Épilogue.
- Les chiens ne sont pas autorisés, lui dit le garde alors qu'Holmes courait autour d'elle sur la faible surface de terrain qui pouvait accepter cette manœuvre.
Elle lui lança un regard noir. Un de ceux qu'elle savait si bien faire, un de ceux la caractérisant. Un de ceux qui voulaient dire « J'ai passé une journée complètement folle. J'ai un bras en écharpe, des blessures qui auraient dû être soignées et qui ne le sont pas, mais je suis là. Et tu vois, j'ai aucune patience. Alors, fiche-moi la paix et laisse-moi passer. »
Elle n'était pas tout à fait sûre que le message de ses yeux ait atteint le cerveau de son interlocuteur. Mais elle lui avait certainement fait assez peur pour qu'il la laisse passer, et qu'il ne dise plus rien concernant le chien.
Gaïa appela Holmes d'un simple signe de main, et accueillit avec plaisir la chaleur du pelage du chien. Lui ne semblait pas affecté par l'ambiance morose de cette île perdue, où seuls les prisonniers venaient. Et, parfois, les quelques personnes trouvant le courage de venir leur rendre visite.
Si le premier garde n'avait rien dit, et l'avait laissée passer après son regard intimidant, le second ne fut pas aussi indulgent. Il lui barra la route alors qu'elle se dirigeait vers l'escalier qui lui semblait mener à sa destination.
- Il vous faut un papier officiel pour aller voir les prisonniers d'Azkaban, récita-t-il sans aucune gentillesse dans la voix.
Elle ricana.
- J'ai réellement besoin d'un papier pour aller régler mes comptes ?
L'homme ne se démonta pas, avança d'un pas et planta son regard froid dans celui déterminé de Gaïa.
- Surtout pour ça, je dirais.
Elle grinça des dents. Il fallait qu'elle reste calme. S'énerver n'était jamais la bonne solution, elle le savait depuis le temps.
Pourtant, elle rêvait de refaire le portrait de cet imbécile qui ne la laissait pas chasser ses démons.
- Monsieur le gentil Auror, commença-t-elle avec une menace à peine voilée dans sa voix, il se trouve qu'Harry Potter fait partie de mes connaissances directes. Alors, il ne m'a pas donné de papier officiel me permettant de passer sans que vous ne me fassiez d'ennuis, c'est vrai. Toutefois, je me demande ce qui l'énerverait le plus. Que vous m'empêchiez de passer, et que je sois obligée de lui envoyer une lettre, ou bien que vous le dérangiez pour lui faire savoir que quelqu'un essaie d'entrer en son nom.
Elle bluffait, évidemment. Harry n'était même pas au courant qu'elle était là. Le problème, c'est qu'elle manquait irrémédiablement de temps. Plus les minutes défilaient, et plus les chances pour qu'Harry, ou n'importe qui d'autre, réalise qu'elle n'était pas là où elle devrait être étaient grandes. Ce n'était ensuite qu'une question de temps pour qu'on mette la main sur elle… Ce qu'elle ne voulait pas.
Peut-être qu'elle avait été assez persuasive. Peut-être que l'homme s'était dit qu'il fallait être folle pour tenter de faire croire qu'on connaissait Harry Potter, quand ce n'était pas le cas. Peut-être qu'il n'avait pas envie de déranger le Chef des Aurors. Ou peut-être que, tout simplement, il se moquait bien de ce qui pouvait se passer entre les visiteurs et les visités.
Toujours est-il qu'il recula d'un pas.
- Qui venez-vous voir ? demanda-t-il tout de même.
Elle serra les dents.
- Balthazar Baldi. Il a dû arriver il y a peu.
L'homme hocha la tête.
- Troisième étage. Vous prenez cet escalier, puis vous tournez à droite, et…
- C'est bon. J'ai un bon sens de l'orientation, assura-t-elle d'une voix sifflante.
Il haussa les épaules.
- Si vous le dites. Mais je dois vous prévenir. Il est complètement siphonné. Il parle de Reliques, d'une sale gamine, et de…
- J'ai dit « C'est bon », insista Gaïa, des flammes dans les yeux.
- Comme vous voulez, ma p'tite dame, railla-t-il. Mais c'est pas des tendres à cet étage, je vous préviens.
Elle afficha un sourire dédaigneux.
- La vie n'est pas tendre non plus, mais j'ai quand même réussi à la vaincre, rétorqua-t-elle en se dirigeant vers l'escalier.
Holmes la suivit de près, sans se retourner vers l'homme qu'ils venaient de quitter. Elle posa la main sur le cou de l'animal, et ne l'ôta pas de tout le trajet.
Elle se moquait des sifflements, des insultes, des regards intéressés, des mains qui se tendaient vers elle. Elle savait que les personnes qui étaient ici étaient mauvaises. Certaines, dont la tunique était déchirée, montraient avec un plaisir évident le reste d'une cicatrice sur un avant-bras. Elle n'était pas effrayée. Mais penser que plus de vingt ans plus tard, des Mangemorts étaient toujours prêts à montrer la Marque des Ténèbres la dégoûtait. Surtout en sachant que tous s'étaient montrés lâches lors de leur procès.
Si elle le pouvait, elle ferait disparaître son tatouage, avant d'effacer toute trace de ce qu'avait été sa vie ces seize dernières années. Oui, si elle avait pu, elle l'aurait fait.
Et puis, elle arriva vers les dernières cellules, et son esprit se reconcentra sur les prisonniers. Elle les reconnaissait tous. Cela faisait bien peu de temps qu'ils avaient tenté de tuer ses amis.
- Sale peste, entendit-elle cracher.
Elle se tourna vers le Dessinateur qui venait de prendre la parole, lui décochant un regard si froid qu'il recula d'un pas. Son sourire satisfait parlait pour elle.
Elle avait su se faire craindre de ceux qui avaient voulu la terroriser.
Elle ne prit pas la peine de regarder les Chasseurs, Fileurs, et autres membres de cette organisation totalement irréelle.
Elle avança jusqu'à la dernière cellule pour observer la décrépitude humaine dans toute sa splendeur.
La nuit passée, Balthazar Baldi possédait une prestance enviée de tous. Et quelques heures plus tard, il n'avait plus aucune grâce. Son dos n'était plus droit, ses cheveux tombaient sans volume sur ses yeux, ses gestes étaient tremblants, ses yeux fuyants, ses pupilles dilatées. Et sa voix… sa voix n'était plus qu'un murmure, le murmure de celui qui ne pourrait jamais réaliser ses rêves et qui, en les sentant lui échapper, avait perdu toute raison.
- L'imbécile, l'idiote… Le pouvoir entre ses mains, et elle l'a détruit… ELLE L'A DÉTRUIT !
Gaïa regarda la cellule qui faisait face à celle de Balthazar. Elle était vide. Elle se laissa donc glisser contre les barreaux, Holmes faisant comme elle, posant sa tête sur ses genoux. Elle regarda Balthazar Baldi.
- Sale peste… Elle n'a rien compris, RIEN ! Elle aurait pu devenir la personne la plus influente du monde, avec MOI !
Gaïa ricana, désabusée. Elle n'en revenait pas. Mais elle savait qu'elle ne serait jamais capable de comprendre le comportement de Balthazar.
Son rire eut le mérite d'attirer l'attention du fou sur elle.
Il releva les yeux. Des yeux injectés de sang.
Jamais elle n'aurait pu croire qu'il puisse être détruit en aussi peu de temps.
C'était certainement la faute de cette folie le rongeant.
- Qu'est-ce que tu fais ici ?! cracha-t-il.
- Je suis venue voir à quoi pouvait ressembler un psychopathe derrière les barreaux.
Il parut se retenir de la frapper. Mais comment aurait-il pu le faire, de toute façon ? Il était derrière les barreaux, n'avait plus aucune baguette, ni aucune force. Selon les guérisseurs de Ste Mangouste, sa consommation du filtre d'immortalité était telle qu'il ne lui faudrait que quelques semaines pour laisser le temps le rattraper, et la Mort, sa si grande amie, viendrait alors lui rendre une visite. La seule et unique visite.
- À cause de toi, je ne serai JAMAIS le Maître de la Mort, gronda-t-il.
Elle haussa les épaules, étendant ses jambes devant elle.
- Tu sais quoi ? Je m'en moque. J'ai fait ce qui me semblait juste. Je crois même que j'ai fait plus. En fait, j'ai fait en sorte que l'ordre naturel des choses reste le même. Tu voulais qu'on domine le monde. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne.
Il lui lança un regard noir, et retourna marmonner dans sa barbe.
Et Gaïa l'observa. Parce qu'elle voulait savourer chacun des éléments tendant à prouver que Balthazar ne pourrait plus jamais lui faire de mal. C'était terminé. Il ne la poursuivrait plus jamais. Mais elle n'allait pas rester inactive pour autant.
- Où tu vas ? demanda-t-il soudainement.
Il faisait allusion à son sac de voyage. Elle l'avait volé à Harry. Elle savait qu'il ne lui en voudrait pas, surtout qu'elle avait laissé un Gallion en dédommagement, même si elle n'avait pas la moindre idée de la valeur initiale du bagage.
- Est-ce que cela t'importe ?
Il ricana.
- Évidemment. Je veux savoir si tu vas…
Il ne termina pas sa phrase. Elle éclata de rire pour le faire taire, amusée par l'espoir qui régnait encore dans la voix de Balthazar.
- Même après tout ce temps, tu crois encore qu'il est possible que j'aille récupérer les fragments de la Baguette pour la reformer ? Tu crois que je peux aller à la recherche des Reliques et te les donner ? Mon pauvre Balthazar, tu n'es pas seulement fou, tu es aussi stupide. Seize ans à me poursuivre, et pourtant, tu ne me connais toujours pas.
Elle riait encore alors qu'elle se levait. Elle reprit son sac, et s'approcha de la cellule.
- C'est fini. Tu es mort, Balthazar. Jamais tu n'auras les Reliques, et jamais tu ne seras immortel. C'est fini, Balthazar. Tu n'es plus qu'un mort en sursis…
Elle se doutait qu'il aurait une réaction violente. Avec une dextérité que son état et son âge ne laissaient pas présager, il se leva, et se jeta sur les barreaux, le regard fou.
- Tu peux me sauver ! Tu peux aller les chercher ! Tu peux accomplir…
Elle secoua la tête.
- Je ne le ferai pas, Balthazar. Je ne ferai rien pour toi, sauf te remercier. Grâce à toi, je sais qui je suis. Et je sais que personne ne va régenter ma vie. J'en fais ce que je veux.
Elle vit le bras de Balthazar passer difficilement à travers les barreaux, mais ne bougea pas d'un centimètre. Il ne l'effrayait pas. Elle n'avait pas peur.
- Tu n'as rien compris pour autant, dit-il dans un éclat de rire. Tu crois que cela fait de toi une personne forte que de partir sans ne rien dire à personne, parce que tu as l'impression de contrôler ta vie, mais c'est faux.
Pitoyablement, il secoua la tête, tandis que Gaïa reculait d'un pas, prête à partir.
- Je n'ai pas prévu de ne rien dire à personne. J'ai encore un arrêt à faire. Mais je ne compte pas m'attarder chez cette personne.
Elle s'éloigna doucement, refusant d'écouter les insultes des anciens hommes de Balthazar.
- Parce que tu crois qu'il va te laisser partir sans rien dire ?! s'esclaffa l'homme. Stupide petite peste !
C'était les dernières paroles sensées qu'il prononça. À nouveau, elle n'entendit plus que des insultes et des paroles vides de logique sortir de la bouche de Balthazar Baldi. Et elle s'en moquait.
Il ne pouvait pas savoir.
Elle descendit les escaliers, et sortit d'Azkaban sans adresser un regard aux deux gardes qu'elle avait déjà croisés.
Elle regarda Holmes, et soupira.
- On fait un dernier arrêt chez James. Et après, je te le promets, nous partons. Loin du passé.
Le chien jappa, et se dressa sur ses pattes arrière, ses pattes avant sur la poitrine de Gaïa. Elle sourit doucement.
- Tu vas être un bon compagnon de route. Tu verras, ça va être génial.
Note d'auteure.
Aaaaand... this is the end. Je sens que plusieurs d'entre vous vont me frapper pour avoir pondu un épilogue de ce style. J'en suis sincèrement désolée, ah ah. Mais non, non, vous n'aurez pas d'happy end entre James et Gaïa. Voilà, voilà, désolée. Enfin, en même temps, ça n'aurait pas été dans l'ambiance de cette fanfiction. Et puis, bon... C'est fait, c'est fait. Bon, je dois tout de même être sincère avec vous ; je sais exactement ce qui se passe après. C'est dans ma tête, et tout ce que vous voulez. Seulement, j'aime l'idée que chacun puisse imaginer la fin et la suite de son propre côté. Alors, je vous laisse imaginer tout ce que vous voulez pour cette histoire, et son futur ;)... Et je serais bien curieuse de les connaître, ces idées sorties de votre imagination !
Dans un ton plus redondant, mais toujours très, très sincère, je vous remercie, lecteurs de FFNet qui me suivez depuis le premier jour de la publication. Et si vous ne me suivez pas depuis le début, je vous remercie aussi très fort ! Que vous laissiez des reviews ou non, que vous soyez ponctuels ou non. Merci d'avoir été là, un petit mail dans la boîte fait toujours plaisir. Parce que je ne suis pas de celles qui vont regarder leurs stats, à vrai dire, donc je ne sais pas combien de lecteurs il y a par chapitre. Mais c'est pas grave. C'est pas ça le plus important. Le plus important, c'est que vous ayez été là, oui, oui !
Bon, ça deviendrait presque trop dégoulinant pour moi...
Je remercie alors une dernière fois DelfineNotPadfoot pour ses corrections, et pour m'avoir supportée.
Et pour terminer, je vous souhaite à tous de continuer une superbe aventure sur FFNet. Et qui sait, peut-être qu'on se recroisera un jour ou l'autre :).
A très vite. Marie Lapiz.
