Chapitre 14
Où l'on part en voyage.

Un mois plus tard.

- Mais Harry, puisque je te dis que cela ne dérange pas cet homme que tout le monde vienne ! Il a envie de rencontrer Harry Potter, et ceux qui l'ont aidé à vaincre Lord Voldemort. Je ne comprends vraiment pas ce qui te dérange dans cette invitation ! s'exclama Tim en passant en coup de vent dans la cuisine.

Il tenait à la main un livre d'Histoire de la Magie. C'était le troisième différent avec lequel le voyait la maisonnée. Et certainement pas le dernier.

- Est-ce qu'il a pris des vêtements, dans sa valise, où est-ce qu'il n'emporte que des livres à faire dédicacer ? s'enquit Ginny avec amusement.

Son mari ne répondit pas. Harry Potter affichait un air sombre depuis qu'il était levé, et ce n'était pas de bon augure. Ginny soupira, sachant pertinemment ce qui mettait son mari dans un tel état, et leva les yeux au ciel.

- Enfin, Harry, on ne va pas avoir cette discussion, une fois encore, alors que nous sommes sur le départ…

- Justement, si, rétorqua Harry. C'est bien le dernier moment où je peux te convaincre…

Ginny l'incita au silence d'un simple regard, ses yeux ayant pris une teinte orageuse.

- Je viens avec vous, gronda Ginny, et cette question est à présent réglée. J'ai bien le droit de prendre des vacances, comme vous tous. Et je ne vois pas pourquoi je ne viendrais pas. Après tout, cette histoire me concerne aussi, étant donné que mes trois enfants et mon mari sont impliqués… j'ai bien le droit d'avoir toutes les informations en même temps que vous, non ?

Les flammes de leur cheminée devinrent vertes, interrompant leur conversation. Hermione et Ron arrivaient.

La première à sortir, Hermione ôta les cendres de sa robe d'un coup de baguette avant d'entrer dans la cuisine de ses meilleurs amis. Ron, au contraire, oublia, comme toujours, cette règle de politesse, s'attirant les foudres de sa femme, qui soupira, presque de désespoir, tout en secouant la tête.

- Ah oui, désolé, grommela-t-il alors que sa sœur toussotait pour lui faire remarquer son manque de savoir-vivre.

- De quoi parliez-vous ? s'enquit Hermione, réalisant qu'ils n'étaient pas arrivés au moment le plus opportun.

- Du fait que je pourrais peut-être songer à l'éventualité de rester ici, soupira Ginny en levant les yeux au ciel. Mais tu sais ce qui serait bien, Harry ? Que tu vérifies que tes affaires soient prêtes, plutôt que de t'inquiéter pour rien. Il ne va rien nous arriver, là-bas. Arrête donc ta paranoïa. Et si tu as vraiment peur qu'il y ait un problème, essaie plutôt de convaincre James de ne pas venir !

- James vient aussi ? s'étonna Ron. Mais…

- Essaie donc de le faire changer d'avis, grommela Harry. Puisque Tim et Gaïa y vont, il vient aussi. Et comme il nous l'a très gentiment fait remarquer, il est majeur, et ne vit plus sous notre toit. Il conçoit que l'on puisse se faire du souci, mais refuse que nous lui interdisions quoi que ce soit. Impossible de lui faire entendre raison, termina-t-il dans un soupir.

- En même temps, c'est vrai que cette histoire le concerne aussi, hasarda Ron.

- Tu n'aides pas du tout, là, Ronald, siffla sa sœur.

- Très bien, très bien ! s'impatienta-t-il. Je donnais simplement mon point de vue, mais puisque tout le monde s'en moque… Il est à quelle heure, notre portoloin ?

- Dans vingt-cinq minutes, lui dit Ginny. Et je crois que personne n'est prêt. James !

Le bruit de pas dévalant les marches d'escalier précéda de peu l'entrée fracassante de James dans la cuisine.

- Oui ?

- Est-ce que tu es prêt ?

- Évidemment, répondit-il avec une pointe d'arrogance. J'ai pensé à tout, y compris à ma brosse à dents ! plaisanta-t-il en rappelant à sa mère ce qu'elle lui demandait toujours avant qu'il ne monte dans le Poudlard Express.

Elle leva les yeux au ciel, retenant de justesse un sourire, tout comme Harry. James avait le don de dire les mots pour détendre une atmosphère des plus électriques…

- Pour une fois que tu es le premier prêt…

James grimaça.

- J'aimerais que ça soit le cas, mais en réalité, c'est Gaïa qui est prête depuis le plus longtemps. Enfin, elle a juste une petite divergence d'opinion avec Tim, à propos de ce qu'ils peuvent emmener ou non en plus des indispensables…

- Comment ça ? s'étonna Harry.

Il eut la réponse en direct, portée par les voix grimpant de quelques décibels de Tim et Gaïa.

- Mais c'est important ! s'exclama Tim.

- De quoi ? D'alourdir ta valise de dizaines de livres ? railla Gaïa.

- Plus important que d'embarquer ce cabot, rétorqua vertement le jeune historien.

- Oh, Merlin, soupira Ginny. Ne me dites pas qu'elle veut embarquer le chien dans l'aventure… ?

- Et qui va s'en occuper, s'il reste là, hein ? répliqua Gaïa qui venait d'entrer dans la cuisine. C'est Holmes. Il ne fait confiance qu'à moi, et puis, il…

Elle jeta un coup d'œil au chien. Elle s'apprêtait à dire qu'il pourrait s'avérer utile pour détecter la présence d'ennemis ou non, comme il l'avait fait en Australie avec les hommes qui avaient tué Alison. Mais étant donné qu'il grognait contre Tim depuis que le garçon avait franchi le pas de la porte, elle n'était plus sûre de pouvoir considérer l'instinct de Holmes comme une valeur sûre.

- Elle marque un point, avoua Ron. Ce n'est pas que je n'ai pas confiance en ma mère, mais Holmes est un chien Moldu qui n'a jamais rien appris à faire. Il faudra deux jours à maman pour le cloîtrer dans le poulailler, et pour qu'elle se mette à espérer que les poules le tondent…

- Ah ! s'exclama triomphalement Gaïa. Donc, on l'emmène ? Alleeeeeez…

Harry soupira. Cette expédition le fatiguait par avance. Finalement, la recherche des Horcruxes avait été bien plus simple. Ils fuyaient l'endroit où ils avaient trouvé refuge dès lors que cela devenait trop dangereux d'y rester, et en étant seulement trois, les décisions qui portaient à polémique étaient plus rapidement tranchées.

- Est-ce qu'il va supporter un autre transplanage ? demanda tout de même Ron. Après tout, celui pour le ramener d'Australie l'avait rendu malade…

Ses chaussures s'en souvenaient encore. Elles étaient certainement irrécupérables, mais il n'avait pas encore réussi à faire son deuil de celles-ci.

- Bah… Tu as bien pensé à une autre paire de chaussures, non ? plaisanta Harry.

Ron grimaça.

- Je ne voudrais pas vous presser, railla Ginny, mais le portoloin est dans vraiment peu de temps, et si on le manque, je vous jure que j'en prends un pour taper sur les autres. On se dépêche ?

- Mais, on ne va pas embarquer le chien ! s'exclama une dernière fois Tim. Je ne l'ai pas prévenu !

- Pour l'amour de Merlin, Tim, tu pars avec vingt-cinq kilos de livres, et je doute que tu l'aies prévenu de ça ! répliqua Ginny, exaspérée que cela prenne autant de temps, une fois encore, de prendre le départ. Tout le monde se rassemble ! exigea-t-elle avec autorité.

L'autorité des femmes Weasley opéra une nouvelle fois. Et heureusement, parce que lorsque James posa le doigt sur le portoloin, il sentit quasiment instantanément la secousse habituelle qui vous tire par le nombril.

Δ | o

- Évidemment, grommela Ron. Évidemment. Il fallait qu'on tombe sur un type tellement paranoïaque et tellement isolé du reste du monde qu'il ne laisse pas les invités entrer directement chez lui. Non, il préfère les faire arriver à une heure de marche de sa maison, pour être sûr qu'ils soient complètement exténués une fois chez lui…

Gaïa leva les yeux au ciel.

- Que quelqu'un lui donne à manger, qu'on le fasse taire…

Derrière elle, James pouffa. Il était de notoriété publique que Ron était de mauvaise humeur dès lors qu'il avait l'estomac creux, mais il savait aussi que son oncle n'allait pas apprécier qu'on insiste sur ce trait de caractère.

- Ma petite, c'est pour toi que je souffre, actuellement, alors tu ferais mieux de ne pas être trop exigeante envers ceux qui acceptent de t'accompagner et qui en subissent les conséquences, siffla Ron tout en tentant de calmer son estomac.

- Est-ce que quelqu'un m'écoute lorsque je lui promets les pires souffrances s'il continue de m'appeler « ma petite » ? s'exaspéra Gaïa.

Elle était celle qui vivait le mieux cette marche forcée. Elle était aussi celle qui avait le plus pratiqué la marche à pied, et forcée, de toute sa vie. À vrai dire, elle sentait que ses muscles la remerciaient de refaire un effort physique de ce genre. Elle se dérouillait les jambes, et cela lui faisait un bien fou. Non pas que les courses effrénées dans les forêts pour échapper à ses ennemis lui manquent réellement. C'était l'effort physique qui lui manquait.

Holmes, non loin derrière Gaïa, était celui qui appréciait le mieux cette expédition. Certes, il aimait bien les promenades que lui faisait faire Gaïa autour de la maison des Potter, mais là, il appréciait la liberté à sa juste valeur. Il disparaissait dans des fourrés, surgissait quand on s'y attendait le moins… Il vivait et profitait de sa liberté de chien, comme tout bon animal. Cela lui rappelait certainement sa façon de vivre avec Alison. Dans les bois, sans personne pour le surveiller.

Tim était une pile électrique, mais cela se comprenait. Il ne se plaignait pas de la marche forcée, lui non plus. C'était son pèlerinage historique, et l'effort physique n'était rien de plus qu'une étape à franchir. Il allait rencontrer un homme qui avait tellement à lui apprendre que cela en donnait le tournis. Il était surexcité par cette rencontre, et personne ne s'étonnait de son caractère plus excentrique que la normale. Ou, plutôt, tous évitaient de trop lui parler, pour ne pas être fatigué avant la fin du voyage. C'était épuisant de discuter avec une personne qui était aussi excitée, et avec un tel débit de paroles.

- J'ai toujours voulu aller aux États-Unis, dit tout à coup Ginny, qui était loin de se plaindre de la randonnée, même si elle aurait préféré qu'elle se fasse dans d'autres circonstances.

- Tu y es déjà allée, lui rappela James qui, lui, en revanche, sentait ses mollets crier sous l'effort. Pour tes matchs.

- Pas le temps de visiter, rétorqua sa mère.

- On n'est pas vraiment venus pour visiter, rappela Gaïa en levant les yeux au ciel.

- Je vois tout de même plus que lorsque je faisais des déplacements pour mes matchs uniquement, répondit simplement Ginny avec un sourire.

- Regardez ! s'exclama alors Hermione. Des Botrucs à l'état sauvage !

Hermione s'approcha du fourré, pour observer les créatures. Ron la suivit, certainement pour s'offrir une pause, tandis que James s'approchait aussi. Il avait toujours été passionné par les créatures magiques, et même si des Botrucs n'avaient pas le même attrait que des Hippogriffes, ils n'en restaient pas moins captivants.

- Est-ce que quelqu'un pourrait se rappeler que cette expédition n'est pas une simple promenade dans les bois, mais quelque chose de sérieux ?! s'énerva Gaïa.

L'ambiance festive que chacun entretenait à sa façon avait le don de l'exaspérer. Bien sûr, elle comprenait que les enjeux étaient différents pour elle et pour eux. C'était certain qu'Harry voulait autant qu'elle comprendre ce qui était écrit sur les parchemins. Mais leur compréhension n'aiderait pas Harry à libérer une personne qui lui était chère. Pour Gaïa, ils étaient l'unique moyen de retrouver celui avec qui elle avait toujours vécu, et c'était extrêmement important à ses yeux de pouvoir lire ces parchemins. Sans qu'elle ne puisse deviner quelle serait leur relation une fois les retrouvailles passées, elle devait tout de même lui demander bon nombre d'explications. Et cette fois, elle exigerait des réponses, et ne le laisserait pas éluder en avançant le fait qu'il la protégeait, et qu'il savait mieux qu'elle ce qu'il fallait faire ou non.

Elle le réalisait à l'instant, mais plus se rapprochait le moment où elle pourrait comprendre les parchemins, et ainsi comprendre son histoire, plus sa colère augmentait. Elle avait stupidement accepté, durant des années, d'être un mouton bien éduqué. Elle allait enfin prendre sa revanche, et être celle qui imposait les règles.

Elle prit quelque peu ses distances avec le reste du groupe, le laissant prendre de l'avance. Elle avait tellement besoin de réfléchir, ces derniers temps, que l'isolement venait de plus en plus facilement. Elle n'avait jamais été à la recherche de la compagnie des autres, mais ce côté de sa personnalité s'exacerbait alors qu'elle réfléchissait de plus en plus à ce qu'elle était – et à ce qu'elle avait été. Ses séances avec Drago Malefoy, qu'elle avait appris à apprécier, lui avaient permis de faire la lumière sur beaucoup d'aspects de sa vie que, jusqu'à présent, elle estimait peu importants. Elle avait maintenant besoin de comprendre ce qui avait fait d'elle ce qu'elle était. Cette personne froide qui s'attachait, cette personne qui demandait de l'attention tout en la fuyant. Les réponses à ses questions étaient simples – elles résidaient dans l'éducation que lui avait octroyée Bob Lockwood. Mais elle refusait de croire que parce qu'elle avait été éduquée de cette manière, elle ne pouvait pas changer. Elle savait qu'elle pouvait faire mieux. Qu'elle pouvait vivre sans Bob, qu'elle pouvait dépasser cette dépendance à cet homme. Qu'elle pouvait changer certains aspects de sa personnalité. Les rendre meilleurs.

Gaïa avait parfois la sensation d'être enfermée dans une bulle de cristal dont elle ne parvenait pas à sortir. Cette bulle était assez grande pour qu'elle s'y tienne debout, qu'elle s'y promène, mais dès lors qu'elle voulait exercer sa volonté, qu'elle exigeait autre chose que ce qui lui avait toujours été donné, la bulle se resserrait autour d'elle, et elle ne pouvait plus agir librement.

Holmes sauta tout à coup sous ses pieds, arrachant un sourire à la jeune fille.

- Dis donc, toi, tu es bien excité… Ce serait bien que tu arrêtes d'embêter Tim, par contre. Je crois qu'il n'a pas beaucoup apprécié que tu tentes de le mordre.

Elle leva les yeux vers Tim, qui était parti dans une grande discussion avec quelqu'un– sûrement sur un aspect de l'Histoire. Elle se demanda à qui il avait tenté d'inculquer ses connaissances. Elle ne pouvait pas la voir clairement, les arbres cachaient une grande partie du groupe, et seul Tim était encore visible pour Gaïa. En tout cas, qui que soit cette personne, elle avait fini par abandonner la conversation, et Tim, lui, avait poursuivi son monologue. Il n'y avait personne dans son entourage proche, et il parlait et gesticulait seul, pour ce que pouvait voir la jeune fille.

Holmes jappa gentiment, et se mit à marcher au rythme de Gaïa. Elle posa une main sur le cou de l'animal, ravie de voir qu'il avait enfin retrouvé son calme.

- Ah bah enfin, tu es fatigué ! soupira-t-elle.

- Il faut dire qu'il ne fait que courir depuis le début de cette journée, commenta doucement Harry.

Elle se tourna vers la gauche, surprise de le voir là. Elle n'avait pas prêté attention à sa position dans le groupe, mais elle était persuadée qu'il était en avance sur elle.

- Tu en as marre de cette agitation ? demanda-t-il gentiment.

Elle haussa les épaules.

- Je n'en ai pas l'habitude, avoua-t-elle simplement.

D'un signe de tête, Harry l'encouragea à en dire plus.

C'était une qualité qui l'énervait, chez Harry, tout autant qu'elle l'appréciait. Il tentait toujours de lui faire dire ce qu'elle pensait. C'était exaspérant, car elle n'avait jamais eu l'habitude de se confier, et elle se sentait parfois oppressée par cet encouragement. Mais d'un autre côté, le fait qu'il lui demande de s'exprimer était agréable, parce que cela prouvait qu'il s'intéressait à elle, et jamais encore elle ne lui avait reproché cette insistance dont il usait parfois pour la faire parler.

- Ce genre d'expéditions dans les bois, j'en ai fait des centaines, au contraire de vous tous, expliqua Gaïa du bout des lèvres. Pour échapper à nos assaillants… Ce n'était pas des parties de plaisir, loin de là, et je reconnais que le fait que tout le monde se sente autant en confiance me gêne. J'ai toujours cette impression qu'un ennemi va surgir de derrière un fourré, si on fait trop de bruit pour pouvoir l'entendre… Tu comprends ?

Harry hocha la tête, un sourire aux lèvres. L'interprétant mal, Gaïa crut qu'il se moquait d'elle.

- Je suis paranoïaque, grommela Gaïa.

- Non. Tu as vécu d'une certaine façon, et nous d'une autre, la contredit Harry. Ce n'est pas grave. On ne peut pas tous voir la vie du même point de vue. Mais je crois tout de même que tu peux te détendre. Ce n'est pas dans ces bois qu'une attaque se produira…

Elle fronça les sourcils.

- Tu sembles bien sûr de toi. Pourquoi ?

Le cri de Tim les interrompit.

- On est arrivés ! s'exclama-t-il joyeusement. Venez voir, la vue est superbe !

Il se tenait de toute évidence en haut d'une colline, et ce qu'il voyait l'enthousiasmait particulièrement. Ceux qui le suivaient se hâtèrent de le rejoindre.

Gaïa, qui ne voulait pas être en reste, accéléra le pas.

- Une petite seconde, Gaïa, dit cependant Harry en la retenant par le bras.

- Il y a un problème ? s'étonna-t-elle.

Ce n'était pas dans les habitudes d'Harry de la retenir, et de l'empêcher aussi brusquement de faire ce qu'elle voulait.

- Non, la rassura Harry. Je voulais simplement te donner ça ce matin, avant que nous partions, mais je n'en ai pas eu le temps…

Il fouilla à l'intérieur de sa veste, et en sortit une fine boîte en bois. Gaïa avait l'impression d'avoir déjà vu ce type de boîte, mais le souvenir ne remontait pas à la surface de son subconscient. Elle était bien trop concentrée sur la rencontre à venir pour se pencher sur ses souvenirs.

Harry lui tendit l'objet, et elle le prit, avant de poser la main sur le couvercle.

- Non ! Ne l'ouvre pas maintenant, exigea Harry. Simplement… Si tu sens que c'est le moment pour cela, si tu as la sensation que la situation l'exige, alors, fais-le. Ouvre la boîte, et fais ce que tu penses être juste.

Elle leva des yeux incrédules vers Harry.

- Qu'est-ce que tu me racontes là ? s'étonna-t-elle.

Il sourit doucement, et posa une main paternelle sur l'épaule de la jeune fille.

- Gaïa, je te fais confiance. Je sais que tu sauras utiliser ce qui se trouve dans cette boîte au bon moment – et que l'usage que tu en feras sera le bon. Je n'ai jamais douté de toi.

Il serra brièvement l'épaule de Gaïa une petite seconde, avant de lâcher sa prise, et de rejoindre les autres. Gaïa, après un instant d'hésitation, rangea la boîte dans la poche de sa veste.

- Je ne sais pas ce qu'il voulait me dire, murmura-t-elle à Holmes, mais puisqu'il est loin d'avoir été de mauvais conseils jusqu'à présent, je vais lui faire confiance.

La curiosité la rongeait, surtout que c'était la première fois qu'Harry faisait de telles cachotteries avec elle. Mais au cours des derniers mois, elle avait appris à lui faire confiance – malgré la difficulté que cela représentait pour elle. Alors, elle allait le croire. Surtout que c'était bien la première fois qu'on lui disait aussi clairement qu'on lui faisait confiance. Ça faisait éclore, près de son cœur, une petite source de chaleur qu'elle était ravie de découvrir.

Elle était capable de déterminer quel moment serait le bon pour utiliser son présent.

Elle se redressa donc, et reprit tranquillement sa route pour rejoindre les autres en haut de la crête.

- Eh bien, ça c'est une vue que j'aimerais bien avoir depuis mon appartement ! plaisanta Tim.

- Tu ne restes jamais dans ton appartement, lui rappela James en levant les yeux au ciel, amusé.

- Peut-être qu'avec une vue pareille, je resterais plus souvent chez moi, justement ! répliqua son meilleur ami.

James lui lança un regard complice. Ils avaient parcouru un long chemin, depuis cette rencontre le soir de la Répartition, à Poudlard, dix ans plus tôt, presque onze. Ils avaient grandi, pris des routes différentes, rencontré des personnes chacun de leur côté, avaient grandi, mûri, étaient retombés en adolescence lorsqu'ils se retrouvaient à chaque retour de Tim. Avaient parfois eu du mal à garder le contact, alors que Tim était à parcourir le monde, et James coincé dans un bureau. Mais finalement, ils se retrouvaient toujours. Et aujourd'hui, les retrouvailles étaient plus intenses qu'avant, avait l'impression James.

- Personne n'y croit une seconde, Tim, tu as bien trop besoin de voyager, dit simplement James avec un sourire.

Un grondement se fit entendre derrière eux, les faisant se retourner.

- Je ne sais pas ce qui arrive à ton clébard, Gaïa, mais si tu pouvais le tenir en laisse, pour qu'il ne donne pas une mauvaise image du groupe lorsqu'on arrivera…, marmonna Tim en reculant d'un pas, par précaution, lorsqu'il comprit que les grognements du chien lui étaient réservés.

- C'est simplement qu'il ne t'aime pas, répliqua la jeune fille. Je ne sais pas ce que tu lui as fait, mais il n'a pas du tout apprécié…

Tim n'insista pas, et haussa les épaules.

Gaïa leva les yeux au ciel. Il était vrai qu'Holmes se comportait étrangement envers Tim, aujourd'hui, mais elle était prête à parier que le chien tenait tout simplement rancune au jeune homme pour une raison stupide. Il l'avait peut-être bousculé, lui avait arraché quelques poils… Pas de quoi se mettre en rogne comme le faisait Tim, justement. Elle soupira, et se retourna vers la vue.

Un petit vallon, quoique plus grand que celui de Godric's Hollow, s'offrait à leurs yeux. On y arrivait en descendant une pente douce. Les bois s'arrêtaient brusquement pour qu'un vaste espace dégagé prenne place. Au milieu de celui-ci, l'immense maison aurait pu paraître déplacée si seulement elle ne s'intégrait pas parfaitement au paysage. Les immenses baies vitrées n'étaient peut-être pas des plus naturelles, mais le bois, qui était la matière première du domicile, donnait l'impression que cette maison ne pouvait pas être plus à sa place qu'ici.

- Dis-donc, je ne savais pas qu'être historien rapportait autant, grommela Ron. Si j'avais su…

- Tu inventais des noms pour les Gobelins lors de tes BUSE, lui rappela Hermione en levant les yeux au ciel. Tu crois vraiment que tu aurais pu être historien ?

- Tiens, c'est vrai, j'avais oublié ça…, murmura songeusement Ron tandis qu'un petit rire parcourait l'assistance. Bon ! se reprit-il en se frottant les mains. On ne va pas rester plantés ici, pas vrai ? En route ! s'exclama-t-il joyeusement en entamant la descente.

Après quelques secondes d'hésitation, le reste de la troupe lui emboîta le pas.

- Pourquoi est-ce qu'un homme qui veut absolument vivre dans la discrétion, et ne pas être retrouvé, a une maison comme celle-ci ? s'étonna Gaïa, un sourcil levé pour montrer son étonnement.

Elle savait qu'elle n'était pas la seule à être étonnée de la taille de cette maison. Harry avait lui aussi levé le même sourcil, regardant la maison d'un œil mi-désapprobateur, mi-appréciateur. Si Gaïa ne le connaissait pas un peu, elle aurait pu croire qu'il était déstabilisé.

- Mais arrête d'être suspicieuse comme ça, soupira Tim.

- J'ai mes raisons, grommela la jeune fille.

- Oui, eh bien, de mon côté, j'ai mes raisons pour te dire que tu es paranoïaque, répliqua-t-il. On parle d'un historien qui adore son métier. Si cela peut te rassurer, je ne crois pas qu'il soit du genre à aller dans un bar pour frapper le premier venu.

Gaïa croisa les bras sur sa poitrine, mais Tim ne faisait déjà plus attention à elle. Il avait préféré rejoindre Ron, en tête de cortège.

Ginny posa une main rassurante sur son épaule, tandis qu'Hermione lui adressait un petit sourire.

- Gaïa, quoi qu'il arrive lorsque nous serons dans cette maison, tu ne seras pas toute seule, est-ce que c'est bien clair ?

- Ce que Ginny veut dire par là, reprit Hermione sans perdre son sourire, c'est que si tu as le moindre doute, si tu te sens mal à l'aise, ou quoi que ce soit qui t'empêche de te sentir en confiance, tu nous le dis immédiatement, et nous partons dans la seconde. Est-ce que c'est bien clair ?

Gaïa hocha la tête, en partie rassurée. Cela lui faisait du mal de le reconnaître, mais il était vrai qu'arriver dans un endroit inconnu l'effrayait. La vérité, c'est que cela l'avait toujours effrayée, mais qu'elle n'avait jamais eu le temps de laisser la peur prendre le dessus. À chaque fois qu'elle devait changer de lieu de vie, c'était parce que là où elle vivait avant n'était plus un endroit sûr, et que, si elle voulait garder la vie sauve, elle était bien forcée de déménager. Forcément, la peur qu'elle pouvait ressentir en sachant qu'elle avait presque été retrouvée était bien plus forte que celle qu'elle ressentait en arrivant dans un lieu totalement inconnu. Elle avait toujours dissimulé ses craintes – Bob ne les aurait pas acceptées. Mais pour une fois, elle avait le droit de les partager.

- Merci, murmura-t-elle le plus bas possible, gênée.

Les deux femmes lui adressèrent un dernier sourire avant de poursuivre leur route, rattrapant Tim, Ron et James, qui avait fini par prendre la tête lui aussi. Harry resta en arrière, avec Gaïa et Holmes, une fois encore.

- Tu n'es pas à l'aise lorsque tu arrives à un endroit que tu ne connais pas toi non plus, je me trompe ? hasarda Gaïa.

Harry hocha la tête.

- Je n'apprécie pas de dépendre autant de Tim, avoua-t-il. J'aurais aimé pouvoir rencontrer ce Balthazar Baldi avant, mais malheureusement, cela n'a pas été possible. Alors, forcément, je suis anxieux.

Gaïa hocha la tête.

- Mais il ne faudrait pas que l'on soit anxieux en arrivant là-bas, reprit Harry plus vivement. Qu'est-ce que cela donnerait comme image de nous, si nous arrivions sur place en ayant le comportement de deux licornes effrayées ?

Elle sourit doucement. Holmes, à ses pieds, jappa doucement, en accord avec Harry.

- Regarde, même lui semble plus en confiance que nous.

- Non, rétorqua Gaïa. Il l'est simplement parce que Tim s'est éloigné. Je ne sais pas ce qui lui arrive, mais depuis quelques jours, il refuse que Tim l'approche. Je suis sûr qu'il l'a blessé involontairement, et qu'Holmes s'en souvient.

Elle regarda le chien, qui avait tout sauf l'air d'un chien d'attaque.

- C'est peut-être pas une mauvaise chose, finalement. S'il se montre de mauvaise humeur devant ce Baldi, celui-ci se tiendra sûrement à carreau.

- Tu crois vraiment qu'un homme qui a traversé les continents pour découvrir les secrets des antiques sorciers peut avoir peur d'un chien qui grogne un peu ? se moqua Harry.

- Pourquoi pas ? rétorqua Gaïa. Ron a bien gagné une guerre, et pourtant, il a peur des araignées.

Harry retint difficilement un sourire, ne voulant pas se moquer de la phobie de son meilleur ami. Ceci dit, il avait entendu parler de la crise de panique de Ron lors du dernier entraînement qu'il avait dispensé à Gaïa. Apparemment, celle-ci avait eu la bonne idée de rassembler toutes les araignées de la pièce, pour ensuite les montrer à Ron…

- À ton avis, demanda Gaïa à Holmes, combien de domestiques il a, notre historien paranoïaque ?

∆ | o

Ils marchaient à présent dans un long couloir. Ils n'avaient pas pris le temps d'ôter leur manteau, et, à vrai dire, cela était plutôt arrangeant. Ainsi, le problème de dissimuler les tatouages de James, Harry et Gaïa ne se posait plus. Ils étaient cachés par leurs vêtements.

Le couloir – comme tous ceux qu'ils avaient déjà parcourus – étaient décorés grâce à des peintures célèbres et datant de plusieurs siècles accrochées aux murs. Le tapis sur lequel ils posaient les pieds était si épais qu'il était impossible d'entendre le bruit de ses propres pas.

L'homme qui les guidait les avait accueillis avec un grand sourire. Il leur avait expliqué que Balthazar Baldi sortait tout juste de la rééducation d'une blessure à la jambe, et qu'il avait encore des difficultés à se déplacer. De ce fait, il n'avait pas pu venir les accueillir à la porte même de sa demeure. Mais que les invités soient rassurés. Balthazar était tout à fait en état de les recevoir à l'instant même. Il se doutait qu'étant donné les raisons qui les poussaient à venir, ils n'avaient pas envie d'attendre longtemps avant de le rencontrer. Ils allaient donc être reçus dans l'heure qui suivait.

C'était à peu près les seules informations qu'ils avaient pu obtenir depuis leur arrivée. On avait pris leurs bagages et à présent, ils marchaient vers le bureau de Balthazar Baldi.

Gaïa regarda autour d'elle. L'homme qui leur avait ouvert avait d'abord été surpris par la présence d'Holmes, mais après une simple phrase rassurante, dans laquelle Tim avait tenu à parler du fait que le chien était Moldu, il avait accepté sans problème la présence du canidé. Même lorsqu'Holmes avait légèrement grogné, il n'avait pas cillé. Il avait même souri un peu. « Pas bien confiant, comme animal, je me trompe ? » avait-il demandé à Gaïa. Elle avait haussé les épaules, n'appréciant pas le regard que l'on posait sur elle. Gaïa n'avait jamais apprécié qu'on la regarde. Surtout si on était un inconnu.

- C'est une reproduction d'Edwin Paracelse Domini ?! s'exclama tout à coup Tim.

L'homme qui les guidait – Gaïa avait déjà oublié son nom, il fallait dire qu'elle n'était toujours pas sûre du prénom du père de Scorpius, alors qu'il l'avait entraînée tous les jours ces dernières semaines – éclata de rire.

- Une reproduction ? Ne dites jamais cela à Balthazar, il en deviendrait rouge de colère ! Ce n'est pas une reproduction. C'est l'œuvre originale que vous avez sous les yeux.

Émerveillé, Tim s'approcha de la vitre qui protégeait la… pierre. Gaïa soupira tout en levant les yeux au ciel.

- Bien sûr, il fallait qu'il tombe sur un bout de roche inestimable… On va encore perdre un temps fou, grogna-t-elle.

Elle était presque sûr qu'Hakim – elle se rappelait finalement de son nom – l'avait entendue, mais, à vrai dire, elle s'en moquait. Elle voulait être entendue.

- Et si tu essayais de faire des efforts ? proposa James du bout des lèvres.

Gaïa lui offrit un sourire étincelant qui jurait horriblement avec ses yeux froids et déterminés.

- Mais je fais un effort, assura-t-elle. La preuve, je le dis avec le sourire !

James leva les yeux au ciel, avant de se tourner vers Tim. Hakim venait de se racler la gorge.

- Balthazar est prêt à vous recevoir, mais il ne faudrait peut-être pas le faire attendre. Après tout, vous avez besoin de lui, et lui a besoin de repos. Si vous traînez trop, cela risque de repousser l'entretien à plus tard…

- Eh bien, allons-y, alors ! s'exclama Gaïa en feignant l'enthousiasme. Quoi ? s'étonna-t-elle lorsqu'on la regarda avec de grands yeux.

Le regard entendu qu'ils échangèrent lui fit comprendre qu'elle n'était décidément pas douée pour les comportements joyeux. Elle soupira. Puisqu'elle ne pouvait pas faire semblant d'être joyeuse, elle allait se faire un plaisir de partager son impatience et ses mauvaises manières avec eux.

Avec Tim, plus précisément.

- Tu sais quoi, Tim ? dit-elle alors qu'elle l'arrachait de sa contemplation en le saisissant par le col. Tu viendras regarder ce morceau de roche plus tard, quand on aura le temps. Pas maintenant, quoi. Et, surtout, pas alors que nous risquons de faire attendre Balthazar Baldi. Tu ne voudrais tout de même pas qu'il te considère comme un historien malpoli, n'est-ce pas ? demanda-t-elle innocemment.

Tim lui lança un regard noir, avant de jeter un dernier coup d'œil de regret à la pierre.

- Bon… Je reviendrai, soupira-t-il.

Gaïa lui offrit un sourire carnassier avant de se remettre à marcher, s'approchant cette fois d'Hakim, Holmes grognant mais la suivant tout de même.

- Par Merlin, il faut vraiment qu'on lui apprenne la patience à celle-ci, entendit-elle Tim grogner.

Elle sourit, amusée, avant de reprendre son rythme sérieux.

Elle n'aimait pas Hakim.

Définitivement pas.

Il y avait une distance dans son comportement, une impression qu'il faisait un effort constant pour ne pas prononcer une parole en l'air, ou faire un geste déplacé, qui énervait particulièrement Gaïa. Elle était prise d'une irrésistible envie de le secouer pour le forcer à lui dire ce qui n'allait pas. Sauf qu'elle ne pouvait pas être violente. Ce ne serait pas bien vu.

Sauf que c'était le guide du moment. Donc, elle devait faire un effort.

Et comme elle était curieuse, elle allait poser toutes les questions qui lui étaient venues à l'esprit depuis qu'elle était entrée dans cette maison.

- Cela fait longtemps que tu travailles pour Balthazar Baldi ?

Hakim hésita un instant. Gaïa était presque sûre que ce n'était pas dû au tutoiement. C'était comme si sa question était dérangeante.

- Quelques années, oui, répondit-il finalement.

- Tu es jeune, pour travailler depuis quelques années en tant qu'historien, répliqua-t-elle aussitôt.

- C'est que je ne suis pas historien, expliqua lentement Hakim.

Pas bien bavard, qui plus est. Il semblait peser ses mots à chaque fois qu'il ouvrait la bouche. Gaïa claqua de la langue.

- Et comment tu as trouvé le travail ?

Là, Hakim éclata de rire.

- On ne « trouve » pas ce travail, comme tu dis, s'esclaffa Hakim. C'est Balthazar qui vous trouve, si jamais vous êtes assez intéressant pour lui.

Il parut légèrement gêné, tout à coup, comme s'il en avait trop dit. Il comprit qu'il avait effectivement laissé échapper des mots en trop lorsque Gaïa afficha un air suffisant et posa sa question suivante.

- Et qu'est-ce qu'il a trouvé d'intéressant chez toi ?

- J'ai quelques talents particuliers, éluda Hakim.

- Je vois, dit simplement Gaïa.

Elle hocha la tête, amusée. Hakim soupira légèrement, ce qui n'échappa pas à Gaïa, mais elle choisit de ne pas le relever. Après tout, elle n'était pas la personne qui appréciait le plus d'être questionnée, et même si elle trouvait le comportement d'Hakim de plus en plus étrange, elle préféra arrêter là les questions.

Les questions sur qui il était tout du moins.

Elle jeta un coup d'œil au couloir qui s'étendait devant elle, avant de se retourner vers la partie du couloir déjà parcourue. Elle fronça les sourcils.

- Pourquoi est-ce que certaines des œuvres accrochées aux murs sont drapées ? s'étonna-t-elle.

- Restauration, expliqua promptement Hakim. L'usure, ce genre de choses… Elles sont actuellement en attente d'être rénovées par les personnes compétentes.

Les sourcils de Gaïa se froncèrent un peu plus.

- Mais pourquoi ne pas les avoir enlevées du mur, dans ce cas-là ? Ce serait plus logique, non ?

Elle tendit la main vers un drap. La poigne de fer d'Hakim s'abattit sur son avant-bras, à la grande surprise de Gaïa. Gêné, et comprenant qu'il avait attiré plus que nécessaire l'attention du groupe, il recula sa main et se reprit.

- Le bureau de Balthazar est ici.

Il expliquait son geste par le fait qu'en regardant l'œuvre dissimulée, Gaïa aurait dépassé le bureau de Balthazar.

- Ah bon, dit simplement Gaïa en se retournant vers le groupe.

Elle fit quelques pas en arrière.

- Si son bureau est là, qu'est-ce qu'on attend pour y entrer ? dit-elle joyeusement. Après tout, on a des parchemins à traduire, nous !

Hakim sourit nerveusement, et frappa trois coups à la porte. Gaïa se déplaça stratégiquement pour se retrouver à la fin de la troupe, et y aller de son commentaire.

- Sa réaction était étrange.

Cette fois, Hakim ne l'entendit pas. Il paraissait nerveux d'être aussi proche de son patron, tout à coup. Sûrement parce qu'il était impressionné par les connaissances de celui-ci.

- Je rêve ou bien Gaïa vient de faire un commentaire déplacé sur les réactions étranges des autres ? se moqua Tim à mi-voix.

Elle le fusilla du regard, mais comme il lui tournait le dos, l'effet fut moindre. Mais, de toute façon, elle était prête à parier que même de face, son regard n'aurait pas eu grand effet sur Tim. Il était bien trop excité par ce qui allait suivre.

C'était Noël pour lui, et il comptait bien profiter entièrement de la fête.

- Entrez ! leur dit une voix étouffée.

Les portes s'ouvrirent magiquement. Un grand bureau lumineux était dissimulé derrière les grandes portes en bois. Décoré à la mode du siècle passé, les fautes de goût arrachèrent une grimace de dépit à Gaïa, qui aurait aimé qu'un historien soit au moins capable de décorer son antre avec des objets qui représentaient ce qu'il était.

- Entrez, mes amis, entrez ! s'exclama Balthazar.

Il était devant sa baie vitrée, celle qui donnait sur la pente qu'avaient descendue les invités quelques minutes plus tôt. Il avait une vue superbe.

Lorsque les portes se furent refermées dans un doux chuintement, il se retourna enfin, sa canne lui servant d'appui. Il paraissait vieux. Très vieux. Il avait certainement arrêté les activités liées à l'Histoire de la Magie depuis un moment. Gaïa était persuadée qu'il se laissait à présent moisir dans ce bureau, regardant par la fenêtre sa solitude.

- Je suis ravi de vous accueillir aujourd'hui ! Ce n'est pas souvent que l'on me rend visite, dans le coin. Il faut dire que je me suis isolé par choix, et que j'ai perdu contact avec beaucoup de mes amis parce que la vie en a décidé ainsi…, soupira-t-il dramatiquement en prenant place sur le fauteuil derrière son bureau. Je suis encore en vie, mais seul dans cette maison, avec ma canne pour compagne d'infortune… Et quelques serviteurs, dont Hakim. Heureusement que je les ai, reprit Balthazar Baldi avec un sourire. Sans eux, je serais certainement dérangé à toute heure de la journée par des curieux qui veulent me voir, et ne sont même pas sérieux lorsqu'ils souhaitent parler d'Histoire avec moi…

Il secoua tristement la tête, avant de la relever brusquement, comme horrifié.

- Mais je parle, je parle… Je ne vous ai même pas offert de vous installer !

Le pommeau de sa canne se détacha brusquement, dévoilant sa baguette magique. Il l'agita rapidement, démontrant que malgré son âge et son état quelque peu diminué, il était toujours un excellent sorcier, avec des réflexes étonnants. Et qui ne manquait pas tant de goût que cela, remarqua Gaïa en appréciant la forme des fauteuils qui venaient d'apparaître pour leur confort.

- Je vous en prie, prenez place ! s'exclama Balthazar.

Tandis que tous s'asseyaient, il adressa un simple geste à Hakim, qui disparut sans un bruit par une porte dérobée.

- Non pas que je ne fasse pas confiance à mes hommes, expliqua-t-il lorsque la porte se referma complètement. Seulement, j'estime que certaines des affaires que je gère ne regardent que moi. Surtout lorsqu'il s'agit de cette langue…, murmura Balthazar avec un sourire amusé, que personne ne comprit. Enfin. Mes hommes sont très doués dans leur rôle, mais ceci ne concerne que nous.

Il se redressa, posa sa canne contre son bureau, et croisa ses mains sous son menton.

- Je pense qu'il est maintenant temps pour nous de commencer les présentations, vous ne croyez pas ? Je commence. J'ai toujours adoré commencer, avoua-t-il dans un rire amusé. Je suis Balthazar Baldi. Anciennement historien, actuellement retraité. Des problèmes de santé qui se sont déclarés et la notoriété qui allait avec mes capacités à traduire une langue inconnue de tous ont fait que j'ai préféré me retirer de la vie de tous les jours.

- Depuis combien de temps ? le coupa impoliment Gaïa.

- Gaïa ! souffla Hermione.

- Quoi ? Il paraît que c'est le temps des présentations, répliqua la jeune femme en haussant les épaules. J'ai bien le droit de demander des explications supplémentaires, non ?

Ron, James et Tim levèrent les yeux au ciel en même temps qu'Hermione et Ginny lançaient un regard légèrement contrarié à la jeune fille. Harry, au contraire hocha la tête.

- Je suis d'accord avec Gaïa, avoua Harry. Non pas que je doute de vous. Simplement, c'est surprenant que vous ayez choisi l'isolement… et l'ayez obtenu aussi facilement, glissa-t-il avec malice.

Lorsqu'on s'appelait Harry Potter, on savait à quel point il pouvait être difficile d'avoir un moment de répit dans une journée. Non pas qu'il soit réellement jaloux de Balthazar Baldi – seulement, il était surpris de l'entendre dire qu'il avait obtenu la tranquillité aussi facilement.

Balthazar sourit doucement.

- Comme je vous l'ai déjà dit, mes hommes n'ont pas à écouter cette conversation. En revanche, ils sont tout à fait aptes à garder les intrus et les personnes indésirables loin de cette maison. C'est un rôle qu'ils remplissent à merveille, sans vouloir les complimenter exagérément. Évidemment, il leur est arrivé d'obtenir ma tranquillité d'une manière assez brutale, mais je vous avoue que je préfère cela à voir des idiots saccager mon petit chez-moi. Ce point de vue est certes discutable, reprit-il alors qu'Hermione ouvrait la bouche, cependant, j'ai cru comprendre que nous étions ici pour un autre sujet que ma tranquillité… Et pour répondre à votre question, jeune demoiselle, je vis ici depuis longtemps. Avant votre naissance, certainement.

Soupçonneuse, Gaïa leva un sourcil moqueur.

- Avant ma naissance ? Connaissez-vous ma date de naissance, Balthazar ?

- Je dirais que vous avez dans les seize ans ? hasarda-t-il.

Butée et surprise, Gaïa garda le silence. On lui donnait facilement quelques années de plus que son âge, et c'était la première fois qu'on la cernait aussi bien. Ce n'était pas pour la mettre en confiance, d'ailleurs, loin de là. En plus d'être historien, il était capable de deviner les caractéristiques de ses interlocuteurs au bout de quelques secondes. Ce n'était vraiment pas pour la rassurer. Elle détestait qu'un inconnu puisse la cerner de cette façon. C'était certainement les années passées avec Bob qui la rendaient aussi suspicieuse, mais elle ne pouvait s'empêcher de penser que ce n'était pas normal.

- Elle a bien seize ans, répondit Tim à la place de Gaïa. Veuillez l'excuser, elle peut se montrer quelque peu malpolie lorsque l'envie l'en prend…

Il jeta un coup d'œil à Gaïa, qui lui promettait un savon en règle dès qu'ils seraient seuls.

- Et l'envie lui prend assez souvent, à vrai dire.

Il était de toute façon perdu – il avait bien le droit d'enfoncer un peu le clou. Gaïa lui ferait payer son impertinence, quoi qu'il dise et fasse pour se racheter.

Balthazar Baldi rit doucement, d'un rire quelque peu froid, qui glaça le sang de ses invités.

- J'aime ces demoiselles qui ont du caractère… Mais je pense que cela l'agace prodigieusement que nous parlions d'elle ainsi alors qu'elle est dans la pièce. Et, surtout, une fois de plus, nous ne sommes pas réunis aujourd'hui pour discuter de nos âges, mais pour que je traduise quelques parchemins pour vous.

Le silence se fit. De toute évidence, les invités de Balthazar attendaient que l'homme reprenne la parole, alors que lui-même souhaitait en savoir plus.

- Je vous avoue avoir été particulièrement surpris de recevoir cette lettre de votre ami Tim, reprit lentement Balthazar en levant les sourcils. Des lettres de cet acabit, j'en reçois par dizaines, mais étonnamment, celle-ci était la première à attirer mon attention. Tim insistait sur le fait qu'il possédait les documents, et non pas sur l'envie d'en voir. Généralement, expliqua-t-il, je reçois des demandes pour que des historiens viennent contempler les documents que j'ai déjà en ma possession. Je refuse, évidemment.

Il se tourna légèrement, et regarda par la fenêtre.

- Comme je vous l'ai déjà dit, je tiens à ma tranquillité, et ce n'est pas en invitant n'importe qui que je l'obtiendrai. Je comprends la curiosité de ces hommes, soupira Balthazar, faussement affligé. Mais il est temps pour eux de découvrir des nouveautés historiques par leurs propres moyens. J'ai fait mes découvertes. À eux de faire les leurs, maintenant.

Il secoua la tête, comme désespéré. Ses invités se taisaient toujours.

Il avait été convenu qu'ils devaient en dire le moins possible. Tim avait d'ailleurs longtemps rechigné à cela. En tant qu'historien, il estimait qu'on pouvait faire confiance à un de ses homologues, et qu'on pouvait tout lui confier dès le début. Évidemment, la méfiance légendaire de Gaïa, et la difficulté d'Harry à faire confiance aux inconnus, avaient eu raison de lui, et il avait dû accepter – de mauvaise grâce – que l'on taise aussi longtemps que possible ce que l'on savait. Étant donné qu'ils n'avaient aucune idée de ce que pouvaient contenir les parchemins, ils estimaient plus prudent d'en dire le moins possible en amont. Dans le pire des cas, Balthazar Baldi apprendrait quelques informations qu'ils auraient préféré taire lors de sa traduction. Dans le meilleur des cas, il traduirait immédiatement le parchemin permettant de se lancer à la recherche du kidnappeur de Bob. Dans ce second cas, l'affaire serait réglée en un rien de temps, et il ne serait pas nécessaire d'étendre le séjour dans cette maison.

- Enfin. J'ai donc été surpris de votre lettre, Tim. Je me demandais comment il était possible que vous ayez des parchemins de cette langue. Cela se fait tellement rare, et j'ai tellement étudié le sujet, que je pensais être le seul à en posséder encore sur cette terre.

Il y avait une telle fierté dans sa voix qu'on pouvait sentir à quel point cette possession lui donnait une grande estime de lui-même.

- Mais j'avais de toute évidence tort. J'avoue que cela m'a touché dans mon orgueil. J'étais particulièrement fier d'être le seul à pouvoir gérer cette langue. Enfin. Heureusement que vous me demandiez des conseils de traduction, sinon, mon ego n'aurait jamais pu s'en remettre ! s'esclaffa-t-il.

James trembla imperceptiblement. Le rire de Balthazar Baldi était le plus froid qui lui ait été donné d'entendre. C'était comme si cet homme ne connaissait pas la chaleur, ne savait pas ce qu'était le rire. Comme si cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu à rire à une plaisanterie, et qu'il ne riait que pour des idées froides, inhumaines.

À côté de lui, Tim redressa la tête. Il n'aimait pas ce rire non plus.

Harry, Ron, Hermione et Ginny avaient déjà eu l'occasion d'entendre ce rire. Malheureusement. C'était le même que celui de Voldemort. Et ce n'était certainement pas pour leur rappeler de bons souvenirs.

Gaïa, elle, leva le menton avec fierté. Dommage pour Balthazar. S'il avait voulu l'impressionner en riant de façon dérangeante, c'était raté. Elle n'était pas impressionnée pour une Noise de cette pâle copie du rire.

Balthazar ne parut pas gêné de voir que son rire n'était pas repris, pas plus que cela lui fit de la peine de constater les réactions de ses invités. Certainement avait-il l'habitude de cette attitude.

- Bien. À présent, passons aux choses sérieuses.

Cette fois, il y eut une réaction en chaîne. Chacun se redressa sur sa chaise. Même Holmes, qui grognait toujours de temps à autre pour le plus grand plaisir de Balthazar, qui souriait à chaque fois qu'il entendait l'animosité de l'animal, leva l'oreille. Le ton de Balthazar était bien plus sérieux.

- Vous avez donc ces parchemins. Et vous voulez mon aide pour les traduire. Très bien. Mais il y a plusieurs points que j'aimerais éclaircir. Vous en conviendrez, j'ai le droit d'être surpris…

Ils hochèrent lentement la tête.

- Tout d'abord, j'aimerais connaître les circonstances vous ayant menés à trouver ces parchemins. Ils sont rares, et je doute que vous, Tim, les ayez trouvés lors de vos fouilles au Guatemala.

Comment Balthazar était au courant que Tim était au Guatemala il y a encore peu, c'était une question qui en intriguait plus d'un. Mais cela n'étonna pas Tim. Il en avait certainement parlé dans une de ses lettres.

- Ensuite, je suis étonné que vous ayez besoin de les traduire. J'ai cru comprendre que de leur traduction dépendait plus que le besoin de satisfaire votre curiosité personnelle.

Le ton était presque accusateur. Cependant, ses invités ne bronchèrent pas, comme Balthazar s'y attendait. Ils étaient au contraire calmes et assurés, comme s'ils savaient que leurs raisons étaient les plus valables sur cette terre.

- Enfin…

Le ton était presque menaçant, cette fois. Si Balthazar avait été le genre de personne facilement impressionnable, il aurait certainement fait disparaître toute menace de sa voix après avoir regardé Gaïa. En effet, elle le fusillait du regard. Elle n'était certainement pas du genre à se laisser marcher sur les pieds, et l'entendre leur reprocher quoi que ce soit était au-dessus de ce qu'elle pouvait accepter. Déjà qu'elle n'était pas franchement à l'aise dans cette maison, pas plus qu'elle n'appréciait qu'il exige des réponses à des questions personnelles, elle trouvait qu'il était plus que malpoli de prendre ce ton avec eux.

- J'aimerais savoir comment vous avez réussi à me trouver. Car, certes, je suis le seul à pouvoir traduire ces parchemins, et cela se sait… Mais cela se sait peu. J'aimerais donc savoir qui a bien pu vous mettre sur ma piste.

Ses invités se tournèrent d'un seul bloc vers Tim.

- Tu ne lui as pas dit ?

Tim haussa les épaules.

- Je n'en ai pas trouvé le temps, ni estimé cela important, avoua-t-il avec nonchalance en souriant à Balthazar, confiant.

Son sourire s'effrita toutefois peu à peu, jusqu'à disparaître totalement, lorsque Balthazar Baldi lui lança un regard dur et froid. Tim déglutit. L'historien avait bien dit qu'il tenait à sa tranquillité. Même s'il avait accepté ces étrangers dans cette maison qu'il gardait éloignée des curieux, il n'en était pas moins furieux de savoir que quelqu'un avait donné son nom, et expliqué comment le contacter.

- C'est l'un de mes anciens professeurs d'Histoire de la Magie, avoua-t-il sur le ton de l'enfant pris en faute en train de manger des bonbons juste avant l'heure du repas. Léonard Vicenzi. Comment lui vous connaît, en revanche, je ne peux pas vous le dire.

Balthazar sonda le regard de Tim, qui ne broncha pas, quoi que paraissant toujours aussi gêné. Mais l'historien sembla se satisfaire de ce qu'il lut dans les yeux de Tim. Il hocha donc la tête et sourit. De ce sourire qui paraissait sincère. Sauf si l'on regardait les yeux qui, eux, ne souriaient pas du tout.

- Bien. J'ai déjà une réponse. Puis-je en savoir plus sur mes autres questions, à présent ?

C'était étrange, cette manière qu'il avait de s'exprimer. Ses questions laissaient, en principe, la possibilité de les éluder. Mais son ton, son regard, son expression faciale et sa posture laissaient entendre qu'ils n'avaient pas le choix.

Ceci dit, Tim les avait prévenus. « Il est curieux, notre historien, vraiment curieux. Il m'a posé des dizaines de questions, sur Harry, sur les circonstances ayant permis que nous trouvions ces parchemins… Pour Harry, j'ai dit tout ce que je savais et qu'on pouvait trouver dans les livres. Je ne voulais pas en dire trop sans vous en parler. Pour les parchemins, je me suis tu, parce que… » À ce moment-là, il avait regardé tour à tour Gaïa, puis les Potter. Même s'il en savait un peu plus sur qui était Gaïa, il avait conscience de ne pas tout connaître – pour le moment. Et ce qu'il avait en sa connaissance lui paraissait déjà bien assez important pour qu'il ne soit pas celui qui en parlerait à Balthazar.

Harry avait réussi à convaincre Gaïa qu'ils devaient inventer une histoire pour satisfaire Balthazar – du moins dans un premier temps, avant qu'il ne commence à traduire les parchemins. Peut-être qu'il exigerait d'obtenir la vraie histoire, si jamais il découvrait des informations contradictoires ou qui mettaient à jour les mensonges de leur première version de l'histoire des parchemins. Gaïa avait évidemment hésité, n'appréciant pas, tout d'abord, de devoir mentir – elle était toujours aussi peu à l'aise avec les gros mensonges – et n'étant pas particulièrement à l'aise, ensuite, à l'idée de raconter son histoire, bien qu'elle soit modifiée. Comprenant qu'ils ne pourraient pas éviter les questions, elle avait finalement cédé, mais avait exigé que ce soit Harry qui raconte l'histoire – il était celui en lequel elle avait le plus confiance pour rebondir sur des questions embarrassantes, avec Hermione, mais Hermione rougissait trop facilement.

Harry se redressa encore un peu, calant son dos plus confortablement contre le dossier de son fauteuil. L'attention se recentra sur lui. Avec le temps, il avait appris à faire avec – mais ne l'appréciait pas pour autant, et c'était aussi pour cela que Gaïa avait voulu qu'il soit celui qui raconterait leur histoire. Elle ne voulait pas qu'Hermione se sente obligée d'ajouter des détails. Elle voulait qu'Harry aille au plus court, et il le ferait – parce qu'il ne souhaitait pas qu'on s'attarde sur lui.

- Gaïa ne fait pas partie réellement de notre famille. Disons qu'elle en fait partie, mais de façon très éloignée, et que nous n'avons pas eu l'occasion de nous rencontrer avant il y a quelques mois. Il se trouve que son père n'a jamais estimé qu'il devait renouer ou…

Il fit une petite pause, sourit, gêné. Ça aussi, c'était dans le plan. Harry était finalement un meilleur acteur que ce à quoi s'attendait Gaïa.

- Disons plutôt « nouer » le contact avec moi. Comme je vous l'ai dit, nous faisons partie de la même famille, mais c'est le cas pour la majorité des sorciers. Et son père n'a jamais vraiment apprécié la compagnie des autres. Il a toujours aimé vivre seul avec sa fille…

Gaïa se retint de justesse de pousser un grognement. Après la tristesse, le fait que Bob lui ait dissimulé durant des années qu'elle n'était pas sa fille la mettait à présent dans une colère noire. Mais ce n'était pas le moment. Holmes parut sentir qu'elle n'était pas à son aise, et il se leva d'un bond, pour poser sa tête sur ses genoux. Elle enfouit sa main dans son pelage, à la base du cou. Et elle eut la surprise d'accrocher du coin de l'œil le regard de soutien de James. Elle pencha légèrement la tête pour lui faire comprendre qu'elle avait vu son geste. Et qu'elle le remerciait.

- Et ma popularité n'était pas pour lui plaire, continua Harry, imperturbable. À vrai dire, je le respecte énormément pour ceci. Si vous saviez le nombre de personnes qui a trouvé des liens de parenté avec moi, et en a joué…

Balthazar Baldi hocha la tête.

- J'imagine que cela ne doit pas tous les jours être facile de se nommer Harry Potter…

- Se nommer Harry Potter est plutôt facile, plaisanta celui qui s'appelait ainsi. Ça sonne plutôt bien. Mais c'est la célébrité qui va avec le patronyme qui est parfois gênante…

Quelques rires s'élevèrent, y compris celui de Balthazar. Gaïa allait de surprise en surprise alors qu'Harry racontait son récit. Elle tourna la tête, et James, qui l'observait toujours, sourit, amusé. De toute évidence, c'était la première fois qu'il voyait son père se comporter de cette façon, et cela lui plaisait autant que cela le surprenait.

Balthazar reprit rapidement son sérieux, et Harry comprit qu'il ne pouvait pas le faire patienter plus longtemps.

- Comme je le disais, nous ne connaissions pas Gaïa et son père. Pourtant, je dois avouer avoir fait quelques recherches sur ma famille, pour retrouver des personnes qui auraient pu me parler de mes parents…

Il secoua lentement la tête, et Ginny posa la main sur l'épaule de son mari.

À cet instant, Gaïa songea sérieusement à monter une troupe de théâtre, avec les Potter en tant qu'acteurs principaux. Elle n'aurait jamais pu les imaginer être aussi doués pour feindre. Ceci dit, ils avaient certainement dû mentir et jouer la comédie lorsque la guerre battait son plein et qu'ils devaient se cacher, ou dissimuler des informations aux ennemis.

- Mais nous n'avons pas retrouvé Gaïa. Enfin, cela n'est pas grave, puisqu'elle est là aujourd'hui.

Il se tourna vers la jeune fille, qui lui sourit, comme cela était prévu. Elle ne parvint cependant pas à mettre toute la sincérité nécessaire. Elle réalisait qu'elle faisait presque partie de la famille Potter, mais qu'elle n'avait pas la moindre idée de comment on pouvait se comporter avec les membres de sa famille. Elle réalisait qu'elle ne les avait jamais remerciés pour ce qu'ils avaient fait pour elle, et qu'ils n'avaient sûrement pas compris à quel point elle les appréciait, à quel point elle se sentait proche d'eux, et à quel point elle avait envie de les protéger.

Des sentiments que son père avait voulu qu'elle ne découvre jamais. Pourtant, elle avait fini par les ressentir, ces sentiments.

Sa main s'accrocha un peu plus à la fourrure d'Holmes.

- Cependant, je vais être obligé de rajouter un mot à ma dernière phrase, soupira Harry en secouant tristement la tête. Le mot « malheureusement » s'adapte particulièrement à la situation. Il se trouve que le père de Gaïa a brusquement disparu. Il avait laissé les parchemins à Gaïa, et un bout de papier sur lequel était écrit mon nom. C'était tout ce qu'elle avait, lorsqu'elle est arrivée chez nous.

Sans oublier les blessures, les vêtements déchirés, la méfiance… Gaïa sourit en se rappelant l'état dans lequel elle s'était présentée aux Potter. Ce n'était pas son meilleur jour.

Réalisant que le sourire n'était pas adapté à la circonstance, elle l'effaça rapidement de son visage, pestant quand elle comprit que Balthazar l'avait vu dans cet instant de bonheur. Elle reprit une expression neutre, légèrement attristée, se morigénant et songeant certainement qu'elle devrait se punir avant de punir Tim.

Non, parce qu'elle n'avait pas oublié que cet imbécile avait insisté sur son mauvais caractère auprès de Balthazar. Quitte à ce qu'il critique son caractère et ses manières, autant que ce soit pour quelque chose qu'elle avait fait.

- Gaïa est donc venue me trouver, mais…

Harry soupira, théâtral. Vraiment, Gaïa se disait qu'il pourrait se lancer dans les arts de la scène le jour où il en aurait assez du métier d'Auror et des cicatrices qui allaient avec.

- Si j'étais bien en mesure de lui dire que j'étais Harry Potter, je ne pouvais cependant pas l'aider avec les parchemins. Heureusement, mon fils était à la maison ce soir…

Il désigna James de la main.

- Et il m'a rappelé que Tim était spécialisé dans tout ce qui avait trait à l'Histoire de la Magie. Nous avons donc attendu le retour de Tim de sa mission au Guatemala pour les lui montrer. Voilà pour l'histoire de ces parchemins, et comment ils sont arrivés en notre possession. Et nous en avons vraiment besoin. Retrouver son père est vital pour Gaïa. Comme vous vous en doutez, comme vous pouvez comprendre que c'est important pour chaque enfant.

Harry termina là son récit. Balthazar prit quelques secondes pour réfléchir avant d'hocher lentement la tête.

- Évidemment, murmura-t-il. C'est très important, la famille. Réunie, elle peut faire tellement…

Gaïa haussa un sourcil. Elle n'aimait définitivement pas cet homme, et Holmes semblait penser la même chose, puisqu'elle sentit le grondement qui remontait de sa gorge. Balthazar éclata de rire en le percevant.

- Votre chien n'a pas un très bon caractère ! s'esclaffa-t-il.

- Un peu comme moi, rétorqua Gaïa.

Pour modérer ses paroles, elle ajouta un grand sourire à ce qu'elle venait de dire. Étonnamment, cela n'agaça pas Balthazar, qui rit une nouvelle fois, avant de reprendre son sérieux.

- Je comprends… Effectivement, la raison qui vous pousse à traduire ces parchemins est plus que raisonnable, et je la comprends et la respecte totalement.

Il se leva avec quelques difficultés, s'appuyant sur sa canne. Il contourna son bureau, s'approchant de son mur où une peinture était dissimulée par un voile. Gaïa leva les yeux au ciel, agacée. Est-ce qu'il n'aurait pas pu enlever les peintures du mur, plutôt que de les cacher ? Elle trouvait cela particulièrement énervant de savoir que les œuvres étaient près d'elle, mais invisibles.

- Si mon tableau ne nécessitait pas de toute urgence une restauration, je vous l'aurais volontiers montré, avoua Balthazar en se retenant de toute évidence de poser la main sur le cadre. C'est ma pièce maîtresse, et il mérite que chacun s'arrête pour le contempler, à mon humble avis.

Il se retourna, un sourire presque moqueur sur les lèvres.

- Enfin, mon avis n'est peut-être pas si humble que cela. Après tout, je suis un spécialiste des œuvres antiques…

- Est-ce une œuvre antique ? répliqua Gaïa.

Balthazar lui offrit un regard mystérieux.

- Elle pourrait. Mais assez parlé. Je ne vais pas traduire vos parchemins ce soir. Comme vous pouvez le constater, je suis âgé, et ma santé n'est plus ce qu'elle a été, murmura-t-il avec peine. J'ai besoin de repos. Mais soyez rassurés. Dès demain, nous allons nous mettre à traduire ces parchemins. Je suis désolé de prendre congé de vous aussi rapidement, mais malheureusement…

Il désigna sa canne en soupirant, peiné.

Ses invités murmurèrent qu'ils comprenaient, et se levèrent prestement. Sauf deux.

Que Gaïa reste à sa place était évident. Elle détestait les ordres, et mettait toujours du temps avant de les suivre. Ce qui était plus surprenant, c'était de constater qu'Harry était lui aussi assis mais que, surtout, il avait le même air buté que Gaïa sur le visage.

- Il se trouve, monsieur Baldi, que nous avons nous aussi quelques questions à vous poser, commença Harry avec un sourire.

Il ne paraissait pas du tout anxieux à l'idée de paraître malpoli. En réalité, on aurait pu dire qu'il jouait avec ce caractère si différent du sien, comme cherchant à prouver une théorie.

Gaïa ne se retourna pas vers lui, aussi surprise soit-elle. Elle ne voulait pas que Balthazar puisse se douter qu'Harry et elle n'avaient pas prévu ensemble de rester plus longtemps pour lui poser des questions. Non, elle resta stoïque. Elle sourit doucement.

- Effectivement, les questions qui me trottent en tête sont nombreuses, et pour ce que j'en sais, celles d'Harry sont tout aussi nombreuses…

Balthazar se retourna lentement vers eux, légèrement crispé.

- Comme je vous l'ai dit, je suis fatigué. Ma journée a été longue, et celle de demain sera encore plus éprouvante, du fait que je vais traduire un bon nombre de parchemins…

- Justement, rétorqua Gaïa. Autant répondre dès maintenant à nos questions. Plus vite cela sera terminé, plus rapidement vous pourrez vous reposer. Qu'en pensez-vous ?

Les lèvres de Balthazar se crispèrent. Il ne pouvait pas couper aux questions, lui non plus. Lentement, il retourna s'asseoir, son faux sourire totalement absent de son visage à présent.

- Bien…

Ceux qui avaient déjà quitté leur siège le retrouvèrent. Ils étaient tous surpris, c'était lisible sur leur visage. James se tourna vers Tim, pour voir avec lui s'il savait quelles questions pourraient avoir Harry et Gaïa et auxquelles il n'aurait pas répondu. Il pensait que Tim aurait donné tous les renseignements susceptibles d'intéresser son père et Gaïa. Mais lorsqu'il accrocha le regard de son meilleur ami, celui-ci parut vaguement gêné, comme se disant qu'il aurait dû prévoir les questions de Gaïa – évidentes – et celles d'Harry – plus surprenantes.

- Que voulez-vous donc savoir ? demanda le plus poliment possible Balthazar Baldi.

- Eh bien… Certainement la même chose que vous ! répliqua Gaïa.

Les yeux de Balthazar se réduisirent à deux fentes minuscules. Il appréciait autant que Gaïa les comportements trop directs et qui allaient à l'encontre de ce qu'il voulait.

Harry regarda Gaïa, lui intimant le calme et de le laisser gérer l'interrogation. À contrecœur, mais parce qu'elle savait qu'elle n'obtiendrait jamais les réponses qu'elle souhaitait, elle accepta de le laisser faire, en pestant. Mais c'était le propre de Gaïa de pester, aussi Harry ne s'en formalisa pas.

- Je vous avoue être plutôt surpris de savoir que vous êtes le seul à posséder la capacité de traduire ces parchemins, commença lentement Harry. Est-ce que vous l'avez appris de façon autodidacte, ou bien vous l'a-t-on enseigné ?

Gaïa fronça les sourcils. Une fois encore, Harry lui intima d'un regard de lui faire confiance, mais elle ne comprenait pas le sens de sa question. Qu'est-ce que la réponse pourrait bien leur apporter de nouveau ?

- Eh bien…

Balthazar hésita. Oh, c'était infime. À peine un centième de seconde d'hésitation, mais cela suffit à Harry et Gaïa – ils saisirent cette hésitation. Et leur intérêt grimpa en flèche.

- On m'a enseigné la langue, oui. Par un ancien professeur. Qui n'est plus de ce monde, à vrai dire… Paix à son âme. C'était un grand homme, quoiqu'un peu dérangé parfois. Vouliez-vous savoir autre chose ?

Il semblait plus pressé, à présent. Mais cela n'avait rien à voir avec sa fatigue. Ses yeux brillaient, certes, mais c'était plutôt dû à la réflexion qu'à l'épuisement. Il semblait prêt à réagir à chacun des mots de ses invités.

- Oui, à vrai dire, continua Harry. Comment avez-vous trouvé les textes qui font votre célébrité ? Lors de quelles fouilles ?

- Cela remonte à il y a déjà quelques décennies, murmura son hôte en fronçant les sourcils. Je dirais… hum… C'était lorsque j'étais en Égypte, oui… Il y a trente ans ? hasarda-t-il. Je pense que cela date de cette époque. Mais je connaissais déjà la langue d'auparavant. Mon professeur me l'avait enseignée à l'aide d'un parchemin que lui-même possédait. Je ne suis pas en mesure de vous dire comment il était entré en la possession de ce document, en revanche. Je sais simplement qu'il en avait un.

C'était une réponse rapide. Harry hocha la tête, comme analysant la situation.

- Je vois. Vous vous intéressez aux langues, donc…

- Les langues oubliées, oui.

- Je vois, répéta Harry.

Gaïa, elle, ne voyait pas du tout ce qui intéressait tant Harry. Lorsqu'elle le regardait, elle comprenait qu'il avait obtenu les réponses qu'il voulait, mais elle ne comprenait pas les questions. Comme si Harry avait une idée en tête, et qu'il la suivait, sans en parler aux autres.

Elle fronça les sourcils.

- Tu as encore une question ? demanda-t-elle rapidement à Harry.

Il sursauta en réalisant qu'il se taisait depuis un moment déjà.

- Pardon, se reprit-il. Oui, une dernière question. À part vous, connaissez-vous d'autres personnes qui soient en mesure de traduire ces parchemins ?

Balthazar Baldi réfléchit quelques secondes.

- Eh bien, je ne crois pas. Je suis le seul à être recherché par les historiens du monde entier pour discuter de mes talents de traducteur, s'esclaffa-t-il. Donc, je ne pense pas qu'une autre personne que moi soit capable de les traduire.

- Hum… Et votre professeur n'a pas voulu l'enseigner à qui que ce soit d'autre ? Et vous, vous ne souhaitez pas que la connaissance de cette langue se perpétue ? Vous voulez être le dernier à comprendre cette langue ?

Un sourire déforma le visage de Balthazar.

- À vrai dire, si vous le méritez, je suis sûr que je pourrai vous enseigner les rudiments de la langue… Et vous me demandiez si mon professeur avait enseigné cette langue à quelqu'un d'autre que moi. J'en doute foncièrement.

- Je vois…

- Avez-vous terminé ? Je suis réellement fatigué, se plaignit Balthazar.

Harry se tourna vers Gaïa, toujours immobile.

- Tu as des questions ?

Gaïa sourit.

- Une seule, à vrai dire. Quel âge avez-vous ? Parce que vous dites être le seul à maîtriser cette langue, mais on ne trouve aucun document sur vous permettant d'en savoir plus sur qui vous êtes…

Balthazar parut surpris par la question, avant de sourire légèrement.

- Eh bien, j'ai… bien plus que les sorciers que tu as certainement rencontrés. Et pour être plus précis, j'ai dépassé la barre du centenaire.

Gaïa lui sourit doucereusement, en réponse à son sourire mauvais.

- C'est bien ce qu'il me semblait. Comme quoi, vous n'êtes pas le seul à deviner l'âge des autres, répondit-elle à son air interloqué. En ayant plus de cent ans, vous avez forcément besoin de sommeil. Alors, nous allons vous laisser vous reposer.

Elle comme Harry sentaient le poids des regards de leurs compagnons, des regards remplis de questions, auxquelles ils devraient répondre d'ici peu.

- Holmes, viens, exigea Gaïa alors que le chien grognait un peu – pour la forme, certainement. Merci encore pour votre accueil, monsieur Baldi. Et pour avoir accepté de répondre à nos questions, évidemment…

Soit Gaïa était devenue la princesse de la politesse en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, soit quelque chose ne tournait pas rond, se dit James alors qu'ils prenaient tous la direction de la sortie. Il aurait voulu dire quelque chose, et il n'était d'ailleurs pas le seul. Un sourire frémissait difficilement sur les lèvres de Tim, et Ron était en pleine réflexion. Ginny lança un regard curieux à son mari, mais c'est Hermione qui régla la situation. Elle secoua doucement la tête, pour leur faire comprendre qu'il ne fallait pas poser de questions devant Balthazar Baldi, surtout si ces questions pouvaient soulever le manque de cohésion du groupe.

Gaïa fermait la marche, Holmes prenant son temps pour la suivre. Elle était la dernière dans le bureau. Au dernier moment, et parce qu'elle voulait vérifier quelque chose, elle se retourna.

Balthazar était à côté du tableau qu'il estimait être sa plus belle pièce. Il remettait le drap, précipitamment. Il se retourna, vaguement gêné, et même en colère, lorsqu'il devina que Gaïa était toujours dans la pièce.

Elle lui offrit un sourire resplendissant.

- Je suis sûre que c'est une très belle pièce, pour que vous en preniez autant soin. J'aimerais beaucoup la voir avant notre départ… Bonne soirée, Balthazar.

Elle n'avait pas à faire preuve de plus de politesse avec lui, décida-t-elle lorsqu'elle referma le bureau derrière elle, toute trace de sourire disparue.


Note d'auteur

Je ne sais pas si certains ont lu ce chapitre avant ma note d'auteur et la vérification des deltas ; j'étais un peu pressée en le postant. Mais je viens maintenant !

Primo, merci à DelfineNotPadfoot pour la correction, les débats, tout ça, tout ça. Ensuite, merci à vous, revieweurs, pour vos reviews du feu de Dieu (même si je passe des heuuuuuuuuuures à y répondre). Quoi d'autre, quoi d'autre... Bon, je ne sais pas trop quoi vous annoncer de plus. En ce moment, je relis les derniers chapitres, les peaufine, rajoute des éléments manquants, etc.

Sinon, j'espère que vous appréciez toujours autant les chapitres (malgré leur longueur !) et que vous ne désespérez d'avoir la fin ! Allez, plus que trois chapitres, et un épilogue. Dans un mois, MdM sera bouclé !

Bonne semaine à tous, et si vous voyez des deltas manquants... Vous connaissez la chanson.