Chapitre 11
Où la guerrière doit se relever.

Ginny leva les yeux de l'article qu'elle terminait de rédiger sur les qualifications pour la Coupe du Monde de Quidditch de l'année. Avec les derniers événements, le sujet lui paraissait bien dérisoire. Seulement, comme lorsqu'ils étaient encore tous de simples adolescents, le monde continuait de tourner même lorsqu'ils désiraient de tout leur être qu'il fasse une petite pause. Il fallait bien continuer à effectuer ses tâches quotidiennes, même si elles semblaient futiles.

Elle repoussa plume et parchemins, et se leva de son bureau. Elle n'avait plus demandé à travailler un article chez elle depuis l'époque où Lily était encore une enfant, et malade. À la Gazette du Sorcier, ils avaient tous été surpris de sa demande, mais y avaient accédé. On ne disait pas « non » à madame Potter, et on ne lui demandait pas les raisons de cette singulière demande.

Elle s'approcha de la fenêtre, et soupira. Une petite tache sombre se découpait dans le jardin.

- Comment va-t-elle ? demanda son mari.

Ginny haussa les épaules.

- Je ne sais pas. Elle reste assise dans le jardin, toute la journée. Elle ne parle pas, ne bouge pas, ne semble pas ressentir quoi que ce soit. Elle reste là, le chien assis à côté d'elle. Et c'est tout. Il n'y a rien de plus. Pas de mouvements, pas de signes prouvant qu'elle réalise ce qui se passe autour d'elle. Elle ne vit plus, en fait, murmura Ginny.

Harry hocha la tête, bien que sa femme ne puisse pas le voir.

- James dit que, parfois, elle sourit. Il ne sait pas si elle pense à quelque chose d'autre que ce à quoi il vient de faire allusion, mais, c'est certain. Parfois, elle sourit.

Ginny soupira, à nouveau.

- Harry… Elle vient d'apprendre que son père n'est pas son père biologique. Je doute qu'on puisse vraiment croire que son sourire soit vrai.

Gravement, il hocha la tête.

- Je sais bien. Mais c'est déjà la preuve qu'elle pense parfois à quelque chose de réjouissant.

- Ou qu'elle perd complètement l'esprit, murmura Ginny.

Harry se figea. Il avait lui aussi remarqué que le comportement de Gaïa était de plus en plus étrange depuis cette révélation. Sautes d'humeur contre elle-même, réactions colériques lorsqu'elle trébuchait sans raison, larmes qui manquaient jaillir de ses yeux dès lors qu'une contrariété se mettait en travers de sa route. Pas plus tard que ce matin, Harry avait pu constater que les joues de Gaïa viraient au rouge lorsqu'elle avait compris qu'il n'y avait plus de confiture à la framboise sur la table, et seulement de la confiture à la fraise. Elle était sortie de la cuisine en trombes, sans dire un mot, avant de revenir dix minutes plus tard, les joues toujours rouges, les pieds traînants et les lèvres résolument scellées. Si les comptes que tenait Harry étaient bons, cela faisait exactement quatre jours qu'elle ne lui avait plus parlé, et le dernier mot qu'elle lui avait adressé n'en était pas réellement un. Seulement un « Humpf » lorsqu'il lui avait fait une réflexion sur l'inattention évidente de la jeune femme lors de leurs entraînements.

Finalement, elle agissait presque normalement. Hautaine, distante, froide, colérique. Sauf qu'à présent, lorsqu'elle le faisait, c'était dans le silence, et ses piques blessantes leur manquaient presque. Ou, du moins, leur absence prouvait qu'il y avait un problème, ce qui n'était pas rassurant. Gaïa ne pouvait pas flancher. Ce n'était pas dans son état d'esprit. Elle devait avancer, toujours. Et là… elle ne bougeait plus.

Ce qui était compréhensible. Le peu de repères qu'elle possédait encore avait été balayé comme un vulgaire mouton de poussière, et elle apprenait, chaque jour qui passait, qu'on lui avait menti sur de nombreux points essentiels de sa vie qu'elle pensait être vrais.

Et puis, il y avait tous ces petits détails gênants. Les marques que James portait encore autour du cou, mais qui, selon lui, étaient apparues naturellement, un beau matin. L'incapacité qu'avait Gaïa d'expliquer sa colère contre l'homme dans le bar. Ses problèmes évidents de contrôle de soi lors des entraînements qui lui étaient dispensés. Tous ces petits détails qui soulevaient des questions avaient finalement disparu. C'était tout juste si Gaïa se donnait la peine de remarquer leur présence. En fait, c'est comme si elle vivait seule dans sa bulle. Mais une bulle réellement hermétique, comme on n'en faisait plus.

- Tu as remarqué comme elle nous ignore ? demanda Ginny.

Elle faisait allusion à ces nombreuses fois où tous avaient essayé d'arracher quelques mots à la jeune femme. Tous, cela incluait Ron, Harry, Hermione, Ginny. Rien à faire. Gaïa ne semblait pas les entendre. Et lorsqu'ils tentaient d'attirer son attention en la regardant droit dans les yeux, en claquant des doigts, ou en lui touchant l'épaule, ils avaient l'impression de n'être rien de plus que des fantômes.

Ce qu'aucun n'avait compris, c'est qu'ils n'étaient pas des fantômes aux yeux de Gaïa. C'est elle-même qu'elle considérait en être un.

∆ | o

« Ta mère était pleine de vie. »

« Elle est la seule femme que j'ai jamais aimée – la seule que j'aurais pu aimer. »

« Elle avait des yeux très doux. Pas comme les tiens, non, pas de ce genre-là. Il n'avait pas cette consistance un peu mielleuse, non, c'était plutôt… La façon qu'elle avait de regarder les autres qui donnait cette douceur à son regard. Avec elle, peu importe la personne, elle se retrouvait sublimée par le simple regard de ta mère. »

« Elle avait cette habitude de s'attraper l'épaule chaque fois qu'elle avait quelque chose d'important à dire. »

À cette pensée, Gaïa attrapa sa propre épaule. Mais en y réfléchissant, elle trouvait ce geste futile, stupide, mensonger. Elle n'avait pas connu sa mère. Ni son père. Celui qui l'avait éduquée avait tout aussi bien pu lui raconter des inepties concernant sa mère, uniquement dans l'espoir de réduire au silence cette petite peste de gamine qu'elle pouvait être. Finalement, elle n'avait plus aucune certitude. À bien y réfléchir, elle avait été stupide d'avoir cru en quoi que ce soit. Ne l'avait-on pas éduquée en lui rappelant constamment qu'on ne pouvait – ne devait – croire en rien ni personne ? Le fruit de la trahison était toujours bien plus proche que ce à quoi on s'attendait.

Cette fois-ci, elle avait été éduquée par lui.

« Elle a toujours agi selon ce qu'elle pensait être juste. Malgré tout. Pour cela, je l'admirais. Elle n'est pas partie lorsqu'elle a su pour l'Héritage. »

Elle avait été stupide. Des milliers de petits détails auraient dû attirer son attention, lui faire comprendre qu'elle n'était pas la fille de celui qu'elle considérait comme son père. Finalement, n'avait-il pas eu de cesse de lui demander d'arrêter de l'appeler « papa » ? Est-ce qu'il n'avait pas tout fait pour l'empêcher de s'attacher à lui ? N'était-il pas continuellement froid, distant, impersonnel avec elle ? Si, bien sûr que si. Et Gaïa n'était pas réputée pour être stupide. Elle aurait dû comprendre qu'il y avait un problème. Mais elle avait été aveuglée, rendue stupide par cet unique repère qu'elle possédait, alors qu'elle aurait toujours dû apprendre à se débrouiller seule. Elle avait été assez bête pour s'attacher à quelqu'un. Le pire à faire, dans une vie comme la sienne. C'était lui qui lui avait appris tout ça, et c'était à lui qu'elle s'était attachée. La pire erreur de débutant qu'elle pouvait faire, finalement.

Elle ne ferait plus d'erreur. C'était terminé, tout ça. À partir d'aujourd'hui, elle allait prendre au sérieux les enseignements de son père. Elle n'avait plus le droit de s'attacher à lui. Elle devait simplement être Gaïa. Ne vivre que par elle, que pour elle.

Elle ne réalisa même pas qu'elle se recroquevillait encore plus, ses genoux relevés sous son menton, pour s'enfermer toujours plus dans cette bulle de protection, qui n'était constituée que d'elle-même.

La solitude était sa seule amie.

Δ | o

- Ah bah je venais te voir, justement !

Tim ne s'étonna pas de l'absence de réaction de la jeune femme. Après tout, la dernière fois qu'ils s'étaient vus, elle avait manqué tuer un homme. D'ailleurs, s'il gardait précautionneusement un mètre de distance avec elle aujourd'hui, c'était parce que la vision de Gaïa se jetant sur un homme bien plus grand qu'elle, et le maîtrisant d'une façon déconcertante, était encore bien trop présente dans son esprit. Et puis, soyons honnêtes. Tim avait toujours apprécié son visage. À l'heure actuelle, les marques des ongles de Gaïa étaient encore présentes sur ses avant-bras, et il craignait qu'un coup de griffe ne lui soit porté au visage si jamais il s'approchait trop d'elle. D'ailleurs, avec la jeune femme, rien n'assurait qu'elle ne le ferait pas exprès, cette fois.

- J'ai eu une réponse pour les parchemins.

Il n'obtint aucune réaction. Ce qui l'arrangeait, finalement. Il avait trop peur de ce que Gaïa pouvait lui répondre.

- Mon ancien professeur, à qui j'avais envoyé un extrait, n'a pas su me dire de quelle langue il s'agissait. En fait, il n'en avait jamais vu de telle… Mais il sait qui peut la lire ! Il m'a donc donné son contact. Par contre, c'est rare que cet homme accorde des entrevues, avoua Tim en fronçant les sourcils. Mais j'imagine que si on explique dans les grandes lignes la situation, on pourra…

Il arrêta de parler, réalisant que Gaïa n'avait toujours pas bougé d'un millimètre depuis qu'il lui parlait, et qu'elle n'avait même pas fait l'effort de lever les yeux vers lui. Ça aurait été n'importe quelle autre fille, une de ces filles un peu timides, qui rougissent dès lors qu'elles croisent son regard, il aurait pu comprendre. Mais on parlait de Gaïa. Elle ne faisait pas partie de ces filles rougissantes. Du moins, pas lorsqu'elles étaient gênées. Elle devrait être en train de le regarder, de lui parler. Pas d'être…

Pas de se comporter d'une façon qui n'était pas la sienne.

- Elle ne te parlera pas.

Tim sursauta, et fit un énorme bond en arrière. Il leva finalement les yeux, pour croiser ceux d'Harry Potter.

- Elle ne nous parle plus, avoua Harry. Depuis quelques jours.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce que c'est en rapport avec ce qui s'est passé la dernière fois ?

Harry fronça les sourcils.

- La dernière fois ?

Tim hésita un instant. La question d'Harry laissait entendre qu'il y avait d'autres explications au mutisme de Gaïa que ce à quoi lui-même songeait. À son sens, ce mutisme était dû à la sévère réprimande qu'elle avait essuyée après l'agression aux Deux Dragons. Seulement, Tim se demandait si la question d'Harry ne voulait pas dire que d'autres éléments étaient à prendre en compte, concernant ce mutisme. Des éléments qu'il n'était pas censé connaître.

- Eh bien, vous savez, avec l'agression aux Deux Dragons…

Face à lui, le père de son meilleur ami, qu'il connaissait depuis des années, tiqua pour la première fois. Comme s'il cherchait à se rappeler de l'événement auquel faisait allusion Tim, il plissa les yeux. Pourtant, cela datait d'il y avait peu de temps. Qu'avaient-ils bien pu tous apprendre pour qu'Harry en soit à oublier cet incident peu banal, et que Gaïa soit prostrée au milieu du jardin des Potter, incapable d'articuler le moindre mot ?

- Oh. Oui, bien sûr, souffla Harry. L'homme. Gaïa, sa colère. Oui, oui, évidemment…

Il soupira.

- Tim, que dirais-tu de rentrer, et de m'expliquer ce que tu viens faire chez nous ?

Tim hocha la tête, lentement.

- On laisse Gaïa ici ?

Le sourire d'Harry était amer, triste, déchiré.

- Si tu réussis à la faire bouger de sa place, je t'en prie, convaincs-la de rentrer. Nous, ça fait des jours qu'elle ne nous voit pas…

Tim fit un pas en direction de la maison, enjambant le chien qui était couché aux pieds de Gaïa, le regard terne, comme partageant la détresse de la jeune femme.

- Qu'est-ce qui lui arrive ? Il n'y a rien qu'on puisse faire pour l'aider ? Parce que là, rester ici sans bouger, c'est tout de même le meilleur moyen pour qu'elle attrape froid.

Harry haussa les épaules, dépité, dépassé par la situation.

- Tu connais ce sentiment qui fait que tout ce que tu croyais jusqu'à présent est en réalité un mensonge ? Tu t'es déjà levé, un jour, en comprenant que tout ce que tu avais fait, vécu, dit jusqu'à présent, reposait sur un tissu de mensonges, de propos trompeurs, d'idées fausses ?

Tim ouvrit la bouche. La referma.

Non, en réalité, non. Il s'était toujours réveillé en se disant qu'il devait écrire à ses parents, et leur donner plus de nouvelles. Il s'était toujours dit qu'il connaissait bien chacune des personnes de sa famille. Qu'il connaissait tous ses amis, qu'il connaissait toutes les habitudes de chacun, qu'il ne pouvait pas apprendre une révélation qui ébranlerait toute sa vie.

Alors, non, il ne pouvait pas comprendre Gaïa.

Il supposait juste que cette révélation devait être assez grandiose pour que la flamme guerrière dans les yeux si particuliers de la jeune fille s'éteigne aussi brusquement.

∆ | o

- Euh, Gaïa ?

Chloé se mordit la lèvre. Elle devait rejoindre les parents de James pour un dîner, ce soir. Ils fêtaient son anniversaire chez les Potter aujourd'hui, ses parents étant partis en voyage organisé. Elle était une adulte, passer la soirée de son anniversaire sans ses parents n'était pas une grande perte. Mais le concept de la famille, chez les Potter, était sacré, et il avait été décidé qu'elle ne le passerait pas seule. Elle était prête à parier que James y était pour quelque chose, qu'il avait dû insister pour que son anniversaire soit fêté, mais elle n'allait pas lui en tenir rigueur. Après tout, si c'était le cas, elle était ravie de cette attention.

Elle venait tout juste d'arriver chez les Potter, mais au lieu d'aller les rejoindre immédiatement, elle avait fait un détour par le jardin. Elle avait toujours admiré les arbustes d'armoise qu'entretenait Ginny Potter lorsqu'elle en avait le temps, et lorsque Chloé en avait l'occasion, elle allait les observer. Elle-même n'avait jamais été faite pour la Botanique. Elle se souvenait de l'air désespéré du professeur Londubat, lors d'un de ses tout premiers cours. Ce professeur n'était pourtant pas réputé pour être regardant sur les capacités de ses élèves, mais l'erreur de Chloé, qui avait permis à la moitié de sa classe d'aller visiter les bancs de l'infirmerie, n'était pas passée inaperçue.

Toujours était-il qu'aussi mauvaise qu'elle pouvait l'être en botanique, Chloé essayait inlassablement d'apprendre à maîtriser un peu plus la discipline. Elle observait Ginny Potter dès que l'occasion se présentait, et tentait de reproduire ses gestes et d'appliquer ses conseils – sans grand résultat mais, au moins, personne n'avait dû faire un séjour à Sainte Mangouste par sa faute, ce qui était déjà un progrès considérable.

Mais celle qui semblait avoir grand besoin d'aide, et peut-être même d'un Médicomage, si elle était dans le froid depuis longtemps – ce que laissaient supposer ses lèvres bleues – c'était Gaïa.

- Gaïa, il y a un problème ?

Chloé n'obtint pas d'autre réponse que le silence. Elle soupira, et s'accroupit.

- Est-ce que tu veux que j'aille chercher quelqu'un ?

C'était étrange. Habituellement, il y avait toujours une lueur de défi dans les yeux de Gaïa. Pourtant, aujourd'hui, rien. C'était le vide total. Pas de supériorité, aucune lueur de défi. Juste le néant. C'était comme si Gaïa n'était pas là. Comme si elle n'était plus dans ce monde. Comme si elle s'était perdue.

Où, personne ne pouvait le savoir.

Δ | o

« Elle avait tes cheveux. »

« Lorsqu'elle souriait, sa commissure droite remontait plus que la gauche. C'était amusant. »

« Malgré le danger, lorsqu'elle a su qu'elle était enceinte, c'était l'un des plus beaux jours de sa vie. »

Il lui avait donné tant de détails sur sa mère que Gaïa n'arrivait toujours pas à croire qu'elle ait pu ne pas être la compagne de Bob. C'était si invraisemblable, si incompréhensible… Elle n'arrivait pas à comprendre. Bob était si indépendant. Comment aurait-il pu être attaché à une femme, comment aurait-il pu suivre une femme, refuser de la quitter, alors qu'elle n'était pas amoureuse de lui, mais de son frère ?

Son oncle. Bob était son oncle.

Sa famille s'élargissait en même temps qu'elle disparaissait. À peine la découvrait-elle qu'on lui apprenait qu'elle ne la connaîtrait jamais.

Pas d'attache.

Pas de passé.

Et le futur n'allait certainement pas s'éterniser.

∆ | o

- Mais vous ne comprenez pas ! Si on lui envoie une lettre maintenant, on pourrait avoir une réponse avant ce soir, et peut-être que…

Face à lui, Harry et Ginny secouèrent la tête.

- Tim, c'est toi qui ne comprends pas. Gaïa doit être au courant de tout ce que tu nous annonces, avant qu'on prenne une décision.

Tim renifla. Ne pouvaient-ils pas comprendre que ce qu'il avait là faisait partie de ces informations qui ne pouvaient pas attendre ? Si on laissait le temps s'écouler, on prenait le risque de ne plus jamais avoir l'occasion de découvrir ce que voulaient dire les parchemins.

Son instinct d'historien voulait se lancer dans cette nouvelle aventure. On lui avait donné des textes indéchiffrables, on lui avait dit de se débrouiller avec ça. Il avait réussi, non sans mal, à trouver un homme qui était le seul dans la communauté sorcière capable de les déchiffrer. Un homme qui vivait reclus, dont personne ne savait rien. Il avait l'occasion rêvée de rencontrer cet homme dont tous disaient le plus grand bien. Les plus grands historiens rêvaient de le rencontrer, rêvaient d'être comparés à lui, en bien ou en mal. Et lui, Tim Callaghan, avait la possibilité d'intéresser cet homme, avec les parchemins qui étaient tombés entre les mains des Potter. Peu importait la manière dont ils étaient entrés en la possession de la famille de son meilleur ami. Ce qui comptait, c'était la potentielle rencontre qu'il pourrait avoir avec cet homme.

- Enfin, Gaïa est au courant. Je lui ai dit, en arrivant, que j'avais une personne capable de déchiffrer ces parchemins, et elle n'a rien dit. C'est qu'elle est d'accord, non ?!

Harry soupira.

- Je comprends ton enthousiasme, Tim, vraiment. Mais il faudrait qu'on ait l'accord de Gaïa. C'est de son père dont il s'agit.

On frappa à la porte, empêchant Tim de répondre. Ginny soupira, se leva, et accueillit Chloé.

- J'arrive au mauvais moment ? demanda la jeune femme, en constatant qu'exceptionnellement, l'animosité de Tim ne lui était pas destinée.

C'était bien la première fois qu'elle voyait Tim sur une posture aussi défensive si ce n'était pas pour elle. Que ce soit envers Harry Potter était encore plus exceptionnel.

- Non, ne t'inquiète pas, soupira Ginny.

Chloé hocha la tête, tout en enlevant sa veste, avant que Ginny ne le fasse d'elle-même. Elle avait souvent l'impression d'être maternée par Ginny, qui, de toute évidence, n'avait pas assez de trois enfants à s'occuper.

- Est-ce que vous savez que Gaïa est plantée au milieu de votre jardin, comme vidée de toute vie ? s'enquit doucement la petite amie de James.

Les soupirs d'Harry et de Ginny firent office de réponses. De toute évidence, elle ne leur apprenait rien de nouveau.

∆ | o

- Gaïa ?

Elle cessa le flot incessant de pensées qui tournait dans sa tête, et leva lentement les yeux vers James. Ce qu'elle vit la surprit.

Elle était dans la cuisine des Potter, et sans qu'elle ne sache pourquoi, tous la regardaient comme une bête curieuse. Elle crut tout d'abord qu'elle avait parlé à voix haute. Qu'elle avait laissé échapper les phrases dont elle se souvenait et qui avaient trait à sa mère. Mais elle chassa rapidement cette hypothèse de son esprit. Elle doutait qu'on la regarde ainsi uniquement parce qu'elle s'était mise à parler à haute voix.

Instinctivement, elle porta la main à son visage, pour trouver une difformité qui expliquerait cette attention étrange qui lui était portée. Elle ne sentit rien d'autre que le froid hivernal qui gelait ses joues. Elle n'était pas sûre de savoir comment elle en était arrivée à un tel état de glaciation. En réalité, elle n'était plus sûre de la manière dont elle était arrivée dans la cuisine des Potter. Est-ce que cela faisait longtemps qu'elle était ici ? Et pourquoi Tim et Chloé étaient eux aussi présents ?

- Est-ce que… tu vas bien ? demanda James d'une voix douce, lente, qui n'était pas celle qu'il utilisait habituellement pour lui parler.

Gaïa fronça les sourcils.

- Je ne…

Elle se tut. Sa voix était étrangement rauque, comme si ses cordes vocales avaient été soumises à une dure épreuve.

Elle paniqua. Que s'était-il passé ? Pourquoi n'arrivait-elle pas à s'expliquer le froid, ses cordes vocales brisées ? Et pourquoi tremblait-elle comme ça ? La tasse qu'elle avait à la main n'avait pas encore été remplie, mais cela valait mieux. Elle craignait de tout renverser.

Elle ferma les yeux. C'était comme si elle se réveillait d'un cauchemar. Sauf qu'étrangement, elle n'avait aucun souvenir de celui-ci, alors que tous ceux qu'elle avait faits auparavant étaient gravés au fer rouge dans sa mémoire. Elle souffla un grand coup, et leva des yeux craintifs vers ceux qui l'entouraient. Et puis, ses yeux s'ancrèrent dans ceux de James.

- Pourquoi est-ce que j'ai l'impression d'être une bête curieuse.

James lui adressa un sourire désolé.

- Gaïa… Cela fait des jours qu'on n'arrive pas à te parler, à obtenir la moindre réaction de toi. Lorsqu'on te parle, tu ne nous regardes pas.

Elle secoua la tête.

- Non, personne ne m'a…

- Tous les matins, tu te levais, tu prenais un fruit, une tartine, et puis tu allais dans le jardin. Vers deux heures du matin, tu te levais, montais dans ta chambre. Pas un seul mot. Tu n'as pas prouvé une seule fois que tu étais encore là, avec nous, ces derniers jours. Sincèrement, si tu n'avais pas cligné des yeux, ou tressauté de temps à autre, on aurait pu croire que tu avais été attaquée par un Détraqueur…

Elle secoua la tête, de plus en plus confuse.

- Mais je ne me souviens pas de ça…

Elle ne reçut que des regards désolés.

- On s'en doute, Gaïa, murmura James. Tu étais totalement absente. Tu as réagi, là, quand je suis venu te voir. C'est tout. Cela fait une semaine que tu n'as pas adressé le moindre mot à qui que ce soit. Holmes t'a suivi dans ta dépression.

Cela lui fit mal d'entendre un mot aussi fort qui dépeignait aussi bien l'état dans lequel elle s'était trouvée. Elle inspira profondément, et fut ravie lorsqu'elle sentit la tête d'Holmes se glisser sous sa main. Elle agrippa le pelage de l'animal, s'accrocha à lui comme à toute bouée de sauvetage. Son regard se fit plus dur.

Elle n'avait pas le droit de se laisser abattre. Jamais. Elle devait être forte. Aucun repère, mis à part elle-même. Aucune distraction, sauf si elle la menait sur la trace de l'homme qui la recherchait. Et à présent, les règles du jeu avaient changé. Elle voulait le retrouver, elle aussi. Ils étaient deux à se chercher. Et lorsqu'ils se rencontreraient, cela ferait des étincelles. À coup sûr.

Ses yeux s'illuminèrent d'une flamme nouvelle. Plus sauvage que l'ancienne. Plus incertaine, plus instable, aussi. Mais la vie avait recouvré en partie ses droits chez Gaïa.

Elle se tourna vers Tim.

- Tu as du nouveau ?

Ils furent tous surpris de la dureté du ton employé. Tim hésita un bref instant, avant de retrouver son enthousiasme, et de défendre à nouveau sa cause.

Il expliqua, une fois encore, qu'il avait trouvé une personne capable de traduire les parchemins qu'ils avaient en leur possession. En long, en large, et en travers, il insista sur l'urgence de la demande. Qu'il fallait demander un rendez-vous, dans l'instant. Qu'il était nécessaire qu'on entame les démarches, parce qu'il était possible qu'on mette du temps avant d'obtenir une réponse. Qui serait certainement négative, qui plus est. Il fallait qu'on se dépêche. On ne pouvait pas attendre. Pas une seconde de plus. Ça n'était pas possible.

- Il faut qu'on envoie une lettre. Tout de suite.

Il mit tellement de ferveur dans son discours, tellement de conviction dans les idées et l'envie qui le motivaient, qu'il était persuadé que Gaïa céderait, et qu'il obtiendrait ce qu'il voulait dans la seconde. D'ailleurs, tout le monde le pensait.

Sauf que Gaïa secoua la tête.

- Non.

- Pardon ? bégaya Tim.

- J'ai dit non. Je ne suis pas prête.

- Prête à quoi ? grommela Tim. À entendre une traduction ? railla-t-il.

Il était de toute évidence de mauvaise humeur. Il n'aimait pas les contretemps.

Mais Gaïa ne refusait pas l'écriture de cette lettre uniquement pour contredire Tim. Elle la refusait parce qu'à son sens, une fois qu'on connaîtrait la signification des parchemins, tout serait plus clair, et il n'y aurait plus de pauses possibles. Tout s'enchaînerait. Il faudrait alors être prêt à tout affronter. À l'heure actuelle, elle ne l'était pas.

- On attend la fin du mariage de Victoire, décréta-t-elle.

Tim leva les bras au ciel, exaspéré comme jamais.

- Évidemment ! C'est toujours une histoire de bonnes femmes, de toute façon. Attendre la fin d'un mariage. Qu'est-ce que ça va changer, hein ? Rien. Évidemment. Simplement, on aura fait la fête avant de s'attaquer aux choses sérieuses, et…

La main de Gaïa s'abattit violemment sur la table des Potter. Tim fut le seul à sursauter. Le seul qui n'arrivait pas à se faire au caractère de Gaïa. Les Potter étaient trop habitués à la voir ainsi, et Chloé était bien plus sensible au caractère des gens pour se douter de chacun des gestes de la jeune femme.

- Tim, tu n'as pas saisi les tenants et aboutissants de l'affaire. Et, à vrai dire, tu n'as pas besoin de les connaître. La seule chose qu'on te demande, c'est d'attendre la fin du mariage de Victoire et Teddy pour envoyer une lettre. C'est si compliqué à comprendre ? siffla Gaïa.

Tim se redressa lentement. On ne lui avait jamais parlé sur ce ton depuis des années. À vrai dire, on ne l'avait jamais considéré comme un gamin qu'on devait réprimander, et jamais on n'avait pris un ton si méchant pour lui adresser la parole.

Sèchement, il hocha la tête.

- C'est comme tu veux, Gaïa. Mais sache qu'attendre est certainement le pire à faire dans une telle situation.

Gaïa plissa les yeux.

- Tu ne connais pas la situation, le reprit-elle. Ne crois pas que parce que tu sais un élément de plus, tu es capable de prendre de telles décisions. J'ai toutes mes raisons d'attendre.

Elle lança un dernier regard noir à Tim, qui, tout à coup, comprenait bien mieux pourquoi elle s'était jetée sur cet homme dans ce bar, si peu de temps auparavant. Gaïa ne supportait pas qu'on la contredise, jamais. Ni qu'on la frustre. Ni qu'on la provoque. Gaïa était explosive.

Et il n'avait aucune possibilité de contrer son caractère en l'instant présent.

Il souffla un grand coup, tentant de rester calme. Alors qu'il allait se permettre de parler à nouveau – non, définitivement, il n'avait pas l'habitude de se taire – il intercepta le regard qu'échangeaient Harry et Gaïa. Il comprit qu'Harry faisait une promesse à Gaïa. Celle de l'aider à être prête lorsque la lettre serait envoyée.

Mais prête à quoi, ça, Tim n'était pas en mesure de le déterminer. Il hocha sèchement la tête, scellant un accord avec lui-même.

- Très bien. Après le mariage. Mais sachez, tous, que dès que je sors de cette cérémonie, j'envoie une lettre à notre homme. Les négociations avec lui risquent d'être longues, et je refuse de perdre encore plus de temps avant de connaître ce langage.

Il se leva brusquement, faisant peur à Holmes. La chaise crissa contre le sol de la cuisine.

- On se revoit tous au mariage, bougonna-t-il sans adresser un regard de plus aux personnes présentes dans la pièce.

La scène s'était déroulée si vite que personne n'avait eu la possibilité de retenir Tim. Ils se tournèrent simplement vers la porte qui s'était refermée brusquement derrière lui. Les gonds hurlèrent de mécontentement.

- Pourquoi est-ce qu'il a fallu que tout soit enchanté, dans cette maison ? soupira Ginny avant de secouer négligemment sa baguette vers la porte pour faire cesser ces gémissements désagréables.

- Parce que James l'a exigé lorsqu'il avait huit ans, lui rappela Harry, en laissant un regard moqueur à son fils aîné.

- Je ne vois pas du tout ce que tu veux dire par-là, rétorqua James avec un sourire charmeur.

- Simplement que tu aimais déjà bien imposer tes idées, surtout si celles-ci pouvaient provoquer des ennuis. Chloé, si jamais tu souhaites que votre appartement reste en l'état, interdis James de toucher à quoi que ce soit.

- C'est noté, dit la jolie jeune femme avec un sourire resplendissant. Est-ce que je peux vous aider à préparer quoi que ce soit ? demanda-t-elle à Ginny, qui se lançait dans la préparation du repas.

Sa belle-mère se tourna vers elle, les yeux écarquillés par la colère et l'exaspération.

- M'aider ? Ma chérie, c'est de ton anniversaire dont on parle, gronda Ginny, presque menaçante. L'unique chose que tu peux faire, c'est aller t'asseoir gentiment dans le salon, en compagnie de mon fils.

- Maman, es-tu obligée de toujours effrayer Chloé lorsqu'elle vient à la maison ? soupira le jeune homme en se levant et en tirant sur la main de sa petite amie pour qu'elle fasse de même. Tu comprends pourquoi je suis aussi rustre ? C'est à cause de ma mère. Aucune délicatesse lorsqu'elle me parle…

- Et toujours prête à te frapper avec un ustensile, lui rappela dramatiquement Harry. Si au lieu d'embêter ta mère, tu allais t'occuper de Chloé ?

- J'y vais, j'y vais ! Insupportables parents…

- Il n'est pas censé avoir terminé sa crise d'adolescence ? soupira Ginny avec un sourire démentant son exaspération.

- Vous ne terminez jamais votre crise d'adolescence, chez les Weasley, lui fit remarquer Harry.

- Par Merlin, ce que tu peux être usant lorsqu'on prépare un anniversaire, soupira Ginny.

- Je sais, rétorqua immédiatement Harry. Je suis usant, c'est bien connu.

C'était un spectacle amusant à observer. Tous ceux qui avaient le privilège de côtoyer ce couple de temps à autre s'amusaient et s'émerveillaient de la légèreté qu'ils étaient capables d'avoir. C'était d'autant plus impressionnant lorsqu'on prenait conscience de tout ce qu'ils avaient pu vivre, qu'on réalisait ce au-dessus de quoi ils avaient su se hisser. On souriait toujours inconsciemment lorsqu'on entendait dire d'Harry Potter qu'il redevenait un enfant lorsqu'un anniversaire se préparait chez lui – ce qui était d'autant plus notable étant donné qu'il n'avait jamais réellement eu d'enfance, et qu'il n'avait pas fêté son anniversaire des années durant.

Gaïa avait la chance d'avoir ce spectacle sous les yeux, et le dédain de l'ignorer. Parce qu'une fois encore, elle s'était perdue dans ses propres pensées, avait perdu le fil de ce qui se passait autour d'elle. Son regard s'était perdu sur une porte de placard. Ses yeux s'étaient éteints – une fois encore. Son visage avait perdu de sa fraîcheur. Ses mains avaient blanchi, à force de serrer les poings. Elle ne sentait même pas les crampes qui lui brûlaient les pieds, à force de les crisper dans ses chaussures.

Il fallut que les têtes de Ginny et Harry apparaissent dans son champ de vision pour qu'elle réalise, une nouvelle fois, qu'elle s'était laissé distraire.

- Gaïa ? demanda lentement Harry. Est-ce que tu es sûre que tu vas bien ?

C'était peut-être le geste le plus difficile qu'elle n'eut jamais à faire. Lentement, précautionneusement, elle s'arracha à ses pensées, et tourna le regard vers Harry. Elle savait qu'il venait de lui parler. Elle était presque sûre qu'il lui avait posé une question. Mais, à vrai dire, en dehors de cela, elle n'était pas sûre de grand-chose.

Elle fouilla dans sa mémoire, tentant de reconstituer la scène qu'elle venait de vivre, pour réussir à la retrouver, et comprendre le sens de la question d'Harry. Elle n'y arriva toujours pas, et rata le moment où Harry lui demanda à nouveau la même chose. Elle secoua la tête.

- Je suis désolée. Je n'écoutais pas.

Cette fois, elle fit un effort. Quand les lèvres d'Harry bougèrent, elle était prête à analyser ses paroles.

Et ne sut pas y répondre.

Parce qu'en réalité, c'était la première fois qu'elle prenait cette question au sérieux. Jamais son père ne la lui avait posée sans avoir en tête de la tester sur la réponse. La bonne réponse, qu'elle avait apprise à ses onze ans, n'était nulle autre que « Cela n'importe pas ». Jamais on ne lui avait demandé si elle allait bien alors qu'elle avait clairement besoin d'être entendue. Alors qu'elle avait clairement besoin de se confier. C'était la première fois qu'elle voulait répondre sincèrement à cette question en espérant que, derrière, quelqu'un serait prêt à prendre le relais et à la réconforter. À lui offrir les mots qui lui feraient du bien. À ce que, pour une fois, elle se repose sur quelqu'un d'autre pour avouer ses faiblesses, et son mal-être.

Rien que pour une fois, Gaïa aurait voulu dire qu'elle n'allait pas bien. Qu'elle avait besoin que face à elle, on se comporte comme un parent – ce qu'elle n'avait jamais connu. Pour la première fois de sa vie, elle se l'avouait.

Mais elle n'était pas encore assez forte pour l'avouer à d'autres.

Alors, elle secoua lentement la tête et, les pieds traînants, le regard fuyant, elle sortit de la cuisine, s'excusant ne pas pouvoir partager le repas avec les Potter. Elle s'excuserait plus tard auprès de Chloé.

Δ | o

Mal de crâne.

C'était un phénomène sur lequel elle ne s'était jamais arrêtée, jusqu'à ce jour. Pas qu'elle soit insensible aux migraines, à la maladie, ou autres désagréments. C'était simplement qu'on ne lui avait jamais laissé le temps de souffrir. Par « on », il fallait comprendre son père. Non, pardon. Son oncle. Elle s'en voulut de l'avoir, une fois encore, considéré comme celui qu'il n'était pas. C'était si difficile de remettre en cause tout ce qui avait été la base sur laquelle elle s'était construite ces seize dernières années.

Elle poussa un soupir, énervée par ces futilités qui l'empêchaient de réfléchir clairement. Ayant demandé à ne pas être au repas d'anniversaire de Chloé – et personne n'ayant tenté de la convaincre de venir – elle avait voulu comprendre ces parchemins qui l'avaient tant intriguée lorsqu'elle les avait vus sur le bureau de son oncle, et qui l'agaçaient à présent. Elle se souvenait de Bob, penché sur les parchemins, écrivant quelques mots sur une feuille à côté. Il avait compris cette langue. Mais il n'avait jamais jugé bon de lui enseigner les rudiments de celle-ci.

De toute façon, il n'avait pas jugé bon de lui parler de grand-chose.

Avec rage, elle projeta les parchemins au sol. Elle avait ouvert la fenêtre du bureau – ses allées et venues agacées avaient considérablement augmenté la température de la pièce, et elle aimait sentir le froid mordre sa peau. Elle se pencha à la fenêtre, et ne fut pas surprise d'apercevoir Holmes, les yeux levés vers elle, la tête légèrement penchée vers le côté. Seulement, elle n'était pas d'humeur pour aller voir l'animal, et jouer avec lui. Elle repartit dans la pièce, une main passant nerveusement dans ses cheveux, s'agrippant à cette mèche indisciplinée. Elle s'arrêta sur celle-ci, songeuse, quelques secondes.

James.

Là, dans l'immédiat, elle avait besoin d'évacuer sa colère. De la dire à quelqu'un. À une personne contre qui elle ne s'énerverait pas. Contre qui elle ne s'énerverait plus. Et, évidemment, cette personne devenait James. Elle se détestait. Littéralement.

Elle s'assit violemment sur le lit. Les lattes grincèrent, et elle entendit, comme en écho, le gémissement de Holmes qui se demandait certainement pourquoi elle ne descendait pas le voir.

Gaïa ferma les yeux. Tenta de retrouver un semblant de calme.

Concrètement, elle ne devrait pas être énervée. Finalement, elle n'avait fait que vivre au milieu des problèmes, des années durant. Si elle devait être honnête, elle était un problème ambulant. Littéralement. Un aimant à soucis, le miel qui attire les abeilles. Elle ne faisait qu'avancer dans la vie, en se cognant à un rythme trop régulier contre les ennuis. Elle ne devait s'attacher à personne – et s'attachait à trop de personnes. Elle ne devait pas penser aux autres, seulement à sa survie – et elle ne pouvait s'empêcher de protéger le monde qui gravitait autour d'elle. Elle ne devait surtout pas parler de qui elle était – et plus les jours passaient, plus elle enchaînait les faux pas, plus elle multipliait les allusions. Combien de temps encore avant que Tim ne sache exactement ce qu'elle était ? Combien de temps avant que Chloé ne soit plus d'accord pour avoir les réponses évasives de James pour expliquer la présence de Gaïa dans la famille ? Combien de temps avant que des sorciers autres que les Potter ou les Weasley ne s'interrogent réellement sur son existence ? Combien de temps avant qu'elle ne laisse sa colère la submerger, et que tout n'explose autour d'elle ?

Bien trop peu de temps, comprit-elle.

Elle était une boule de nerfs, prête à exploser. Tout se mélangeait dans son esprit, et elle ne dissociait plus rien. Elle n'arrivait plus à faire la part des choses. Elle ne pouvait plus se focaliser sur un seul objectif. Sur son seul objectif. Échapper à celui qui voulait devenir le véritable Maître de la Mort… et le confronter, pour trouver Bob. Elle était prise au milieu de trop d'histoires pour réussir à se concentrer uniquement sur la sienne. Comment faire sortir de sa vie les Potter, Rose, James, Chloé, Tim ? Hannah, qui lui offrait toujours un de ses produits lorsqu'elle entrait dans le Chaudron Baveur ? Comment retourner à une vie plus simple ? Une vie où elle ne serait que sa seule préoccupation ?

Elle soupira, une fois encore. Se redressa vaguement, et tira sur son tee-shirt.

Elle ne pourrait pas. Elle devait bien se l'avouer. Elle avait pris goût à cette fichue vie, celle où elle pouvait s'appuyer sur d'autres qu'elle-même. Elle ne voulait plus être seule.

Malheureusement, elle ne savait pas ce que la vie en communauté voulait réellement dire.

Elle se leva, et hésita un instant.

Il fallait réellement qu'elle parle à quelqu'un.

Tant pis pour James, ça allait tomber sur lui. Une fois encore. À vrai dire, il avait choisi cette situation. C'est lui qui accourait dès qu'elle demandait de l'aide – ou, plutôt, dès qu'elle avait besoin d'aide, sans qu'elle ne le réalise. Il la connaissait trop bien. Certainement parce qu'elle lui avait montré ses faiblesses. Encore une de ses erreurs depuis qu'elle était arrivée ici. Mais au nombre d'erreurs qu'elle avait accumulées, elle pouvait bien en commettre une de plus. Une fois toute cette histoire terminée, une fois que Bob serait libéré, eh bien… elle retournerait à sa vie de tous les jours. Du moins se plaisait-elle à le croire.

Lorsqu'elle se retrouva sur le palier de sa chambre, elle n'entendit rien d'autre que le bruit de la vaisselle, un étage plus bas. Apparemment, le repas était terminé, et c'était maintenant l'heure de tout ranger. Ce qui signifiait que James serait certainement dans sa chambre. Et, d'ailleurs, de la lumière s'en échappait.

Elle se dirigea vers celle-ci. Qui s'ouvrit avant qu'elle n'y arrive. Sur Chloé, seulement. Gaïa s'arrêta dans le couloir, tandis que la jeune femme la dévisageait doucement. Elle referma la porte de la chambre de James derrière elle, et Gaïa comprit que ce soir, ce ne serait pas James qui serait son oreille attentive. Chloé la rejoignit en quelques pas.

- Tu vas mieux ? demanda-t-elle doucement à Gaïa.

Cette dernière essaya de ne pas se braquer. Elle ne pouvait pas en vouloir à Chloé de vouloir se montrer compatissante. C'est juste qu'elle trouvait cela déplacé de la part d'une personne qui ne savait rien d'elle de vouloir être compatissante. Elle serra les poings dans ses poches, et hocha lentement la tête.

- Tu inquiètes beaucoup les Potter, tu sais, reprit Chloé, tout en conservant cette voix compatissante. Je n'ai pas tout compris, et ils ne m'ont pas tout dit, mais apparemment, tu as appris de mauvaises nouvelles concernant ta famille.

Gaïa haussa les épaules. Un nœud bloquait sa gorge, empêchant les mots de trouver la sortie, d'exprimer clairement sa pensée.

- Gaïa… Comment vas-tu ? demanda à nouveau Chloé.

L'adolescente leva des yeux égarés vers la petite amie de James. Elle mit du temps à trouver les bons mots.

- J'ai mal à la tête, lâcha-t-elle finalement.

Chloé lui adressa un sourire compatissant.

- C'est le contrecoup. Suis-moi.

Et Gaïa baissa les armes. Une fois encore. Elle accepta de se laisser guider, de ne pas réfléchir, de ne pas poser de questions. De faire le vide total dans son esprit, même une fois dans la salle de bains des Potter, et alors que Chloé fouillait dans les armoires.

- Par Morgane, James range ses placards exactement comme ses parents…, siffla Chloé. Et c'est peut-être pas le meilleur compliment qu'on puisse leur faire, grimaça-t-elle.

Elle extirpa une petite bouteille remplie d'un liquide ambré du fond du placard des médicaments, réussissant difficilement à ne pas renverser l'intégralité des potions sur le sol carrelé de la pièce. Elle la tendit à Gaïa.

- N'en bois pas trop. C'est extrêmement fort.

Gaïa hocha la tête. Étant donné que c'était la première fois de sa vie qu'elle prendrait un médicament, elle n'avait pas envie de subir des effets secondaires auxquels elle n'était pas habituée.

Chloé s'installa difficilement contre la porte de la pièce, alors que Gaïa était assise sur le rebord de la baignoire. Elle lui lançait un regard si doux, si compréhensif, que Gaïa ressentit des émotions auxquelles elle n'était pas habituée – le besoin de se confier, la tristesse, la peur, la fatigue. Toutes ces émotions qu'elle avait appris à juguler, à enfermer dans une boîte, au fond de son inconscient, avant de jeter la clef au loin. Mais comme la marée ramène les bouteilles sur la grève, la clef avait fini par reparaître. Et elle avait ouvert la boîte de Pandore.

- Je suis fatiguée, Chloé, si fatiguée… Tous les jours, je me lève. Et je fais ce qu'on me dit de faire. J'ai l'impression d'avoir le choix, j'ai l'impression de ne pas avoir le choix. Plus j'avance et plus j'ai l'impression de reculer. Dès que quelque chose se débloque, j'ai une nouvelle information qui me bloque l'accès à la connaissance. J'ai l'impression d'être prise au milieu d'une tempête, d'en voir la sortie, mais de ne pas pouvoir l'atteindre, parce que la simplicité n'est pas faite pour moi. J'ai l'impression que quelqu'un a décidé que je devais être malmenée, que je n'aurais jamais droit à une seule minute de répit. Est-ce que tu peux imaginer quel mal ça fait d'apprendre qu'on t'a menti toute ta vie ? Est-ce que tu réalises ce que c'est de devoir continuer, après cette révélation, à faire comme si de rien n'était, et à poursuivre le but pour lequel tu es faite ?

Face à elle, Chloé pâlissait dangereusement. Elle commençait à entrevoir la complexité de la vie de Gaïa – cette complexité que James avait eu tant à cœur de lui cacher. Oh, ça, non, Gaïa n'était définitivement pas une cousine éloignée d'Hermione. Elle n'était pas arrivée ici parce qu'elle ne cessait de se disputer avec ses parents. C'était bien plus compliqué, bien plus dangereux que cela. Et elle n'était pas sûre de vouloir être mêlée à toute cette histoire.

Elle déglutit, et Gaïa, sans rien voir, continua de parler. Elle livrait tout ce que son cœur renfermait.

- Je suis en colère. Vraiment. J'ai envie de tout casser, tu n'as pas idée. Tiens, cette fichue fiole…

Elle désigna la potion qui lui avait miraculeusement permis d'oublier son mal de crâne, qui n'était à présent plus qu'un lointain souvenir.

- Je l'imagine tout à fait finir sa vie contre ce joli mur tout lisse. Parce que tout autour de moi, tout est lisse. Que ce soit les gens, les objets. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, alors que moi, je dois me débattre avec tous mes foutus problèmes. Et il n'y a personne pour me dire comment me débarrasser de ces problèmes. Tout au plus me dit-on d'attendre. Qu'ils finiront par partir. J'en ai marre d'attendre, siffla Gaïa, une lueur sauvage dans les yeux. Je veux agir. Les trouver, les…

Gaïa prit tout à coup conscience du lieu où elle se trouvait, et de la personne à laquelle elle s'adressait. Elle avait effrayé Chloé. Littéralement. Elle avait mis tant de ferveur dans ses mots, tant de colère et de conviction, qu'elle n'avait pas réfléchi aux conséquences que cela pouvait avoir sur la personne à laquelle elle s'adressait. Chloé n'avait pas connaissance de la totalité de son histoire. Elle ne savait pas pourquoi elle était là, elle ne savait pas contre qui Gaïa se battait – à vrai dire, elle n'avait même pas conscience que Gaïa se battait. Elle était la petite amie de James. Point final.

Gaïa se releva précipitamment.

- Je suis désolée. Je n'aurais pas dû parler de cela avec toi… Surtout pas pour ton anniversaire. Je veux dire, c'est pas ce qu'on veut entendre le jour de notre anniversaire… Pas vrai ? hésita-t-elle.

Encore une de ces réflexions qui faisaient se demander de quelle planète elle venait. Chloé reprit difficilement son assurance, et mit du temps avant de pouvoir s'adresser à nouveau à Gaïa. Et quand elle le fit, c'est un filet de voix qui s'échappa de ses lèvres.

- Non, pas vraiment, mais ce n'est pas grave. Si tu avais besoin de te confier… et de dire à quelqu'un à quel point ta vie t'échappe…

Elle tenta de mettre un minimum de compassion dans ses mots, mais Gaïa l'avait réellement effrayée. Pas parce qu'elle était plus torturée et avait vécu une vie plus difficile que la moyenne des filles de son âge. Mais parce qu'elle semblait si résignée, si prête à se venger de tout ce qu'on l'avait forcée à vivre, que Chloé craignait de dire un seul mot de travers.

Gaïa renfonça ses mains dans ses poches, et se mit subitement à chercher quelque chose. Chloé recula d'un petit pas, sans que celui-ci n'échappe à Gaïa. Elle ne l'avait pas fait exprès, vraiment, mais après les paroles de la jeune fille, elle avait craint un instant durant qu'elle ne sorte sa baguette et ne la pointe sur elle. C'était d'ailleurs une possibilité que Chloé se refusait à exclure tant que Gaïa n'aurait pas ressorti les mains de ses poches.

Ce qu'elle ne tarda pas à faire. Mais, au grand soulagement de Chloé, elle ne tenait pas sa baguette, et ne la dirigeait pas de façon menaçante sur la jeune femme. Elle avait en main une petite boule de cristal, de la taille d'une gousse de Snargalouf.

- C'est un cadeau pour toi, marmonna Gaïa, ne sachant de toute évidence pas à quel endroit se mettre. James m'a dit que tu perdais toujours des trucs importants dans ton sac. Il te suffit d'accrocher cette Cristalline magique sur l'objet que tu ne veux plus perdre, et à chaque fois que tu ouvriras ton sac et que tu en auras besoin, elle s'allumera.

Elle tendit une main tremblante vers Chloé, et c'est une main aussi tremblante qui récupéra le cadeau.

- Je… merci, Gaïa, murmura finalement Chloé avec un sourire sincère.

Gaïa lui répondit d'un sourire faiblard.

- C'est pas grand-chose, bougonna-t-elle, visiblement gênée.

- C'est déjà très gentil, lui assura Chloé.

- Oui, bon. On ne va pas non plus y passer la nuit, grommela Gaïa.

Chloé eut un sourire amusé. Elle retrouvait la Gaïa bougonne et sauvage qui avait franchi le seuil des Potter le soir de Noël.

- Tu as raison. Maintenant que tu n'as plus mal à la tête, et que tu as dit tout ce que tu avais sur le cœur, je crois qu'on peut quitter cette pièce…

Elle ouvrit la porte, et ne sentit même pas le courant d'air que produisit Gaïa en sortant de la pièce. Elle était beaucoup trop discrète dans ses mouvements pour que cela ne surprenne pas – n'effraie pas. Chloé frissonna avant de la suivre d'un pas qui lui semblait lourd et incertain. Elle allait descendre, afin de prendre congé des Potter, quand Gaïa l'interpella d'une petite voix.

- Écoute, je… Je n'aurais pas dû parler avec toi de tout ça, d'accord ? marmonna Gaïa. Si tu pouvais juste… oublier, ce serait bien.

Chloé hocha la tête, scellant dans ce geste une promesse. Son regard se voila alors légèrement.

- C'est à James que tu aurais dû en parler, n'est-ce pas ?

Gaïa ne prit pas la peine de répondre. Cette question était purement rhétorique, et elle estimait assez Chloé pour savoir que la jeune femme n'était pas stupide au point de ne pas savoir qui elle serait allée voir si elles ne s'étaient pas croisées au milieu du couloir.

- Gaïa, je… j'aime James, murmura Chloé. Vraiment. Et…

Elle se tut, rougissante.

- Je ne…

À nouveau, elle ne trouva pas ses mots. Gaïa, face à elle, ne l'aidait certainement pas à trouver ses mots et à comprendre ce qu'elle voulait dire.

- Je ne voudrais pas que… enfin, qu'il réalise que…

La panique envahissait Chloé.

- J'aime James, répéta-t-elle dans un souffle. Et je voudrais croire que c'est réciproque. Mais si tu… Si à chaque fois que tu as un problème et que tu l'appelles, il accourt, je ne pourrai pas gérer cette situation.

Gaïa fronça les sourcils.

- Je ne comprends pas.

Chloé eut un pauvre sourire.

- Je m'en doutais. Je veux juste dire que… si tu pouvais faire en sorte de moins t'accrocher à James, je t'en serais réellement reconnaissante. Je ne veux pas le perdre. Pas de cette façon. Pas parce que je ne suis pas intéressante.

- Je ne pense pas qu'il te trouve inintéressante.

Chloé rit, d'un pauvre rire sans joie.

- Non. Je ne pense pas non plus. Mais pour combien de temps encore ?

Consciente qu'elle avait totalement perdu Gaïa, elle soupira.

- Simplement… Si tu pouvais un peu moins dépendre de lui, et faire en sorte que lui dépende moins de toi, je serais plus… tranquille.

Gaïa hocha la tête, sans réellement comprendre ce que Chloé lui demandait. Chloé baissa les yeux. Elle savait qu'elle s'attaquait à une cause perdue. Gaïa allait voir James, James parlait de Gaïa. Elle voulait simplement encore un peu d'espoir. Elle voulait prendre le temps d'analyser l'ensemble de la situation, avant que l'un d'eux n'agisse de façon inconsidérée.

Mais elle se demandait de plus en plus souvent si la situation ne lui avait pas déjà échappée sous bien des aspects…

∆ | o

- Tu n'es pas concentrée.

Gaïa lança un regard noir à Harry qui, pour innover, le soutint.

- Je ne fais qu'énoncer une vérité. Je croyais que tu en avais assez des mensonges ?

Touché. Elle émit un grognement peu humain, et raffermit sa prise autour de sa baguette. Harry avait bien évidemment raison. Elle n'était pas concentrée. Cela faisait un moment déjà qu'elle n'avait plus été concentrée. Depuis le jour où elle avait appris que son père ne l'était pas.

- J'ai trop d'idées qui se bousculent dans ma tête, avoua-t-elle en repoussant tout de même le sortilège que lui lançait Harry.

- Tant qu'elles te permettent de lancer des sorts, je ne vois pas où est le problème, lui dit tranquillement son entraîneur.

- Le problème, siffla Gaïa, c'est que pour la première fois de ma vie, je peux penser par moi-même, et que c'est pour réfléchir à des idées stupides que j'aurais aimé pouvoir éviter. Je ne pensais pas qu'un jour, ma priorité serait de comprendre pourquoi Bob n'a pas jugé bon de me dire qu'il n'était pas mon père. D'une façon claire et précise, je veux dire, ajouta-t-elle avec colère.

Harry soupira. Sans perdre de vue que l'objectif de la séance était d'améliorer les défenses de Gaïa, il se prépara à conseiller la jeune fille.

- Je pense qu'il ne voulait pas que cela influe l'opinion que tu avais de lui.

Elle ricana.

- Il a toujours voulu que je me détache de lui. Pourquoi me laisser croire qu'il était mon père, alors que je n'étais de toute évidence pas sa fille ?

Harry lança un nouveau sortilège Cuisant à Gaïa, qui le repoussa sans peine, tout en lui lançant un regard noir. Elle lui reprochait régulièrement de ne pas être assez retors dans les sorts qu'il lançait. C'était un sujet de discorde entre eux. Harry voulait qu'elle soit capable de réagir, mais sans utiliser des sortilèges capables de la blesser pour autant. Gaïa, elle, estimait que la crainte d'être blessée était la seule qui puisse lui permettre de réellement se concentrer. Peu importait si elle devait en ressortir avec quelques blessures.

- Peut-être qu'il était réellement amoureux de ta mère, et que te garder auprès de lui était le moyen de se raccrocher à son souvenir. Et peut-être qu'il a fini par s'attacher à toi aussi, dans un sens.

Il savait que cette explication ne serait pas au goût de Gaïa – comme toujours dès lors que l'explication n'avait pas de but précis – mais il n'en avait pas d'autre à lui fournir. Gaïa était une jeune fille complexe, du fait de la vie qu'elle avait vécue, certes, mais du fait du modèle qu'elle avait vu toute sa vie durant aussi. Bob Lockwood était certainement plus complexe que tout ce que l'on pouvait s'imaginer. Il fallait l'être pour survivre face à un homme qui avait une expérience de plusieurs siècles.

- Je ne crois pas qu'il n'y avait que cela, murmura Gaïa. Parfois, j'avais l'impression qu'il me regardait avec un respect qui était dû à autre chose qu'au fait que je sois une Héritière. J'avais l'impression qu'il ne m'avait pas tout dit concernant l'héritage, et que c'est pour cela qu'il ne voulait pas m'enseigner la langue des parchemins…

Harry hocha la tête, comprenant sans peine ce qu'elle voulait dire.

- Le plus important, Gaïa, c'est qu'on puisse retrouver Bob. On va pouvoir le tracer, à présent, même si les protections qu'on doit franchir sont puissantes. On le retrouvera, et on aura un rendez-vous avec cet homme capable de lire les parchemins. Tu comprends ? On va bientôt retrouver ton père, et tu pourras faire la lumière sur certains aspects de ta vie.

Elle soupira, et pirouetta pour éviter le sortilège qu'il avait fait ricocher à travers la salle, tout en le désarmant, avec un sourire désabusé.

- Tu es trop concentrée pour moi, avoua Harry.

- Parce que tu penses au fait que ce soir, c'est le mariage de Victoire, rétorqua Gaïa.

Il grimaça.

- Merlin, je n'avais pas besoin de toi pour me le rappeler.

- Pourquoi est-ce que tu le crains tant ? s'étonna la jeune fille.

- Parce que je sais qu'on va devoir surveiller tous les invités, pour s'assurer qu'ils sont vraiment invités, soupira Harry. C'est le problème, dans ce genre de réunions familiales. Tous veulent nous faire croire qu'ils font partie de la famille, alors que non. Et puis, il va falloir recroiser certains membres de la famille qu'on préférerait éviter, a contrario, grimaça Harry. Si tu veux un conseil, pour survivre, tiens-toi éloignée de la grand-tante Muriel. C'est un miracle qu'elle soit encore en vie, et je peux t'assurer que sa langue est toujours aussi acérée. Ce qui n'est vraiment pas une bonne chose…

Gaïa soupira.

- Cette mascarade est stupide. Je ne peux pas prétendre être malade, pour ne pas venir ?

- Et soulever encore plus de questions ? Non. J'ai bien tenté de glisser cet argument, mais Victoire a été intraitable. Tu seras là.

- J'ai le droit de rester dans mon coin, sans parler à personne ? grommela-t-elle.

Harry éclata de rire.

- Pour être honnête, je te le conseille même ! lui glissa-t-il avec un clin d'œil. L'entraînement est terminé pour aujourd'hui, dit-il alors qu'il tendait la main pour récupérer sa baguette. Tu as fait d'énormes progrès, Gaïa. Tu arrives mieux à te concentrer, et à réfléchir aux différentes attaques possibles. C'est bien mieux que bon nombre de nos futurs Aurors, plaisanta-t-il.

Gaïa rougit de plaisir sous le compliment qui lui était fait – c'était bien la première fois qu'on la félicitait réellement pour ce qu'elle avait réussi à accomplir. Mais comme cette attitude n'était pas la sienne – et Harry le sachant, il ne fit aucune remarque désobligeante, et alla même jusqu'à détourner le regard – ses joues ne tardèrent pas à retrouver leur couleur naturelle.

- On va arrêter là pour aujourd'hui. J'ai peur des représailles de Victoire si jamais nous ne sommes pas à l'heure pour la cérémonie, plaisanta à moitié Harry. Tu te souviens des…

- Réponses que je dois donner aux questions qu'on me posera certainement ? souffla Gaïa. Oui. Oui, je m'en souviens très bien. Cousine éloignée d'Hermione. Mon père et moi sommes en froid. Besoin de calme. Cours à domicile. Me promène toujours dans les couloirs du Ministère parce que je songe à travailler là. Jamais été très à l'aise avec les jeunes de mon âge. Et… c'est à peu près tout. Je crois.

Ils échangèrent un sourire désolé. Ils savaient tous les deux que si les questions devenaient trop insistantes, Gaïa ne pourrait plus y répondre. Et les questions insistantes, en plein mariage, étaient de coutume.

Aucun des deux n'avait songé à l'éventualité que les enfants des familles Potter et Weasley n'avaient pas prévu dans leurs plans que Gaïa se retrouve dans une situation embarrassante. Ils n'étaient pas les enfants de leurs parents pour rien, après tout.

Δ | o

Dominique referma vivement une petite pochette bleue, qu'elle fit disparaître de la pièce d'un coup de baguette. Suite à cela, elle plongea ses yeux dans ceux de Gaïa, et gronda, d'une voix qui effrayait depuis toujours ses cousins, mais qui ne faisait qu'intriguer Gaïa.

- Si je t'aperçois encore une seule fois jouer avec le nœud de ta robe, je t'arrache les mains. C'est bien compris ?

Gaïa leva les yeux au ciel, à peine effrayée.

- Tu ne me fais pas peur.

- On est deux, dans ce cas-là, répliqua Dominique avec un sourire mauvais. Maintenant que ta robe ne risque plus de tomber en plein milieu de la fête, on peut repartir ?

Gaïa souffla fortement, et, sans attendre Dominique, qui la suivait pourtant comme son ombre, sortit des toilettes du lieu de réception. Tout le long des discours, elle n'avait cessé de jouer avec le nœud qui maintenait sa robe en place. Elle avait une bonne excuse, ceci dit. Elle n'avait jamais porté de robe avant ce jour – essayez de subir les courses folles de son père dans les forêts en robe, vous comprendrez pourquoi – et elle ne comprenait pas comment le vêtement tenait. Elle avait l'impression qu'il suffisait d'un coup de vent pour qu'il tombe. Lily, qui était derrière elle durant la cérémonie, avait réussi à calmer Gaïa en lui rappelant que plus elle bougerait, plus elle attirerait l'attention sur elle. Et à peine le mariage avait-il été réellement conclu que Dominique avait déserté la fête de sa propre sœur pour aller nouer magiquement la robe de Gaïa. Et ainsi, tout le monde était content.

Sauf Gaïa qui, secrètement, avait espéré que les problèmes vestimentaires qu'elle pouvait s'occasionner seraient une excuse tout à fait valable pour déserter les lieux. Ce n'était pas de sa faute si elle n'était pas à l'aise au milieu d'autant de personnes – elle avait l'impression que chacune était une menace potentielle, et sa baguette la démangeait. À tel point qu'Albus avait menacé de la lui confisquer.

- Ah, ils sont là ! marmonna Dominique en accélérant, et en tirant Gaïa derrière elle.

Le pronom « ils » ne désignait nul autre que l'ensemble des cousins Weasley et Potter – sauf celle qui était la reine de la soirée.

Pour une raison qu'elle ignorait, une horde de cousins Weasley et Potter gravitait toujours autour d'elle – non pas que cela la dérange réellement, à vrai dire. Tim la regardait étrangement depuis l'incident aux Deux Dragons, et il était son cavalier pour la soirée. Si elle pouvait l'éviter autant que possible, c'était parfait, à son sens. Elle n'avait vraiment pas envie de croiser ses regards tantôt interrogatifs, tantôt fuyants, et auxquels elle ne pouvait répondre.

- Louis, concentre-toi, par Merlin ! soupira Fred en se prenant la tête entre les mains.

Le cousin le plus jeune, avec Lily, ne prit même pas la peine de répondre. Sa main gauche était fermement serrée autour d'une plume blanche écarlate, qui griffonnait sans relâche sur un bout de parchemin. Ses yeux, en revanche, balayaient la pièce, comme déconnectés.

- Vous en êtes où ? demanda Dominique.

- Louis fait les comptes, expliqua Lily.

- Qui est en tête, pour le moment ?

- C'est bien le problème, soupira Lucy. Il y a une certaine divergence d'opinions.

Les regards se tournèrent naturellement vers Albus.

- Pourquoi est-ce que vous me regardez ? s'offusqua-t-il.

Chacun fit semblant de réfléchir quelques instants.

- Parce que c'est toi qui bloques tout ? hasarda Lily en se cachant derrière Fred pour éviter la tape d'Albus.

Souhaitant éviter d'attirer l'attention, son frère ne bougea pas, mais le regard qu'il lui lança portait la promesse de représailles une fois la fête terminée.

- Où est Roxanne ? s'enquit Dominique.

Fred eut un large sourire, tout sauf innocent.

- La dernière fois que j'ai vérifié, elle était en train de tenter de débarrasser son petit ami de ses horribles nausées, dit-il du bout des lèvres.

Il y eut une sorte de silence, par respect pour ce petit ami que Roxanne avait jeté dans la fosse aux lions.

- George est au courant ? s'enquit Louis, sans regarder pour autant ses cousins.

- À ton avis, qui a amélioré les pastilles de gerbe ? demanda tranquillement Fred.

- Complètement fous, marmonna Lily, avec un sourire qui démentait cependant son mécontentement. Bon, Louis, tu en es où ?

- J'estime que Rose est en tête.

Albus poussa aussitôt un cri de rage, réfréné par la main d'Hugo, plaquée sur la bouche de son cousin.

- Tu veux que les parents débarquent ? siffla le plus jeune des rouquins.

Tous hochèrent frénétiquement la tête pour appuyer les dires d'Hugo, et Albus accepta de mauvaise grâce de se taire. Rose se tenait légèrement en dehors du groupe, l'air timide, regardant ses pieds.

- Qu'est-ce que vous comptez, exactement ?

Rose sursauta en voyant que Gaïa était à côté d'elle, à présent. Elle ne l'avait pas entendue arriver.

- Chaque fois que l'on se retrouve tous réunis, on fait les comptes de nos… bêtises, marmonna Rose. C'est un petit jeu. On est tellement nombreux qu'on ne sait plus qui a eu le plus de retenues, qui a fait le plus de mauvaises blagues, et tout ça. Donc, on a construit un barème pour calculer le nombre de points que peuvent nous rapporter chacune de nos plaisanteries.

- Et Rose a explosé le record avec son coup d'éclat contre Scorpius, sifflota Fred.

- Je proteste ! s'exclama Albus. Elle ne l'a pas fait exprès ! Si ça n'avait pas été sur un coup de tête, elle ne l'aurait pas fait ! Elle l'a avoué, elle a même dit qu'elle le regrettait !

Chacun se tourna vers lui, sauf Rose, pour lui lancer un regard lourd de sens.

- Reconnais-le, Albus, dit tranquillement Dominique en souriant. Tu es juste jaloux parce que, pour une fois que Rose sort des rangs, elle le fait d'une telle façon que cela fait oublier ce jour où tu as fait disparaître les cloportes le jour de l'étude des Botrucs.

Albus releva fièrement la tête.

- En attendant, cette farce a fait du bruit.

- Pendant deux semaines, reconnut Fred. Mais le coup de Scorpius et Rose… On en parlera encore dans vingt ans. Enfin, regarde la réalité en face, Albus. Scorpius a fait une déclaration d'amour à notre petite Rose en pleine Grande Salle, commença-t-il en levant un doigt. Déclaration que Rose a rejetée avec splendeur. Mais ce n'est pas tout ! Notre petit Scorpius a commis l'erreur de ne pas parler en bien des Poufsouffle, lors de sa rupture. Outre ceux qui veulent venger Mélina, qui n'a pas eu le bon rôle dans l'histoire, il y a tous ceux qui veulent sauver la réputation de leur maison. Ce qui fait qu'en plus d'éviter Rose, il doit éviter les Poufsouffle. Ce qu'il ne réussit pas à faire. La réaction en chaîne est gigantesque, et uniquement due à Rose.

Tous, à l'exception d'Albus et Rose, acquiescèrent.

- Nous déclarons donc que Rose est la gagnante des farces Weasley et Potter sur la période de janvier à février de l'année 2022 ! s'exclama Louis en bondissant de sa chaise et en faisant sursauter tout le monde.

Il tapota cinq fois son bout de parchemin.

- Et c'est écrit ici, Albus, gronda-t-il. Personne ne peut plus le contester.

En effet, on reconnaissait le nom de Rose en tête de liste, sur le bout de papier. Louis avait passé tout ce temps à rédiger un parchemin magique, tout en surveillant les allées et venues des adultes de la pièce.

- Ça surprend toujours, au début, assura Rose à Gaïa, qui fixait le garçon, stupéfiée. On finit presque par s'y habituer, au bout d'un certain temps…

- Allez, à la prochaine les cousins, dit tranquillement Louis en enfonçant le bout de papier dans sa poche. Lily, j'ai des trucs à faire, mais dans approximativement trente-sept minutes et vingt-neuf secondes, Victoire et Teddy vont lancer les danses en duo, et c'est toi ma partenaire de la soirée, donc sois prête.

Et, sans laisser le temps à sa cousine de répondre, il disparut dans la foule.

- Et le pire, c'est qu'où que je sois dans ces fichues trente-sept minutes, il me trouvera, grommela Lily. Hugo ?

- J'arrive ! s'exclama son cousin. Albus, tu dois venir aussi !

- Ah, tiens, c'est vrai…

Gaïa regarda autour d'elle. Les cousins s'étaient tous dispersés. Il ne restait que Dominique et Rose. Dominique lui lança un regard noir.

- Tu te rappelles ? Tu ne touches pas à ce nœud. De toute façon, tu ne pourras pas l'enlever toute seule, dit-elle avec un sourire mauvais. Je vais aller voir dans quel état se trouve le petit ami de Roxanne, et tenter de trouver Charlie, aussi, marmonna Dominique. C'est quand même censé être mon partenaire de la soirée… Et aller manger quelque chose, aussi, tiens, termina-t-elle en s'éloignant alors que son estomac se faisait entendre.

Il ne resta alors plus que Rose et Gaïa. Cette dernière se tourna vers la jeune fille, qui rougissait à n'en plus finir. Elle réalisait soudainement tout ce qu'elle avait pu écrire dans les lettres envoyées à Gaïa, et elle se disait qu'elle apprécierait peut-être tout autant d'apprendre que Gaïa ne les avait pas lues.

- Trois jours pour trouver le contre-sort, hein ?

Rose sourit difficilement.

- Oui. Enfin, plutôt cinq. Sa peau était légèrement rosie, après ça. Je persiste à croire que c'est dû à moi, et non pas à la honte cuisante qu'il a ressentie après le coup d'éclat en pleine Grande Salle…

Son sourire se fit plus franc, tandis que Gaïa retenait difficilement un rire.

- J'ai bien fait de te donner ces sorts, pas vrai ?

Rose acquiesça.

- Comment les as-tu connus ?

- C'est une longue histoire…

- Comme toujours avec toi, j'ai l'impression.

Gaïa haussa un sourcil.

- Disons que si toi, tu reçois des nouvelles de Poudlard, moi, je reçois des nouvelles d'en-dehors de Poudlard, dit simplement Rose. Tu as vraiment mis tant de fois que ça mon père en colère ? demanda-t-elle après un léger temps d'hésitation.

Gaïa hocha la tête.

- Je n'aurais jamais cru ça possible ! pouffa Rose.

- Oh, crois-moi, c'est très facile de mettre ton père en colère, en réalité. Il suffit de mentionner le nom d'une personne qu'il n'apprécie pas, notamment. Le nom « Malefoy » est plutôt propice à ça. Un peu moins depuis que tu as envoyé le fils à l'infirmerie. Il ne sait plus trop sur quel pied danser…

Rose rougit légèrement.

- C'est de la faute de cet imbécile, aussi. Il n'aurait pas pu se taire, pour une fois ? grommela Rose. Ah, et pas de ce regard entendu avec moi, s'énerva Rose. Tout le monde me le sert, celui-ci, siffla-t-elle. Non. Il aurait pu débarquer sur son cheval blanc que ça n'aurait rien changé.

- En fait…, commença Gaïa.

- Des années. Je n'exagère pas. Cela fait des années qu'il se comporte avec moi comme un parfait imbécile, d'accord ? Je subis. C'est le meilleur ami d'Albus, sans que je ne sache pourquoi. J'ai fait figure basse pour qu'il me laisse tranquille. Je n'ai jamais, et j'insiste là-dessus, élevé la voix plus que de raison alors qu'il n'a pas arrêté de me tourmenter. Et quoi ? Je devrais être contente qu'il balance ça en pleine Grande Salle ? Je voulais simplement prendre mon petit déjeuner, moi ! s'exclama Rose en écartant les bras en signe d'impuissance.

- Ce que je voulais dire…, tenta à nouveau Gaïa.

- Parce que, d'accord, il m'a embrassée en octobre. Mais lorsque je lui ai demandé des explications, il m'a juré que c'était une erreur, et je t'avoue que ça m'allait plutôt bien, comme erreur. Parce que pour une erreur, j'avais simplement à le repousser – violemment, mais c'est tout. Pas la peine de l'envoyer à l'infirmerie. Il n'a pas le droit de me harceler durant des années pour ensuite dire ça en…

Elle se tut en remarquant l'air sévère de Gaïa, qui venait de lever les deux mains devant son visage.

- Oui ? demanda Rose d'une petite voix, qui n'appréciait pas du tout la colère qu'elle lisait dans les yeux de Gaïa.

- Mon regard de tout à l'heure, que tu as de toute évidence mal interprété, était simplement un regard de félicitations.

Rose hésita.

- Tu veux dire que tu es d'accord avec moi ? Que j'ai bien fait de l'envoyer à l'infirmerie ?

- J'aurais certainement fait la même chose, avoua Gaïa. Non, pas certainement. J'aurais fait la même chose. Quoi que je n'aurais pas attendu aussi longtemps pour le faire…

La rouquine sourit timidement.

- Donc, j'ai bien fait ?

- Je ne suis certainement pas à prendre en exemple pour ça, grommela Gaïa en se rappelant très bien des reproches faits par Harry après son passage aux Deux Dragons. Mais je crois surtout qu'il est temps pour toi de t'affirmer en te rebellant pour de véritables causes – et non pas contre ta mère, simplement parce qu'elle est ta proie la plus facile. Tu comprends ce que je veux dire ?

Rose grimaça.

- Pas franchement.

Gaïa soupira, désespérée.

- Continue d'agir selon ce que tu estimes être juste – et non pas uniquement pour élever la voix. Quant à Scorpius… C'est un imbécile, clairement. Mais des fois, les imbéciles peuvent se montrer un peu clairvoyants…

- Je ne vais pas devenir son amie ! protesta aussitôt Rose.

- Oh, non, ça, c'est certain que vous n'allez pas devenir amis dès ton retour à l'école, s'esclaffa Gaïa. Je serais même assez déçue si c'était le cas. Non, je pense simplement qu'il n'a peut-être pas que des défauts. Mais qu'il cache ses qualités.

Rose se renfrogna.

- Un peu comme toi, finalement. Un peu comme toute cette famille, en fait, grommela Gaïa. Pourquoi est-ce que tout le monde va au milieu de la salle ? s'étonna-t-elle franchement.

- Parce que c'est l'heure du supplice, marmonna Rose.

Elle avait la tête de celle qui voit sa dernière heure arriver – comme tous ses cousins, réalisa Gaïa.

- Danse en duo. Rappelle-moi de ne plus jamais accepter les exigences de Victoire, soupira l'adolescente en allant rejoindre son frère. Et Tim est là-bas, lui annonça-t-elle en désignant le garçon du doigt.

∆ | o

Gaïa lança un regard courroucé à celle qui venait de lui adresser la parole. De grands yeux bleus illuminés, un sourire à faire vomir ceux qui n'appréciaient pas un tel étalage de bonheur, et une innocence qui aurait rendu Gaïa jalouse, si elle avait seulement eu conscience de ce qu'était l'innocence.

- C'est quoi, ça ?

- C'est ma poupée.

Elle releva les lèvres en une mimique dégoûtée.

- Non. Pas ce truc informe que tu tiens dans les bras. Seulement…

- Okaaaaay… Apolline, si tu allais jouer avec ton petit frère ?

Gaïa regarda l'enfant s'éloigner. À peine âgée de six ans, elle était venue trouver Gaïa parce que c'était une fille, et parce qu'elle était seule dans son coin. Et elle venait de demander à l'enfant ce qu'elle était. Littéralement.

- Tu as croisé combien d'enfants dans ta vie ? demanda James.

- Aucun, répliqua Gaïa. J'avais autre chose à faire.

- Elle voulait simplement que tu t'occupes d'elle un moment, répliqua le garçon.

- Rien à faire. Elle devrait avoir des préoccupations bien plus importantes que de jouer avec moi. Je ne sais pas, elle n'a pas…

- Cela va peut-être te paraître improbable, mais certains enfants ont eu une enfance normale, et ne songent pas à la survie en premier lorsqu'ils se lèvent le matin. Ils songent uniquement à jouer. Mais bon, ça, c'est encore un concept que tu ne comprends pas, soupira James.

Gaïa ne prit même pas la peine de lancer un regard noir à James. Elle n'en avait pas besoin, c'était évident.

- On ne te pose pas trop de questions sur qui tu es ? demanda James à voix basse.

Gaïa réfléchit quelques secondes.

- La vieille folle, là-bas, est persuadée que je me suis fait une teinture, parce que selon elle, je ne peux pas avoir une aussi jolie couleur de cheveux et appartenir à la famille d'Hermione. Mais c'est la seule qui a eu l'occasion de me poser des questions. Personne ne veut me laisser seule plus de quelques secondes.

James lui adressa un sourire entendu.

- Lorsqu'on te laisse seule quelques secondes, tu manques d'arracher les yeux à une pauvre enfant innocente…

- Elle n'avait qu'à pas se trouver là, rétorqua Gaïa.

- Mais bien sûr…

Il sourit, et regarda la grand-tante Muriel, encore en vie malgré les nombreuses années qu'elle accumulait derrière elle. Il fronça les sourcils. Ou bien il avait la preuve que tout le monde recherchait à prouver que Muriel était folle et bonne pour l'enfermement, ou bien…

- Gaïa, dit-il d'une voix posée – pour le moment.

- Hum ?

- Est-ce que tu as quelque chose à voir avec le fait que la grand-tante Muriel ait perdu le contrôle de ses bras ?

- J'aurais fait ça, moi ? s'étonna Gaïa. Cela ne me ressemble pourtant pas !

Avant qu'il n'ait pu répliquer, elle avait disparu au milieu de la foule. James poussa un long soupir. Il aurait dû se douter qu'elle ne laisserait pas une critique faite à ses cheveux impunie. Le problème, à présent, était de trouver quel sortilège Gaïa avait pu lancer à Muriel, et quel était le contre sort. Sachant qu'une infirmière compétente avait mis trois jours à trouver le sort permettant de rendre à Scorpius sa couleur de peau d'origine – parce que James n'était ni stupide, ni sourd, et il avait rapidement compris que c'était Gaïa qui avait soufflé l'idée à Rose – il se doutait qu'il ne trouverait pas celui permettant de rendre à Muriel le contrôle complet de ses bras avant la fin de la cérémonie.

- Laisse donc Muriel dans son coin, à faire d'étranges gestes. On devrait remercier Gaïa pour cela, à vrai dire.

- Mamie ! s'exclama James. Tu ne peux pas…

Sa grand-mère avait toujours exigé qu'ils soient polis avec tout le monde, peu importe la méchanceté que certaines personnes pouvaient mettre dans leurs mots. Mais il semblerait qu'aujourd'hui soit différent.

- J'ai entendu Muriel se plaindre bien trop de fois, et gâcher bien trop de moments joyeux pour faire semblant que ce n'est rien. Tu vois, qu'elle se plaigne au mariage de Fleur, pourquoi pas… Mais à celui de Victoire ? Non, cette fois, c'en est assez, affirma Molly en pinçant les lèvres.

James sourit, malicieux.

- Rien à voir avec le fait que Fleur et toi ayez toujours eu des opinions différentes ?

Sa grand-mère renifla, un relent de la fierté et de la fougue qui la caractérisaient si bien faisant briller plus que d'habitude ses yeux.

- Fleur et moi nous entendons bien. Nous n'avons tout simplement pas la même vision de la vie.

James hocha la tête, moqueur. Tout le monde, dans la famille, savait que Molly n'avait jamais réellement accepté l'arrivée de Fleur dans la vie de Bill. C'était le premier de ses fils, mais aussi le premier à avoir pris son indépendance. Pour une mère comme Molly, ce n'était pas facile de le voir prendre son envol, sans même la consulter avant.

- Mais vous êtes tous libres de faire vos propres choix, assura-t-elle avec un sourire qui la rajeunissait. Les mauvaises langues diront que Victoire et Teddy n'ont pas réellement fait de choix, et que toute la famille a tout fait pour les rapprocher. Mais cela ne leur ressemble pas. Ils ont tous les deux l'habitude de dire lorsqu'ils ne sont pas d'accord avec quelque chose. Surtout Victoire, reprit la matriarche en fronçant les sourcils.

James retint un rire qui lui aurait valu les foudres de sa grand-mère. De toute évidence, elle se souvenait encore de ce Noël où Victoire avait purement et simplement refusé d'ouvrir le paquet de sa grand-mère – le fameux paquet que tout Weasley recevait à Noël, contenant un pull, qu'on appréciait ou non. Victoire avait dit qu'au bout de dix-sept pulls, elle en avait assez.

- Oui, Victoire a toujours su ce qu'elle voulait.

Molly grommela quelque chose qui ressemblait fortement à « C'est le côté français qui veut ça » et que James choisit de ne pas relever.

- Ces fêtes me fatiguent, avoua alors sa grand-mère. Vous êtes tous encore jeunes et fringants, et cela ne cesse de me rappeler que les années passent, de mon côté. Et ton grand-père n'est pas de tout repos, lui non plus. Il ne cesse de vouloir découvrir des nouveaux gadgets Moldus, c'est extrêmement fatigant, avoua Molly en levant les yeux au ciel, ses lèvres se pinçant légèrement. Je n'en profite plus comme j'ai pu en profiter il y a quelques années…

James prit la main de sa grand-mère.

- Bah alors, mamie, qu'est-ce que tu nous fais là ?

- Rien, James. C'est l'âge, ça nous joue des tours, tu sais…

Elle soupira tandis que son petit-fils accentuait la pression sur sa main. Elle lui sourit, tout en regardant la salle où évoluaient les invités.

- C'est une belle cérémonie, et tout le monde en profite… Enfin, sauf Tim et Chloé. James, comment fais-tu pour les laisser s'entretuer, toujours ?

- Je n'y peux rien, mamie. Ils ont ce besoin irrépressible de s'étrangler dès qu'ils se voient, avoua James en se levant à moitié.

Sa grand-mère le retint alors qu'il allait voler au secours de Chloé, qui semblait proche de la perte de ses moyens.

- Ne délaisse pas Chloé, James.

- Jamais, mamie, assura le jeune homme en fronçant les sourcils. Tu sais bien que…

- Vous allez emménager ensemble, oui. Mais entre nous, le fais-tu parce que tu en as envie, ou pour te défaire de ce sentiment de culpabilité qui te ronge ?

- Je ne…

- Tu vois exactement ce dont je veux parler, James, lui dit doucement sa grand-mère. Tu sais que tu prends des décisions pour plaire à tout le monde en priorité, et à toi ensuite. Mais en agissant ainsi, tu luttes contre toi-même. Et tu en fais souffrir d'autres.

- Je ne veux faire souffrir personne…, murmura James.

- Et pourtant. Toi. Chloé, si tu continues ainsi. Tes parents n'ont jamais voulu que tu sois un autre que toi-même. Tu as pris la décision de ne pas être tout le temps toi. Mais je crois que tu viens de te réveiller, et ce réveil sonne ta liberté. Et tu ne fais rien à moitié, James. Tout va devoir s'écarter sur ton chemin. Mais ne le fais pas de la mauvaise façon.

Ses yeux passèrent de sa grand-mère à Chloé, dont l'exaspération atteignait dangereusement son paroxysme, il le voyait d'ici.

- Je ne comprends pas ce que tu veux dire.

- Je sais, lui dit-elle avec un faible sourire. Mais tu comprendras rapidement.

Il lui offrit un dernier regard plein d'incompréhension, avant de partir rejoindre Chloé, et tenter de calmer Tim. Il fallait vraiment qu'il les dresse, ces deux-là.

∆ | o

Gaïa, du fait de la vie plutôt étrange qu'elle avait dû mener avec son père, n'avait finalement vécu que peu de temps dans le monde des sorciers même. Elle avait appris à se dissimuler au sein des Moldus, et connaissait beaucoup plus que certains sorciers non Nés-Moldus leur mode de vie, les outils qu'ils utilisaient, le développement de leur technologie. Aussi, quand elle avait entendu le grand-père Weasley parler de façon erronée des cartes permettant aux Moldus de retirer de l'argent des machines automatiques, son petit côté « Je sais tout mieux que tout le monde » avait resurgi comme jamais, et elle s'était permise de prendre part à la conversation.

Malheureusement pour elle, personne n'avait songé à lui dire que lorsqu'on entamait une conversation de la sorte avec Arthur Weasley, on ne pouvait espérer en sortir avant plusieurs heures. Enfin… Pouvait-on réellement parler de conversation lorsqu'Arthur ne vous laissait pas placer un seul mot, préférant vous assommer de questions, sans répit ?

À quel moment exactement Louis l'avait prise en pitié pour venir interrompre son grand-père, Gaïa n'en était pas certaine. C'était certainement entre l'instant où il s'était mis à lui parler des ordinateurs, et celui des téléphones portables.

Elle souffla doucement lorsqu'elle l'entendit discuter technologie Moldue avec son petit-fils, qui semblait être bien plus habitué qu'elle à la situation et qui, de toute évidence, avait développé un certain nombre de techniques pour faire croire à son grand-père qu'il l'écoutait tout en pensant à autre chose.

- Il adore parler des Moldus, pas vrai ?

Elle sursauta. Là, pour le coup, elle ne l'avait pas entendu arriver.

- Par Morgane, est-ce qu'un membre de la famille a prévu de me laisser tranquille ce soir ? grommela-t-elle.

Elle le dévisagea un instant. Elle se souvenait l'avoir vu à Noël, lorsqu'elle était arrivée chez les Potter. Il avait quelques cicatrices, mais semblait surtout le plus insouciant de tous – ce qui expliquait certainement ses nombreuses cicatrices. Mais, définitivement, elle ne pouvait se rappeler quel Weasley était celui qui lui faisait face.

- Charlie, se présenta ou, plutôt, se représenta l'homme.

Gaïa fronça les sourcils.

- Celui des dragons en Roumanie, non ?

Il éclata de rire.

- C'est ça… Quoi que, de nos jours, on m'appelle plutôt le célibataire endurci.

Elle haussa les épaules.

- Dans un sens, ça vaut mieux. À quoi ça peut bien servir de s'encombrer de quelqu'un qu'on peut perdre ?

Charlie lui lança un regard rempli de douleur et de colère, et Gaïa sut qu'elle venait de franchir une limite qu'elle aurait dû entrevoir.

- Tu n'as pas eu une vie facile. Pas la peine de paraître surprise, toute la famille est bien évidemment au courant de ce que tu as vécu. Mais est-ce que pour autant tu dois pouvoir juger les actes de chacun ? Je n'ai jamais trouvé personne qui comprenne ma passion pour les dragons au point de l'accepter. Mais pour autant, je ne suis pas réfractaire à l'attachement. J'ai eu six frères et sœur, n'en ai plus que cinq. Crois-moi, la douleur ne disparaît jamais d'avoir perdu quelqu'un de proche. Mais pour autant, je ne regrette pas d'avoir toute cette famille. N'avoir rien à perdre est bien plus difficile à vivre que la perte de quelqu'un, lui assura Charlie.

- Je ne voulais pas…

- Appliquer ce que tu estimes être juste à ma situation ? C'est pourtant ce que tu as fait. Tu crois pouvoir vivre sans être attachée à personne ? Mais, pourquoi as-tu trouvé Harry, dans ce cas ? N'était-ce pas pour retrouver ton père ? Cela ne prouve-t-il pas que tu es attachée à lui, justement ?

Il secoua lentement la tête.

- C'est bien pire, finalement, de ne pas être capable d'accepter l'attachement.

Gaïa se tut, vexée, mais aussi consciente d'être en tort. Plusieurs fois, elle hésita à parler. Quand elle le fit, aucun ne s'était attendu à ce qu'elle prononça.

- Je suis désolée.

Ils se dévisagèrent quelques instants.

Charlie, parce qu'il n'aurait jamais cru que cette gamine que tous dépeignaient comme ce qu'il trouvait être la définition d'une peste soit capable de trouver un semblant d'humilité au plus profond d'elle au point de s'excuser platement.

Gaïa, parce qu'elle n'avait jamais appris à s'excuser, et qu'elle avait plus facilement tendance à hurler au scandale qu'à ravaler sa fierté lorsqu'on la remettait à sa place. C'était à croire qu'elle oubliait les principes essentiels qu'elle avait toujours crus être ceux qu'elle se devait de suivre. Faire ce que bon lui semblait, et peu importait qu'on ne soit pas d'accord en face d'elle.

- Alors, ça fait quoi de s'occuper de dragons toute la journée ? demanda-t-elle pour faire la conversation, et oublier ce qu'elle qualifiait déjà de moment de faiblesse.

- C'est sportif. Mais c'est un métier qui passionne. Je peux t'assurer qu'il fait partie de moi, maintenant… On ne peut pas vraiment dire de toutes les personnes de cette pièce que leur métier les passionne. Je sais que, de mon côté, je n'abandonnerai pour rien au monde cette vie. De l'adrénaline tous les jours, et s'occuper de dragons. Fascinantes créatures, que les dragons, reprit Charlie sur le ton de la réflexion. Mystérieuses, dangereuses, capables de faire le bien comme le mal, et si incomprises…

Il hocha la tête, comme en accord total avec une réflexion qu'il venait de se faire.

- Un préféré ?

Charlie lui lança un regard entendu.

- Tu fais partie de ces personnes qui ne s'étonnent pas de ma passion pour les dragons, et que j'en parle de cette façon… C'est amusant.

- Pourquoi ?

- J'aurais pensé que toi, plus que quiconque, aurait trouvé bête que je m'attache autant à des créatures, plutôt qu'aux vies humaines.

- Je trouve stupide qu'on se préoccupe plus des vies des autres que de la sienne, répliqua Gaïa. C'est différent. Si, en plus de sauver sa peau, on peut se permettre d'avoir des passe-temps qui nous plaisent…

Charlie ne dit rien pendant un moment. À vrai dire, il n'y avait pas un grand nombre de sujets de conversations qu'il pourrait avoir avec Gaïa, à son sens. Elle avait certes le même attrait que lui pour l'aventure, mais il n'était pas certain d'apprécier la vision qu'elle avait de la vie.

Mais il y avait ce petit quelque chose, dans le regard de Gaïa, qui lui faisait se demander si elle n'avait pas envie de parler à quelqu'un qu'elle ne reverrait jamais. Ou, plutôt, à quelqu'un qui ne le rapporterait à personne. Dès demain, Charlie serait à nouveau en Roumanie, et il ne reviendrait pas avant la prochaine grande réunion de famille, qui ne serait pas avant Noël, selon toute vraisemblance.

- Un passe-temps que tu rêverais d'avoir ?

- On ne me demande pas souvent ce que je rêve de faire…, grinça-t-elle avec un regard de reproche pour Charlie.

- Et parce qu'on ne te le demande pas souvent, tu ne pourrais pas en avoir ? répliqua-t-il sur le même ton.

Elle croisa les bras sur sa poitrine.

- Pourquoi est-ce que tu me poses toutes ces questions ?

- Parce que lorsque tu réponds à mes questions, à ta façon, tout le monde est rassuré. Tu n'es pas en train de massacrer à coup de poings un pauvre innocent.

Sa main plongea vers sa baguette, qu'elle sortit et pointa sur la poitrine de Charlie sans qu'il ne fasse le moindre geste. À la place, il souriait, confiant.

- Tu veux vraiment ne rien contrôler dans ta vie ? chuchota Charlie. Chaque fois que quelque chose ne tourne pas rond, tu vas choisir la voie de la colère, ou te réfugier derrière quelqu'un, plutôt que d'assumer et d'affronter les problèmes ?

Les yeux de Gaïa ne devinrent que deux petites fentes.

- Je ne fais pas ça. J'assume mes problèmes, comme une mère dragonne assume ses enfants.

Charlie éclata de rire, vexant Gaïa, qui trouvait qu'il n'était certainement pas dans une position prêtant au rire, alors que sa baguette était dirigée vers lui et qu'elle tremblait de rage.

- Vraiment ? Pourtant, à chaque fois, tu as dû demander l'aide de quelqu'un. Celle de ton père…

- Ce n'est pas mon père ! siffla Gaïa.

- D'Harry, de James, des autres. Ou alors, tu laisses la colère te dominer. Il est peut-être temps que tu grandisses, Gaïa. Que tu songes qu'outre tes problèmes, il y a d'autres choses qui tournent autour de toi. Tu n'es pas le noyau du monde. Il faut que tu ouvres ton esprit. Que tu acceptes la présence des autres autour de toi.

Elle desserra la prise sur sa baguette, et se redressa, tout à coup moins menaçante.

- Qu'est-ce que cela veut dire ? demanda-t-elle la voix tremblante.

- Tu arrives au milieu d'une vie de famille presque bien rangée, et tu poses tes exigences. Tu veux tout savoir de tout le monde, mais refuses de nous dire ce que tu veux vraiment. Harry est toujours prêt à partir à l'aventure, Hermione et Ron semblent être plus au courant que nous de ce qui se passe. Mais nous, à côté, nous nous posons tous la même question : qui est vraiment Gaïa ? On sait que tu vas les mener à l'aventure, une fois encore, mais on ne sait pas combien de temps cela va durer, ni même si c'est extrêmement dangereux ou non.

- C'est peut-être parce que cela ne vous regarde pas que personne ne vous donne l'entièreté des informations, rétorqua Gaïa.

- Peut-être, le reconnut Charlie. Mais cela n'empêche pas qu'on devrait en connaître un minimum plus sur toi. Tu veux connaître mes passe-temps ? Très bien. J'adore aller m'isoler dans la grotte qui était le repère d'une dragonne dont je me suis occupé durant des années. Il s'y dégage une sérénité que je n'ai jamais trouvée nulle part ailleurs. Et là-bas, je compose. Personne dans ma famille ne l'a jamais su, mais j'ai toujours été très doué avec un harmonica.

Gaïa hésita.

- Pourquoi est-ce que tu me dis ça ?

- Tu connais quelque chose de moi que personne d'autre ne connaît, continua Charlie. Si tu voulais, tu pourrais t'en servir.

- Oui, mais…

- Tu as conscience de cette information. Tu ne l'utiliseras pas, on le sait tous les deux. Mais parce que tu n'es pas stupide. Tu sais peser le pour et le contre de chaque information que tu détiens.

- Je ne comprends pas…

- Sais-tu ce que tu n'as pas encore réalisé ? lui demanda Charlie.

Elle secoua la tête lentement, après un léger temps d'information.

- Tout ce que tu es capable de détruire.

Elle regarda ses mains, ébahie.

- Si, je sais très bien ce que…

Elle se tut.

- Tu m'as parlé de cette histoire d'harmonica parce que c'est quelque chose de personnel. Qui touche ton cœur, comprit-elle la gorge serrée.

Il hocha la tête.

- Je sais quelque chose sur quelqu'un qui pourrait le… détruire ? hasarda-t-elle.

Charlie éclata de rire, comme s'amusant de l'innocence d'une enfant. C'était d'ailleurs exactement ça.

- Tu en sais plus sur chacun des membres de cette famille que leurs parents. Je pense notamment à Rose.

- Je n'ai pas envie de blesser Rose.

- Tu en sais beaucoup sur James, aussi.

- Je n'ai pas envie de blesser James, non plus, gronda-t-elle.

- Tu n'as envie de blesser personne, reconnut Charlie, mais tu en as les moyens. Et tu fais beaucoup de choses sans t'en rendre compte.

Gaïa fronça les sourcils.

- Je n'arrive pas à te suivre…

Il lui adressa un sourire amusé.

- Je crois que tu ne réalises pas l'emprise que tu peux avoir sur certaines personnes de cette famille, et à quel point tu peux leur faire du mal, dit simplement Charlie.

Gaïa parut perdue un instant.

Selon Charlie, elle savait des informations sur beaucoup de personnes. Et elle pourrait les blesser avec ces informations, sans avoir conscience de posséder ces informations, et sans avoir conscience de les utiliser. Elle blesserait des personnes sans même s'en rendre compte. Sauf que ce n'était pas possible. Elle était consciente de chacun de ses faits et gestes.

Elle releva les yeux, qu'elle avait baissés sur sa baguette, toujours dirigée droit vers Charlie. Elle la rangea au fond de sa poche. Elle se rappela de ce que lui avait dit Chloé, à propos de la dépendance qu'elle aurait développée envers James – et inversement.

Elle se retourna vers la salle, et attrapa le regard de celui auquel elle venait juste de penser. Ses traits se tendirent.

Effectivement, elle pouvait blesser plus de monde qu'elle ne le pensait. Et pas que physiquement, elle le comprenait à présent. Et Charlie lui proposait de prendre conscience de cette douleur qu'elle pouvait occasionner, en lui donnant un élément de sa personnalité qu'elle n'avait jamais donné à personne – pour qu'il ait une sorte de moyen de pression sur elle. Pour qu'elle comprenne ce que cela fait, d'être à la merci des autres dans son propre jardin secret.

- Je me suis toujours dit que si un jour cette histoire se terminait, eh bien… Je pourrais peut-être proposer mes services pour faire de la décoration, grommela-t-elle à contrecœur.

Si Charlie fut surpris de la réponse, il ne le montra pas.

Gaïa, elle, se sentit extrêmement mal à l'aise. Elle n'avait jamais parlé de ce petit rêve-là. Elle comprenait ce que Charlie voulait dire, quand il tentait de lui parler de ce sentiment d'impuissance, en sachant que l'on sait de vous quelque chose que vous auriez voulu garder pour vous.

Elle trembla, et lui lança un regard anxieux.

Jamais elle n'avait laissé entendre qu'elle attendait la fin de cette histoire. Jamais encore elle n'avait avoué vouloir découvrir ce qu'était une vie calme.

∆ | o

Gaïa regarda la porte avec colère.

Elle allait rester là toute la nuit, jusqu'à ce que Dominique en sorte.

Ensuite, elle poserait ses mains sur son fichu cou, et elle le tordrait.

D'accord, si elle avait donné à Gaïa le sort pour défaire le nœud durant le mariage même, la robe n'aurait pas tenu toute la soirée.

Mais maintenant qu'ils étaient tous rentrés, elle aurait pu lui donner.

Parce que Gaïa se retrouvait bien embêtée, à présent.

Et avec un certain nombre d'envies de meurtres envers Dominique qui, de toute évidence, avait prévu de ne pas être dérangée, et avait insonorisé la chambre où elle dormait. Et l'avait scellée magiquement.

Gaïa devait au moins lui reconnaître cela. Dominique était vraiment douée dès lors qu'il fallait fermer d'un sort un objet, ou un lieu.

Mais elle avait toujours envie de la tuer.

- Un problème ? bâilla James qui venait de libérer la salle de bains.

- Deux, en réalité, siffla Gaïa en se tournant vivement vers lui, au point de le faire reculer. Premièrement, pourquoi est-ce que tu utilises la salle de bains aussi longtemps ? Deuxièmement, cette robe.

- J'utilise la salle de bains aussi longtemps que je le souhaite. J'ai convaincu les parents de laisser le Square Grimmauld aux plus jeunes, j'ai droit à un certain nombre de privilèges, de ce fait.

C'était totalement faux. En réalité, ils avaient plus ou moins été chassés des maisons de leurs parents car toutes étaient occupées par un grand nombre d'invités. Il fallait dire que les familles sorcières n'étaient pas réputées pour être de petites tailles.

- Ensuite, elle a noué ta robe magiquement, c'est cela ? Elle a fait le même coup à Lily il y a quelques années, pour je ne sais quel Noël. Tourne-toi, exigea James.

Gaïa hésita un instant, mais lorsqu'elle comprit qu'elle n'avait aucune raison valable de protester, elle obéit à la requête. Elle sentit le vent chaud du sortilège qui libérait sa robe, et se retourna pour remercier James.

Il s'était rapproché pour mieux viser.

Elle déglutit. En même temps que lui, elle pouvait le voir.

Tout le monde était couché. Ils le savaient très bien.

Et il y avait tout le mariage, toute la fête, tous ces événements de la journée qui brouillaient leurs pensées.

Et puis il y avait tous ces sous-entendus qu'on n'arrêtait pas de leur servir, qui ne faisaient qu'embrouiller un peu plus leur rationalité.

Il y avait tout ça.

Et seulement dix centimètres qui les séparaient, à vrai dire.

C'est beaucoup lorsqu'on est attirés.

C'est peu lorsqu'on essaie de se raisonner.

Vraiment peu.

Surtout lorsque les dix centimètres étaient de plus en plus réduits.

Et il y eut cette porte qui claqua, à l'étage. Le vent, Kreattur, quelqu'un. À vrai dire, ça n'importait pas vraiment.

- Chloé, marmonna vaguement James en s'écartant et en fermant les yeux.

Quand il les rouvrit, il était seul dans le couloir.


Note d'auteur.

Helloooooo. Comment allez-vous depuis la semaine dernière ? J'espère que vous vous êtes remis des petites révélations du dernier chapitre, la, la, la. D'ailleurs pendant que j'y pense, Gaïa n'est pas au courant qu'elle est une double Héritière, hein. Donc si elle n'y fait jamais allusion, c'est normal.

On remercie DelfineNotPadfoot qui a corrigé ce chapitre (comme toujours, mais pas à la dernière minute cette fois, elle a eu plus de temps !). D'ailleurs, vous avez même le droit de lui souhaiter son anniversaire, si vous voulez. (Oui, je t'ai vendu, tu ne pourras pas cacher que tu es vieille d'un an de plus aujourd'hui, AH AH AH). Hem. Plus généralement, je vous dis un grand, grand merci pour les reviews laissées la semaine précédente. Sinon, sinon... Bon, autant vous l'avouer, ce chapitre n'est pas mon préféré, loin de là. Je ne sais pas pourquoi, mais en tout cas, si je pouvais ne pas l'avoir écrit... J'en aurais été contente ! (Ce qui est très contradictoire, quand on sait, comme moi, qu'une des scènes de ce chapitre a permis à mon imagination d'écrire TOUTE cette histoire...)

Parlons peu mais parlons bien.

Si jamais, pour ne pas changer, vous voyez des deltas qui ont pris leurs jambes à leur cou, vous connaissez la chanson, vous me le faites remarquer, hein.

Pour continuer sur une note peut-être moins réjouissante, il se trouve que je ne sais pas si je vais pouvoir poster la semaine prochaine. Je déménage et je ne peux pas vous dire où je serai exactement lundi prochain - et je peux encore moins vous dire si j'aurai une connexion internet. Donc je ne peux pas affirmer qu'il y aura un chapitre la semaine prochaine. Voilà !

Sur ce, je vous dis à très bientôt, et vous souhaite un très bon mois de septembre.