Chapitre 9
Où cris et violence ne résolvent rien.

Rose se glissa silencieusement en dehors de son lit à baldaquins. Les tentures rouges et or s'écartèrent par magie, et elle n'eut même pas à les frôler pour sortir de son lit. Elle se saisit de quelques affaires dans sa malle et, toujours sans aucun bruit, se dirigea vers la salle de bain.

Ce n'était pas qu'elle n'aimait pas ses camarades de chambre. C'était simplement qu'elle ne leur trouvait presque pas d'intérêt. En réalité, Rose avait grandi entourée de Potter, de Weasley, des membres de sa famille. Sans le savoir, c'était un moyen comme un autre qu'avaient trouvé ses parents pour la protéger des questions, du monde extérieur qui connaissait sa famille pour sa célébrité, et non pas réellement pour ce qu'ils étaient réellement. Quand elle était arrivée à Poudlard, elle avait compris ce que cela impliquait, de s'appeler « Weasley ». Beaucoup des membres de sa famille étaient passés outre cette réputation en riant, en blaguant, en haussant les épaules. Elle avait essayé de faire de même.

Mais Scorpius Malefoy ne lui en avait pas laissé le temps. Il s'était étonné de ne pas la trouver aussi douée que sa mère, il n'avait cessé de s'étonner des différences qui l'éloignaient de sa famille. Elle qui avait cru pouvoir en être fière avait fini par en avoir honte, à force d'entendre des élèves s'étonner eux aussi, à mesure que les propos de Scorpius traversaient tout le château.

Peut-être qu'il avait tenté de lui présenter ses excuses, une fois, mais elle n'était pas prête à accepter quoi que ce soit venant de sa part. Il avait pris un malin plaisir à ruiner son début de scolarité à Poudlard, et elle n'allait pas d'un seul coup paraître l'apprécier tout de même. Elle avait relevé la tête, et depuis sa troisième semaine à Poudlard, n'avait jamais cessé de répondre à Scorpius dès lors qu'il s'amusait de son caractère, de son comportement.

Elle avait certainement attisé les braises qu'il avait tenté d'éteindre, par égard pour son amitié avec Albus. Mais elle s'en moquait. Elle n'avait peut-être pas une dizaine d'amis comme en avait Scorpius. Mais au moins, lorsqu'elle se regardait dans la glace, elle pouvait être fière d'être intègre et d'avoir refusé la simplicité. D'ailleurs, là, quand elle se regardait…

Elle grimaça. Il fallait d'abord qu'elle ôte le reste de dentifrice avant de paraître digne. Une fois que ce fut fait, elle sortit rapidement de la salle de bain.

- Rose ? s'enquit Camille, une de ses camarades de chambre, émergeant difficilement de son lit. Tu nous attends pour le petit-déjeuner ?

- Trop faim pour attendre qui que ce soit, grommela la rouquine en s'échappant de la chambre.

C'était presque vrai. Elle était une Weasley, et n'était donc jamais rassasiée. En revanche, elle savait qu'elle aurait quand même pu attendre Camille, qui avait perdu toute trace de sourire, et semblait dépitée. Rose lui adressa ce qu'elle estimait s'approcher le plus d'un sourire désolé avant de s'enfuir de la chambre. Camille aurait pu être son amie, finalement. Camille était gentille, Camille était Née-Moldue, et Camille s'intéressait à Hermione Weasley parce qu'elle se battait pour les plus démunis, et non pas parce qu'elle avait fait partie des héros de la guerre. Mais Camille, comme beaucoup, riait dès lors que Scorpius apparaissait dans son champ de vision, et ça, Rose ne le supportait pas. Était-ce trop demander aux autres qu'ils aient la décence de ne pas s'enthousiasmer de la présence de Scorpius alors que Rose était elle aussi présente ?

Pour cela, Gaïa avait été parfaite. Oui, au sens littéral du terme.

Rose rajusta sa bretelle de sac sur son épaule en même temps qu'elle sautait la dernière marche de l'escalier menant de la salle commune des Gryffondor aux dortoirs des filles. Lors d'Halloween, un petit plaisantin s'était amusé à ensorceler cet escalier, pour qu'il accepte que les garçons y montent. Le sort n'avait pas fonctionné dans son but premier, c'était certain. En revanche, la première marche avait été déréglée et, à présent, dès qu'on y posait le pied, l'escalier se transformait en toboggan. Cela avait fait rire tout le monde la première heure, beaucoup moins les suivantes, et, à présent, tout le monde évitait soigneusement cette marche. Il faut dire que lorsque vous deviez aller récupérer un livre en vitesse, pour le cours de Potions, et que la professeur n'avait pas pour réputation d'apprécier les excuses, légitimes ou non, vous n'appréciez que moyennement d'avoir conscience que les prochaines retenues que vous allez écoper seront dues à une stupide marche.

Elle adressa un vague signe de main à Fred, son cousin, qui semblait déjà être revenu du petit-déjeuner. Cela ne l'étonna même pas. Fred était étrange. Il avait besoin de beaucoup moins d'heures de sommeil que la normale, et lorsque tous dormaient, lui échafaudait des plans. Personne ne savait exactement sur quoi il travaillait, mais ce qui était certain, c'est que dès qu'une idée prenait forme, elle était gigantesque. De par son ampleur, de par sa démesure, de par ses conséquences, aussi. On disait que même les Elfes de Maison du château craignaient les futures inventions de Fred.

Le portrait de la Grosse Dame était d'humeur joyeuse, aujourd'hui, réalisa Rose en le poussant.

- Bonjour, miss Weasley ! Bien dormi ?

Rose haussa les épaules.

- Et vous ?

- Oh, vous savez, nous, les tableaux…

Et c'était reparti pour un tour. La Grosse Dame avait cessé de chanter depuis que de nombreuses plaintes anonymes – bien que chacun savait que son camarade en avait déposé une, à l'instar de lui – étaient parvenues au bureau de la directrice de l'école. Bien que premièrement frustrée, et ayant refusé durant des semaines de continuer ce à quoi elle était destinée dans ce château, la Grosse Dame avait fini par retrouver sa place devant la Salle Commune des Gryffondor, en décidant de cesser de chanter pour se mettre à parler. Si on avait le malheur d'oublier le mot de passe, elle se faisait un plaisir d'énumérer chacun des élèves qui avaient eu la même mésaventure que le petit écolier. Et c'est ainsi que l'entièreté de l'école apprit que leur professeur de Défense Contre les Forces du Mal avait autrefois obtenu le droit d'entrer dans la Salle Commune des Gryffondor sans mot de passe en chantant une ballade à la Grosse Dame. Depuis, sa réputation de professeur sévère en avait pris un coup.

- Je suis désolée, l'interrompit alors Rose, quand la Grosse Dame se lançait dans une description fort longue et ennuyante de ses anciennes conquêtes, mais il se trouve que j'ai réellement faim, et que…

- Ah, les Weasley, toujours en train de manger ! s'affligea la Grosse Dame. Vous savez que votre oncle, Charlie, oui, celui qui adore les dragons, est le premier à avoir trouvé le chemin des cuisines ? Avant votre grand-père, ou les autres Weasley ! Oui, il fut le premier ! Eh bien, à partir de là, sa cote de popularité n'a cessé d'augmenter ! Déjà qu'il était un formidable joueur de Quidditch, avec les réserves de nourriture qu'il apportait à chaque soirée, il est…

Rose s'éloigna sur la pointe des pieds, se gardant bien de courir, de peur d'attirer l'attention du portrait sur elle. Lorsqu'elle fut enfin hors de vue, elle laissa un soupir s'échapper, ravie d'avoir pu enfin se défaire du flot de paroles de la Grosse Dame.

Elle hésitait entre aller à la volière, poster une lettre pour Gaïa, ou aller directement à la Grande Salle.

Elle se demandait comment les Weasley réussissaient, pour cette fois, à réfréner leur curiosité. Gaïa avait débarqué comme un Cognard dans leur vie, en renversant tout le monde. Personne n'avait jamais cru à l'histoire de la cousine éloignée d'Hermione. Cela ne ressemblait pas à la mère de Rose de cacher un tel renseignement. Mais, et c'était la première fois que Rose le remarquait, lorsque Ron, Harry et Hermione partageaient un secret commun, on leur faisait entièrement confiance. On ne tentait pas de leur soutirer une information. On savait qu'ils avaient leurs raisons de garder leur secret, et on savait qu'ils faisaient de leur mieux pour arranger la situation. Étant donné qu'ils avaient réussi à s'occuper du cas « Lord Voldemort » à tout juste dix-sept ans, on leur laissait bride abattue pour ces situations.

Les enfants Weasley et Potter jouaient le jeu. Lorsque certains de leurs camarades avaient vent de l'existence de Gaïa, parce que leurs parents l'avaient vue déambuler dans le Ministère, on confirmait qu'elle faisait partie de la famille d'Hermione. Les questions s'arrêtaient lorsque les regards des enfants Weasley ou Potter se faisaient trop durs, et qu'ils avertissaient du danger de poursuivre sur cette route.

Mais pour autant, les Weasley et Potter continuaient de se poser des questions. Cela dit, Rose soupçonnait Albus et Lily de lui cacher certaines informations. Elle était prête à parier qu'ils en savaient plus que ce qu'ils voulaient bien admettre. Mais ce n'était pas grave. Pour une fois, le secret ne frustrait pas Rose. Au contraire. Elle se disait que ses secrets, à elle, ne seraient jamais mieux gardés que par Gaïa. Elle avait joué le rôle de la cousine prévoyante, en lui envoyant des lettres dans lesquelles, disait-elle, elle s'enquérait de sa vie avec les adultes, sans adolescent de son âge. En réalité, ces lettres étaient devenues le journal intime de Rose. Elle savait que Gaïa ne lui répondrait jamais. Elle s'en moquait. Elle savait que Gaïa les lisait attentivement. Qu'elle réfléchissait à ce qu'écrivait Rose. Et cela faisait du bien à Rose de savoir que ce qu'elle écrivait dans ses correspondances ne risquaient pas d'être répété lors d'un repas de famille.

Rose venait de prendre la décision d'aller à la volière lorsque l'une de ses nombreuses cousines surgit de nulle part. L'écharpe verte et argent lui confirma ce dont elle se doutait.

- Salut, Dominique.

Sa cousine lui sourit largement, ses yeux la sondant, comme chaque matin. Elle se saisit du bras de Rose, et se mit en marche vers la Grande Salle, d'un pas bien plus énergique que celui habituel de la Gryffondor.

- Tu sais qu'on ne peut pas être en retard au petit-déjeuner ? s'enquit Rose. Que les Elfes ont toujours des réserves pour nous, ou presque ?

Sa cousine balaya l'argument d'un geste de la main, repoussant ses longs cheveux blonds dans son dos. Pendant une fraction de seconde, Rose ressentit une pointe de jalousie énorme pour cette cousine avec du sang Vélane dans les veines, mais cette jalousie s'estompa bien vite lorsqu'elle se dit qu'elle n'aurait pas su quoi faire d'une telle beauté.

- Je sais bien. Mais je veux qu'on y arrive avant Albus, grogna Dominique.

Rose haussa un sourcil, surprise.

- De quoi est-ce que tu parles ? Qu'est-ce que tu as encore dit ? rajouta-t-elle immédiatement.

- Pourquoi est-ce que ce serait toujours de ma faute ?

- Parce que tu as le sang chaud, parce que tu cherches toujours les problèmes, parce que tu es une Serpentard, parce que tu n'hésites pas à aider oncle George lorsqu'il fait des blagues lors des repas de famille, parce que…

Elle fut interrompue dans son énumération par l'éclat de rire cristallin de Dominique.

- OK, OK, je te l'accorde, je suis tout ça à la fois. Mais je me suis mal exprimée, reprit-elle lentement. Ce n'est pas tant que j'évite Albus. J'évite Scorpius.

- Oh.

Rose fronça les sourcils.

- On ferait peut-être mieux de marcher encore plus rapidement, alors, non ? proposa-t-elle avec un large sourire.

Dominique éclata de rire, une fois encore. Un garçon de quatrième année, à Poufsouffle, se retourna, les joues rouges.

- Arrête ça, siffla Rose à sa cousine.

- Je n'y peux rien, rétorqua Dominique. Et puis, c'est une garantie pour nous. Si jamais on ne trouve pas de petit ami, on use de nos charmes pour avoir un mari.

Rose secoua la tête, affligée.

- Je n'y crois pas. Dis-moi que tu ne comptes pas parler des charmes de Vélane qu'a utilisés Victoire pour séduire Teddy le jour de leur mariage ?

Dominique lui adressa un regard indéchiffrable, un petit sourire charmeur aux lèvres.

- Non.

Elle fit une pause.

- Pas le jour même de leur mariage, en tout cas, pouffa-t-elle. Bon, allez, tu sais que je plaisante ! s'exclama-t-elle alors que sa cousine se renfrognait. J'adore Teddy, et c'est vraiment génial qu'il se sente prêt à supporter Victoire tous les jours, pour le restant de sa vie. Et je suis aussi bien contente d'être à Poudlard, pour éviter les préparatifs. Molly m'a dit que c'était une horreur. Encore plus avec l'arrivée de Gaïa. Comme beaucoup savent qu'elle fait « partie » de la famille, reprit-elle sur un air de conspiration en mimant les guillemets, tous s'attendent à ce qu'elle soit au mariage.

- Elle y sera ? demanda Rose.

- Certainement, confirma Dominique. Mais évidemment, Victoire s'en arrache les cheveux.

- Ah ?

- Eh bien oui. Tu te souviens qu'elle veut que tout le monde ait un cavalier ? Tout allait bien. Tout était réglé. Mais du coup, avec Gaïa, on se retrouve avec un chiffre impair. Victoire devient folle, je te le dis, soupira Dominique. Et dire que je ne suis même pas là pour voir ça… C'est vraiment dommage.

- Tu es vraiment une Serpentard, marmonna Rose en voyant le sourire carnassier de sa cousine.

- Évidemment. Le Choixpeau ne se trompe jamais. Bref. Avec Gaïa, c'est un véritable calvaire. Déjà que ce mariage était une véritable prise de tête… Vivement que tout soit terminé !

- Tu y vas avec qui, déjà ? demanda Rose.

Elle-même y allait avec son petit frère. Peu, dans les cousins et cousines, y allaient avec son propre petit ami, ou sa propre petite amie, lorsqu'ils avaient la chance d'en avoir.

- Oncle Charlie, répondit Dominique. Il dit qu'il refuse d'y aller avec une femme qui ne soit pas de sa famille, ou qui n'appartienne pas à une famille de dragons qu'il élève, alors forcément…

Rose rit légèrement.

- Forcément. Tu as de la chance, ceci dit. C'est toujours amusant de passer une soirée avec Charlie.

- Ce n'est pas ce qu'on m'a dit de la soirée du mariage de mes parents, grimaça Dominique. Enfin, on verra bien.

Rose hocha la tête, réfléchissant aux différents couples de sa famille. Son visage s'éclaira soudainement.

- Mais… il reste Fred, n'est-ce pas ? Pourquoi Gaïa n'irait pas avec lui ?

Dominique secoua la tête.

- Fred va au mariage avec Molly.

- Molly ? Mais elle a un petit ami ! s'exclama Rose.

- Oui. Sauf que ni Percy, ni Audrey ne sont au courant, et vu la tête du petit ami, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée de le présenter à toute la famille le jour du mariage, grimaça Dominique. Sauf si tu as envie de tuer Percy d'une crise cardiaque, évidemment.

Rose grimaça à son tour. Elle-même avait rencontré le petit ami de Molly, qui avait deux tatouages visibles, et une coupe de cheveux qui laissait à désirer pour l'esprit parfois très conventionnel de Percy.

- Effectivement, il vaut mieux qu'elle ne vienne pas avec lui. Donc, pas de garçon pour Gaïa ?

- Tu connais Victoire. Ce détail sera certainement réglé dans quelques jours, même pas, la rassura Dominique. Ce qui est finalement dommage. J'aurais bien aimé voir Victoire s'arracher des cheveux la veille de son mariage…, termina-t-elle d'un ton songeur.

- Tu es horrible ! s'esclaffa Rose.

C'était dans ces moments-là que Rose adorait sa famille. Lorsqu'elle ne tentait pas de la comprendre, de la disséquer, et qu'elle parlait d'une autre personne qu'elle. Lorsque Rose n'était pas le centre de la conversation, mais qu'on ne la laissait pas seule dans un coin pour autant. Parfois, Dominique était capable d'être cette cousine-là, celle qui vous parlait de tout et de n'importe quoi, tant que vous n'entriez pas dans l'une ou l'autre des catégories.

- Tu sais ce que Roxanne a réalisé, la dernière fois ? Que le mariage tombe durant notre semaine de vacances. Et heureusement ! Car il est un lundi. Tu imagines, s'il avait fallu une autorisation spéciale pour toute la famille de rater les cours plus d'une journée ? Je n'ose pas imaginer la tête de McGonagall ! Ou, plutôt, si, je l'imagine… Dommage que la bataille Victoire contre Minerva n'ait pas eu lieu, finalement. Ça aurait été dément ! Poudlard aurait enfin explosé, soupira Dominique, comme déçue que cette confrontation ne puisse se faire.

- Tu es vraiment trop bizarre, lui avoua Rose. Et en parlant de Roxanne… Elle est où ?

Dominique soupira, longtemps, tout en levant les yeux au ciel.

- Avec son petit ami. Ce que ma cousine est niaise, depuis qu'elle est avec lui… Tellement niaise qu'elle n'a pas encore compris que l'inviter au mariage était la pire erreur qu'elle puisse commettre. Je n'ose même pas imaginer l'accueil que va lui offrir George. Déjà que Fred lui lance des regards à faire pâlir les plus courageux… Non, définitivement, Roxanne n'a pas conscience de ce qu'elle fait depuis qu'elle sort avec Phil.

- Ce n'était pas la même chose pour toi, avec Dany ?

- Totalement différent, renifla Dominique en descendant les dernières marches les menant à la Grande Salle. Tu veux manger avec moi ?

- Je vais plutôt rejoindre Lily. Elle semble plutôt excitée, et si elle l'est vraiment, qui sait qui va devenir un dommage collatéral, marmonna Rose.

Elle savait que dès lors qu'elle déjeunait avec Dominique, celle-ci se mettait à parler de Rose et de ses problèmes d'entente avec sa mère. Or, Rose voulait que cette journée commence bien. Elle avait passé un agréable moment à discuter avec sa cousine. Elle allait envoyer une lettre à Gaïa, qui la lirait, et, pour Rose, ça serait déjà beaucoup. Elle n'allait avoir que des cours agréables à suivre, aujourd'hui. Aucun cours avec un Serdaigle, ce qui voulait dire qu'elle n'aurait pas à supporter Scorpius Malefoy. Quoiqu'il soit beaucoup plus discret depuis qu'il sortait avec Mélina, de Poufsouffle.

Rose s'installa tranquillement à sa place, en face de Lily, un sourire aux lèvres. Sa cousine répondit par un grognement à la salutation de Rose. Elle n'était pas excitée, contrairement à ce qu'avait cru Rose. Elle était désireuse de fuir au plus vite la Grande Salle. Ce qui, étant donné la quantité de nourriture que Lily était capable d'absorber, était plutôt surprenant.

- Un problème ? s'étonna Rose.

- Ouais. Et ça va bientôt devenir le tien, grogna Lily. Ta paix avec Scorpius Malefoy en couple risque de bientôt voler en éclats…

Rose l'interrompit aussitôt en levant une main.

- Tu sais quoi ? Je ne veux pas savoir.

- Tu es sûre ? marmonna Lily en se mordillant la lèvre inférieure. Parce que d'après Albus, tu…

- Je m'en fiche, assura Rose. Ma journée s'annonce parfaite. Je m'en fiche que Scorpius fasse pleurer une fille dans un coin du château, parce que…

- Je doute que ça se passe dans un coin du château. À mon avis, ça va être public. Et le premier acte commence maintenant, soupira Lily.

En effet, un petit cortège venait d'entrer dans la Grande Salle, Scorpius Malefoy en tête. À sa suite, venait sa petite amie, Mélina. Et derrière eux, à une dizaine de pas, dans un périmètre qu'il semblait estimer de sécurité, se tenait Albus.

Tout d'abord, personne ne les remarqua. Et puis, un sanglot déchira le calme de l'ambiance du petit-déjeuner, et chacun commença à se tourner vers l'allée centrale. Lily soupira, et se mit à faire des réserves de nourriture.

- Tu ferais mieux de faire comme moi. D'après ce que m'a dit Albus, tu ferais mieux d'être prête à quitter la Grande Salle d'ici la fin de la rupture.

Rose lui adressa un regard plein de questions, mais Lily refusa d'y répondre. Par précaution, Rose glissa quelques fruits dans son sac, et beurra précipitamment des toasts, qu'elle mit sur une serviette, à portée de main.

- Qu'est-ce que tu entends par « Je ne m'attendais pas à ce que ce soit toi » ?! s'exclamait la voix de Mélina.

Enfin, c'est ce qu'on devinait à travers ses sanglots. Scorpius soupira, sa cravate pas encore nouée autour de son cou.

- Par Merlin, ne fais pas passer les Poufsouffle pour plus stupides qu'ils ne sont, et réfléchis un peu ! s'exclama-t-il.

Albus, derrière eux, tentait de calmer son meilleur ami par de grands gestes de la main, mais cela ne servait à rien. Scorpius était lancé.

- Ce n'est pas toi que je voulais voir, c'est tout !

- Ah oui ? sanglota Mélina. Pourtant, c'est avec moi que tu sors depuis le Nouvel An !

- C'est là que ça devient pathétique, marmonna Lily assez fort pour que d'autres Gryffondor l'entendent et sourient à la réflexion.

Mais l'attention était rapidement reportée sur le couple – qui n'en était de toute évidence bientôt plus un – et sur la scène magnifique qu'ils offraient à la quasi-totalité des habitants du château.

- Parce que je ne voulais pas te faire de peine, et que j'ai pas su comment réagir ! s'emporta Scorpius. Mais voilà, maintenant, c'est dit. Tu es contente ? Tu sais que nous deux, ce n'est pas possible. Voilà. Fin de l'histoire ! Je peux prendre mon petit-déjeuner à présent ?!

La volonté nouvelle qui brillait dans les yeux de Mélina lui fit comprendre que non.

- Certainement pas, Malefoy, dit-elle d'un ton dur, les larmes coulant encore sur ses joues.

- Tu crois qu'elle porte du maquillage résistant à l'eau ? s'étonna Lily, ne voyant aucune trace de noir sur les joues de la jeune Poufsouffle.

- Maquillage magique, répondit laconiquement Rose. Bon, ils ont bientôt terminé ? J'ai faim…

Lily lui lança un regard étonné, surprise que sa cousine ne soit pas plus perturbée que cela par l'esclandre de Scorpius. Après tout, elle était la première à se plaindre lorsqu'il faisait du bruit, et se faisait remarquer.

Mais Rose avait changé, depuis le Nouvel An. Depuis l'arrivée de Gaïa, en fait. C'était comme si elle avait trouvé une oreille attentive et, surtout, comme si elle était soulagée de voir Scorpius Malefoy en proie à des tourments sentimentaux. C'était agréable, pour Lily, de voir que sa cousine se portait bien, mais elle n'arrivait pas à comprendre que cette joie ne s'émousse pas avec cette perturbation matinale. Rose haussa simplement les épaules en réponse à la question muette de sa cousine.

Du côté du couple, le ton montait toujours. Mélina voulait à présent savoir qui était la personne qu'attendait Scorpius.

- Parce qu'il n'y avait pas des dizaines de filles qui me ressemblaient, à cette soirée ! siffla-t-elle. Et vu que tu n'as donné que ma description physique, je me demande bien qui ça peut être.

- Et si tu laissais tomber ? grogna Scorpius.

Derrière eux, la main d'Albus s'éleva.

- Je suis assez d'accord avec Scorpius, il faudrait abandonner. Ce serait bien que tout se passe dans le calme, et…

Le regard furieux de Mélina le fit reculer d'un pas.

- Ou je vais peut-être me taire et attendre dans le coin, tranquillement, murmura Albus.

- Qui ? demanda à nouveau Mélina.

- Qu'est-ce que cela t'apportera de le savoir ?! s'énerva Scorpius.

- Je veux savoir qui !

- Cela ne…

- Est-ce que tu l'as déjà embrassée ?

- Que… Quoi ? Mais c'est quoi cette…

- Réponds !

- Oui ! Mais avant qu'on sorte ensemble.

Mélina ricana.

- Maigre consolation. Et qu'est-ce qui n'a pas fait que vous vous soyez mis en couple à ce moment ?

La main de Scorpius se porta instinctivement à ses cheveux, les désordonnant un peu plus.

- C'est, hum… compliqué. Disons qu'elle me déteste. Et qu'elle me l'a clairement fait comprendre.

Le regard de Rose s'ancra dans celui de Lily.

- Ne me dis pas qu'il vient de dire ça, gémit Rose.

Sa cousine lui lança un regard entendu, avant de remplacer son air de « Je te l'avais bien dit » par celui de « Comment est-ce que tu as pu ne pas m'en parler ? ».

Rose se cacha la tête entre les mains.

- Oh, Merlin…

Personne, heureusement, ne l'entendit. L'attention était sur Scorpius et Mélina, pour l'instant encore.

- Et elle me ressemble.

- Non ! Enfin, disons qu'on peut vous confondre, parce que…

- Qui dans cette école a des yeux bleus ? À part une vingtaine d'autres élèves ?!

- Écoute, ce n'est pas…

- Et des cheveux presque roux ?

- Justement, c'est le « presque » qui me pose problème, et…

- Mais est-ce que tu peux me répondre d'une réponse claire et franche, pour une fois ?! s'énerva Mélina. Dis-moi de qui il s'agit, par Merlin !

- Mais qu'on les fasse taire ! s'exclama Rose en se levant d'un bond. Albus !

Son cousin lui adressa un sourire dépité. Depuis leur réveil, il tentait d'arrêter la tempête, mais rien à faire. Ils allaient devoir l'affronter la tête haute. Ou, du moins, essayer.

- Rose Weasley ! s'exclama à ce moment Scorpius, les bras croisés sur sa poitrine et le menton relevé en signe de défi. Voilà ! Tu es contente maintenant ?!

C'est peut-être à ce moment seulement que Mélina et Scorpius réalisèrent où venait d'avoir lieu leur rupture. C'est certainement une seconde trop tard que Scorpius réalisa ce qu'il venait de dire. C'est certainement avec dix secondes de retard qu'arrivèrent les professeurs capables de faire stopper cette dispute. C'est certainement parce qu'elle n'avait pas pris le temps de réfléchir que Rose réalisa trop tard que le sortilège qu'elle avait utilisé, appris par Gaïa, n'avait frappé Scorpius que cinq secondes après qu'il ait osé prononcer son nom.

Et c'est à cet instant qu'elle bénit son père de lui avoir donné le chemin menant aux cuisines. Elle allait certainement y aller, et demander aux Elfes de la cacher pour la journée. Au minimum.

Δ | o

Gaïa s'assura que plus personne n'était dans la pièce avant de sortir sa baguette. Elle la pointa sur le verre qu'elle venait juste de vider. Lentement, le verre se mit à tourner, après qu'elle eut prononcé la formule adéquate. Elle le regarda effectuer une dizaine de tours, avant d'inspirer profondément et d'agiter un peu plus sa baguette. Le verre prit de la vitesse. Les tours qu'il faisait se firent de plus en plus rapides. Elle fronça les sourcils, et agita encore un peu sa baguette. Le verre effectua encore un tour sur lui-même, avant d'aller s'écraser contre le mur de la cuisine.

Du moins en prit-il le chemin. Il fut arrêté dans sa course par un autre sort.

- Woh. Tu sais que c'est dangereux, les éclats de verre ? se moqua James.

Gaïa se renfrogna. Elle aurait voulu que personne ne soit là pour voir sa défaite, son échec.

- Qu'est-ce que tu fiches là ? Tu n'es pas censé travailler, ou passer du temps avec ta copine, des trucs de ce genre ? demanda-t-elle amèrement.

- Je ne travaille pas le samedi, et ma copine est allée voir sa grand-mère, sans moi. Et je me suis dit que je pourrais venir te tenir compagnie.

- T'avais pas à te sentir obligé, grogna Gaïa.

James sourit, amusé.

- Je sais bien. Mais je suis là quand même. Alors, qu'est-ce que tu faisais ?

Gaïa rougit. Elle n'avait aucune envie d'avouer ce qu'elle était en train de faire, de peur de paraître ridicule, ce qu'elle se refusait d'être devant qui que ce soit. Et encore moins devant James.

Comme comprenant ce qui la dérangeait, James lui sourit.

- J'ai vécu des situations qui sont certainement bien plus gênantes que celle-ci, j'en suis sûr, lui dit-il tranquillement.

- Oui, mais…

Gaïa hésita.

- C'est stupide.

- Si cela peut te rassurer, ça l'est souvent.

Elle se mordit la lèvre. Évidemment que c'était souvent stupide. Le problème, c'est qu'elle ne pouvait pas être stupide sur son application en sortilèges.

- Je ne suis pas assez… Je me précipite trop, avoua-t-elle du bout des lèvres.

James fronça les sourcils, ne comprenant pas où elle voulait en venir. Gaïa soupira. Elle qui avait cru que ces quelques mots assouviraient la curiosité de James, la voilà qui était obligée de compléter ce qu'elle voulait dire.

- Quand je lance un sort. Lorsque je ne lui donne pas toute sa puissance, j'arrive à le maîtriser. Je me pose, je reste calme, et le sort suit son cours. Tranquillement. Trop tranquillement, ajouta Gaïa. Le problème, c'est que je ne suis pas à pleine puissance. C'est le reproche que me fait sans cesse Ron… et il a raison, poursuivit-elle avant que James ne dise quoi que ce soit, les joues rougies. Mais le problème, c'est que dès que j'essaie de lancer un sort à pleine puissance, eh bien… J'en perds le contrôle.

La honte n'était pas le premier sentiment qui la caractérisait. Cependant, elle devait bien reconnaître que c'était le premier qui lui venait à l'esprit lorsqu'elle songeait à ce que lui inspirait cet échec cuisant.

- Ça t'est déjà arrivé ? demanda doucement James.

Gaïa soupira, relevant la tête, sans qu'aucune rougeur ne soit plus perceptible. Difficilement, elle secoua la tête.

- Tu crois que ça vient de la baguette ?

- Je ne pense pas. C'est la première fois que j'ai une baguette qui me convient aussi bien.

Elle poussa un grognement rageur, avec l'envie profonde d'envoyer contre le mur chacun des objets qui l'entouraient. Et comme si James pouvait lire dans ses pensées, il secoua doucement la tête.

- T'énerver ne servira à rien. Le problème vient certainement du fait que tu n'as pas l'habitude d'avoir une telle connexion avec ta baguette, justement. Tu cherches à contrôler le pouvoir, alors que tu devrais le laisser guider te lui.

Gaïa lui lança un regard peu amène.

- Sérieusement ? Je dois laisser mon pouvoir me contrôler ? Je ne suis pas sûre que ce soit le mieux à faire, tu vois…, railla-t-elle en désignant son tatouage. Et puis, de toute façon, ça ne servirait à rien. Je n'arrive pas à me concentrer, ici, avoua-t-elle. Je sais que je dois faire des efforts, mais c'est bien trop agité, ici. Je ne parle pas que de cette maison. C'est tout ! avoua-t-elle en secouant les bras. Toute l'atmosphère. C'est bien trop agité. J'ai toujours eu des cours dans un lieu perdu. Jamais personne. Là, il y a toujours trois personnes qui vont s'intéresser à ce que j'ai pu faire de ma journée. Ça me perturbe. Et ne ris pas !

- Je ne ris pas, lui assura James, qui, au contraire de Gaïa, était imperturbable.

Aurait-il voulu rire que les yeux lançant des éclairs de Gaïa l'en auraient dissuadé.

- Je pense en revanche que tu es déboussolée par les événements de ces derniers jours. Dernières semaines, maintenant. Tu sais ce qui serait bien ? Que tu trouves un endroit où tu puisses t'entraîner toute seule.

Gaïa grogna, exaspérée qu'il la trouve aussi stupide que cela.

- Tu m'as parlé de la Trace, et ton père aussi m'en a parlé. Je sais que c'est différent dans d'autres pays, mais en Angleterre, je ne peux pas faire de magie avant mes dix-sept ans. Je ne suis pas stupide, au cas où tu l'aurais oublié. Donc je sais que si je trouve un endroit tranquille où faire de la magie, on me retrouvera en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.

- Quand tu es toute seule, précisa James avec un clin d'œil.

Lentement, Gaïa se redressa. Ses yeux s'illuminèrent quelque peu. Elle replaça nerveusement une mèche de cheveux derrière son oreille droite.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- S'il y a la possibilité qu'une autre personne se trouve à côté de toi, je veux dire, un sorcier ayant l'âge de faire de la magie dans un lieu non sécurisé, on ne peut pas être sûr qu'il s'agit de toi.

Un fin sourire étira les lèvres de Gaïa.

- Continue, tu m'intéresses…

- Dans cette maison, si tu fais de la magie, toute seule, on ne t'enverra pas de lettres, car il y a d'autres sorciers qui y habitent, et qui sont en mesure d'en faire. Si jamais on détecte qu'une autre personne est avec toi lorsque tu fais de la magie, on ne peut pas t'envoyer de lettre, car on n'a pas la certitude que tu es celle qui a fait de la magie… Tu comprends ce que je veux dire ?

- Oui. Par contre, comment est-ce que je peux faire de la magie dans une zone calme, dans les environs ? Il y a des Moldus. Je suis presque sûre que même si je suis avec une personne en âge de faire de la magie, on sera retrouvés facilement. Vraiment facilement, appuya-t-elle.

- Tu sais où tu te trouves, ici ?

Elle haussa un sourcil.

- Voyons voir… Dans la maison de ton père ?

- Mais tu n'es vraiment pas stupide, en fait ! plaisanta James. D'accord, j'arrête, jura-t-il avec un sourire en coin quand Gaïa lui lança un énième regard meurtrier. Je te demandais si tu avais conscience de la ville dans laquelle tu te trouvais.

- Godric's Hollow, soupira Gaïa, ressentant de plus en plus la sensation d'être menée en bateau.

James opina.

- En effet. Et qu'est-ce que t'inspire cette ville ?

- Tu plaisantes j'espère ? marmonna la jeune fille.

- Non.

Par habitude, elle lui lança un regard noir. Comme toujours, il voulait pousser sa patience à bout. Ou, plutôt, il voulait qu'elle réfléchisse à la question qu'il avait posée, mais pour Gaïa, cela s'apparentait à tirailler sa patience. La taquiner, la pousser à franchir ses limites. D'habitude, elle répliquait. Pas aujourd'hui.

- Est-ce que tu sais au moins avec quoi tu joues, James ? demanda-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine.

- Avec toi ? railla-t-il.

- Avec le feu. C'est une expression que ta mère m'a apprise. Jouer avec le feu, c'est dangereux. Ça brûle, même.

Un sourire amusé étira les lèvres de James.

- Tu te prends pour un feu ?

- Je pense simplement que tu n'as pas conscience de ce dont je suis capable.

- Ne viens-tu pas de me dire que tu n'arrivais pas à maîtriser un sortilège lorsqu'il était à pleine puissance ?

Elle ne trembla pas, n'hésita pas, ne flancha pas. Elle resta droite, digne, et sûre d'elle. Mais elle se tut. Prouvant ainsi à James qu'il avait appuyé là où ça faisait mal.

- C'est bien ce qu'il me semblait. Alors, dis-moi… Qu'est-ce que t'inspire cette ville ?

Agacée d'avoir perdu à ce petit jeu, elle posa sa baguette sur la table, vérifiant d'un coup d'œil que ni Ginny, ni Harry n'était là.

- Elle est sinistre. Voilà ce qu'elle est. Elle est creuse. Comme son nom. D'ailleurs, j'ai bien vu les arbres, à l'entrée principale. Ils sont tous morts, et creux.

James fronça les sourcils.

- Les arbres de… Oh ! Je ne passe jamais par-là, je les avais oubliés… Donc pour toi, c'est simplement une ville creuse ?

- Exactement, répliqua-t-elle, pas peu fière.

- Donc tu ne joues que sur le Hollow ? Qu'est-ce que tu fais du Godric ?

Elle fronça les sourcils. Ça, elle devait bien le reconnaître, elle l'avait laissé de côté.

- Je ne suis pas aussi passionné d'histoire que l'est Tim, reconnut volontiers James en prenant place à côté d'elle, mais je connais au moins l'histoire de Godric Gryffondor. Il est l'un des quatre fondateurs de Poudlard. Mais je vais t'épargner l'histoire de Poudlard. Un énorme livre, qui est plus ou moins le livre de chevet de tante Hermione, relate tout ça. Non, ce qui nous intéresse, c'est que Godric Gryffondor est né ici, à Godric's Hollow. La ville a été rebaptisée en son honneur. Godric adorait les duels.

- À l'épée ? demanda Gaïa avec une pointe d'intérêt luisant dans ses yeux.

- Exactement, lui confirma James. C'était ce qu'il préférait. Et c'est ce qui lui a valu sa renommée, entre autres faits exceptionnels. Il possédait une épée fameuse, forgée par des Gobelins.

- Celle dont a eu besoin ton père à plusieurs reprises ?

- Certains historiens seraient malades de savoir que tu connais l'ensemble de la vie de mon père, mais que tu n'as aucune idée de qui est Godric Gryffondor, soupira James, fataliste. Oui, je reprends, ajouta-t-il rapidement lorsque Gaïa lui faisait signe de poursuivre. Godric était doué en duel mais, pour ce qu'on en sait, légèrement paranoïaque. Dès qu'il voyait quelqu'un l'observer alors qu'il s'entraînait, il était persuadé qu'on voulait lui voler ses techniques, ou les retourner contre lui. Après avoir craint plus que nécessaire pour sa vie, il a décidé de se forger un endroit sûr et isolé, où l'on ne pourrait pas le retrouver, durant ses entraînements.

Puis, sans terminer son histoire, il se leva.

- Tu plaisantes ? s'exaspéra Gaïa. Tu es incapable de finir une histoire ou quoi ?!

- Bien sûr que si. Mais la fin de cette histoire ne peut pas être racontée ici. Ça serait un sacrilège que de rester assis sur nos tabourets pour raconter l'Histoire, quand on peut la vivre. L'Histoire avec un grand « h », crut-il nécessaire d'ajouter. Tu viens ?

Gaïa hésita.

- Pourquoi est-ce que tu es toujours obligé de parler à demi-mots ?

- Pour attiser ta curiosité. Oui, oui, je sais, il ne faut pas jouer avec le feu, soupira-t-il alors qu'elle s'apprêtait à répliquer. Tu viens ou non ?

Elle hésita encore une fraction de seconde, puis se leva, prenant sa baguette au passage.

- Sage décision, confirma James. Et ne me lance pas, une fois encore, un regard noir. Ça devient lassant.

Il lui tourna le dos, sortant de la maison. Elle se retint de lui faire entendre sa façon de penser, et le suivit, non sans grommeler tout de même quelques mots de mécontentement, qu'il fit semblant de ne pas entendre.

Ils venaient tout juste de sortir qu'Holmes leur sauta dessus.

- Merlin, j'avais oublié ce chien ! s'exclama James, le moment de surprise passé.

- Tu ne l'as pas entendu venir ? s'étonna Gaïa.

- On n'a pas tous été éduqué par un père qui nous apprend à entendre tous les bruits, rétorqua James, encore agacé par son mouvement de recul, quand la jeune fille n'avait pas bougé un cil. On y va ?

- On te suit !

- Parce qu'il vient ?

Gaïa lui adressa un regard indéchiffrable.

- Quoi ? Tu as peur qu'il aille répéter au premier venu l'histoire complète de Godric ?

James hésita.

- C'est simplement que tu disais ne pas apprécier quand trop de personnes t'observent…

- C'est un chien, James. Peut-être plus intelligent que la moyenne, selon sa propriétaire. Mais il n'en reste pas moins un chien. Je doute qu'il aille parler à quiconque de ce que j'ai fait de ma journée…

James haussa les épaules.

- Comme tu veux, alors.

Il se mit en route, sans plus se préoccuper du chien qui, pourtant, tentait d'attirer son attention.

- Je crois que je ne vais pas tarder à haïr cette bestiole, grogna James.

Gaïa éclata de rire.

- Tu ne devrais pas le détester. S'il est aussi excité, c'est parce que lui t'apprécie, expliqua-t-elle. Tu devrais au moins faire un effort, et tenter de devenir son ami. Déjà que Nana te déteste, si Holmes se met à te détester lui aussi, tu ne pourras bientôt plus entrer dans la maison de tes parents, parce que les animaux t'en empêcheront…

- J'y penserai ! lui assura James en offrant tout de même une caresse d'amitié à Holmes. C'est par là.

Gaïa l'observa s'enfoncer dans un petit sentier, qu'elle n'avait pas remarqué. Holmes, en voyant les arbustes, disparut immédiatement en leur sein, tandis que les deux sorciers choisissaient la sûreté du sentier.

- Tu pensais donc que la ville devait son nom aux arbres morts qui se trouvent à l'entrée des Moldus ? Non. C'est plutôt à cause du vallon que s'est créé Godric.

- Un vallon ? s'étonna Gaïa.

James hocha la tête, sans se retourner pour autant, l'étroitesse du sentier ne se prêtant pas à l'exercice.

- Exactement. On pense qu'il existait déjà une dépression, et qu'il n'a rien fait de plus que l'accentuer. En tout cas, ce lieu n'est pas connu des Moldus. Et l'on est protégé de toute attaque extérieure. Enfin… en principe, évidemment. Godric a fait en sorte d'être protégé, lorsqu'il venait s'entraîner ici. Mais je doute que quiconque d'autre que lui ait connu les sortilèges pour protéger le lieu. Ceci dit, nous ne sommes plus réellement en danger de nos jours, donc…

- Nous ne sommes plus réellement en danger ? releva Gaïa, sa voix teintée d'ironie. Ce n'est pas tout à fait les termes que j'aurais employés…

- Tu sais ce que je veux dire, protesta James.

- Non. Tu as peut-être vécu une enfance et une adolescence tranquilles, à chercher les lieux d'entraînement de Godric Gryffondor, mais moi, j'ai passé mon temps à déménager, et à avoir peur de ce que demain serait fait. Donc non, désolée, nous sommes toujours réellement en danger.

James grommela quelques mots entre ses dents, certainement pour reconnaître que Gaïa avait raison. La fierté l'empêchant cependant de réellement exprimer ses regrets et excuses, Gaïa n'eut jamais la possibilité de lui dire qu'elle s'en voulait légèrement de s'être laissée emporter.

- C'est ici, lui annonça James après dix minutes de silence tendu.

Lorsque Gaïa eut pleinement conscience de ce qu'il lui montrait, elle regretta immédiatement son mauvais jugement de Godric's Hollow. La ville recelait des secrets bien plus beaux que quelques arbres creux à son entrée.

Un petit vallon, de toute évidence magique étant donné sa symétrie parfaite, dénotait au milieu des nombreux arbres. De l'eau claire surgissait de nulle part, s'écoulant au milieu de rochers.

- Je pense que Godric Gryffondor a créé ce lieu pour passer des journées à s'entraîner, sans avoir besoin de ressortir. De l'eau, de la tranquillité, et de la nourriture à profusion, ajouta-t-il en montrant des arbres fruitiers, et quelques champignons comestibles. Enfin… j'espère qu'en tant qu'ancien lion, il était plus que végétarien ! plaisanta James.

Gaïa esquissa un sourire peu sincère.

- Tu n'as pas compris l'allusion. Évidemment, soupira James. Ce n'est pas grave. Bon ! se reprit-il en claquant dans ses mains. Tu es prête à t'entraîner ?

- Non. Non, parce que je n'ai aucunement l'intention de m'entraîner devant toi. C'est déjà assez humiliant de ne pas être capable de maîtriser un sortilège à pleine puissance devant trois sorciers ayant des dizaines de livres qui leur sont dédiés. Je n'ai pas spécialement envie que tu sois témoin de mon échec.

Elle fronça les sourcils.

- Et puis, je croyais que tu voulais simplement me raconter l'histoire de Godric Gryffondor ! reprit-elle, l'impression d'avoir été menée en bateau ne cessant de prendre de l'ampleur.

- J'ai dit ça ? s'étonna faussement James. Cela m'étonne de moi d'avoir voulu te faire croire une chose, pour t'en proposer une autre…

Décidée à l'ignorer, Gaïa lui tourna le dos, les yeux plissés par la colère, ne profitant même pas du paysage qui s'offrait à ses yeux. Évidemment que James n'avait pas dit ça. Mais c'était tout comme.

- Bon, alors, on s'y met ? demanda le jeune homme en se laissant tomber dans l'herbe.

- Et quoi ? C'est en te prélassant dans l'herbe que tu vas m'aider ? railla Gaïa, toujours pas sûre d'apprécier le manège de James.

- Me prélasser ? Il fait tout juste cinq degrés, et je regrette déjà d'être assis dans l'herbe. Et puis, je doute que t'aider à corriger tes erreurs soit ce qui se rapproche le plus de l'oisiveté, rétorqua-t-il avec un petit air supérieur. Il paraît que tu mènes la vie dure à Ron à chaque fois qu'il est celui qui doit t'entraîner…

Gaïa regarda ailleurs, son pied se balançant dans l'herbe.

- C'est bien ce qu'il me semblait, marmonna James en levant les yeux au ciel. Bon, ton chien, il peut sortir de ton périmètre ? Je m'en voudrais s'il lui arrivait quelque chose…

- Tiens, maintenant, sa santé te préoccupe ? railla Gaïa.

Elle fit néanmoins un geste au chien, qui partit s'asseoir plus loin.

- Il t'obéit bien.

- J'ai bien observé Ali… sa maîtresse lorsqu'elle lui donnait un ordre, se reprit Gaïa.

Elle avait constaté qu'Holmes réagissait toujours lorsque le prénom d'Alison était évoqué. Pour éviter qu'il ne s'excite inutilement, elle tentait de bannir le prénom de la jeune fille de ses conversations. C'était un exercice pénible, qui lui donnait la sensation de vouloir effacer de la planète l'adolescente, alors qu'elle méritait au contraire qu'on se souvienne d'elle.

- Tu veux prendre un moment ? demanda doucement James, lorsqu'il vit le trouble agiter les yeux de Gaïa.

Elle secoua la tête.

- Ça ira, assura-t-elle. Par quoi on commence ?

James haussa les épaules.

- Comme tu veux. Je ne suis pas professeur, et je refuse de jouer ce rôle, même pour une simple après-midi. Et puis, pour moi, les cours de Défense Contre les Forces du Mal, c'était plus un jeu qu'un cours.

- Ah ?

- Ouais. Parce que j'étais le fils de mon père, mon professeur estimait que j'avais des dispositions pour la matière qui me permettaient de ne rien faire pendant son cours. C'était presque vrai, en y réfléchissant…

Un sourire moqueur fendit son visage.

- Ce ne serait pas un peu de la vantardise ? hasarda Gaïa.

- Complètement, tu n'as pas idée ! s'esclaffa James. Enfin. Il s'avère que j'étais donc plutôt doué. Et que j'y allais plus pour m'amuser que pour apprendre. Mais je suis plutôt bon professeur, affirma le jeune homme.

Gaïa haussa un sourcil, les bras à présent croisés sur sa poitrine.

- Est-ce qu'il y a quelqu'un pour me le confirmer ?

- Ma petite amie de l'époque.

Le sourire dédaigneux de Gaïa ne tarda pas à prendre ses aises sur son visage.

- Tu m'excuseras, mais je n'accorde pas beaucoup de crédits à ces témoins-là…

- Pourtant, c'était une Serdaigle ! Loin d'être idiote.

Et l'air perdu de Gaïa revint au galop s'installer sur ses traits.

- Quelle est la relation entre le fait d'être une… Serdaigle ? hésita-t-elle. Oui, voilà. D'être une Serdaigle, sans que je ne sache ce que c'est, et le fait d'être une idiote ?

James soupira, ses deux mains cachant son visage.

- Tu sais quoi ? Je te raconterai l'histoire de Poudlard un autre jour. Ou tu demanderas à ta soi-disant cousine Hermione de te prêter son livre. On va maintenant s'entraîner. Un peu.

Gaïa grommela quelques mots indistincts.

- Mais tout va bien se passer ! s'enthousiasma James pour la motiver. Allez. Vise ce rocher, là-bas, indiqua-t-il du doigt.

Moins d'une seconde plus tard, le rocher explosa, faisant sursauter James, et Holmes, qui courut se réfugier vers lui.

- Eh ! Mais ça ne va pas ?! s'écria-t-il. Je ne t'ai pas demandé de le pulvériser !

Elle afficha un air contrit.

- Désolée. Je pensais…

- Non. Non, ne pense pas, s'il te plaît, frissonna James. Réfléchis, ce sera déjà mieux que simplement penser. Tu penses pouvoir faire ça ?

Elle lui adressa son plus bel air furieux, hochant difficilement la tête, les lèvres pincées.

- Bien. Alors, avant que quelqu'un ne soit tué, tu seras gentille de simplement faire léviter un rocher. Juste un.

- C'est tout ? s'étonna-t-elle.

- Pour le moment. Ensuite, on avisera pour que tu en fasses léviter plusieurs à la fois. Ou que tu le déplaces…

Elle lui jeta un regard soupçonneux.

- Je ne suis pas professeur, expliqua James. Je n'ai pas la moindre idée de quel exercice est le meilleur.

- Alors quoi ? s'étonna Gaïa. On teste ? railla-t-elle.

- On improvise. Beaucoup plus amusant, lui assura James avec un sourire étincelant.

- Tu as souvent improvisé, durant tes études ?

- Bien plus souvent qu'il n'est décent de l'avouer. Bon, maintenant que tu as passé cinq minutes avec ce rocher qui lévite au bout de ta baguette, si tu le faisais bouger un peu ?

À peine Gaïa s'empressait-elle d'obéir que le rocher retomba violemment au sol.

- Voilà ! s'énerva-t-elle avant même que James ne commente quoi que ce soit. C'est toujours ce qui se passe ! Dès que j'arrive un sort et que je veux le compliquer, je fais une erreur aussi stupide !

- Tu réfléchis trop, voilà le problème, expliqua James.

- Il y a un instant, tu disais que je ne réfléchissais pas assez…, grogna Gaïa.

- Je suis très volatile. Je change souvent d'avis.

Gaïa soupira, comme se demandant, une fois encore, pourquoi elle s'était laissée embarquer dans cette clairière.

- On ne va pas y passer la journée, lui apprit alors James. Donc, tu vas me faire le plaisir de reprendre ton sort. Et lorsque tu te sens prête à le modifier, tu le fais en pensant à autre chose. Si tu estimes que me parler, que parler au chien, que compter les nuages est ce qu'il te faut pour penser à autre chose, tu le fais. Tout ce que je te demande, c'est de ne pas te focaliser sur ce que tu fais. Tu dois… arrêter de vouloir tout bien faire. Ça doit devenir instinctif. Intuitif.

- Facile à dire.

- Mais pas facile à faire, je le reconnais volontiers, dit James avec un sourire compréhensif.

Il passa son bras autour du cou du chien, qui semblait vouloir rejoindre Gaïa, pour le retenir.

- Tu vois ? Je n'aime pas cette bestiole. Trop expansive. On a l'habitude des Croup, des créatures magiques, mais un chien, tout banal… En toute honnêteté, je le trouve presque stupide. Mais je vais faire un effort, c'est promis. Et je commence maintenant. Je fais un effort. Il faut que tu fasses pareil. Que tu passes au-dessus de ton apriori concernant tes capacités, et ta baguette.

Gaïa soupira.

- Je ne suis pas sûre d'y arriver.

- Je ne doute pas un seul instant que tu y arrives, la rassura James. Meilleur professeur de soutien, tu te rappelles ? la coupa-t-il alors qu'elle s'apprêtait à répliquer.

Un sourire presque amusé glissa sur les lèvres de Gaïa, allant jusqu'à contaminer ses yeux. Vaincue, elle secoua simplement la tête, avant de brandir sa baguette, et de refaire léviter le rocher qu'elle avait laissé retomber au sol peu de temps auparavant.

Oh, elle lui en voulait de l'avoir attirée dans ce petit vallon, l'air de rien, comme s'il s'agissait d'une promenade de plaisance. Elle lui en voulait d'agir comme s'il savait mieux qu'elle ce qui lui torturait l'esprit, et comme s'il avait compris comment fonctionnait l'esprit de Gaïa mieux qu'elle ne le comprenait elle-même. Malgré tout, elle savait reconnaître ses faiblesses, et parfois même était capable de les avouer. Elle les avait avouées à James. À elle d'en payer le prix. Et, inconsciemment, elle savait que si elle n'avait pas voulu qu'il soit au courant de ses doutes et faiblesses, elle ne lui en aurait pas parlé. Tout simplement. Alors, oui, elle était prête à suivre les conseils de James, meilleur professeur de soutien de Poudlard selon son ancienne petite amie. Mais à l'heure actuelle, elle était davantage tétanisée par l'échec qu'elle pouvait essuyer une fois de plus que motivée par l'envie de réussir.

James soupira, réalisant que l'exercice serait plus long que prévu. Machinalement, ses doigts se portèrent à l'arrière de la tête d'Holmes, grattant délicatement la base du cou de l'animal, qui se coucha pour plus de confort. James porta son poing libre sous son menton, et réfléchit quelques instants, se demandant vaguement comment Gaïa pouvait ne pas encore avoir ressenti les effets d'une crampe musculaire, étant donné ses muscles tendus, et la position douloureuse qu'elle s'efforçait de conserver pour ne pas commettre le moindre faux mouvement. Il fallait, définitivement, que Gaïa pense à autre chose qu'au sort qu'elle lançait.

Une déclaration pour le moins choquante devrait l'aider à se remettre de ses émotions.

- Ton père est bel et bien en vie.

Il ne s'attendait pas à ce que Gaïa sursaute. Ça n'aurait pas ressemblé à la jeune fille, loin de là. Il s'attendait simplement à un tressaillement, à un sourcillement, à un bref retournement du buste de la jeune fille en sa direction.

Elle ne fit pas un geste.

- Cela fait un moment que tu rêves que tu tues ton père, et que tu te poses de ce fait des questions sur son état de santé, et ma déclaration ne te fait rien de plus ? nota James, ébahi.

Gaïa sembla hésiter un instant, avant de laisser ses épaules se relâcher, et de pousser un soupir las.

- Au risque de t'entendre critiquer mon père, une fois de plus… Il m'a toujours dit de ne pas m'en faire pour lui. Alors, j'essaie d'appliquer ses conseils, lorsque je suis en état de le faire.

James hésita un instant, de peur de recevoir sur la tête le rocher qui lévitait au bout de la baguette de Gaïa, combattant vaillamment son envie de poser la question qui lui brûlait les lèvres. La curiosité étant un trait de caractère dominant dans sa famille, la bataille fut cependant remportée par l'option la moins sécuritaire – mais, depuis le temps, si les Potter misaient sur la sécurité, ça se saurait.

- C'est encore une de ses mesures d'éducation, je me trompe ? demanda-t-il en tentant de mettre le moins de reproche possible dans son ton.

Il ne reçut aucun rocher sur le visage.

- Je sais que tu désapprouves… mais tu ne peux pas comprendre, James, murmura Gaïa.

Il eut le plaisir de constater qu'elle se tournait légèrement vers lui, réussissant à se défaire de sa concentration fatale pour ses sortilèges.

- Tu as voulu te démarquer de tes parents, de ton héritage familial, parce que ça te semblait la meilleure chose à faire pour devenir toi-même. Mais moi, je n'ai pas eu d'autre modèle que celui de mon père, James. C'est pour ça que je lui obéis. C'est pour ça que je continue de le suivre. Je ne connais rien d'autre que ce qu'il m'a enseigné…

Sans faire aucun geste montrant qu'il avait remarqué un bref mouvement vers le rocher, James adressa un regard grave à Gaïa, qui se mordait la lèvre, la tête légèrement penchée vers le sol.

- Et à force de ne rien faire d'autre que ce que t'a enseigné ton père, tu n'as pas l'impression de te perdre ? demanda James.

Il aperçut un bref éclair colérique dans les yeux de la jeune fille, qui disparut aussi rapidement qu'il avait surgi.

- À force de ne pas être celui que tu as toujours été, tu n'as pas l'impression d'être perdu, toi aussi ? rétorqua-t-elle.

James éclata d'un bref rire sans joie.

- Pour me perdre, il aurait d'abord fallu que je me trouve, tu ne crois pas ?

- C'est peut-être le même problème pour moi, fit remarquer vertement Gaïa. À la différence que je n'ai pas le temps pour cela.

- Et que moi, je n'ai plus le temps pour cela, ajouta James avec un clin d'œil.

Gaïa leva les yeux au ciel. Ce que James pouvait être agaçant, lorsqu'il le voulait… Elle se retourna vers son rocher, ressentant les effets du changement.

- Eh ! Tu as vu ça ?! s'exclama-t-elle, étonnée de pouvoir faire bouger le rocher sans grande difficulté.

- Évidemment, que je l'ai vu.

- Mais… comment est-ce que j'ai pu faire ça alors que j'étais concentrée à discuter avec toi ?

James se leva, s'époussetant, prenant son temps pour répondre à la question de Gaïa. Laquelle, pour une fois, ne s'en formalisa pas. Elle était bien assez occupée à faire bouger le rocher pour exiger des explications rapides et claires.

James attendit encore quelques instants. Jusqu'à ce qu'une fois encore, le rocher retombe violemment dans l'herbe.

- Mais… ! Je réussissais pourtant ! s'énerva aussitôt la jeune fille.

James hocha la tête, ce que Gaïa ne vit pas, occupée à balancer son pied dans une motte de terre, qui prit son envol et éclata dans les airs.

- C'est ton problème, Gaïa. Tu fais toujours trop. Tu amasses trop d'énergie pour réussir à la canaliser. Tu es comme… un chaudron sous vapeur. On a mis un couvercle, mais la potion bout, bout, et a besoin de plus de place. Elle tente de forcer, d'ôter le couvercle. Elle se bat contre celui-ci, plutôt que de tenter de l'amadouer. La violence, la frénésie ne sert à rien. Tu dois apprendre la délicatesse. La magie n'est pas un art barbare. C'est un art délicat. Tu dois trouver la délicatesse qui te définit, la douceur qui te permettra de maîtriser tes sorts. Et arrête de faire cette tête ! s'exclama James alors que Gaïa affichait une mine des plus boudeuses. Tu vas y arriver. Il faut juste que tu oublies ton besoin de vouloir tout bien faire dans la seconde qui suit. Cela ne te réussit pas.

Gaïa soupira. James s'approcha, et ôta la mèche folle de Gaïa qui barrait son visage, la replaçant derrière son oreille.

- Tu es douée, Gaïa. Je n'en doute pas, et tu n'as pas à en douter. Mais tu veux toujours trop bien faire, alors que dans ton cas, il te suffit de faire.

Elle rejeta la tête en arrière, sa mèche folle s'échappant une nouvelle fois de derrière son oreille. À nouveau, James la saisit, et la garda cette fois entre ses doigts.

- Il faudrait que tu songes à faire quelque chose avec cette mèche, plaisanta-t-il.

- Je ne préfère pas, avoua Gaïa. C'est la seule chose que mon père n'a jamais contrôlé chez moi, ajouta-t-elle dans un murmure.

Une fois encore, James la replaça derrière l'oreille de la jeune fille.

- Alors, si c'est cette mèche qui te définit en tant que personne… Jure-moi de ne jamais la couper.

- Seulement si tu me promets de te chercher un peu plus toi-même.

- J'essaierai ! lui assura-t-il avec un clin d'œil. Mais pour ce soir, je vais surtout chercher quel repas je vais pouvoir faire à mes beaux-parents, grimaça James.

Gaïa grimaça de concert.

- Chez toi ?

Il hocha la tête.

- Son père veut vérifier que je suis capable de tenir un appartement propre, avant de laisser sa fille emménager avec moi… Quand je pense que lorsque j'ai parlé de Chloé à ma mère, sa première réflexion a été « J'espère qu'elle réussira à te supporter ! », je me dis que j'ai des parents indignes, grommela James.

Elle haussa les épaules.

- Pardon, s'exclama aussitôt James. Ce n'était pas du tout malin de ma part.

- C'est rien, lui assura Gaïa. Je n'ai pas la même... sensation d'appartenir à une famille que toi, ou ton père. Pour moi… c'est la survie avant tout. La famille, ça n'apporte pas grand-chose de bon. Mis à part un poids supplémentaire.

James siffla entre ses dents.

- Un jour, je comprendrai comment tu fais pour être aussi détachée de tout ça. C'est pas normal.

- Je ne suis pas détachée de tout ça, le contredit Gaïa. Je sais simplement ce qui m'attend si je suis trop inquiète… et ce n'est pas un voyage au soleil qui m'ouvrira les bras si je décide de trop m'inquiéter pour mon père, tu comprends ? Il faut simplement changer l'ordre de tes priorités. Enfin… Je n'ai pas eu à les changer. C'est mon père qui m'a dit comment je devais voir les choses. C'est ainsi.

- C'est effrayant, commenta James.

- Il en faut vraiment peu pour t'effrayer, alors ! plaisanta-t-elle difficilement en désignant le chien, lui rappelant ce qui s'était produit lorsqu'ils avaient quitté la maison.

- C'est le risque lorsqu'on a été chouchoutés par ses parents depuis tout petit ! répliqua James avec un clin d'œil. En revanche, il faut vraiment qu'on rentre. Je dois bientôt partir.

- Et je crois que Tim ne devrait plus tarder, avoua Gaïa. Il voulait me faire visiter le… mince, je ne sais plus quel était le nom du pub. Quelque chose avec dragon, dedans, pesta la jeune fille.

- Les Deux Dragons ? s'étonna James.

- Oui ! C'est exactement cela ! Tu connais ce pub ?

James hocha la tête, difficilement. Il posa un regard songeur sur Gaïa, qu'elle ne sut déchiffrer, avant d'hausser les épaules et de reprendre sa route.

- OK, dit-il simplement.

- Pardon ? C'est tout ce que tu as à me dire sur ce pub, après le regard que tu viens de me lancer ? railla-t-elle.

- Et qu'est-ce que tu veux que je te dise de plus ? s'exaspéra James.

- Pourquoi tu t'énerves serait déjà une bonne explication à me donner.

- Eh bien tu ne l'auras pas.

- Tu m'agaces.

- Ne t'inquiète pas, la réciproque est vraie.

- Je sais, mais moi, je ne le fais pas délibérément. Alors ?

Ils étaient tellement bornés, l'un comme l'autre, qu'aucun n'avait l'intention de lâcher prise avant l'autre. Gaïa était têtue comme une mule, et James n'avait aucunement envie de mettre des mots sur la surprise ressentie à l'évocation du lieu où Tim voulait emmener Gaïa ce soir.

- Je suis simplement surpris que Tim t'emmène aux Deux Dragons, lâcha finalement James. Les Deux Dragons ont une certaine signification pour lui.

- C'est-à-dire ?

James haussa les épaules.

- Il te montrera ça ce soir ! dit-il simplement, un sourire trouvant difficilement sa place sur ses lèvres.

- Tu ne me diras rien, pas vrai ?

James secoua la tête, amusé à présent, la sérénité s'emparant peu à peu de ses muscles.

- C'est une surprise.

- Je n'aime pas les surprises ! s'impatienta Gaïa.

- Tu me diras si tu apprécies celle-ci ou non ! s'esclaffa-t-il.

Holmes, alerté par le bruit, surgit brusquement devant eux. Et pour tout le trajet du retour, la pauvre bête ne sut pas s'il devait rester calme pour soutenir l'humeur maussade de Gaïa, ou s'il avait le droit de courir dans tous les sens pour partager la joie de James.

Δ | o

- Tu sais que tu devrais être chez toi en train de préparer le repas pour tes beaux-parents ? s'étonna Tim en entrant chez les Potter comme si c'était sa propre maison.

Gaïa était assise sur un tabouret, une pomme à la main. Lasse, elle adressa un vague signe de la main à Tim, lui conseillant de ne pas plus se poser de question.

- Et tu sais aussi qu'il y a un chien Moldu dans votre jardin ? poursuivit Tim.

James haussa les épaules, comme se moquant de ce problème. Il était bien plus occupé à fouiller dans les placards de ses parents.

- Eh ! C'est quoi votre problème, à tous, avec ce chien ? s'énerva au contraire Gaïa. Holmes est très intelligent !

- Ce n'est pas un Croup, protesta Tim.

Le regard noir de Gaïa le fit hésiter un instant. Ceci dit, Gaïa était particulièrement effrayante lorsqu'on la contrariait, aussi se rabattit-il sur une cible plus facile. Enfin, tout était relatif.

- Qu'est-ce que tu fais encore là, James ?

- J'ai dû aider Gaïa toute la journée…

- Eh ! Je ne t'ai rien demandé ! protesta l'intéressée.

- Et j'ai pas pu faire les courses, termina James sans s'offenser de l'interruption. De toute façon, je ne sais pas ce que je vais leur faire à manger, avoua le jeune homme en se redressant et en claquant la porte du placard qui contenait des casseroles.

- C'est sûr que si tu comptes leur faire avaler des ustensiles…, plaisanta Tim.

- Tu ne m'aides pas, siffla James.

- Ce n'était pas mon intention, répliqua Tim. Je voulais simplement te faire réagir. Maintenant que c'est fait, tu penses pouvoir te calmer et réfléchir posément quelques instants ?

- Seulement si tu me dis avoir une idée pour moi, grommela James.

Tim soupira, et leva les yeux au ciel.

- Qu'est-ce que tu ne ferais pas sans moi ?

Il désigna le sac qu'il tenait à la main.

- De quoi nourrir le palais délicat de ta chère et tendre, assura Tim. Je sais, je sais, je suis parfait. Mais toi, tu aurais pu l'aider, tout de même ! poursuivit-il en regardant Gaïa.

La jeune fille haussa les épaules.

- Elle m'a conseillé de leur faire cueillir des champignons dans la forêt, pour ensuite les cuisiner, railla James. Tu parles d'une aide… Ce n'est pas parce que ça te convient que ça convient à tout le monde !

Tim éclata de rire.

- Eh ! Je n'en ai mangé qu'une seule fois, d'accord ? protesta Gaïa en se renfrognant. Et puis, je ne vais plus te parler, si tu utilises chacun de mes mots pour les retourner contre moi.

James lui adressa un clin d'œil, avant d'ouvrir les sacs que venait d'apporter Tim.

- C'est super, tout ça. Tu es vraiment le meilleur ami qui soit.

- Je sais… Gaïa, tu vas souvent cueillir des champignons pour les manger ensuite ? releva-t-il, sceptique.

- Non, avoua la jeune fille. C'est mon père qui les cuisine après. Moi, je fais toujours une catastrophe en m'approchant d'un chaudron.

- Ça devient vraiment bizarre, par ici, marmonna Tim. Bon ! se reprit-il en claquant dans ses mains. Si on y allait ? proposa-t-il à Gaïa. On aura les meilleures tables si on y va rapidement.

Gaïa sauta sur ses pieds, de toute évidence ravie de pouvoir sortir de la maison avec une personne qui n'y habitait pas.

- Bonsoir la jeunesse ! dit alors Ginny, qui venait juste d'arriver, Harry, Ron et Hermione la suivant de près. James, tu es sûr qu'il est normal que tu sois encore ici ? s'étonna-t-elle. Tu n'as pas un repas à organiser

- J'ai compris ! s'énerva son fils. Je pars ! Mère indigne, grommela-t-il, faussement agacé.

- On te suit, dit alors Tim. La moyenne d'âge a trop grimpé pour moi…

- Si mes souvenirs sont exacts, tu recherches des traces de vie datant d'il y a plus de mille ans, lui rappela Harry Potter, amusé. Tu es sûr que nous sommes ceux qui augmentent la moyenne d'âge de cette pièce ?

- Et s'il était encore besoin d'une confirmation, Harry Potter est bien trop intelligent et doué pour moi, grommela Tim. Mais c'est de famille. Je n'ai presque jamais pu avoir le dernier mot avec James non plus. Et il semblerait que Rose se débrouille plutôt bien pour se défendre elle aussi ! réagit-il en se tournant vers Hermione. Rouge ? Je suis plutôt déçu, c'est tellement Gryffondor comme couleur de peau ! Ceci dit, ça a dû surprendre Scorpius…

Ron et Hermione sourirent difficilement.

- Je suppose que tout le monde est au courant ? soupira Hermione en se laissant tomber sur une chaise. La seule Weasley qui n'avait pas eu d'heures de retenue avant sa cinquième année… Je ne sais pas ce qui lui a pris. Minerva nous a simplement envoyé un hibou pour nous prévenir que Rose serait en retenue les deux prochaines semaines, à cause du sort qu'elle a lancé à Scorpius. Et Rose ne répond pas à nos lettres lui demandant ce qui s'est exactement passé… Mais toi, Tim, comment es-tu au courant ?

Il haussa les épaules.

- Ma cousine. Il paraît que l'animation, de bon matin, était parfaite. Elle aurait préféré des popcorns Moldus pour le spectacle, mais, selon ses propres mots « avec des œufs brouillés, c'était tout aussi génial d'y assister. » Je regrette de ne pas être à Poudlard pour avoir vu ça…

Ron poussa un grognement peu amical.

- Et la raison pour laquelle elle s'est énervée contre Scorpius ? Ta cousine ne te l'a pas donnée ? Parce qu'on sait pas si on doit être en colère contre elle ou non…

- Ron ! protesta Hermione. Elle a changé la couleur de la peau de son camarade, ne s'est pas excusée, et l'infirmière a mis trois jours à trouver le contre-sort ! Évidemment que nous sommes en colère !

- Oui, enfin, on parle d'un Malefoy tout de même… ça…

Sa voix mourut dans sa gorge, tandis qu'Hermione lui lançait un regard las et vaguement colérique tout en soupirant. Elle abandonna finalement sa lutte contre son mari, et se tourna vers Gaïa.

- La prochaine fois que tu auras du temps, nous avons à parler. Non, non, sors donc ! lui conseilla Hermione en voyant que la jeune fille semblait prête à rester toute la soirée ici si cela était nécessaire. Je dois vérifier deux, trois petites choses avant que nous discutions. Mais ne t'inquiète pas. Nous pourrons parler de…

Elle jeta un rapide coup d'œil à Tim, qui discutait avec James, avant de reprendre.

- Ta situation familiale dès demain. Profite de ta soirée.

- Je ne veux pas être mise à l'écart, murmura rapidement Gaïa.

- Et tu ne le seras pas, lui assura Hermione. Mais je préfère te donner des informations complètes plutôt que des informations incomplètes et peut-être fausses. Tu as déjà bien assez de soucis à te faire, Gaïa, reprit Hermione pour couper court à ses protestations. Beaucoup plus que tu ne devrais. Alors laisse-nous t'en ôter quelques uns, et t'en éviter d'autres.

- Mais, je ne…

- Sors, répéta à nouveau Hermione, appuyée par de vifs hochements de tête des autres adultes. Tu veux tout savoir ? Nous n'allons pas rester ici ce soir, nous non plus. Les recherches que nous entreprenons pour…

Elle vérifia une nouvelle fois que Tim était assez éloigné, puis s'approcha de Gaïa pour plus de sécurité.

- Les recherches pour retrouver ton père ne sont pas aussi longues que ce que nous pensions. Il est vrai que c'est compliqué de fouiller dans le Département des Mystères sans éveiller des soupçons, mais nous avançons tout de même. D'ici peu, j'aurai terminé ton arbre généalogique. Retrouver ton père sera facile… dès que nous en saurons plus sur celui qui le retient. Et nous aurons ces renseignements une fois que Tim aura pu trouver quelqu'un capable de déchiffrer ces parchemins. Tu comprends ? Alors, ce soir, tout le monde prend une pause. Tout le monde s'en va décompresser. Tu peux faire ça ?

Gaïa songea un court instant à protester. Elle voulait de l'action, elle voulait faire avancer les recherches, elle ne voulait pas être oisive. Mais la perspective d'une soirée calme, ou, du moins, sans avoir à réfléchir, simplement à rire et comprendre les plaisanteries de Tim, était plus bien plus alléchante. Et cette ivresse que lui procurait l'absence du contrôle paternel était tellement agréable pour Gaïa, qui découvrait tout juste cette sensation, qu'elle ne pouvait décemment pas vouloir passer à côté.

Elle recula d'un pas.

- Tim ? On y va ?

∆ | o

C'était le moment que préférait Tim. Celui où il captait toute l'attention. Celui où, face à lui, la fille qui lui plaisait le regardait, sans prêter attention aux autres personnes les entourant. Oui, c'était ce moment que Tim préférait, parmi tous les autres.

Dommage pour lui, Gaïa possédait la faculté de paraître intéressée, tout en étant concentrée sur un point lointain.

Le bruit. La foule. La musique. Les serveurs. Les clients. La lumière qui ne cessait de changer. Les chaises qui raclaient.

Et ce type, là-bas, au bar, à trois mètres d'eux, qui lui paraissait bien solitaire dans cet environnement où tout le monde était venu accompagné.

- Est-ce que l'ambiance te plaît ?

Gaïa hocha difficilement la tête, n'étant pas sûre de ce à quoi elle acquiesçait. Apparemment, elle faisait bien. Tim affichait un sourire qu'on pouvait qualifier de ravi. Il repartit dans son monologue. Elle capta vaguement les mots « Chine », « civilisation antique », « rituels », mais n'était que peu intéressée. Pour ne pas dire absolument pas.

Ses yeux survolèrent une fois encore la salle, glissèrent le long des dossiers de chaises, repérant les mains qui descendaient dans le dos des sorcières. Et puis ses yeux s'arrêtèrent sur une main qu'elle aurait dû remarquer depuis un moment déjà.

Celle de Tim.

Qui n'était pas posée à côté de l'autre, sur la table. En fait, la main de Tim pendait devant l'épaule de Gaïa, le prolongement de son bras qui entourait les épaules de la jeune fille. Amusée par ce fait, un léger sourire dansa quelques instants sur ses lèvres, avant qu'elle ne comprenne ce que cela signifiait réellement.

Tim s'était déplacé.

Tim n'était plus à sa place précédente.

Et elle ne l'avait pas vu.

Elle n'avait pas vu qu'il s'était déplacé, parce qu'elle avait trouvé cela normal. Elle ne s'était pas inquiétée de sentir le poids du bras de Tim sur ses épaules, parce qu'au fond, en entrant dans ce pub, elle avait compris ce que voulait Tim. Ce qui n'était en soi pas bien compliqué à saisir. Pourquoi aurait-il voulu passer du temps avec elle, mais sans James ? C'était James son meilleur ami. C'était de lui dont il devait vouloir profiter. Et non pas d'elle.

Évidemment qu'elle l'avait compris. Elle le réalisait simplement à l'instant, et cela faisait toute la différence. Ou peut-être pas, finalement. Parce que, qu'est-ce qui était mal dans ce que faisait Tim ? Rien, finalement.

Il avait bien le droit d'arrêter de parler.

Bien le droit de sourire, légèrement conquérant.

Bien le droit de se rapprocher peu à peu.

Bien le droit de…

Il y eut un mouvement du côté du bar. L'homme solitaire semblait avoir pris la décision d'agir. Alors, il agissait. Ou, plutôt, il chantait.

- C'est l'histoire d'une amitié qui ne devait jamais cesser,…

Ce n'était pas normal. Cette chanson ne pouvait pas résonner dans ses oreilles. Pas alors qu'elle n'avait plus mis les pieds en France depuis… Des années. Quel âge avait-elle à ce moment-là, exactement ? C'était une bonne question. Elle n'était plus sûre. Était-ce avant ou après avoir décidé de ne plus jamais fêter son anniversaire ? Est-ce que c'était une époque où le mot « papa » surgissait bien trop souvent involontairement de ses lèvres ?

- L'amitié de deux enfants devenus grands, qui auraient pu être ennemis,…

En réalité, cela n'avait aucune importance, la dernière fois où cette chanson avait retenti. Ce n'était pas ce qui importait. La proximité de Tim n'était pas importante non plus. Ni les bruits, ni la lumière, ni la foule.

Ce qui comptait, c'était simplement la rage sourde qui l'habitait.

Et c'est cette rage qui l'obligea à se lever brusquement, et à abandonner le bras de Tim, qui pendit alors malheureusement dans le vide.

Être abandonné brusquement à son triste sort, alors qu'on s'apprêtait à embrasser une fille, n'était pas l'expérience la plus plaisante dont pouvait se vanter Tim. À vrai dire, il n'avait jamais ressenti cette sensation extrêmement vexante de rejet. Définitivement, ce n'était pas ce qu'il préférait.

Surtout si c'était pour constater que Gaïa préférait se jeter sur un homme plus âgé.

D'ailleurs, d'où pouvait-elle bien le connaître ?

Il ne fallait pas en vouloir à Tim. Il n'était pas stupide, bien au contraire. Il était plus brillant que la moyenne, et c'était dû au travail qu'il avait fourni plutôt qu'à un héritage familial. Il avait tout appris par lui-même, ou presque. Mais son esprit était légèrement embrumé, et peu apte à réfléchir correctement. C'est pour cela qu'il ne comprit que lorsque Gaïa était déjà sortie du pub, avec l'homme à sa suite, qu'elle ne s'était pas jetée sur lui au sens où il l'entendait. En fait, à présent qu'il y réfléchissait, il se disait que Gaïa s'était jetée sur lui non pas pour assouvir un désir passionnel, mais plutôt un désir meurtrier.

Et même si Gaïa n'avait pas la carrure d'une meurtrière, ce n'était jamais bon de laisser quelqu'un avec un tel désir sans surveillance.

C'est ainsi qu'il se mit à jouer des coudes dans l'assemblée, se frayant un passage difficilement, et ne cessant de se demander comment Gaïa avait fait pour traverser une telle foule aussi rapidement, alors qu'elle traînait derrière elle un homme bien plus grand et large qu'elle.

Il réussit finalement à atteindre la porte, et à sortir dans la petite cour arrière au pub. Tous les pubs étaient bâtis sur le même modèle, et c'était une habitude de Tim de finir dans la cour arrière, pour prendre un grand bol d'air frais. Ceci dit, vu le traitement qu'infligeait Gaïa à l'homme, le bol d'air frais n'était certainement pas savouré.

- Qu'est-ce que tu fais ?! hurla-t-il à Gaïa.

Il n'obtint aucune réponse. Gaïa était bien trop occupée à tenir l'homme au cou de la main droite, sa main gauche se chargeant de brandir sa baguette dans l'estomac de son adversaire. Tout à coup, elle relâcha la pression. L'homme put à nouveau respirer, ses pieds touchant à nouveau le sol.

- Où est mon père ? siffla faiblement Gaïa, sa voix tremblante comme un roseau malmené par le vent.

L'homme secoua la tête, apeuré, mais rassuré d'avoir à nouveau ses pieds sur la terre ferme.

Faible consolation. Moins d'une seconde plus tard, Gaïa l'attirait vers lui, avant de le repousser durement. L'arrière de la tête de l'homme se réceptionna contre le mur en brique. Une première fois.

Puis une deuxième.

Puis une troisième.

Puis une quatrième.

Avant un moment de répit, durant lequel l'homme ne tenta même pas de se débattre. À vrai dire, il y avait peu de chance qu'il soit conscient de l'opportunité qui se présentait à lui.

Et puis des cloques apparurent sur son corps tout entier, certainement dues à un sortilège de Gaïa. De rage, sa main tremblait, mais son sort ne manquait pas sa cible. Et puis les cloques cessèrent d'apparaître.

À la place, Gaïa préféra laisser ses mains gérer l'affaire.

Si tant est qu'on pouvait dire qu'elle gérait quoi que ce soit.

La violence dont elle était capable de faire preuve stupéfia Tim. Pendant un instant encore, il ne sut quoi faire. Le silence qui l'englobait, le protégeait de ce qu'il qualifiait de carnage, l'empêchait d'émettre le moindre mouvement.

Et puis, un bruit sourd, lent, de craquement d'os le fit réagir. Le bruit fissura son cocon protecteur, et, enfin, il réagit.

Il s'approcha vivement de Gaïa, et tenta de l'agripper par les épaules. Il reçut un coup à l'arcade sourcilière, la lâcha sous le coup de la surprise, et la rattrapa avant qu'elle ne se remette à démolir le visage de l'homme. Une pommette de brisée était déjà une pommette de trop.

- Lâche-moi ! Il sait où est mon père ! Lâche-moi, immédiatement !

Ne comprenant pas ce que venait faire le père de Gaïa dans l'histoire, surtout que pour ce qu'il en savait, son père était dans sa maison, ayant accepté que sa fille aille vivre ailleurs quelque temps, Tim ne relâcha pas pour autant la pression.

- Oui, bonne idée, je vais te laisser le démolir. Justement, je me dis que ça ne mettrait pas Harry dans une situation trop embarrassante, la raisonna Tim.

Rien à faire. C'est tout juste si Gaïa se rendit compte qu'il venait de lui parler. Elle continuait de se débattre. De lacérer les bras de Tim, de les griffer, de les repousser comme elle le pouvait. Malheureusement pour elle, Tim avait une expérience certaine des personnes à caractère emporté. Aux dernières nouvelles, James Sirius Potter était toujours son meilleur ami.

- Tu veux que je te dise, Tim ?! vociféra Gaïa. Si tu ne me lâches pas, je me ferai un plaisir de te refaire le portrait une fois que j'en aurai terminé avec lui. Promis, je ferai en sorte d'être aussi violente avec toi qu'avec lui ! Pas la peine de me prier pour cela. Maintenant, lâche-moi !

Elle réussit, sans que Tim ne sache comment exactement, à se glisser entre ses bras, et à se jeter, une fois encore, sur l'homme. Lequel n'était certainement plus en état de riposter. Sans grand ménagement, et malgré la main de Tim agrippée à son bras droit, elle jeta la cible de sa colère au sol, le poussant violemment contre le mur à l'aide de son pied. Puis, toujours sans se soucier de la présence de Tim et de ses efforts pour l'arrêter, elle lança un sort contre le mur de briques. Deux briques volèrent en éclat, la troisième se fissura avant de lentement se décomposer, rejoignant le tas de poussière de ses semblables.

- La prochaine fois, c'est ton genou qui subira ça, siffla Gaïa. Prêt à parler, ou toujours pas ?

- Elle plaisante, assura Tim alors qu'un éclair de conscience – et de peur – traversait les yeux de l'homme.

- Je ne plaisante pas, le contredit aussitôt Gaïa.

- Si, tu plaisantes, siffla Tim, tout sauf amusé à présent. Parce que je tiens à te rappeler que derrière nous se trouve un pub rempli d'une petite centaine de personnes. Tu veux qu'elles sortent pour observer le spectacle ?

- Et pourquoi pas ?! siffla Gaïa. Au moins, le message serait passé ! Parce que je sais qu'il n'est pas le seul. Ils ne sont jamais seuls, cracha-t-elle. Comment auraient-ils fait, sinon, pour nous pourchasser toutes ces années durant, hein ?!

Pris d'un doute, Tim fixa plus longtemps que nécessaire les yeux de Gaïa, à la recherche de la preuve qu'elle ne serait pas dans son état normal. Mais ses pupilles étaient claires, sans trace d'empoisonnement. Et elle était persuadée de la véracité de ses propos.

Il hésita un instant, tandis qu'entre ses bras, Gaïa se débattait toujours. Par chance, la manière dont il la ceinturait lui rendait difficile l'accès à sa baguette, et elle ne pouvait plus faire de mal à l'homme qu'elle avait pris pour cible. Simplement à Tim, qui avait le malheur de vouloir réfréner les envies de meurtre et de violence de Gaïa. Un simple dommage collatéral, finalement.

Il soupira, puis se décida à relâcher légèrement la pression autour du torse de Gaïa pour se saisir de sa baguette.

Il n'était pas de taille à batailler seul dans cette guerre.

Δ | o

Tim, toujours pas habitué au bruit, sursauta en entendant le sort rebondir, un étage plus haut. James, derrière lui, soupira.

- Je ne dis pas que je n'étais pas content de recevoir ton renard, j'aime toujours autant ton Patronus, mais une fois n'est pas coutume, ton appel à l'aide me semble impossible à résoudre.

Un autre sort rebondit contre la porte qu'on tentait de forcer, au-dessus de leur tête. Tim, à nouveau, tressaillit.

- Depuis combien de temps est-ce qu'elle fait ça ? demanda lentement James.

- Environ depuis le moment où j'ai posé le sortilège, marmonna Tim, vivement inquiet d'être témoin – et en partie responsable – de l'effondrement de la maison des Potter.

Les murs tremblaient légèrement, et il n'y avait aucune raison qu'une maison de cette taille et protégée par des dizaines de sortilèges s'écroule, mais il n'était pas rassuré pour autant, loin de là. La colère de Gaïa était certainement capable de venir à bout des sorts posés par les Potter.

- Tu n'as pas eu trop de mal à partir de chez toi ? s'enquit Tim, dans l'espoir vain de ne plus entendre, ni se préoccuper, des bruits angoissants qui provenaient de l'étage supérieur.

James haussa les épaules.

- Non. Les parents de Chloé étaient sur le départ lorsque ton renard est arrivé. Ils étaient un peu surpris d'entendre le prénom de Gaïa, parce qu'ils ne la connaissaient pas, mais ils n'ont pas pour autant demandé des explications.

- Et Chloé ? demanda Tim.

- Que pouvait bien dire Chloé ? répondit simplement James.

Il se leva tranquillement, le sujet étant clos dans son esprit, et se dirigea vers l'escalier de sa maison familiale.

- James ? l'interrompit Tim alors que son meilleur ami n'allait pas tarder à entamer son ascension.

- Hum ?

- Je ne suis pas stupide.

James se retourna, les sourcils légèrement froncés.

- Je sais, Tim. Je n'ai jamais pensé que tu l'étais.

- Vraiment ? railla son ami. Alors, pourquoi avoir monté cette histoire concernant la famille de Gaïa avec laquelle elle aurait des différends, puisque de toute évidence, ce n'est pas la vérité ? Tu pensais que je ne le découvrirais jamais ?

James put voir dans les yeux de son meilleur ami qu'il était déçu, et surtout blessé, d'avoir été mis de côté par un moyen aussi grossier.

- Tim, ce n'est pas que…

Il se tut. Comment pouvait-il expliquer cela à Tim ? Lui dire que c'était une affaire de famille ? Tim avait toujours participé à ses affaires de famille. James l'avait même forcé à y prendre part. Il avait toujours eu besoin des conseils de son meilleur ami, et il trouvait toujours que Tim était d'un avis précieux. Il aurait dû lui parler de cette histoire des Reliques, des Héritiers, de ce qu'il était, bien avant aujourd'hui. Mais il avait choisi de ne pas le faire. Alors qu'il s'agissait de Tim. De ce garçon qui plaisantait avec son père, et qui lui faisait remarquer que sa cicatrice ne seyait pas à son teint. De cet ami qui avait toujours accepté James. Même lorsqu'il aurait dû être en désaccord avec lui, Tim avait toujours su trouver les mots qu'il fallait, il avait toujours été capable de soutenir James. Et là, pour la première fois depuis le début de leur amitié, James l'avait laissé de côté. Délibérément. Sans même hésiter un seul instant. Il avait écarté Tim de l'histoire. Alors que Tim était celui sur qui il pouvait toujours compter.

C'était tout cet amalgame de pensées que James tentait de transmettre à son meilleur ami, toute cette confusion qui avait une emprise de plus en plus importante sur sa rationalité. Il avait presque réussi, Tim avait presque perdu son air désolé, qu'un nouveau choc sourd vint troubler leur échange.

D'un même mouvement, ils sursautèrent.

- Gaïa, tu veux bien arrêter ?! s'exclama finalement James, au comble de l'exaspération.

Le bruit des cent pas qu'elle s'acharnait à faire entre chaque sortilège lancé contre la porte cessa pour quelques secondes. Puis James vit ses pieds apparaître en haut des escaliers, ainsi que son corps, au fur et à mesure qu'elle descendait les marches, faisant passer sa colère en frappant le sol à chacun de ses pas.

Elle ne s'arrêta pas dans la cuisine, se moquant des regards lourds de sens que lançaient Tim et James.

- Tu étais obligé de le prévenir ?! dit-elle tout de même à Tim avant de claquer la porte derrière elle.

Le silence retomba dans la cuisine des Potter.

- Je crois que je vais aller la rejoindre, finit par dire James, rompant le silence. Lorsque mes parents rentreront, tu voudras bien les prévenir de ce qui s'est passé ?

- Évidemment. Mais, James ? Tu me dois beaucoup d'explications. Sur le père de Gaïa, sur qui elle est vraiment… Et peu importe si cela doit nous prendre la nuit, ou que je sois obligé de supplier Chloé à genoux pour qu'elle te laisse toute une soirée avec moi. Je veux des explications.

- Tu les auras, Tim, c'est promis, lui assura James, l'air grave et le ton solennel.

- Bien, murmura Tim. Très bien.

James ne partait toujours pas. Son meilleur ami l'observa. C'était comme si James attendait son approbation. Qu'il voulait être sûr qu'il faisait bien d'aller rejoindre Gaïa.

- Est-ce que je dois savoir autre chose concernant votre soirée ? demanda finalement James d'une voix sourde.

Tim soupira, et ferma les yeux.

- Est-ce que tu veux savoir si je l'ai emmenée aux Deux Dragons avec la même idée derrière la tête que lorsque j'y suis allé avec d'autres filles ? La réponse est oui, James. Par la barbe de Merlin, tu as vu Gaïa ?! Si on doit vivre avec quelqu'un qui est notre sosie, au niveau comportemental du moins, Gaïa est celle dont j'ai besoin. Mais tu sais très bien que je ne m'intéresse pas à l'idée de vivre avec quelqu'un.

- Je sais, grommela James. Mais ce que je voulais savoir, c'est si…

- Si j'ai embrassé Gaïa, et si cela peut influer sur son comportement ? demanda Tim d'une voix sourde. Tu n'auras qu'à lui demander toi-même, je doute qu'elle refuse de te répondre. En revanche, James…

- Quoi ?

- Avant aujourd'hui, tu ne m'avais jamais demandé si j'avais embrassé ou non une fille en l'emmenant aux Deux Dragons, parce que tu sais très bien que si je vais aux Deux Dragons avec une fille, c'est parce que je n'ai pas prévu d'être simplement son ami à qui on sourit dans la rue sans même s'arrêter.

- Je sais, rétorqua James, les traits légèrement crispés.

- Je sais que tu le sais, répliqua Tim. Je ne sais simplement pas si tu réalises la portée de ta question.

- Quelle portée ?

Tim soupira.

- Sois aveugle si tu en as envie, James, marmonna Tim en lui désignant la porte.

James l'entrebâilla.

- Mais… même si ça me fait mal au cœur de te le rappeler, pour autant que je sache, ta copine s'appelle Chloé.

James lui adressa un dernier regard indéchiffrable avant de claquer la porte derrière lui.

Cette fois-ci, lorsque Holmes lui sauta dessus, il ne sursauta pas. Il laissa sa main se perdre dans la fourrure de l'animal, tout en s'approchant lentement de Gaïa, dont le nouveau sport favori semblait être de marcher dix mètres, avant de revenir sur ses pas. Le plus furieusement possible, pour donner plus d'ampleur à son mouvement de rage.

- Eh bien, à défaut de savoir canaliser sa colère, elle a le mérite de chasser les Gnomes du jardin, soupira James en regardant le chien.

Lequel s'assit.

- Pire que Nana, cet animal, se plaignit James en déplorant l'intelligence de toute évidence inexistante du chien. Gaïa, est-ce qu'il est possible de discuter ?

La jeune fille tressaillit, mais n'arrêta pas sa ronde pour autant, comme refusant toute interaction pouvant la pousser à cesser d'être énervée.

- Par Merlin, Gaïa, tu es une adolescente en pleine crise, ou bien tu es une Héritière ?! tenta James.

Elle ne lui répondit même pas. Il comprit bien assez tôt que tant qu'il ne la provoquerait pas, elle ne ferait aucun signe montrant qu'elle acceptait sa présence, ses paroles.

- Une adolescente en pleine crise, c'est ça que tu décides d'être ? la provoqua James. Une gamine qui ne réalise pas qu'elle n'agit pas correctement, une petite peste qui va fracasser le crâne d'un homme qui ne lui a rien demandé, parce qu'elle en a eu envie ?!

Évidemment, ce qu'il voulait, ce qu'il tentait de faire, c'était de la faire réagir. Il n'avait simplement pas songé qu'elle puisse être aussi rapide, et qu'elle serait aussi prompte à le saisir par le col. Il sentit les phalanges de Gaïa en même temps qu'elles s'enfonçaient dans son cou. À peine eut-il le temps de réaliser ce qu'elle faisait qu'il sentit la pression faiblir. Trois secondes plus tard, il était relâché. Interloqué, il ne fit aucun geste, ne tenta pas de protester, ne se révolta pas, ne s'offusqua pas, ne tenta même pas de lui faire prendre conscience de ce qu'elle venait de faire. Il était trop abasourdi. Et pas sûr de ce qui venait de se produire. Gaïa lui lança un dernier regard haineux, avant de reprendre son manège.

Seulement, cette fois, elle y ajouta le son.

- Tu crois que je l'ai fait de gaîté de cœur, peut-être ? gronda-t-elle d'une voix sourde. Tu crois vraiment que j'apprécie voir du sang, que j'ai apprécié sentir l'os se briser sous mon poing ? Je n'aime pas la violence gratuite ! cracha-t-elle. Mais il le voulait !

Elle désigna la pièce, à l'étage de la maison des Potter, où se trouvait l'homme qu'elle avait violenté si peu de temps auparavant.

- C'était un homme dans un bar, Gaïa, soupira James. Un pauvre type, totalement saoul. Il t'a regardée de travers ? Il t'a sifflée ? Même si son comportement a été abject, il…

- Il sait où est mon père, l'interrompit Gaïa en grondant.

James se passa une main lasse sur le visage. Il n'était même pas surpris que Gaïa parle de son père. C'était son sujet de conversation favori, après tout. Et il avait disparu. C'était surprenant qu'elle n'ait craqué que maintenant, et qu'elle n'ait pas parlé de lui avant cela. Qu'elle n'ait pas déversé sa colère de l'avoir perdu contre quelqu'un avant ce jour était une chance.

- Gaïa, tu penses trop à…

- Quand j'étais… toute petite, je devais même pas avoir six ans, j'étais en France avec mon père, l'interrompit Gaïa d'une voix basse et tout juste mesurée. Une comptine pour enfants était connue de tout le monde, et j'avais fini par l'avoir dans la tête, moi aussi, même si c'était loin d'être ma priorité principale que d'apprendre des chansons pour gamins insouciants, cracha-t-elle. Mais je l'ai apprise. Et va savoir pourquoi, c'est l'une des rares faiblesses enfantines que mon père m'a accordées. Il la chantait même avec moi. Enfin, j'ai le souvenir qu'une fois, il a accepté de la chanter avec moi. Cet homme…

Son doigt trembla cette fois-ci lorsqu'elle désigna la pièce que Tim avait eu le bon sens de protéger.

- Cet homme chantait cette chanson, siffla-t-elle. Avec un accent. Il n'était certainement pas français, et il n'y avait aucune raison, même s'il l'était, qu'il se mette à la chanter alors qu'il n'est pas dans son pays, et qu'il n'y avait aucun enfant avec lui. Tu comprends ce que je veux dire ? Cet homme sait où est mon père.

James soupira. D'un coup de baguette, il transforma deux pierres en siège, et en désigna un à Gaïa. Elle ne bougea pas d'un centimètre.

- Ce n'est pas un piège, la rassura James. Assieds-toi.

Elle secoua la tête.

- Je ne suis pas assez calme pour m'asseoir, expliqua-t-elle d'un ton qu'elle tentait de mesurer.

- D'accord, dit tranquillement James. Alors je serai le seul à être assis.

Il attendit un moment que Gaïa change de décision, mais elle était bien trop têtue, et certainement bien trop énervée, pour revenir sur ce qu'elle avait déjà dit.

- Tim n'avait pas entendu l'homme. Il a cru que tu devenais réellement folle, lui dit James. Enfin, il ne me l'a pas dit comme ça, mais je peux t'affirmer que la formulation du message qu'il m'a envoyé le disait. Et je t'avoue que je l'ai cru. Parce que tu changes tellement vite de comportement, tu prends la mouche pour rien, avant de revenir sur ce que tu as déjà dit… Ce n'est pas toujours simple de te suivre, en réalité. C'est même très compliqué. Et j'ai vraiment cru que tu étais capable de devenir violente pour un rien.

Machinalement, il porta la main à son cou. Elle ne parut même pas désolée du geste qu'elle avait eu.

- J'en suis capable, murmura Gaïa.

James lui lança un regard surpris.

- J'en suis vraiment capable. Je travaillais là-dessus, avec mon père, mais…

Elle ne termina pas sa phrase.

- Je sais juste que je suis capable de faire preuve d'une grande violence, si je ne suis pas d'accord avec quelque chose, ou si on me provoque.

Elle inspira.

- C'est aussi pour cela que mon père a préféré qu'on se perde dans des petits villages plutôt qu'au milieu de grandes villes. J'attirais moins l'attention lorsque je devenais colérique.

James ferma les yeux. Lorsqu'il les rouvrit, Gaïa s'était assise, et le chien était allé poser sa tête sur les genoux de sa nouvelle propriétaire.

- Tu ne peux pas comprendre, James, grommela Gaïa, la colère faisant toujours trembler sa voix. C'est facile, pour toi. Tu as appris à tout gérer avec tes parents. Tes parents t'ont expliqué comment réagir, dans quelle situation. De mon côté, mon père me poussait à être détachée de lui, tout en me forçant à rester collée à lui. Tu comprends à quel point c'était perturbant ? J'ai besoin d'extérioriser, je le fais de cette manière, c'est tout.

James secoua la tête, peu convaincu.

- Ce n'est pas tout, Gaïa. Tu ne peux pas attirer l'attention comme ça alors que tu vis à Londres, et que beaucoup savent avec qui tu vis. Tu comprends ?

La jeune fille sauta sur ses pieds.

- C'est toi qui ne veux pas comprendre !

- J'essaie, Gaïa, j'essaie ! s'énerva à son tour James. Mais est-ce que toi, tu réalises à quel point tu nous compliques la tâche ? On se fait tous du souci ! Tous ! Mais tu t'en moques, tu ne penses qu'à toi, et à ton père ! Alors, oui, c'est normal. On le comprend tous, ici, et je te comprends, vraiment ! Mais est-ce que toi, tu as compris que nous te comprenons ?

Elle secoua doucement la tête.

- Je ne peux pas le comprendre. Je n'ai vécu qu'avec mon père, et il ne me comprenait pas. Et je ne le comprends pas non plus… Enfin, j'ai cru le comprendre. Mais plus le temps passe, et moins j'ai l'impression de réellement connaître mon père.

- Est-ce que c'est une raison pour que tu agresses tout le monde sur ton passage ?

- Mais… il sait où est mon père !

- Et c'est en fracassant son crâne que tu vas obtenir des réponses ? soupira James, las que le sujet tourne inlassablement en rond.

- Ce n'est pas en l'enfermant dans une chambre qu'il va parler, bougonna Gaïa, peu désireuse de reconnaître ses torts.

- Évidemment… Gaïa, arrête de penser que tout le monde est contre toi. Si Tim a pris la décision d'enfermer cet homme dans la pièce, là-haut, c'est parce qu'il sait que te laisser le blesser ne ferait rien de plus qu'attirer l'attention sur toi. Il sait aussi que mon père est bien plus doué que toi pour faire parler ceux qui ont quelque chose à dire… Tu comprends ?

Elle poussa un long soupir frustré. James sourit doucement.

- Pas convaincue ?

- Je déteste avoir tort, grogna-t-elle. D'ailleurs, je n'ai pas tort. J'admets simplement que d'autres méthodes que les miennes peuvent avoir plus de chance de réussite. Peut-être.

James se leva, résistant à l'envie d'éclater de rire.

- Désolée pour tout à l'heure, ajouta Gaïa. Tu sais, pour ton cou. Je ne voulais pas. Enfin, si, ma rage le voulait, mais ma conscience, non.

James balaya ses excuses d'un geste de la main.

- Je voulais te faire sortir de tes gonds, c'est chose faite. Sache quand même que ma fierté m'oblige à te dire que si je l'avais voulu, je t'aurais empêchée de me faire du mal.

Gaïa haussa les épaules, peu intéressée par son argumentaire.

- Tu n'aurais pas dû venir, décida-t-elle de dire finalement. Tu n'avais pas besoin de te déplacer.

James s'approcha d'elle, posa ses deux mains sur ses épaules, soupira et leva les yeux au ciel, avant de les plonger dans ceux de Gaïa.

- Bien sûr que je suis obligé de me déplacer. Je m'inquiète pour toi, et c'est parce que Tim le sait qu'il m'a envoyé son Patronus. D'ailleurs, tu lui as fait peur. Je ne crois pas qu'il s'attendait à ce que tu sois capable d'une telle violence.

Elle esquissa un pâle sourire.

- Il vaut mieux qu'il le sache maintenant, ceci dit…

Les mains de James se crispèrent sur ses épaules.

- Non, dit simplement Gaïa.

- Pardon ? s'étonna James, ses mains toujours aussi fermement accrochées aux épaules de l'adolescente.

- Je te dis que non. Tim ne m'a pas embrassé. Parce que c'était ça que tu voulais savoir, n'est-ce pas ?

- Je ne…

- Ne nie pas. Évite de faire baisser mon estime de toi de cette manière.

James soupira.

- Tu le savais, n'est-ce pas ? Tu savais qu'il m'amenait aux Deux Dragons pour ça ?

- C'est un peu son lieu à lui, avoua James.

- Et tu n'as rien dit ?

Il ôta ses mains des épaules de Gaïa.

- Je n'avais aucun droit de te le dire. C'est ta décision.

Elle fronça les sourcils.

- Je l'aurais certainement laissé faire.

- Tu n'as pas à me le dire, dit James en grinçant les dents.

- Tu sais bien que si, rétorqua Gaïa. Je l'aurais laissé faire. Au début du moins. Parce qu'après…

Elle haussa les épaules, pas sûre de ce qu'elle aurait fait après, tout en sachant inconsciemment que ce qui se serait passé avec Tim n'aurait eu aucune conséquence. Presque aucune.

Les lèvres de James se pincèrent, et il finit par reculer d'un pas, se retournant vers la maison. Du mouvement était visible derrière les fenêtres de la cuisine.

- Mes parents sont rentrés, dit-il simplement.


Note d'auteur

Hello la compagnie ! Comment allez-vous ? Bien, j'espère. Ne pensez pas à ces vacances qui approchent douloureusement de leur fin, pensez plutôt à ce chapitre presque mignon que je vous offre, eh eh ! Mais si, mais si, il est mignon. Sauf pour la fin. En fait, on peut pas vraiment dire de Gaïa qu'elle est mignonne, maintenant que j'y pense…

Anyway, je vais me taire.

Comme toujours, on peut remercier DelfineNotPadfoot qui a fait cette correction (pour le moment, elle n'est toujours pas dégoûtée de la taille des chapitres, c'est plutôt une bonne chose…) et qui m'empêche de vous offrir des chapitres avec des mots en moins, ce genre de stupidités…

Sinon, sinon. Je vous remercie tous beaucoup, beaucoup, pour vos reviews.

Je ne crois pas qu'il y ait vraiment quelque chose à ajouter… Hum, si, peut-être. Ça me titille, quand j'écris, alors je voudrais que ce soit clair pour vous aussi. Du côté des Weasley et Potter, tout le monde sait ce qui arrive à Gaïa, son histoire, etc. Je veux dire, on parle de LA famille qui se dit « tout », ou presque. Du côté de Tim, Chloé, en revanche, on n'est pas au courant. De même, les membres du Ministère savent que Gaïa fait partie du cercle proche d'Harry, Hermione et Ron. Mais ils ne savent pas pourquoi elle a débarqué comme ça. Voilà. Tout ça pour dire que vous, vous êtes au courant. Mais qu'il n'y a pas grand-monde d'autre.

Ah, au fait... Pauvres Poufsouffle. Je vous jure, je ne leur veux pas de mal. En vrai, j'adore Poufsouffle, comme maison. Mais c'est juste que là... Bah voilà, quoi. Je ne pouvais pas avoir de Gryffondor, ni de Serdaigle, parce que la petite amie de Scorpius aurait été dans la même maison que Scorpius ou Rose. Et je ne voulais pas de Serpentard, parce que ça ne correspondait pas à notre Scorpius. Et les Poufsouffle s'en prennent plein la figure, alors que je les aime bien. Désoléeeeeee... (Mais je me rattrape plus tard, c'est juré)

Et avant de perdre vingt-cinq lecteurs avec une note dont vous n'avez rien à carrer, je vous souhaite une magnifique semaine, et on se retrouve lundi prochain pour un chapitre plein de révélations !

(Et comme toujours, si vous notez des deltas manquants... Faites-le moi remarquer !)