions sur l'enfermement d'une adolescente arrivée brusquement dans nos vies et qui ne fête pas le Nouvel An. Et je t'assure que cette maison est très bien aussi pour fêter le Nouvel An, dit Harry en guise de conclusion à cette conversation.

Sans laisser à Albus le temps de protester, seulement celui de méditer, les deux adultes quittèrent la pièce, au même moment où des flammes vertes surgissaient dans l'antre de la cheminée. Un blondinet, que Gaïa savait être l'ami d'Albus sans l'avoir pour autant rencontré personnellement, fit son apparition.

Scorpius Malefoy, avait compris Gaïa suite à une conversation animée avec Lily, qui n'appréciait pas le garçon, était le meilleur ami d'Albus depuis ce jour où ils s'étaient retrouvés tous deux en retenue, en première année, pour avoir tenté de visiter le château en pleine nuit, suite à une phrase stupide d'un quatrième année à Gryffondor, disant que les Serdaigle étaient bien trop pleutres pour oser se promener en pleine nuit dans le château. Tous deux, piqués au vif – l'un parce qu'il tentait de se démarquer de sa famille depuis toujours, l'autre parce qu'il estimait qu'il était de son devoir d'honorer son nom de famille – étaient sortis seuls, aux alentours de minuit, pour se retrouver à un détour de couloirs, environ trente-huit secondes avant que Rusard ne surgisse, suivi de Miss Teigne. Scorpius et Albus avaient décidé que ce besoin de montrer qu'ils existaient pouvait faire d'eux les meilleurs amis qui soient, tandis que Lily avait décrété, lorsqu'elle était entrée à Poudlard, qu'elle n'appréciait pas Scorpius. Après avoir déclaré cela à Gaïa, elle s'était enfermée dans un mutisme obstiné, qui ne s'était pas arrangé avec la venue de Rose chez les Potter, pour fuir l'ambiance pesante que l'adolescente semblait faire naître autour d'elle au sein de sa propre famille, quelle que soit la pièce dans laquelle elle se trouvait.

Scorpius Malefoy venait donc d'arriver, et pour la première fois, Gaïa vit qui était le meilleur ami d'Albus, l'ayant consciencieusement évité chaque fois qu'elle le savait dans la maison, pour ne pas faire naître de nouvelles questions que celles déjà embarrassantes qu'on lui posait sans cesse. Le blond lui jeta un regard froid et impassible, la détaillant de haut en bas, comme l'évaluant. Son malaise et sa colère grandissant, Gaïa se leva brusquement, dans l'idée de quitter la pièce avant de dire des mots qu'on pourrait ensuite lui reprocher. L'attitude princière de Scorpius, l'écart évident qu'il semblait mettre entre lui et certaines personnes qui n'étaient pas issues du même milieu que lui, son menton trop relevé pour paraître humble, ses manières précieuses et son sourcil légèrement moqueur firent naître en Gaïa un sentiment immédiat de dédain pour le garçon. Qui plus est, elle détestait être prise pour un bout de viande qu'on pouvait regarder sans craindre qu'il ne se rebiffe.

- Alors, c'est elle, dit soudainement Scorpius, un sourire dévoilant ses dents blanches et parfaitement alignées.

Et en plus de cela, il se permettait de n'avoir aucun défaut physique, de quoi agacer encore plus Gaïa, qui lui lança un regard noir.

Albus, de son côté, hocha simplement la tête.

- Scorpius, je te présente Gaïa. Gaïa, je te présente…

- Oui, je crois qu'on a compris, le coupa sèchement la jeune fille.

Le sourire de Scorpius s'accentua tandis qu'Albus restait étonné de l'attitude de Gaïa, clairement hostile au nouveau venu.

- J'aime les filles qui ont du caractère.

- Et j'apprécie les garçons qui ont la décence de considérer les filles autrement que comme des bouts de viande, rétorqua Gaïa en lui lançant un regard noir.

Scorpius, cette fois, éclata franchement de rire.

- Dis-donc, si j'avais su, je serais resté à un de vos dîners. Ils doivent être encore plus animés depuis qu'elle est arrivée… Bon, alors, il paraît que tu es la cousine éloignée d'Hermione ?

Gaïa fronça les sourcils, décontenancée par l'attitude de Scorpius, qui venait de changer du tout au tout. Le garçon qui, quelques instants auparavant, se tenait droit au milieu de la pièce, les cheveux impeccablement coiffés, un air supérieur et condescendant sur le visage, venait de laisser place à un adolescent insouciant, qui s'était jeté sur un tabouret, les jambes se balançant négligemment dans le vide, une main passant dans ses cheveux pour les défaire de leur prison qu'était cette coiffure stricte et formelle, l'autre main occupée à déboutonner le premier bouton de sa chemise, après avoir rapidement desserré sa cravate, qui ressemblait à présent à un bout de torchon abandonné là par hasard.

- Franchement, tu as bien de la chance d'être éloignée d'Hermione, soupira Scorpius. Et d'avoir échappé à toute cette folie autour des enfants des protagonistes de la guerre. Quel calvaire. Il faut faire bonne figure, se tenir droit, relever le menton, et tout plein d'autres conneries de ce genre. Un vrai calvaire.

Le blond se laissa tomber contre le plan de travail de la cuisine, piochant une pomme dans la coupe qui en débordait à sa gauche, et échangeant un clin d'œil complice avec Albus.

- Enfin, évidemment, il y a ceux qui suivent les règles qu'on leur a imposées, et puis il y a ceux qui décident de les outrepasser…

Un large sourire fendit le visage d'Albus. Gaïa, qui avait voulu quitter la pièce du fait de son antipathie incontrôlée et viscérale pour le nouveau venu, était à présent intriguée et n'avait plus aucune envie ni intention de quitter les lieux. Au contraire, elle devenait curieuse, et hésitait même à reprendre un siège.

- Et puis il y a celle qui n'a pas de chance, est fille de deux héros de guerre et passe pour une pauvre tache au milieu de ce beau monde. Alors, Rosie, comment tu vas ?

Rose Weasley, arrivée à l'instant dans la cuisine et qui avait tenté de faire figure basse pour qu'un maximum de personnes ignore sa présence dans la pièce, lança un regard noir à Scorpius, avant de faire un large détour pour éviter de s'approcher trop de lui en allant récupérer un fruit.

- J'allais bien, et puis j'ai appris que tu n'avais toujours pas été tué par une des potions de ton père. Immédiatement, ma joie s'est étiolée, et ma journée s'est assombrie, rétorqua vertement Rose en se dirigeant à nouveau vers la porte de la cuisine.

C'était le moment rêvé pour Gaïa de sortir à sa suite, prétextant qu'elle avait des questions à poser à Rose, dans le cas où l'un des garçons s'enquière de savoir pourquoi elle quittait déjà leur compagnie. Malheureusement pour elle, et pour Rose, Scorpius en avait décidé autrement. Souplement, il avait sauté de son tabouret, et s'était nonchalamment appuyé contre la porte de la cuisine, empêchant toute retraite pour Rose, dont le visage s'était un peu plus assombri.

- Malefoy, je te vois déjà toute l'année et, malheureusement, une grande partie des vacances. Si on faisait en sorte de s'éviter à chaque fois qu'on le peut ?

Les bras croisés sur le torse, le sourire du blond s'effrita quelque peu, avant qu'il ne reprenne toute sa contenance.

- Oh, Rosie, on sait tous les deux à quel point ma présence t'est indispensable.

Rose laissa s'échapper un rire sans joie.

- Non, moi, je ne le sais pas, marmonna la rousse en se déplaçant pour l'éviter, et enfin sortir de la cuisine.

Scorpius suivit son mouvement, sans se départir de son sourire.

- Pourquoi est-ce que tu es toujours de mauvaise humeur, Rosie ?

- Parce que malheureusement pour moi, t'es le meilleur ami de mon cousin, soupira l'adolescente en levant les yeux au ciel.

Elle lança un bref regard d'appel à l'aide à Albus, qui hésitait de toute évidence entre deux marches à suivre. Celle de laisser Scorpius s'amuser, et celle de venir en aide à sa cousine. Heureusement pour lui, le choix fut rapidement réglé par l'intervention de Gaïa, qui avait envie de partir loin, et vite. Elle se saisit du bras de la rousse, posa sa main libre sur le torse de Scorpius, exerça une pression ferme et inattendue sur le garçon pour qu'il s'éloigne du passage, lui offrit un sourire déconcertant, et proclama, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde :

- Je crois bien que Rose ne t'apprécie pas trop aujourd'hui, et j'ai entendu dire qu'elle venait d'une famille plutôt douée en sortilèges. J'ai peur que ça soit génétique, alors si tu tiens à la vie, évite de trop l'embêter.

Puis, sans lui laisser le temps de répliquer, elle sortit de la pièce, Rose sur les talons. Une Rose muette, froide et distante. Une Rose qui se laissa entraîner dans l'escalier menant au premier étage, qui laissa Gaïa ouvrir la porte de la chambre de Lily qu'elle partageait avec sa cousine depuis qu'elle était arrivée chez les Potter. Une Rose qui se laissa guider jusqu'à son lit de fortune sans dire un mot, une Rose qui s'assit sur son lit et qui ne dit pas un mot de plus. Une Rose qui fixa un point qu'elle seule pouvait déceler.

Gaïa soupira. Aux dernières nouvelles, elle n'était pas assistante sociale et, en toute honnêteté, des tas d'aspects du métier ne l'attiraient pas. Entre autres, le fait qu'il faille faire preuve de compassion.

- Bon, bah voilà, hein, marmonna-t-elle, une envie évidente de partir au loin peinte sur ses traits. Je crois que je n'ai pas grand-chose d'autre à t'apporter, donc je vais y aller, et…

Elle avait déjà entamé un pas en arrière lorsqu'elle perçut ce qu'elle avait craint s'échapper de l'œil droit de Rose, et glisser lentement, pernicieusement, le long de la joue de la rouquine. Gaïa serra les dents, mal à l'aise. Elle détestait toute forme de pleurs, de tristesse, et être confrontée à ceux de Rose, qui lui semblait avoir besoin de se confier, réveillait des sensations désagréables en Gaïa. Elle savait très bien ce qu'était Rose, au fond. Une gamine encore adolescente, presque adulte, qui n'avait pas la force de dire tout ce qui lui pesait sur le cœur, et qui subissait jour après jour les remarques qu'on lui lançait, sans même courber l'échine.

Oh, oui, Gaïa savait tout cela. Elle l'avait su en observant Rose le soir de son arrivée, elle s'en était doutée en entendant Albus parler de sa cousine, elle avait compris bien des choses grâce aux mimiques de Lily lorsque celle-ci pensait qu'on ne la regardait pas, elle avait entendu une conversation entre Ginny et Harry, lorsqu'ils discutaient de la venue de Rose chez eux, pour passer du temps avec ses cousins plutôt que de s'enfermer dans sa chambre sans adresser la moindre parole aux membres de sa famille proche. Gaïa savait tout cela, alors qu'elle aurait souhaité n'être au courant de rien. Et, peut-être parce qu'elle était nouvelle dans ce clan soudé, peut-être parce que Rose avait trouvé une alliée un peu étrange en cette nouvelle amie, elle avait décidé de baisser les armes, ce jour-là, devant Gaïa.

La première larme fut suivie d'une deuxième, puis d'une troisième, avant que les pleurs ne s'échappent à gros bouillon, comme si Rose en conservait un stock trop grand pour son cœur d'artichaut.

- Et merde, soupira vulgairement Gaïa, sans même imaginer un seul instant que Rose puisse être vexée du peu de considération qu'on accordait à ses pleurs.

Mais, de toute évidence, Rose était soit trop occupée à pleurer, soit bien décidée à se moquer du peu de considération de Gaïa. Ce qui était bien la veine de cette dernière, si on devait lui demander son avis.

Elle hésita quelques minutes à laisser Rose à son sort, avant de se dire que, décidément, elle n'appréciait pas le comportement de Scorpius Malefoy et que, rien que pour cela, elle se devait de monter une alliance contre lui, fût-elle avec une fille qui semblait avoir de graves problèmes émotionnels et un grand manque de confiance en elle. Gaïa prit donc la décision de s'asseoir à côté de Rose, entortillant ses deux mains, tentant de deviner, grâce à une aide inespérée, qu'on lui explique la marche à suivre dans de pareilles situations.

La chance ne lui souriant pas, et aucune aide ne pointant le bout de son nez, Gaïa soupira, et tenta d'entamer une conversation qui les mènerait quelque part.

- Apparemment, Scorpius et toi, c'est pas l'amour fou, tenta Gaïa d'une voix presque enjouée.

Rose ne lui répondit pas. C'était horrible, se disait Gaïa. Rose était assise, là, des larmes coulaient le long de ses joues, mais c'était l'unique preuve qu'on avait que la vie animait encore l'adolescente.

- Bon, c'est même la haine totale, en conclut Gaïa. Y a une raison particulière, ou ce sont juste ses cheveux blonds presque blancs qui te hérissent le poil ?

Elle avait dit ça sur un ton légèrement désapprobateur, et l'intonation avait eu le mérite de faire réagir Rose, qui essuya brutalement ses larmes, avant de jeter un regard apeuré à Gaïa.

- Pardon. Je ne voulais pas…

Gaïa haussa les épaules.

- Bof. Au point où on en est, les excuses, c'est pas vraiment nécessaire. Surtout que t'as encore un peu de morve, là…, avoua-t-elle en désignant le coin du nez de Rose.

Cette dernière se moucha bruyamment, tournant le dos à Gaïa. Lorsque cette dernière put à nouveau l'observer, elle vit que toute trace de larmes avait disparu et dans son for intérieur, Gaïa se demanda combien de fois Rose avait pu pleurer au détour d'un couloir avant de rejoindre d'autres personnes, comme si rien ne s'était passé.

- Scorpius Malefoy est un imbécile, marmonna Rose.

Gaïa haussa un sourcil, à moitié surprise. Depuis que Rose était arrivée chez les Potter, elle l'avait entendue se plaindre de ses parents, de son frère, et du fait qu'on l'ait brimée dans sa vie. Jamais, encore, elle ne l'avait entendue se plaindre d'une personne extérieure à son cercle familial.

- C'est à cause de lui, tout ça, grommela la rousse en désignant d'un geste vague la pièce. Le premier jour, avant même que les cours ne commencent, il avait décidé de m'énerver… Tu comprends, j'ai été envoyé à Gryffondor, au même titre que mes parents, alors que Scorpius et Albus allaient à Serdaigle, et… on m'a toujours dit que j'étais comme Albus, que s'il allait dans une maison, j'irais dans la même, sauf que le Choixpeau en a décidé autrement, et que je me suis retrouvée seule, dans une maison qui n'aurait pas dû être la mienne… J'aurais dû être intelligente comme ma mère, parce que c'est ce que tout le monde me disait, sauf qu'en réalité, je ne vaux pas autant qu'elle, et que je n'ai pas eu le droit d'aller ailleurs que chez les courageux. Ma mère me disait toujours que je devais être comme je le voulais, que je ne devais pas écouter les autres me dire ce que je devais faire ou être, et je l'ai écoutée. J'ai décidé de ne me forcer à rien, sauf qu'au final, je ne suis rien de bien. Je suis la fille de deux héros de guerre, et je ne vaux rien. Je ne suis pas plus intelligente que la moyenne, pas plus courageuse que la moyenne, et, en plus de cela, je ne suis ni pernicieuse ni sociable, ce qui fait que je ne suis ni Serpentard, ni Poufsouffle.

Bien que n'ayant pas compris la majeure partie des termes employés par Rose durant cette conversation, Gaïa hocha la tête. Si elle devait retirer le plus important du discours de Rose, c'était que l'enfant avait voulu faire le contraire de ce qu'on attendait d'elle ou presque, et que ça lui était retombé dessus.

- Et puis, le lendemain, alors que tout allait encore bien, Malefoy a osé lancer que j'avais dû être adoptée, ou un truc du genre. Que je n'allais pas me révéler à la hauteur de ce que mes parents attendaient de moi, tu vois. Et lors de mon premier cours, tout le monde s'attendait à ce que je fasse des miracles, mon prof en premier. Sauf que lorsque mon tour est venu de briller, je n'ai pas été capable de lancer le moindre sort. À partir de là, tous se sont dits que Scorpius avait raison, que je n'étais pas vraiment une Weasley, du moins, pas une Weasley impressionnante. Avec le temps, il s'est avéré que je n'étais pas douée sur un balai, et que je n'étais rien de plus qu'une élève ordinaire. Sauf que lorsque toute ta famille, autour de toi, est extraordinaire, ça fait mal d'être le mouton noir. Et à côté de cela… Albus est un Potter et Scorpius vient d'une famille qui n'a pas à se vanter de ses actions durant la guerre. Ils sont devenus les meilleurs amis du monde, sont presque les pires cauchemars des professeurs de Poudlard et, en plus, ont réussi l'exploit de faire oublier à tous de quelle famille ils viennent. Moi, je tente de m'enfoncer dans un trou de souris pour qu'on m'oublie, et pour passer ce temps à réviser, mais rien à faire, je ne suis pas plus que Rose Weasley, cette fille un peu gauche et qui appartient, malheureusement pour eux, à la famille des Weasley. Et puis, Scorpius est un imbécile, qui a décidé depuis la troisième année de me tourmenter.

Rose prit une grande inspiration, et tenta d'afficher un sourire presque sincère.

- Et dans le fond, tu t'en fiches totalement de ce que je te raconte. De toute façon, tu es du côté de ma mère dans cette histoire, alors que c'est elle qui…

Gaïa secoua la tête, l'interrompant sèchement.

- T'as raison, dans un sens, je m'en fiche passablement. Par contre, je ne suis du côté de personne, merci bien. J'ai déjà bien assez de problèmes de mon propre côté. Ce qui serait bien, en revanche, c'est qu'au lieu de rejeter toute la faute sur ta mère, qui a simplement voulu t'éviter une pression trop grande, tu te décides à relever la tête et à leur montrer, à tous, que tu n'es pas simplement une Weasley – ce qui ne me semble pas le pire des héritages à porter, soit dit en passant – mais que tu es Rose. Avant d'être Weasley.

La porte s'ouvrit à la volée, empêchant Rose de rétorquer, et une Lily furieuse entra dans la chambre, en jetant à travers la pièce une balle de Quidditch et un balai.

- Scorpius Malefoy est un crétin ! s'énerva-t-elle en se jetant sur son lit.

- Non, tu crois ? railla Rose, toute retenue évaporée maintenant que sa cousine était là. Qu'est-ce qu'il a dit, cette fois ?

Lily leva les yeux au ciel, lança un regard surpris à Gaïa qui se trouvait dans la pièce, sachant très bien que Rose n'était pas une personne qui s'épanchait auprès de n'importe qui, décréta que si Gaïa était là, c'est parce que Rose le voulait bien, et choisit de se comporter comme toujours lorsqu'elle était seule avec sa cousine – naturellement.

- Il est en train de faire la liste des filles qu'il a déjà embrassées, grogna Lily, peu amène. Ce type est un imbécile fini, et j'aimerais bien savoir ce que mon crétin de frère peut lui trouver. Oh, suis-je bête ! s'exclama-t-elle dans un rire joyeux. Ils sont tous les deux crétins !

Elle se mit à rire, seule, avant de se calmer.

- Eh, ne me regarde pas comme ça, dit-elle à Rose. Tu l'as toi-même dit, lorsque mon frère est avec Scorpius, il est stupide.

Rose haussa les épaules. Bien décidée à cesser toute conversation, elle prit un livre sur l'étagère derrière elle, se renfermant petit à petit dans sa bulle. Mais ce n'était pas au goût de Lily.

- En plus, il tient un carnet.

- Pardon ? grommela Rose, à moitié absorbée par son ouvrage.

- Il tient un carnet, répéta Lily. Il a noté le nom de chaque fille qu'il a embrassée, ainsi que le jour, et il a prévu de le montrer à Albus une fois de retour à Poudlard. Pa-thé-ti-que, siffla Lily en s'allongeant sur son lit tout en fermant les yeux.

Avec un temps de retard, Rose hocha la tête, soudainement plus blanche. Gaïa regarda tour à tour les deux cousines, et réalisant qu'elle n'était plus à présent qu'une étrangère qui n'avait rien à faire dans la pièce, elle se leva rapidement, et s'adressa à Lily :

- Est-ce que tu sais où est ton frère, maintenant ?

Lily rouvrit un œil.

- Lequel ? Le stupide ou l'ennuyeux ?

- L'ennuyeux, répondit Gaïa. Je passe le Nouvel An avec lui.

Lily mima un bâillement, tout en désignant le bout du couloir de son doigt.

- Certainement dans son ancienne chambre, en train de se rappeler qu'un temps durant, il fut intéressant. Dis, tu ne voudrais pas le secouer un peu, ce soir ? Genre, lui rappeler qu'il y a des trucs plus amusants à faire que regarder des vieilles lois toutes moisies que personne ne comprend plus ?

- Maman dit que ces lois doivent être triées, dit alors Rose.

- Hermione voudrait que tout soit parfaitement clair et défini dans un monde qu'on peut faire exploser avec une baguette puissante, lui rappela Lily, sceptique.

Rose haussa les épaules, estimant certainement qu'elle avait dit ce qui devait être dit concernant le travail de James et ce qu'en pensait sa mère. Gaïa se leva tranquillement, réalisant que depuis quelques secondes, elle était de trop dans la pièce. Les deux cousines la suivirent du regard, et, à peine avait-elle refermé la porte derrière elle qu'elle entendit les deux voix s'élever, chuchotant furieusement des paroles qu'elle ne réussit pas à surprendre. Ce qui était sûre, c'est que Rose n'était pas aussi seule dans sa bulle que ce qu'elle tentait de faire croire.

Maintenant qu'elle était débarrassée d'une Rose qui souhaitait s'épancher sur son épaule, Gaïa se dirigea rapidement vers la chambre de James. Elle frappa rapidement à la porte, et fut ravie de l'entendre lui répondre immédiatement d'entrer. Elle avait craint qu'il ne soit parti, afin de prendre l'air.

- J'ai un plan à te proposer, pour ce soir, commença immédiatement Gaïa alors qu'il lui lançait un regard surpris.

- Ah oui, vraiment ? s'étonna James. Alors que tu ne connais personne dans Londres ?

- Justement. Toi, tu connais du monde, et moi, je n'ai pas envie d'en connaître.

James fronça les sourcils.

- Je te propose donc que ce soir, toi, tu ailles voir les personnes que tu connais. Par exemple, tu peux passer ton Nouvel An avec ta petite amie, ou quelque chose dans ce goût-là. Moi, de mon côté, je reste seule dans cette fameuse maison, dont j'ai déjà oublié le nom.

- Square Grimmauld, la corrigea machinalement James.

- Si tu le dis, reprit Gaïa en haussant les épaules. Mais j'ai pas besoin d'un chaperon, square ou pas square. Donc toi, tu vas faire la fête de ton côté, et moi, je reste toute seule. Tout le monde est gagnant.

Un léger sourire flotta sur les lèvres de James.

- Sauf que moi, une fois que mon père sera au courant, je suis sûr d'être mort.

- Tu préfères passer ce soir seul avec moi, qui suis tout sauf une compagnie recommandable, ou avec ta petite amie ?

Le sourire de James se fana légèrement, et Gaïa crut un instant durant qu'elle avait gagné la partie. Seulement, James ne semblait pas prêt de céder, pour une raison qui lui était totalement inconnue. Toujours est-il qu'il secoua la tête.

- Chloé s'est déjà faite à l'idée, dit-il simplement. On ne passera pas le Nouvel An ensemble, c'est tout. Elle survivra.

Gaïa fronça les sourcils, étonnée que James ne fasse allusion qu'à Chloé, dans l'histoire, sans paraître lui-même réellement déçu de cette soirée en solitaire. Puis, elle haussa les épaules.

- Comme tu veux, grommela-t-elle finalement. Mais ne te plains pas demain parce que tu n'auras pas pu passer une soirée sympa.

James haussa à nouveau les épaules, un sourire amusé sur les lèvres.

- Des soirées sympas, il y en aura d'autres. Et arrête de vouloir me tenter à faire la fête. J'ai passé l'âge.

Gaïa lui lança un regard noir, avant de sortir de la pièce en claquant la porte. Elle aurait volontiers préféré passer la soirée seule. Elle avait l'idée de faire quelques recherches pour retrouver son père, mais elle se doutait qu'Harry voulait que son fils jette un œil à ses activités de la soirée, pour l'empêcher, justement, de se plonger dans de telles recherches. Harry Potter semblait penser qu'il était de son devoir de la protéger, et elle n'en avait pas envie. Une semaine qu'elle était là, et une semaine qu'il lui assurait que les recherches pour son père allaient bientôt commencer. Seulement, soit il n'avait rien entamé du tout, soit il lui cachait quelque chose. Et ça ne lui plaisait pas du tout.

Δ | o

Ginny n'avait jamais apprécié être mise à l'écart, mais elle savait aussi quand il était nécessaire pour Harry qu'elle le laisse garder ses secrets, jusqu'à ce qu'il soit prêt à lui en parler. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas laissé plus d'une semaine s'écouler entre le moment où il découvrait une information quelconque et celui où il en parlait à Ginny. Elle savait simplement qu'il avait besoin, de temps à autre, de s'éloigner de sa famille, pour prendre le temps d'assimiler l'information, de la comprendre, puis de la partager.

Aussi, lorsqu'elle vit que lui et Gaïa semblaient partager un secret, et que l'une était déterminée à ne pas en parler tandis que l'autre lui adressait un sourire peiné, elle décida de dispenser Harry de l'aider à préparer les plats qu'ils devaient apporter chez Ron et Hermione, et elle le laissa monter s'isoler dans leur chambre. Elle, pour s'occuper, décida de mettre à son service son fils et son meilleur ami, plutôt que de les laisser être oisifs une après-midi entière.

Et puis, elle aimait tellement les voir être de vrais adolescents, de ceux qui n'avaient pas à se soucier d'une guerre quelconque, qu'elle ne pouvait s'empêcher de rire de leurs bêtises, plutôt que de les réprimander.

Δ | o

De son côté, Harry remerciait Merlin que Ginny accepte parfois ses silences. Une fois enfermé dans la chambre conjugale, il sortit le coffre qu'il avait récupéré, et remercia à nouveau Merlin, pour avoir mis Gaïa sur sa route cette fois.

Le petit coffre était à présent posé au milieu du lit, et Harry l'observait, debout, se demandant sans cesse ce que pouvait bien renfermer cette petite boîte, si habilement dérobée à la vue de tous. Si jamais Gaïa n'avait pas remarqué cette portion sèche du mur, il aurait certainement fallu attendre la ruine de la famille Potter pour qu'on puisse découvrir cette cavité.

Décidant de prendre la chimère par la queue, il se posa enfin sur son lit, à côté du coffret. Il l'ouvrit délicatement, ayant peur de le briser, tellement l'objet semblait ancien. Et, ancien, il l'était certainement, vu l'état des papiers qu'il renfermait. Les parchemins étaient jaunis, tous, y compris les premiers de la pile, qui étaient pourtant les plus récents. Il jeta un rapide coup d'œil sur tous, et comprit rapidement ce à quoi il avait affaire.

Ces papiers étaient des mémoires. Les mémoires des personnes qui avaient possédé la Relique Cape. Le premier nom inscrit en haut du parchemin était celui d'Ignotus Peverell, tandis que le dernier homme à avoir inscrit son nom sur un papier n'était nul autre que son propre père, James Potter.

Harry soupira, ôtant ses lunettes, se sentant fatigué alors même que l'après-midi ne touchait pas encore à sa fin. Refoulant l'envie dévorante qui lui ordonnait de lire tout d'abord les parchemins sur lesquels se dessinait l'écriture de son père, il prit le papier d'Ignotus.

« J'aimerais que tout descendant ait droit à la Cape, mais le fardeau est bien trop lourd à porter. Seul un aîné peut réellement comprendre et supporter le poids lié à l'importance de cette Relique. Je ne sais si mes frères seront assez raisonnables pour ne pas parler autour d'eux de ce dont ils ont hérité… »

Des phrases semblables s'étalaient sur plusieurs feuilles, jusqu'aux mots fatidiques.

« Antioche et Cadmus n'ont pas su se montrer raisonnables, et la Mort les a tous deux emportés. J'en suis navré. Je sais que mon fils sera plus raisonnable, et saura cacher à tous ce dont il a hérité. J'espère que mes neveux auront la même sagesse que j'espère pour mon propre fils… Il est temps, à présent, que je laisse les plus jeunes vivre leur vie, et que la Mort et moi nous retrouvions. La vie sur terre n'a plus la même saveur depuis Son départ… »

Harry supposa que la personne à laquelle faisait allusion Ignotus, sur un ton qu'on devinait être révérencieux, était sa femme, certainement décédée. Il en eut la confirmation en parcourant les mémoires du fils d'Ignotus.

Les mémoires suivantes répétaient inlassablement la même histoire. L'héritage, la Cape, le besoin de la cacher, et la peine ressentie en réalisant que les autres membres de leur famille, Héritiers eux aussi, n'avaient pas su faire preuve de sagesse et taire l'héritage qu'ils possédaient.

Et puis, aux alentours de la période qu'Harry supposa être celle du quinzième siècle, peut-être début du seizième, le ton changea.

« Je pensais qu'à force d'entendre parler à tout va des Reliques, les autres Héritiers les avaient perdues ou, même, n'avaient plus connaissance de leur existence. Qu'Elles étaient devenues une croyance populaire. Pourtant, ce soir, j'ai réalisé que j'étais suivi. J'ai la désagréable sensation que l'un d'entre Nous – je parle des Héritiers – souhaite renouer le contact. Or, connaissant le lourd passé des Reliques, je doute que ses intentions soient réellement louables… »

Les lettres suivantes faisaient état de la même réflexion, de la même sensation, et les écritures se faisaient plus pressées, plus anxieuses, plus penchées.

« Nous ne sommes plus des Peverell, et nous retrouver devrait être plus difficile. Cependant, il semble que l'un d'entre Nous opte pour des méthodes qui lui permettent de Nous retrouver plus facilement. Ceci n'augure rien de bon, et la discrétion est de plus en plus de rigueur. J'ai parfois l'impression que je ne peux plus faire confiance à ma propre femme, qui n'a pourtant pas idée de cet héritage que je porte. Et je crains sans cesse de lui faire porter ce poids… »

Aux alentours du dix-huitième siècle, le nom qui était rattaché à la Cape changeait à nouveau, sans qu'il ne devienne Potter avant deux générations. C'est lorsqu'il arriva à ce nom qui était le sien qu'Harry réalisa que la terreur habitait de plus en plus ses ancêtres.

« Je n'avais jamais vu Ella dans un tel état de fureur. Elle m'a fait remarquer que nos vies étaient déjà bien souvent mises en danger, du fait de notre métier, pourtant, je réussissais l'exploit d'être encore plus irresponsable, en lui avouant le besoin de confier à James ce dont il était l'héritier. Mais je ne suis pas sûre qu'elle comprenne. Elle ne voit que ce danger tapi dans l'ombre, celui dont nous avons conscience depuis des générations, sans parvenir à mettre le nom dessus. James a besoin de savoir. Il doit savoir qu'il est celui qui doit garder la Cape pour toujours, celui qui doit La transmettre à son fils, et lui faire comprendre quelle importance Elle a. Il doit être celui qui cachera la Cape à celui qui souhaite s'en emparer pour faire le mal. Ella n'arrive pas à comprendre à quel point cela est important. »

La lettre suivante était datée de quelques années plus tard.

« James, mon fils. Tu sais à présent de quoi tu es l'héritier. Les temps sont de plus en plus durs, pour une cause différente de celle à laquelle je viens de te confronter. Même si cela est difficile, même si tu ne comprends certainement pas tous les enjeux, j'aimerais que tu saches que je ne te mets pas dans la confidence uniquement pour me débarrasser de ce fardeau. Je le fais parce que je sais que tu es digne de la Cape, et que je sais que tu sauras préserver l'héritage qui est le tien, avant de le transmettre à ton fils, ou à ta fille. Je t'aime, mon garçon, et j'espère que tu sauras préserver ton héritage du mieux possible. »

C'était ensuite au tour de l'écriture brouillonne d'un adolescent d'apparaître sur les parchemins.

« Foutaises, papa. Si tu m'aimais, tu m'aurais évité cette fichue brûlure. OK, j'ai un tatouage, mais franchement, ça fait mal. Super mal, même. Et je ne peux même pas en parler à Sirius, en plus. C'est nul, quoi. Ceci dit, merci pour la Cape. Ça, pour le coup, c'est génial. Je vais pouvoir faire plein de trucs avec, t'as même pas idée. »

Harry sourit, amusé par l'idée que son père se faisait de la Cape. C'était la même idée qui lui avait traversé l'esprit lorsqu'il avait reçu ce cadeau.

« Bon. En vrai, c'est vraiment pas sympa, cette histoire de Cape. Parce que, vois-tu, cher(e) héritier(e) – j'aimerais bien une fille, mais je ne suis pas sûre que Lily soit bien d'accord à l'idée. En tout cas, si t'es une fille, félicitations ! Et si t'es un garçon, t'as plutôt intérêt à me ressembler, sinon, t'as pas de chance. Hum, pardon. Je disais… Oui, voilà, c'est pas sympa tout ça. Parce que tu vois, là, à l'heure actuelle, il y a un type qui se fait appeler Voldemort et qui a décidé de zigouiller ceux qui ont des idées contraires aux siennes – je sais, je dois parler mieux. Promis, je ferai des efforts une fois que tu seras né(e). Une fois encore, si t'es une fille, c'est mieux. Bref. Ouais, donc, on a ce type-là. Pas très bien dans sa tête, si tu veux mon avis. Et, à côté de cela, il y l'AUTRE type. Celui qui n'a pas de nom, qui ne ressemble qu'à un point d'interrogation géant, et qui nous poursuit depuis des générations. Bref, d'ici à ce que tu sois né(e) – t'ai-je dit que je voulais une fille ? – j'espère que l'un ou l'autre de ces psychopathes sera mort. Sur ce, Patmol – c'est ton parrain. Lily n'est pas encore au courant. Ceci dit, Lily n'est pas au courant de grand-chose concernant notre futur en commun, maintenant que j'y pense – vient d'arriver, et il a besoin de la Cape. Qui est un super outil, mon gars. Mince. Ma fille. Pas facile de parler à un être pas encore vivant. »

Harry sourit en lisant l'insouciance évidente de son père, malgré la guerre qui se profilait peu à peu à l'horizon.

« Ouais, bon, je sais, j'avais dit que je voulais que tu sois une fille, mais j'ai changé d'avis. Je veux juste un gamin à gâter, en fait. Fille, garçon, c'est la même chose. Du moment que tu comprends ce que c'est que cette Cape, hein… Le truc, c'est que je ne sais pas encore comment je t'expliquerai ce que c'est, que cette Cape. Parce que je peux t'expliquer Voldemort, sa bande de débiles collés à lui, je peux t'expliquer ses idées détestables, je peux t'expliquer pourquoi ta mère, c'est un rayon de soleil, mais je ne suis pas capable de t'expliquer pourquoi un type que je n'ai jamais rencontré te veut du mal. J'aimerais te dire qu'il n'y aucun danger pour toi, mon héritier, ou héritière, seulement, j'ai peur de ce monde dans lequel tu vas plonger. Je veux dire, ce monde me fait peur. Comment vais-je pouvoir te faire comprendre les dangers tout en tentant de les minimiser ? Parce que je ne veux pas que tu vives avec cette trouille qui nous prend aux tripes. Dire que t'existes même pas et que je te parle déjà comme si tu étais là. C'est pas plus mal. Je suis pas sûr de vivre assez vieux pour te voir grandir. Un Cognard, Voldemort… Ou Lily. Cette fille est une vraie sorcière ! Enfin, oui, évidemment. Tu m'as compris. Enfin, j'espère que tu m'as compris. En parlant de Lily… Elle est actuellement seule dans une aile reculée de la bibliothèque. Peut-être qu'elle veut un peu de compagnie ? À bientôt, mon petit ! »

En voyant la date en haut du parchemin, Harry se demanda si, en ce début de septième année de son père, ce dernier avait réussi à discuter calmement avec Lily, ou s'il avait fallu quelques semaines de plus avant que celle-ci n'accepte réellement un rendez-vous. Toujours est-il que la dernière lettre datait d'après la naissance d'Harry.

« Mon Harry… T'es là, enfin. Je savais bien que tu allais me ressembler ! Mais si, mais si ! Enfin. Lily n'est toujours au courant de rien. Toi non plus, évidemment. Je vais essayer de t'écrire sur ce parchemin tout ce que je sais. Parce que, malgré le sorcier doué que je suis – et bien que ta mère soit une super sorcière aussi, n'en doute pas un seul instant – j'ai peur que cette guerre ne nous soit fatale. On ne peut faire confiance à personne. Parfois, j'ai l'impression que je ne peux pas faire confiance à ceux avec qui j'étais à Poudlard. Hormis les Maraudeurs. Mais cela, c'est une autre histoire. Harry, ce que j'écris là, c'est très important. J'ai fait quelques recherches, de mon côté. De petites recherches, certes, mais utiles tout de même. L'un des héritiers fut l'élève de Nicolas Flamel. Et peut-être qu'il s'appelle Bob Lockwood. Si Lily apprend que j'ai dû draguer une ancienne petite amie pour avoir accès à ces départements du Ministère de la Magie, ceux qui permettent de faire des recherches généalogiques, je pense qu'elle me tue. Elle me tuera le jour où elle apprendra pour les Reliques, de toute façon… Écoute, Harry. Ou, plutôt, lis attentivement. Je ne sais pas si l'ancien élève est aussi Bob Lockwood, mais si c'est le cas, tu dois te méfier de lui. Sinon, recherche-le. Il pourra peut-être t'aider. L'union fait la force. Mais, d'abord, occupe-toi de ta sécurité. Je préfère te savoir en vie plutôt que risquant ta vie, entre deux guerres totalement différentes… J'espère rester en vie assez longtemps pour te dire tous ces mots de vive voix, mais si ce n'est pas le cas, sache ceci, Harry. Ta mère et moi, nous t'aimons, tu n'as pas idée à quel point. Et si jamais un jour, tu souhaites faire des recherches, va traîner du côté du Département des Mystères. Tu trouveras certainement ce dont tu as besoin pour retrouver certaines personnes… Je n'en dis pas plus. Je ne doute pas un seul instant que tu sauras trouver ce dont tu as besoin. Bonne chance, Harry. »

Cette lettre avait été écrite deux mois avant la mort des Potter. Harry renifla, légèrement secoué. Il remarqua l'heure avancée, et soupira. Il allait devoir fêter le Nouvel An, sans que sa morosité ne gâche la fête. Il attendrait le lendemain pour lancer enfin les recherches sérieuses.

Parce que, pour le moment, il s'était confronté à un mur, incapable de trouver des renseignements sur le père de Gaïa, ou sur un élève de Nicolas Flamel. Maintenant, il savait qu'il pourrait trouver des renseignements du côté du Département des Mystères. Il ne restait plus qu'à découvrir derrière quelle porte pouvait bien se cacher ces renseignements.

Mais, avant cela, il prit une plume et un bout de parchemin, et coucha quelques mots sur un parchemin qui ne tarda pas à rejoindre les papiers déjà existants.


Note d'auteur

Ma semaine de vacances était bien sympathique, mais bien trop courte... Enfin, je suis tout de même contente de tous vous retrouver ! Bienvenue aux nouveaux, félicitations aux anciens d'être restés. Et félicitations à DelfineNotPadfoot qui ne pleure presque pas devant mes chapitres à corriger. Elle rit juste nerveusement quand je lui dis le nombre de pages, hem.

Je vous dis un grand merci général pour vos reviews, et j'apprécie énormément de lire vos réactions, et tout ça. Même si des fois, je me dis que je devrais couper les chapitres pour que vous ayez moins à dire, en fait... Non, je plaisante. Presque. Enfiiiiin, que vous dire. Voilà Gaïa lâchée sur le Chemin de Traverse, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle sait se faire remarquer. Brave petite.

Plus sérieusement, je voulais savoir si certains d'entre vous sont gênés par certains éléments de l'histoire, qu'ils trouvent incohérents. Dans l'ensemble, je me base sur ce qui est présent dans les livres et sur Pottermore (Ollivander a bel et bien des enfants ; est-ce qu'ils ont repris la boutique, et est-ce que le dernier peut vraiment être aussi jeune, quitte à avoir le même âge que Gaïa ou presque, je ne suis pas sûre). Mais je sais que certains ont plus les images du film en tête. Si jamais cela vous gêne, dites-le moi. J'essaierai de mettre en note un petit rappel, une petite explication des faits.

Sur ce, au lieu de vous assommer de blabla que vous ne lisez certainement pas, je vais écrire un petit mot aux anonymes de la semaine précédente.

Guest, tout d'abord, bienvenue ! Ensuite, savoir que tu as apprécié A&M, et que tu penses que celle-ci peut te plaire me fait très plaisir :). Donc, merci pour ces quelques mots, et merci pour ta review aussi. Quant à l'absence de reviews, ne t'inquiète pas, je ne suis pas une quémandeuse.

Plumdore, effectivement, Lily est spéciale. Ceci dit, je crois que c'est toute la famille qui est comme ça... Harry t'énerve, vraiment ? C'est étrange. Enfin, je peux le concevoir, ceci dit. Non, elle n'est pas agoraphobe, mais elle a tout de même des peurs, comme tu as pu le voir ici :). Et un sacré caractère, ce qui n'arrange définitivement rien ! Enfin. Merci pour ta review :).

Sur ce, puisque je n'ai plus rien à vous dire et que j'ai décidé de garder un minimum de cohérence dans ce que je dis, je vais arrêter là cette note d'auteur, et je vous dis simplement à la semaine prochaine, sans faute. Bonne semaine à tous !