Chapitre 17
Où l'on guérit les blessures. Du moins, les guérissables.
Les talons de la jeune femme claquèrent sur le pavé de la rue déserte. Le temps londonien était avec elle. Elle n'aurait pas à se cacher des Moldus, pour une fois. Ils se cachaient sous leur parapluie, et passaient devant cette rue sans même y jeter un simple coup d'œil.
Elle s'approcha de la vitrine, et une fois face à un des mannequins qui n'avaient jamais été utilisés en ayant vérifié qu'elle était seule dans la rue, elle se pencha, et souffla contre la paroi en verre. Elle se sentait toujours un peu stupide de parler à une vitre et à un mannequin, mais elle ne pouvait pas faire autrement. Elle se rassurait en se rappelant qu'elle n'était pas la seule sorcière à faire cela.
- Je viens pour les Potter.
Le mannequin lui adressa un clin d'œil, et elle sut que la voie était libre. Elle se dirigea droit sur la paroi de verre, sans même hésiter un instant.
Elle n'aimait pas pour autant la sensation de traverser du verre, qui lui rappelait la sensation ressentie lorsqu'un fantôme vous passait à travers le corps par mégarde à Poudlard. Elle frissonna un peu, et traversa la foule qui se bousculait dans le grand hall où elle venait d'entrer.
Sans hésitation, elle alla vers l'accueil. Pour une fois, elle n'eut pas à attendre. Les files d'attente de Ste Mangouste étaient connues, et haïes. Elle soupira de soulagement, et se dépêcha d'aller au comptoir.
- Je viens pour les Potter, répéta-t-elle pour la deuxième fois en moins de cinq minutes.
Connaissant la notoriété du nom, elle avait fait en sorte de murmurer. Elle ne voulait pas que l'attention se reporte vers elle, et elle ne voulait pas qu'on la presse de questions. Ni qu'on la suive, une fois qu'elle aurait eu le renseignement demandé. Oh, elle savait très bien comment ça fonctionnait.
La petite sorcière boulote derrière le comptoir leva des yeux désabusés vers elle. Elle avait certainement l'habitude d'entendre ce genre de requêtes, et savait que la plupart du temps, les personnes n'avaient aucun lien la célébrité dont elles avaient donné le nom.
- Votre nom, s'il vous plaît ?
- Harrow. Chloé Harrow. Mais il ne sera pas sur la liste, je ne suis pas un membre de la famille, expliqua la jeune femme.
- Et vous comptez passer quand même ? s'étonna la secrétaire en refermant le registre aussi sec.
- Et je compte passer quand même, oui, rétorqua Chloé en fouillant dans son manteau détrempé.
Elle en ressortit un parchemin étonnamment sec, et le tendit à la secrétaire. Celle-ci s'en saisit, non sans lancer un regard peu amène à Chloé, qui lui adressa un sourire hypocrite en réponse.
La secrétaire prit son temps pour lire le parchemin. Chloé était même persuadée qu'elle le lut plus d'une fois, et qu'elle lança quelques sortilèges pour s'assurer de l'authenticité de la signature. Puis, quand elle dut s'avouer vaincue, elle poussa un long soupir, roula à nouveau le parchemin, et le tendit à Chloé.
- Vous en aurez besoin lorsque vous arriverez au sixième étage, expliqua-t-elle.
- Le sixième étage ? s'étonna Chloé. Mais…
Elle jeta un coup d'œil au panneau d'affichage, qui ne présentait que cinq étages, en plus du rez-de-chaussée.
- Il n'y a pas de…
La secrétaire lui lança un regard entendu.
- Vous ne vous attendiez tout de même pas à ce qu'une telle famille soit soignée au même étage que nos autres patients ?
Chloé ouvrit la bouche pour répondre.
- Eh, il y en a qui veulent se faire soigner, ici ! s'exclama alors une voix derrière elle.
Elle rougit, bafouilla quelques excuses, et fit un pas de côté. Elle remercia la secrétaire, et laissa passer l'homme qui venait de s'impatienter, et dont les mains ressemblaient à des crochets. Elle frissonna, et se décida à aller vers les escaliers, non sans lancer un dernier regard au panneau d'affichage.
Elle n'avait jamais entendu parler du sixième étage. Mais s'il s'agissait d'un étage qui soignait les personnalités du monde sorcier, c'était normal, finalement. On n'allait pas rendre public un étage que l'on tenait à garder hors de connaissance des curieux.
Elle se décida donc à prendre les escaliers, serrant dans sa main le rouleau de parchemin qui lui avait permis de passer l'étape du secrétariat.
Le hibou était arrivé une heure plus tôt. Lorsqu'elle avait compris qu'il s'agissait bien d'une lettre d'Harry Potter, et non pas d'un canular, elle avait d'abord songé à ne pas la lire, ou, plutôt à ne pas saisir la portée de ce qui était écrit. Sa rupture avec James était une plaie encore trop virulente pour qu'elle se décide à échanger des lettres avec son père. Seulement, elle s'était aussitôt dit qu'Harry Potter ne lui envoyait pas une lettre pour une raison stupide, et qu'il ne se mêlait pas des histoires de cœur de son fils. Elle l'avait donc lue entièrement, et son cerveau s'était aussitôt mis à tourner à plein régime. Elle devait trouver le moyen d'aller à Ste Mangouste, où se trouvaient bon nombre des membres des familles Potter et Weasley. Pour cela, il fallait qu'elle réussisse à s'échapper du travail. L'idée lui était rapidement venue de chercher ce collègue qui ferait tout pour elle, du moment qu'elle le lui demandait. Évidemment, c'était le jour où elle le cherchait qu'elle mit le plus de temps à mettre la main dessus. Mais une fois que ce fut fait, elle ne lui laissa pas le temps de réfléchir à sa proposition. Elle lui avait dit qu'elle devait s'absenter, et que ce serait vraiment gentil de sa part de s'occuper de son poste le temps qu'elle revienne. Ensuite, elle avait tourné les talons, et avait foncé à Ste Mangouste, sans prendre de parapluie, ou le réseau de cheminées. Le réseau était toujours bloqué les jours de mauvais temps.
Et maintenant, elle grimpait les escaliers de Ste Mangouste, attendant d'arriver à un sixième étage inconnu de tous.
La lettre précisait simplement que certains des membres des familles les plus connues des sorciers étaient blessés, et que James aurait sûrement besoin de parler à une personne en qui il avait confiance. Pourquoi est-ce que c'était Chloé qu'on avait appelée plutôt que Tim, ça, la jeune femme ne pouvait se l'expliquer. Mais si elle pouvait aider, elle était prête à le faire, certainement.
Elle grimpa donc les escaliers. Arrivée au cinquième étage, elle hésita un instant. Comme elle s'y attendait, il n'y avait pas d'escalier en face de celui qu'elle venait de grimper. Et, évidemment, aucun panneau d'indication.
Elle soupira, et se décida à aller sur sa droite, là où le couloir se terminait dans le noir. Elle n'était pas une experte en la matière, mais son instinct lui soufflait que ce qu'on voulait cacher devait se trouver dans l'ombre. Et, effectivement, ce qu'elle avait d'abord cru être la fin du couloir cachait en réalité un autre escalier, dans un renfoncement du mur. Elle s'assura que personne ne la regardait avant de monter les marches, dans le noir.
Lorsque la lumière revint, elle atteignait difficilement le palier, après avoir manqué tomber à plusieurs reprises. Et sur le palier se tenait un Auror.
Il ne lui adressa pas un mot, ne parut même pas la remarquer. Mais elle se douta que si elle tentait de passer sans lui montrer le parchemin, elle ne ferait pas un seul pas.
Elle déglutit, impressionnée par l'apparence de l'homme, avant de lui tendre le parchemin.
Il le parcourut des yeux. Au contraire de la secrétaire du rez-de-chaussée, il ne prit pas la peine de le relire, pas plus qu'il ne vérifia si la signature était bien celle d'Harry Potter. Il replia simplement le parchemin une fois sa lecture faite, et le tendit à Chloé. Ensuite, il se décala d'un pas, et lui fit signe de passer.
La gorge sèche, elle hocha simplement la tête pour le remercier, et le dépassa aussi rapidement que possible. Arrivée dans le couloir, elle mit quelques instants avant de se repérer. Heureusement pour elle, on l'aida rapidement.
- Chloé !
Albus, le frère de James qu'elle connaissait depuis déjà un moment, arrivait sur elle. Derrière lui courait Lily. Tous deux avaient le visage défait. Et quelques mètres, à leur suite, venaient Rose et Hugo, dans tous leurs états.
- Comment tu as su qu'on était là ?! s'enquit Albus.
- Et tu as fait comment pour venir aussi vite ?! s'exclama Lily.
- Ils nous ont prévenus il y a seulement trente minutes ! s'énerva Rose, les cheveux partant dans tous les sens.
- McGonagall est plus loin, elle essaie de convaincre les Médicomages de nous laisser entrer, ajouta Hugo.
Les quatre enfants étaient pâles à faire peur. Chloé se demandait si quelqu'un avait pris la peine de leur expliquer en détails les événements, ou s'ils étaient dans le même flou qu'elle.
- J'ai reçu une lettre de votre père, expliqua-t-elle lentement.
- De papa ? s'énerva Lily. Donc ça veut dire que papa va bien !
Son frère la rapprocha de lui, et la serra dans ses bras, toujours en regardant Chloé.
- Qu'est-ce que tu sais d'autre ?
Elle secoua la tête, navrée. Elle ne savait rien de plus qu'eux, de toute évidence. Rose étouffa un sanglot, mais refusa les bras de son frère. À la place, ce fut elle qui les lui ouvrit.
- Pourquoi est-ce qu'il faut toujours que nos noms de famille attirent les problèmes ? murmura Hugo.
Chloé lui sourit doucement. Elle avait entendu chacun des Potter ou Weasley poser cette question, lorsqu'elle était à Poudlard. Sauf qu'à l'époque, ils disaient cela en plaisantant, lorsqu'ils se retrouvaient en retenue. Ils ne le disaient pas parce que leurs parents étaient à l'hôpital.
- Je suis sûre qu'il n'y a rien de grave, dit Chloé. Ils doivent simplement attendre de finir de les soigner avant de vous laisser entrer. Regardez. La directrice McGonagall est là. On va pouvoir lui demander.
Celle qui avait toujours su faire baisser le regard de Chloé s'approchait en effet d'un pas décidé.
- Miss Harrow, salua-t-elle lentement.
Albus ne lui laissa pas le temps d'en dire plus.
- Est-ce qu'on peut aller les voir ?! s'impatienta-t-il.
- Évidemment qu'on peut y aller ! s'exclama Lily en se débarrassant des bras de son frère pour se diriger là d'où venait de surgir la directrice.
Mais Minerva lui barra la route.
- Non, dit-elle doucement en secouant la tête. Vous ne pouvez pas encore y aller.
Quelques larmes roulèrent sur les joues de Rose, et si Hugo ne faisait pas de même, c'était uniquement par fierté. Il ne voulait pas pleurer alors que sa cousine plus jeune gardait son calme.
Enfin, presque. Tout était relatif, après tout.
- Comment ça ?! hurla Lily.
- Votre famille va très bien, assura Minerva McGonagall, et Chloé supposa qu'elle acceptait que Lily lui parle sur ce ton uniquement du fait de la circonstance. Cependant, ils n'étaient pas les seuls à être présents, et il y a des choses que vous n'avez pas à voir, à l'heure actuelle.
L'horreur se peignit sur les traits des plus jeunes, et Chloé dut se faire violence pour ne pas imaginer le pire et garder la face. Elle ne pouvait pas craquer. Ils avaient confiance en elle, et estimaient qu'elle ne devait pas laisser la panique lui faire perdre tout contrôle. Elle allait faire un effort pour eux.
- Miss Harrow, je vais vous montrer le chemin. Et vous, vous ne bougez pas, exigea Minerva.
Elle fit signe à son ancienne élève de la suivre, regardant par-dessus son épaule pour s'assurer que ses élèves actuels ne les suivaient pas.
- C'est de la faute de Gaïa, tout ça, murmura vaguement Lily en retrouvant les bras de son frère.
Minerva soupira. Elle prit le bras de Chloé pour la guider, et pour l'approcher d'elle. Elle voulait lui parler le plus bas possible, afin qu'elles deux connaissent la teneur de leur conversation.
- Vous devez vous préparer, miss Harrow. Ce qu'il y a derrière ces portes, ce n'est pas du joli. Les Potter et Weasley ont connu la guerre, et je suppose que cette demoiselle qui s'appelle Gaïa a vu pire. Mais James n'a jamais connu tout cela, et…
Minerva soupira.
- Si je pouvais empêcher tous mes élèves de connaître cela, je peux vous assurer que je le ferais. Enfin. Apparemment, ils ont confiance en vous. C'est vous qu'ils ont appelée. Pour James, je suppose.
Chloé fronça les sourcils.
- Je ne crois pas que… Enfin, je ne suis plus avec…
Chloé soupira. Ce genre de détails n'était pas de ceux qui intéressait Minerva McGonagall, et elle avait certainement mieux à faire qu'entendre une jeune femme se plaindre de ses histoires de couple qui n'existaient plus.
- Pourquoi ne pas appeler Tim ? Tim Callaghan ? ajouta-t-elle.
Minerva lui offrit un sourire désolé.
- Il y a vraiment des horreurs que j'aurais voulu épargner à chacun d'entre nous, dans ce monde, murmura-t-elle. Je vous laisse aller les voir.
Elle venait de s'arrêter devant une petite porte.
- Je retourne avec les enfants. D'ici peu, les corps auront été enlevés.
Chloé sentit un haut-le-cœur la traverser. Minerva ne le perçut pas, à son grand soulagement. Elle était déjà repartie vers les plus jeunes.
La jeune femme dut rassembler tout son courage pour pousser la porte, qui n'avait pourtant rien de menaçant. Les Potter l'avaient appelée parce qu'ils estimaient qu'elle pouvait leur apporter du soutien. C'était à elle de ne pas les décevoir, à présent. Elle se décida finalement à passer la porte.
Étonnamment, elle fut surprise de l'atmosphère qui régnait de l'autre côté. C'était exactement la même que celle du couloir. C'était blanc, feutré. Cela ne changeait pas tant des autres étages de Ste Mangouste, finalement.
Elle attendit que la porte se soit refermée avant de faire quelques pas. La première porte qui s'offrit à elle était sur sa droite. Elle tourna la tête vers celle-ci, et poussa un soupir de soulagement en voyant que Ginny et Harry, qui étaient à l'intérieur, discutaient. Et se portaient bien, surtout.
Elle toqua à la porte après un petit instant d'hésitation. Ils étaient en pleine conversation, et elle aurait préféré ne pas les déranger. Mais après tout, c'était Harry qui lui avait envoyé une lettre. Elle avait presque l'obligation d'aller lui rendre visite en premier.
- On ne peut pas la laisser…
Ginny se tut lorsqu'elle entendit le bruit que faisait Chloé.
La mère de James était assise sur le lit. Un coussin lui permettait de soutenir son dos, et un bandage lui serrait le crâne. Harry, au pied du lit, debout, avait un bras en écharpe.
Ils paraissaient légèrement contrariés de l'interruption, mais cette impression disparut rapidement pour offrir des expressions presque soulagées à Chloé.
Presque.
- Entre, Chloé, l'invita Harry avec un petit sourire crispé.
Elle fit quelques pas dans la pièce, essayant de ne pas fixer les blessures dissimulées par les pansements. Malheureusement, son regard ne passa pas inaperçu.
- C'est plus impressionnant que ça n'en a l'air, la rassura Ginny. Un peu douloureux quand on rit… Mais ça nous rappelle des souvenirs.
- Des souvenirs que j'aurais aimé ne pas raviver, avoua Harry en faisant le tour du lit pour se positionner à côté de la tête de sa femme. Comment vas-tu, Chloé ?
La jeune femme se retint d'éclater d'un rire nerveux.
C'était une plaisanterie.
Elle était en parfaite forme, avait dormi plus de dix heures, n'avait aucune blessure, vivait une vie tout à fait normale et se retrouvait devant deux personnes qui semblaient avoir perdu le sens du mot sommeil, et auraient certainement pu jouer les héros guerriers d'un film Moldu s'ils n'avaient déjà pas été des héros pour les sorciers.
- Je ne crois pas que ce soit à moi qu'il faille poser la question.
Le couple grimaça.
- C'est certain, marmonna Harry. Prends un siège.
- Je ne préfère pas…
- Cela vaut mieux, lui assura Harry.
Quelque chose dans l'intonation d'Harry lui fit comprendre qu'elle ferait mieux de suivre ses conseils. Et se retrouver assise sur ce fauteuil, comme une pauvre enfant à qui l'on va annoncer une mauvaise nouvelle, ne la rassurait pas. Elle déglutit difficilement. Et comme elle savait que patienter avant d'ôter un pansement n'atténuait pas la douleur, elle se décida à parler la première.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
Harry prit une profonde inspiration.
- Je ne veux pas la version complète, le rassura Chloé. Je veux simplement les grandes lignes. Que je sache à quoi m'attendre en parcourant le couloir. Et que je sache pourquoi vous m'avez appelée, aussi.
Harry hocha la tête, et Ginny adressa un sourire de reconnaissance à la jeune femme.
- Je ne sais pas ce que James t'a dit concernant Gaïa…
- Seulement qu'elle ne faisait pas partie de la famille d'Hermione, et qu'elle était venue chez vous parce que vous étiez le seul à pouvoir l'aider.
Harry acquiesça.
- C'est effectivement cela. Et il se trouve qu'il y a deux jours, nous avons su comment aider Gaïa rapidement. Comment agir. Nous avons donc décidé que le plus tôt serait le mieux. Après tout, ce qu'on devait faire, c'était pour aider un homme. Le père de Gaïa.
Il ferma les yeux.
- Pardon. Non, ce n'est pas son père.
Harry soupira, et Ginny prit le relais.
- Cet homme a recueilli Gaïa, et elle le considérait comme son père jusqu'à il y a peu. Mais là n'est pas le sujet. Nous avons donc pu aller chercher cet homme. Il faut que tu comprennes que Gaïa et cet homme sont poursuivis depuis des années, pour des raisons que tu n'as pas besoin de connaître, surtout qu'elles n'ont plus lieu d'être. Toujours est-il que nous sommes partis à l'aide de cet homme. Et pour cela, nous avions besoin de passer par un intermédiaire.
- Nous avons réalisé trop tard que cet intermédiaire, en réalité, était l'homme qui poursuivait Gaïa depuis toujours. Avant que nous puissions partir de chez lui, nous étions pris au piège.
Chloé déglutit. Elle ne préférait pas avoir le récit complet de ce qui avait pu se produire lorsque l'affrontement avait eu lieu. Elle voyait déjà bien assez les conséquences.
- Nous avons pu nous en sortir. Mais pas sans blessures. Pas sans blessés. Pas sans pertes…
Chloé sentit sa respiration s'accélérer. Est-ce qu'Harry l'avait appelée parce qu'il avait une très mauvaise nouvelle à lui annoncer ?
- Comment va James ? murmura-t-elle dans un filet de voix, tremblante à l'idée que la réponse ne soit pas celle qu'elle espérait et désirait.
- Bien, répondit immédiatement Harry. Il va bien. Il n'a été que peu blessé, on peut remercier Merlin pour ça. Physiquement, il va très bien.
Chloé ferma les yeux, savourant la nouvelle. Elle n'aurait pas supporté une nouvelle pire que celle-ci.
Elle rouvrit brusquement les yeux, son soulagement retombant brusquement, prenant conscience de ce que venait de lui dire Harry.
- Physiquement ? releva-t-elle.
Ginny et Harry échangèrent un regard triste.
- L'homme chez qui nous nous sommes rendus, celui qui recherchait Gaïa depuis toujours… Nous l'avons trouvé grâce à l'intermédiaire de Tim, commença doucement Ginny.
- Comme je te l'ai dit il y a peu, nous avons dû nous battre. Et nous ne sommes pas repartis indemnes.
Chloé serra les bras de son fauteuil.
- Tim est décédé, Chloé. Et depuis que nous sommes à cet étage, nous n'avons pas réussi à arracher un seul mot à James, dit doucement Harry. Tu le connais bien. Extrêmement bien. Nous savons que vous n'êtes plus ensemble, et si cela est très difficile pour toi d'aller voir James, nous le comprendrons tout à fait…
Chloé hocha la tête. C'était beaucoup à entendre d'un seul coup. Mais pour l'instant, elle tenait le choc.
- Nous apprécierons toutefois beaucoup que tu ailles le voir, dit lentement Ginny. On pense que cela pourrait aider James de parler avec quelqu'un qui a connu Tim de la même façon que lui. À Poudlard.
Chloé prit le temps de digérer l'information. Elle savait que ça allait être dur d'aller voir James. Vraiment difficile. Mais, en même temps, elle voulait être présente, l'aider à surmonter cela. Et même si elle n'avait jamais apprécié Tim, elle ne pouvait décemment pas faire comme si cela lui importait peu qu'il soit mort. Et, surtout, James avait besoin de quelqu'un. Elle savait qu'il pouvait se renfermer rapidement, dans une situation comme celle-ci.
Elle se leva doucement du fauteuil.
- Où est la chambre de James ?
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Accepter lui avait paru être une idée excellente, dans un premier temps. Mais à présent, elle avait envie de rompre sa parole, et de courir à toutes jambes loin de cet hôpital. Elle avait croisé un chariot qui transportait un mort, et l'idée même de savoir que Tim pouvait se trouver sous le drap la révulsait à tel point qu'elle avait manqué rendre ses trois derniers repas. Il lui avait fallu du temps pour que les tremblements cessent de l'agiter. Et lorsque cela était enfin arrivé, c'était pour réaliser qu'elle était à côté de la chambre d'un fou, dont la voix portait tellement qu'elle traversait les parois. « Elle a détruit la Relique ! Elle a osé le faire ! Elle a détruit la Relique ! Fini le pouvoir ! Plus d'immortalité ! Elle a… » Elle s'était rapidement éloignée de la chambre, les tremblements faisant leur grand retour pour l'occasion. Et puis, lorsqu'elle s'était calmée, elle s'était souvenue de la raison de sa visite, et c'était la nervosité qui avait à présent décidé de prendre ses marques.
Elle n'avait pas revu James depuis leur rupture.
Elle n'avait jamais apprécié Tim.
Et à présent, elle devait revoir son ancien petit ami, le consoler pour un sujet autre que leur rupture, tout en faisant mine de ne pas souffrir encore de celle-ci, et de le faire se sentir bien, malgré la mort de son meilleur ami.
Sérieusement, pourquoi est-ce qu'elle avait accepté ça ?
Elle soupira.
Parce qu'elle était gentille, évidemment.
Elle avait toutefois pris tout son temps avant d'arriver à la chambre de James. Elle avait fait un détour par celle de Ron et d'Hermione, et leur avait dit que leurs enfants se faisaient du souci. « On doit d'abord enlever les corps » avait dit Ron. Elle aurait voulu ne pas savoir qu'il y en avait d'autres que celui déjà vu. Malheureusement pour elle, elle avait vu passer les corps en question. Heureusement, ils étaient tous drapés, et, une fois encore, elle s'était évitée une vision d'horreur. Les haut-le-cœur ne l'avaient cependant pas laissée tranquille. Elle avait repris sa route tant bien que mal, et avait aperçu James par la porte de sa chambre. Il regardait obstinément dehors.
Chloé toqua doucement à l'entrée de la pièce, mais il ne parut pas l'entendre. Ou, plutôt, il prit soin de l'ignorer. Elle ne pouvait pas se mentir. Elle connaissait trop bien James pour savoir quand il ignorait délibérément quelqu'un. Elle poussa donc la porte, et entra malgré son refus de répondre.
Il ne bougea pas d'un centimètre. Il n'avait de toute évidence pas l'intention de faire le premier pas. Elle soupira donc, et avança de quelques pas, espérant qu'il finisse par se retourner. C'était sans compter sur le caractère buté de James.
- James ? appela-t-elle finalement.
Elle réalisa alors qu'il n'avait pas compris que c'était elle qui venait d'entrer. Elle vit ses épaules tressaillir.
C'était difficile de se rappeler qu'il y avait encore peu de temps, elle était proche de lui, et qu'elle ne pouvait pas faire comme si cette proximité existait encore. Elle soupira donc, à nouveau, et tira une chaise pour s'y asseoir.
James ne la regardait toujours pas. L'extérieur l'attirait comme un aimant, et il ne comptait pas faire le moindre geste pour entamer la discussion. Seulement, de l'avis de Chloé, c'était à lui de prendre la parole le premier. Il était celui qui avait beaucoup à dire. Et puis, James n'avait jamais été un homme silencieux. Il avait besoin de dire ce qu'il avait sur le cœur, toujours. Elle attendait donc le moment où il craquerait.
Il ne craqua pas.
- Comment vas-tu ? demanda-t-elle après dix minutes de silence insoutenable.
Il ne se retourna pas vers elle. Elle aurait pu parler à un mur qu'il n'y aurait pas eu de différence.
- James, tu ne peux pas passer des jours et des jours sans parler.
Il se tourna lentement vers elle. Elle fut choquée de voir cette immensité vide dans les yeux habituellement rieurs. Elle se redressa lentement sous l'effet de surprise, se crispa, et eut peur de ne plus jamais voir James, en face d'elle. Seulement une pâle copie, une copie qui ne serait plus capable de profiter réellement de ce qu'était la vie d'un jeune adulte.
- Et pourquoi pas ? rétorqua James.
Elle sourit.
- La preuve que tu es incapable de te taire.
Cette petite phrase, qui aurait fait rire James et détendu l'atmosphère dans d'autres circonstances, ne changea rien à l'ambiance pesante de la pièce. James n'avait pas prévu de la faire se sentir à l'aise.
Elle hocha lentement la tête.
- Je vois, murmura-t-elle simplement.
James lui renvoya un regard noir, avant de retourner à la contemplation du ciel pluvieux londonien.
- Tu ne peux pas te murer dans ce silence, James ! s'exclama-t-elle finalement. Tu dois te remuer, enfin. Par Merlin, parle !
Il haussa les épaules.
- Tes parents m'ont fait venir ici parce qu'ils pensaient que cela te ferait du bien de parler de Tim avec quelqu'un que tu connaissais. Avec quelqu'un qui le connaissait aussi. Mais moi, je ne dirai rien sur Tim qui puisse te faire du bien ! Je n'ai jamais aimé Tim, et tu le sais ! Mais je veux bien t'écouter me parler de ton meilleur ami. Alors, vas-y. Parle-moi de Tim.
- Je ne veux pas en parler, murmura James.
Chloé ferma les yeux. Ce qu'il pouvait être têtu, quand il s'y mettait. Alors, oui, ça faisait son charme. Et oui, il avait le droit de ne pas vouloir parler de Tim aussi rapidement après sa mort.
Mais avec toute la compassion dont elle était capable, le comportement froid de James ne lui donnait aucune autre envie que de l'agiter comme un prunier dirigeable.
- Bien sûr que tu veux en parler. Tu veux que je te dise ? Tu as même le droit de pleurer si cela te fait du bien.
- Je ne veux pas pleurer pour lui, rétorqua James, froidement.
Chloé rouvrit les yeux, lentement. Le ton de James était différent. Il n'avait rien à voir avec celui dont il parlait de Tim jusqu'à présent.
James n'était pas triste.
Il était en colère. Et pas qu'un peu, Merlin pouvait en témoigner.
- James, qu'est-ce qui s'est passé ?
Son ex petit-ami ne répondit pas.
- James ? On parle de ton meilleur ami, là, tu devrais…
Le regard froid de James la dissuada de poursuivre sur sa lancée.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-elle à nouveau, d'une petite voix.
- Tu sais quoi ? Pour une fois, j'ai envie de t'entendre dire du mal de Tim, cracha-t-il avec sarcasme. Je t'en prie. Fais-toi plaisir, critique-le. Je ne dirai rien. Je veux simplement entendre quelqu'un dire ce qu'il pense réellement de Tim. Et avoir le plaisir de ne pas chercher à le défendre.
James la mettait au défi de répliquer. Il la défiait de prononcer tout ce qu'elle s'était retenue de dire de Tim. Tout ce qu'elle pensait de lui, tout ce qui la mettait en colère. James lui donnait à présent la possibilité de mettre des mots sur ses sentiments pour Tim. De les cracher, de n'avoir aucune retenue, aucune pitié.
Mais Chloé n'était pas comme ça. Elle ne pouvait pas dire que du mal d'une personne. Surtout pas si cette personne était morte.
- James, c'est…
- On aurait tous pu y passer, par sa faute, lâcha-t-il soudainement.
Cela eut le mérite de faire taire Chloé.
- Ah, ça, mes parents ne te l'ont pas dit, n'est-ce pas ? Il savait où il nous entraînait, mais ce n'était pas grave. On aurait pu tous mourir. Mais Tim nous a quand même emmenés là-bas. Alors oui, d'accord, il voulait protéger sa cousine. Mais s'il avait eu deux sous de jugeote, il aurait prévenu mon père, qui aurait trouvé une solution. Mais non, il a voulu jouer cavalier seul, quitte à ce que tout le monde y passe. Alors, franchement, je ne compte pas me lamenter sur son sort.
Il se renferma dans un silence buté, les bras croisés sur sa poitrine. Le cœur serré, Chloé le laissa quelques minutes avec sa solitude, avant de l'en sortir.
- Tu t'en veux, n'est-ce pas ?
- De quoi tu parles ? souffla James, agacé.
- Je te connais un peu, James, dit Chloé avec un léger sourire. J'ai une vague idée de ce qui se passe dans ta tête, actuellement.
James grommela quelque chose d'incompréhensible.
- En ce moment, tu as envie de détester Tim pour ce qu'il a fait à ta famille. Il vous a menés droit dans un piège, et, oui, vous auriez pu être ceux sous les draps, murmura-t-elle en frissonnant en se rappelant les corps dont les contours se dessinaient sous les tissus blancs. Et ça aurait été de sa faute. Mais comme vous vous en êtes sortis, et qu'il est mort, tu ne peux t'empêcher d'être triste pour ton meilleur ami. Et c'est ça qui te ronge. Tu penses que tu dois détester Tim, mais au lieu de cela, tu es triste pour lui. Et ce n'est pas facile, d'être entre ces deux émotions. Mais tu as le droit d'être triste, James. On parle de dix ans d'amitié. Ce n'est pas rien.
James hésita un moment. Il finit cependant par se tourner vers Chloé.
- Et toi ? Tu es contente qu'il soit mort ?
Elle secoua la tête, tristement.
- Bien sûr que non. Je n'ai jamais aimé Tim, c'est certain. Mais il y a une différence entre ne pas apprécier quelqu'un, et souhaiter sa mort. Je ne peux pas souhaiter la mort de qui que ce soit. C'est totalement inhumain.
James hocha la tête. Il comprenait ce que voulait dire Chloé, et il savait qu'il avait en partie tort de tant en vouloir à Tim. Mais d'un autre côté, il ne cessait de se dire que c'était un miracle qu'ils soient tous là, en vie. Et les miracles, il n'avait jamais aimé ça.
Il poussa un long soupir, avant de tendre une main vers Chloé. Il se dit, avec une seconde de retard, que le geste était déplacé. Mais la main légèrement tremblante de Chloé trouva la sienne.
- C'est toujours dur de perdre quelqu'un, James. Mais ça va aller, lui assura-t-elle avec un sourire triste.
Il secoua la tête.
- Je me suis senti totalement inutile, cette nuit, avoua-t-il du bout des lèvres. Je n'étais qu'un pantin au beau milieu de l'action. Et j'aurais pu tout faire rater, qui plus est. J'ai vraiment cru que Gaïa allait céder…
Chloé se tendit légèrement. Si le nom de Gaïa avait pu ne pas apparaître au milieu de la conversation, elle s'en serait portée tout aussi bien.
- Qu'est-ce qui s'est passé, James, exactement ? demanda Chloé.
- C'est une longue histoire, grimaça-t-il.
- Est-ce que ça te ferait du bien d'en parler ? voulut-elle savoir.
Il prit le temps de réfléchir avant de répondre. Évidemment que cela lui ferait du bien d'en parler. Cette histoire n'était plus qu'un mauvais souvenir. Balthazar était sous les verrous pour longtemps, et maintenant qu'il n'avait plus la pierre philosophale, ses forces allaient décroître rapidement. Ses hommes étaient arrêtés, ou morts. Certains avaient même préféré se tuer plutôt que d'abandonner leur chef. Ron avait fait une réflexion, après avoir vu ces gestes de désespoir. « Balthazar, dans un sens, est pire que Voldemort. Il a su se faire apprécier de ses hommes à un point que ceux-ci ont préféré se sacrifier. Voldemort, lorsqu'il était sur le point de perdre, n'avait plus beaucoup d'hommes à ses côtés… » En somme, oui, cette histoire était finie. Mais tant qu'il n'aurait pas pu en parler à une oreille attentive, extérieure à toute cette intrigue, il n'aurait pas l'impression d'avoir mis des mots sur ses émotions, sur ce qu'il avait vécu.
- Tu as combien de temps devant toi ? voulut-il savoir.
Elle leva la main et fit un geste vague pour lui faire comprendre que cela n'avait pas grande importance.
- Et tu es sûre de vouloir rester ici pour tout entendre ? Avec moi, je veux dire ?
Chloé acquiesça.
- Si je te le propose.
- Tu risques de ne pas apprécier ce que tu vas entendre.
Elle secoua la tête, comme pour lui dire que ça n'avait pas d'importance.
- Et il y aura beaucoup de références à Gaïa dans cette histoire. Parce qu'elle est la clef. Celle qui a ouvert puis refermé la porte.
Cette fois, Chloé fut plus longue à réagir. Elle avait toujours eu du mal à apprécier Gaïa, qui était totalement différente d'elle. Et elle n'oubliait pas que sa rupture était en partie due à l'arrivée de Gaïa, même si elle n'avait été que l'élément déclencheur. Et celui qui avait accéléré le processus.
Elle poussa un long soupir.
- Si c'est le prix à payer pour que tu te sentes mieux ensuite…
Δ | o
« Tu n'avais aucune obligation de venir. Et tu n'en as aucune d'aller la voir. »
C'est ce que lui avait assuré James lorsqu'elle s'était levée, et lui avait demandé où se trouvait la chambre de Gaïa.
Elle le savait très bien. Elle n'avait aucune obligation d'aller voir Gaïa. Mais après tout, elle n'aurait même pas dû venir ici, au sixième étage de Ste Mangouste, pour venir voir la famille de James, et lui-même. Elle aurait mieux fait de refermer le parchemin, de faire comme si cela ne lui importait pas – ou plus – et continuer de travailler.
Pourtant, elle avait décidé de venir ici. Au sixième étage. Et elle parcourait depuis un moment l'étage, à présent.
Lorsqu'elle était sortie de la chambre de James, elle avait vu au bout du couloir, du côté où elle était elle-même arrivée, que les enfants avaient obtenu le droit d'aller rendre visite à leurs parents. Elle avait feint de ne pas voir le geste que lui adressait Albus. Elle ne voulait pas s'attarder plus que nécessaire, elle ne voulait pas retarder le moment où elle irait voir Gaïa.
Au fil du récit de James, elle avait été surprise, incrédule, horrifiée, ébahie, effrayée. Elle avait d'abord eu du mal à croire à la véracité de ses propos. Elle s'était dit qu'il devenait totalement fou. Qu'il avait pris un coup sur la tête. Mais non. Plus il avançait dans son récit, plus il donnait des preuves pour étayer ses propos. Et plus elle y croyait. Pour qu'il arrive enfin à la conclusion finale. Pour que l'histoire s'achève.
Il y avait eu un temps de silence à la fin de son histoire. Le temps que lui réalise qu'il venait de terminer d'en parler, et elle d'accepter tout ce qu'elle venait d'apprendre. Et quand elle avait enfin pris conscience de tout ce que lui avait dit James, elle s'était levée, lui avait serré l'épaule pour lui donner du courage, et lui avait demandé où se trouvait la chambre de Gaïa.
Quand il avait fini par comprendre qu'elle irait voir Gaïa, quoi qu'il dise, il s'était décidé à lui donner le chemin à suivre. « Elle n'a pas de chambre. Elle refuse d'avoir une chambre. Elle est dans le couloir. En face de là où se trouve Bob. »
Et Chloé était donc partie vers le chemin indiqué par James. Elle allait bientôt arriver au dernier tournant, et elle se demandait enfin ce qu'elle pourrait dire à Gaïa.
Lorsqu'elle arriva au bout du couloir où se trouvait Gaïa, elle s'arrêta.
La jeune fille était assise sur une chaise, en face d'une chambre avec une fenêtre vitrée. Elle voyait tout ce qui se passait à l'intérieur. Et, apparemment, le spectacle la captivait autant qu'il la blessait. Chloé sentit un petit pincement au cœur quand elle réalisa l'abattement qui avait saisi Gaïa. Ses cheveux tombaient sur ses épaules sans aucun volume. Une bosse violette sur son front aurait dû être soignée, mais la jeune fille avait certainement refusé. Bien trop fière. En fait, maintenant qu'elle la regardait plus attentivement, Chloé était presque sûre que Gaïa avait seulement accepté qu'on soigne son épaule. Un pansement était maintenu en place par un bandage, qui soutenait ensuite son bras. Mais c'était la seule preuve de soins. Sinon, ses vêtements étaient déchirés, comme le soir où elle était arrivée chez les Potter, le soir de Noël. Ses mains étaient noires de poussière, tout comme son visage.
C'était comme si Gaïa n'avait pas changé depuis quatre mois. Comme si elle était toujours bloquée à ce soir de Noël. Dans le même état.
Chloé prit une grande inspiration, et se décida à franchir les derniers pas la séparant de Gaïa. Lorsqu'elle arriva à son niveau, une seconde chaise avait fait son apparition à côté de celle de la jeune fille, comme si Gaïa attendait et espérait sa venue. Elle y prit place, et regarda avec elle par la fenêtre.
De l'autre côté de la vitre, dans la chambre que fixait Gaïa, se trouvait celui que Chloé devina être Bob. Il y avait un air de famille avec Gaïa, bien qu'il ne soit pas son père. Et, sur le lit, une femme à peine plus âgée que Chloé était allongée, les yeux fermés.
- Tu la connais ? demanda Chloé.
Gaïa hocha la tête. Elle se pencha légèrement en avant, posant ses coudes sur ses cuisses, grimaçant sous la douleur.
- Oui. Depuis longtemps.
- Elle fait partie de ta famille ?
Gaïa éclata d'un rire sans joie.
- De ma famille ? Non. Elle s'est ralliée à ceux qui voulaient me voir morte depuis que je suis née. Elle leur a permis de survivre, un jour où ils étaient à la poursuite de Bob et moi. On leur aurait fait leur fête, ce jour-là. Mais elle s'est mise en travers, et les a empêchés de nous rejoindre dans le piège qu'on leur avait tendu.
Chloé hocha la tête.
- Alors, pourquoi est-ce que…
Elle ne termina pas sa phrase. Elle n'en avait pas besoin. Gaïa avait compris sa question avant même qu'elle ne la formule. La question était évidente.
Les traits de Gaïa se tordirent sous la douleur. Mais la douleur était interne, cette fois. Rien à voir avec tous les coups qu'elle avait pu recevoir. Cela touchait simplement son âme, son cœur. Les deux semblaient bien cabossés. Peut-être même brisés.
Et pourtant, elle gardait toujours cet air fier. Malgré tout. Sa carapace était indestructible.
- Syndrome de Stockholm. C'est ce que dit Hermione. Et les guérisseurs.
Chloé regarda par la vitre, à nouveau.
Bob était à côté de la tête de la femme. Il lui avait pris sa main, et la fixait avec insistance.
- Tu veux dire que…
- Qu'il a développé des sentiments pour cette folle à lier ? Ouais, c'est ce que je veux dire. Il n'a jamais été capable de me montrer le moindre sentiment, alors que j'ai tout fait pour qu'il m'apprécie. Mais apparemment, j'aurais mieux fait de le torturer, de le saigner, ou de lui faire subir je ne sais quelles autres horreurs. Ça aurait été plus utile.
Chloé inspira profondément pour chasser de sa tête les scènes qui venaient de surgir dans son esprit suite aux paroles de Gaïa. C'est qu'elle n'avait pas franchement l'habitude des scènes de tortures. Tant qu'elle pouvait les oublier, elle le faisait.
- Désolée, grommela Gaïa. J'imagine que tu n'as pas l'habitude.
Elle se renfonça dans sa chaise.
- Tu ne voudrais pas te soigner un peu plus ? lui demanda Chloé en montrant ses blessures.
Même si elles étaient d'une gravité moindre que celle de l'épaule, elles devaient tout de même être douloureuses.
Gaïa soupira.
- Non. Pas tout de suite, avoua-t-elle d'une petite voix, et Chloé crut entendre celle d'une enfant qui, pour la première fois, osait se confier. Si tout devait disparaître, cela voudrait dire que cette histoire est vraiment terminée. Et je crois que j'ai peur de ce moment.
- Du moment où tu n'auras plus à te soucier de cette affaire ? s'étonna Chloé.
Elle n'était pas certaine de comprendre, et elle le faisait clairement comprendre à Gaïa. Laquelle soupira et secoua la tête, comme ébahie par ses propres sentiments.
- J'imagine que ça doit te paraître incroyable. Mais je n'ai vécu que pour ça. Que pour la fuite, que pour ce moment où je devrais faire un choix. Et maintenant que ce choix est fait, eh bien… Je ne sais pas ce qui va se passer. J'ai l'impression que ma vie n'a plus de sens.
Là, Chloé éclata franchement de rire. Le meilleur moyen pour elle d'évacuer la pression accumulée en seulement quelques minutes.
- Je viens juste d'apprendre tout ce que tu as subi, depuis ta naissance. Je viens seulement d'apprendre que tu as passé la totalité de tes seize années d'existence à fuir un fou furieux. Si tu veux mon avis, c'est ce que tu as vécu jusqu'à aujourd'hui qui n'a aucun sens. Mais ce qui va maintenant se produire, c'est une vraie vie. Une vie où toutes les décisions t'appartiennent. C'est beaucoup plus sensé.
Gaïa secoua la tête, mais n'ajouta rien. Elle ne voulait pas discuter de cela avec Chloé.
- Tu sais pourquoi je suis là ? demanda Chloé, tout à coup.
À sa droite, Gaïa soupira.
- Non, je n'en sais rien.
- Parce qu'Harry me l'a demandé.
- Il t'a demandé de venir me voir ? s'étonna Gaïa.
- Non, précisa Chloé. Je m'exprime mal. Harry m'a demandé de venir, parce qu'il savait que James me parlerait, à moi. Qu'il lâcherait tout ce qu'il avait sur le cœur. Qu'il avait besoin d'une oreille extérieure pour parler de ce qu'il ressentait.
Gaïa renifla, dédaigneuse. On ne devrait pas avoir besoin de se confier. Tout garder pour soi, régler ses problèmes tout seul, ça devrait être cela la logique de l'être humain, sa façon de fonctionner.
- Oui, je m'en doute, cela doit être assez inimaginable pour toi. Tu n'as jamais eu l'occasion de parler de ce que tu ressentais. D'après ce que j'ai compris, Bob t'a toujours dit de te débrouiller seule avec tes sentiments.
Gaïa ne fit pas un seul mouvement, prouvant à Chloé qu'elle avait raison. Étonnamment, Chloé se sentait particulièrement proche de Gaïa. Pourtant, elles avaient des dizaines de différences. Mais c'était peut-être cela qui poussait Chloé à se dire qu'elles étaient capables de s'entendre, au moins pour quelques minutes. Que Chloé pouvait être la personne dont avait besoin Gaïa, même si cette dernière refusait de l'avouer pour l'instant encore.
- Alors je suis allée voir James. Et c'est vrai qu'il avait besoin de parler. Mais lorsqu'il a eu fini son récit, je me suis dit qu'il n'était pas la personne qui avait le plus besoin d'aide, à cet étage.
La tête de Gaïa se tourna légèrement vers elle.
- Je me suis dit que tu étais celle qui avait le plus à dire, à l'heure actuelle.
Gaïa se renferma immédiatement. Chloé patienta.
La jeune fille n'avait aucune intention de parler à Chloé. Pourquoi l'aurait-elle fait, d'ailleurs ? Et pourquoi est-ce que Chloé devait être aussi gentille ? Pourquoi était-elle là, alors qu'elle avait clairement dit à Gaïa qu'elle la tenait pour responsable, en partie du moins, de sa rupture avec James ? Pourquoi, alors qu'elles n'avaient rien en commun, et que Chloé aurait pu ne pas venir la voir, était-elle là, à lui demander de se confier ? Ce n'était pas possible d'être aussi gentille. Il y avait forcément une entourloupe. Elle n'avait jamais entendu parler de quelqu'un de trop gentil. Ça n'existait pas.
- Pourquoi est-ce que tu voudrais m'aider ? demanda finalement Gaïa, sèchement.
- Pourquoi pas ?
- Parce que tu ne m'aimes pas.
- Je n'aimais pas Tim, la corrigea Chloé. Toi, c'est différent.
- En quoi ?
- C'est juste qu'à l'heure actuelle, c'est encore douloureux de te parler. Mais je ne t'ai jamais détestée, non. On ne sera jamais vraiment amies. Mais il n'y a pas de raisons que l'on soit ennemies, n'est-ce pas ?
Gaïa haussa les épaules.
- Je ne sais pas. Je ne sais plus grand-chose, à l'heure actuelle.
Compréhensive, Chloé hocha la tête.
- J'imagine, oui.
Elles regardèrent, silencieuses, Bob qui veillait April.
- Qu'est-ce que ça te fait de le voir, comme ça ?
Gaïa soupira.
- Mal. Ça me fait mal de le voir apprécier cette femme qui n'a jamais voulu rien d'autre que nous faire du mal…
Elle se leva de son fauteuil, pour s'approcher de la vitre. Elle regarda quelques instants Bob, avant de se retourner vers Chloé, un sourire désabusé aux lèvres.
- C'est amusant, non ? Je n'ai plus que lui, et il ne veut pas de moi. Et toutes les personnes qui ont pu vouloir de moi, ces derniers mois, je les ai repoussées.
Elle ne donna aucun nom, mais Chloé n'en avait pas besoin.
- Tim ? devina-t-elle.
- Je me dis que si j'avais été plus ouverte envers Tim, il n'aurait pas fait… ce qu'il a fait. Je n'aurais pas à lui en vouloir. Et en même temps que je lui en veux, je me sens coupable, et je suis triste pour lui. Je l'ai entraîné dans toute cette histoire. Si je n'étais pas venue chez les Potter, il n'aurait jamais eu à les trahir de cette façon. Je lui en veux d'avoir été lâche, et je m'en veux de lui avoir imposé ce choix. Je n'arrive pas à lui en vouloir.
Elle croisa les bras sur sa poitrine.
- Je n'arrive plus à lui en vouloir.
Elle baissa la tête, et ferma les yeux. Elle ne voulait pas que Chloé puisse voir la tristesse dans ses yeux lorsqu'elle avouerait ses sentiments.
- En réalité, je n'en veux qu'à moi-même. D'avoir toujours obéi à mon père, d'avoir mêlé les Potter à cette histoire. Et si je dois être honnête, je m'en veux même d'avoir vu le jour. J'aurais mieux fait de mourir en même temps que ma mère, dit-elle amèrement.
- Tu ne peux pas dire cela, Gaïa, la contredit Chloé en secouant doucement la tête.
- Et pourquoi pas ? Qui me regretterait, finalement ?
- À l'époque, pas grand-monde, je te l'accorde. Mais aujourd'hui ? Tu ne peux pas disparaître comme ça.
Gaïa releva la tête, et Chloé vit une lueur déterminée dans ses yeux. Et de défi, aussi.
- C'est un challenge que tu me proposes ? Parce que si c'est le cas, je peux le relever sans problème.
Chloé soupira. Il n'était pas question pour elle de battre Gaïa sur ce terrain-là.
- Non, je ne te propose pas de disparaître sans laisser de traces. Par Merlin, ce que tu peux être usante, Gaïa ! Est-ce que tu ne peux pas accepter le fait que des personnes tiennent à toi, et ne veulent pas te voir disparaître ?!
Gaïa souffla.
- Bob ne dirait rien.
- Mais oublie Bob ! s'exclama Chloé, exaspérée et surprenant Gaïa par sa virulence. D'après ce que m'en a dit James, il n'a jamais voulu de toi. Alors oui, c'est le seul repère que tu as, mais quel repère ! Trouves-en d'autres, Gaïa. Tu ne vas pas passer ta vie à te morfondre parce qu'il ne veut pas de toi. D'autres personnes seraient tristes que tu disparaisses.
Gaïa leva les yeux vers elle, des yeux remplis de douleur.
- Qui, Chloé ? Qui ? Les Potter ? J'en doute. Ils ont déjà bien assez à faire sans moi. Toi, peut-être ? Ne me fais pas rire.
Chloé sourit, amusée.
- Je dois t'avouer que je serais triste d'apprendre ta disparition. Tu ne seras jamais vraiment mon amie, et je doute pouvoir te supporter plus de trois heures de suite. Et inversement. Mais la vie serait un peu plus triste, sans toi. T'as ce petit truc qui exaspère et plaît en même temps. C'est rare, et précieux. Ne l'oublie jamais. Et puis… Peut-être que les Potter en général se seront pas tristes de ton départ. Mais un Potter en particulier…
Gaïa leva les yeux au ciel, mais garda le silence. Elle refusait de dire quoi que ce soit qui aille dans le sens de Chloé. Parce qu'elle était fière.
Et certainement parce qu'elle était effrayée de tout ce que ces quelques mots pouvaient vouloir dire. Elle ne pouvait pas avouer ne pas vouloir partir, elle ne pouvait pas avouer avoir trouvé un nouveau repère, elle ne pouvait pas avouer qu'elle avait trouvé une place ici. Une place qu'elle n'estimait pas être la sienne. Il y avait trop de bonheur à cette place. C'était trop nouveau pour elle.
Face à elle, Chloé attendit patiemment que Gaïa se décide enfin à dire un mot, mais ses lèvres restèrent obstinément closes.
Alors Chloé soupira, et se leva.
- Je reviens, assura-t-elle à Gaïa. Et tu n'as pas intérêt à partir.
Amorphe, Gaïa hocha la tête. Elle se redressa quelque peu quand elle vit Chloé entrer dans la chambre d'April.
Chloé n'était pas certaine de ce qui l'avait pris. Pourquoi est-ce qu'elle avait soudainement décidé de se lever pour aller parler à Bob, qu'elle ne connaissait que de nom, et depuis tout juste une heure ? C'était une idée stupide, à son avis, à présent qu'elle poussait la porte. Mais c'était trop tard. Elle était dans la chambre.
Elle n'était jamais entrée dans une chambre de Ste Mangouste de ce type. Elle avait déjà rendu visite à des membres de sa famille, évidemment. Lorsqu'on était sorcier, on avait une légère tendance à oublier le fait que certaines expériences magiques pouvaient se révéler dangereuses. Cela voulait notamment dire qu'on se retrouvait plus souvent à Ste Mangouste qu'on ne le souhaitait. Mais les membres de sa famille à qui elle avait rendu visite n'étaient jamais blessés gravement. De petites égratignures, de légères commotions dues à des sortilèges qui s'étaient retournés contre eux. Mais jamais encore ils ne s'étaient blessés au point que Chloé leur rende visite dans une de ces chambres que l'on réserve aux blessés graves. Jamais encore elle n'avait dû entrer dans une de ces chambres blanches, aseptisées, où l'on ose à peine respirer, de peur de contaminer le blessé.
- Qu'est-ce que vous voulez ? grommela soudainement Bob, faisant sursauter Chloé, qui avait presque oublié la raison de sa venue.
Elle rougit, mais l'homme ne le vit pas. Il était bien trop concentré à regarder la blessée, étendue sur le lit.
- Que lui arrive-t-il, exactement ? demanda Chloé dans un murmure.
Il lui semblait que c'était la question d'usage, lorsqu'on entrait dans la chambre d'un malade. Bob ne releva même pas les yeux pour la remercier de sa sollicitude. À vrai dire, c'était plutôt stupide de la part de Chloé de s'attendre à une telle attitude, à une telle gratitude. Elle ne connaissait pas personnellement Bob Lockwood, mais elle en avait entendu parler, et elle avait bien vu la manière dont il avait éduqué Gaïa.
- Les guérisseurs disent que ce n'est pas soignable.
- Comment cela ?
- C'est la volonté d'April.
Entendre le prénom de la jeune femme prononcé d'une telle façon était un choc. C'était un ton doux, aimant. Un ton qui enveloppait le prénom, le portait, le rendait aussi beau qu'on le pouvait. C'était presque le ton de l'adoration. Chloé frissonna légèrement, se forçant à oublier ce qu'elle avait entendu sur la jeune femme. Ce n'était pas grave si elle était une tortionnaire. Elle était actuellement inconsciente, et hors d'état de nuire.
- Elle ne se réveillera pas ? s'étonna Chloé.
Elle obtint enfin l'attention totale de Bob. Il se tourna vers elle, et la fusilla du regard. Par peur, elle recula d'un pas. Bob n'était pas un homme avec lequel on pouvait plaisanter. Il ne supportait pas qu'on le reprenne, non plus. Ni qu'on le contrarie.
Elle déglutit difficilement, se demandant s'il allait se lever pour la punir de son impertinence. Mais il était en réalité bien trop occupé à assumer son rôle de garde du corps. Il ne se leva pas, se contentant de lui lancer un regard à faire pâlir et trembler les plus courageux.
- Elle se réveillera quand elle le voudra.
Chloé comprit enfin ce que voulait dire Bob.
- Elle a… choisi de rester dans le coma ?
Bob soupira.
- Disons qu'elle n'a pas compris qu'elle avait mieux à vivre en étant éveillée.
- Qu'est-ce que vous voulez dire ?
- Elle ne réalise pas ce qu'il y a dehors pour elle ! s'écria Bob.
Chloé recula à nouveau d'un pas. Elle se demandait si Bob n'avait pas perdu toute sa tête, à présent. La conversation prenait un tour irréaliste.
- Elle a encore beaucoup à vivre ! Elle le sait. Balthazar Baldi ne lui offrait pas ce dont elle avait réellement besoin. Mais moi, je lui ai dit ce qu'elle voulait. Elle voulait la liberté, la solitude. Blesser, mutiler, tuer par envie, et pas seulement parce qu'on le lui ordonnait !
Chloé trembla, sa main cherchant la poignée. Elle n'avait pas fini sa discussion avec Bob, c'était certain. Mais elle voulait s'assurer pouvoir se mettre à l'abri dès qu'il le fallait. Elle voulait être sûre de pouvoir mettre une porte entre eux deux, si jamais il devenait hors de contrôle et que cela s'avérait nécessaire.
Quand elle eut trouvé la poignée, elle s'efforça à retrouver une respiration plus calme, plus posée, avant de reprendre la parole.
- Bob… April est adulte.
- Je sais, siffla-t-il.
- Cela veut dire qu'elle peut trouver toute seule sa voie.
- Je sais, répéta-t-il au comble de l'exaspération.
Chloé ferma les yeux.
- Cela veut aussi dire que si son esprit a décidé de rester endormi, c'est parce qu'elle sait qu'il n'y a rien de plus dehors pour elle.
Les yeux de Bob se levèrent à nouveau vers elle. Elle s'attendait à y lire de la colère, mais elle fut surprise d'apercevoir de l'angoisse aussi. Elle chercha à calmer son souffle.
- Bob…, commença-t-elle dans un filet de voix. April ne se réveillera pas. Sa seule raison de vivre était Balthazar.
Elle commençait à comprendre quel personnage était April. C'était une de ces personnes qui n'avaient qu'un seul but dans leur vie. Le but d'April avait été de servir Balthazar, et son inconscient lui soufflait à présent qu'elle ne pourrait plus jamais agir ainsi. Balthazar était arrêté. Il ne pourrait plus lui donner d'ordre. C'était fini.
Chloé prit une profonde inspiration.
- Elle ne se réveillera pas.
Bob ne répondit rien. Elle vit seulement ses lèvres se crisper.
- Et même si elle devait se réveiller, ce n'est pas vers vous qu'elle se tournerait pour poursuivre sa vie. Elle n'a rien à voir avec vous… Bob, elle vous a empêché d'éliminer des hommes qui vous voulaient du mal, il y a des années de cela. Depuis, elle a cherché à vous détruire. Et elle a failli y arriver…
Elle le désigna de la main.
- Regardez-vous ! Elle vous a marqué, vous a poignardé, vous a mutilé, blessé ! Elle aurait pu vous détruire. Vous ne serez jamais comme elle. Elle ne pourra jamais vous apprécier. Elle…
Chloé se tut. Cet argumentaire ne la mènerait nulle part, elle en prenait tout à coup conscience.
Elle soupira, et se détacha de la porte. Peut-être qu'au fond de lui, Bob était attaché à Gaïa. Ce n'était pas en lui faisant prendre conscience qu'April n'était rien pour lui que Chloé allait le raisonner. C'était en l'aidant à réaliser que Gaïa était tout ce qu'il avait qu'elle pourrait espérer le faire quitter cette chambre. Le faire retourner auprès de Gaïa. Lui rappeler qu'il y avait de la vie, en dehors de cette chambre. Elle devait faire cela pour Gaïa, qui était encore attachée à Bob.
- Bob, vous avez Gaïa. Elle fait partie de votre famille. Vous avez vécu des années avec elle. Vous l'avez éduquée. Vous l'avez protégée. Même si elle n'est pas votre fille, elle reste votre nièce. Elle est la seule personne encore en vie de votre famille qui vous reste, et vous êtes le seul membre auquel elle peut se raccrocher.
Chloé avança d'un pas en prenant une profonde inspiration pour se donner du courage. Bob l'impressionnait toujours, même s'il ne la regardait plus.
- Vous ne pouvez pas abandonner Gaïa. Elle a encore besoin de vous. Elle n'a pas fini d'évoluer, et elle a besoin d'une figure paternelle pour terminer de grandir. Elle a grandi trop vite, elle a besoin d'aide pour ses dernières années en tant qu'adolescente. Vous êtes cette figure paternelle. Vous ne pouvez pas la laisser derrière vous, sans un regard en arrière.
Bob ne regardait toujours pas Chloé. Il n'avait d'yeux que pour April. Cette fascination effrayait autant qu'elle impressionnait la jeune femme. Elle ne comprenait pas d'où pouvait provenir un attachement aussi soudain.
- Vous devez être là pour Gaïa.
Bob ne bougeait toujours pas. Chloé se demandait s'il l'entendait, tout simplement.
- Vous avez passé seize années avec elle. Ce n'est pas rien. Vous ne pouvez pas les effacer ainsi. Ce n'est pas un souvenir que l'on peut barrer d'un simple coup de crayon, dit-elle avec une assurance qu'elle ne pensait pas posséder. Vous avez passé seize années à modeler cette Gaïa. Vous ne pouvez pas maintenant l'abandonner comme un vulgaire caillou au bord d'une route. Par la barbe de Merlin, vous n'avez aucun sentiment pour cette adolescente que vous avez éduquée comme votre propre fille ?!
Chloé était certaine que n'importe qui d'autre se serait retourné en l'entendant tout à coup élever la voix de cette façon, taper puérilement du pied pour attirer l'attention de celui à qui elle adressait la parole, et pointer du doigt la fenêtre dans son dos.
Bob ne tressaillit même pas.
- Elle est du même sang que vous. Elle porte le même nom de famille que vous. Et même si elle n'est pas votre propre fille, elle est inscrite sur le même arbre généalogique que vous. Vous ne pouvez pas décider de la rayer de votre existence ainsi !
L'homme au chevet de celle qui fut sa tortionnaire leva finalement les yeux vers Chloé, qui crut, durant quelques secondes, qu'elle avait gagné sa lutte. Mais elle se frottait à bien plus insensible qu'elle, et elle n'avait pas l'habitude d'un comportement aussi détaché.
- Gaïa ne m'a rien apporté. J'ai fait de mon mieux pour l'aider à survivre. Maintenant que la menace est détruite, elle n'a plus besoin de moi. De mon côté, je n'ai jamais eu besoin d'elle. Alors, qu'elle se débrouille sans moi, désormais. Je dois m'occuper d'April. Elle a besoin de moi.
Estomaquée, il fallut un temps à Chloé avant qu'elle ne prenne conscience de ce que venait de lui dire Bob. Lorsqu'elle comprit qu'elle n'avait pas rêvé, il lui fallut un moment pour se remettre du choc. Et lorsque ce fut fait, elle eut peur d'avoir été contaminée par l'insensibilité de Bob.
- Vous savez quoi ? Vous avez raison, finalement. Gaïa ferait mieux de ne pas rester avec vous. Mais pas parce que vous en avez assez d'elle, non. Simplement parce qu'elle mérite mieux qu'un imbécile qui s'attache à celle qui l'a torturé, au point d'en oublier sa propre famille.
Après coup, elle fut étonnée d'avoir réussi à garder son calme. Certes, elle respirait un peu fort et, oui, elle sentait que ses joues étaient plus chaudes qu'à l'accoutumée, comme si elle rougissait – ce qui était certainement le cas. Mais elle avait gardé son calme. C'était déjà bien.
Enfin, presque.
Si sa voix était restée calme, elle ne put s'empêcher de claquer la porte de la chambre où se trouvaient Bob et April. Tant pis si les malades devaient être gardés dans un espace tranquille. Elle avait bien le droit d'évacuer la colère qu'elle éprouvait envers Bob en claquant quelques portes.
Comment pouvait-on être aussi insensible ?
Elle se rassit rageusement sur la chaise qu'elle avait quittée si peu de temps auparavant, n'osant même pas regarder Gaïa dans les yeux. Gaïa qui savait déjà ce que Chloé n'allait pas tarder à lui annoncer.
- Bob ne…
Chloé prit une grande inspiration, incapable de regarder la jeune femme à ses côtés.
- Bob ne veut plus de toi. Il estime avoir fini de jouer le rôle de ton père, ou de la personne qui doit te guider… Enfin, bref. C'est fini. Il ne veut plus.
Gaïa hocha lentement la tête.
C'était amusant comme l'homme qui avait toujours refusé de la voir pleurer était celui qui faisait couler le plus de larmes.
Mais elle n'allait pas pleurer maintenant. Pas devant Chloé. Elle gardait les larmes pour plus tard. Bob ne pourrait plus les lui reprocher, de toute façon.
Elle redressa les épaules, et regarda une dernière fois par la vitre. Ensuite, elle baissa les yeux sur ses genoux, sur lesquels reposaient ses mains tremblantes.
Elle ne pouvait pas dire qu'elle ne s'attendait pas à une telle réaction de la part de Bob. Elle se doutait bien, dans le fond, que dès lors que la menace de l'Héritier de la Pierre aurait disparu, plus rien ne serait comme avant. Bob n'avait jamais montré le moindre signe d'attachement à elle, ou alors, ces signes étaient tellement ténus qu'elle n'y avait cru qu'à moitié. Elle s'était accrochée à un semblant d'affection. Affection qui n'avait qu'un seul sens.
- Gaïa, est-ce que tu sais où aller, maintenant ? demanda doucement Chloé.
La jeune fille souffla bruyamment, espérant, par ce bruit, faire fuir Chloé. C'était peine perdue. Chloé n'avait pas l'intention de partir. Elle sentait certainement que Gaïa avait encore beaucoup de choses à dire, beaucoup de sentiments à évacuer.
- Voyons voir, murmura Gaïa en retenant difficilement un rire sarcastique. J'ai seize ans. J'ai passé ma vie à fuir un danger. Je ne suis jamais allée à l'école, ce qui fait que mes connaissances magiques ne sont pas du tout évaluables. Je connais les sorts de défenses, mais suis incapable de différencier deux plantes magiques qui ne sont pas utilisées pour des potions. J'ai appris il y a seulement quelques semaines que celui que je prenais pour mon père ne l'est en réalité pas. J'ai de graves problèmes pour vivre en société, et pour avouer ce que je ressens, au moment où je le ressens. Cette nuit encore, j'étais chez un fou furieux – celui qui me veut depuis ma naissance – et j'ai tué une personne. Peut-être deux, si April ne se réveille jamais. Et Tim est mort par ma faute. Je suis colérique, et je peux devenir dangereuse. Alors, attends, que je réfléchisse encore quelques secondes… Peut-être que l'asile est le bon endroit où aller, non ? railla-t-elle.
Sa tête retomba faiblement sur sa poitrine, et pendant quelques secondes, Chloé crut que le mécanisme était cassé. Que Gaïa avait abandonné. Et puis, la tête de Gaïa se releva lentement, avant de se tourner vers elle.
- Je pense que j'ai atteint le stade ultime du pathétisme, non ?
Elle attendit la réponse de Chloé. Pas anxieusement, pas impatiemment. Simplement à la façon de Gaïa. En la regardant droit dans les yeux, d'une manière déconcertante.
- Non, je… je ne crois pas, finit par dire Chloé en se mordant la lèvre inférieure.
Oh, Merlin. Elle venait de penser à quelque chose de stupide. D'insensé. Elle pouvait encore oublier cette pensée incongrue, du moment qu'elle ne la formulait pas. Mais elle se connaissait. Devant les grands yeux dénués de vie de Gaïa, elle allait être obligée de craquer. Elle n'allait pas se taire. Elle allait dire ce qui venait de lui passer par la tête.
Là, dans l'instant.
- Tu n'as nulle part où aller, donc ? insista Chloé.
Gaïa renifla amèrement. Elle n'allait pas s'abaisser à redire ce qu'elle venait déjà de dire.
- Et si tu venais chez moi ? proposa rapidement Chloé.
Et voilà. Elle l'avait fait. Elle avait proposé à Gaïa de venir vivre chez elle.
Bon, d'accord. Elle n'avait pas encore prévenu ses parents. Mais ça, c'était un léger contretemps. Et, surtout, même si elle ne comptait plus vivre avec James, l'idée de prendre son propre appartement n'était pas partie loin. Elle s'était décidée à rechercher pour elle seule. Il lui suffirait d'élargir ses champs de recherche à deux chambres, au lieu d'une seule.
Du moins, si Gaïa acceptait.
Gaïa qui ne semblait pas savoir sur quel pied danser. Ses yeux ne s'étaient pas écarquillés, elle n'avait pas ri à la proposition de Chloé, elle semblait même être à présent sûre qu'elle était vraie, et que Chloé n'allait pas lui dire que c'était une mauvaise blague.
Sauf qu'elle ne comprenait pas pourquoi elle lui faisait une telle offre.
- Je ne comprends pas, avoua finalement Gaïa.
Chloé sourit, gênée, le rouge montant presque à ses joues. Après réflexion, elle non plus ne comprenait pas ce qu'elle venait de faire.
- Eh bien… Je te propose de venir vivre chez moi. Enfin, chez mes parents, pour quelque temps. Mais je cherche un appartement, donc ce ne serait que temporaire. Bien sûr, c'est uniquement si tu le souhaites. Je me doute que les Potter vont eux aussi te proposer l'hospitalité, donc si tu préfères…
Gaïa fronça les sourcils. En réalité, Ginny lui avait déjà proposé de venir vivre chez eux. Elle avait dit qu'elle réfléchirait à la proposition, même si elle savait qu'elle allait la refuser. Vivre chez une famille aussi heureuse, alors qu'elle-même n'en possédait plus, c'était trop difficile pour Gaïa. À la rigueur, vivre avec Chloé…
Mais elle ne comprenait toujours pas pourquoi.
- Tu me reprochais il y a encore peu d'avoir été la cause de la rupture entre James et toi, lui rappela Gaïa.
Chloé papillonna des yeux, se rappelant en effet de ce détail. Et se rappelant aussi que James et Gaïa, quoi qu'elle fasse, finiraient ensemble. C'était évident. Et si Gaïa venait vivre chez elle, peut-être même qu'elle verrait l'évolution de cette situation, d'une façon cruelle, douloureuse. Mais c'était un risque à prendre. C'était bien peu à subir, du moment que Gaïa avait un toit sur la tête.
Par Merlin, elle était définitivement trop gentille pour son propre bien.
- Oui. Mais c'est du passé.
- Pas si passé que ça, rétorqua Gaïa entendant la douleur dans la voix de Chloé.
Cette dernière se rembrunit un peu.
- On peut parler encore longtemps du pour ou du contre de la situation, Gaïa. On a deux caractères tout à fait différents. Je pense qu'on va avoir du mal à s'entendre. Et je pense même que, de temps à autre, on va vouloir se sauter à la gorge.
Le sourire en coin de Gaïa lui fit comprendre qu'elle avait touché juste, et mis le doigt sur ce qui taraudait son interlocutrice.
- Alors, oui, il y a James. Il y a beaucoup de choses qu'on ne s'est pas dites. On ne sait rien, ou presque, l'une de l'autre. Je ne pense pas que tu connaisses ne serait-ce que mon nom de famille…
Gaïa secoua la tête. En effet, elle ne le connaissait pas.
- Mais je ne vais pas me comporter comme une mère, avec toi. J'ai pas envie d'être mère, et surtout pas d'être ta mère. J'ai ma vie, à côté. Je vais au travail, je vois des amis, des fois, ils m'invitent chez eux passer la soirée, et je ne t'obligerai jamais à venir. Si jamais tu veux de l'aide pour trouver du travail, je suis là. Et si jamais tu veux que je te fiche la paix pour que tu vives ta vie de ton côté, il n'y a pas de problème, je le ferai aussi.
Gaïa hocha la tête.
- Je ne veux qu'une seule règle, exigea toutefois Chloé.
- Laquelle ? demanda tout de même Gaïa, prouvant ainsi son intérêt pour ce que lui disait Chloé.
- On ne parle pas de James. Jamais. Quoi qu'il arrive. James est exclu des conversations. Je ne sais pas ce qui va se passer entre vous. Certainement quelque chose. Mais je ne veux pas en entendre parler. D'accord ?
Gaïa hésita un instant.
Chloé ne voulait pas entendre parler de James. Très bien. Après tout, elle-même ne voulait pas en parler. Elle ne comprenait pas ce qui se passait dans sa tête.
Ce qu'elle savait, c'est qu'elle n'avait pas eu le courage d'aller dans la chambre de James depuis qu'ils avaient été transférés à Ste Mangouste.
Elle soupira.
- D'accord. J'accepte ta condition.
Chloé sourit, légèrement tremblante. Elle n'était pas sûre de ce dans quoi elle venait de se lancer. Mais elle avait la sensation d'avoir fait quelque chose de très bien.
- Parfait. À quelle heure est-ce que je viens te récupérer chez les Potter ?
Gaïa hésita. Il fallait qu'elle rassemble ses esprits, qu'elle se souvienne ce qu'on lui avait dit…
- Nous ne sommes pas blessés trop gravement, alors… On est libres dès seize heures. Hum, non. On doit aller signer je ne sais plus quoi, rapport avec Balthazar – le fou furieux. À dix-huit heures chez les Potter ? Je n'ai pas beaucoup d'affaires à rassembler, confessa-t-elle.
Chloé lui sourit, se voulant rassurante.
- C'est parfait, Gaïa. On se retrouve à dix-huit heures chez les Potter.
Elle se leva.
- Je vais retourner travailler. Mais à dix-huit heures, on se revoit.
Gaïa lui sourit, maladroitement. Elle attendit que Chloé disparaisse avant d'observer à nouveau ses mains, toujours tremblantes.
Ce n'était pas possible d'être aussi gentille que Chloé, alors que des fous comme Balthazar se promenaient en liberté.
La proposition de Chloé était tout simplement inouïe. Gaïa n'aurait jamais cru qu'une telle offre puisse lui être faite. Elle en éprouvait une grande reconnaissance envers la jeune femme.
Pourtant, plus elle se faisait à l'idée qu'elle allait vivre avec elle, plus elle sentait une angoisse sourde tambouriner dans son cerveau.
Δ | o
Ce fut Harry, le bras en écharpe, qui vint lui ouvrir. Ne sachant pas trop comment réagir, étant donné qu'elle venait chez lui en tant qu'amie de Gaïa, et non pas en tant que petite amie de son fils, Chloé rougit furieusement.
- Oh ! Bonsoir, Chloé…
Le Survivant fronçait les sourcils. Chloé se redressa. Il y avait un problème.
Cela ne pouvait pas concerner James, puisqu'il ne vivait pas là à plein temps. Harry savait donc qu'elle venait pour Gaïa. Mais s'il avait une telle expression, c'est que rien ne se passait comme prévu.
- Gaïa n'est pas là, devina-t-elle aisément.
Harry lui offrit un regard surpris en réponse. Chloé soupira.
- Entre, lui proposa immédiatement Harry.
Il ouvrit la porte en grand, et lui fit signe de le suivre. Il se dirigea vers le salon, où se trouvait aussi Ginny.
- Chloé ! s'étonna la femme. Mais que…
- Elle était venue voir Gaïa, expliqua Harry.
- Non, le contredit Chloé. J'étais venue la chercher. Elle ne vous a pas dit ?
Les époux échangèrent un regard incrédule.
- Que viens-tu de dire ? s'étonna Harry.
- J'étais avec elle, tout à l'heure, à l'hôpital, expliqua patiemment Chloé, malgré l'angoisse d'avoir perdu Gaïa qui l'envahissait. Je lui ai proposé de venir chez moi, quand j'ai compris qu'elle ne savait pas où aller, et qu'elle ne voulait pas abuser de votre hospitalité. Et nous nous sommes donné rendez-vous chez vous, à dix-huit heures.
Ils échangèrent un regard désolé.
- Merlin, souffla Harry.
Ginny se tourna vers Chloé, ennuyée.
- Elle nous a dit qu'on lui avait proposé l'hospitalité. C'est vrai que son explication était vaseuse, mais on parle de Gaïa, après tout. Elle est plutôt butée, et qu'elle ne veuille pas nous donner l'endroit exact nous semblait normal. Mais maintenant qu'on y pense…
Chloé secoua la tête.
- Elle ne peut pas être chez moi. Elle ne sait pas où j'habite.
Sans même que les Potter lui firent signe de le faire, Chloé s'assit dans un fauteuil.
- Mais où est-ce qu'elle peut bien être allée ? murmura-t-elle.
Les Potter ne purent pas lui répondre.
Ils ne le savaient pas plus qu'elle.
Note d'auteur.
Tous à la recherche de Gaïa !
Ou pas, parce qu'elle ne peut pas être retrouvée. On parle de Gaïa, faut pas déconner.
Oh, et puis faites-moi taire, il reste un épilogue. Que vous n'allez certainement pas apprécier, mais au pire, depuis le temps, vous me détestez, je suis cruelle, bref, tant pis si vous ne l'aimez pas mon épilogue, ah ah. Mais de toute façon, l'heure de l'épilogue n'est pas encore arrivée. Pour le moment, il est temps de parler de ce chapitre ! Enfin, y a pas grand-chose à en dire. Voilà le retour de Chloé. Je sais pas pourquoi, je me dis que vous n'allez pas apprécier son retour non plus, mais bon.
Euuuh, quoi d'autre… Merci pour vos reviews, merci à DelfineNotPadfoot pour ses corrections, et puis… je vous dis à la semaine prochaine pour une dernière publication, qui va certainement rien régler du tout, mais au pire, depuis le temps, je ne cherche pas à me comprendre…
Si jamais vous voyez des deltas manquants, vous avez le droit de me le dire. Sinon, vous avez le droit de me dire rien du tout. Ou me parler de votre vie. Je suis une bonne oreille attentive. Et vous avez aussi le droit de me maudire, parce que je dis n'importe quoi.
Allez, passez une bonne semaine, et on se revoit d'ici peu.
