Chapitre 5
Où l'on discute à des heures peu raisonnables.

Il est des secrets qui renforcent une amorce d'amitié, des secrets qui, au lieu de diviser, rapprochent. C'est ce qui se produisit entre Gaïa et James.

James était toujours convié à rester chez ses parents, le temps que la situation s'éclaircisse un peu concernant la nouvelle menace qui planait au-dessus des têtes des Potter, et, finalement, cela ne le dérangeait pas autant qu'il ne le pensait. Certes, il perdait de son indépendance, et sa mère tenait à l'engraisser autant que possible avant qu'il ne retourne vivre chez lui. Certes, Lily le collait toujours, lui demandant des conseils pour ses cours, ses matchs de Quidditch, et pour des tas de sujets qui, finalement, ne relevaient pas du domaine de compétences de James. Certes, Albus était toujours à frapper à sa porte, pour tenter de savoir ce qui l'occupait, pour discuter, ou simplement pour lui demander une confirmation quelconque, avant d'hurler à Scorpius qu'il avait « raison, je te l'avais bien dit ! »

Mais James appréciait cette atmosphère. C'était celle dans laquelle il avait grandi, celle qui l'avait bercé, celle qui l'avait forgé. Alors, ce n'était pas désagréable. Même si Chloé avait eu l'audace de lui faire remarquer qu'ils perdaient énormément en tranquillité si elle venait passer la soirée en amoureux chez ses beaux-parents. Mais ce n'était que temporaire, n'est-ce pas ? Ce dont il était sûr, c'est qu'il ne se plaignait pas de cette nouvelle vie, même si elle n'était que provisoire, et qu'il passait du temps à discuter avec Gaïa, lorsqu'il n'était pas au travail. Par moments, il avait la sensation d'être revenu à Poudlard, lorsqu'entre deux cours, ils s'amusaient, avec Tim, de tout et n'importe quoi. Ces moments durant lesquels ils étaient capables d'oublier le monde qui les entourait, juste pour rire, juste pour s'évader. C'était un peu la même sensation, avec Gaïa, à la différence qu'elle ne comprenait pas toujours les allusions faites par les divers occupants de la maison.

Peut-être était-ce dû au fait que Gaïa avait eu à s'adapter à de nombreuses situations différentes tout au long de sa vie, ou bien cela avait-il à voir avec son caractère propre, toujours est-il qu'elle s'accommodait rapidement à une vie dans une communauté comptant plus de personnes qu'elle et son père. Bien sûr, elle avait plus d'affinités avec James. Elle avait passé une soirée entière avec lui, et le stupide jeu de franchise avait eu le don de les faire parler à cœur ouvert. Mais, à côté de cela, James devait bien aller travailler, et Gaïa, bien qu'affectionnant la solitude, devait se rendre à l'évidence. La solitude était proscrite dans cette maison. Si ce n'était pas Ginny qui l'appelait pour lui demander si elle aimait un plat ou en préférait un autre, ou si elle l'appelait simplement pour demander de l'aide à une tâche, c'était Harry qui exigeait d'obtenir des informations sur les Reliques, la dernière demande en date concernant la manière de rechercher une Relique en tant qu'Héritier.

La question lui posait beaucoup de soucis, en réalité. Parce que lui savait où se trouvaient les trois Reliques – une était située un étage au-dessus de leur tête lors de leur conversation – mais il n'avait aucun intérêt à les récupérer. En revanche, si on pouvait retrouver un Héritier grâce à son tatouage, ne pouvait-on pas retrouver aussi une Relique ?

- Seulement la sienne, lui apprit Gaïa. Et c'est extrêmement compliqué car, de la même façon qu'on ne doit pas vouloir s'emparer de la Relique de l'Héritier lorsqu'on le recherche, il ne faut pas vouloir retrouver sa Relique dans le but de devenir le Maître de la Mort. Sauf que cette idée nous effleure toujours l'esprit, lorsqu'on part à la recherche des Reliques…

Un sourire supérieur s'était affiché sur le visage de Gaïa, comme pour s'estimer heureuse de n'avoir jamais recherché les Reliques, et ne s'être ainsi jamais confrontée à l'amère déception de constater que l'on ne valait pas mieux qu'un autre, le chemin étant introuvable car, profondément, les Reliques nous attiraient pour leur supériorité.

Harry avait hoché la tête, et était reparti, les sourcils froncés, en assurant à Gaïa que, dès lors qu'Hermione aurait eu accès aux salles permettant les recherches généalogiques, elle serait mise au courant.

Lorsque ce n'était pas l'un des parents Potter qui l'appelait, et lorsque James travaillait, elle devait régulièrement jongler entre Albus, qui ne cessait de vouloir lui raconter les détails de son Nouvel An ou lui présenter un ami, et Lily, toujours flanquée de Rose, cette dernière ayant une toute nouvelle attitude depuis le Nouvel An. Beaucoup plus posée, beaucoup plus calme, beaucoup plus détendue, elle avait même passé un dîner entier avec sa mère sans que le ton ne s'élève.

Lily était une adolescente étonnante, pour Gaïa. Elle était toujours en action, toujours à la recherche d'une activité dans laquelle s'épanouir, se dépenser. Elle devait fatiguer plus d'une personne lors de l'année scolaire, mais cela ne lui importait guère. Ce qu'elle voulait, c'était être en constante activité, et entraîner sa cousine dans cette dépense d'énergie. Rose qui, habituellement, rechignait à toute activité qui pouvait la mener à rencontrer du monde, se montrait exceptionnellement conciliante, ce que tous trouvaient étrange, sans qu'aucun ne réussisse à déterminer pourquoi un tel changement de comportement s'était opéré pour la jeune fille.

Jusqu'à l'avant-veille du retour des étudiants à Poudlard.

Rose et Lily tentaient de convaincre Gaïa de les accompagner cette après-midi. Elles voulaient aller essayer le balai que Lily avait eu en cadeau à Noël, et qui n'était arrivé qu'aujourd'hui. Gaïa n'ayant jamais eu l'occasion de s'intéresser au Quidditch, son avis sur la question était mitigé. Elle avait d'une part envie d'accompagner les deux filles, afin d'en découvrir un peu plus. D'autre part, elle savait qu'Harry allait rentrer d'une minute à l'autre et, comme chaque fois, elle l'attendait de pied ferme pour lui demander s'il avait pu avancer sur ses recherches qui stagnaient désespérément, selon Gaïa.

Elle tergiversait donc, incapable de déterminer ce qui la tentait le plus. Cependant, elle n'avait jamais été habituée à rester aussi inactive. Elle se leva donc, augmentant les sourires de Rose et Lily, qui espéraient un autre témoin qu'elles-mêmes pour vanter les mérites du nouveau balai, le soir, lors du repas.

Et c'est là qu'Albus déboula dans la cuisine, suivi de près par Scorpius.

- Deux soirs ! Mec, fais pas ça. Pas à ton meilleur ami ! Cela ne t'a jamais dérangé, avant, de mentir pour moi !

Albus grimaça, conscient que, oui, il avait déjà menti pour son meilleur ami, mais que là, cela allait plus loin que le mensonge auquel personne ne croyait mais qu'on acceptait tout de même lorsqu'il donnait une raison abracadabrante pour expliquer le retard de Scorpius à un cours.

- Non mais là… Mentir aux profs, d'accord, mais mentir à ta copine…

Le visage de Scorpius s'assombrit.

- Ne l'appelle pas comme ça ! siffla-t-il.

Albus écarta les bras en geste d'impuissance.

- Et je l'appelle comment ? La fille que tu as embrassée par erreur et à qui tu n'as pas osé dire que ce n'était pas elle que tu attendais ?

Les yeux de Scorpius se plissèrent.

- Comme tu veux, soupira Albus. Mais si jamais elle demande pourquoi tu dois absolument rester avec moi, et que tu ne peux pas sortir de cette maison, ce sera à toi d'inventer une excuse.

- Tout ce que tu veux, soupira Scorpius. Tout ce que tu veux…

Lily et Rose choisirent alors ce moment pour éclater de rire.

- Bah alors, Scorpius, tu en as déjà marre de ta petite amie ? demanda Lily.

Les deux garçons sursautèrent en les remarquant pour la première fois depuis qu'ils étaient entrés dans la pièce.

- Ces garçons, ils ont vraiment une vie compliquée, murmura Rose, moqueuse, en se dirigeant vers la porte menant au jardin des Potter.

Elle tint la porte ouverte pour permettre à Lily et Gaïa de sortir, puis, lorsque le bois reprit sa place dans son encadrement, elle se laissa aller à rire une fois encore.

- Scorpius Malefoy est mal à l'aise ! Scorpius Malefoy a un problème avec une fille ! Merlin, ce jour est merveilleux, et je sens que les prochains mois à Poudlard vont être fantastiques ! Oh, Gaïa, il faut qu'on te raconte ! s'exclama joyeusement Rose.

Un léger sourire s'étala sur le visage de Lily, amusée de voir que sa cousine était de bonne humeur. Elle réussit à glisser à l'oreille de la nouvelle venue, sans que Rose ne l'entende :

- Je crois que depuis qu'elle a commencé Poudlard, c'est la première fois qu'elle est aussi joyeuse. Et ça fait plaisir de la voir comme ça.

Sans connaître Rose depuis plus de deux semaines, Gaïa comprenait sans peine ce que pouvait vouloir dire Lily. À cet instant même, Rose était resplendissante. Ses joues pâles étaient légèrement rosies par le froid mordant qui les picotait, ses cheveux roux et bouclés encadraient son visage, étincelant, et illuminant légèrement celui-ci. Ses yeux brillaient de joie, et le sourire qu'elle ne semblait pas vouloir quitter était tel qu'il semblait éternellement collé sur sa figure.

- Tu veux savoir comment tout ça s'est déroulé ? s'exclama joyeusement Rose. Par Morgane, c'était tellement… épique ! soupira-t-elle.

Le sourire de Lily s'agrandit un peu plus, tandis que Gaïa ne pouvait refuser d'offrir cette faveur à Rose.

- Je t'en prie, raconte-moi tout.

En réalité, apprendre comment s'était déroulé leur Nouvel An, et comment Scorpius avait eu droit de remonter dans l'estime des deux cousines grâce au ridicule duquel il s'était recouvert, cela ne l'importait guère. Mais Gaïa avait eu une vie tellement mouvementée, elle avait été si souvent privée de moments comme celui qui réjouissait tant Rose, qu'elle ne se sentait pas le courage de lui interdire de lui raconter. Et, si elle devait être honnête avec elle-même, elle voulait vivre ce moment par procuration, afin de goûter, rien qu'une fois, à la saveur du ragot.

- C'était un peu avant minuit, commença Lily avec un grand sourire. On a vu Scorpius débarquer au bras d'une fille, une Poufsouffle.

- Dire que j'aimais bien Mélina avant cela, murmura Rose. Maintenant, je ne suis plus sûre de pouvoir la considérer comme une fille bien.

Lily s'esclaffa, et fit signe à Rose de poursuivre le récit, tandis qu'elle regardait son nouveau balai et s'assurait qu'il n'avait pas une brindille tordue avant de grimper dessus.

- On a appris plus tard, par Albus, que Scorpius avait demandé au cousin de Blake… Blake Zabini, précisa Rose, même si Gaïa ne voyait pas plus qu'avant qui pouvait être ce, ou cette, Blake maintenant qu'elle était en possession de son nom de famille. Donc, il lui a demandé d'aller chercher une fille en particulier.

- Parce que le jeu de Scorpius, depuis le milieu de l'année dernière, c'est d'embrasser le plus de filles possible. Il a lancé ce jeu avec Blake, justement, marmonna Lily.

- Sauf qu'apparemment, Scorpius a décidé d'abandonner ce jeu, pour être vraiment avec une fille. En tout cas, il a dit au cousin de Blake d'aller chercher cette fille avec qui il voulait sortir, en lui donnant sa description physique. Parce que le cousin de Blake, il n'est pas à Poudlard, mais à Durmstrang. Et du coup…

Là, Rose s'arrêta de parler, et sourit largement.

- Il est allé chercher la fille, compléta Lily. Sauf que ce n'était pas la bonne.

- Et que Scorpius a beau faire croire qu'il sait tout et qu'il a tout vu, il a été incapable de le lui dire. Du coup, il se retrouve avec une copine qui, apparemment, n'attendait que cela, sans être capable de lui dire qu'il ne veut pas d'elle.

- Et c'est magnifique à voir, soupira Lily.

Le sourire de Rose s'élargit encore plus.

- Et moi qui me demandais comment rendre la vie de Scorpius infernale… Il se débrouille très bien tout seul, finalement ! Bon, Lily, tu nous montres ce dont est capable ce balai ?

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Gaïa n'était pas douée pour tout ce qui avait trait aux adieux, mais elle fit un effort, cette fois-ci, lorsque les enfants Potter, Rose et Scorpius se préparèrent pour le départ. Du moins fit-elle un effort pour Rose, qu'elle alla jusqu'à serrer dans ses bras, à la grande surprise de tous. Sauf de Rose, qui entendait distinctement les paroles de Gaïa.

- Je viens de glisser un bout de papier dans ta poche. Si jamais quelqu'un t'embête trop, tu as trois sorts différents pour les ridiculiser au point qu'ils ne viendront plus t'embêter avant d'avoir passé l'âge de la cinquantaine…

Rose lui rendit alors son étreinte, souffla un bref « merci », les joues rouges, et se saisit de son sac.

- Et moi, j'ai le droit à une étreinte ? s'enquit Albus en ouvrant les bras.

Gaïa se recula en souriant.

- Désolée, mais non !

À peine vexé, Albus éclata de rire avant de prendre son sac, tandis que Scorpius et Lily adressaient tour à tour un hochement de tête et un sourire aux personnes présentes dans la pièce et qui ne les accompagnaient pas jusqu'à la gare. La porte ne tarda pas à se refermer derrière les adolescents et Harry, tandis que Ginny se tournait vers James et Gaïa, toujours présents dans la pièce.

- James, tu vas être en retard au travail, lui rappela-t-elle sévèrement comme la mère qu'elle était. Quant à toi, Gaïa… Je crois qu'Harry a laissé des papiers dans ta chambre pour toi. Et Hermione devrait passer dans la journée. Il semblerait qu'elle ait un… problème, termina Ginny en pinçant les lèvres. Quant à moi, maintenant que cette maison a enfin retrouvé calme et sérénité, je vais aller m'asseoir dans un canapé, et ne plus en sortir ! s'exclama-t-elle joyeusement.

- Je déteste lorsque ma mère a raison, soupira James avant de disparaître par la porte opposée à celle qui venait d'engloutir Ginny.

Pendant quelques secondes, Gaïa se retrouva seule, ne sachant quoi faire, avant de se rappeler que des papiers l'attendaient. Elle se dépêcha de monter.

Le problème pour Gaïa, à l'heure actuelle, était qu'elle se retrouvait dans une situation qu'elle ne pouvait contrôler. Elle devait se plier à la volonté d'Harry, qui souhaitait tâter le terrain avant de lui proposer de mener des recherches avec lui. Elle devait accepter d'être mise à l'écart, pour un temps qu'on n'avait pas jugé nécessaire d'estimer, malgré ses demandes incessantes. Elle devait accepter l'attente, en silence. Certes, l'attente passait plus vite, grâce à l'aide de James, de Lily, de tous les membres de cette maison. Mais dès qu'elle se retrouvait seule pour quelques instants durant, elle réalisait sans peine qu'elle était toujours dans cette situation peu habituelle.

Aussi, lorsqu'elle vit les papiers laissés par Harry pour elle, ses sourcils se froncèrent peu à peu, l'incompréhension s'installa, avant de faire place à la compréhension, puis à la colère. Et lorsqu'Harry Potter franchit le pas de ce qui fut son bureau, suivi de près d'Hermione Granger, elle laissa exploser sa fureur.

- Je croyais que vous ne vouliez pas aller chez moi ! explosa-t-elle. Je croyais que vous ne vouliez pas aller dans cette maison où j'ai vécu avec mon père avant que tout soit sécurisé, et avant de m'avoir posé des questions ! Je me disais presque que je pouvais vous faire confiance, mais là, je réalise que j'ai eu tort !

Hermione et Harry prirent le temps d'échanger un regard surpris et interrogateur avant de se tourner vers Gaïa.

- De quoi est-ce que tu parles ? s'étonna finalement Harry en prenant place sur une chaise.

Son instinct lui soufflait qu'il lui fallait prendre une pose nonchalante, ouverte à toute discussion, dans une telle situation. Gaïa était impulsive, et capable de tout lorsqu'elle n'obtenait pas ce qu'elle voulait. Rien encore ne lui prouvait ce trait de caractère. La jeune fille n'avait pas cédé à une quelconque colère pour faire valoir ses désirs et envies, mais Harry ressentait ces comportements chez elle. Elle était fière, elle était indépendante, elle ne supportait pas les airs condescendants et exigeait des réponses. Elle n'était pas patiente, et la brusquer n'était pas ce qu'il fallait faire lorsqu'elle était déjà en colère. Alors Harry s'assit, et attendit que ce qu'avait enfoui Gaïa, profondément en elle, tout au long de l'après-midi, surgisse.

- Qu'est-ce que font ces parchemins ici ?! Mon père les gardait sous clé, dans son bureau, et…

- Tu as déjà vu ces parchemins ? l'interrompit rapidement Hermione, l'excitation la gagnant.

Harry se redressa légèrement, craignant que l'intervention d'Hermione ne brusque Gaïa et l'empêche d'évacuer tout ce qu'elle avait sur le cœur. Cependant, il semblait que les paroles d'Hermione avaient un tout autre effet. Gaïa se mit à rougir, comme prise en faute.

- Oui… Enfin, je n'aurais pas dû, mais papa avait oublié de fermer son bureau, et je suis entrée, et je les ai vus…

Elle avait pris la voix d'une enfant de huit ans qui avoue une bêtise pour laquelle, elle en a totalement consciente, elle sera punie. Les deux adultes comprirent immédiatement que ces faits remontaient à un âge bien plus jeune que celui qu'avait actuellement Gaïa, et que jamais son père n'avait été au courant de cette irruption dans son sanctuaire.

- Est-ce que tu sais ce qu'ils représentent ? demanda doucement Hermione.

Gaïa, les joues toujours légèrement rouges, secoua lentement la tête pour leur faire part de son ignorance. Elle ne manqua pas d'apercevoir la déception dans les yeux d'Hermione.

- Nous n'avons pas pris ces documents chez toi, lui apprit Harry, reportant l'attention générale sur lui. Hermione ?

La femme prit à son tour un siège.

- J'ai commencé ces recherches généalogiques, dont Harry t'a certainement parlé. Il s'avère que remonter les branches de chaque arbre généalogique, chez les sorciers, peut être encore plus compliqué que chez les Moldus.

- Pourquoi ? l'interrompit aussitôt Gaïa.

- Parce que les sorciers se protègent. Les sorciers, il y a quelques années de cela, avaient peur que l'on découvre des… moutons noirs pouvant être rattachés à leur nom.

- Voldemort ? Enfin, je veux dire, ils avaient peur que Voldemort découvre des noms qui prouvent leur… impureté ?

Harry et Hermione échangèrent un regard à la fois surpris et admiratifs. En seulement une semaine, et sans avoir la permission expresse de sortir seule, Gaïa avait assimilé beaucoup d'informations, et les maîtrisait mieux que certains sorciers qui avaient été témoins de ces événements.

- En partie, reconnut Hermione. Mais il n'y a pas que ces sorciers. Il y a aussi ceux qui ont voulu se protéger de personnes qui pouvaient leur vouloir du mal.

- Et c'est là que nos familles interviennent, dit Harry en coupant Hermione. Pardon, tu peux reprendre.

- Harry a raison, reprit Hermione après un petit temps d'arrêt. De toute évidence, vos familles, si elles n'ont pas su être discrètes à chaque génération pour cacher le fait qu'elles possédaient une Relique, ont tout de même eu la présence d'esprit de poser des protections sur vos arbres généalogiques.

Hermione fit une petite pause, les sourcils froncés. La partie qu'elle allait aborder était complexe, et elle-même n'était pas certaine de la maîtriser totalement.

- J'ai fait un test avec la famille d'Harry, commença lentement Hermione. Grâce aux mémoires qu'il a retrouvées, j'ai pu connaître le nom de presque chaque membre de sa famille, et je remonte ainsi progressivement jusqu'aux Peverell. Jusqu'à Ignotus, crut-elle bon de préciser. Mais…

Elle hésita, n'étant pas sûre de comment annoncer la suite.

- Il semblerait que les protections soient extrêmement fortes, enchaîna Harry. J'ai dû autoriser Hermione, grâce à un parchemin ensorcelé, à étudier les divers membres qui composent ma famille. Sans cela, elle n'aurait pas pu remonter jusqu'au point où elle en est aujourd'hui.

Gaïa hocha la tête, comprenant petit à petit ce que voulaient lui dire Harry et Hermione. Cependant, plus ils expliquaient un point, plus des questions s'accumulaient, et plus un autre point restait obscur.

- Ce que je ne comprends pas, annonça lentement Gaïa, c'est pourquoi vous me dites cela. Est-ce que vous avez besoin de mon autorisation pour remonter mon arbre généalogique, pour ensuite retrouver mon père ?

Sa gorge se noua en songeant qu'elle faisait peut-être perdre leur temps aux deux sorciers, mais elle voulait une preuve de la mort – ou de la vivacité – de son père, et peu importaient les dommages collatéraux.

- Vous l'avez, poursuivit-elle d'une voix qu'elle voulait ferme. Mais ces parchemins, d'où sortent-ils ?

À nouveau, Hermione et Harry échangèrent un regard, au grand damne de Gaïa, qui trouvait cette habitude exagérément théâtrale.

- On ne sait pas, avoua Harry.

- Ou, plutôt, on sait pourquoi ils sont apparus, mais nous ne savons pas d'où ils proviennent, corrigea Hermione. Ils sont apparus alors que je commençais mes recherches sur la famille d'Harry. Sauf que… je ne sais pas ce qu'ils veulent dire.

Cela se tenait… lorsqu'on avait toutes les données en main. Son père avait forcément dû faire des recherches sur les différentes branches des Peverell pour finalement obtenir le nom d'Harry Potter. Comment est-ce qu'il avait pu le faire sans obtenir le consentement d'Harry, Gaïa n'en avait pas la moindre idée, et elle ne pensait pas que c'était cette question dont l'importance primait sur les autres, à l'heure actuelle. En revanche, elle voulait en savoir plus sur ces parchemins qui n'avaient cessé d'hanter ses pensées depuis qu'elle les avait aperçus dans le bureau de son père.

Les caractères imprimés étaient illisibles. Était-ce le temps qui les avait effacés, ou était-ce dû au fait que cette langue soit inconnue de tous ? Gaïa n'avait su le déterminer jusqu'à aujourd'hui, jour où elle avait accès, avec l'accord du propriétaire, aux parchemins. Elle se pencha sur la feuille, et réalisa rapidement que les caractères ne ressemblaient à aucune écriture qu'elle avait pu rencontrer durant ses voyages. Elle soupira, dépitée de ne pas pouvoir résoudre ce mystère.

La seule certitude que tous avaient, c'était que ces parchemins, surgis du néant ou de tout autre lieu inaccessible par l'être humain, étaient liés aux Reliques. Le signe de celles-ci était inscrit sur chaque parchemin, en haut à gauche de celui-ci. C'était le seul morceau du parchemin que le temps ne semblait pas avoir détruit, saccagé, altéré.

- Je pense qu'on peut trouver un dictionnaire pour traduire ces parchemins, reprit Hermione rapidement, comme essayant de parler aussi rapidement que ses pensées s'enclenchaient dans son cerveau. Mais il faut d'abord que l'on détermine la langue employée. Et…

- Harry, Hermione, vous êtes où ?

La voix de Ron retentit depuis la cuisine, les interrompant. Sur les indications d'Harry, il ne tarda pas à les rejoindre.

- Il faudrait songer à calmer les Langues-de-Plomb, leur annonça Ron en tant que préambule. Ils sont légèrement inquiets de savoir que l'on tient tant à faire des recherches au Département des Mystères, et le fait qu'on accède aux salles de généalogie ne leur plaît pas, même si c'est pour Harry. Alors, tu sais de quelle langue il s'agit ? s'enquit le nouveau venu, s'adressant à présent à Gaïa.

Sa main désignant les parchemins qui s'étalaient autour de l'adolescente, il ne faisait aucun doute de ce à quoi il faisait allusion. Dépitée, Gaïa secoua la tête, et Ron ne sut cacher sa déception.

Il se reprit cependant rapidement.

- Enfin, ce n'est pas grave. Écoute, Harry, j'ai réfléchi toute la journée à cette histoire de plan, une fois qu'on sera en mesure de retrouver le père de Gaïa.

Aussitôt, l'attention de Gaïa se focalisa sur Ron, sans que cela n'échappe à personne. Tout ce qui pouvait lui permettre de retrouver son père déclenchait l'intérêt sans limite de la jeune fille.

- On ne saura rien du ravisseur, commença Ron en levant un premier doigt. Il semblerait qu'il soit plutôt doué, continua-t-il en levant un deuxième doigt et en désignant sa femme.

Le visage rembruni, Hermione hocha la tête, vaguement en colère de n'avoir pu déjouer les protections des différentes familles, et frustrée de savoir par avance qu'elle ne pourra pas remonter l'arbre généalogique de la Relique Pierre.

- Il détient un otage, plutôt important dans le but de notre mission, et veut potentiellement s'emparer d'un second, continua Ron, un troisième doigt levé après avoir désigné Gaïa.

- Pas potentiellement, le corrigea la jeune fille.

- Potentiellement, parce qu'on ne sait pas encore si tu viendras avec nous, la contredit Ron en bougonnant. Et pas la peine de protester. Tu es face à trois parents, je peux t'assurer qu'il y a plus de contre que de pour en faveur de ta venue. Mais, de toute façon, nous n'en sommes pas encore là, reprit Ron. Après tout, il nous manque encore l'essentiel.

Il fit une petite pause, comme pour ménager son effet théâtral.

- Nous n'avons pas encore remonté l'arbre généalogique de Gaïa et, surtout, nous n'avons toujours pas songé aux entraînements qu'elle va devoir suivre.

Un silence gêné suivit ses paroles.

- Quels entraînements ? s'étonna finalement Gaïa.

- Évidemment, j'ai mis les pieds dans le plat, pesta Ron en comprenant que Gaïa n'était pas encore au courant.

- Et on te laisse réparer les dégâts, enchaîna Hermione.

Ron soupira, et se passa une main lasse sur son visage fatigué.

- Ma petite…

Le regard noir de Gaïa ne le fit pas trembler, et elle réalisa que la journée de Ron avait dû être éreintante. Ce qui n'était pas une raison pour qu'il se permette une telle familiarité.

- Sache que l'on a affronté des dangers pas sympas, durant notre adolescence, et ils nous ont appris quelque chose de plutôt utile. Si t'es pas préparé, t'es mort. Et si t'es préparé, tu as une infime chance de t'en sortir. Est-ce que ton père t'a appris à stupéfixer quelqu'un ? Est-ce qu'il t'a appris à surmonter un sortilège de l'Imperium ? Est-ce que tu es capable d'affronter tes peurs ? Est-ce que tu es capable de faire la différence entre la réalité et ce qu'on tente de te faire passer pour la vérité ?

- Je…, commença Gaïa, abasourdie.

- Est-ce que tu peux préparer une potion pour te soigner ? Est-ce que tu as la moindre idée d'antidotes pour te sauver, en cas d'urgence ? Est-ce que tu penses pouvoir gérer une situation de crise, si jamais nous sommes tous blessés ?

- Mais, je ne…

- Est-ce qu'à l'heure actuelle, si l'on devait partir à la recherche de ton père, et que, pour des raisons peu agréables, tu te retrouvais seule, tu serais capable de t'en sortir ? termina durement Ron en élevant la voix pour se faire entendre au-dessus des mots que tentait de glisser Gaïa.

Cette fois, elle se tut. Elle n'avait jamais réellement songé à être seule. Son père l'avait forcée à y penser, à s'habituer à une telle situation mais, jusqu'à présent, elle avait toujours quitté son père le matin pour le retrouver le soir. Et, le jour où elle avait dû le quitter pour ne plus le revoir, elle l'avait fait pour se réfugier chez Harry Potter. Depuis, elle n'avait plus bougé de cette maison seule.

Alors, forcément, dans sa tête se construisirent les situations les plus folles, les plus dangereuses, les plus différentes qui soient, pour qu'elle tente de s'imaginer, un instant durant, face à une menace invisible, sans personne pour la guider. Il ne lui fallut que quelques instants pour réaliser qu'elle n'était parée à aucun des scénarios qui prenaient forme dans son esprit, et que, seule, sans personne pour la conseiller, elle ne mettrait que peu de temps à être retrouvée, kidnappée, blessée – tuée, peut-être.

- C'est bien ce qu'il nous semblait, murmura Ron. Donc, des séances d'entraînements pour toi. Il va juste falloir qu'on organise un planning, et s'assurer que les salles d'entraînements du Ministère aient des plages disponibles.

Il se leva rapidement.

- Hermione, je suis exténué. Je rentre. Est-ce que tu viens avec moi ?

Sa femme hocha la tête, avant de se tourner vers Gaïa.

- Peux-tu écrire, sur ce parchemin…

Elle lui tendit le bout de papier en question.

- Que tu m'autorises à faire des recherches sur ta famille ? J'ai déjà le nom de ton père. Cela sera plus compliqué que pour la famille d'Harry, mais on a déjà les deux extrémités de ton arbre. Je suis confiante, affirma Hermione.

Gaïa lui adressa un signe de tête reconnaissant. Avoir l'assurance que quelqu'un était capable de faire ce qu'on attendait de lui, et qu'il y mettait tout son cœur, était rare de nos jours, elle en avait conscience.

- Même si cela va prendre du temps, murmura finalement Hermione.

Puis, adressant un dernier signe à Gaïa et Harry, elle disparut à la suite de Ron.

Harry, lui, ne prit pas la peine de dire au revoir à Gaïa. Il la verrait d'ici quelques heures tout juste, au repas.

- Il faut…

Harry, qui était presque sorti de la pièce, se retourna, surpris.

- Il faut que j'apprenne à me débrouiller seule.

Le brun hocha la tête, d'accord avec elle, sans comprendre toutefois ce qu'elle voulait dire.

- Je ne peux pas commencer à me défendre seule tout de suite, enchaîna Gaïa.

Un sourire amusé détendit les traits d'Harry.

- Mais une adolescente de mon âge devrait être… je ne sais pas, moi ! s'agaça Gaïa. Être capable de se promener seule dans les rues, par exemple ?

Elle se doutait que cela était possible. Après tout, Lily n'avait-elle pas disparu une après-midi entière sur le Chemin de Traverse avec sa meilleure amie ?

Harry hésita un instant.

- Tu as l'habitude d'être seule toute la journée, commença-t-il lentement. Tu me l'as dit. Ton père ne passait pas la journée seul avec toi, et…

- Si je vais seule sur le Chemin de Traverse aujourd'hui, je me perdrai, affirma Gaïa. J'ai vécu dans des endroits reculés. Une route qui partait de notre maison pour mener aux magasins les plus utiles, une autre qui permettait de s'échapper rapidement. Rien de plus. Je suis incapable de gérer une situation de crise, et je suis incapable de déambuler au milieu de la foule.

Harry hésitait encore.

- Pour le moment du moins, ajouta sournoisement Gaïa. Ron vient de le dire. Je ne suis pas capable d'agir seule. Mais si on ne me donne pas l'occasion de le faire, comment devenir assez indépendante pour gérer une situation catastrophique ?

Elle comprit que son idée était lentement acceptée par Harry lorsqu'elle le vit prendre un air de profonde concentration.

- S'il te plaît, ajouta-t-elle. Je vais devenir folle, à rester ici sous la surveillance constante des autres ! Il faut que je sorte. Je l'ai toujours fait.

- Dans des endroits reculés, lui rappela Harry en la citant.

- Oui, mais je l'ai fait tout de même.

Harry hésita encore quelques instants, avant de capituler.

- Très bien, soupira-t-il. Mais il y aura des conditions, dont nous parlerons plus tard.

Gaïa hocha la tête, se disant qu'elle aurait tout le temps de reconsidérer ces conditions plus tard, lorsque le temps serait venu de parler de ses expéditions solitaires. En attendant, elle se contenta de sourire, consciente d'avoir gagné une bataille.

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L'absence de toute sensation corporelle ne l'effraya pas outre-mesure. Elle avait perdu la capacité d'utiliser ses cinq sens mais, une fois cette constatation faite, le calme régnait toujours dans son esprit. C'est après que cela se corsa.

Tout d'abord, l'odorat lui revint. Elle le sut immédiatement car l'odeur métallique qui s'insinua dans ses sinus était tellement forte qu'elle ne put l'ignorer. Sa gorge se resserra sous l'assaut incessant de l'odeur haïe, ses narines se dilatèrent pour tenter d'obtenir un autre effluve qu'elle puisse associer à un souvenir joyeux, et non pas à une blessure, à la mort. Rien ne fonctionnait cependant. Pas même de se rappeler des odeurs de plats préparés par la figure paternelle. Pas même de se souvenir de l'extase ressentie en reniflant une fleur particulièrement odorante. Pas même de se remémorer l'odeur du feu réconfortant que l'on hume avec plaisir lors des longues soirées d'hiver. Aucun de ces souvenirs odorants ne parvint à chasser l'odeur du sang.

Tout juste faisait-elle ce constat qu'elle réalisait qu'un deuxième sens lui était revenu. Il s'agissait du goût. Elle sentit le liquide se glisser sournoisement entre ses lèvres, pourtant scellées. Entre ses dents, contre son palet, le long de ses gencives, le liquide poisseux, épais et aussi métallique que laissait présager l'odeur sentie auparavant. Plus ses lèvres se collaient l'une à l'autre, et plus grande était la quantité de liquide qui parvenait à s'infiltrer. Finalement, sa bouche ne put contenir plus de liquide, et elle fut contrainte de déglutir, réalisant être incapable d'entrouvrir ses lèvres, malgré le dégoût que cela lui inspirait. La chaleur du liquide lui parut associable à celle qu'on estimait être relative à l'enfer, et elle se haït à l'instant même où sa pensée lui dicta d'avaler encore, le liquide étant l'unique source de chaleur qu'elle détectait dans ses alentours.

Le toucher fut le troisième sens à revenir à elle. Elle s'attendait à ce qui allait suivre, aussi ne fut-elle pas surprise de sentir un liquide épais glisser entre ses doigts, dégouliner le long de ses avant-bras, infiltrer ses vêtements, les alourdir, les coller à sa peau. Une fois encore, et parce qu'on lui avait appris à le faire, Gaïa conserva son calme, malgré l'horreur de la situation, malgré qu'elle ait tous les droits de céder à la panique. Elle ne bougea pas, attendant la suite des événements, occultant du mieux qu'elle le pouvait l'odeur, le goût, la sensation. Le sang, après tout, était synonyme de vie. Même si elle avait pleinement conscience qu'autant de sang en dehors d'une enveloppe corporelle était en réalité synonyme de mort.

L'ouïe fut le quatrième sens à reprendre ses droits. Elle entendit l'écoulement régulier du sang qui parcourait son corps, mais, surtout, elle entendit une respiration. Puis une seconde. La première n'était autre que la sienne, lente, régulière, profonde, prouvant qu'elle conservait son calme malgré les événements qui l'entouraient et qui avaient la capacité de lui faire perdre la raison. La seconde respiration était à l'inverse saccadée, rapide, sifflante, et révélatrice de l'état pitoyable dans lequel se trouvait son propriétaire. La respiration était située au sol, elle en avait conscience. C'était près de ses pieds. Elle comprit qu'elle pouvait modifier cette respiration en tendant la jambe, car son pied percuterait alors le corps relié à ce souffle. Un souffle qui, peu à peu, devenait un râle faible, synonyme d'une mort proche.

C'est là que Gaïa réalisa que si elle souhaitait conserver son calme, sa sérénité, sa maîtrise de soi, il ne fallait pas qu'elle recouvre la vue. À l'instant même où cette pensée se frayait un chemin dans son esprit, la lumière revint.

Elle hurla.

Elle hurla sa peur, sa colère, elle hurla autant que ses poumons le lui permettaient, sortie de son rêve, ou plutôt cauchemar, l'oreiller étant le seul témoin de ses cris et larmes, le seul réconfort qu'elle pouvait trouver dans ce moment si sombre, le seul qui avait le droit d'observer sa faiblesse pour ce soir. Le seul qui, elle en était sûre, pouvait la comprendre à l'heure actuelle.

Combien de temps pleura-t-elle, combien de temps hurla-t-elle, c'était une information qu'elle jugea inutile de connaître. Combien de fois appela-t-elle son père, pour se convaincre qu'il n'avait pu être étendu contre le sol, son souffle s'estompant peu à peu à mesure que la vie le quittait, ce n'était pas un compte qu'elle avait tenu. Certainement autant de fois qu'elle n'obtint pour seule réponse que l'amertume du silence. Combien de fois elle pria pour qu'une présence chaleureuse vienne la réconforter, elle ne voulait pas le savoir, préférant croire qu'elle espérait plus ardemment que personne, jamais, ne serait au courant de cette faiblesse qu'elle ressentait.

Son oreiller était certainement aussi humide que l'étaient ses joues, ses yeux devaient être rougis par ses pleurs, son état de fatigue était tel qu'elle ne pouvait nier avoir fait un cauchemar éprouvant. Tremblante, elle rassembla ses couvertures autour d'elle, tentant de retrouver un semblant de calme. Lorsqu'elle réalisa que sa chambre était trop sombre, qu'elle ne pouvait décemment pas croire qu'elle réussirait à oublier l'obscurité puis la lumière qui s'étaient succédées dans son cauchemar en restant ici, elle se décida à se lever, se sentant d'attaque à s'affronter. À affronter ses peurs, à affronter ses faiblesses.

Elle s'enveloppa dans un plaid qui traînait, Ginny ayant jugé qu'il pouvait être nécessaire, vu le froid mordant qui réussissait à s'infiltrer sournoisement dans la maison pourtant chauffée. Elle sortit de sa chambre, remerciant la fraîcheur du couloir de la faire frissonner. Elle n'aurait jamais cru qu'elle puisse un jour apprécier le froid, mais celui-ci était tellement contraire à la chaleur du sang qu'elle avait senti le long de sa peau qu'elle ne pouvait que l'aduler.

Un frôlement contre sa jambe lui rappela doucement qu'elle n'était pas dans un lieu où la vie s'échappait, mais qu'elle se trouvait dans une maison douillette, dont les habitants étaient vivants, respiraient et se levaient le matin. Elle baissa donc les yeux vers Nana, dont les pupilles luisaient dans le noir.

- Tu ne dors pas ? chuchota Gaïa.

Elle avait conscience que parler à un Fléreur était stupide, mais voir que l'animal l'écoutait et lui accordait toute son attention lui fit un bien incroyable. Pendant un instant, elle eut l'impression qu'il tentait de lui communiquer ses propres pensées, de la rassurer. Et puis, comme le langage Fléreur n'était pas celui du sorcier, Nana choisit de montrer sa compassion en sautant par surprise sur Gaïa, qui l'accueillit avec joie. Elle pouvait sentir sans peine le cœur du Fléreur battre contre sa propre poitrine, et cela lui fit un bien immense. Doucement, réussissant à coincer le plaid de telle façon qu'il lui couvrait les épaules sans qu'elle ne soit obligée de libérer une des mains portant le Fléreur, Gaïa se dirigea vers l'escalier, se disant qu'étant donné ce qu'elle venait de subir, elle pouvait aisément s'offrir une tasse d'un remontant quelconque.

Et c'est ainsi qu'elle se retrouva dans la cuisine des Potter, à trois heures du matin, en compagnie de l'aîné de la famille.

Elle resta un instant sur le seuil de la cuisine, ne sachant si le regard que lui adressait James était de surprise, ou bien de compassion. La pénombre qu'il avait laissée dans la cuisine empêchait Gaïa de lire ses pensées et émotions sur son visage, et elle n'était pas prête à expliquer pourquoi elle était réveillée, ni ce qu'elle venait de voir. Aussi pénétra-t-elle dans la cuisine, les lèvres pincées, Nana dans ses bras.

James avait deux tasses de thé devant lui, et, confuse, la jeune fille se demanda s'il l'avait entendue lors de son réveil brutal, ou s'il l'avait entendue lorsqu'elle avait descendu les escaliers. Le visage de James, qu'elle voyait à présent impassible, ne lui permit pas de déterminer ceci. Et, quoi qu'il en soit, vu le silence qu'il gardait, elle devina qu'il ne serait pas celui qui parlerait en premier de l'irruption de Gaïa dans la cuisine.

- Nana t'a adoptée, on dirait, constata-t-il en souriant doucement. Elle n'a jamais pu me supporter. Je crois que c'est parce que j'ai trop d'affinités avec Kreattur, et que les deux se détestent cordialement.

Gaïa hocha simplement la tête. Elle avait peur que sa voix ne dévoile le chamboulement interne qui l'empêchait encore de réfléchir calmement et avec lucidité.

- Elle est vraiment marrante, comme Fléreur, enchaîna James. Elle a un comportement particulier. Je ne suis pas capable de te dire pourquoi, mais elle ne se comporte pas comme les autres animaux de son espèce. Ce sont des animaux indépendants et, pourtant, Nana n'est véritablement heureuse que lorsque Lily est présente et qu'elle peut la coller toute la journée. C'est assez amusant.

Gaïa hocha distraitement la tête, la main perdue dans le pelage moucheté de l'animal, qui ronronnait, heureux d'avoir trouvé une compagnie aussi agréable à une heure aussi avancée.

Le silence s'installa, les deux personnes présentes dans la pièce se perdant dans la contemplation des volutes de fumée s'échappant de leur tasse de thé.

- Pourquoi tu es debout ? s'enquit finalement Gaïa lorsqu'elle fut sûre que sa voix serait assez ferme pour qu'il ne devine pas qu'elle était encore remuée du cauchemar fait.

James haussa les épaules, décidé à ne pas répondre, mais Gaïa ne l'entendait pas de cette oreille. Après tout, ils étaient là pour quelques minutes minimum, et ils n'avaient certainement rien de mieux à faire que de se parler.

- Je fais souvent des insomnies, avoua finalement James. Surtout lorsque mon père part au travail en pleine nuit. Quand j'étais gamin… disons qu'après la guerre des sorciers, et toutes ces histoires, il y a eu un moment où la vie a été calme. Et puis, peu après ma naissance, il y a de nouveau eu des événements. Certains sorciers n'étaient plus d'accord avec la politique de Kingsley, on l'estimait trop doux, pas assez sévère pour son poste. Il avait supprimé les Détraqueurs à Azkaban, il laissait la direction du Bureau des Aurors à mon père… Mon père était jeune, après tout. Il avait un tout jeune fils, ma mère était souvent en déplacement pour ses matchs, il devait rentrer s'occuper de moi, ou me laisser chez d'autres membres de la famille… En fait, il paraissait être débordé, et, souvent, Charlie, l'unique oncle non marié de la fratrie Weasley, venait à la maison pour me garder. Sauf que moi, je savais que lorsque Charlie était là, cela voulait dire que mon père ne l'était pas, et je me réveillais tout le temps, ces nuits-là, pour attendre que mon père revienne.

James soupira.

- J'avais cinq ans, et je pensais que c'était à moi de m'assurer que mon père rentrait bien. Ma mère me surprenait, me grondait gentiment, me ramenait dans ma chambre. J'étais incapable de m'endormir, et je l'entendais se disputer avec mon père, lui faisant la réflexion qu'il fallait qu'il me rassure, et qu'il cesse de partir à n'importe quelle heure, que cela m'angoissait. Quand j'en avais six, et qu'Albus me demandait où était papa, je lui disais qu'il était parti, mais que j'allais attendre qu'il revienne, et que je viendrais lui dire ensuite. Ma mère haïssait ça. Et puis, quand j'ai eu sept ans, à peu près, tout s'est calmé. Mon père ne partait plus à point d'heure sauver le monde, et j'étais plus tranquille.

Il sourit légèrement, comme amusé de ses préoccupations d'aîné de famille.

- Et depuis, tu ne fais plus d'insomnies ? demanda Gaïa avec intérêt.

Car elle-même en avait fait des dizaines de fois, des insomnies, en entendant son père tourner en rond dans son bureau. Elle l'entendait faire les cent pas, et devait attendre qu'il cesse son remue-ménage pour enfin trouver à nouveau le sommeil. Si James lui disait qu'il suffisait que la personne pour laquelle on s'inquiétait s'apaise pour retrouver un semblant de calme, elle lui en serait reconnaissante.

Mais il secoua la tête.

- Non. C'est resté. Moins souvent qu'avant, mais j'en fais toujours. Cela rend Chloé folle. Ceci dit, quand j'étais à Poudlard, c'était bien, avoua James en souriant. Je me levais, et j'allais découvrir le château lorsqu'il était désert. C'était génial, finalement.

- Et maintenant, tu prépares des tasses de thé…, railla Gaïa.

James haussa les épaules, peu touché par la remarque qu'elle voulait pourtant moqueuse et blessante. C'était incroyable qu'une personne qui avoue avoir passé des nuits à se promener sans autorisation dans un château en soit arrivée au point de faire chauffer de l'eau en plein milieu de la nuit.

- Ce qui ne te dérange absolument pas, puisque tu es toi-même en train d'en boire une, lui fit-il tout de même remarquer.

Elle haussa les épaules, avant de sourire légèrement.

- Faut croire que ce n'est pas si nul, de préparer des tasses de thé, finalement…

Il hocha la tête, attendant qu'elle continue la phrase qu'elle avait laissée en suspens.

- Pourquoi est-ce que tu t'es réveillé, cette nuit ?

James hésita un instant. Il pouvait refuser de lui répondre. Il pouvait aussi lui faire remarquer qu'ils ne parleraient jamais de la raison pour laquelle elle était debout, qu'ils ne parleraient jamais des cris qu'elle avait poussés, étouffés par un oreiller peu efficace. Mais il choisit d'être franc, parce que c'était ainsi que Gaïa fonctionnait. Elle avait besoin de franchise pour développer ensuite de la confiance, et sans aucune franchise de la part de James, elle ne serait jamais capable de faire confiance à qui que ce soit dans la famille Potter.

- Pour deux raisons, en réalité. Parce que mon père n'est pas là, tout d'abord. Je l'ai entendu partir. Et parce que je me suis légèrement disputé avec Chloé, et que cela me trotte dans la tête.

Il regretta aussitôt ces dernières paroles, n'ayant aucune envie de revenir sur la discussion peu plaisante qu'il avait eue avec Chloé, se sachant en tort sans pour autant désirer qu'une autre personne le lui fasse remarquer. Heureusement pour lui, ses états d'âme n'étaient définitivement pas intéressants aux yeux de Gaïa, qui préféra lui demander ce que faisait Harry Potter aussi tard dehors.

- Certainement pour le travail, une fois encore, répondit James. Tu as toujours des événements étranges qui se produisent, dans le monde des sorciers, et dès lors que c'est un peu effrayant, ils font appel au Bureau des Aurors.

Il fronça les sourcils.

- Ceci dit, pour que ce soit mon père qui y aille, ce n'est peut-être pas une simple querelle de voisinage, reprit James. Enfin, il nous le dira certainement lorsqu'il rentrera.

- Nous ? releva Gaïa.

- À moins que tu veuilles aller retrouver ton lit.

Par fierté, et par pur esprit de contradiction, elle manqua lui dire qu'elle le voulait. Seulement, elle se rappela pourquoi elle avait fui sa chambre, et pourquoi elle ne voulait pas y retourner pour l'instant. Elle frissonna.

- Tu sais que tu peux prendre la chambre de Lily, si tu le souhaites ?

Ce fut l'unique allusion qu'allait se permettre James concernant le malaise que Gaïa pouvait ressentir lorsqu'il était fait allusion à la raison de son réveil nocturne. Elle lui lança un simple regard dénué d'émotion.

- Non. Je préfère croire que toute cette situation n'est que temporaire, et donc être installée dans un lieu qui n'est pas fait pour les séjours longue durée.

Le silence se réinstalla une nouvelle fois entre eux deux. Gaïa tentait d'occulter les vestiges des souvenirs de son cauchemar en réfléchissant, une fois de plus, aux parchemins que lui avaient montrés Hermione et Harry plus tôt dans l'après-midi. Et en songeant à ces entraînements qu'ils tenaient tant à lui imposer. Ceci dit, elle avait beau dire que ceux-ci étaient exagérés, elle réalisait qu'elle manquait cruellement d'expérience en ce qui concernait les combats. Son père, finalement, ne lui avait appris qu'à fuir.

James regardait Nana, laquelle le fixait, les pupilles rétrécies, comme elle aimait le dévisager systématiquement. Ils se vouaient une haine presque sans borne depuis toujours – depuis que James avait affirmé à son oncle que ce n'était pas Kreattur qui avait volé son invention pour la mettre dans son placard, mais que c'était Nana qui l'avait posée ici. Depuis, le Fléreur semblait avoir compris qu'elle n'obtiendrait jamais de soutien de la part du garçon. Elle l'ignorait donc superbement, et avait décidé de détester Chloé depuis qu'elle avait compris qu'elle était liée à James.

Ce dernier soupira, se demandant comment est-ce que Chloé allait vivre cette situation. Elle avait exigé d'en savoir un peu plus sur Gaïa et son histoire, dans l'après-midi, et James s'était muré dans un silence têtu et obstiné que la jeune fille ne lui avait jamais connu. Elle avait d'abord cru à une plaisanterie, puis s'était mise en colère en réalisant que ça n'en était pas une. Et lorsqu'elle avait vu dans le regard de James une détermination qui ne présageait rien de bon, ni de calme et tranquille pour les jours à venir, elle avait fini par lui rappeler qu'il n'était pas un super héros, et qu'elle ne sortait pas avec lui pour ses exploits dangereux. Et là, James lui avait répondu qu'elle aurait dû s'y attendre. Il n'y avait jamais rien de simple avec les Potter. C'était à peu près à ce moment-là que Chloé avait cessé de parler et avait quitté le Département du Ministère où travaillait James pour rejoindre le sien, à la Coopération Magique Internationale. Depuis, il n'avait pas eu de nouvelles, et aucune réponse à sa lettre ne lui était parvenue.

- Ton père t'a montré les parchemins ? s'enquit soudainement Gaïa.

Surpris de l'entendre à nouveau, il mit quelques secondes avant de réaliser qu'elle s'adressait à lui, et encore quelques unes avant de comprendre réellement le sens de la question. Il finit par hocher la tête.

- Et ? insista Gaïa.

James soupira.

- Je ne sais pas plus que vous ce qu'ils peuvent vouloir dire, avoua James. Par contre, Tim… Je t'ai déjà parlé de Tim, n'est-ce pas ?

Gaïa hocha la tête.

- Bon. Eh bien, Tim est spécialisé dans les anciennes civilisations magiques, toutes ces histoires. Il est toujours à parcourir le monde pour trouver des vestiges de civilisations, et il connaît un grand nombre d'écritures. Donc, je lui ai envoyé un hibou, avec quelques extraits des parchemins de cette après-midi. J'attends maintenant sa réponse, mais il se trouve actuellement au Guatemala, alors je doute qu'on puisse obtenir une réponse avant quelques jours.

- C'est vers le Mexique, non, le Guatemala ?

James fit un signe de tête pour lui confirmer sa supposition.

- J'ai vécu au Mexique, se souvint-elle simplement.

- C'était comment ? demanda James, curieux et envieux.

Son bras libre s'enroula autour de son torse tandis qu'elle enfonçait un peu plus ses doigts dans le pelage de Nana, qui miaula de protestation.

- Il y a beaucoup de montagnes. Et de falaises, murmura-t-elle en se souvenant des chemins étroits qu'elle prenait avec son père.

James n'osa pas demander plus de précisions. Le souvenir semblait bien trop douloureux pour Gaïa.

- Tim n'apprécie pas trop le Guatemala, reprit-il. Il dit toujours que le plus intéressant, c'est l'âge de bronze en Chine. Je répète simplement ce qu'il me dit, je n'ai pas la moindre idée de ce que c'est non plus ! rit James en voyant que Gaïa ne comprenait pas la majorité des termes qu'il employait. Enfin, Tim s'est toujours passionné pour l'Histoire. Pour tout te dire, c'était l'unique élève qui a réussi l'exploit de rester éveillé pendant un tiers du cours d'Histoire de la Magie. Et ça, c'est un tel exploit que nos arrière-petits-enfants en parleront encore ! Ah, ce Tim alors…

- Vous êtes restés en contact ? Après… tout ça.

Elle engloba James d'un signe de main, lui faisant comprendre qu'elle n'avait pas oublié qu'il lui avait parlé du changement qui s'était opéré en lui. James hocha la tête.

- Ouais. De temps à autre, on se retrouve après le travail. Enfin, quand il est en Angleterre, ce qui n'arrive pas souvent. Généralement, il rentre, il rédige un rapport bâclé sur son séjour et ses découvertes, puis il attend d'être appelé ailleurs. Je crois qu'il n'a jamais eu d'appartements à lui. Il dort chez les uns, les autres, leur prépare un repas le soir, et il repart comme il est arrivé, sans prévenir.

- Une vie normale, en somme, sourit Gaïa en se reconnaissant presque dans ce portrait.

- Ouais, si tu le dis.

La porte menant du jardin à la cuisine s'ouvrit, les interrompant dans leur conversation. Harry, car c'était lui qui rentrait, s'arrêta un instant, non pas parce qu'il était ébloui par une lumière inattendue, puisque James avait laissé la pièce dans le noir même après l'arrivée de Gaïa, mais parce qu'il était surpris par la scène qui se jouait sous ses yeux.

Son fils, comme l'avait craint Ginny, était à nouveau sujet à des insomnies, du fait des événements qui venaient de chambouler leur vie. Ni Ginny ni lui n'avaient jamais eu conscience que James était à présent réglé ainsi, à se réveiller presque toutes les nuits pour s'assurer que tout le monde était présent dans la maison. Harry se retrouva propulsé des années en arrière, lorsque son fils le plus âgé était perché dans un équilibre précaire sur l'une des assises de la cuisine, les yeux restant difficilement ouverts, et invariablement fixés sur la porte qui devait lui rendre son père. La ressemblance s'arrêtait cependant à la présence de James dans la cuisine. Il n'était plus ce petit garçon à l'air gauche, les yeux engourdis de sommeil, bâillant à s'en décrocher la mâchoire et qui se laissait tomber dans les bras de son père qui le portait jusqu'à son lit. Il était devenu un homme qui, certes, attendait toujours le retour de son père, mais qui n'avait plus de crainte dans les yeux. Un homme qui se tenait droit, qui était calme, qui attendait simplement une petite conversation père-fils avant de retrouver le confort de son lit. Ou presque. Parce que James n'était plus seul, à l'attendre. Il se trouvait avec Gaïa. Et la scène, finalement, ne semblait pas étrange à Harry. James avait grandi. Le schéma changeait, le contexte aussi, les personnes suivaient le mouvement. James n'était plus seul à l'attendre. Les peurs de petit garçon étaient bien loin. Maintenant, c'était l'intérêt de l'adulte qui le tenait éveillé, pour connaître les détails de sa mission.

Une fois remis de cette nouveauté à laquelle il lui faudrait certainement quelque temps d'adaptation, Harry referma la porte derrière lui, laissant la fatigue se peindre sur ses traits. Ça aussi, c'était nouveau. Jamais, lorsque James était enfant, il n'avait montré qu'il pouvait être éreinté et las de régler des problèmes à des heures peu décentes.

- Il ne resterait pas un peu d'eau chaude ? s'enquit-il. Il fait extrêmement froid dehors, et la mission ne permettait pas de s'arrêter un instant pour lancer un quelconque sort pour se réchauffer…

Lorsqu'il eut une tasse fumante devant lui, il sourit.

- Alors, vous vous êtes trouvés un compagnon d'insomnie ?

- Faut croire, dit Gaïa sobrement, tandis que James souriait en levant les yeux au ciel.

- Comment s'est passée ta mission ? demanda-t-il à son père, peu désireux de s'attarder sur les raisons qui les avaient poussés à se réveiller.

Gaïa ne le regarda pas, mais elle lui était extrêmement reconnaissante de changer de sujet. Ceci dit, elle n'avait pas besoin d'échanger un regard. James l'avait compris de lui-même.

- Pas trop mal… On a fini par arranger le problème, c'est le plus important.

- Et c'était quoi, ce problème ?

- Oh, une vieille sorcière qui voit le mal partout, et, bon… elle est persuadée que son voisin veut la tuer. Sauf qu'à force de penser cela, c'est elle qui devient la plus dangereuse, à trop vouloir se protéger. Ce soir, ça aurait pu mal tourner… Enfin, avec le recul, reprit Harry, un sourire amusé se dessinant sur ses lèvres, c'était une situation plutôt comique.

Et le chef du Bureau des Aurors d'expliquer les divers pièges montés par la vieille femme pour empêcher son voisin de venir jusque chez elle, de la mare remplie de strangulots au heurtoir qui était en réalité la tête d'une chimère, prête à avaler la première main qui se présenterait à elle.

- Le problème, termina Harry en grimaçant, c'est qu'à nous voir tenter de venir chez elle, elle a cru qu'on lui voulait du mal, et elle n'a pas songé à ôter les sorts…

James s'esclaffa bruyamment, tandis que Gaïa fronçait les sourcils.

- Mais pourquoi être allés chez elle, s'il n'y avait pas de danger immédiat ?

- Parce que le département de contrôle et de régulation des créatures magiques a fait appel à nous. Ils ont reçu la plainte d'un magizoologiste, disant que les différents sortilèges et pièges empêchaient le développement normal des Boursoufs ayant décidé de s'installer dans cette zone. Comme les Boursoufs sont tout mignons, que tout le monde les adore et que personne n'a envie d'avoir à dire à la Gazette du Sorcier qu'une colonie de Boursoufs est morte parce qu'une vieille femme est paranoïaque, on a demandé aux Aurors d'y aller, et de faire entendre raison à cette sorcière. Malheureusement, ça ne s'est pas passé comme prévu, donc ils ont fait appel à moi.

Il se tut, soupirant.

- Et ? voulut savoir James.

- Et elle a cru que j'étais un imposteur. Ce n'est pas la première fois que ça arrive, mais à une heure aussi avancée de la nuit, je dois reconnaître que j'étais légèrement à bout, grogna Harry en se frottant les yeux. Enfin, je ne sais pas pourquoi je vous raconte cela. Qu'est-ce que vous faites, vous, debout à cette heure-ci ?

D'un même mouvement, Gaïa et James haussèrent les épaules, accentuant la surprise et la curiosité d'Harry.

- On s'est réveillés, et puis on s'est retrouvés dans la cuisine, rien de plus compliqué, expliqua vaguement Gaïa.

- On a un peu discuté de choses et d'autres…

- Et puis on a discuté des parchemins.

- Oh. Je vois…

Le moment semblait tellement avoir été celui de James et de Gaïa qu'Harry se sentit un instant gêné d'être rentré dans sa propre maison. Il réalisait petit à petit que Gaïa et James avaient de nombreux points communs, et qu'ils se plaisaient à les découvrir petit à petit, même s'ils ne le réalisaient pas encore.

- Tu as pu envoyer un hibou à Tim ?

James hocha la tête.

- Mais il est loin.

- Il rentre bientôt, lui apprit Harry, qui connaissait un certain nombre de membres du personnel du département auquel était affecté Tim. Peut-être qu'il attendra d'être rentré pour te répondre. Cela prendra finalement moins de temps…

- Est-ce que vous pensez qu'il saura mieux que nous répondre à ce problème ? demanda Gaïa. J'ai cru comprendre qu'Hermione avait étudié un certain nombre de langues mortes, et pourtant, elle n'a pas la moindre idée de celle qui est employée pour ces parchemins.

- Hermione a étudié ces langues, tu as raison, confirma Harry.

- Mais Tim vit ces langues, et c'est totalement différent, assura James. S'il y a une ressemblance avec une langue antique, s'il s'agit du dérivé de l'une d'elles, tu peux être sûre qu'il le saura dans la minute, et qu'il nous le dira aussitôt. On peut lui faire confiance. S'il ne peut pas trouver, personne ne le peut.

James se tut alors, mal à l'aise. Gaïa fronça les sourcils, se préparant à poser la question qui, par avance mettait James et son père dans une position délicate.

- Et si personne ne peut lire ces parchemins, on ne saura jamais ce qu'ils veulent dire ? Mais… il faut le découvrir ! C'était forcément important, pour que mon père me les cache ! Il devait estimer que…

Harry leva une main apaisante, avant de faire un signe vers le plafond, pour lui rappeler que s'ils étaient tous les trois debout, Ginny, elle, était toujours endormie.

- Gaïa, je suis comme toi, lui assura Harry. Je veux découvrir ce qui est écrit sur ces parchemins, je déteste rester dans l'ignorance. Mais ne crois-tu pas qu'il est d'abord plus important de retrouver ton père ?

La jeune fille rougit de colère, réalisant que son intérêt pour les parchemins, intérêt qu'elle pouvait à présent montrer sans crainte qu'on le lui reproche, lui faisait oublier son père, qui était censé accaparer toutes ses pensées à l'heure actuelle.

- Si, si, bien sûr, bredouilla-t-elle, la voix tremblante de colère mal contenue.

Harry, indulgent et fatigué, sourit légèrement. Il bâilla, puis grimaça.

- Ce n'est définitivement plus de mon âge de devoir me lever à de telles heures, soupira-t-il. Même si j'ai abandonné l'illusion d'avoir une quelconque autorité sur les jeunes qui vivent dans cette maison, essayez de ne pas vous coucher trop tard, tous les deux. James, parce que tu travailles demain, et Gaïa, parce qu'on commence les entraînements. Oui, tu as bien entendu. Bonne nuit.

Harry disparut, laissant les deux « jeunes », comme il les surnommait si facilement, entre eux. Un petit sourire supérieur et victorieux prit alors ses aises sur le visage de James.

- Tu vas souffrir, lui apprit-il.

- J'ai l'habitude.

- Tu n'as encore jamais vu mon père dispenser un entraînement d'Auror, insista James. Je crois que Teddy en a pleuré, la première fois. Et qu'aujourd'hui encore, il tremble lorsque c'est mon père qui est en charge de la supervision.

- Je n'arrive pas à croire que ton père puisse être aussi effrayant.

- Ce n'est pas qu'il est effrayant, dit James. Ce sont les histoires qu'il raconte en même temps, pour te motiver à te défendre, qui font froid dans le dos. Les livres veulent raconter ses aventures, mais ils ne dépeignent qu'une maigre…

- Lorsque j'avais huit ans, mon père m'a lancée dans le vide, l'interrompit Gaïa. J'avais peur, le vertige, mais il s'en est moqué. Il m'a lancée dans le vide. Parce qu'il fallait que j'apprenne à dominer mes peurs. À sept ans, j'ai vu un corps en décomposition. Lorsque j'en avais onze, j'ai traversé un village en flammes, qui venait d'être pillé. L'odeur de la chair brûlée est horrible. Alors, sincèrement, ton père pourra me raconter ce qu'il veut, je peux t'assurer que cela ne me fera rien du tout.

- On verra bien, dit simplement James.

Pour Gaïa, c'était déjà tout vu.

- Est-ce que tu es inquiète ? demanda finalement James.

Gaïa, qui s'appliquait à caresser Nana derrière l'oreille gauche, à environ trois centimètres du centre du cou, la zone semblant être particulièrement sensible, s'arrêta nette, déclenchant le mécontentement de l'animal.

- Pour l'entraînement de ton père ? Pas du tout, tenta Gaïa.

- Tu sais très bien que je ne fais pas allusion à cela, lui fit remarquer James en fronçant les sourcils.

Oui, Gaïa le savait très bien, et c'était cela qui l'inquiétait le plus. Que James devine des émotions qu'elle réussissait quasiment à se dissimuler à elle-même était une sensation désagréable. Elle avait beau vouloir lui cacher ce qu'elle ressentait et pensait, elle n'y arrivait pas. Peut-être parce que lui-même s'appliquait à cacher ce qu'il pensait réellement des autres, de la vie.

Elle soupira.

- Oui, murmura-t-elle. S'il savait que je m'inquiète pour lui, il me disputerait, dit-elle d'une petite voix plaintive. Mais je ne peux pas m'en empêcher. C'est mon père, tu vois ? Il a beau voulu mettre une barrière entre nous, il a toujours été mon seul repère. Alors, forcément, je suis inquiète pour lui.

James hocha la tête, compréhensif.

- Et si…

Il ne termina pas sa phrase. Ce n'était pas nécessaire. Gaïa savait très bien ce à quoi il pensait. Elle détourna le regard, et se remit à caresser Nana, plus brusquement, plus mécaniquement qu'avant.

Et si son père était mort ?

Eh bien, si c'était le cas, la seule chose qu'elle voyait ensuite, c'était le vide. Littéralement. Celui sous les pieds, celui dans son cœur. Parce que, si l'unique personne qui avait été présente tout au long de votre vie devait disparaître, comment pouvez-vous le surmonter ?

Si son père n'était plus, Gaïa était bien en peine de dire ce qui l'attendrait ensuite.


Note d'auteur

Hello la compagnie ! J'espère que vous allez bien depuis la semaine dernière, et que je ne vous ai toujours pas perdu en route, ah, ah. (De toute évidence, si vous lisez cette note, non). Merci à tous pour vos belles et looooongues reviews (ça m'apprendra à écrire des chapitres aussi longs !) On remercie DelfineNotPadfoot qui chaque semaine trouve le courage de corriger les chapitres. Et qui subit mes petites réflexions agaçantes lorsque j'écris des chapitres...

Tiens, je viens de me rappeler que Ron apparaît dans ce chapitre, revenant du Ministère. Failli faire une crise la dernière fois, parce que j'ai appris qu'en fait, Ron n'avait pas fait Magasin de George Ministère, mais Ministère Magasin de George... Pottermore, des fois, tu fais tomber toutes mes convictions. Mais bon, pas franchement la possibilité de changer tout ce qui a déjà été fait avant, donc Ron, ici, travaillera toujours au Ministère. (A moins qu'il ait encore changé entre 2014 et 2022, ce qui ne serait pas encore dit sur Pottermore...) Hem, bref.

Eh bien, il me semble qu'on a fait le tour (je ne vais pas vous assommer avec une note d'auteur aussi longue que le chapitre en lui-même), et je vous souhaite à tous une excellente semaine :)