Chapitre 4
Où l'on s'étonne de la compagnie de l'autre.
James essaya de se rappeler la dernière fois qu'il avait passé un Nouvel An seul. Rapidement, il se rappela que cela n'avait jamais eu lieu. Il soupira, et s'affala dans le canapé du Square Grimmauld, en sirotant la bièraubeurre qu'il avait rapportée de chez ses parents. À l'heure actuelle, il ne préférait pas imaginer l'état dans lequel devait se trouver leur maison de Godric's Hollow, et il pria sincèrement pour que son frère soit dans un état assez correct le lendemain matin pour nettoyer la maison avant le retour de leurs parents. Ceci dit, il savait que sa petite sœur serait sur place et, surtout, serait plus raisonnable. Ou, du moins, qu'elle ne s'aventurerait pas à toucher à une goutte de Whisky-Pur-Feu, au contraire de ses aînés.
James jeta un coup d'œil à sa montre, et soupira exagérément. Il était plus de vingt-deux heures, un soir de Nouvel An, et il entamait sa première Bièraubeurre. Que Merlin vienne le sauver.
Il sortit sa baguette de sa poche et, pour passer le temps, s'amusa à tracer des formes dans l'air. Rose, violet, bleu, jaune, orange… Les couleurs s'égrenaient, rompant la monotonie du moment, et lui faisant oublier jusqu'à Kreattur, leur vieil Elfe qui avait toujours refusé de quitter cette maison, et qui la nettoyait pour eux les lendemains de Nouvel An.
Kreattur n'avait plus toute sa tête, mais, parfois, James et lui avaient eu de profondes discussions. Du moins, c'est ce dont se rappelait James, mais vu l'état d'ébriété dans lequel lui et ses amis terminaient leurs soirées de Nouvel An, il n'était plus tout à fait sûr de la certitude de ses pensées.
Il cessa brusquement tout mouvement, et tendit l'oreille, cherchant à percevoir la preuve que Gaïa était toujours dans la maison. Il avait bien compris que la proposition faite dans l'après-midi pour le tenir éloigné de la maison et d'elle était uniquement une ruse pour se mettre à faire ses propres recherches. Or, son père avait été clair sur ce point. Elle devait toujours être supervisée lorsqu'elle tentait de faire ses propres recherches. Harry avait deviné que Gaïa était une solitaire, et qu'elle ne tenait pas à faire part aux autres de ses travaux. La proposition qu'elle avait faite à James dans l'après-midi le prouvait.
Il ne fut rassuré que lorsqu'il entendit deux bruits distincts. Le grommellement de Kreattur d'une part, et le doux bruissement de pas qui se déplaçaient sur la moquette épaisse des Black d'autre part.
Il se remit à dessiner des traits dans l'obscurité, se demandant vaguement ce que pouvait faire Chloé à une telle heure. Non pas que la perspective de passer la soirée avec elle le dérangeât réellement. Il savait juste qu'il n'arrivait pas à être lui-même avec les amis de Chloé. Il les trouvait insipides.
La lumière s'alluma brutalement, et ses yeux le brûlèrent, protestant à leur manière du traitement qu'on leur infligeait.
- Joli, commenta Gaïa en désignant le trait de couleur verte qui s'estompait peu à peu.
- Merci, dit James.
Elle se jeta sur un canapé, ses jambes passant par-dessus l'accoudoir.
- Tu faisais quoi ?
- Des traits de lumière, répondit laconiquement James. Et toi ?
- Je cherchais à fuir votre serpillière.
James haussa un sourcil surpris.
- C'est pas une serpillière, le truc tout moche qui se promène dans la maison en grommelant des insanités ?
James éclata de rire.
- Non, c'est Kreattur.
- Ouais. Si tu le dis. Une serpillière améliorée, quoi…
Il haussa les épaules avant de se redresser souplement, faisant basculer ses jambes vers le sol. Il observa Gaïa, qui avait une Bièraubeurre à la main. Il loucha sur la bouteille. Suivant le regard du garçon, elle se sentit obligée de s'expliquer.
- Je me suis permise de me servir, hein. C'est pas parce qu'on est seuls qu'on ne peut pas profiter un peu de ce Nouvel An.
James ne pouvait pas savoir, ceci dit, que Gaïa avait compris le concept du Nouvel An comme lui l'entendait uniquement en écoutant Albus en parler dans le courant de la semaine.
- Entièrement d'accord, marmonna James en buvant une gorgée.
Aussitôt imité par Gaïa.
- Pourquoi t'es resté là ? lui demanda-t-elle de but en blanc.
- Parce que mon père me l'a demandé.
Elle sourit, sarcastique.
- Par pitié, pas de ça ici. J'entends ta sœur qui parle de toi depuis une semaine, et qui multiplie les allusions visant à me faire comprendre qu'avant, tu étais un fêtard invétéré.
James se crispa légèrement.
- Et là, tu as la possibilité de faire la fête, avec ta petite amie en plus, et tu restes ici, à tenir compagnie à une fille qui n'est même pas de ta famille et qui a chamboulé ta vie d'une telle manière que tu serais en droit de la haïr. Alors, pourquoi ?
James haussa les épaules, vague, mais Gaïa n'avait aucune intention de le laisser s'en sortir comme ça. Il soupira.
- Parce que… parce que je n'aime pas trop les amis de Chloé, avoua-t-il du bout des lèvres.
Gaïa émit une moue étonnée.
- Et tu ne pouvais pas le lui dire, à Chloé, que tu préférais passer le Nouvel An seul avec elle plutôt qu'avec ses amis que tu n'aimes pas ?
- Je n'ai pas jugé nécessaire de dire à Chloé que je n'apprécie pas ses amis, expliqua lentement James.
- Et pourquoi cela ? s'enquit Gaïa.
- Tu arrêtes de poser des questions, parfois ? rétorqua vertement James.
Gaïa se tut, légèrement vexée. Elle fit glisser son regard vers son tatouage, et soupira légèrement. James fit de même pour le sien, avant que son visage ne s'éclaire légèrement.
- Je te propose un jeu.
Aussitôt, il sentit qu'il avait l'attention de Gaïa, au même titre qu'il sentait son excitation monter en flèche. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas laissé guider par l'impulsion qui le caractérisait et que Lily regrettait tant. Parfois, il aurait apprécié redevenir ce garçon qu'il était auparavant, insouciant.
Il vit rapidement que Gaïa restait sceptique à sa proposition.
- Comme si on avait treize ans ? railla-t-elle.
- Eh, c'est bon, on en a bien plus que treize… Quoi que, non, se reprit-il, décontenancé. C'est vrai que tu en as seulement seize, toi…
Elle lui lança un regard peu amène, lui interdisant de toute évidence de faire le moindre commentaire concernant un âge qu'il pouvait trouver jeune. Il sourit, plutôt étonné de s'être si facilement laissé prendre au piège par l'apparence de la jeune fille. Gaïa restait à l'écart des jeunes de son âge et, de ce fait, il l'avait mise dans le même panier que lui. Légèrement plus âgée, qui avait oublié les histoires de collège pour se concentrer sur la vie active. En réalité, elle ne s'intéressait pas aux histoires de ses frères, sœurs, cousins et cousines parce qu'elle n'avait pas la moindre notion de ce qui les intéressait.
- Je te propose une soirée en toute franchise, commença James en buvant une grande gorgée de sa Bièraubeurre.
Il frissonna légèrement, la fraîcheur de la boisson lui rappelant que son simple polo n'était pas adapté à cette maison trop peu chauffée, au contraire de celle de Godric's Hollow, dont les flammes de la cheminée permettaient une température douce et avenante durant les longues journées d'hiver.
Comme si elle l'avait entendu, Gaïa pointa sa baguette en direction de l'âtre sombre, et une douce lueur s'en dégagea aussitôt, accompagnée d'une chaleur réconfortante. Puis, elle fit signe à James de continuer, un regain d'intérêt dans les yeux.
Elle connaissait l'honnêteté depuis toujours. Après tout, elle n'avait eu personne à qui mentir, à part son père, qui la connaissait trop bien pour lui permettre cette bassesse.
- Qu'est-ce qu'on gagne, à la fin de ce jeu ?
- L'avantage de…
James se gratta le haut du crâne de sa main vide, faisant preuve d'une gaucherie qui ne lui donnait pas les vingt ans qu'il arborait pourtant.
- On gagne rien, simplement d'avoir passé un peu de temps, plutôt que de s'ennuyer fermement sur ce canapé à compter les moutons de poussière de cette maison. Parce que, je ne te le fais pas dire, des moutons, il y en a énormément. Mais c'est ennuyant de les compter…
Gaïa soupira, et joua un instant avec un fil qui dépassait de la couture du canapé. Puis, finalement, elle hocha lentement la tête, un air d'ennui à nouveau peint sur ses traits.
- Si tu veux, marmonna-t-elle simplement. Mais tu commences, exigea-t-elle en se renfonçant dans son canapé.
Ses neurones, malgré l'air ennuyé qu'elle arborait, tournaient à plein régime. Elle se demandait d'ici combien de temps James en aurait marre de ce petit jeu qui aurait pu s'annoncer intéressant si elle avait eu la certitude qu'il soit franc. Mais c'était typiquement un jeu qui n'amenait pas la franchise lorsqu'on ne se connaissait que peu. Les questions allaient certainement être inintéressantes. Avec le peu d'expérience qu'elle possédait en la matière, elle ne voyait pas comment on pouvait rendre intéressant une série de questions, surtout qu'elles étaient destinées à passer le temps. Au final, elle n'espérait qu'une seule chose. Que James se lasse rapidement, et qu'il la laisse seule, pour qu'elle réfléchisse à la situation dans laquelle elle se trouvait.
Sauf que la première question que lui posa James réveilla son attention, finalement.
- Si tu n'avais pas toute cette histoire d'héritage te pesant sur l'esprit, qu'est-ce que tu aimerais que ta vie soit ?
C'était une question intense, sur laquelle elle ne s'était finalement jamais penchée, étant donné qu'elle ne s'était jamais présentée. Elle hésita un instant avant de répondre.
- Je ne sais pas, avoua-t-elle.
James fronça les sourcils, pas du tout convaincu.
- Franchise, on a dit. Franchement, ce jeu est pourri, on est d'accord, alors autant faire en sorte de se ridiculiser en expliquant la vie idéale à laquelle on aspire, grommela-t-il.
Gaïa soupira.
- Je ne sais pas. Peut-être qu'une vie toute simple, où j'aurais des amis avec qui passer mes après-midi, plutôt que seulement mon père, ça aurait pu être sympa. Sauf que je n'aurai jamais la confirmation de tout ceci, puisque je n'aurai jamais le droit de vivre une telle vie. Chaque fois que j'ai rencontré quelqu'un, je n'ai pas passé plus de trois mois avec cette personne. Tu ne deviens pas amie en aussi peu de temps, avec autant de secrets que j'ai.
James entendit l'amertume qui coulait en même temps que les mots qui sortaient de la bouche de Gaïa, mais il décida de ne pas s'aventurer plus longtemps sur ce terrain. Il hocha simplement la tête.
- Pourquoi tu n'aimes pas les amis de Chloé ? s'enquit brutalement Gaïa.
- Nous n'avons pas tout à fait les mêmes centres d'intérêt, dit lentement James.
Gaïa haussa un sourcil, sarcastique, comme devinant aisément qu'il ne faisait preuve d'aucune franchise.
- OK, en réalité, ils sont… En fait, c'est méchant de ma part de dire cela, grommela James, puisque je ne les ai presque jamais vus. Mais il s'avère que les deux fois où je les ai vus ont été les deux plus longs moments de toute ma brève existence. La première fois, c'était lors d'un repas organisé par Chloé. On a passé trois heures à table, et il ne s'est rien passé d'intéressant. Le seul truc qui a un peu allégé l'atmosphère, c'est lorsque Chloé a réalisé qu'elle avait oublié le gâteau, et que tout le monde lui a fait la réflexion qu'elle était trop tête en l'air. Voilà…
Il se tut, buvant une autre gorgée de Bièraubeurre.
- Et la seconde fois ? voulut savoir Gaïa.
- C'était à une soirée. Enfin, je croyais que c'était une soirée, nuança James. J'étais prêt à boire et tout ça, et voilà que lorsque je suis arrivé, j'ai appris que ce qu'ils appelaient soirée, c'était une sorte de repas autour d'un plateau de jeu. Ce n'était même pas une bataille explosive, ou je ne sais quoi d'un tant soit peu intéressant. Non, non, c'était des questions de culture générale…
Cette fois, Gaïa ne se retint pas. L'air déconfit de James, ajouté à l'ennui qui rythmait ses paroles et à l'image qu'elle se faisait de la scène la fit rire plus que n'importe qui ne l'aurait fait en connaissant James depuis aussi peu de temps et en sachant à quelle famille il appartenait. Mais, étant donné qu'elle n'avait pas l'habitude d'entendre parler des Potter à tout va depuis sa naissance, pas plus qu'elle ne connaissait réellement les règles de bienséance, ayant au maximum évité les contacts avec les autres personnes tout au long de sa vie, elle s'autorisa un rire tel qu'il aurait pu vexer quiconque avait apprécié ces deux rencontres.
James les ayant détestées, il ne tarda pas à joindre son rire à celui de Gaïa. Il reprit cependant rapidement son sérieux.
- Cela doit rester à jamais entre nous, est-ce que c'est bien clair ?
Elle hocha la tête.
- À toi, lui apprit-elle.
- Est-ce que tu aurais fait des recherches sans en avertir mon père, ce soir, si j'avais accepté de déserter ?
Une moue déçue se dessina sur les traits de Gaïa, tandis que ses yeux semblaient contenir toute la déception du monde.
- Quoi ? s'écria James.
- C'est terriblement nul, comme question, dit-elle vertement. Je m'attendais à un peu mieux de ta part, vu la franchise à laquelle tu sembles tant tenir. Est-ce que je dois vraiment me rabaisser au point de te répondre ? termina-t-elle durement.
Comme un gamin pris en faute, James secoua la tête, dépité. Gaïa avait quatre ans de moins que lui et, pourtant, il avait l'impression qu'elle le réprimandait comme le faisait sa mère lorsqu'il avait commis une terrible erreur.
Elle soupira, vaguement ennuyée tout à coup. Ennuyée par ce jeu, ennuyée de réaliser que James, finalement, ne valait pas mieux que les autres. Cependant, comme il avait à présent la confirmation qu'elle n'attendait que le moment propice pour se lancer dans des recherches qui n'étaient pas autorisées, elle soupira, et décida de relancer le jeu. Si on pouvait appeler ça un jeu. Après tout, comme l'avait fait remarquer James, il n'y avait pas grand-chose qui explosait, dans la pièce.
- La raison pour laquelle tu t'es fait le plus disputer par tes parents ? demanda Gaïa, s'attendant à une erreur stupide d'adolescent.
À sa grande surprise, James parut tout à coup fier et honteux de ce qu'il allait dire. Fier de ce qu'il avait pu faire, honteux parce qu'il en était fier.
- Bon, alors, j'avais quatorze ans, commença-t-il, et Gaïa put apercevoir à nouveau une lueur d'orgueil dans les yeux du jeune homme. C'était le premier avril, et mon anniversaire avait lieu dans deux semaines.
- Je ne vois pas le lien, marmonna Gaïa.
- Il fallait que je fasse une blague assez énorme pour que tout le monde s'en souvienne, mais que je ne laisse aucune trace pour ne pas être puni pour mon anniversaire, expliqua James.
Gaïa fronça à nouveau les sourcils.
- Mais pourquoi ne pas attendre après le premier avril ? insista-t-elle, confuse.
- Mais, parce que… Merlin, tu n'as pas la moindre idée de ce qu'est le premier avril ?
Elle secoua la tête, négative.
- Le jour des blagues ! s'écria James, abasourdi à l'idée qu'un sorcier puisse ne pas avoir connaissance de cette tradition sur cette planète. Plus ta blague est géniale, plus on s'en souvient ! Évidemment, la concurrence était rude, entre mon grand-père paternel et oncle George et son frère jumeau Fred.
Elle devina que le dernier n'était plus de ce monde en décelant une pointe de tristesse dans la voix de James lorsqu'il fit allusion au frère de George. Décidant qu'il n'était pas le temps des questions, elle le laissa continuer.
- Enfin. Là, l'idée du siècle me vient. Je décide de faire une blague parfaite. Elle l'était, d'ailleurs, la blague. Entre les changements de couleur des chapeaux des professeurs, des salles de cours qui demandaient à présent des mots de passe pour qu'on entre, de fausses chimères qui se promenaient dans le château et qui ressemblaient à des vraies… Non, je te jure, tout y était, et tout le monde a eu droit à son lot d'humiliation ce jour-ci. C'était parfait. Moi, j'étais coincé à l'infirmerie pour un soi-disant problème de sortilège reçu lors d'un cours de Sortilèges, justement. Sauf que… en réalité, je me suis éclipsé dès que l'infirmière a cru que je dormais, pour aller perpétrer les blagues qui avaient besoin d'aide pour être lancées. Le truc, c'est qu'une des personnes qui a reçu son lot de mauvaises surprises par ma faute, ce jour-là, a atterri à l'infirmerie, en affirmant à qui voulait l'entendre que j'étais le coupable. L'infirmière a fini par ouvrir mon lit à baldaquin, pour lui prouver que j'étais là, en train de dormir, et que ses cris n'allaient pas tarder à me déranger. Sauf qu'évidemment, le lit était vide. Je n'avais même pas pensé à le remplir d'oreillers, ou de trucs du genre, pour faire illusion. Alors, forcément, il y a eu une grande chasse à l'homme dans le château. Mais j'avais réussi à faire s'évader les Scroutts à Pétard avant ça, alors ça va, tout n'était pas perdu. Bon, sauf que quand ils ont réussi à m'attraper, ils n'étaient pas bien contents, les professeurs. Et mon père qui appartient au conseil d'administration de Poudlard n'était pas ravi non plus, avoua-t-il. Je l'ai entendu me hurler dessus durant vingt minutes.
Gaïa haussa les épaules, pas franchement impressionnée.
- Après, ma mère a pris le relais, et il faut savoir que ma mère a beaucoup plus de souffle que mon père, grimaça James. Mes oreilles en sifflent encore. Mais ça valait le coup, affirma-t-il.
Elle leva sa bouteille, entièrement d'accord avec lui. Une bonne dose de rire n'avait jamais fait de mal à personne.
- Et toi, alors ? Quelle est la raison qui a rendu ton père plus en colère que jamais après toi ?
Elle haussa un sourcil, sarcastique.
- Tu n'es pas bien imaginatif, dis-donc…, lui reprocha-t-elle.
- C'est simplement pour commencer, lui affirma James.
Elle ne se départit pas de son sourire moqueur pour autant, mais accepta l'explication pour l'instant, avant de se lancer dans ses explications.
- Je crois que j'avais neuf ans, et je venais d'appeler mon père « papa », dit-elle.
Ce fut au tour de James d'hausser un sourcil peu convaincu.
- Tu plaisantes ? s'esclaffa-t-il.
- Pas du tout, lui répondit Gaïa, sérieuse comme jamais. Mon père m'a toujours interdit de l'appeler « papa », ou « père ». Je n'avais le droit de l'appeler que par son prénom. Ce jour-là, je venais de rencontrer un garçon de mon âge, et il m'a demandé qui était l'homme qui m'accompagnait. Je lui ai dit que c'était mon père, et c'est là qu'il – mon père, je veux dire – m'a tiré en arrière, m'a asséné la pire gifle de ma vie et m'a engueulé une bonne heure, en me rappelant que je n'avais aucun droit de l'appeler de cette manière devant autant de personnes. Voilà.
Gaïa avait raconté son histoire d'un ton monocorde, ne lui accordant en réalité aucune importance, pourtant, James la regardait comme désolé pour elle.
- C'est bon, hein. J'avais désobéi à une règle, alors c'est normal qu'il me le reproche.
James se secoua, les sourcils froncés.
- Tu réalises ce que tu dis ? Ton propre père refuse que tu le nommes ainsi ! Enfin, Gaïa, ce n'est pas… normal.
- Pour lui, ça l'est.
- Mais…
- Fin de la discussion, grogna Gaïa.
Son ton était peu amène, et elle n'avait définitivement aucune envie de discuter de cela avec James. Cependant, c'était sans compter sur le garçon qui avait encore beaucoup à dire concernant cette méthode controversée de reprocher à une enfant l'enfreinte d'une règle, surtout stupide comme celle-ci.
- Non, ce n'est pas la fin de la discussion. Enfin, Gaïa, tu dis cela comme si c'était normal ! Ton père n'a pas à te traiter comme ça, et tu aurais dû…
Il s'arrêta net, ne sachant comment terminer cette phrase, et alors que Gaïa lui lançait un regard noir.
- J'aurais dû faire quoi ? Me plaindre à quelqu'un ? Et à qui ? Je n'ai jamais eu personne d'autre que mon père. Tu voulais que je me plaigne au premier venu, sans savoir s'il n'était pas le type qui nous recherchait depuis des années ? Brillante idée ! railla-t-elle. Écoute… Ces règles sont celles imposées par mon père, voilà tout, et je me dois de les suivre. Je ne l'ai pas fait, j'ai été punie. Fin de la discussion, répéta-t-elle.
Cette fois, James ne songea pas à protester. Il était tout simplement trop abasourdi pour dire quoi que ce soit de plus, et il décida de respecter la décision de Gaïa de ne pas en dire plus cette fois-ci. Intérieurement, cependant, il n'était pas calme. Peu à peu, une vision de ce qu'avait dû être la vie de Gaïa se dessinait dans son esprit, et il se doutait que celle-ci ne ressemblait en rien aux vies des aventuriers qui se battaient pour la justice dans les livres qu'il avait lus enfant. Il était prêt à parier que Gaïa n'avait pas souvent rencontré des alliés inattendus sur sa route, pas plus qu'elle n'avait dû être capable de se battre contre dix ennemis à la fois, n'ayant pas même l'idée de ce à quoi pouvait ressembler son ennemi principal.
- C'est quoi, le problème entre Scorpius Malefoy et ta cousine Rose ?
James se pencha en avant, légèrement surpris de la question que lui posait Gaïa. Cette question n'avait aucun rapport avec lui directement et, surtout, il ne se doutait pas que Gaïa puisse déjà avoir une idée des relations tendues et peu cordiales qu'entretenaient le meilleur ami de son frère avec sa propre cousine.
- C'est compliqué, avoua James.
- Je crois que je suis capable de l'entendre, railla Gaïa.
Il sourit, malicieux.
- Je n'en doute pas un seul instant. Tu me sembles plutôt futée, au final. Mise à part ton ignorance de presque tout ce qui concerne la société sorcière moderne.
Elle ravala son amertume tant bien que mal devant la vérité écrasante que lui assénait James, et déglutit, attendant presque patiemment qu'il lui raconte l'histoire.
- Il faut savoir que ça a commencé quand ils étaient tous les deux en première année. J'étais déjà en cinquième année, pour ma part, et je t'avoue que ce qui se passait dans la vie de ma cousine, ce n'était pas ma préoccupation première. Bref, il s'avère que le premier jour de cours, Scorpius s'étonne tout haut qu'une Weasley dont on a toujours vanté l'intelligence atterrisse à Gryffondor. En fait, je crois qu'il voulait tout simplement dire, après ce que lui avait raconté Albus la veille au soir, que Rose devait être au même titre que lui et Albus à Serdaigle. Et c'est vrai, Rose est intelligente. Mais elle est de toute évidence plus courageuse qu'intelligente… Toujours est-il qu'il s'amuse et qu'il lance, sur le ton de la plaisanterie, une blague qu'Albus et Rose se sont toujours faite, à savoir que ce serait bien qu'ils aient été adoptés, pour ne pas avoir à subir encore la pression de leur nom de famille.
James soupira.
- Mais Poudlard est une école où seuls les ragots vont plus rapidement que le plus rapide des hippogriffes et, malheureusement, toute la Grande Salle l'a entendu. La plaisanterie n'a pas été interprétée de la bonne manière. Évidemment, Rose était dévastée, et se sentait même trahie par Albus, qui avait osé raconter ça à un garçon rencontré la veille au soir. Je sais qu'ensuite, Scorpius et Albus ne se sont plus parlés jusqu'à être en retenue ensemble. Mais le mal était fait, et Rose était trop chamboulée pour réfléchir correctement. Elle a raté un sortilège qu'elle avait pourtant réussi des dizaines de fois, cachée sous sa couverture !
James sourit, un peu rêveur, comme se rappelant de l'enfant enjouée qu'était sa cousine, comme on penserait à une personne disparue, et, dans un sens, c'était exactement cela. La Rose enjouée, qui courait dans tous les sens et s'accrochait à son cou, quitte à l'étrangler, avait disparu depuis déjà des années, pour laisser place à une enfant puis à une adolescente tourmentée, qui ne savait plus si le pied sur lequel elle devait danser était celui de la colère ou celui de la timidité.
- Rose est devenue renfermée, elle pensait que c'était la faute d'Hermione si elle était rejetée des autres, parce qu'Hermione lui avait toujours dit d'être ce qu'elle voulait être, même si cela ne plaisait pas aux autres. Du moment que Rose se sentait bien, tout allait bien. Sauf que Rose ne se sentait pas bien, et qu'elle ne s'est sentie bien qu'avec l'arrivée de Lily à Poudlard… qui a coïncidé avec la troisième année de Rose, Albus et Scorpius à Poudlard. Un soir, Rose a confié à Lily qu'un garçon lui avait proposé d'aller découvrir Pré-au-Lard rien que tous les deux, pour leur première sortie. Scorpius a eu vent de l'histoire, et a fait la réflexion à Rose que le garçon en question ne s'intéressait certainement qu'à son nom de famille, et qu'elle ferait mieux de se méfier des personnes qui daignaient lui adresser la parole. S'il s'est avéré plus tard que Scorpius avait raison concernant le garçon, Rose n'a pas du tout apprécié être humiliée par un Scorpius qui semblait mieux savoir qu'elle ce que les autres attendaient d'elle. Elle a recommandé à Scorpius de se mêler de ses affaires, et lui s'est énervé, en disant qu'il voulait simplement aider la cousine de son meilleur ami. Le ton est monté et, tout ce qu'il faut savoir, c'est que depuis, Scorpius ne rate pas une occasion de rappeler à Rose qu'il sait mieux qu'elle ce qu'attendent les personnes qui lui adressent la parole. Je crois que, dans un sens, il essaie de l'aider, parce qu'il sait comment elle peut être lorsqu'elle est de bonne humeur, joyeuse, et ce genre de trucs. Mais il ne réalise pas qu'il ne fait que pousser Rose à se renfermer, petit à petit… Maintenant, lorsqu'ils se voient, ils se sentent obligés de se bouffer le nez. Insupportable, mais, en même temps, il n'y a qu'avec Scorpius qu'elle montre un peu les dents, alors je me dis qu'il n'y a pas de raison de les empêcher de s'embêter.
Gaïa secoua la tête, imperturbable, ne ressentant aucune pitié particulière mais devinant qu'elle devait tout de même dire à James ce qu'elle avait vu plus tôt dans la journée.
- Scorpius fait pleurer ta cousine, à force de l'embêter.
La mâchoire de James se crispa légèrement.
- Rappelle-moi de lui refaire le portrait, alors. Parce que Rose n'osera jamais. Autant Lily n'hésite pas à dire ses quatre vérités à Scorpius, autant Rose n'ose pas. Je vais le tuer.
- T'aimes jouer le protecteur de la famille, je me trompe ? dit Gaïa sur un ton moqueur.
James haussa les épaules.
- C'est à ton tour de répondre, dit-il simplement. Quelle est ta plus grande peur ?
La réponse fusa aussitôt.
- Le vide.
- Quel vide ? s'étonna James.
- Tous. Le vide sous mes pieds, le vide en moi… Je crains d'être au sommet d'une falaise, et je crains ne plus rien ressentir, un jour, à force de faire taire mes émotions pour ne pas me laisser déborder. Mon père m'interdit toujours de me laisser guider par mes émotions, de peur qu'elles m'empêchent de réfléchir correctement. Il a certainement raison, il vaut bien que je ne me disperse pas. Mais, à force, je me dis que je ne pourrai plus rien ressentir… Il y a un an de cela, on se trouvait en Argentine, avec mon père, et je discutais avec une fille avec qui j'ai vaguement sympathisé. Elle m'expliquait qu'elle aimait ses parents tellement forts que, s'il leur arrivait quelque chose, elle n'était pas sûre de pouvoir surmonter la douleur. J'ai essayé d'imaginer ce que cela ferait, pour moi, si mon père disparaissait, et ce que j'ai réalisé m'a fait peur. J'en ai eu la confirmation la semaine dernière, marmonna-t-elle. Si jamais mon père disparaissait, je serais désolée pour lui, légèrement triste, puis, ensuite, je me dirais que c'est la vie, et qu'il faut bien qu'il meure pour qu'une autre personne naisse. Tu vois ? C'est de ce vide-là dont j'ai peur. Celui qui te fait passer pour une personne insensible. Je sais que je suis insensible. Je n'ai pas eu le sentiment que je devais protéger ta cousine, cette après-midi, lorsqu'elle s'est mise à pleurer. Mais, au fond de moi, je me disais que ce n'était pas normal que certaines personnes soient malheureuses. J'ai peur qu'un jour, je trouve cela normal que certaines personnes soient malheureuses, pour que d'autres soient heureuses. Tu vois, j'ai peur de ne plus éprouver aucun sentiment…
Étonnée d'avoir eu aussi peu de mal à mettre des mots sur cette frayeur qu'elle ne s'était encore jamais avouée, elle se sentit rougir comme une adolescente l'aurait fait si le garçon qui lui plaisait lui avait dit qu'il la trouvait jolie. Puis, la colère de se laisser dépasser par une émotion aussi stupide la prit, et son nez se plissa, faisant comprendre à James qu'il avait plutôt intérêt à ne faire aucun commentaire là-dessus. Il se contenta donc d'un sourire, avant de rapatrier les bouteilles de Bièraubeurre qui se trouvaient dans la cuisine jusqu'au salon.
- Faudra demander à Kreattur d'aller nous en chercher, dit-il simplement en regardant la faible quantité de provisions dans la caisse. Bon, alors, à quoi veux-tu que je te réponde en toute franchise ?
Gaïa réfléchit un instant. Il y avait bien une question qu'elle souhaitait poser directement à James, Lily ayant multiplié les réflexions au cours de la semaine, mais elle voulait d'autres réponses avant cela.
- En quoi est-ce que tu ne crois pas ?
Il fronça les sourcils.
- Pardon ?
Elle claqua de la langue, agacée.
- Ma question est pourtant simple ! Il y a bien un truc auquel tu ne crois pas, n'est-ce pas ? Alors que tout le monde y croit, toi, tu ne veux pas te laisser guider par la facilité, et tu refuses d'y croire. Alors, c'est quoi ? Qu'est-ce qui fait que tu te soulèves contre le sentiment général ?
James porta la bouteille qu'il avait en main à ses lèvres, souriant légèrement.
- Si Chloé entend cela, je pense que je suis bon pour une jolie dispute, plaisanta-t-il. Elle y croit tellement à toutes ces histoires concernant l'amour, le vrai, l'unique, celui qui va naître d'un coup, qui…
- Arrête, je vais finir par être impatiente, railla Gaïa tandis que James se lançait dans un monologue.
- Le coup de foudre. Je n'y crois pas. J'ai entendu toute ma famille, ou presque, m'expliquer qu'il y a plusieurs sortes de coups de foudre, que, parfois, ce n'est pas vraiment un seul coup, et tout ça. Mais moi, j'ai réfléchi à tout ça. Statistiquement, que ce soit un seul coup ou plusieurs, si tu prends la foudre, t'as quand même peu de chance d'être assez lucide après cela pour être vraiment amoureux. C'est vrai ! s'exclama-t-il alors que Gaïa éclatait de rire. La foudre, c'est pas le genre de trucs qu'il fait bon de recevoir, tu vois ? Arrête de rire !
La jeune fille se calma peu à peu, en hochant la tête pour tenter de faire comprendre à James qu'elle avait tout à fait compris ce qu'il venait de dire. Seulement, il était trop vexé pour interpréter ainsi son rire.
- Je te jure que je te comprends, finit-elle par réussir à souffler. Seulement, je ne pensais pas que tu pouvais être aussi terre à terre. « Être assez lucide après ça pour réaliser que t'es amoureux »… Elle est pas mal, celle-ci, ricana-t-elle.
Elle tendit sa bouteille dans un geste de réconciliation, et leurs goulots s'entrechoquèrent, comme pour sceller la promesse que la vision de James concernant les coups de foudre restera entre eux.
- Franchement, je ne sais pas qui est l'idiot qui a inventé cette théorie.
- Un type qui a reçu la foudre et qui s'est réveillé amoureux de son infirmière, hasarda Gaïa.
Ils échangèrent un sourire complice avant d'éclater de rire en chœur.
- Kreattur ! s'exclama alors James.
Aussitôt, à la grande surprise de Gaïa, ce qu'elle avait considéré comme une serpillière jaillit de nulle part et se tint au milieu du salon. Elle crut d'abord qu'elle ferait mieux de ne pas observer la créature trop intensivement, comme le lui avait conseillé Harry pour les Gobelins, mais elle réalisa rapidement que Kreattur était une créature d'un tout autre genre.
Déjà, Kreattur était vieux. Très vieux. Son dos était courbé, autant de vieillesse que de soumission, supposa Gaïa. Des touffes de poils blanches sortaient de ses oreilles, et même de ses narines. Le torchon qu'il portait autour de son frêle corps était certes propre, mais Gaïa se demandait s'il le changeait régulièrement. Ses yeux globuleux étaient humides, comme remplis de larmes, ou de tout autre liquide visqueux. Son nez, écrasé sur son visage, aurait certainement apprécié la visite d'un mouchoir. Cependant, malgré l'aspect peu ragoûtant de la créature, Gaïa ne pouvait s'empêcher d'être fascinée par la fierté qui se dégageait de Kreattur.
- Est-ce que tu peux aller nous chercher quelques bouteilles de Dracofeu, s'il te plaît ?
L'Elfe se pencha bien bas.
- Tout de suite, maître.
- Merci, Kreattur.
Toujours incliné contre la moquette, l'Elfe de Maison claqua des doigts, bien plus bruyamment que le geste ne le supposait, et disparut dans un tapage incomparable.
- Cet Elfe devient trop vieux, soupira James. Mais impossible de le faire quitter cette maison…
- C'est quoi, du Dracofeu ? s'enquit Gaïa.
- Un truc un peu plus fort que la Bièraubeurre, et qui est génial ! s'extasia James.
Il s'enfonça un peu plus dans son fauteuil, avant de glisser négligemment une main derrière sa nuque, pour s'y appuyer.
- Mon frère t'apprécie, dit-il alors abruptement.
- C'est une question, ça ? s'amusa Gaïa.
- Non, pas du tout, avoua James avec un léger sourire. Il me l'a simplement… fait comprendre.
Gaïa fronça les sourcils.
- Et alors ?
- J'sais pas, dit James en haussant les sourcils. Je trouve ça bien.
- Que ton frère apprécie une fille qu'il connaît depuis une semaine et qui est poursuivie par un psychopathe sans visage ? railla-t-elle.
- Qu'Albus se sente enfin assez en confiance pour se dire qu'il existe des filles qui n'en ont pas qu'après son nom.
- Je te rappelle que je ne connaissais pas votre famille avant la semaine dernière, protesta Gaïa.
- Tu m'as compris, soupira James. C'est un tout. I peu près un an, il est venu me trouver pour me dire qu'il ne comprenait pas que les sorciers qu'on connaissait puissent d'abord être intéressés par notre nom avant même de nous connaître. Et il me disait que c'était pire pour les filles. Ça le taraudait, cette histoire. Il allait avoir quinze ans, et il avait l'impression qu'aucune fille ne s'intéresserait jamais à autre chose qu'à son nom. Du coup, pour lui prouver le contraire, je lui ai présenté Chloé, que je commençais tout juste à fréquenter. Mais évidemment, ce n'était pas comme à Poudlard… Je crois qu'il ne réalise pas qu'il attire facilement les filles, et pas uniquement pour son nom de famille. Maintenant que tu es là, je crois qu'il réalise un peu plus qu'il n'y a pas que des personnes qui regardent son nom de famille… C'est pas plus mal. Ceci dit, m'est avis que cela lui passera rapidement. Son intérêt pour toi, je veux dire. Il réalise juste que, parfois, on peut ne pas s'intéresser à lui. Ça l'intrigue. En réalité, ça nous a tous intrigués, un jour ou l'autre, qu'on nous regarde pour autre chose que pour le Potter bariolé et clignotant qui suit notre prénom, s'amusa James.
Il termina sa gorgée de Bièraubeurre à l'instant même où le craquement sonore caractérisant l'arrivée de Kreattur résonna dans la pièce. L'Elfe de Maison avait rapporté une caisse de bouteilles de Dracofeu, comme le lui avait demandé James, en plus de divers paquets de nourriture à grignoter, et d'une bouteille orange.
- Pour vous, monsieur Potter, et pour miss. Vous pourriez avoir faim, vu que vous n'avez toujours pas mangé. Et Kreattur retourne maintenant dans les étages…
Sans demander son reste, l'Elfe disparut.
- En fait, c'est quoi exactement ? demanda Gaïa.
- Un Elfe de Maison. Asservi à une famille, doit la servir, se punit s'il désobéit… Tout ça, quoi.
- Barbare, commenta Gaïa.
James haussa les épaules.
- Et encore, si tu avais connu leurs conditions il y a de cela quelques années, tu trouverais que leurs conditions actuelles représentent le luxe.
Gaïa plissa le nez, sceptique.
- Tu n'es pas d'accord, devina aisément James.
- Pourquoi est-ce que, parce qu'à une époque, leur situation était pire que celle qu'ils vivent actuellement, je devrais pour autant estimer qu'ils ont de la chance ? Ce que tu me donnes comme définition d'un Elfe de Maison, moi, j'appelle cela de l'esclavage. Et, que ce soit un esclavage avec ou sans avantage, ça n'en reste pas moins de l'esclavage.
Un léger sourire flotta sur les lèvres de James.
- Tu devrais en parler avec Hermione. Elle serait on ne peut plus d'accord avec toi…
Gaïa haussa les sourcils. Elle se moquait totalement que quelqu'un soit d'accord avec elle. Ce qu'elle voulait, c'est qu'on fasse bouger les conditions des opprimés.
Ceci dit, elle voulait aussi retrouver son père, connaître la paix, mener une vie presque normale…
- Je te fais grâce de cette question, lui dit James. C'est à toi de me questionner, maintenant.
- T'étais comment, avant ? demanda-t-elle immédiatement.
La mâchoire de James se crispa.
- Je préférerais ne pas répondre à cette question.
- Dommage, je te l'ai posée, répliqua Gaïa, impitoyable. C'est bon, ne fais pas cette tête. Je suis prête à parier que tu étais juste un peu fou, et que tu veux oublier cela, pour d'obscures raisons.
James soupira.
- Tu ne sais pas ce que c'est que d'être un Potter, murmura-t-il finalement. Je ne me plains pas vraiment de ça, franchement, la vie qu'on mène, elle est géniale comparée à celle qu'ont menée nos parents. Mais tu vois… Quand j'étais à Poudlard, j'ai fait les quatre cent coups avec mon meilleur ami, Tim. On était toujours à la recherche d'une nouvelle blague à orchestrer, c'était vraiment bien. Et puis, en cinquième année, lorsqu'on a dû dire à nos professeurs ce qu'on voulait faire après nos BUSE…
- Vos quoi ? l'interrompit Gaïa.
- Les examens qu'on passe en fin de cinquième année. Donc, on a d'abord un entretien avec le professeur qui s'occupe de la maison dans laquelle on a été réparti. J'étais avec Neville, qui est un grand ami de mes parents, et… je ne crois pas qu'il a réalisé ce qu'il m'a dit, ce jour-là. Mais, en fait, je lui ai dit que je voulais exercer un métier qui mélange actions et voyages. Et là… Il m'a souri, et m'a dit « Comme toute ta famille ou presque ! » Je ne sais pas, en entendant cette phrase, je me suis demandé comment il était possible qu'au bout de cinq ans dans cette école, alors que j'avais prouvé que je ne ressemblais pas tant que cela à mes deux parents, on me fasse encore de telles réflexions… Ça a tourné quelque temps dans mon esprit, et puis, je m'en suis moqué. Jusqu'en septième année, où il a fallu faire un choix définitif. L'équipe de Gryffondor venait de gagner la coupe de Quidditch, et cela faisait dix ans qu'on n'avait pas eu cette chance, dit James en se redressant.
Il fit une petite pause, comme se demandant s'il faisait bien de raconter cette histoire. Puis, estimant que cela n'avait pas d'importance, il reprit.
- Tu vois, j'étais le capitaine, je venais de mener ma maison à la victoire, et là, dans les rangs, j'ai entendu quelqu'un faire la réflexion qu'au final, je ne faisais pas plus que mon père et mon grand-père avant moi. Et… je ne sais pas, j'ai tout laissé tomber. J'avais toujours des filles qui s'intéressaient à moi. J'ai arrêté de les fréquenter, j'ai rompu avec ma copine de l'époque. J'ai abandonné l'idée de faire une énorme blague pour fêter la fin de mes études, j'ai arrêté de tenter de faire exploser les chaudrons de mes voisins, je n'ai plus tenté de faire manger des Leurres Explosifs aux créatures que j'étudiais en Soins aux Créatures Magiques… et j'ai dit que je voulais faire une carrière au Ministère. Il fallait faire du tri dans les anciennes lois. J'ai dit que ça m'intéressait, alors qu'avec les notes que j'ai eues tout au long de ma scolarité, j'aurais pu demander un stage dans un bureau et, à l'heure actuelle, je pourrais faire mieux que du café tout en vérifiant qu'une loi vieille de deux cent ans ne contredit pas une loi qui vient juste de passer… Enfin. C'est comme ça…
L'amertume était parfaitement audible, et il n'était pas nécessaire d'être un génie pour comprendre que James, parfois, s'en voulait de certains de ses choix. Toute personne ayant l'habitude de faire preuve de compassion, et d'éviter de remuer le couteau dans la plaie, n'aurait rien ajouté. Seulement, Gaïa n'était pas comme ça.
- C'est stupide, lâcha-t-elle, se permettant même de laisser le mépris ponctuer ces quelques mots. Évidemment que tu ressembles à ton père ! Et Albus encore plus. Vous avez été éduqués par lui, vous avez vécu toute votre vie avec lui. Si vous ne lui ressembliez pas, que ce soit sur le plan physique mais, surtout, sur le plan moral, tu crois que ce serait mieux ? Tu seras toujours comparé à une autre personne, continua-t-elle durement. Mais si tu ne fais rien pour que cela change, on ne comparera jamais personne à toi, ajouta-t-elle dédaigneusement. Si tu préfères être un pauvre type qui ne fait rien qui l'intéresse, c'est ton problème. Mais c'est stupide. Est-ce qu'au moins tu te sens mieux, maintenant ? demanda-t-elle de façon purement rhétorique.
- Je…
- Je ne crois pas que ma question mérite une réponse, siffla-t-elle. Franchement, j'osais espérer qu'un Héritier des Reliques soit un peu plus digne que cela, et ait le courage de faire ce qu'il souhaite de sa vie, plutôt que de s'enfermer dans une monotonie qui l'ennuie plus qu'autre chose. Tu… Mince, tu pouvais faire ce que tu voulais ! On ne t'a jamais interdit de réaliser tes rêves ! s'énerva Gaïa. Et toi, tu décides, à cause de deux malheureuses réflexions, que tu n'as aucun intérêt à tenter de faire de ta vie quelque chose qui te plaît ? Franchement, cela me dépasse.
Elle se tut enfin, adoptant une mine déterminée à ne pas pardonner à James de s'empêcher de faire ce dont il avait envie.
- Je ne sais pas si tu réalises ce que c'est, d'être soumis à l'opinion des autres toute ta vie, finit par dire James. Tout ce que je fais est toujours rapporté à mon père, ma mère, un membre de ma famille…
- Et moi, tout ce que je fais n'a aucun sens, cracha Gaïa. Je suis toujours en train de me demander si, en me retournant, je ne vais pas me retrouver nez à nez avec une personne qui ne cherche qu'à me nuire. Je n'ai jamais rien pu faire par moi-même, je n'ai jamais pu tenter de vivre une vie normale. Alors, franchement, ta crainte de trop ressembler à ton père est juste stupide.
Et, pour ponctuer ses paroles, elle lança sans ménagement sa bouteille de Bièraubeurre vide dans la pièce, avant de la pointer de sa baguette et de la faire disparaître.
James la regarda quelques instants, avant de sourire doucement.
- Tu me fais penser à Lily, dit-il simplement.
- Je m'en moque de ressembler à ta petite sœur, siffla Gaïa.
- Non, je dis cela simplement parce que j'ai l'impression que seules les filles de ma famille ont tenté de me faire changer d'avis, de carrière… en plus de toi. Mon père m'a laissé faire, tout comme mes oncles, mon frère. Mais Lily et ma mère ont tenté de me faire changer de voie. Hermione aussi. Et toi, maintenant…
- Je ne fais pas partie de ta famille, lui rappela vertement Gaïa.
- C'est vrai. Mais ton discours aurait pu être celui de Lily, alors, disons que, dans tes paroles, c'est comme si tu étais de ma famille.
Elle souffla, énervée et absolument pas apaisée par les mots de James.
- En tout cas, c'est gentil, dit James.
- Je ne suis pas gentille, protesta Gaïa.
- Dans un sens, ta petite tirade montrait de l'intérêt pour ma vie, et une volonté de me convaincre de vivre une vie qui m'intéressait. Donc, c'est gentil.
Gaïa leva les yeux au ciel.
- Donne-moi une bouteille de Dracofeu, dit-elle simplement en tendant la main.
- Méfie-toi, l'avertit le garçon en lui tendant la bouteille, c'est plutôt étrange au goût, la première fois…
Elle décapsula la bouteille d'un coup de pouce bien rodé, et but une première gorgée en lançant un regard de défi à James. Avant de se mettre à tousser, surprise que le goût légèrement acide et brûlant de la boisson lui soit aussi désagréable.
- Je croyais que c'était super ! s'écria-t-elle en lançant un regard noir à James, lequel riait sans vergogne.
- C'est parce que tu ne m'as pas laissé t'expliquer comment le boire, lui dit-il lorsqu'il se fut calmé. Tiens, regarde.
Il prit une bouteille lui aussi, la décapsula, transforma la bouteille de feu sa Bièraubeurre en verre, vida dans celui-ci le contenu de la bouteille de Dracofeu et sortit sa baguette. De celle-ci jaillit une étincelle, qui vint se placer sur le liquide rougeoyant, qui prit peu à peu une teinte orange. Puis, il but sans grimacer une première gorgée.
Sceptique, Gaïa osa tout de même faire de même avec le contenu de sa propre bouteille. Étonnamment, le goût acide et brûlant se transforma, grâce à l'étincelle, en une saveur onctueuse, légèrement chaude et sucrée.
- OK, soupira-t-elle. C'est super bon.
- Je te l'avais bien dit, lui rappela James avec un clin d'œil.
Le silence s'installa entre eux deux. Pas le genre de silence gênant qui nous fait nous dandiner, ne sachant comment relancer la conversation. Plus le silence qui veut dire qu'on accepte que l'autre entre un peu dans notre vie, le silence qui veut dire qu'on peut être l'un à côté de l'autre sans se parler et sans que le malaise ne naisse.
- C'était à qui ? demanda alors James.
- Je crois que c'est à toi.
- Très bien. Alors… un sujet sur lequel tu n'es pas d'accord avec ton père. Même si tu ne connais presque que lui, tu as bien su te faire ta propre opinion sur certains points, n'est-ce pas ?
- Bien sûr ! s'insurgea Gaïa. Heureusement, d'ailleurs.
Sauf qu'elle se tut.
- Alors ? la pressa James.
Elle lui lança un regard noir, détestant qu'on la bouscule, mais il s'en moqua éperdument.
- J'avais douze ans, finit-elle par commencer. On était alors en Afrique. Mon père venait de me donner une leçon sur la vie, sur pourquoi il fallait qu'on se batte, et toute cette histoire. Je n'étais pas d'accord avec lui. Je n'avais pas l'impression que la finalité de nos vies, c'était de nous battre pour ne pas être mangé par les plus forts. Mon père a voulu me prouver qu'il avait raison, qu'il connaissait mieux le cycle de la vie que moi. Alors, nous sommes partis en pleine savane, jusqu'à un promontoire. Là, on a vu une gazelle poursuivie par une lionne. Mon père m'a fait signe de me taire, et d'observer. Pendant un bref instant, j'ai cru que la gazelle allait s'en sortir, mais elle a bifurqué, et est revenue vers la lionne, sans que je ne comprenne vraiment pourquoi. La lionne lui a sauté dessus, c'était… magnifique et horrible à la fois. Mon père m'a alors regardé, tandis que le dépècement commençait, et m'a dit : « Tu vois, Gaïa, c'est ça le cycle de la vie. On est mangés par les plus forts. Nous, nous devons devenir les plus forts. »
Elle soupira, avant de sourire légèrement.
- Je n'étais pas d'accord. Parce que, lorsque j'observais bien du côté de la direction première de la gazelle, je voyais deux petits qui gambadaient. Et même si mon père m'a dit que c'était impossible, je reste persuadée que si la gazelle a bifurqué, c'est parce qu'elle voulait protéger les proies plus faciles. Alors, pour cela, je ne suis pas d'accord avec mon père. J'estime que ce n'est pas la loi du plus fort. C'est la loi de celui qui a le courage de se battre pour ce qu'il croit, et de protéger ceux qui en ont besoin.
Elle rougit légèrement, comme s'en voulant de s'être emportée devant un quasi-inconnu.
- Enfin, c'est ce que je pense, hein…
James hocha la tête, compréhensif.
- Allez, à ton tour de poser une question ! proposa-t-il.
- Je tiens à te dire que ce jeu est tout de même stupide, grommela Gaïa en même temps qu'elle réfléchissait. Pourquoi est-ce que tu l'as lancé ?
- Pour passer le temps…, avoua James. Avant la… EH ! Mais c'est maintenant ! s'exclama-t-il en sautant du canapé et en faisant sursauter Gaïa. Bonne année ! s'exclama-t-il en se penchant au-dessus du fauteuil dans lequel elle se prélassait pour la serrer vigoureusement dans ses bras.
Elle ne sut comment réagir, aussi resta-t-elle droite comme un piquet, se remémorant que l'ultime fois qu'on l'avait serrée de cette façon, amicalement ou amoureusement selon les points de vue, elle avait dû quitter la ville le lendemain matin. Elle garda les bras le long de son corps, tandis que James lui plaquait deux bises sur chaque joue.
- Eh bah, quel manque d'enthousiasme ! s'effara-t-il. À moins que…
Il se recula prestement, et passa une main dans ses cheveux.
- C'est comme Noël ? Tu ne l'as pas fêté depuis longtemps ? devina-t-il.
Gaïa hocha la tête.
- Ouais. Et puis, toutes ces effusions, c'est pas quelque chose dont j'ai l'habitude, avoua-t-elle gauchement.
- Par Merlin, ta vie doit vraiment être morne, lâcha simplement James en se rasseyant à sa place.
Gaïa haussa les épaules.
- C'est ma vie, c'est tout. Et puis… apparemment, ici, vous allez tous me faire découvrir ce que vous appelez « la vie » ! Alors, c'est quoi, l'étape après le Nouvel An ?
- Boire pour ne plus se rappeler de l'année précédente ! s'esclaffa James. Pardon, c'est ce que disait toujours mon meilleur ami. Là, vu que je dois me comporter en adulte responsable, je vais te proposer de continuer notre jeu « Réponds-moi en toute franchise. »
- Parce qu'en plus, ce jeu a un nom…, soupira Gaïa. Bon, d'accord, alors…
Elle observa James quelques instants, se laissant le temps de réfléchir en agissant ainsi. Le garçon s'était relâché depuis qu'elle l'avait rejoint. Au début, il ressemblait à tout adulte assigné à un travail peu agréable, mais qui accepte de le faire puisque c'est son devoir. Ensuite, il s'était mis à ressembler à un adolescent qui se résigne à la tâche, mais qui songe sérieusement à en faire voir de toutes les couleurs à ses parents lorsqu'il les reverrait. Et, maintenant, il était comme un jeune homme qui profite simplement de sa soirée, les yeux brillants, et une seconde bouteille de Dracofeu ouverte.
- Si on changeait les règles ? proposa Gaïa. Chacun à son tour, on pose une question, à laquelle on doit répondre tous les deux. Tu en penses quoi ?
James pencha légèrement la tête sur le côté pour se donner le temps de réfléchir, avant de finalement donner son consentement.
- OK, souffla Gaïa. Alors… Un truc que dit tout le temps ton père. Ou ta mère.
- « Il y a toujours des mauvaises personnes à arrêter. » Et ce message est dit par les deux, ricana James. Par mon père lorsqu'il doit partir en mission, et par ma mère lorsqu'elle nous explique pourquoi il part… Et le tien ?
- « Tu crois réellement que c'est en restant assise là à te reposer que tu vas faire fuir les assaillants ? », singea Gaïa en prenant une voix bien plus masculine et grave qu'à son habitude.
- Pas mal. C'est un sacré bonhomme, ton père, ricana James.
Trouvant que cela sonnait comme un compliment, Gaïa sourit largement.
- OK, donc à moi…
James se cala encore plus confortablement, si cela était possible, sur le canapé, avant de se lancer.
- Un truc que tu détestes faire.
- Déménager, grommela Gaïa. On a enfin une maison douillette qu'il faut à nouveau que l'on déménage…
- Descendre d'un balai. À la fin d'un match de Quidditch, je faisais toujours quelques tours en plus, que ce soit pour savourer la victoire ou pour ravaler le goût amer de la défaite, se rappela James en grimaçant.
- Quelque chose d'utile que tes parents t'ont appris.
- Hum… pas facile, ça ! avoua James. Allez, à tout hasard… Sortilège de Chauve-Furie. Ma mère s'est rendue célèbre avec ce sortilège, et je veux croire que je peux être aussi doué qu'elle en l'utilisant ! Et toi ?
- Remettre en état des maisons délabrées. Eh, dit comme ça, ça paraît nul, mais franchement, tu n'as pas idée du bien que cela peut faire au moral lorsque la maison qui ne tenait pas debout à ton arrivée se transforme en petit nid douillet, dit Gaïa.
James, dubitatif, se contenta d'hocher la tête pour ne pas la vexer, avant de réfléchir à ce qu'il pourrait ajouter.
- Un truc que tu détestes chez un membre de ta famille mais à qui tu ne l'as jamais dit.
- C'est de la triche, protesta Gaïa. Je n'ai qu'une personne encore en vie de ma famille.
- Je sais bien. C'est bien pour cela que je te pose la question. Dis-toi que moi, je vais devoir choisir une seule personne, alors qu'on est une dizaine ! s'affligea James.
Elle éclata de rire avant de lui faire remarquer qu'il n'avait qu'à ne pas poser la question.
- Un bon point pour toi. Alors ?
- L'arrogance de mon père. Il a toujours tout vu, il sait tout. C'est insupportable, et il le sait.
James sourit, moqueur.
- Je crois que tu en as hérité.
Elle lui lança un regard noir, avant de lui faire signe, sèchement, que c'était à lui de répondre.
- Les parts que nous sert ma grand-mère. Elle en met beaucoup trop, sauf que personne n'a jamais osé le lui dire. On finit le repas avec le ventre sur le point d'exploser, se plaignit James.
- C'est l'unique reproche que tu puisses faire à un membre de ta famille ? demanda, sceptique, Gaïa.
James haussa les épaules, sans trop savoir quoi dire d'autre. Gaïa soupira et leva les yeux au ciel.
- L'inverse de tout à l'heure, proposa-t-elle. Le truc le plus inutile que tes parents t'aient appris.
James leva les yeux au ciel, goguenard. La question lui semblait facile.
- Trop simple, souffla-t-il. Les bases de la couture avec du fil et une aiguille. Sérieusement, lorsque tu es sorcier, tu t'en moques !
Gaïa esquissa une moue qui semblait être d'accord avec ce que disait James.
- Et toi, alors ? s'enquit le jeune homme.
Un sourire presque effrayant flotta sur les lèvres de la jeune fille.
- Le lancer de couteaux.
James faillit s'étouffer avec sa gorgée de Dracofeu.
- Tu plaisantes ?! réussit-il finalement à articuler, sa voix étranglée.
- Pas du tout. Mon père m'a enseigné cet art à partir de mes dix ans et, à mes treize, je lui ai fait remarquer que c'était inutile, puisque la personne en face aurait une baguette. Il a soupiré, et m'a dit être déçu qu'il m'ait fallu trois ans pour m'en rendre compte.
- Outch, fut la seule remarque de James en imaginant la dureté de la voix du père de Gaïa.
- Ouais, comme tu dis.
Un petit silence flotta entre eux deux.
- Tu me montres ? demanda finalement James.
- Je me doutais un peu de cette requête… et la réponse est non.
- Pourquoi ?! Tu as mieux à faire, peut-être ?
Elle lui lança un regard noir, sans répondre.
- Ou tu as peur de te rater ?
- Je n'ai pas peur ! s'exclama-t-elle. C'est juste que cela fait longtemps que je ne me suis pas exercée. Et puis, ce n'est pas utile.
James haussa les épaules.
- Si chacun des gestes que l'on effectuait devait être utile, la vie serait usante, et on ne vivrait pas aussi longtemps. Allez !
Gaïa soupira, puis finit par acquiescer, lentement.
D'un geste souple, elle doubla la porte d'entrée du salon, pour qu'une seconde plaque de bois se greffe à l'originale, afin que les dégâts ne soient pas visibles. Puis, elle transforma les quelques bouteilles vides en couteau.
- Je sens que ça va être amusant, murmura James avec le sourire d'un enfant à qui l'on vient de donner le libre droit de goûter à toutes les friandises d'Honeydukes.
Gaïa fit le vide dans son esprit, ne faisant pas attention aux yeux brillants de James. Elle soupesa la première lame, la tint fermement, et la lança sans grande conviction contre le panneau de bois. Le manche frappa durement le bois.
- Nul ! s'exclama James, comme l'aurait fait le supporteur d'une équipe adverse.
Elle lui lança un regard noir, tandis qu'il ne se lassait pas d'afficher un sourire amusé et supérieur. Elle se saisit d'une seconde lame, et la lança avec plus de précision. Cette fois, la lame toucha le panneau de bois, mais la force qu'avait employée Gaïa était insuffisante pour qu'elle s'enfonce réellement dans le bois.
- Mouais. Peut mieux faire, jugea James.
- Tu le fais exprès ?! s'exclama Gaïa, une exaspération évidente peinte sur ses traits et transperçant dans sa voix.
- Évidemment, répliqua James.
Avant même qu'elle ne puisse réellement se concentrer, la lame partit, et s'enfonça profondément dans le bois. Aussitôt, James cria de joie et applaudit à tout rompre.
- T'es complètement malade, grommela Gaïa, se retenant de sourire.
- Eh ! On s'occupe comme on peut ! Encore ! exigea-t-il comme on le ferait à la fin d'un spectacle.
Se laissant peu à peu gagner par l'amusement et l'excitation de James, elle lança encore quelques lames, retrouvant les réflexes acquis des années auparavant, sans que cela ne soit parfait pour autant. De l'eau avait coulé sous les ponts depuis, et son entraînement était inexistant depuis bien trop longtemps pour qu'elle se permette de réussir à chaque fois.
- Une dernière, supplia James.
- Bon, d'accord…
La lame fusa, brillante, luisante. Et la porte s'ouvrit.
D'un coup de baguette univoque, James et Gaïa firent dévier la lame au dernier moment, tandis que la personne qui venait d'ouvrir la porte se figeait, la peur faisant briller ses yeux.
- Wah. Ça, c'est de l'accueil pour la nouvelle année, souffla finalement Chloé lorsqu'elle eut repris ses esprits.
James esquissa un sourire désolé, tandis que Gaïa ne bougeait pas d'un millimètre.
- Est-ce que je peux au moins savoir pourquoi un tel accueil m'est réservé ? s'enquit Chloé en entrant dans la pièce.
- Oh, c'est par rapport à Gaïa, expliqua succinctement James en se redressant du canapé. Elle a eu une vie vraiment intéressante, tu sais ! C'est incroyable. Et elle a appris à lancer des couteaux. Tu imagines ?! Super impressionnant !
Au contraire de Gaïa, James ne remarqua pas les lèvres de Chloé qui se pinçaient. Il était tout simplement lancé dans son explication, sans songer que sa petite amie ne partageait pas la même opinion que lui en ce qui concernait la vie « intéressante » et « impressionnante » de Gaïa.
- Mais…
James regarda sa montre, qui n'affichait pas encore deux heures.
- Tu es déjà rentrée ? s'étonna-t-il. Il s'est passé quelque chose ?
- Non, pas du tout, le tranquillisa Chloé. Mais tu sais, on se souhaite une bonne année, on discute un peu et puis on rentre…
La moue déconfite de James, elle, ne passa pas inaperçue.
- Hum. Bonne année, hein, marmonna Chloé.
Le garçon parut se réveiller.
- Ouais, bien sûr ! Bonne année ! s'extasia-t-il en embrassant rapidement Chloé et en la serrant plus que nécessaire dans ses bras.
- Je vois que vous vous êtes bien amusés, ici…
Elle désigna le sol de la pièce, sur lequel traînaient quelques bouteilles vides.
- Oh, tu sais, rien d'extraordinaire, assura James. On a un peu discuté, bu deux, trois verres…
Chloé bâilla à s'en décocher la mâchoire à l'instant même.
- Je crois que je vais aller me coucher, dit-elle d'une voix plus sèche que celle qu'elle utilisait d'habitude. Je veux dire… je suis exténuée, et demain, je travaille. Tu me rejoins ? s'enquit-elle auprès de James.
Il hocha la tête tandis que Chloé disparaissait déjà derrière la porte qu'elle venait tout juste de franchir. Lorsqu'il se tourna vers Gaïa, celle-ci affichait un sourire amusé.
- Typique, dit-elle simplement en haussant les épaules.
James fronça les sourcils, ne comprenant pas ce à quoi elle faisait allusion. Gaïa soupira.
- De toute évidence, elle ne s'attendait pas à ce que tu passes une soirée « intéressante » sans elle, dit simplement la jeune fille tout en faisant disparaître d'un coup de baguette les bouteilles vides, avant d'elle-même disparaître vers l'escalier.
James soupira. Évidemment. Il s'était plaint toute l'après-midi auprès de Chloé, par lettres interposées, en lui mentant sans vergogne en affirmant qu'il préférerait de loin être avec elle pour cette soirée, et là, lorsqu'elle rentrait, il osait lui faire remarquer qu'elle rentrait tôt et qu'il s'était bien plus amusé qu'elle, de toute évidence.
Aussi, lorsqu'il rejoignit Chloé, qui connaissait cette maison depuis peu mais qui avait extrêmement bien retenu le chemin menant à la chambre attribuée à James – elle avait bien trop peur de se retrouver face à une penderie ensorcelée par Walburga Black, la maison n'étant pas encore entièrement prête à accueillir amicalement tout invité – il se doutait qu'elle aurait des mots à lui dire. Et cela ne rata pas.
- Je ne comprends pas.
Ce furent les premiers mots que prononça Chloé, allongée sur le dos dans le lit qui, il fut un temps, fut celui de Regulus Black.
- Qu'est-ce que tu ne comprends pas ? s'étonna James en se glissant sous les draps.
Les chambres n'avaient pas été chauffées, au contraire du salon, et il était bien trop frileux de nature pour tenter un changement de vêtements hors des draps.
- Pourquoi est-ce que Gaïa est là ? Pourquoi n'est-elle pas avec Hermione, si elle fait partie de sa famille ?
Alors qu'il se contorsionnait pour ôter ses chaussettes, James se figea.
- Qu'est-ce que…
- C'est vrai, pourquoi est-ce qu'elle est là ? Pourquoi n'est-elle pas avec Hermione ? insista Chloé.
Ses yeux bleus, légèrement grisés, se tournèrent vers James, qui les vit briller malgré l'obscurité. Chloé était intelligente, cela ne faisait aucun doute, et le ton assuré et posé qu'elle employait pour poser cette simple question prouvait qu'elle avait longuement réfléchi à celle-ci, qu'elle l'avait tournée et retournée dans son esprit afin d'être sûre de ne pas la poser de travers. Elle en avait tiré la conclusion que, dans le récit fourni par ceux qui s'étaient rendus célèbres à seulement dix-sept ans, une faille était présente. James soupira.
- Ce n'est pas… Gaïa n'est pas vraiment de la famille d'Hermione.
Chloé attendit une suite, qui ne vint pas. Elle finit par enfoncer son coude dans les côtes de James, sachant que celui-ci haïssait cette sensation.
- Écoute, c'est compliqué, et je ne peux pas t'en dire plus, d'accord ? s'énerva James. Je ne… C'est compliqué, dit-il simplement en soupirant.
- Compliqué… Évidemment, murmura Chloé avant de lui tourner obstinément le dos.
Mal à l'aise, James entendit la respiration de Chloé se faire plus régulière, sans que lui ne parvienne à s'apaiser de savoir que la conversation était terminée.
Il savait pourquoi il était en couple avec Chloé. C'était parce que les mots « compliqué », « farce » et « fête » avaient peu à peu pris leurs distances avec lui. Mais Gaïa avait faire revenir le mot « compliqué » dans la vie des Potter en si peu de temps que James sentait, aussi sûrement qu'un bébé devine l'heure du repas approcher, que le mot « compliqué » n'allait pas faire bon ménage dans son couple.
Vraiment pas bon ménage.
∆ | o
Chloé était une lève-tôt. Surtout lorsqu'elle devait travailler le jour même. Elle prenait donc son petit-déjeuner, en ce premier jour de l'année deux-mille vingt-deux, dans la cuisine de la maison des Black.
Cette maison familiale était un véritable petit bijou, du fait de son histoire et des trésors qu'on pouvait y trouver, tout en étant affreusement désagréable à vivre. Le pire, aux yeux de Chloé, était ce couloir où trônaient les têtes des anciens Elfes de Maison. Mais, on se faisait à tout, et cette maison, depuis le temps, était restée debout uniquement pour accueillir les fêtes organisées par les enfants Potter. Les fêtes n'étant pas faites pour observer l'agencement d'une maison, mais plutôt pour désorganiser cet agencement, jamais personne n'avait fait de quelconque réflexion sur la morbidité qu'on croisait à chaque angle de cette ancestrale maison, appartenant à une famille tout aussi ancestrale – et qui tombait peu à peu dans l'oubli.
Chloé avait remarqué que l'unique personne qui ne voulait et ne semblait pas capable d'oublier toute cette ancestralité n'était autre que le serviteur qu'on associait sans peine à cette maison – Kreattur. Elle avait pu observer le petit être se mettre dans des états proches de l'hystérie lorsqu'on osait déplacer une relique quelconque. Aussi, ce matin, lorsqu'elle se leva pour débarrasser et quitter sans bruit la maison, elle fut étonnée de voir l'Elfe de Maison arriver dans la cuisine en tirant sur ses oreilles, totalement déboussolé, et, surtout, furieux.
- Tu as un problème, Kreattur ?
- Tous des infâmes, jamais contents, pas d'accord avec la maîtresse… Seul Harry Potter est capable de comprendre ce que Kreattur veut, ce que Kreattur dit être bon pour cette maison…
- Kreattur ? appela doucement Chloé.
- Il y a un problème ? s'enquit James qui arrivait tout juste, les yeux engourdis de sommeil.
Chloé leva un visage inquiet vers lui.
- Je ne sais pas. Kreattur grommelle des phrases incompréhensibles, avoua-t-elle dépitée.
- Ouais, je sais, c'est ce qui m'a réveillé, bougonna James. Je vais voir ce qui lui arrive. Va travailler, on se voit plus tard.
Légèrement inquiète, mais désireuse de quitter rapidement cette maison et, surtout, désireuse de ne pas être en retard alors qu'elle était une des rares personnes qui se soient portées volontaires pour assurer la garde des locaux en ce premier jour de l'année, elle jeta un dernier regard intrigué à James et Kreattur, avant de claquer la porte.
- Bon alors, Kreattur, c'est quoi le problème ? Des nœuds dans tes poils ?
James et Kreattur entretenaient une relation extrêmement étrange. Ils s'appréciaient mais, surtout, ils ajoutaient dans chacune de leurs conversations une note d'humour qui n'était certainement pas au goût de tous, mais qui leur convenait tout à fait. James était l'unique personne avec qui Kreattur acceptait de plaisanter et, surtout, il était l'une des rares personnes qu'il tolérait à n'importe quelle heure de n'importe quelle journée. Aussi, lorsque Kreattur entendit la voix de James, il cessa ses lamentations, et se tourna vers son jeune maître.
- La fille que vous avez ramenée hier, monsieur, veut ranger la maison. Et elle est en train de tout déranger ! s'exclama l'Elfe. Et mes poils sont propres et bien coiffés.
Puis, comme estimant que James allait pouvoir régler le problème de Gaïa sans lui, Kreattur s'en alla au fond de la cuisine, à la recherche, de toute évidence, d'ingrédients pour le petit-déjeuner de son maître.
James soupira, puis leva les yeux vers le plafond. Gaïa était, si son ouïe ne le trompait pas, dans la pièce qui avait, un temps durant, abrité un hippogriffe. Il se décida donc à aller voir ce qu'elle faisait de si affreux aux yeux de Kreattur.
Il trouva Gaïa assise au milieu de la pièce qui avait effectivement abrité cet hippogriffe dont il avait oublié le nom, murmurant des paroles audibles d'elle seule. Dans un coin s'entassait un petit tas d'affaires oubliées par les générations précédentes.
S'asseyant aux côtés de Gaïa, James vit qu'elle avait sorti sa baguette, comme prête à s'en servir.
- Est-ce que je peux te demander ce que tu fais, ou ce que tu t'apprêtes à faire, pour avoir autant perturbé Kreattur ?
Gaïa ne se donna même pas la peine de tourner la tête vers James.
- Votre serpillière ? Oh, je lui ai juste dit que j'allais faire un peu de ménage dans cette maison. Je n'y peux rien, lorsque je vois à quel point cette maison est délabrée alors qu'elle pourrait être parfaite, cela me file de l'urticaire ! assura la jeune fille.
Elle fronça le nez, mécontente.
- Mais les sorts que j'ai concoctés au fur et à mesure des années pour nettoyer une maison n'étaient pas ma priorité lorsque je suis partie de chez moi, murmura-t-elle, la gorge nouée. Du coup, j'essaie de me souvenir de certains, mais je ne suis pas sûre de moi… Nitidare quelque chose… Mais quoi ? se demanda-t-elle dans un murmure songeur.
Elle se tapota le bout du nez de sa baguette, et James, souriant, la regarda faire.
- Essaie au moins de m'aider ! finit-elle par s'impatienter.
- Pour m'attirer les foudres de Kreattur parce que j'ai osé bouger un grain de poussière ? Certainement pas ! s'esclaffa James.
Le silence plana entre eux deux, jusqu'à ce que le visage de Gaïa s'éclaire joyeusement. D'un mouvement si vif que James ne le vit qu'au dernier instant, elle pointa sa baguette sur le mur qui lui faisait face.
- Nitidare profondus !
La crasse enfoncée dans la tapisserie s'évanouit aussitôt, dévoilant les tons bleu sombres que personne depuis Walburga Black n'avait observés. Sidéré, James ouvrit légèrement la bouche.
- Pas mal, hein ? se vanta Gaïa en se levant. Bon, ce n'est pas tout, mais cette pièce est déjà un peu plus claire. En revanche, pour les fenêtres, je ne sais pas comment je vais pouvoir les nettoyer, soupira la jeune fille. J'ai déjà pu remarquer que les sorts pour nettoyer du tissu n'agissent pas de la même manière sur du verre. Il faut que je me penche là-dessus…
- Tu ne mentais pas, hier, quand tu disais que tu avais appris un truc utile en apprenant à rénover les maisons, dit James sur le ton de l'admiration.
Un petit air supérieur s'afficha sur le visage de Gaïa.
- Je ne me vante pas pour rien.
James sourit, et hocha la tête, admiratif. Puis, reprenant tout son sérieux, il se tourna vers Gaïa, qui recula d'un pas, devinant par avance que ce qui allait suivre ne serait pas à son goût.
- Je te propose de continuer notre jeu de la franchise pour encore une question.
Suspicieuse, elle ne répondit rien.
- Juste une, insista James.
- Pourquoi maintenant ? demanda-t-elle lentement. Pourquoi ne pas m'avoir posé la question hier soir ?
- Parce que Chloé aurait pu entendre, et que je veux que nous soyons les deux seuls à connaître la réponse à la question que je vais te poser. Même mon père n'en saura rien.
Le sang de Gaïa se figea dans ses veines tandis qu'elle réalisait que James se doutait depuis certainement des jours qu'elle avait occulté intentionnellement certains détails à Harry Potter.
- Kreattur peut aussi…
- Kreattur a bien trop peur de ce que tu es en train de faire dans cette pièce pour monter, assura James. Alors tu vas me répondre.
Elle réalisa qu'elle était coincée dans cette pièce à l'instant même où elle vérifiait que le chemin le plus court pour accéder à la porte était de contourner James par la droite. Sa prise se raffermit sur sa baguette.
- Nous savons tous les deux que si tu fais quoi que ce soit, cela remontera aux oreilles de mon père. Qui voudra savoir comment tout cela est arrivé. Et qui comprendra que tu lui caches quelque chose. Alors ? Tu veux tenter quelque chose ?
La mâchoire de Gaïa tressauta sous la pression qu'elle lui infligeait.
- Qu'est-ce que tu n'as pas dit à mon père, Gaïa ?
Le ton de James claqua dans la pièce, inquisiteur.
Le regard de Gaïa dévia légèrement.
- Je lui ai demandé de retrouver mon père, souffla Gaïa.
- Je le sais, ça, siffla James. Je veux savoir ce que tu ne lui as pas dit.
La main de Gaïa s'abaissa légèrement, et sa baguette retomba dans sa poche, à présent inoffensive.
- Je ne sais pas s'il est toujours vivant.
Le choc empêcha James de dire quoi que ce soit, ce qui plut à Gaïa. Elle put ainsi poursuivre son aveu.
- Lorsqu'ils sont venus me chercher, j'ai distinctement entendu les mots suivants.
Elle prit une grande inspiration avant de se lancer.
- « Lockwood, tu es mort. Ta fille est la seule qui nous intéresse. Dis adieu à la vie. » Juste avant que je ne voie l'homme sortir de la cuisine, et que je ne parte en courant.
Elle se mordit la lèvre inférieure, les joues rouges, les yeux rivés sur ses chaussures.
- Je ne sais vraiment pas si mon père est vivant et… sans ton père, je sais que je peux lui dire adieu. Alors, s'il te plaît, ne lui dis pas que je lui ai caché cela. Je veux qu'il fasse tout pour retrouver mon père. Même s'il est mort.
Note d'auteur
Hello la compagnie ! Si vous êtes encore là, c'est que la taille des chapitres ne vous effraie pas tant que cela, et que vous êtes assez courageux pour les lire hebdomadairement. Félicitations, eh eh ! Celle qu'on peut féliciter, c'est DelfineNotPadfoot, parce que même si elle corrige à point d'heure, elle corrige ! (Et elle n'a toujours pas craqué sous la taille des chapitres, elle non plus, ce qui est un double miracle, franchement)
Sinon, que vous dire... Parlons un peu de ce chapitre... Je suis impressionnée par la capacité qu'ont Gaïa et James à se comprendre. Ils lisent l'un en l'autre comme dans un livre ouvert, certainement parce que la vie de l'autre et le caractère de l'autre les font légèrement rêver. En fait, je dis peut-être n'importe quoi. Gaïa est ultra compliquée, quand j'écris sur elle, j'ai l'impression de jouer à la roulette russe ou presque, tellement son caractère est changeant. Ceci dit, elle est pas mal perdue, et dans un sens, c'est James sa seule ancre. Elle aime bien le tourmenter, je crois bien. Du moins, pour l'instant. D'ici peu, il devrait être une bonne aide pour notre petite Gaïa ! Parce qu'il a su être un bon grand frère... donc il sait comment parler aux autres. Y compris à des filles caractérielles comme Gaïa (ce qui n'est pas facile, vous pouvez en être sûr !)
Je me suis demandé si Kreattur pouvait être encore vivant. Il était déjà âgé quand on le connaît dans le tome 5, et je me suis dit qu'un Elfe devait vivre extrêmement vieux... Donc on va dire qu'il est sur la fin de sa vie !
Sur ce, n'ayant plus en tête ce que je voulais vous dire, je vais vous abandonner et vous dire à la semaine prochaine :) !
Ah, et vous remercier pour vos reviews, évidemment ! Merci les amis :) !
