Chapitre 15
Où l'on se lance à l'aventure.
- Écoute, Holmes, tu vas rester ici bien sagement, d'accord ?
Gaïa sourit difficilement quand elle crut voir le chien secouer la tête pour exprimer son désaccord. Parfois, elle avait le sentiment qu'Holmes était bien plus compréhensif que les êtres humains qu'elle connaissait. L'avantage des êtres vivants qui ne parlaient pas. Ils avaient appris à écouter, quand la plupart des humains de son entourage avait perdu leur ouïe le jour où ils avaient découvert la parole.
- Je suis désolée, mon beau, mais si, dit-elle avec douceur. Tu as été d'une grande aide jusqu'à présent, et tu m'as permis d'ouvrir l'œil depuis que nous sommes arrivés ici, mais je refuse que tu me suives dans cette partie de l'aventure.
Le chien gémit et gratta le tapis coûteux où il s'était installé pour dormir. Il avait fini par renoncer à sa nuit de sommeil lorsqu'il avait entendu Gaïa qui se relevait doucement. Il avait aussitôt sauté sur ses pattes pour la suivre, certainement parce qu'il pensait qu'il était l'heure d'aller jouer, mais Gaïa avait réfréné ses ardeurs. Lui devait rester ici, et depuis qu'il avait compris le message, il n'en était pas ravi.
Ce dont Gaïa n'était pas ravie, elle, c'était d'être seule dans cette chambre. D'accord, il y avait Holmes, mais elle aurait préféré qu'ils soient tous dans une même pièce. Elle voulait parler à Harry, et n'en avait pas eu le temps. Quand ils étaient sortis du bureau de Balthazar, il était tard, et Hakim ne leur avait pas laissé l'occasion d'être seuls. Et quand elle avait voulu attraper le regard d'Harry, elle l'avait trouvé plongé dans une telle réflexion qu'elle ne pensait pas qu'il soit en mesure de discuter avec elle.
Elle soupira en se redressant. Tant pis, elle ferait ce qu'elle voulait faire seule. Après tout, la solitude était sa meilleure amie. Depuis le temps, elle l'avait apprivoisée, et avait appris à vivre avec. À tel point que la solitude était partie intégrante de sa personnalité, comme l'avait si bien dit James.
- Bon, tu as compris, Holmes ? Tu restes ici. Et tu ne fais pas un bruit !
Le chien gémit une dernière fois pour la forme. Mais comprenant certainement qu'il ne pouvait pas lutter contre la volonté de Gaïa, il se coucha sur le tapis moelleux de la chambre qui avait été attribuée à Gaïa, et la regarda partir, les yeux brillants. Elle secoua la tête, amusée de voir l'animal se comporter comme un enfant capricieux, puis elle se dirigea vers la porte de sa chambre.
Elle avait mis des vêtements sombres, les plus sombres qu'elle avait trouvés dans son sac. Elle avait décidé de ne pas mettre de chaussures – cela réduisait les bruits de marcher pieds nus. Elle avait pensé à prendre ce qu'Harry lui avait donné, bien qu'elle ne sache toujours pas de quoi il s'agissait. La boîte rectangulaire était glissée à l'intérieur de son haut. Et, surtout, elle avait décidé de ne parler à personne de sa petite promenade nocturne – et de ne pas prendre Holmes, qui n'avait pas passé plus de dix minutes sans grogner depuis qu'ils étaient arrivés dans cette maison.
Une fois dans le couloir, Gaïa hésita quelques secondes. Elle avait une bonne vue, et elle était presque certaine que la lueur de la lune serait suffisante pour ce qu'elle comptait faire. Toutefois, la lumière de sa baguette lui permettrait de lire plus rapidement ce qu'elle voulait.
La prudence l'emporta cependant, et elle sortit sa main de sa poche, sans sa baguette. Elle attendit quelques secondes que ses yeux s'habituent à la pénombre, se tenant le plus immobile possible contre sa porte. Elle inspira et expira lentement. Plus sa respiration serait profonde et maîtrisée, moins elle se ferait entendre.
Bob Lockwood n'était peut-être pas son père, et n'avait peut-être pas grand intérêt à la garder près de lui, mais il lui avait au moins enseigné quelques petites astuces utiles.
Ou vitales, selon les points de vue.
Ses yeux mirent moins de temps à s'habituer à l'obscurité ambiante que ce à quoi s'attendait Gaïa. Elle sourit. Comme toujours, sa suffisance revenait lorsque la situation l'exigeait le moins – à la différence que cette fois, personne n'était là pour la lui faire ravaler.
Elle vérifia que personne ne passait dans le couloir, mais pour ce qu'elle en avait compris, l'étage n'était utilisé que par les invités. Les employés étaient… ailleurs. Hakim les avait menés à leurs appartements, et rien de plus. Il n'avait répondu à aucune de leurs questions. Et encore moins à celles qui demandaient où l'on pouvait le trouver en cas de besoin.
Tant mieux, cela lui laissait le champ libre. Tant pis, elle n'en verrait pas d'autres que Hakim.
Toutefois, elle n'était pas là pour découvrir les visages des autres employés du domaine. Elle était là pour s'assurer qu'elle n'avait pas tort.
Elle se décida donc à se décoller de la porte de sa chambre, et avança quelques mètres sur sa droite. Lorsqu'ils étaient revenus de leur entrevue avec Balthazar Baldi, elle avait repéré les œuvres qui avaient été dissimulées par un drap blanc. Longtemps, elle s'était demandé pourquoi on n'avait tout simplement pas ôté les cadres couverts, pour éviter les questions. Elle avait à présent plusieurs hypothèses.
La glu perpétuelle pouvait expliquer que les tableaux ne soient pas enlevés. Cette glu n'avait de perpétuel que le nom, mais pour avoir tenté l'expérience, Gaïa savait que la procédure pour décrocher les tableaux collés grâce à cette glu était longue et difficile.
Elle pensait aussi que la marque laissée par les tableaux, s'ils étaient là depuis le temps qu'elle supposait, ne pourrait pas être dissimulée facilement d'un simple sort.
Enfin, l'hypothèse qui la rendait folle de rage, c'était que leur hôte ne les pensait pas assez intelligents pour se douter de quoi que ce soit, et qu'il se moquait d'eux en laissant les tableaux en place. Et rien que pour cela, Gaïa voulait regarder sous les draps.
Elle arriva devant le tableau le plus proche de sa chambre. Elle posa la main sur le coin du drap et prit une longue inspiration, aussi silencieuse qu'elle en était capable. Le drap glissa lentement le long du cadre qu'il dévoilait, et finit sa chute au sol, retenu par un pan par la main de Gaïa.
Gaïa regarda le cadre qui venait de lui être dévoilé. Elle hocha la tête, heureuse de voir que ses soupçons se confirmaient – et anxieuse de devoir les expliquer d'ici peu aux autres. Pour s'assurer qu'elle ne se trompait pas, elle se pencha légèrement tout en se décalant. En bas à droite du cadre, une petite écriture s'étalait, noire sur le vert du bas du tableau.
Elle soupira, et se redressa. Elle remit le drap à sa place, et avança d'un mètre, pour se poster devant une autre œuvre cachée par un drap. De la même façon, elle fit tomber le linge, et observa le cadre. Un soupir lui échappa une fois encore.
Elle se décida à changer de côté, et à aller voir ce qui cachait derrière les draps qui étaient du côté gauche de sa chambre. Pourtant, lorsqu'elle arriva devant le troisième drap, elle hésita. Il aurait fallu qu'elle parle à quelqu'un de ce qu'elle venait de voir. Elle ne pouvait plus se taire, plus maintenant. Ce qu'elle avait découvert était trop important.
Mais il y avait cette expression Moldue, qu'elle avait entendue plus d'une fois. « Jamais deux sans trois. » Elle devait vérifier, et ce dès maintenant.
Et une fois que ce fut fait, elle prit la décision d'aller parler à Harry.
Elle regarda les différentes portes de cette partie du couloir, et grimaça. Elle n'était plus sûre de laquelle menait à la chambre d'Harry, et elle ne voulait pas réveiller les autres inutilement.
Tout à coup, elle fut prise d'un doute.
Harry avait déjà fait beaucoup pour elle. Elle lui avait imposé sa présence, sans qu'il ne dise rien. Il l'avait prise sous son aile, et acceptait son caractère. Harry avait été plus qu'un père, finalement, ces derniers mois. Et elle voulait, une fois encore, le plonger au cœur du danger ? Alors que finalement, elle était sûre de s'en sortir sans lui. Elle était loin d'être stupide, loin d'être une idiote, loin de ne pas posséder les armes pour se défendre.
Cette fois, sa décision était prise. Elle allait terminer cette histoire toute seule.
Enfin, presque.
- Mais qu'est-ce que tu fiches dehors à cette heure-ci ?! lui siffla-t-on.
Elle leva les yeux au ciel, sans se douter que celui qui l'interpellait ne pouvait pas la voir.
- Je crois que je pourrais te renvoyer la question…, rétorqua-t-elle. Ou bien tu apprécies tellement l'Historien et la maison de notre hôte que tu vas te promener à des heures peu décentes ?
Tim ne répondit pas à sa question, se rapprochant d'elle et regardant le cadre qu'elle venait juste de recouvrir. Il semblait vérifier qu'il n'avait pas bougé de place.
- J'espère que tu n'as pas touché au drap, dit-il précipitamment. Les dommages que tu pourrais faire en exposant ces œuvres à l'air libre seraient horribles !
Gaïa poussa un faible grognement.
- Je m'en fiche complètement de ces foutus dommages. Mais sois rassuré, reprit-elle quand elle coula un regard vers Tim et qu'elle comprit qu'il n'accepterait pas cette réponse. Je n'y ai pas touché…
Elle entendit distinctement le soupir de soulagement du jeune historien.
- Tu n'as toujours pas répondu à ma question, au fait, lui rappela-t-il.
Gaïa regarda dans le couloir avant de répondre, et fronça les sourcils. Tout à coup, répondre à Tim était le cadet de ses soucis.
Il y avait une différence, il y avait un problème. Un changement dans l'atmosphère. Quelque chose n'allait pas, elle le sentait, mais elle n'était pas capable de déterminer pourquoi elle se sentait mal à l'aise. Plus en sécurité, tout à coup.
Et puis, aussi vite que ce sentiment était apparu, il disparut lorsque Tim posa la main sur son épaule. Mais il y avait toujours quelque chose de changé. Et elle n'arrivait pas à comprendre ce que c'était.
- Gaïa ? Tu paraissais ailleurs…
Elle se reprit difficilement.
- C'est parce qu'il est tard, mentit-elle avec aplomb. Mais ça va.
Elle jeta un dernier coup d'œil au couloir, avant de recentrer définitivement son attention sur Tim, et de lui sourire.
- Tu veux savoir ce que je fais dehors à une heure pareille ? Je cherche des réponses à mes questions.
- Comment ça ? s'étonna Tim, franchement surpris.
- J'ai vu un bout du tableau drapé qu'il y avait dans le bureau de Balthazar, expliqua Gaïa. Et ce que j'ai vu me suffit à vouloir explorer le reste de la maison.
Elle sentit qu'elle avait attiré l'attention de Tim. Mais pas de la façon dont elle l'avait espéré. À vrai dire, elle avait envie de dire qu'elle effrayait Tim en parlant ainsi, bien plus qu'elle l'intriguait.
- Mais qu'est-ce que tu veux dire ? demanda-t-il précipitamment.
Seulement, il parlait à Gaïa. Elle n'était pas du genre à s'étaler sur ce qu'elle avait en tête. Gaïa était du genre à foncer, c'était bien connu.
Et elle venait d'avoir une idée. Juste pour confirmer que son sentiment de crainte était bien fondé. Parce qu'il avait disparu durant quelques secondes, mais son angoisse venait de reparaître. Et elle était bien décidée à faire confiance à son instinct.
- Que j'ai des soupçons concernant la maison où nous avons atterri, et que je me dis que Bob est bien plus proche que ce que l'on croit. Qu'on n'a pas besoin de traduire des parchemins pour cela…
Tim fronça les sourcils, exagérément. Son cerveau tournait à plein régime, Gaïa en était persuadée. Elle attendit quelques secondes qu'il se décide à agir.
Parce qu'elle devait laisser Tim parler. Elle avait le sentiment qu'il était la clef de son malaise. Lui seul pourrait lui ôter cette sensation désagréable qui lui collait à la peau.
- OK, bon…
Il hésita sur la marche à suivre.
- Tu sais quoi ? Je vais en parler à James, dit-il tout à coup, le visage illuminé. Peut-être qu'il voudra venir avec nous. Ce sera mieux, même.
Gaïa hocha la tête, souriante. Elle n'avait pas de raison de se sentir anxieuse, loin de là. Tim allait chercher James, et tout irait bien.
- J'y vais immédiatement, assura-t-il en se dirigeant vers sa chambre.
Il disparut quelques secondes plus tard derrière une porte, et Gaïa patienta – malgré son aversion pour cela. Elle regarda les tableaux qui n'étaient pas dérobés à la vue des invités. Tous dataient de plusieurs siècles. Son malaise ne cessait de prendre de l'ampleur, mais elle le réfrénait du mieux qu'elle le pouvait, en se persuadant que bientôt, elle serait avec Tim et James, et qu'elle n'aurait plus rien à craindre. Elle avait d'abord voulu partir en croisade seule, c'était vrai. Mais finalement, il était mieux qu'elle accepte la compagnie des autres. Elle en aurait besoin.
Si elle devait être honnête avec elle-même, elle n'avait pas réellement besoin de leur aide. Elle avait simplement besoin de la présence de James.
Mais être honnête envers elle-même, elle n'en eut pas l'occasion. Tim revenait déjà. Seul.
Et ce fichu malaise qui repartait à l'assaut de toutes les fibres de son corps…
Tim secoua la tête à peine arrivé à côté de Gaïa, prenant un air désolé.
- Je crois que James est encore ailleurs du fait de sa rupture avec Chloé, et il n'a pas voulu…
Il ne termina pas sa phrase, laissant à Gaïa le soin de comprendre ce qu'il voulait dire. Elle hocha la tête.
- Je vois. Bon.
Tim laissa le silence s'installer entre eux, observant les réactions de Gaïa. Elle semblait en pleine réflexion.
- Est-ce que tu veux quand même aller chercher des réponses à tes questions ?
Elle hocha la tête, à nouveau pleine de la détermination qui la caractérisait tant.
- Évidemment. Et dès maintenant, même.
Tim parut hésiter encore une fraction de seconde, avant de soupirer et d'hocher la tête.
- Très bien. Partons à l'aventure…
Gaïa fit demi-tour. En toute logique – ou, du moins, selon sa propre logique – ce qu'elle cherchait devait se trouver en bas. Sous le sol. Sous le plancher. Là où il n'y avait que peu de lumière. Et peu de passage. Là où personne n'allait, en somme.
- Qu'est-ce que tu cherches, exactement ? finit par demander Tim d'une voix basse, alors qu'ils tournaient pour la troisième fois à droite.
S'ils prenaient encore un tournant de ce côté, ils reviendraient certainement à leur point de départ. Enfin, selon la logique de Tim. Mais Gaïa le surprit en prenant à gauche. Ils étaient à présent dans un autre des innombrables couloirs, à la différence que celui-ci était rempli de tableaux recouverts. Gaïa jeta un coup d'œil en arrière, et fut ravie de voir que Tim se trémoussait, mal à l'aise.
- Je cherche des cachots, dit-elle dans un souffle.
Elle vit qu'il l'avait entendue et comprise quand elle remarqua son étonnement. Et elle eut la surprise de voir son malaise augmenter.
- Des cachots ? s'étonna Tim. Ne touche pas à ça ! s'empressa-t-il d'ajouter alors que la main de la jeune fille le précédant effleurait dangereusement un drap. Tu vas tout abîmer.
- Et toi, tu vas nous faire repérer, siffla Gaïa en lui lançant un regard noir.
Elle avait toujours des doutes. Son sentiment d'insécurité augmentait sans cesse, mais elle ne pouvait pas encore affirmer qu'elle avait raison de ne pas avoir confiance. Elle prit une profonde inspiration, et tourna à droite. Tim ne la suivit pas. Elle se retourna.
- Qu'est-ce qu'il y a, cette fois ?
Tim secoua la tête. Il regarda autour de lui.
- Est-ce que par là, ça ne serait pas plus… logique, pour des cachots ? On dirait que ça descend…, se justifia-t-il.
Gaïa revint sur ses pas, et observa la direction indiquée par Tim. Elle hocha lentement la tête.
- Tu as raison, oui…
Il soupira de soulagement.
- Mais je veux d'abord aller dans le bureau de Balthazar, le surprit-elle.
Ébahi, il ne sut comment réagir. Gaïa avait déjà parcouru une dizaine de pas avant qu'il ne se ressaisisse et ne la rejoigne.
- Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond dans ton esprit ?! Tu dis d'abord qu'on va dans des cachots, ce qui est déjà bizarre, et voilà que tu m'annonces autre chose… On ne va pas pénétrer dans son bureau par effraction !
Elle eut un sourire narquois en entendant la frayeur dans la voix de Tim, mais ne tenta pas de le réconforter.
- Par effraction, c'est uniquement s'il y a une serrure qu'on fracture, n'est-ce pas ? demanda innocemment Gaïa. Il n'y a pas de serrure sur la porte du bureau. J'ai vu ça en repartant.
Tim se gratta l'avant-bras. Il n'était pas à l'aise, pas du tout. Et c'était exactement ce que voulait Gaïa, à présent. Elle hocha la tête, et reprit sa route. Elle prenait une route différente de celle qu'ils avaient empruntée plus tôt dans la journée, mais elle savait où elle se dirigeait. Elle avait un sens de l'orientation infaillible – ou presque. Elle allait trouver sa route. Sans problème.
Elle jeta un dernier regard en arrière. Tim la suivait, toujours aussi mal à l'aise. Si seulement il pouvait être un meilleur dissimulateur, Gaïa aurait pu croire qu'il se comportait ainsi parce qu'il n'appréciait pas le noir. Mais là, elle savait que ce n'était pas pour cela.
Elle n'était pas idiote. Pas plus idiote devant le jeu de Balthazar que face à celui de Tim. Tant pis pour eux s'ils pensaient avoir affaire à plus faible qu'eux. Ils n'avaient pas encore compris qui était réellement Gaïa.
Ils arrivèrent devant le bureau de Balthazar Baldi. Comme l'avait dit Gaïa, il n'y avait pas de serrure, et nul besoin d'un sortilège d'Alohomora pour ouvrir la porte. La preuve que Balthazar les prenait pour plus stupides qu'ils n'étaient – ou, du moins, plus stupides que ne l'était Gaïa. Alors que Tim n'aurait certainement jamais osé pousser la porte en bois, Gaïa n'hésita pas un seul instant. Elle entra, et Tim la suivit aussitôt. Sauf que lorsqu'elle referma la porte, le noir complet se fit.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? grommela Tim. Gaïa, tu es où ?
Il n'obtint aucune réponse. C'était agaçant que Gaïa se taise ainsi. C'était son caractère, bien sûr, mais ce n'était pas le moment de jouer avec les nerfs de Tim.
- Gaïa, est-ce que tu m'entends ? Qu'est-ce que tu fais ?
Il venait d'entendre le bruissement d'un drap que l'on fait glisser. Une sueur froide courut le long de son dos, mais le fait que Gaïa puisse voir un des tableaux dissimulés n'était rien comparé à la peur dû à son aveuglement.
- Tu vois quelque chose ? s'étonna-t-il franchement. Gaïa, par Merlin, réponds-moi ! Je commence à avoir presque peur…
Il se rappela que Gaïa ne portait pas de chaussures. Cela l'avait d'abord étonné, mais avec la jeune femme, il s'était habitué à pire. Sauf qu'à présent, il comprenait que si Gaïa se déplaçait dans la pièce, il ne l'entendrait certainement pas. Elle avait développé un don pour bouger sans faire de bruit.
- Gaïa ? demanda-t-il une dernière fois.
Cela n'allait pas du tout. Rien ne se passait comme prévu, et il n'appréciait pas cela, définitivement. Il devait agir. Réellement. Mais il était Historien, pas Auror, par Merlin ! C'était Harry qui réagissait au quart de tour. James, parfois. Mais lui, il avait toujours eu de mauvaises notes en Défense Contre les Forces du Mal, parce qu'il n'avait pas les bons réflexes. Cela lui avait toujours convenu, jusqu'à aujourd'hui où il devait réfléchir à la vitesse maximale, et que rien ne lui venait à l'esprit. C'était toujours lorsqu'on avait le plus besoin d'agir rapidement qu'on avait la sensation d'être une limace. Et puis, il devait aussi garder son calme, mais il n'y arrivait pas. Et il ne comprenait pas pourquoi cette pièce était dans le noir, alors qu'il savait que c'était magiquement impossible.
C'était comme si un éclair de compréhension avait traversé le cerveau de Tim. Évidemment. Si le noir est si complet, c'est dû à la magie. Ce qui ne l'avançait pas plus, puisque la pièce était toujours en pleine obscurité, et qu'il n'avait pas encore changé cela.
Sauf que la magie pouvait annuler la magie. C'est ce qu'il comprit.
Un dixième de seconde trop tard.
Une baguette se planta dans sa gorge. Il déglutit difficilement, le bois l'empêchant d'effectuer ce simple mouvement régulier.
C'était amusant de pouvoir s'inquiéter de l'obscurité ambiante quelques secondes plus tôt, alors qu'à présent, on s'inquiétait pour sa survie. Amusant de voir nos inquiétudes changer aussi rapidement.
- Tu as déjà connu ce sentiment, Tim ? Celui d'être pris au piège ? Cette sensation qui te prend aux tripes lorsque tu comprends que tu es la personne qui a refermé la porte de ce piège, et que tu es la seule personne à pouvoir la rouvrir ? Le problème, c'est qu'entre le moment où tu as verrouillé la porte et celui où tu as réalisé ce que tu venais de faire, la clef a disparu. Et tu ne peux plus sortir…
Oui, Gaïa comprenait à présent quel était ce sentiment qui lui serrait les tripes, et la faisait pourtant avancer inlassablement depuis que la nuit était tombée. C'était celui d'être pris au piège. Mais elle n'avait jamais aimé les prisons, même dorées, et elle n'allait pas rester immobile à attendre que Balthazar Baldi lui fasse miroiter une échappatoire. Elle avait découvert le tableau qu'il s'était empressé de recouvrir, quelques heures plus tôt, et elle avait vu le prolongement de cette pointe. Elle s'était dit que ça pouvait être la pointe d'un triangle. Elle ne s'était pas trompée. Et le triangle avait, en son centre, un cercle et une barre. Elle n'avait pas besoin de plus d'informations.
Seulement d'explications de la part de celui qui l'avait aidée à refermer le piège.
- On va arrêter de jouer, à présent, Tim, lui murmura doucereusement Gaïa. Cette pièce est plongée dans le noir par ma magie, et elle ne retrouvera pas sa lumière avant que je ne le décide. Sauf que tu ne le verras même pas, puisque tu seras inconscient à ce moment-là.
Une sueur froide coula le long du dos de Tim. Il ne jouait plus. Il n'avait jamais joué. Mais ça, il ne pouvait pas l'expliquer à Gaïa.
- Le fait que tu obtiennes aussi facilement un entretien avec cet homme était étrange, mais j'avoue que je restais intriguée. Après tout, c'était possible. Un bout de parchemin, ça pouvait suffire à l'intriguer, et c'est comme ça que tu obtenais un entretien. C'est tout de même un historien réputé. Selon ce que tu nous disais, donc, finalement, qu'il veuille parler d'histoire avec un inconnu historien n'était pas si bizarre que ça. Quand on te connaît, on s'étonne de moins en moins de ce type de bizarreries… Bon. Que tu sois aussi nerveux avant notre départ, pourquoi pas. Je veux dire, pour toi, c'était une rencontre des plus importantes pour ta carrière, et je comprenais tout à fait que tu veuilles en savoir plus sur Balthazar. Le rencontrer, lui parler pour de vrai. Bien. Allons donc. Cela se tenait encore. Là où j'ai commencé à être surprise, c'est quand tu as dit que tout le monde pouvait venir. Cet homme devait vouloir le calme, la tranquillité, et là, il acceptait que toute une bande d'étrangers débarque ? D'accord, il ne s'agit pas de n'importe quels étrangers. Mais aussi connue que soit cette bande, il n'y avait pas de raison que James vienne, lui aussi. Et les rencontrer, finalement, n'avait pas une grande importance pour un historien comme lui.
Tim se demandait quand est-ce qu'il tomberait en hypothermie. Il se sentait de plus en plus mal. Sa gorge était sèche, il avait l'impression d'être gelé, et il savait qu'il était pris au piège. Gaïa était bien plus rapide que lui en sortilèges d'attaque. Et elle savait se servir de ses poings, aussi. Il avait vu la jeune fille à l'œuvre une fois. Il n'avait pas envie d'être témoin d'une seconde démonstration, surtout s'il devait être celui qui subissait les coups de Gaïa.
Mais il devait arrêter de divaguer. Il avait une Gaïa qui avait tout compris à gérer.
- Mes doutes n'ont pas cessé d'augmenter alors qu'on se promenait dans les couloirs. Tous ces tableaux devaient forcément cacher quelque chose. Mais quoi ? C'était ça, que je n'arrivais pas à comprendre. Et toi qui me donnes une explication vaseuse, sur les œuvres qu'il faut protéger… mais qu'on n'enlève pas pour autant du mur. Il ne fallait pas me prendre pour plus stupide que je ne suis, Tim, parce que ça me rend vraiment en colère… Tu comprends, ça ?
Oui, il le comprenait. La baguette enfoncée dans sa gorge tremblait, et il se doutait que si Gaïa tremblait, c'était de rage plutôt que de peur.
- Mais je ne pouvais pas vérifier alors qu'on était en route pour voir Balthazar. Je devais attendre encore un peu, évidemment. Alors j'ai poursuivi ma route. Je me suis tue, et j'ai attendu. J'ai été surprise que personne ne nous propose d'ôter nos vestes. Ni Hakim, ni Balthazar. Comme s'ils savaient que nous cachions quelque chose. Et comme s'ils savaient ce que nous cachions, ce qui est pire…, murmura-t-elle. Alors, là, le doute s'est immiscé encore plus loin dans mon esprit. Qui aurait pu nous vendre ? Je ne voyais pas, ou ne voulais pas voir. Mais ce n'était pas grave. Ils pouvaient savoir ce que nous cachions, mais ne pas vouloir en parler. Très bien. Et puis, j'ai remarqué que Balthazar portait lui aussi des vêtements aux manches longues. Sauf qu'il faisait une chaleur incroyable, dans son bureau. Il n'avait pas besoin d'une telle couche. Ce qui voulait dire que lui aussi cachait quelque chose… Comme un tatouage. Et je me suis souvenue, alors, que depuis quelque temps, tu regardais avec insistance nos poignets. Comme si tu remarquais ce que tu n'avais alors jamais vu.
S'il l'avait pu, Tim aurait grogné pour se maudire de son imbécillité. Malheureusement, la baguette de Gaïa l'empêchait de faire plus que respirer.
- Ça commençait à faire beaucoup de bizarreries, à vrai dire, et cela me perturbait. Et puis, Harry a voulu poser des questions qui m'intéressaient, moi aussi. Je me suis donc dit que je n'étais pas la seule à m'étonner du personnage qui nous accueillait. Mais les questions ont été vite expédiées, n'est-ce pas ? Ceci dit, elles m'ont suffi. J'ai remarqué le comportement d'Holmes. Toujours en train de grogner lorsqu'il sait qu'il y a un danger. Tu savais qu'il avait grogné en reconnaissant l'homme qui avait tué sa propriétaire ? Du moins, on pense que c'est de cet homme dont il s'agit. Ce qui est sûr, c'est qu'il savait que cet homme était mauvais. Et depuis quelques jours, il grogne après toi. Et il grogne après Balthazar. Tant de petits signes qui font dire que je ne me trompe pas lorsque j'affirme que Balthazar Baldi détient mon père en otage. Et la pierre philosophale, aussi…
Le souffle de Tim s'accéléra pour quelques secondes.
- Je vois que tu n'es même pas surpris. J'imagine qu'il t'a tout raconté… Je me disais bien que vous ne paraissiez pas vous rencontrer pour la première fois. Tu l'as déjà vu, et c'est pour cela que tu t'es permis une telle familiarité avec lui.
Le mépris dans la voix de Gaïa était tel que Tim ne voulut pas se justifier. Pas immédiatement.
- J'ai voulu m'assurer de quelques petits détails, évidemment, avant de me lancer à la recherche de mon père. Parce que je sais qu'il est ici. Mais je devais tout de même m'assurer d'avoir toutes les cartes en main. Alors j'ai regardé quelques-uns des tableaux de notre couloir. Ceux qui sont cachés par des draps. Ce sont des portraits. De Balthazar. Généralement seul, parfois avec d'autres personnes. Et tous ces tableaux sont datés. Tu sais de quand ? De plusieurs siècles, murmura-t-elle songeusement. Plusieurs siècles… Ce n'est pas rien, n'est-ce pas ? Mais évidemment, il ne peut pas s'en vanter devant Harry Potter, qui a détruit la Pierre Philosophale il y a quelques années de cela. Cela signifierait avouer qu'il en possède un morceau. Et depuis des siècles… Pas bon pour Balthazar.
Gaïa secoua la tête. Elle était ravie de sentir que Tim se liquéfiait au fur et à mesure qu'elle lui parlait. Cela voulait dire qu'elle avait raison. Qu'elle appuyait là où ça faisait mal. C'était exactement ce qu'elle voulait.
- Et c'est là que tu interviens, murmura-t-elle songeusement. Que tu es sorti dans le couloir pour me rejoindre. Ton erreur, Tim, c'est d'avoir décidé de me surveiller. On ne peut pas me surveiller, Tim. J'ai appris à surveiller les autres. C'est devenu une seconde nature chez moi. Tu pensais vraiment que je n'allais pas remarquer ta nervosité alors que je me tenais près d'un tableau censé être restauré ? Tu crois que je n'ai pas remarqué que tu n'as pas cillé alors que je touchais cette sculpture, il y a trois couloirs ? Tu avais tellement peur que je découvre un tableau que tu n'as même pas fait attention à ce que je faisais des autres œuvres.
Elle rit doucement, amusée.
- Et puis, ce mensonge par rapport à James… Merlin, Tim, tu n'avais même pas allumé la lumière pour parler à James ! Il serait ailleurs par rapport à sa rupture avec Chloé, mais refuserait de se changer les idées ? On parle de James. Il n'aime pas se morfondre. Et, surtout, il ne t'aurait jamais laissé partir à l'aventure seul avec moi. Jamais.
Tim comprit qu'il avait fait beaucoup d'erreurs. Mais il pouvait encore s'en sortir. Gaïa lui en offrit la possibilité.
- Alors, explique-moi, à présent… Pourquoi, Tim ? Pourquoi te retourner contre ton meilleur ami, te retourner contre Harry, contre moi ? Pourquoi nous mener dans un tel piège ?
Tim inspira profondément. Pendant un instant, il eut peur que Gaïa ne lui laisse pas l'occasion de parler, mais alors qu'il se déplaçait légèrement, elle ne fit aucun mouvement pour l'en empêcher. Il avait raison. Il existait bel et bien une sortie.
- Parce que… Merlin, Gaïa, il a menacé de faire du mal à ma famille ! Mes parents, ma cousine… Toutes ces personnes que j'aime ! Tu ne réalises pas ce que cela voulait dire, pour moi ! J'avais l'assurance qu'il ne toucherait pas à eux, et que…
La baguette de Gaïa s'enfonça un peu plus dans sa gorge. Il se tut aussitôt.
- Tu crois avoir une quelconque assurance avec un homme de cette catégorie, Tim ? Mais tu n'as pas compris que tu ne seras jamais plus qu'une marionnette ? Et, par Merlin ! Le courage, tu connais cette notion ? Tu penses à ta famille, c'est très honorable, mais as-tu pensé au fait que James pourrait perdre la sienne ? À Albus, à Lily ? T'es-tu déjà demandé pourquoi moi, je n'en avais pas, de famille… ? À cause de cet homme ! Je n'ai pas de famille par sa faute, tu comprends cela ? Et toi, tu es prêt à tous nous vendre… Par Merlin, tu me dégoûtes.
Tim frissonna.
- Gaïa, je suis…
- Désolé ? Figure-toi que cela ne t'aidera pas, bien au contraire. Ton pardon, je n'en ai rien à faire. Ce n'est pas pardonner à ceux qui m'ont trahie que j'ai pu me construire une vie décente. Tu n'as pas hésité à tous nous donner à cet homme. Et ça, Tim, c'est quelque chose que je ne peux pas pardonner.
- Mais je…
Il se tut.
- Gaïa, je sais comment est construite cette maison. Je peux t'aider à te guider, à trouver les cachots, à…
Elle éclata de rire, d'un petit rire discret pour ne pas se faire entendre dans le couloir.
- Je possède un sens de l'orientation inouï, lui dit-elle avec suffisance. Je n'ai pas besoin de toi pour trouver mon chemin. À vrai dire, je n'ai plus besoin de toi pour grand-chose.
- Mais je…
- Ton propre piège, Tim, tu te souviens ? lui rappela-t-elle avec un soupçon de douleur dans la voix. Ce piège dans lequel on entre, et qu'on referme derrière soi. Et quand on réalise ce qu'on a fait, cela fait bien longtemps que la clef a été perdue…
Une sueur froide coula une derrière fois contre le dos de Tim. Ensuite, ce fut le trou noir.
∆ | o
James fronça les sourcils en fixant le couloir vide. Il était sûr d'avoir entendu la voix de Tim, quelques secondes avant qu'il n'ouvre la porte. Pourtant, tout était noir et vide. Il s'enfonça un peu dans le couloir.
- Il est là ? s'enquit son père.
James secoua la tête.
- Non, il n'était déjà pas dans la chambre lorsque tu m'as demandé de venir, expliqua James. Je ne sais pas où il est.
- Il est peut-être parti faire un tour, hasarda Ron.
- Avec Gaïa, vous pensez ? demanda Hermione. J'ai été surprise de ne trouver qu'Holmes dans sa chambre…
Le chien leva la tête à l'évocation de son prénom. Il était bien content de voir du monde. Et ce monde était bien déçu que le chien ne parle pas, pour leur dire où se trouvait à présent Gaïa.
Dans un ensemble parfait, ils soupirèrent et se détournèrent du chien. L'attention se reporta ainsi sur Harry qui avait le front plissé, comme soucieux.
- J'ai peur que Gaïa ait décidé d'aller à la poursuite de son idée, toute seule…
- Son idée ? releva Hermione. Tu sais ce qu'elle a en tête ?
Harry soupira.
- Certainement la même chose que moi, mais je ne sais pas comment elle a deviné, de son côté, avoua-t-il en grimaçant. Quoi qu'il en soit, je doute que ce soit une bonne idée qu'elle se promène seule, ou avec Tim, dans cette maison.
- Comment cela ? s'étonna Ginny.
- C'est bien ce qui me semblait, murmura Ron en hochant la tête. Tu as paru songeur toute la journée. Qu'est-ce qui te passe par la tête ?
- Je… je pense que nous sommes dans un endroit dangereux, avoua finalement Harry. Et j'aurais dû insister pour que vous restiez tous à la maison. Surtout toi, James.
Il se laissa tomber sur son lit. Un silence mortifié suivit ses paroles, et il fallut beaucoup de contrôle de la part d'Hermione pour qu'elle finisse par retrouver ses esprits.
- Comment cela, Harry ?
Il désigna son tatouage, puis celui de James.
- Je suis sûr que Balthazar Baldi est l'homme qui recherche Gaïa depuis des années.
Si cela était possible, le silence qui se fit fut encore plus profond que celui qui venait d'avoir lieu.
Ginny se liquéfia sur place. Elle regarda son fils, puis son mari. Évidemment, il était de notoriété publique que les Potter attiraient les problèmes comme les œufs de cloportes les botrucs. Mais elle avait le sentiment que ce problème n'aurait jamais dû arriver. Elle avait toujours eu l'impression qu'après Voldemort, les soucis qu'ils pourraient rencontrer seraient des moindres. À présent qu'elle se retrouvait à nouveau confrontée à un danger de mort, elle s'en voulait de ne pas avoir suivi les conseils d'Harry. Elle aurait dû rester à la maison, et forcer James à rester avec elle. Mais elle n'en avait fait qu'à sa tête.
Ron serra les mains au fond de ses poches pour que personne ne voie les tremblements qui les agitaient. Il avait toujours espéré trouver une vie tranquille après la guerre des sorciers, et il avait espéré que son quotidien serait plus agréable à vivre, et qu'il pourrait en plaisanter au lieu d'en compter les pertes. Là, ce qu'ils étaient en train de vivre était tout sauf une plaisanterie. C'était à nouveau une guerre dans laquelle ils s'étaient lancés. Une guerre à plus petite échelle, qui impliquait moins de personnes. Mais une guerre tout de même. Et toutes les personnes qui en seraient affectées faisaient partie de sa famille. Et ça, il ne pouvait l'accepter. La rage qui l'habitait n'était pas des moindres, et il était impatient d'agir. On ne s'en prenait pas à la famille Weasley sans dommage.
James regarda son père, puis sa mère. L'un comme l'autre connaissait cette atmosphère de guerre, et ils étaient prêts à l'affronter. Ils étaient prêts à se lancer. Mais il savait, au plus profond de lui, que ses parents s'en voulaient de l'avoir entraîné là-dedans. Son père, à l'instant présent, devait se détester d'avoir parlé de leur héritage à ses enfants. Il les avait mis en danger. Et James devait bien se l'avouer, il n'en menait pas large. Il ne connaissait pas ça. Il avait entendu Gaïa en parler, et il avait tenté d'imaginer ce que c'était, mais jamais il n'avait songé que cela puisse être aussi terrifiant. Que se sentir sur le point d'affronter une personne dangereuse et qu'on ne connaissait que peu puisse le liquéfier à ce point lui permettait de réaliser entièrement la difficulté de la vie qu'avait vécue Gaïa.
Hermione, elle, semblait songeuse. Évidemment, prendre conscience du lieu où ils se trouvaient, et de ce que cela impliquait, ne la laissait pas de marbre, bien au contraire. Elle songeait à Rose, à Hugo. À ses parents. Cette fois-ci, elle n'avait pu protéger personne par anticipation. Elle était partie de chez elle en se disant que cette histoire serait rapidement réglée. Que le danger ne se trouvait pas chez Balthazar Baldi. Avoir été aussi aveuglée la pétrifiait autant que cela l'agaçait, et son cerveau ne cessait de chercher les preuves et indices qui avaient fait comprendre à Harry le piège dans lequel ils se trouvaient. Elle repassait chacun des moments de la journée, chacun des petits gestes qu'ils avaient eus, ou que Balthazar avait faits.
- Ses manches longues, comprit-elle dans un premier temps. Ce n'est pas parce qu'il était frileux, ou autre. C'était pour cacher ses poignets. Et s'il n'a pas été étonné que l'on garde nos vêtements, c'est parce que nous proposer de les enlever l'obligerait à remonter ses manches, et à avouer qu'il faisait chaud dans la pièce. Et que nos tenues n'étaient pas adaptées à la température…
Harry hocha la tête.
- Oui. Mais là où j'ai eu tort, c'est que je sais depuis hier soir ce qui risquait de se produire, et que j'ai été assez stupide pour vouloir réunir plus de preuves avant de vous en faire part. Si je vous avais fait part de mes doutes, j'aurais pu vous empêcher de tous venir… Mais non, j'ai été assez stupide pour tout garder pour moi, une fois encore.
Il était dans une telle fureur après lui-même que la main apaisante de Ginny ne suffit pas à l'apaiser. Au contraire, sentir le contact de sa femme alors qu'ils étaient aussi près d'un danger ne fit que le conforter dans son sentiment d'impuissance. Tout garder pour lui, comme il l'avait toujours fait, n'avait fait qu'aggraver une situation déjà périlleuse. Et à présent, Gaïa était hors de portée. Il se retint de justesse de pousser un juron, alors qu'Hermione continuait de réfléchir à ce qu'il venait de dire.
- Tu veux dire que… Hier soir, ton hibou… Mais…
Hermione en perdait ses mots.
- Par Merlin ! souffla-t-elle lorsqu'Harry hocha la tête pour confirmer ses doutes.
Harry lui lança un regard désolé.
- Je m'en veux de bousculer tes convictions, et j'aurais aimé avoir tort. Malheureusement…
- La mémoire génétique existe, murmura Hermione, incrédule. Je n'aurais jamais…
Abasourdie, elle se laissa tomber sur un lit.
- La mémoire génétique ? releva James.
Harry soupira.
- Hier, j'ai réussi à lire les parchemins. Comme si c'était inné, comme si j'avais toujours compris ce qui était écrit sur ceux-ci. J'avais le sentiment que c'était trop ancré en moi, trop naturel, pour que ce soit autre chose qu'une connaissance que je possède au plus profond de moi depuis toujours. C'est ce qu'on appelle la mémoire génétique. Naître avec les connaissances de nos ancêtres. En l'occurrence, la connaissance de cette langue inconnue. Et je doute qu'on puisse pratiquer cette langue autrement que lorsqu'on est un Héritier.
Ils hésitèrent un petit instant.
- Ce qui veut dire que Balthazar Baldi est un Héritier, finit par dire Ginny.
- Exactement, dit Harry. Et l'Héritier de la Pierre.
Il hésita à dire ce qu'il avait appris de plus, puis décida que ce n'était pas encore le moment. Et, surtout, Gaïa devait être la première au courant.
Il se releva rapidement, Holmes sautant sur ses pieds.
- Je pense que Gaïa a compris, grâce à d'autres signes, ce qui se passait ici. C'est pour ça qu'elle a posé ces questions à Balthazar. Et cela veut dire que… Bon, on parle de Gaïa, dit-il avec un sourire gêné. Je ne pense pas avoir besoin de vous dire comment elle réagit. Elle est certainement partie à la recherche de Bob. Et si elle tombe toute seule sur les hommes de Balthazar…
Il secoua lentement la tête, ne préférant pas imaginer ce qui allait se produire.
- Tout le monde en route, exigea-t-il en s'armant de sa baguette. Sauf Holmes. Holmes, tu restes ici, ordonna Harry.
James se demanda si le chien n'avait pas été contaminé par Gaïa. Il était persuadé que l'animal arborait à présent une mine boudeuse et renfrognée à cause de l'ordre qui lui était donné, tout comme Gaïa aurait été capable de le faire.
- Je viens aussi ? s'étonna alors le jeune homme.
Harry hocha la tête.
- Oui. Parce que je ne veux pas qu'on se sépare, à présent. On reste ensemble. Ensemble, on est plus forts.
Et ils allaient devoir être forts, se dit Harry alors qu'il s'étonnait une fois encore de l'absence de Tim. Il avait du mal à croire que le jeune homme ait suivi Gaïa sans prévenir James. Mais peut-être que c'était sa paranoïa qui le faisait parler.
∆ | o
Il faut monter pour redescendre.
C'est ce que Gaïa se répétait inlassablement.
Elle avait remarqué la petite pente du couloir. Elle se demandait si ce n'était pas une illusion magique pour faire croire à ceux qui cherchaient les cachots que ceux-ci étaient dans la direction opposée.
Elle fit une petite pause, et prit le temps de réfléchir. Oui, un sortilège d'illusion était une explication tout à fait plausible. Balthazar ne voulait pas que ses invités, ou prisonniers, aillent vers les cachots, alors il leur faisait croire qu'ils allaient dans la mauvaise direction.
Gaïa était têtue. C'était certain. Mais pour être têtue, il fallait avant tout qu'elle soit persévérante. Alors elle continua sa route, même si le sens commun aurait dû lui faire faire demi-tour. Elle ne faisait pas confiance à son sens commun. Seulement à son sens de l'orientation, qui ne l'avait jamais trahie jusqu'à présent.
Et elle faisait bien de lui vouer une confiance aveugle.
Cela ne faisait même pas cinq minutes qu'elle s'était décidée à poursuivre sa route qu'un passage s'ouvrit à sa gauche. Une porte dérobée, qu'elle n'aurait jamais pu voir si elle ne l'avait pas cherchée, elle en était certaine. Elle s'approcha, et vérifia qu'aucune protection magique n'était posée pour l'empêcher de passer. Quand elle se fut assurée de ceci, elle hésita encore quelques secondes. Si rien ne l'empêchait de passer, cela pouvait vouloir dire qu'un système préviendrait Balthazar qu'elle avait franchi la porte dérobée.
Gaïa regarda derrière elle, puis le passage. Des escaliers descendaient vers les tréfonds de la maison. Elle leva les yeux au ciel. Le temps n'était plus venu de se poser des questions, elle l'avait bien compris. Il était plus que temps d'agir, à présent. Elle posa un pied sur la première marche. Et attendit.
Rien ne se produisit. Elle attendit encore, puis haussa les épaules. Advienne que pourra.
Le passage, contrairement aux couloirs qu'elle venait de parcourir, était éclairé régulièrement. C'était très moyenâgeux, mais des torches étaient fixées aux murs, et diffusaient une chaleur et une flamme presque rassurantes. Presque, parce qu'elle se doutait que ceux qui avaient dû les voir, depuis les cachots, n'avaient certainement pas trouvé rassurantes ces flammes vacillantes qui projetaient de grandes ombres. Quant à la chaleur, Gaïa comprenait à présent qu'elle n'était qu'illusoire. Elle croisa les bras sur sa poitrine, se refusant à frissonner. Pour autant, elle n'était pas rassurée. Cet espace lui rappelait les premiers rêves qu'elle avait pu faire, ceux où elle se voyait comme la meurtrière de Bob. C'était un souvenir qu'elle préférait occulter, mais il revenait inlassablement. Encore plus à présent qu'elle se trouvait dans ces cachots. Mais au moins était-elle assurée du lieu où elle se trouvait. Si elle avait encore un doute, il était à présent dissipé. Elle était bel et bien chez l'homme qui la recherchait depuis sa naissance.
Et alors qu'elle aurait dû être terrifiée, elle sentit finalement qu'il n'y avait pas de meilleur endroit où elle devait se trouver. Elle se redressa, décroisa ses bras, releva la tête. C'était le moment d'être l'héroïne de sa propre histoire.
Elle se trouvait peut-être au cœur du piège, mais elle en était consciente. Et c'était un avantage dont elle comptait bien se servir.
Elle avança à petits pas, le froid du sol en pierre l'empêchant de marcher correctement. Forte de se savoir avec un avantage indéniable, elle se moquait de plus en plus du froid. Elle voulait avancer. Trouver Bob. Et c'est ce qu'elle ferait.
Elle se retrouva tout à coup face à un embranchement, et hésita. À droite, il y avait encore des torches allumées, et les flammes continuaient de bouger. À gauche, une seule torche à l'entrée du couloir, et la flamme restait immobile. Cela voulait donc dire qu'à droite, une entrée d'air frais lui indiquait le chemin pour sortir. À gauche, au contraire, l'air était stagnant, beaucoup plus calme. Elle n'hésita pas plus longtemps. L'idée de Balthazar était de garder Bob en vie, mais dans les pires conditions qui puissent exister, elle en était certaine. Elle prit donc le chemin de gauche.
Elle arriva rapidement dans un cul-de-sac. Mais c'était normal. C'était ce à quoi elle s'attendait.
Une seule porte était visible. Elle pensait que d'autres devaient être dérobées, mais qu'elles seraient visibles si des prisonniers étaient enfermés à l'intérieur. Si une seule porte était visible, c'est qu'un seul des cachots était utilisé. Et ce cahot était forcément celui de Bob.
Le cœur battant à tout rompre à l'idée d'être aussi proche physiquement de Bob alors qu'elle était plus éloignée génétiquement de lui depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu, elle posa la main sur la poignée. Fermée. Le juron qu'elle laissa échapper venait du cœur.
∆ | o
Bob releva la tête. Il était persuadé d'avoir entendu du bruit de l'autre côté de la porte de son cachot, mais il était vrai qu'il faisait de moins en moins confiance à ses sens. Ceux-ci étaient devenus moins fiables au fur et à mesure des traitements qu'on lui avait infligés, et il savait à quel point il était facile de se laisser bercer par une illusion.
Pourtant, il comprit qu'il ne rêvait pas lorsqu'il entendit ce juron que Gaïa affectionnait tant. Et ça, il était certain que ses geôliers ne pouvaient pas le connaître.
Il se demanda sincèrement si elle avait été assez stupide et folle pour venir jusqu'ici. Mais il s'agissait de Gaïa. Si on lui en donnait les moyens, elle était capable de tout, se rappela Bob. Il soupira à l'instant même où s'ouvrait la porte. Il cligna un peu des yeux du fait de la lumière qui pénétrait brusquement son cachot, avant d'être capable de distinguer clairement les contours de l'arrivante.
Elle n'avait pas changé, à vrai dire. Toujours la même adolescente sûre d'elle, avec ce petit air bravache qu'elle perdait dès lors que Bob la regardait sévèrement. Elle avait une nouvelle baguette, constata-t-il simplement. Et elle paraissait en forme. Certainement plus en forme que lui, en tout cas, car lorsqu'elle le vit, elle ouvrit de grands yeux. Elle prit soin cependant de refermer la porte avant de venir le voir. Les précautions avant tout, c'était ce qu'ils avaient toujours dit. Et toujours fait.
Elle traversa à pas lents le cachot, et se tint droite devant lui.
Aucune joie dans chacun des regards. Si l'absence d'enthousiasme de la part de Bob n'était pas surprenante, il comprit cependant que Gaïa savait ce qu'il était – ou, plutôt, ce qu'il n'était pas – quand il réalisa qu'elle ne ressemblait plus à cette Gaïa qui était contente de le retrouver après qu'il se soit absenté toute une journée.
- Tu le sais, dit-il d'une voix rauque.
Elle haussa les épaules en poussant un grognement. Elle n'avait pas besoin de lui demander ce à quoi il se référait. Ce serait stupide de sa part, et ne changerait rien à la situation.
Bob n'était pas son père. Le sujet était clos.
- Faut croire que oui, bougonna-t-elle.
- Et pourtant, tu es là…
- Apparemment.
Ils se jaugèrent du regard.
- Ce que tu peux être stupide, murmura finalement Bob, une trace de mépris dans la voix.
Il y a quelques mois, elle aurait baissé la tête. Reconnu qu'il avait raison, ou, plutôt, fait profil bas. Mais des mois s'étaient écoulés depuis, et Gaïa avait appris qu'elle ne devait plus se laisser faire par son père. Ou, plutôt, par celui qui avait omis de lui dire qu'il n'était pas son père.
- Tu ne peux rejeter la faute que sur toi. Il paraît que tu m'as éduquée. Ou, plutôt… que tu as oublié de m'éduquer ? railla-t-elle. Qui est-ce qui m'a toujours dit de vivre ma vie de mon côté, tout en m'empêchant de m'éloigner ? Plutôt contradictoire, comme éducation, tu ne crois pas ?
Bob soupira. Ce que Gaïa pouvait être embêtante, à se poser de telles questions.
- Tu crois réellement que l'heure est à ce genre de réflexions ? répliqua-t-il.
- Non, évidemment, renifla-t-elle. Je sais aussi bien que toi qui se trouve quelques étages plus haut.
- Je doute que tu aies conscience de tout ce qu'il est capable de faire.
- Et je n'ai pas envie de le découvrir, répliqua-t-elle. Bon. Comment je te libère ? demanda-t-elle maladroitement.
Elle venait de constater les chaînes de Bob, et ne comprenait pas comment les ôter du poignet du prisonnier. Après le verrou de la porte du cachot, c'était un obstacle de plus à surmonter, et encore du temps à perdre.
- Tu ne peux pas. Ou, plutôt, il va te falloir comprendre le sort qui a été utilisé. Un simple Alohomora ne permettra pas l'ouverture du verrou, expliqua-t-il alors que Gaïa sortait sa baguette.
- Tant mieux, j'ai appris d'autres sortilèges depuis que l'on a été séparés.
Bob hocha la tête. Il n'en doutait pas un seul instant.
- Harry Potter ? Tu as pu le trouver ?
- Oui. Il est d'ailleurs particulièrement connu de tous les sorciers…
- C'est ce que j'ai entendu dire. J'ai fini par donner son nom, après qu'ils m'aient fait boire du Veritaserum.
- Figure-toi que je m'en suis doutée, rétorqua-t-elle.
Elle se tut alors obstinément, tandis qu'un de ses sorts ricochait contre les chaînes, ne produisant rien d'autre que des étincelles.
- Ah ?
- Oui. Une fois qu'ils ont eu le nom d'Harry Potter, et, surtout, le mien, insista-t-elle lourdement pour que Bob sache qu'elle savait tout à fait ce qu'il avait fait, ils ont presque pu nous localiser. Heureusement que les personnes avec qui j'étais connaissaient l'occlumancie et la legilimancie. Ils ont pu stopper le charme qui me forçait à dessiner notre localisation, et j'ai pris des cours d'occlumancie, ensuite. Tu sais, ce que tu devais m'enseigner, mais que tu n'as pas fait…
Bob soupira. Ce simple souffle expiré le fit tousser exagérément, mais Gaïa ne semblait pas se préoccuper de son état de santé. Elle voulait simplement le libérer.
- Tu es vraiment stupide, marmonna Bob en faisant à nouveau allusion au fait qu'elle soit ici pour le libérer.
- Ou têtue. Tout dépend du point de vue.
Bob secoua doucement la tête.
- Il faut que tu t'en ailles, Gaïa, à présent. Tu es là depuis trop longtemps. Je ne sais pas si tu es toute seule, ou avec du monde. Mais pars vite. Très vite de cette maison. C'est dangereux. Ces hommes n'ont aucune pitié. Ils… Ils ont tué Alison, là, cette gamine, et…
- Ne parle pas d'Alison, gronda Gaïa. Je sais qu'elle est morte. Et je ne partirai pas sans toi.
- C'est stupide, Gaïa, soupira Bob. Tu peux partir, fuir, et…
- Fuir ! Encore, et toujours fuir ! Et si, pour une fois, nous affrontions le danger, hein ? À deux, plutôt que chacun de notre côté ?!
Gaïa s'énervait toujours sur les chaînes qui retenaient Bob prisonnier. Lui fixa Gaïa un long moment, sans qu'elle ne s'en rende compte. S'il en avait eu la force, il se serait mis en colère. Malheureusement, il n'en était plus capable. Il n'avait plus aucune volonté, plus aucune force, mise à part celle qui lui permettait de respirer.
- Il n'y a jamais eu de « deux » entre nous, Gaïa, dit-il lentement.
Elle leva finalement les yeux vers lui.
- Si tu ne voulais pas de « deux », tu aurais dû me laisser mourir le long d'un chemin, il y a seize ans de ça.
- J'y ai songé, rétorqua-t-il.
Gaïa perdit quelques couleurs, mais elle se remit au travail. Cela importait peu, ce que disait Bob, finalement. Elle était là pour le sortir de ce cachot, obtenir des explications, et décider comment affronter Balthazar Baldi. Tant pis pour Bob s'il était déçu de ne pas avoir été capable, seize ans plus tôt, d'abandonner Gaïa à son triste sort. Elle allait s'imposer encore un peu dans sa vie, peu importait qu'il soit d'accord ou non.
Un bruit se fit tout à coup entendre. Bob se redressa difficilement. Ce bruit venait de là où venaient toujours ses tortionnaires. C'était mauvais signe.
- Gaïa, tu dois partir.
- Pas sans toi, siffla-t-elle.
Elle refusait toujours de le regarder droit dans les yeux, et Bob comprit qu'elle ne partirait pas sans lui. Rien de ce qu'il pourrait dire ne la ferait changer d'avis. Elle s'était trop attachée, malgré ses efforts pour éviter cela. Elle avait développé le sens de la famille.
Il soupira, presque résigné, et désigna une colonne un peu plus loin.
- Tu vois, la troisième pierre en partant du bas ? Depuis la droite ?
Gaïa fronça les sourcils avant d'hocher lentement la tête.
- Bien, murmura Bob. Un jour que j'ai pu me traîner jusque là-bas, j'ai joué avec la pierre. J'ai remarqué qu'il y avait un grand jeu. J'ai creusé du mieux que j'ai pu la rainure, et…
- La pierre est descellée, comprit Gaïa. Très bien. C'est une arme comme une autre.
C'est tout ce qu'elle eut le temps de dire avant que la porte du cachot ne s'ouvre.
∆ | o
Ils avançaient à la file indienne, tentant de se rendre silencieux. Malheureusement, et ce qui faisait grincer des dents Harry, ils étaient trop nombreux et trop novices en la matière pour réussir à se déplacer sans aucun bruit.
- Qu'est-ce qu'on cherche, exactement ? demanda finalement James.
Sa voix n'était qu'un souffle, mais se trouvant juste derrière son père, celui-ci l'entendit tout de même.
- Les cachots, je pense, répondit Harry de la même façon. Gaïa est certainement partie à la recherche de Bob, et celui-ci doit être dans les cachots.
Il se tut.
- C'est du moins là où se trouvent généralement les prisonniers. Maintenant, est-ce que les prisonniers sont traités de la même façon ici qu'ailleurs…
Harry retint un soupir. Il avait déjà beaucoup parlé, fait beaucoup trop de bruit. Il se tut, fit signe à son fils et au reste de la troupe de faire de même, et se replongea dans ses pensées. Il n'aurait jamais dû accepter que tous viennent. Mais d'un autre côté, il était heureux de sentir qu'il n'était pas seul, pour une fois. Balthazar Baldi avait plus d'un homme sous ses ordres. Ils n'avaient vu qu'Hakim, mais il existait certainement d'autres sous-fifres, plus dangereux. Ces hommes avaient poursuivi Gaïa durant des années, et n'avaient pas hésité à tuer. Harry reconnaissait qu'il avait besoin d'aide. Il ne pourrait pas s'en sortir seul, avec l'appui de Gaïa. Ils avaient besoin de Ginny, de Ron, d'Hermione, de James, de Tim. Mais il espérait qu'il ne se trompait pas. Qu'il avait raison de tous les vouloir avoir avec lui.
Il regarda rapidement en arrière. La troupe était toujours complète. Ils étaient cinq. Six avec Gaïa, sept avec Tim. Ils étaient nombreux.
Mais certainement pas autant que leurs ennemis.
Il sentit un poids lui tomber au creux de l'estomac.
Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu à affronter un tel ennemi. Et comme vingt-quatre ans auparavant, il n'était pas certain de l'issue du combat. Mais il savait qu'il y aurait des pertes.
∆ | o
April trépignait dans son quartier. Elle attendait que Balthazar arrive. Il les avait tous réunis dans le quartier des Élites, leur demandant d'être prêt au combat. Elle savait ce que cela voulait dire. C'était l'heure du combat final. Ses plus belles lames étaient sorties, ses sens étaient à l'affût du moindre bruit dérangeant. April était prête.
Autant que l'étaient les autres chefs d'équipe, et les sorciers qui composaient ces équipes. Ils allaient remettre à sa place cette sale petite peste, et Bob. Bob allait enfin comprendre ce qu'était réellement April. Il allait arrêter de croire qu'elle cherchait à se dissimuler de la solitude en vivant dans cette communauté. Il allait comprendre à quel point elle était douée pour torturer. Pour mutiler.
Pour tuer.
Balthazar surgit alors dans le quartier. April regarda rapidement ses coéquipiers. Ils semblaient tous effrayés par ce qui allait suivre. Elle, au contraire, attendait avec impatience la suite des événements.
Elle jubilait.
Elle aimait cette sensation d'avant la bataille. La pression qui montait, la peur chez les ennemis. Savoir qu'elle allait les agresser du côté où ils l'attendaient le moins. Oh, oui, April adorait les batailles.
Et elle adorait encore plus faire couler un peu de sang.
Balthazar fit la même chose qu'elle. Il observa ses hommes, et hocha la tête. Ce qu'il voyait lui plaisait. Il savait qu'ils allaient réussir. Ils étaient prêts à affronter ces petits sorciers de pacotille.
- Le cachot de Bob Lockwood n'est pas grand, dit-il en guise d'introduction.
Il n'avait pas besoin de réclamer le silence. Le silence était déjà fait depuis longtemps. Dès lors qu'il était entré dans la pièce, ses hommes s'étaient tus. Il aimait ce respect qu'il inspirait.
- Nous ne pourrons pas tous entrer. Je veux mes chefs d'équipe en premier. Si jamais cela dégénère, vous autres, membres d'équipes, entrerez.
Ses hommes hochèrent la tête dans un même mouvement. L'unisson qui les liait fit sourire Bob.
- Mais… en toute franchise, nos invités ne font pas le poids face à vous. Peut-être Harry Potter… Mais ils sont faibles, vous savez, reprit-il.
Il regarda à nouveau chacun de ses hommes, les fixant quelques secondes dans les yeux.
- Contrairement à nous, nos invités font parfois preuve de pitié. Et ils veulent repartir tous en vie. Capturez-en un, menacez-le, et tous les autres vous mangeront dans la main. Vous pouvez en être certains.
Quelques rires s'élevèrent en entendant cette faiblesse des plus stupides. Balthazar sourit plus largement.
- Je savais bien que cela vous amuserait. April, viens à mes côtés ma douce.
L'Élite ne se fit pas prier. Elle savait ce que signifiait être à côté du grand maître. Cela signifiait qu'elle avait carte blanche. Elle prenait les décisions au même titre que lui. Elle en jubilait encore plus. Son enthousiasme était presque effrayant.
- En route, exigea finalement Balthazar. Mais avant, il nous faut faire un petit crochet en route. Notre informateur a fait une malencontreuse erreur dans mon bureau, mais il pourra toujours nous servir de monnaie d'échange…
∆ | o
- Harry, tu es sûr que nous sommes sur le bon chemin ? murmura Ginny.
Harry s'arrêta. Non, à vrai dire, il n'était sûr de rien.
- Je ne sais pas, avoua-t-il. J'avais le sentiment qu'aller dans cette direction nous mènerait aux cachots, mais je ne suis plus sûr de rien.
Cela faisait quelques minutes que le chemin qu'ils empruntaient ne descendait plus, mais, au contraire, montait. Cela avait bien entendu inquiété Harry, seulement, la pente était tellement légère qu'il n'avait pas imaginé un seul instant que ce soit réellement significatif. Maintenant qu'il comprenait qu'il n'était pas le seul à ressentir ce changement de terrain, il était beaucoup moins serein. Il lui semblait qu'il entraînait le groupe dans une direction totalement inverse de celle qu'ils devraient suivre. Malheureusement, il ne savait pas comment remédier à cela. Aucun autre chemin inconnu ne s'était présenté à eux. Ils étaient passés devant un couloir menant aux quartiers des employés – Hakim le leur avait désigné plus tôt dans la journée. Ils avaient passé le couloir qui menait au bureau de Balthazar. Et puis, il y avait le premier couloir qu'ils avaient quitté, celui de leurs chambres. Mais ensuite, les deux autres couloirs qu'ils avaient empruntés ne menaient nulle part ailleurs qu'ici. Cela voulait bien dire qu'ils allaient à un endroit inconnu – et qui devait être le lieu des cachots.
Pourtant, rien ne semblait indiquer la présence d'un escalier menant aux cachots.
Harry soupira, vaincu.
- On fait demi-tour. Tu as raison, ce chemin monte trop…
Dépités, ils se décidèrent à faire marche arrière. Seul James resta en arrière.
- James ? l'appela Ginny.
- Il y a quelque chose qui ne va pas, grommela son fils en avançant dans le couloir.
Ses parents lui lancèrent un regard surpris.
- Comment ça ? s'étonna Ron.
James s'approcha du mur à sa droite, et passa la main dessus.
- Eh bien, vous savez tous que Gaïa adore rénover des maisons. On a discuté de ça, un soir, et elle m'expliquait qu'aucun constructeur sain d'esprit ne pourrait se tromper dans ses plans au point qu'une énorme pente soit visible dans une maison. Là, pourtant, la pente est clairement visible. On la sent, on se dit qu'on monte.
Il avança sa main sur le mur, fronçant les sourcils au fur et à mesure.
- Mais ce n'est pas logique, continua-t-il en secoua la tête. Que des Moldus commettent une telle erreur, pourquoi pas, mais des sorciers ? Ils auraient réparé l'erreur en un rien de temps. Et là, regardez…
Il désigna un tableau.
- Ma main suit la même pente que le sol, vous voyez ?
Il joignit le geste à la parole.
- Pourtant, le tableau n'a pas la même pente que ma main, reprit-il en arrivant au bord du cadre.
Sa famille retint son souffle.
- Tu veux dire que ce n'est qu'une illusion ? s'étonna Ron.
- Exactement.
- Alors, il faut continuer, dit Harry fermement. Parce que lorsque nous aurons passé l'illusion, ce que Balthazar veut nous cacher sera découvert.
Il reprit son chemin.
Tous regardaient avec la même volonté les murs, le sol, le plafond, à la recherche d'une entrée dérobée. Ce fut Hermione qui la trouva.
- Ici ! chuchota-t-elle rapidement.
Tous s'agglutinèrent autour d'elle. Une porte s'ouvrait dans le mur, menant aux cachots de la maison.
James, du fait d'un instinct qu'il ne connaissait pas, retint son oncle lorsque celui-ci voulut poser le pied sur la première marche.
- Et si c'était un piège ?
Le silence tomba sur le groupe.
- Je ne pense pas, dit lentement Harry. Cela irait à l'encontre des idées de notre homme. Il veut jouer avec nous. Il n'y a aucun risque à descendre ces escaliers.
- Mais dès qu'on le fera, il le saura, dit Ron.
- Certainement, dit Harry. Mais il faut bien que cette histoire se termine d'une façon ou d'une autre, et je préfère le faire avec Gaïa non loin de nous.
- Comment être sûr qu'elle est bien là-dessous ? demanda Hermione.
Ce fut James qui lui répondit.
- On parle de Gaïa, dit-il en haussant les épaules. Elle a vu une ouverture dans le mur, qui descendait vers les cachots. Évidemment qu'elle est là-dedans. J'espère simplement qu'elle est bien descendue avec Tim, et qu'elle n'a pas décidé de faire cela toute seule…
- On ne le saura qu'en descendant, soupira Ginny.
Ron fut le premier à descendre les marches. Harry fit passer tout le monde, décidant d'être le dernier du groupe. Le danger survient souvent à l'arrière, et il voulait pouvoir le contrer. Et il savait que Ron avait pris la tête du groupe pour protéger sa famille aussi. Il ne voulait pas que quelqu'un d'autre que lui soit en première ligne, en cas d'attaque.
La descente des marches se fit en silence.
Ils avancèrent au milieu d'un couloir étroit. Chacun était content de se savoir en présence des autres. Les torches ne diffusaient aucune lumière rassurante, contrairement à ce qu'ils avaient d'abord pensé. De l'eau suintait des pierres, rendant l'air glacial. Et malgré le bruit des pas de tous, chacun se sentait étonnamment seul en ce lieu. C'était une atmosphère lugubre qu'il était difficile de supporter en étant seul. Chacun frissonna, avant d'arriver à un embranchement.
- Merlin, pesta Ron en constatant où il se trouvait à présent.
Il regarda à droite, le passage qui semblait le plus accueillant. À gauche, au contraire, le couloir se terminait dans le noir. S'ils devaient s'engager dans le passage de gauche, ils avanceraient rapidement à tâtons. C'était ce qu'il voulait éviter. Mais, évidemment…
- Le passage de gauche ne m'inspire pas confiance, mais j'imagine qu'il va falloir le prendre…, dit-il au reste du groupe.
Comme pour confirmer ce dont il se doutait déjà, un bruit sourd se fit entendre de ce côté-ci.
- C'est parti, murmura Ron.
La marche ne fut pas longue. Ils arrivèrent rapidement à un cul-de-sac. Ils profitèrent de l'espace qui leur était à présent offert pour se rassembler en cercle.
- C'est étrange qu'il n'y ait qu'une porte, non ? s'étonna James.
Harry, Ron et Hermione secouèrent la tête.
- Pas vraiment, expliqua sa mère. Ils ont tous les trois connu cela, après la guerre, puisqu'on leur a demandé de fouiller les maisons des Mangemorts avérés. Il se trouve que dans les vieilles demeures de ce genre, les portes des cachots sont cachées magiquement lorsqu'il n'y a aucun prisonnier dans la prison.
James hocha la tête.
- Donc, Bob est forcément dans ce cachot, en déduit-il. Et Gaïa aussi, ajouta-t-il.
- Espérons qu'elle y soit aussi, et que Balthazar n'ait pas d'autres prisonniers, dit son père en soupirant.
Il posa sa main sur la porte du cachot. Celui-ci s'ouvrit rapidement.
Ils tombèrent alors sur une scène plutôt étrange. Au fond du cachot se tenait un homme totalement décrépi. S'il avait été bel homme, cela datait d'il y a déjà quelques temps. Les mauvais traitements qu'il avait subis avaient abîmé son visage, son physique. Certainement son âme, aussi. Et, le cachant partiellement, se tenait Gaïa, droite sur ses jambes.
- Par Merlin ! souffla-t-elle, en partie soulagée lorsqu'elle les reconnut. Qu'est-ce que vous faites là ?
- Nous sommes venus te chercher pour qu'on parte rapidement, tiens, bougonna Ron. Il faut bien que quelqu'un t'empêche de faire trop de bêtises. Bon, c'est quoi le plan maintenant ?
Il avait très envie de claquer des mains pour sceller son envie de passer à l'action, mais il se doutait que ce n'était pas une bonne idée. Se faire repérer par leurs hôtes – qui pouvaient se transformer rapidement en geôliers – n'était pas le plus intelligent à faire.
Gaïa, pour une fois, lui fut reconnaissant de son manque de savoir-vivre. Qu'il aille de façon aussi directe au but lui allait parfaitement.
- Le plan, c'est de libérer Bob, dit-elle en le désignant, et ensuite, de se tirer de cette maison. Et si, au passage, on pouvait en blesser quelques uns, ça m'arrangerait, termina-t-elle avec un sourire éblouissant.
C'est qu'elle leur aurait fait peur, s'ils n'avaient pas eu tant l'habitude de l'entendre parler ainsi.
- C'est vous, Bob ? demanda doucement Harry en s'accroupissant vers l'homme au fond de la cellule.
- Ouais, il paraît.
Le ton bougon de Bob n'étonna pas Harry. À vrai dire, une autre façon de s'exprimer l'aurait presque déçu. Il s'agissait de l'homme qui avait éduqué Gaïa. Il se devait d'avoir un tel caractère. Le caractère de celui qui ne veut pas qu'on s'occupe de lui. Le solitaire.
- Gaïa s'est fait du souci pour vous, ces derniers mois.
- Elle n'aurait pas dû, cracha vertement Bob.
Derrière lui, Gaïa se figea. James la regarda pâlir douloureusement. Elle refuserait tout contact de sa part, évidemment. Mais il savait qu'elle souffrait, intérieurement. Même si elle le cachait du mieux qu'elle le pouvait, elle souffrait de cette distance que Bob mettait entre eux deux.
- En attendant, une fois qu'on sera sortis, tu seras bien content que je me sois décidée à me faire du souci pour toi, rétorqua-t-elle une fois presque remise du choc.
Bob se tut, certainement parce que Gaïa avait raison de supposer ça. Il pouvait faire le fier autant qu'il voulait. Il avait su se taire durant des mois, mais il était arrivé à bout. Si Balthazar Baldi et ses hommes s'étaient décidés à lui refaire subir une séance de torture, il n'aurait pas tenu. Il aurait dû baisser les bras. Il n'était plus en état de supporter plus.
Gaïa se rapprocha de lui et d'Harry.
- Ses chaînes sont scellées magiquement, dit-elle à Harry. J'ai tenté quelques sorts, mais…
- C'est un sortilège plutôt complexe qui a été utilisé, expliqua Harry après avoir fait tourner sa baguette autour du verrou. Mais je peux le défaire.
Gaïa hocha la tête, montrant par ce geste qu'elle était soulagée d'entendre ces paroles rassurantes de la bouche d'Harry. En attendant que la magie du sorcier le plus connu du siècle opère, elle observa Bob. Il avait énormément maigri, mais ce n'était pas ce qui surprenait le plus Gaïa. Ils avaient déjà subi la privation, ensemble, et elle avait déjà vu Bob maigre. Non, ce qui la choquait, c'était les plaies béantes qu'il semblait ne plus sentir. Les pans de chair tuméfiés qui le défiguraient. Cet œil noirci, ce nez qui avait doublé de volume. Ce bras dont l'angle était étrange. Et toutes les blessures physiques qui étaient visibles, et qui devaient le faire souffrir. Elle aurait voulu le serrer dans ses bras pour le réconforter, ce qu'il n'aurait pas accepté – et qui l'étonnait elle-même.
Et plus que toutes les blessures physiques qu'il présentait, elle se demandait comment était mutilée son âme. C'était une autre souffrance. Bien plus douloureuse.
Sauf qu'il était comme elle. Il avait appris à passer outre la douleur. Sauf qu'il avait atteint un seuil de douleur qu'il ne pouvait plus combattre avec son flegme, qu'il ne pouvait plus éloigner de lui en disant qu'il protégeait son Héritage. Tout homme, à un moment ou à un autre, devait fléchir. C'était bientôt le tour de Bob.
- C'est bon, dit tout à coup Harry. J'ai pu le libérer.
Bob se massa les poignets, comme beaucoup d'anciens prisonniers avant lui. Il voulait retrouver une circulation correcte du sang. Ensuite, il se pencha vers ses chevilles, leur faisant subir le même massage. Gaïa et Harry, quant à eux, se redressèrent.
- Je sais que tu voudrais te venger de cet homme, Gaïa. Et tu en as tout à fait le droit, commença Harry. Mais comprends bien que si tu te décides à courir après lui dès maintenant, alors que tu ne sais pas combien de personnes il a sous ses ordres, et alors que Bob n'est pas en état d'avancer seul, tu cours à ta perte. On peut attendre. Nous savons qui il est, où il vit. Nous reviendrons, avec plus de personnes, pour empêcher cet homme de continuer de fomenter son plan grandiose de devenir Maître de la Mort. Je te le promets, Gaïa. Il sera arrêté. Mais pas maintenant.
Gaïa se renfrogna. Harry avait raison, évidemment. Elle voulait se venger, mais si elle se décidait à agir maintenant, elle n'arriverait à rien. Elle ne gagnerait pas.
Elle recula d'un pas, et se mordilla la lèvre. Elle aurait voulu ne pas suivre les conseils d'Harry, à vrai dire, mais si elle faisait cela, elle était sûre de courir à sa perte. Elle jeta un coup d'œil à Bob. Ce fut lui qui la décida.
Non pas parce qu'elle ne voulait pas qu'il soit encore plus blessé. Il avait atteint ses limites, mais ce n'était pas cela qui la faisait reculer.
Non, ce qui la fit changer d'avis, c'est qu'elle ne voulait pas se retrouver prisonnière de Balthazar Baldi avant même d'avoir pu obtenir des explications de Bob.
Elle hocha donc la tête, et se prépara à faire demi-tour.
- Très bien. On s'en va.
Harry posa sur elle un regard fier, qui fit rougir Gaïa. C'était un regard paternel que lui offrait Harry, et c'était depuis toujours que son âme d'enfant espérait obtenir un tel regard. Elle toussota.
- Allez, en route.
- Attendez une seconde, dit soudainement James.
Tout à son étonnement de rencontrer Bob, il n'avait pas réalisé qu'il manquait quelqu'un. Il avait été frappé par la ressemblance entre Bob et Gaïa, et comprenait à présent pourquoi la jeune femme ne s'était jamais posé de questions sur leurs liens de parenté. Il avait ensuite été horrifié de l'état dans lequel se trouvait Bob mais, surtout, il avait été horrifié de constater que l'homme ne semblait pas souffrir plus que nécessaire du traitement qu'il subissait. Ensuite, la froideur de son comportement avec Gaïa avait surpris James, là aussi.
Mais une fois qu'il s'était accoutumé à ces nouveautés, il avait réalisé qu'il manquait quelqu'un. Et pas n'importe quoi, puisque cette personne était son meilleur ami, et aurait dû se trouver avec Gaïa, selon ce qu'ils en avaient déduit.
James ressentit la peur se glisser dans son sang, sous sa peau. Si Tim n'était pas avec Gaïa, il n'était pas impossible qu'il ait décidé d'aller se promener tout seul de son côté. James connaissait bien son meilleur ami. Il était tout à fait capable d'être allé réveiller Balthazar Baldi pour discuter Histoire de la Magie avec lui. Sauf que s'il avait fait cela en même temps qu'ils descendaient dans les cachots, cela voulait dire que Tim était potentiellement un otage.
Son sang se glaça quand il réalisa la portée de sa conclusion.
Tout le monde le regardait.
- Où est Tim ? demanda finalement James d'une petite voix.
Les adultes réalisèrent alors l'absence du meilleur ami de James. Le même cheminement de pensées parut se faire chez ceux qui connaissaient bien Tim, et l'horreur ne tarda pas à prendre possession des visages.
Gaïa, quant à elle, se retint à grand peine de cracher au sol pour montrer son mépris et son dégoût pour Tim.
Elle n'en eut pas le temps.
Une fois encore, elle fut interrompue par la porte du cachot s'ouvrant.
Ils se retournèrent tous d'un même mouvement, s'armant de leur baguette.
Tim apparut le premier.
- Je crois que votre ami est ici, dit une jeune femme en entrant presque en sautillant dans la pièce, soutenant et malmenant Tim.
D'autres personnes entrèrent à leur suite. Tim adressa un regard désolé à son groupe d'amis tandis que le cachot se remplissait.
Ils étaient dix-sept, à présent, dans la cellule. Plusieurs étaient armés de baguette, mais une grande partie semblait prête à combattre avec d'autres armes. Gaïa se rappelait très bien de ses rêves – elle n'avait pas besoin de se demander comment ces sorciers désarmés allaient combattre.
Une dernière personne entra alors dans le cachot. Il s'agissait de Balthazar, qui affichait un petit sourire satisfait.
- Maintenant que nous sommes tous là, nous allons pouvoir commencer.
Note d'auteur.
Bonjour la compagnie ! On peut féliciter ceux qui se doutaient de qui était réellement Balthazar, ceux qui l'ont carrément deviné, et ceux qui n'en avaient pas la moindre idée (parce que ça voulait dire que vous me croyez encore un peu gentille, avec un cœur, ce qui n'est pas le cas de tout le monde, hem, passons) Voilà, maintenant, vous avez la confirmation de qui est (et n'est pas), Balthazar Baldi ! A vrai dire, je crois que vous pouviez déjà le "savoir". Hakim était déjà mentionné plus tôt, dans le chapitre 8 normalement, et avec la canne et quelques petits indices... Mais bon, le but étant que vous le sachiez le plus tardivement possible, hein, je ne vais rien dire de plus.
Que vous dire... Oui, je sais, ça peut paraître la trahison de Tim. Mais en même temps, elle se comprend. Dans un sens, tout du moins. Bref, le point le plus important n'est peut-être pas celui-ci. On retrouve Bob, et, plus, on retrouve Bob avec Gaïa. Des retrouvailles dures, et pas franchement amicales, qui ne sont pas sans rappeler que finalement, Gaïa n'a de famille qu'elle-même.
Je vais arrêter avec mes phrases à deux balles, cela vaut mieux pour tout le monde. Donc, merci à DelfineNotPadfoot pour les corrections hebdomadaires, et pour les superbes reviews (parfois loooooongues) que beaucoup prennent la peine de laisser ! Donc c'est génial.
Un petit mot ici pour Reviewer : il est vrai que cela peut surprendre. Mais Harry n'a en réalité qu'un très vague soupçon. En fait, il n'est même pas sûr du tout. Il a découvert la mémoire génétique, OK. Mais est-ce que, pour autant, on ne peut pas apprendre autrement ? Si, la vie et l'Histoire l'ont prouvé. Du coup, il a de vagues doutes, mais ne dit rien (surtout que le départ ne laisse pas trop le temps pour cela). Voilà pour la petite information :).
Voilà, voilà... j'ai... vérifié, normalement, les deltas, donc on va dire qu'ils sont là. Sinon, si vous voyez clairement qu'il en manque, bon, vous connaissez la chanson.
Et sur ce, je vous souhaite une bonne semaine, sous la chaleur, et... il fait beau, au moins, chez vous...?
