Chapitre 16
Où le temps est venu.

Gaïa fut la plus rapide à réagir. Sa baguette était déjà sortie qu'Harry était toujours à compter le nombre d'assaillants qu'il avait face à lui. Les détails qui intéressaient Harry étaient bien différents de ceux qui importaient à Gaïa.

- À ta place, je ne ferais pas cela, Gaïa.

Elle lança un regard noir à Balthazar Baldi, qui venait de lui donner un ordre. Elle n'avait jamais aimé les ordres, et les appréciait encore moins s'ils provenaient de celui qui, depuis des années, l'obligeait à vivre recluse. L'homme qui avait rendu sa vie tout sauf normale n'avait strictement aucun droit de lui donner des directives.

- Tu n'es pas à ma place. Si tu devais l'être, tu serais en colère, comme moi, gronda-t-elle.

Les yeux de Balthazar se rétrécirent.

- Je ne me souviens pas t'avoir donné l'autorisation de me tutoyer.

- Je ne me souviens pas t'avoir donné l'autorisation de me poursuivre depuis ma naissance, rétorqua-t-elle avec colère.

Un sourire froid étira les lèvres de Balthazar. Elle trembla à la simple vue de ce sourire. Elle avait toujours su que Balthazar était un homme dangereux, même sans le connaître. Avoir la preuve sous les yeux de la cruauté qui se dégageait de chaque pore de cet être ne l'aidait pas à accepter cette cruauté. Elle ne la rendait que plus cruelle.

- Je pense que nous pourrions continuer longtemps ainsi. J'imagine que nous avons tous les deux beaucoup de choses à reprocher à l'autre…

- Tu n'as pas idée, siffla Gaïa, sa baguette toujours brandie.

- Mais je pense avoir raison lorsque je dis que tu ne voudrais pas que le moindre mal soit fait à tes amis, ou à ton père, n'est-ce pas ?

L'erreur était voulue. Balthazar apprécia le frisson de colère qui secoua Gaïa. L'homme savait appuyer là où cela faisait mal. C'était pour cela qu'il était aussi terrible.

- Ce n'est pas mon père. Mais, pour autant, je ne souhaite pas qu'il soit blessé, avoua-t-elle du bout des lèvres.

Balthazar hocha la tête.

- Tant mieux, soupira-t-il. Cela nous évitera des efforts inutiles.

Il se tourna vers April.

- Puisque Gaïa ne souhaite pas que le moindre mal soit fait à ses amis, tu peux relâcher Tim, April.

Les yeux de Gaïa se noircirent.

- Je n'ai jamais dit qui, dans cette pièce, était mon ami ou non. Et si tu me l'avais demandé, je t'aurais répondu que ce qui pouvait arriver à Tim ne m'importait guère…

Elle n'aurait pu mettre plus de détermination, de cruauté, de verve dans ses paroles. Ce qu'elle éprouvait pour Tim – du mépris – était plus que clair.

- Gaïa ! souffla James.

Elle se tourna vivement vers lui.

- Tu veux savoir pourquoi il n'était pas avec moi, il y a quelques instants ? Parce que si nous sommes tous ici, c'est de la faute de Tim. Ils sont allés chez lui, avant ce voyage. Et Tim nous a vendus. Il a insisté pour que nous venions tous parce que c'est ce que voulait Balthazar. Alors, si nous sommes dans ce fichu guet-apens, c'est de la faute de Tim ! s'exclama-t-elle en désignant le coupable. Sincèrement, ce qui peut lui arriver ne m'importe plus, dès maintenant.

Il y avait une telle rancune dans sa voix que James ne sut comment réagir. Il la fixa un long moment, tentant de chercher dans ses yeux la preuve qu'elle n'était pas en train de divaguer totalement. Mais non. Elle savait ce qu'elle disait, et elle n'en démordrait pas. Il déglutit, et se tourna vers son meilleur ami qui affichait un air coupable.

Tim ne dit pas un mot. James non plus. Tout était dit, à vrai dire. Certaines situations ne nécessitaient pas de mots. Les regards suffisaient.

Les regards savaient toujours dire plus que les mots.

Tim et James tressaillirent en même temps, honteux l'un de l'autre de cette amitié qu'ils pensaient vraie, et que l'un n'avait pas hésité à bafouer tandis que l'autre était persuadé qu'elle était immuable.

- Tim, murmura Harry. Viens par ici.

Le sorcier le plus connu de sa génération ne semblait pas réellement en vouloir au jeune homme. Ce qui se passait dans la tête d'Harry Potter était plus complexe. Tim avait fait une erreur, c'était certain. Mais ils ne devaient pas se séparer, à l'heure actuelle. Ils devaient être forts, prêts à combattre. Ce n'était pas en se divisant qu'ils auraient la capacité de faire tomber Balthazar.

Tim traversa la pièce en tremblant. Il n'adressa aucun regard à Gaïa, de peur qu'elle interprète mal son expression et ne s'en prenne à lui. Il se mit derrière Harry, qui lui offrit un bref signe de tête. Étonnamment, Tim sentit la main de Ron presser son épaule. Le jeune homme ne pouvait pas savoir que tous ces adultes comprenaient ce qu'il aurait pu subir s'il avait refusé de céder à Balthazar. Il aurait subi le même sort que Bob, et ce n'était pas un sort reluisant.

- Comme c'est touchant ! s'exclama Balthazar en joignant ses deux mains dans un geste de joie. Une jolie petite réunion de famille et d'amis ! Par Merlin, April, ne trouves-tu pas cela émouvant ?

La jeune femme à qui s'adressait la question renifla, dédaigneuse.

- Dégoulinant de niaiserie, plutôt, rétorqua-t-elle.

Quelques rires parcoururent les rangs des hommes de Balthazar. Gaïa avança d'un pas. Elle venait de reconnaître April.

- Je te reconnais, dit-elle d'une voix sourde.

À nouveau, ces ricanements. C'était ceux qu'on adressait à une gamine qui venait d'énoncer une évidence.

- Tu as empêché des hommes de s'approcher de mon père et moi, quand j'étais enfant, se rappela Gaïa.

Elle parcourut l'assemblée, et reconnut un autre homme après avoir fouillé dans ses souvenirs.

- Tu l'as fait parce que tu savais qu'ils n'avaient aucune chance de s'en sortir. Tu étais de leur côté…

April sourit, comme amusée de la tournure que prenaient les événements.

- Tu ne trouves pas ça curieux ? Il y a dix ans de cela, ils n'avaient aucune chance. Et aujourd'hui… tu n'as aucune chance.

- Cela reste encore à voir, rétorqua Gaïa.

- Que d'animosité…, se plaignit alors Balthazar. Enfin, nous pourrions peut-être profiter de l'occasion d'être tous réunis pour prendre le temps de donner quelques explications, vous ne croyez pas ?

Gaïa leva les yeux au ciel. À côté d'elle, Bob étouffa un rire moqueur. James fronça les sourcils. Ron échangea un bref signe de tête avec Harry. Ce dernier avança d'un pas, portant l'attention sur lui. Hermione fit signe à Tim de se décaler. Ginny recula d'un pas, se positionnant contre le mur.

- Des explications ? s'étonna Harry. Vous préférez parler ?

- Avant d'agir ? Toujours ! s'exclama Balthazar, faussement étonné. Cela adoucit mes adversaires, qui oublient alors la délicate position dans laquelle ils se trouvent…

Une menace à peine voilée.

- J'avais encore quelques doutes, dit tout à coup Gaïa, avec ce petit sourire supérieur qui agaçait. Mais c'est fini. Je sais que j'avais raison de te prendre pour un psychopathe fini…

- Je préfère le terme « visionnaire », avoua Balthazar. Mais si nous nous mettions plutôt à l'aise, pour toutes ces explications qui ne vont pas tarder à venir ? Oui, je me doute que rester debout n'est pas la meilleure des solutions. Allez, un peu de confort dans ce sombre cachot ! Bob, je suis plutôt triste de voir comment tu te comportes, en tant qu'invité. Ôter tes chaînes sans même nous en demander la permission… Quelle image cela donne-t-il de nous ? Nous avons l'impression que tu n'as pas apprécié l'accueil que nous t'avons réservé…

Affligée, Balthazar secoua la tête avant d'agiter sa baguette, dissimulée dans le pommeau de sa canne. Des sièges confortables apparurent aussitôt, un pour lui et un pour ses invités. Ou prisonniers. Ils n'étaient pas encore certains du statut qu'ils avaient obtenu en entrant dans cette demeure.

- Je vous en prie, prenez place ! s'extasia Balthazar. Mes hommes ont l'habitude de rester debout, aussi je préfère ne pas leur offrir de sièges. Mais avec mes invités, je sais me comporter, cela va de soi.

Chacun avait à présent son siège. Après un petit temps d'hésitation, ils prirent place en même temps que Balthazar.

C'est la première fois qu'ils remarquèrent le tatouage de leur hôte. Le cercle était plus marqué que les autres formes.

- Je doute avoir besoin de vous expliquer ce qu'est ce tatouage, n'est-ce pas ?

- On commence à le connaître, grommela Ron, le visage fermé.

- C'est ce que je me suis dit, reconnut Balthazar en penchant légèrement la tête. Bien. C'est donc l'heure des explications. À vous l'honneur de commencer !

Du côté du Survivant, il y eut un instant d'hésitation durant lequel ils en profitèrent pour échanger de nombreux regards. Ils avaient compris qu'ils n'auraient pas droit à plus d'une question. Celle-ci devait être assez large pour pousser Balthazar à parler longtemps.

Gaïa empêcha Bob de parler en lui lançant un regard noir. Plus de seize ans après le début de leur cohabitation forcée, Bob se décida à faire confiance à cette gamine. Elle lui faisait clairement comprendre qu'il devait se taire, et laisser ses sauveurs gérer la situation.

Bob hocha lentement la tête, et se tint droit sur sa chaise. Lorsqu'il ne bougeait pas, la douleur s'atténuait. Évidemment, ses côtes le faisaient toujours souffrir, et il ne pouvait pas s'empêcher de grimacer lorsqu'il respirait. Mais la douleur restait supportable, à l'heure actuelle. Et garder la face était la seule action qu'il pouvait encore se permettre.

Ce fut Hermione qui fut finalement désignée pour poser la question. C'était elle qui posait toujours les questions les plus pertinentes, et elle savait faire parler les autres. Après tout, c'était une seconde nature chez elle de poser des questions, et si elle était aussi douée dans son travail, c'était bien parce qu'elle était capable de faire parler tout le monde de n'importe quoi.

- Qui êtes-vous ?

Balthazar parut surpris de la question.

- Qui je suis… C'est une vague question, à vrai dire. Heureusement que nous avons des sièges confortables, cela risque de nous prendre du temps ! D'ailleurs, je ne me souviens pas de vous avoir entendu me remercier pour ces sièges…

Il y avait, dans son ton, une menace tout juste voilée. C'était sa maison. Ses règles du jeu. Il fallait s'y plier.

Mais il était vrai qu'il n'avait encore jamais rencontré Gaïa, malgré les années à la rechercher – et à la rater de justesse.

- On m'a toujours dit de ne pas parler aux inconnus, dit-elle effrontément. Tant que tu n'auras pas répondu à la question d'Hermione, n'espère pas que je te remercie de quoi que ce soit. Je te considérerai toujours comme un inconnu.

- Enfin, Gaïa, depuis le temps, nous ne sommes pas des inconnus !

- C'est bien la première fois que je vois ton visage, pourtant, dit-elle avec un sourire aussi froid que celui de Balthazar. Réponds à la question d'Hermione, exigea-t-elle.

- Je vois que tu ne te laisses pas faire… J'aurais été déçu du contraire, toutefois. Après tout, tu es une Héritière. Tu dois avoir un fort caractère pour supporter la mission qui t'est imposée.

Le regard froid de Gaïa, et des autres membres du groupe qui lui faisait face, fit comprendre à Balthazar qu'ils n'avaient pas plus de patience que lui. Il était temps de raconter son histoire.

- Vous souhaitez savoir qui je suis. Très bien. C'est une juste demande. Je connais vos vies. Après tout, il est difficile de ne rien savoir sur ces personnalités sorcières… et leur progéniture, ajouta-t-il en désignant James, qui garda une apparence impassible malgré le froid qui glaçait son sang.

Il s'installa confortablement dans son fauteuil avant de se lancer dans son récit.

- Je risque de vous décevoir, mais je n'ai eu qu'une enfance banale, avec des hauts et des bas, des parents moyens, une enfance moyenne. Je ne faisais pas partie d'une famille trop riche, ni trop pauvre. Nous étions à notre aise. Mais j'étais un garçon curieux, alors que mes parents aimaient leur petite vie tranquille. Très vite, j'ai voulu faire des recherches sur ma famille. J'ai voulu savoir qui j'étais, d'où je venais. Et c'est là que j'ai découvert les parchemins. Les mêmes que vous. À la différence que j'ai été plus rapide que vous pour comprendre le principe de la mémoire génétique. Enfin… de toute évidence, vous ne l'avez pas compris. Sinon, vous n'auriez pas eu besoin de mon aide aujourd'hui.

Il ne regardait pas ses invités, aussi ne remarqua-t-il pas qu'il ne suscitait aucune réaction de surprise en mentionnant la mémoire génétique. Il était trop lancé dans son récit – celui de sa vie, celui de ce qu'il estimait être sa réussite. Il était bien trop passionné pour prêter attention aux réactions des autres.

- Je n'ai pas tardé à les traduire. Et ces parchemins, vous savez ce qu'ils m'ont appris ?

Il y avait une ferveur dans sa voix qui faisait trembler Hermione. Une lueur mauvaise dans son regard qui ne donnait pas confiance à Ron. Une façon de se tenir qui faisait comprendre à Harry qu'il devait faire très attention à Balthazar. Une intonation qui donnait envie à James de fuir. Une impression de puissance qui faisait craindre le pire à Ginny.

Seuls Bob et Gaïa restaient presque de marbre. Ils savaient tous les deux de quoi cet homme était capable. Ils n'avaient plus peur. Ils attendaient le bon moment pour agir.

- Ils m'ont tout appris. Qui j'étais, ce que j'étais. Un Héritier. Je me devais de trouver les Reliques, évidemment ! Mais elles étaient perdues… Chaque fois que j'essayais de les chercher, je me frottais à un mur. Ma compréhension des parchemins m'a fait comprendre que je n'employais pas la bonne méthode. Nos ancêtres avaient bien trop peur, et ils nous avaient empêchés de nous accaparer des Reliques pour les utiliser dans le but qui leur avait été donné ! C'est à ce moment que j'ai commencé à courir après vos deux familles, expliqua-t-il avec un soupçon évident de fierté. J'ai plusieurs fois réussi à attraper vos ancêtres, mais telles des anguilles, ils m'échappaient lorsque je les saisissais. Une fois, ils avaient déjà eu des enfants, et n'étaient donc plus les premiers Héritiers. D'autres fois, ils se tuaient avant que je ne puisse les interroger. Je savais alors que les Héritiers étaient toujours en vie en consultant les parchemins…

Il caressa doucement son poignet portant le tatouage.

- Pendant un temps, j'ai cru que je n'arriverais jamais à vous attraper. Pendant longtemps, même, se souvint-il. Heureusement, j'avais rencontré Nicolas…

Il s'arrêta, prenant le temps de savourer son effet.

- Nicolas Flamel, évidemment. J'ai réussi à lui dérober un morceau de sa précieuse pierre, et j'avais l'assurance de poursuivre ma quête pour de nombreuses années encore. C'était parfait, voyez-vous. Je pouvais trouver les Héritiers. Parce que nous devions être réunis. C'était le but des Reliques. Être ensemble. Aider un des Héritiers à être le Maître de la Mort. C'est ce pour quoi elles ont été créées. Il fallait les rassembler, et je suis l'homme de la situation.

Il releva le menton, fier d'avoir ce rôle.

- J'ai parcouru les siècles à la recherche de vos ancêtres. J'ai parfois perdu espoir. J'ai parfois réalisé que mes hommes n'étaient pas assez bons. J'ai dû me séparer de certains. Faire des sacrifices. Mais je n'ai jamais douté.

Ça, Gaïa en était sûre. Il n'avait jamais douté. Sa voix était si ferme, et aucune trace de remords dans celle-ci ne venait prouver qu'il avait parfois hésité à agir.

Cet homme était tout simplement fou.

Mais les fous n'étaient-ils pas les personnes les plus dangereuses à côtoyer, et à affronter ?

Elle se décala légèrement sur sa chaise. Elle n'était pas du bon côté de la cellule. La pierre descellée était bien trop loin d'elle.

Elle se composa un visage calme et serein, et reporta son attention sur Balthazar. Le temps qu'il prenait à raconter son histoire était celui qui lui permettait de réfléchir pour agir proprement, et rapidement, dès qu'il serait temps.

- Il y a de cela quelques décennies, j'ai malheureusement perdu la trace d'un des Héritiers. Vous, Harry Potter.

Il désigna le Survivant du doigt.

- J'étais en colère, vous n'avez pas idée. Je ne pouvais pas me permettre de perdre un des Héritiers. C'était tout simplement impossible, impensable. Les Héritiers devaient se réunir, pour servir la noble cause de la mort. Devenir les amis de la Mort, et ainsi, ne jamais la quitter. Ne jamais perdre la vie, aussi… Vous comprenez ce que je veux dire ? Mon rôle est noble. Je me dois de faire cela. C'est notre devoir de nous réunir, de nous unir.

Il soupira, et secoua la tête.

- Malheureusement, vos ancêtres ne le comprenaient pas. J'ose espérer que vous comprendrez mieux ce que je veux faire une fois mon histoire terminée.

Il regarda ses invités, et son visage se ferma. À l'instant même, le seul qu'il avait convaincu était Tim. Mais c'était uniquement parce qu'il l'avait effrayé, menacé. S'il menaçait une autre personne en face de lui, il était certain de perdre les deux Héritiers.

Et, surtout, il était certain de perdre Gaïa. Cette petite sauvage qui ne savait de toute évidence pas ce qu'elle était. Elle ne réalisait pas encore son importance. Mais une fois qu'elle l'aurait compris, elle se rallierait à sa cause. Immédiatement.

- J'avais donc perdu un Héritier. Et, alors que j'étais toujours à la poursuite de l'autre, les parchemins ont fini par se multiplier, s'affoler. J'étais furieux, si vous saviez… Je devais traduire, à nouveau. Malheureusement, malgré la mémoire génétique, le processus est long et fastidieux. Je ne pouvais pas espérer traduire toutes les nouvelles données en seulement seize ans.

Il se redressa sur son siège, et sourit, malicieux. Puis, il désigna Bob.

- Et c'est là que notre cher Bob intervient. Je vous passe les détails de son emprisonnement. Son état physique parle de lui-même. Mais ce qui est certain, c'est qu'il a fini par donner tous les renseignements dont j'avais besoin.

Balthazar décrocha ses yeux de ceux de Bob, et se tourna vers les autres personnes du groupe.

- Vous voulez savoir qui je suis ? Je suis un Héritier qui veut que nous soyons réunis pour accomplir ce pour quoi nous sommes nés. Mes parents, mes aïeuls… Cela n'a pas d'importance. Ce qui compte, c'est le présent. Et ce que nous allons faire de l'avenir.

Les yeux de Balthazar brillaient à présent d'une flamme nouvelle, une flamme qui n'augurait rien de bon, et qui montrait son excitation pour son projet.

- Les trois Reliques réunies… Ce serait un tel coup porté au monde des sorciers ! Réalisez-vous ce que je vous propose ? Je vous propose une ère nouvelle. Une nouvelle façon de dominer le monde. Nous ne mourrons jamais. Pour toujours, nous vivrons. Nous aurons notre mot à dire sur chaque mort. Chaque fois qu'il nous plaira, nous pourrons tuer quelqu'un. Le pouvoir n'est rien à côté de la mort. Tout homme ayant du pouvoir est sujet à la mort. Pour nous, ce sera différent. Nous serons la mort. Nous l'invoquerons dès que nous le voudrons. Nous n'aurons pas le pouvoir. Nous aurons bien plus que cela… Et le mieux, dans tout ceci, c'est que c'est dans l'ordre des choses ! La Mort elle-même a créé les Reliques. Elle voulait qu'elles servent. C'est à nous d'aider les Reliques à accomplir leur destin, à présent.

Il se tut. Ses yeux brillaient. Sa poitrine se soulevait à un rythme saccadé, montrant son excitation. Ses mains serraient sa canne, comme pour se retenir d'agir dès à présent.

- Mais… pourquoi ? murmura finalement Ginny.

Étonnamment, Balthazar parut oublier qu'il n'avait exigé qu'une seule question. Il était tout à son histoire, prêt à la raconter des dizaines de fois. En réalité, et même s'il ne s'en rendait pas compte, il voulait les convaincre de le rejoindre. Il ne voulait pas les forcer, non. Il voulait qu'ils soient aussi enthousiastes que lui. Il savait qu'il avait face à lui des sorciers puissants. Il avait toujours aimé la puissance, il la voulait à ses côtés. Et il avait pour cela besoin que ces sorciers, qui avaient leur place dans l'Histoire de la Magie à présent, se rallient à sa cause. Finalement, Balthazar voulait dominer le monde. Mais pas seul. Il voulait les Reliques. Mais il voulait les Héritiers, aussi. Il était un Historien, un collectionneur. Il voulait ajouter les sorciers connus du monde entier à sa collection. Il voulait qu'on l'admire pour ce qu'il était, et pour ce qu'il possédait.

- Pour l'immortalité, avant tout, reconnut Balthazar. Mais pour l'accomplissement, aussi. Imaginez. Être immortel, et que tout le monde le sache. Vous êtes craint, mais vous êtes aussi admiré. N'est-ce pas le rêve de tout le monde ? Je veux les Reliques. Pour ce qu'elles représentent, pour ce qu'elles permettent d'accomplir. Les Reliques sont la clef de tout. Les Reliques sont l'essence même du monde… Elles sont la mort. Mais elles représentent aussi la vie. Je veux avoir cela entre mes mains. Je veux décider du destin des autres. Et vous le voulez aussi.

Il termina sa tirade ainsi, laissant le temps aux mots d'imprégner les esprits de ses interlocuteurs.

Ce fut Gaïa qui brisa finalement le silence. Elle avait le don de rompre ces moments de calme à sa façon.

- Décider du destin des autres, rien que ça…, soupira-t-elle. Sauf que tu veux décider du destin de ceux qui ne sont pas Héritiers. Tu ne peux pas décider de mon destin, par exemple. Et je n'ai pas vraiment envie de devenir une Héritière qui décide pour les autres, à vrai dire. J'ai déjà beaucoup à faire avec mon propre destin, surtout qu'il y a toujours un fou qui veut attenter à ma vie. Donc, si cela ne te dérange pas, je vais refuser ton offre de me joindre à toi. Je n'ai pas trop envie de t'entendre, pour le restant de mes jours, décider de la vie des autres…

Elle fit mine de se lever.

- Oh…

Balthazar semblait presque déçu.

- Il est vrai que j'ai oublié de parler de ce que j'ai découvert il y a peu. Et que tu sembles encore ignorer, vu l'état de ton tatouage.

Gaïa, par réflexe, jeta un coup d'œil à cette marque qui ne partirait jamais. Elle fronça les sourcils, et regarda le groupe qui l'accompagnait.

Bob et Harry semblaient comprendre ce à quoi faisait allusion Balthazar, mais ils étaient les seuls. Elle tenta d'obtenir des informations de Bob. Il avait le visage fermé, et un regard qui la dissuada de lui poser des questions. Elle n'aurait jamais de réponses.

Elle se tourna donc vers Harry, qui soupira et se leva. Il s'approcha de Gaïa, qui sentit son sang se glacer. Harry avait un regard qui n'augurait rien de bon. Elle était de toute évidence sur le point d'apprendre une information qui n'allait pas lui faire plaisir. Il posa une main réconfortante sur son épaule. Automatiquement, elle se dégagea.

- Si tu as quelque chose à m'annoncer, Harry, ne le fais pas de cette façon. Pas avec de la pitié dans le regard. Dis-le. D'un seul coup.

Elle entendit le ricanement des hommes de Balthazar. Ils se moquaient d'elle, ouvertement, et elle ne s'en préoccupait même pas. Elle n'aimait pas du tout le regard d'Harry, et elle sentait que la suite allait encore moins lui plaire.

- Quelle théâtralité, murmura Hakim.

Elle se ferait un plaisir de lui faire ravaler ses paroles dès lors qu'Harry aurait dit ce qu'il avait à lui dire.

- Hier soir, j'ai réussi à lire les parchemins, commença Harry. Et je suis tombé sur celui qui expliquait le rôle des Héritiers. Ou, du moins, leur importance par rapport aux autres.

- Qu'est-ce que cela veut dire ? Tous les Héritiers sont sur un pied d'égalité, tenta Gaïa sur un ton buté.

Elle se tourna vers Bob.

- Tu me l'as dit depuis le début ! Nous sommes tous égaux ! Chacun avec sa Relique, peu importe de laquelle il s'agit, nous sommes égaux !

Mais Bob secouait obstinément la tête.

- Non. Nous ne sommes pas égaux. Pas égaux à toi, c'est certain.

Le cerveau de Gaïa bourdonnait. Elle n'était plus sûre de ce qu'elle devait croire. Et Bob lui avait déjà menti à de si nombreuses reprises qu'un nouveau mensonge ne serait pas étonnant. Sauf qu'il n'était pas temps pour les révélations, et qu'elle n'était pas sûre de pouvoir accepter une nouveauté concernant sa vie au fin fond d'un cachot sordide. Elle n'était pas sûre de vouloir savoir quoi que ce soit d'autre qui bousculerait à nouveau ses convictions.

Mais elle savait aussi qu'elle n'avait pas le choix. Elle ne pouvait pas se battre contre Balthazar Baldi sans en connaître un minimum sur elle-même. Et elle pouvait encore moins espérer le battre. Alors, elle rassembla ses convictions qui n'avaient pas encore été fracassées au sol depuis qu'elle avait dû quitter Bob, et se prépara à affronter la réalité.

Elle refit donc face à Harry. Il y avait certainement une supplique dans ses yeux, car Harry secoua doucement la tête.

- Tu es la plus importante des Héritiers, Gaïa, dit doucement Harry. Tu es Héritière de deux Reliques.

Gaïa recula d'un pas, en secouant doucement la tête.

- Non. Ce n'est pas possible, je l'aurais su…

- Non. Parce que Bob ne t'a parlé que de son Héritage. Il n'a pas parlé de celui de ta mère.

Elle sentait la brûlure de son tatouage, mais refusait de baisser les yeux vers celui-ci. Tant qu'elle ne le regarderait pas, elle ne saurait pas de quoi il s'agissait. Elle pouvait encore espérer.

- Dis-moi que je suis une branche oubliée de ta famille, Harry, murmura-t-elle. Dis-moi que je suis une Héritière de la Baguette et de la Cape. S'il te plaît.

Elle pouvait accepter l'idée d'être l'Héritière de deux Reliques. C'était un coup dur, et cela voulait dire qu'elle en savait encore moins sur sa famille que ce qu'elle pensait. Mais être une Héritière de la Baguette et de la Pierre ? Elle ne pouvait pas le concevoir. Elle refusait de croire qu'elle appartenait à la famille du même homme qui avait tenté de la tuer durant des années. Qui avait voulu mettre la main sur elle, un sociopathe avéré. Elle ne pouvait pas. Comment pourrait-elle vivre avec l'idée qu'elle était liée à un homme avide de pouvoir, sans sentiment, prêt à tout pour arriver à ses fins ? Même d'une façon aussi éloignée, elle était incapable de croire qu'elle avait un lien puissant avec Balthazar Baldi. C'était inconcevable.

Mais personne ne venait la démentir. Personne ne venait la rassurer. Alors, elle baissa lentement les yeux sur son tatouage, et réalisa qu'elle appartenait à la famille du plus grand fou qu'il lui ait été donné de rencontrer.

Elle aurait certainement couru à toutes jambes dans l'espoir d'échapper à ce cauchemar si la voie avait été libre. Au lieu de cela, elle trembla de tous ses membres, ne réussissant pas à défaire le regard de ce tatouage qui avait évolué. Elle ne voulait pas le croire. Elle ne pouvait pas le croire. Son cerveau refusait d'analyser et d'accepter la nouvelle information qu'on lui livrait.

Si elle réussissait à se convaincre que tout ceci n'était un rêve, peut-être que le cercle perdrait en intensité. Mais rien à faire. Malgré les efforts qu'elle faisait, le cercle restait là. Indélébile. Ancré dans sa chair.

- J'ai d'abord été très en colère d'apprendre qu'une de mes erreurs, alors que mes rêves d'immortalité commençaient tout juste, avait mené à ce contretemps. Cela signifie, après tout, que je ne suis pas le seul à pouvoir commander la Pierre. Et que je peux le faire de façon moins certaine que toi, qui es l'Héritière la plus récente de la Pierre. Mais je peux toujours la contrôler. Et, surtout, grâce à toi, je peux retrouver les Reliques. Et grâce à vous deux, évidemment, compléta-t-il en désignant tour à tour Harry et James.

Balthazar sourit. Son rêve devenait presque réalité.

- Les Reliques sont impossibles à localiser. Mais grâce à vous, c'est à présent possible. J'ai toujours été trop ambitieux, j'ai toujours voulu les avoir, et de ce fait, les trouver ne m'était pas possible. Mais aujourd'hui, ça l'est. Parce que vous n'aspirez pas encore à la même puissance que moi. Vos âmes sont encore trop… perverties par la notion de bien, véhiculée par les personnes désignées comme étant influentes, pour que vous puissiez réellement accepter cette puissance nouvelle. Mais ça va venir, je n'en doute pas.

Il affichait un sourire assuré. À son sens, ils ne pouvaient pas refuser son offre. Balthazar leur proposait une alliance et l'immortalité. De quoi vivre des milliers d'années sans aucune crainte. Qui pouvait décliner une telle proposition ?

Mais une minute plus tard, alors que Gaïa était toujours abasourdie et occupée à regarder son tatouage, alors qu'elle n'avait pas réalisé que James s'était levé pour lui tenir l'épaule, les invités de Balthazar étaient levés. Leurs chaises avaient disparu. Le temps n'était plus aux explications.

- Je crois malheureusement que nous allons décliner votre offre, dit Ron avec un sourire désolé. Bon, évidemment, je ne suis pas un Héritier et tout ce qui va avec, mais je connais assez Harry pour parler en son nom. Et la réponse à votre proposition est non.

Aussitôt, les hommes de confiance de Balthazar relevèrent leur baguette. Ils avaient l'habitude des refus. Ils n'allaient pas se déconcerter par celui d'Harry Potter. Et ils étaient assurés des résultats qu'ils pourraient obtenir. Les prisonniers qui avaient été les leurs avaient toujours parlé.

- Il est vraiment dommage que nous en arrivions à ce point, murmura Balthazar. Mais nous allons devoir vous garder ici. Vous comprenez, j'ai vraiment besoin de trouver les Reliques, et sans vous…

Ses hommes se mirent en mouvement. Ils connaissaient ce type de situations, et jamais encore ils n'avaient été pris de court, au point d'être désavantagés lors du premier mouvement de la bataille.

Harry fut le premier à être saisi. Nikolaï le tenait à présent en joue. Ses compagnons s'approchaient des amis d'Harry, avec la même volonté que l'on pouvait trouver dans les yeux de Nikolaï. Ils servaient Balthazar, et tant pis pour les blessés.

Et vu le nombre d'ennemis qui faisaient face à eux, les Anglais avaient tout intérêt à être prêts à accepter la défaite.

- Je sais où sont les Reliques, dit alors Harry.

Cela arrêta le mouvement de chacun dans le cachot, du côté de Balthazar comme du côté d'Harry. L'attention générale se reporta sur Harry.

- Papa…, souffla James.

Il connaissait son père. Il n'aurait jamais vendu cette information aussi brutalement. Son père ne pouvait pas donner l'emplacement des Reliques à Balthazar aussi abruptement. C'était tout bonnement impossible.

- Papa…, murmura-t-il à nouveau.

James en oublia qu'il s'était levé pour réconforter Gaïa. Il ôta sa main de l'épaule de la jeune fille, et fit un pas en avant vers son père. Le mouvement d'un des hommes de Balthazar, qui pointa sa baguette droit sur son cœur, le stoppa. Anxieux, il regarda son père. Il ne voyait pas que Ron, Hermione et Ginny avaient confiance en son père. Il n'entendait que les mots que venait de prononcer Harry. Il lui importait peu la présence de Bob pas loin. Il lui importait peu de savoir que Tim avait trahi.

À l'instant présent, James avait peur. Parce que si son père capitulait, cela voulait dire qu'ils étaient réellement perdus.

- Que viens-tu de dire ? demanda lentement Balthazar.

- Que je sais où se trouve chacune des Reliques. À vrai dire, j'ai même possédé les trois, un temps durant. En tant que baguette, je peux même vous dire que la Baguette de Sureau m'appartient. En tant que Relique, en revanche, elle est la possession entière de Gaïa.

Si Harry n'avait pas tant capté l'attention, peut-être que quelqu'un aurait remarqué que ses mots n'étaient pas tombés dans l'oreille d'une sourde. Gaïa se tourna lentement vers Harry.

« Elle est la possession entière de Gaïa. »

Ça aurait pu être des mots lancés en l'air. Pour rappeler que Gaïa était l'Héritière de la Baguette. Ces quelques mots auraient pu être dits sans aucun sous-entendu.

Ce n'était pas le cas.

Ce n'était pas des mots lancés en l'air. Leur signification n'était pas qu'immatérielle. Elle plongea lentement sa main à l'intérieur de sa tenue. Il lui avait dit de ne pas se séparer de ce qu'il lui donnait, et qu'elle saurait quand s'en servir.

- Comment est-ce possible ? s'étonna Balthazar.

On sentait l'excitation dans sa voix, bien qu'il tente de la camoufler. Il voulait rester neutre, rester impassible, mais une telle révélation en cet instant était inouïe pour lui.

- Parce que je ne le voulais pas, dit simplement Harry en reprenant les mots qu'avait employés Gaïa des mois plus tôt. Je ne voulais pas des Reliques, et elles sont venues à moi.

Il hésita un instant, se demandant s'il avait raison d'insister.

- Parce que je suis un Héritier. Elles ont su me trouver.

Balthazar hocha la tête, avide. Son excitation, à présent, était visible. Il approcha une main tremblante d'Harry.

- Alors, tu connais la sensation que cela fait de les posséder… Tu sais à quel point elles sont puissantes. Toi plus que quiconque comprends mon envie de les posséder ! s'extasia-t-il. Qu'as-tu ressenti, au moment où tu as compris que tu pouvais devenir le Maître de la Mort ?

Harry secoua la tête. Il refusait de répondre. Il avait joué son rôle. Il avait diverti toutes les personnes présentes dans le cachot. Ce n'était plus lui qui devait agir, à présent.

Il était temps pour lui qu'il ne soit plus qu'un figurant.

Après tout, il n'était qu'un simple Héritier, quand Gaïa était une double héritière. C'était à elle, à présent, d'agir.

- Qu'as-tu ressenti ?! le pressa Balthazar.

Il ressemblait à un homme dépendant devant lequel on agiterait l'objet de sa dépendance. Mais Harry secouait toujours la tête. Et, intérieurement, il espérait que Gaïa avait compris le message qu'il avait voulu lui faire passer.

Le rire sans joie qu'elle laissa échapper, derrière lui, lui fit comprendre que oui. Gaïa avait tout à fait compris le message qu'Harry avait voulu lui faire passer.

Et maintenant qu'elle savait ce qu'elle possédait, elle avait du mal à se faire à l'idée.

- C'est une blague ? murmura-t-elle d'une voix blanche.

Les regards se posèrent sur elle. Quelque chose, dans le ton de sa voix, prouvait que tout n'allait pas bien. Qu'elle avait un problème, ou un semblant de problème.

Elle tenait dans ses mains une boîte rectangulaire, extrêmement fine. Du même format que celles que l'on pouvait trouver dans la boutique des Ollivander.

Elle respirait de façon saccadée. Elle avait les yeux fixés sur le contenu de la boîte. Ses mains tremblaient légèrement, comme refusant de porter ce fardeau.

Elle pencha légèrement la boîte, pour que tout le monde en voie le contenu.

- La Baguette de Sureau, murmura-t-elle alors.

∆ | o

C'était un de ces moments où plus personne ne bouge. Où l'on regarde ce qu'on vient de nous montrer. Où l'on prend le temps d'analyser ce qu'on vient d'apprendre.

Ceux qui n'avaient jamais vu de Reliques regardèrent celle qui leur était présentée.

Balthazar ressentait le besoin irrépressible de s'approcher pour toucher le morceau de bois. Pour s'assurer qu'il était bien réel. Il avait, des années durant, tenté de mettre la main sur les Reliques. Et là, pour une fois qu'il n'agissait pas dans ce sens, qu'il voulait simplement les Héritiers, voilà que la Relique lui était livrée à son propre domicile.

Bob se demandait s'il était déçu ou non. Il aurait voulu que la Baguette soit plus impressionnante, peut-être. Ou peut-être avait-il passé tellement de temps à se dire qu'il ne devait jamais l'approcher, pour être sûr que l'Héritage soit protégé, qu'il se sentait trahi de voir la Relique entre les mains de Gaïa. Il aurait voulu ne jamais voir cette Relique. Finalement, il avait pris l'habitude de survivre, et rien de plus. Il ne voulait pas s'encombrer de la Relique.

Gaïa ne voulait qu'une seule chose. Qu'on brûle ce bout de bois. Qu'on le fasse disparaître hors de sa vue. Elle ne voulait plus avoir à faire à ces Reliques. Elle voulait qu'on la laisse tranquille, avec ça. Elle ne voulait pas de la Relique. Mais elle ne voulait pas que quelqu'un d'autre qu'elle la possède.

L'instant était toujours figé. Chacun hésitait. On voulait la Relique. Pour la mettre hors de portée de Balthazar, d'un côté. Pour satisfaire les besoins de Balthazar, de l'autre.

Finalement, la personne qui connaissait le mieux Balthazar, et qui se moquait totalement de l'immortalité qu'il proposait, fut la première à agir.

April avait toujours eu des réflexes hors du commun. Et des sens plus développés, aussi. Elle savait se fondre dans la masse, la traverser, sans que celle-ci ne réalise qu'elle cédait le passage à April. C'est pour cela que Balthazar l'avait engagée. C'est parce qu'elle était hors du commun, et cherchait à ce qu'on le remarque. Et April, aujourd'hui encore, se servit de cette faculté.

C'est ainsi qu'alors qu'ils étaient encore tous à se demander ce qui convenait de faire, Tim se retrouva avec un couteau sous la gorge. Un couteau tenu par une main. Une main appartenant à un bras.

Celui d'April.

- Bien, bien, bien… Je vois que les choses sérieuses ont commencé ! s'extasia l'Élite. Balthazar ?

Son chef hocha la tête. Il lui confirmait ce qu'elle voulait savoir. Elle avait effectivement carte blanche.

- Parfait, murmura April avec un sourire qui en effraya plus d'un. Voilà comment vont se passer les choses, à présent.

Elle appuya un peu plus la lame sur la gorge de Tim, qui gémit.

- C'est bien, Tim, tu as tout compris. Pleurniche un peu, cela éveillera la pitié des autres, l'encouragea April. Maintenant, tout le monde m'écoute. Et toi, la sale gamine arrogante, tu ouvres bien grand tes oreilles, parce que la vie de ce cher Tim ne dépend plus que de toi.

April sourit un peu plus tandis que Gaïa levait les yeux de la Baguette, comme réalisant à l'instant seulement qu'il y avait eu de l'action, et qu'elle n'avait rien remarqué.

- Voilà. Maintenant, tu ne regardes plus que moi, exigea April. Tu as une Relique entre tes mains, et figure-toi que c'est quelque chose que veut Balthazar. Je te propose donc un marché. Tu donnes gentiment cette Relique à Balthazar, et Tim aura la vie sauve.

April étouffa un petit rire alors que Tim gémissait sous la douleur lorsqu'elle enfonça un peu plus la lame dans sa chair.

- Je ne garantis pas qu'il n'ait aucune cicatrice, en revanche, plaisanta-t-elle. Alors, que dis-tu de cet accord ?

Gaïa regarda à nouveau la Relique. Elle était à ce moment critique. Celui où elle n'avait plus le droit d'hésiter, celui où elle ne pouvait pas faire demi-tour. Elle regarda ensuite April. Puis Tim. Puis la pièce. Les hommes de Balthazar. Ceux qui étaient dans le cachot, et ceux qu'elle devinait être dehors. Elle regarda rapidement les sorciers avec qui elle était venue. Harry était toujours maintenu par Nikolaï. James semblait craindre pour la vie de Tim autant que pour celle de son père. Ginny, elle, était dans un tel état de fureur que Gaïa était prête à parier que lorsqu'on libérerait Harry, Nikolaï pourrait dire adieu à la vie. Hermione et Ron, eux, analysaient la situation. C'était sur eux qu'elle devait compter, à l'instant précis. Eux agiraient dès lors qu'elle leur en donnerait l'occasion. Et l'occasion, c'était Gaïa qui allait la faire apparaître.

- Je dis de cet accord qu'il est vraiment, vraiment nul, avoua Gaïa. Je veux dire, je suis une double Héritière. Cela veut donc dire que je mérite plus que tout autre Héritier de posséder une Relique, n'est-ce pas ?

Les yeux de Balthazar prirent une teinte orageuse. April n'attendit pas l'ordre de son maître pour réagir. Elle savait quand elle devait agir sans pitié. Et c'était le moment.

- Et une mort sur la conscience pour notre petite Gaïa, s'exclama joyeusement April tandis que le corps Tim tombait à ses pieds. À qui le tour ? voulut-elle savoir en regardant tour à tour les autres personnes qui accompagnaient Gaïa. J'ai bien compris que tu n'étais pas très proche de Tim. Après une telle trahison, c'est compréhensible. Ce n'était pas un grand dilemme, pour toi, de me laisser le tuer ou non. Mais les autres… Qu'est-ce que cela te ferait ? s'enquit April.

La tortionnaire avança d'un pas vers Gaïa. Qui n'attendait que cela. Elle se décala d'un bond, comme l'aurait fait un animal effrayé.

- Tu as raison d'avoir peur, se moqua April. L'idée, c'est que tu sois la dernière de ma liste des personnes qui vont mourir de ma main aujourd'hui. Une fois que je serai bien échauffée. Tu comprends, tuer, c'est rapide, avoua la jeune femme. Torturer, beaucoup moins, et il y a beaucoup de personnes que je peux…

Elle se tut. Gaïa venait de se pencher vers le sol. Sa position était cocasse, amusant April, qui rit doucement.

- C'est une nouvelle manière de se protéger ? s'étonna-t-elle.

Gaïa se releva lentement.

- Non. C'est simplement une façon de détourner ton attention, dit tranquillement Gaïa.

Elle tenait une grosse pierre dans sa main droite, à présent. April, tout en gardant un œil sur elle, se tourna vers les autres membres du groupe, qu'ils étaient censés surveiller.

L'attention était tellement portée sur Gaïa, qui avait une Relique, que personne n'avait réellement surveillé les autres membres du groupe. Ils auraient peut-être dû.

James était toujours à la même place. Il regardait le corps sans vie de celui qui avait été son meilleur ami des années durant. Il n'était pas habitué à ce genre de scènes. Il en avait entendu parler, évidemment. Il connaissait l'histoire de son père, il savait qu'on ne pouvait pas vivre une guerre sans que personne n'en pâtisse. Mais être devant le fait accompli était différent. Cependant, son immobilité avait certainement permis aux membres de sa famille d'agir. Il représentait l'immobilité du groupe, alors que Ginny, Ron et Hermione bougeaient. Ron avait fermé la porte du cachot, silencieusement. Hermione tenaient en joue les Dessinateurs, tandis que Ginny, elle, s'occupait des Rêveurs. Elles avaient certainement compris que ceux qui ne tenaient pas de baguettes pouvaient faire autant de dégâts que ceux qui en avaient.

- Bien, bien, bien, murmura Balthazar. Je vois que nous avions tort de vous sous-estimer. Toutefois, nous tenons toujours la vie d'Harry Potter entre nos mains, ajouta-t-il en désignant Nikolaï et le Survivant.

James releva les yeux vers son père lorsqu'il entendit son nom prononcé. Tim était mort. C'était horrible, certainement. Et il mettrait des semaines, des mois à s'en remettre. Mais son père était toujours en vie. Sa famille aussi. Et ils étaient tous dans une situation délicate, à l'heure actuelle. Il se lamenterait plus tard. Il se saisit donc de sa baguette, lui aussi.

- Et voilà que le fils s'y met aussi, soupira Balthazar. Moi qui pensais que vous auriez plus de jugeote, et que vous accepteriez plus facilement mon offre… Je suis déçu.

Il secoua lentement la tête.

- Je vais devoir demander à April d'agir. Et, comme vous le savez, elle n'est pas tendre.

Il se tourna vers Gaïa.

- C'est ta dernière chance, ma jolie. Accepte, et nous accomplirons notre rôle d'Héritier ensemble. Refuse, et tu perds tout dans l'instant.

Il remarqua alors la pierre dont avait fait mention April.

- Et que comptes-tu faire avec ça ?

Gaïa sourit, doucereuse.

- Ça.

La pierre fusa avant même que les hommes de Balthazar puissent s'en inquiéter. Au dernier moment, Bobo se lança devant son maître, pensant à tort que c'était lui que visait Gaïa.

Mais non.

Elle visait Nikolaï.

L'Élite reçut la pierre de plein fouet. Harry, qui avait vu le projectile arriver, avait eu la présence d'esprit de baisser la tête au dernier moment. Il sentit, en même temps qu'il entendit le bruit dégoûtant de la pierre se cognant au crâne de Nikolaï, que la pression de la prise de son assaillant se relâchait. D'un vif mouvement d'épaules, il se libéra entièrement. Le corps de Nikolaï alla s'écraser contre un mur, derrière Harry. Il ressemblait à une poupée de chiffon – plus aucune solidité dans ses membres. Mais ce n'était pas le moment de se demander s'il était encore en vie ou non. Harry avait déjà sorti sa baguette.

C'était le signal qu'attendaient les autres pour agir.

- Stupéfix !

Des rayons de lumière rouge allèrent frapper plusieurs de leurs ennemis.

Gaïa, une fois assurée qu'ils allaient se débrouiller, retourna vers Bob, rapidement, tout en gardant un œil sur Balthazar. Le vieil homme ne semblait pas inquiet, et c'était bien ce qui surprenait Gaïa. C'était à croire qu'il savait comment tout cela allait se terminer.

Et ça irait certainement dans son sens, pour qu'il soit aussi serein.

Elle chercha aussi April. Et ne la vit pas. Et ça, comprit rapidement Gaïa, c'était très mauvais signe.

- Ils sont plutôt doués, commenta Bob lorsque Gaïa arriva à son niveau.

- Trente ans qu'ils combattent ensemble, répliqua-t-elle. Ça aide, forcément.

Toutefois, elle ne parvenait pas à être entièrement rassurée. Oui, Harry, Ron, Hermione et Ginny se débrouillaient bien. Mais il y avait d'autres ennemis en dehors du cachot. April n'était pas visible. Balthazar semblait bien trop calme.

Et James non plus n'était pas visible.

Elle se retourna vivement, à la recherche du garçon.

- Où est James ?!

Elle crut d'abord que personne ne l'avait entendue. Et puis, Harry se libéra d'un adversaire, et se tourna vers elle, à la recherche de son fils.

Le Survivant avait une vilaine blessure sur le bras droit. Gaïa ne savait pas si cela était dû à Nikolaï ou à un autre ennemi, mais cette blessure l'obligeait à utiliser son bras gauche pour attaquer. Mais ça, Gaïa savait que ce n'était pas le problème. Le problème, c'était que James n'était plus visible.

Ils regardèrent le corps de Tim. James n'était pas à côté.

Ginny parut réaliser elle aussi qu'il y avait un problème. Elle avait entendu la question de Gaïa, mais trop occupée à aider son frère, n'avait pas pu se retourner. Pourtant, l'instinct maternel finit par l'obliger à regarder dans la direction de Gaïa, puis dans celle de son mari, pour constater que son fils n'était pas là. Elle eut le temps de réaliser ce que cela voulait dire. L'horreur écarquilla ses yeux, avant qu'elle ne soit projetée contre un mur. La douleur déforma ses traits.

- Où est James ? murmura à nouveau Gaïa.

- Ce n'est pas grave, ça, marmonna son oncle. Tant que tu as la Relique, c'est…

- Tais-toi ! gronda Gaïa. Évidemment que c'est grave que James ne soit pas là.

Elle sentait que la panique était de plus en plus maîtresse de ses sens, et qu'elle ne réfléchissait plus correctement. Elle ressentait la même peur que celle qui l'oppressait lorsqu'elle se retrouvait au-dessus du vide.

- James ne peut pas ne pas être là, murmura-t-elle pour elle-même.

- Et heureusement pour nous, James est toujours là ! s'exclama joyeusement April en sortant de derrière un pilier.

James l'accompagnant, mais pas vraiment de par sa volonté propre. Un mot de travers de la part de Gaïa, et il subirait le même sort que Tim.

April sourit largement.

- Bien. Je comprends mon erreur, et l'accepte. Je n'aurais pas dû tenter de t'avoir en prenant Tim sous ma lame. James semble être bien plus précieux à tes yeux que Tim. Nous allons enfin pouvoir discuter normalement, soupira April, comme soulagée.

Balthazar reprit place sur sa chaise, toujours souriant. Il avait toujours fait confiance à April, et il avait eu raison.

- Vous comprenez, à présent, pourquoi April est le meilleur membre de toute mon équipe ? Elle n'a pas besoin que je lui dise quoi que ce soit. Elle comprend les sentiments des autres, et elle sait où il faut appuyer pour faire mal.

Il affichait un sourire glorieux.

- Vous savez qu'il ne faut pas crier victoire trop vite ? demanda James, malgré la situation délicate dans laquelle il se trouvait.

- Je ne crie victoire que lorsque je suis sûr de gagner, répliqua Balthazar.

- Et tu ferais mieux de te taire, lui dit April en accentuant la pression de sa lame. Si ta maman était encore éveillée, elle te ferait remarquer qu'il y a des moments où il vaut mieux se taire. Comme maintenant. Alors, à présent, tu vas laisser les grandes personnes discuter avec la sale petite gamine qui t'apprécie trop pour ton bien, et pour le sien. Alors, Gaïa, prête à négocier ?

Gaïa regarda la Relique, une fois encore. Tout ça pour ce simple bout de bois… Ce simple bout de bois qui n'obéissait qu'à elle. Et c'était pour cela qu'elle se retrouvait aujourd'hui dans un cachot qui sentait le moisi. Avec Ginny inconsciente, Tim mort. Harry blessé. Ron et Hermione l'étaient certainement aussi. Bob incapable de se défendre. Ils étaient tous dans des états peu glorieux, tandis qu'en face, ils étaient encore nombreux à être debout.

Et d'ailleurs…

Trop de Rêveurs étaient debout.

∆ | o

Elle se sentit vaciller.

Elle garda contenance.

Elle ne voyait plus réellement ce qui se passait autour d'elle. C'était comme si un voile flou s'était posé sur ses yeux. Elle essaya de le repousser, mais n'y arriva pas.

Et ce n'était pas l'unique sensation gênante. C'était étrange, réellement, elle s'en rendait vaguement compte, mais elle avait la sensation que sous sa peau se baladait un serpent. Un serpent qui aurait réussi à trouver une faille, et à pénétrer la peau de Gaïa. Pour ensuite la guider, la contrôler. Elle ne savait pas trop ce que c'était. Était-ce réellement un animal qui se promenait ?

Non.

Ça n'avait aucun sens.

Elle ne pouvait pas avoir un animal se baladant sous son derme. C'était physiquement impossible, elle en certaine.

En revanche, il était tout à fait probable qu'on lui fasse croire cela.

On lui avait fait croire beaucoup de faits, ces derniers mois. Les plus marquants ayant été ses rêves.

Elle releva la tête, à temps pour constater que ses mains bougeaient en même temps. La main tenant fermement la Baguette de Sureau se tendit lentement vers Balthazar Baldi. On la forçait à agir selon ce qui intéressait ses ennemis.

Très bien. Rêveurs et Dessinateurs s'y mettaient ensemble. Très bien.

Elle sentit la rage pulser dans son sang, ses veines. Tambouriner contre son crâne.

Elle était Gaïa Lockwood, Héritière de deux Reliques.

Ce n'était pas un de ces petits sorciers de pacotille qui allaient lui dire quoi faire, quoi voir, quoi penser.

Par Merlin, on lui avait donné des cours d'occlumancie. Et son professeur n'était nul autre que Drago Malefoy.

Elle imaginait tout à fait son petit air supérieur si jamais il apprenait qu'elle n'avait pas su repousser une telle attaque mentale. Elle entendait déjà la phrase qu'il lui offrirait. « Alors, Gaïa, vous pensiez sincèrement que vous étiez de taille ? Vous ne m'avez pas assez écouté… On reprend. »

Mais non. Elle n'allait pas se laisser faire.

Elle était bien plus forte qu'eux tous réunis.

Peut-être que Rêveurs et Dessinateurs, actuellement, la forçaient à garder la tête baissée.

Mais elle était loin d'être soumise.

On ne pouvait soumettre Gaïa Lockwood. Sauf Bob.

Et encore.

Elle s'était détachée de son autorité.

Gaïa était un être à part entière. C'est ce qu'elle avait retenu de ses leçons avec Drago Malefoy.

Elle était un seul être.

Et personne ne pourrait forcer l'être qu'elle était à agir contre sa volonté. À l'obliger à faire ce qui arrangeait ceux qui la manipulaient.

Elle était bien trop entière pour laisser faire cela.

Il faudrait qu'elle songe à remercier Drago Malefoy pour l'aide apportée lorsqu'elle le reverrait.

Parce qu'elle comptait bien sortir de ce repère d'acromentules vivante.

Du moins, pas trop abîmée.

Il était temps d'agir. De rassembler ses forces. Mentales, cette fois. Et de repousser les imbéciles heureux qui pensaient que parce que le pouvoir les attirait, ils avaient droit de vie et de mort sur la communauté sorcière.

Ils allaient voir ce que c'était, que d'affronter Gaïa Lockwood.

∆ | o

Elle releva les yeux.

Elle ne regarda même pas les Rêveurs, ni les Dessinateurs. Elle sentait qu'ils étaient bien trop désemparés. C'était la première fois qu'ils étaient directement repoussés par Gaïa. Petit à petit, leur monde s'effritait. Et elle allait se permettre de donner un coup de poing là où il fallait pour que ce monde s'écroule rapidement. En emportant autant d'ennemis que possible.

Elle regarda donc April, qui était toujours occupée à tenir James. Et qui lui souriait sauvagement. On ne négociait pas avec April, c'était évident.

- La Relique, exigea April. Et je te rends ton petit-ami.

- Ce n'est pas mon…

Gaïa se tut. Ce n'était pas ce qui ferait changer d'avis April, évidemment. Elle inspira profondément.

- Fais très attention à ce que tu vas répondre, murmura Bob à côté d'elle.

Elle lui lança un regard noir.

- Tu n'as pas à te mêler de ça. Pour une fois, laisse-moi gérer une situation.

- Tu n'en es pas capable…, répondit Bob en prenant une voix menaçante.

- Parce que tu saurais mieux faire que moi, peut-être ? railla-t-elle. Tu n'as rien pour te défendre, à l'heure actuelle, murmura-t-elle de telle façon à ce qu'il soit le seul à l'entendre.

Elle se mit à nouveau face à April. Les deux femmes se jaugèrent du regard. Gaïa hésitait.

Selon l'éducation de Bob, elle devait se moquer de la vie de James. Ce n'était qu'une perte parmi tant d'autres pour s'assurer de la protection de son Héritage.

Selon les derniers mois qu'elle avait vécus, elle était dans l'obligation de prendre en compte son attachement pour James. Elle ne pouvait pas le laisser entre les mains d'April.

- Je commence à m'impatienter, dit d'une voix triste Balthazar.

April remonta le couteau qu'elle tenait sous la gorge de James.

- Si je plante la lame ici, annonça-t-elle en montrant la carotide, il est mort dans quelques secondes. Si je me décide à la planter ailleurs, je ferai en sorte qu'il saigne beaucoup. Comme ça, tu penseras avoir encore le temps de le sauver, alors qu'en réalité, il sera déjà condamné. Sauf si tu connais le moyen de faire un bon garrot. Tu connais le moyen de faire un bon garrot ? s'enquit April, une lueur d'intérêt dans le regard.

Forcée de répondre, Gaïa secoua la tête.

Elle regarda la scène autour d'elle. Hermione et Ron qui étaient prêts à agir à nouveau, mais qui attendaient surtout de voir ce qui allait arriver à James.

Harry qui la suppliait certainement du regard. Elle n'osait pas le regarder droit dans les yeux.

Ginny inconsciente. Elle ne voulait pas lui annoncer la mort de son fils lorsqu'elle se réveillerait. Elle avait déjà fait bien assez de mal à cette famille, à son avis.

Son père qui lui disait clairement du regard qu'il ne voulait pas d'autre décision de sa part que celle de refuser de donner la Relique.

Elle regarda rapidement April, et sut qu'elle n'avait que quelques secondes pour agir.

Elle regarda une dernière fois la Relique.

Sa Relique. Celle qui lui obéirait complètement. Quel que soit l'ordre donné.

Et Gaïa sut ce qu'elle devait faire.

Ne venait-elle pas de décider qu'il était temps pour elle d'agir ?

Elle trembla à cette idée. Mais elle n'avait pas le choix. Elle ne devait plus y penser.

- Très bien, murmura-t-elle finalement. J'accepte.

C'était tellement soudain et inattendu que personne n'y crut vraiment, dans un premier temps. Aussi fallut-il quelques secondes avant que l'information n'atteigne le cerveau de chacun.

Il y eut quelques soupirs de soulagement dans les rangs des hommes de Balthazar. April sourit. Balthazar se leva. Bob cracha de mépris. Quant à Harry, Ron et Hermione, Gaïa préférait ne pas les regarder.

Elle regarda simplement James. Elle le regardait toujours lorsqu'elle reprit la parole.

- À une seule condition, toutefois.

- Penses-tu vraiment pouvoir exiger quoi que ce soit ? se moqua April.

- Eh bien, à vrai dire, oui, je le pense, répondit avec aplomb Gaïa.

Balthazar soupira, comme amusé.

- C'est le risque, avec les adolescentes. Leurs exigences sont nombreuses. Fais-nous part de la tienne, Gaïa.

- Je vous donne la Relique uniquement lorsque James sera hors des griffes d'April.

April éclata de rire.

- Tu crois réellement que nous allons accepter cela ?

- Je le crois, oui, dit Gaïa. Parce que si vous faites cela, j'accepte en plus de rejoindre vos rangs, affirma la jeune fille avec un aplomb qu'elle pensait avoir perdu depuis que la situation avait commencé à être hors de contrôle.

Le visage d'April perdit toute trace d'amusement. Elle était à présent surprise, et extrêmement sérieuse.

Gaïa ne lâchait pas James du regard. Les yeux écarquillés, celui-ci se demandait s'il avait bien entendu.

- Tu es complètement folle, cracha Bob. Tu comprends, maintenant, pourquoi je voulais que tu ne t'attaches à personne ?

- Tu as raté ça lors de mon éducation, apparemment, répliqua Gaïa. Alors ? demanda-t-elle à Balthazar.

- Eh bien… Je dois avouer être surpris de ce que tu me proposes.

- Gaïa, réfléchis bien à ce que tu es en train de proposer, dit tout à coup Hermione.

- Mais laissez-la faire ses propres choix, elle a seize ans, c'est une grande fille ! s'écria April, au bord de l'exaspération.

Et totalement excitée par la nouvelle tournure des événements. De toute évidence, les alliés de Gaïa n'allaient pas laisser faire l'adolescente sans protester. Il y aurait à nouveau de l'action, et d'ici très peu de temps.

- April a raison. Je sais exactement ce que je fais, assura Gaïa.

Elle eut la surprise de constater que James se détendait. Comme si le fait qu'elle ait dit ces mots puissent le rassurer. Sauf qu'elle ne voulait pas que quelqu'un d'autre s'en rende compte. Cela pourrait changer l'issue de son plan.

- Mais j'ai moi aussi peu de patience, dit tout à coup Gaïa. Est-ce que notre accord est conclu, ou non ?

April attendit l'ordre de son chef. S'il répondait oui, elle relâcherait James. Sans lui faire aucun mal, pour son plus grand malheur. Mais au moins Balthazar aurait-il une Relique, et une Héritière à ses côtés. Et peut-être que le garçon finirait par rejoindre Gaïa, qu'il appréciait trop pour ne pas vouloir l'aider à se sortir de là.

- Notre accord est conclu, dit alors lentement Balthazar.

Gaïa sentit son cœur manquer un battement sous l'effet du soulagement. Extérieurement, elle resta impassible.

- Bien.

Elle attendit qu'April se décide à relâcher James. Puis, elle attendit que James soit près de son père, qui adressait un regard de soulagement à Gaïa. Enfin, elle avança d'un pas.

- Tu sais certainement que les Reliques obéissent parfaitement à leur véritable Héritier, dit-elle en s'adressant à Balthazar.

- Oui, oui, évidemment que je sais ça, murmura l'homme, se demandant certainement où elle voulait en venir.

- Tu sais aussi qu'il ne faut jamais faire confiance aux adolescentes, n'est-ce pas ?

- De quoi est-ce que…

Gaïa releva légèrement la Relique. Un sourire suffisant étirait ses lèvres alors qu'elle lisait, pour la première fois depuis que Balthazar était entré dans le cachot, le doute dans son regard.

- Je ne vais pas te rejoindre, Balthazar. Et tu n'auras pas la Relique.

Elle regarda la Baguette.

- Brise-toi, exigea-t-elle.

Sur l'instant, il ne se passa rien. Les secondes semblèrent s'étirer, irréelles. Balthazar retint son souffle, effrayé que l'ordre puisse agir. Après tout, jamais l'expérience n'avait été tentée. Rien ne prouvait que cela allait réussir. Mais rien ne prouvait que cela allait échouer.

Et puis, tout à coup, un petit craquement se fit entendre. Tout petit. Une fissure apparut à l'extrémité de la baguette. Une fissure qui craquela toute la surface de la baguette. Qui se propagea. Qui résonna dans le cachot désormais silencieux. Qui brisa, peu à peu, la Relique. Jusqu'à ce que Gaïa ouvre ses mains, et laisse tomber au sol les nombreux morceaux de la Baguette de Sureau.

Ils tombèrent au sol, s'éparpillant aux pieds de Gaïa. Elle les regarda, et ressentit un pincement au cœur. Se dire qu'il suffisait d'un simple petit ordre pour que cette Relique disparaisse à jamais de sa vie était presque décevant.

Elle releva rapidement les yeux.

- NON ! hurla alors Balthazar.

L'action précédente n'avait même pas duré une seconde, réalisa Gaïa. C'était rapide de détruire une Relique. Vraiment rapide.

Aussi rapide qu'April se jetant sur elle, poignard sorti.

Gaïa anticipa la chute. Elle se saisit du bras droit d'April en même temps qu'elles roulaient au sol. Elle se cogna plusieurs fois la tête contre la pierre dure et froide du cachot, mais elle ne pouvait pas s'arrêter sur la douleur. Elle devait rester encore éveillée pour quelques instants.

Elle entendit la voix d'Harry, comme venant de très loin.

- Ron, Hermione, allez retenir ceux de dehors ! Qu'ils ne partent pas. Balthazar…

Elle n'entendit pas la suite de la phrase d'Harry. Elle avait plus urgent à régler.

Elle réalisa un instant trop tard l'erreur qu'elle avait commise en ne s'occupant que du bras droit d'April. Elle sentit la lame qui s'enfonçait dans son épaule, comprit que les larmes de douleur lui brouillaient la vue, et se décida à relever les genoux pour éloigner son adversaire. Peine perdue. La douleur l'aveuglait, et l'empêchait d'agir correctement. Elle comprit rapidement que le bras qui venait d'être blessé ne pourrait plus lui être utile. April connaissait les endroits où planter sa lame pour s'assurer qu'on ne puisse plus se servir d'une partie de son corps.

- Tu n'es pas de taille, lui murmura April à l'oreille.

Rapidement, l'idée fit son chemin dans le cerveau de la jeune fille. C'était certain, elle n'était pas de taille. Pourtant, elle repoussa cette idée qu'elle ne pouvait se permettre d'avoir. C'était une faiblesse qu'elle devait se refuser.

Gaïa essaya de réfléchir. De revenir à cette époque où elle s'entraînait à lancer des couteaux. Les endroits stratégiques pour poser des lames, et les avoir à portée de main.

Les mollets. Les hanches.

April se servait de ses deux mains pour poignarder. Il y avait une lame sortie, dans sa main droite. Une qu'elle avait plongée dans l'épaule de Gaïa, et qui s'y trouvait toujours. Une dans la gorge de Tim.

Il en restait une. À Gaïa de ne pas se tromper lorsqu'elle viserait le fourreau qu'elle estimait contenir encore une lame.

- Ne gigote pas trop, tu vas perdre beaucoup de sang, et plus rapidement ! rit April. Tu es si pressée de mourir ?

Gaïa ne dit rien, continuant de se tortiller, dans l'espoir de pouvoir agir rapidement.

- Ou peut-être que ce sera toi, la première à nous quitter, rétorqua Gaïa lorsqu'elle sentit un manche sous ses doigts.

Elle vit la surprise dans les yeux d'April lorsqu'elle enfonça la lame au niveau des côtes. Elle ressortit le couteau ensanglanté, frémissante. Hésita. C'était la première fois qu'elle faisait ça, et aussi forte qu'elle s'estimait être, la nausée était au bord de ses lèvres. Mais lorsqu'elle vit qu'April, elle, n'hésiterait pas, elle se décida à replonger la lame dans l'estomac de son adversaire. Elle ferma les yeux sous ce second coup qu'elle portait à son ennemie, se demandant combien de temps elle pourrait retenir la bile amère qui lui obstruait l'œsophage.

Elle rampa rapidement pour sortir de sous le corps d'April. Haletante, elle dut trouver un mur pour s'aider à se relever. Elle regarda April. C'était trop rapide. Deux petits coups. Comme lorsqu'elle lançait les couteaux sur des panneaux de bois, à la différence que cette fois, la portée était plus importante. Elle regarda April. Cela semblait trop facile. Trop aisé de blesser violemment. Trop facile de décider de la vie et de la mort de quelqu'un. Elle tenta de retrouver son calme, d'oublier la nausée, la douleur, la peur, l'inévitable approche de la mort. Ses mains tremblaient. Incapables de tenir quoi que ce soit, le poignard finit par lui glisser des mains. Mais ce n'était pas grave. Il n'y avait plus d'April. C'était terminé. En partie.

Elle regarda alors ce qui se passait dans le cachot. Ron était sorti, mais Hermione venait de rentrer.

- Ils ne bougent pas, Harry, annonça-t-elle. Ils ne veulent pas partir. Ils n'abandonneront pas leur chef. On a pu les immobiliser grâce à un sort, et Ron les surveille.

Elle pouvait se permettre de parler autant. Le cachot était lui aussi en inaction. Les Rêveurs et Dessinateurs n'étaient plus en état d'agir depuis déjà un moment. Les autres hommes étaient soit inconscients, soit ligotés ou stupéfixiés.

- La surprise après le geste de Gaïa les a empêchés d'agir, on dirait bien, murmura Harry.

Lui tenait Balthazar en joue. L'homme était sur sa chaise, et riait à n'en plus finir en regardant la Relique brisée au sol.

- La Relique, elle a brisé la Relique… Totalement inconsciente, elle vient de perdre tout le pouvoir…, parvenait-il à dire entre deux hoquets de rire.

- Je crois qu'il est devenu totalement fou, commenta Harry. Hermione, est-ce que tu veux bien…

Harry désigna de la tête Ginny, toujours contre le mur et inconsciente. À côté d'elle se trouvait déjà James.

- Bien sûr, dit Hermione en prenant la place d'Harry qui se dirigea droit vers sa femme et son fils.

Gaïa prit alors conscience de ce qui venait de se passer.

C'était terminé.

Sa Relique n'existait plus. Elle l'avait détruite, et il y avait eu une telle volonté dans ses mots lorsqu'elle avait donné cet ordre qu'elle était certaine qu'elle ne pourrait jamais la réparer. Même en le désirant très fort. Elle ne pourrait jamais autant désirer la reconstruction de la baguette que sa destruction.

Elle avait le droit de souffler, pendant quelques secondes. Et peut-être même de savourer la paix qu'elle venait de s'offrir.

Mais elle ne voulait pas en goûter la saveur seule. Elle voulait partager ce moment avec une personne qui apprécierait la saveur à sa juste valeur. Elle voulait en profiter avec Bob.

Elle se tourna vers le lieu où elle pensait qu'il se trouvait, mais ne le vit pas.

Étonnée, et effrayée qu'il ait pu subir un nouveau dommage durant la bataille dans le cachot, elle fouilla rapidement la pièce des yeux.

Elle finit par le trouver au-dessus d'un corps.

Celui d'April.

- Qu'est-ce que tu fais ?! s'étonna-t-elle avec angoisse.

Elle s'approcha, et vit qu'il endiguait l'hémorragie du mieux qu'il le pouvait.

- Elle n'a pas fini de vivre, expliqua Bob.

- Mais qu'est-ce que tu racontes ?! Elle a voulu nous tuer ! Elle a tué une personne, était prête à en tuer d'autres, et… moi ! J'ai failli y passer par sa faute !

Mais Bob secouait la tête tout en pressant un morceau de la tunique d'April contre ses plaies.

- Je croyais qu'on ne devait faire preuve d'aucune pitié.

- Tu ne comprends pas, dit Bob. Elle n'a pas encore pu être seule. Elle voulait goûter à la solitude, et…

Il se tut.

- Tu fais quoi, là ? murmura Gaïa en s'accroupissant à côté de lui. Écoute, Bob, tu dois… Tu dois penser à toi, comme tu l'as toujours fait. C'est fini, tu comprends ? On ne sera plus poursuivis, on va pouvoir avoir une vie tranquille, rien que tous les deux, et arrêter de déménager, et…

- Tous les deux ? Il n'y a pas de « tous les deux », Gaïa. Il n'y en a jamais eu. Il n'y a pas de raison que cela change. Maintenant, laisse-moi.

Il la poussa sans ménagement pour mieux comprimer les plaies d'April. Gaïa se releva lentement. Elle se rappela soudainement qu'elle avait toujours une lame plantée dans l'épaule. C'était un tout petit couteau, minuscule, mais April savait ce qu'elle faisait lorsqu'elle blessait quelqu'un. Gaïa savait que si elle l'enlevait, elle risquait de saigner encore plus.

- Assieds-toi, exigea James en apparaissant devant elle.

Elle leva les yeux vers lui.

- Comment va Ginny ?

- Mieux. Elle vient de se réveiller. Mais là, tu vas penser à toi pendant quelques secondes, et tu vas m'autoriser à te soigner.

Elle leva un sourcil surpris.

- Va savoir pourquoi, je doute que je puisse faire confiance à un ancien lecteur de lois, dont le rêve premier était d'être dompteur d'hippogriffes.

- Ravi de constater que tu n'as pas perdu ton sale caractère. Mais dis-toi qu'il fallait bien que je me soigne moi-même, en rêvant d'être dompteur d'hippogriffes. J'ai des notions en la matière qui devraient t'aider, en l'instant présent.

Elle soupira, et se laissa tomber doucement au sol. James s'accroupit devant elle.

Elle sourit en voyant son visage juste en face du sien.

- Cela me rappelle un soir d'après mariage…

James grogna.

- T'avais pas de poignard dans l'épaule.

Elle grimaça lorsqu'elle le sentit qui désensibilisait la zone à l'aide d'un sort.

- C'est vrai que c'était plus agréable, la dernière fois. Je vais presque regretter que cette porte ait claqué.

- C'est la douleur qui te fait dire des choses pareilles ? s'étonna James, un rire dans les yeux.

- Sûrement, marmonna Gaïa en fermant les yeux. Tu me soignes ?

- Non. Je t'empêche de trop souffrir, et le reste, je le laisse aux Médicomages. On va aller directement à Ste Mangouste avec les blessés. Là-bas, le Ministre va récupérer ceux qui ne sont pas blessés. J'ai eu le temps d'envoyer un hibou, expliqua James quand Gaïa lui lança un regard étonné. Bientôt, tu seras dans un hôpital. Et on nous soignera.

- Et ensuite ? voulut savoir Gaïa.

James sourit, légèrement désabusé.

- Ensuite, je crois qu'on va vivre normalement. Moi, je vais retourner à ma vie. Et toi, tu vas enfin découvrir ce que cela veut dire, de rester au même endroit plusieurs mois. Et de déménager quand tu en as envie, pas quand tu es obligée de le faire parce qu'un fou veut s'emparer d'une Relique.

Elle sourit, amusée.

Elle regarda la pièce, constatant avec soulagement que Ginny était bel et bien réveillée et sur ses deux pieds. Son sourire se tordit lorsqu'elle vit que son père était toujours aux côtés d'April, toujours en train de retenir l'hémorragie. Elle voyait bien qu'il y arrivait. Elle ne comprenait pas, en revanche, pourquoi la jeune femme s'était évanouie. Elle ne pensait pas avoir touché quoi que ce soit de sensible.

Elle soupira, et regarda James, qui la fixait, légèrement étonné de voir toutes ces émotions se succéder sur le visage de Gaïa.

Elle lui offrit un sourire un peu plus sincère, et se posa plus confortablement contre le mur.

- Je crois qu'elle a touché quelque chose de grave, dit-elle en désignant son épaule.

- Rien que les Médicomages ne puissent soigner, lui assura James.

Gaïa hocha la tête. Ils allaient être soignés. Tim n'était plus là, d'accord. Mais ils s'en sortaient tous plutôt bien, finalement.

- Tu es blessé, toi ? demanda-t-elle tout de même à James.

- Des broutilles, assura-t-il. Rien qui ne soit bien long à guérir.

Gaïa hocha à nouveau la tête. C'était la dernière chose dont elle devait s'assurer.

- Alors, c'est fini.

James sourit.

- C'est fini, oui.

Elle soupira, et ferma les yeux. Elle avait bien le droit de se reposer un petit peu, à présent. Elle avait le temps pour réfléchir aux petits détails de la bataille plus tard.


Note d'auteur.

Je sais que certains imaginaient le sacrifice de Bob… À vrai dire, non. Non pas que je n'y ai pas pensé. Mais j'estime, pour ma part, que Bob est tout simplement bien trop égoïste pour cela. Qui plus est, ce sacrifice signifierait accepter de montrer à tous qu'il apprécie Gaïa. Sauf que ce n'est pas le cas. Il n'aime pas Gaïa. C'est clair, net et précis. Il estime avoir un devoir envers elle, mais rien de plus.

Bon, et, euh… Pas de tomates, svp. Tim est mort, et puis voilà. Soyez contents. Y aurait dû y avoir plus de morts. Mais là, pour le coup, je ne dévoile rien de ma liste de morts prévus, ah ah. Mais j'ai été GENTILLE, si, si.

On remercie, as usual, DelfineNotPadfoot, pour ses superbes corrections à des heures… voilà, quoi. Quand elle peut. Elle a du travail, et je lui en file en plus. Je suis cruelle (ce qui dément ce que j'ai dit deux lignes plus haut, je sais bien.)

Allez, que dire de plus. Donc, notre bataille est finie. Je ne sais pas trop si vous avez apprécié le dénouement. Peut-être que vous vous attendiez à quelque chose de plus… explosif. C'est vrai que ça aurait était plus fidèle à Bob, Gaïa, ou encore Balthazar et April. Mais du coup, ça s'est fait… différemment. Voilà, voilà.

Sur ce, je vous annonce qu'on se retrouve encore la semaine prochaine (oh non !) pour le dernier chapitre. Et la semaine d'après (je sais, je vous embête, vous en avez marre de moi depuis le temps…) pour l'épilogue. Et ensuite, Le Maître de la Mort sera bel et bien terminé. Comme le temps passe vite, finalement. (Non, c'est un mensonge. Bordel, j'ai trop écrit, mes doigts crient au martyr et mes lecteurs aussi, devant la longueur de mes chapitres dignes de… l'Empire State Building, si j'ai bien retenu. Oui, oui, je lis vos profils, et je remercie ceux qui y ont fait une petite place pour moi. April ne viendra pas vous rendre visite, elle vous laissera tranquille.)

Je pense que je fatigue. Alors, je vais terminer en disant que je vous remercie pour vos reviews qui font chaud au cœur, puis je vous souhaite une magnifique semaine sous le signe du bonheur et de la paix (bah, c'est presque vrai, vu la fin de ce chapitre…) et je vous rappelle que si vous voyez que les deltas se sont faits la malle, vous avez l'obligation (s'il vous plaît…) de me le faire remarquer :) ! Sur ce, Marie Lapiz vous fout enfin la paix.