Bonjour !
Enfin, je vous envoie le troisième chapitre. J'espère qu'il vous plaira. :)
Je remercie Alienor la Fantasque, Lunashura, Suchi-story, Tayame Hatake et Evangeliade pour leurs reviews motivantes.
(Les personnages et l'univers appartiennent à JK Rowling)
Je vous souhaite une bonne lecture. :)
Chapitre 3 ― Mr Urquart et Madame Pince
Minerva s'était figée devant Elphinstone. Il n'aurait pas pu tomber plus mal que ça ! pensa-t-elle. Après avoir avalé sa salive, elle s'adressa à lui d'une voix blanche :
― Monsieur... pourriez-vous attendre un petit moment dans le couloir ? J'ai encore quelque chose à dire à... au professeur McGonagall.
Puis elle referma la porte d'emblée et s'adossa contre le panneau d'un air paniqué.
― Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta Lily. Qui est cet homme ?
Minerva réfléchit à toute vitesse. Enfin, elle sortit sa baguette, lança un sort d'impassibilité à la porte et s'approcha de Lily.
― Pouvez-vous faire exactement ce que je m'apprête à vous demander ? dit-elle.
La crainte luisit dans le regard de Lily.
― Cet homme était mon collègue du temps où je travaillais au Ministère. Il a cru bien faire en venant me rendre visite aujourd'hui, mais vous devez absolument lui faire comprendre que ce n'est pas le moment. Il va vous parler de la lettre qu'il m'a envoyée hier. Dites-lui que si je ne lui ai pas répondu c'est parce que je n'ai pas eu le temps. Insistez sur le fait que je suis très occupée et que...
― C'est un ami à vous ? interrogea Lily.
Minerva prit un certain temps avant de répondre :
― Oui, c'est un ami.
― Un ami du genre une connaissance ou un ami plutôt intime ?
Une fois encore Minerva ne répondit pas tout de suite.
― C'est sans importance, lança-t-elle sèchement.
― Bien sûr que si, insista Lily. Il faut bien que je sache comment m'adresser à lui. On ne parle pas à un ami proche de la même façon qu'on parle à une simple connaissance.
― Adressez-vous à lui froidement, en gardant une expression imperturbable. Vous devez faire en sorte qu'il s'en aille et qu'il... qu'il ne pense plus à revenir.
Lily dévisagea Minerva dont les yeux s'étaient soudain mis à briller. Elle hésita un instant, puis se risqua :
― Est-ce qu'il ne serait pas... heu... amoureux de vous... par hasard ? demanda-t-elle en priant le ciel pour que ce ne soit pas le cas.
Mais lorsqu'elle vit les joues de Minerva s'empourprer, elle constata avec découragement qu'elle avait deviné juste.
― Heu... il..., balbutia Minerva avec malaise. Il a beaucoup d'affection pour moi, en effet...
― Depuis que vous travailliez au Ministère ?
― Oui...
― Mais vous ne l'aimez pas... C'est ça ?
Minerva resta silencieuse. Lily l'observa tandis qu'elle essayait de se redonner contenance en prenant une grande inspiration.
― Est-ce qu'il sait que vous ne l'aimez pas ?
― C'est fini cette interrogation, oui ? s'emporta brusquement Minerva en faisant sursauter Lily. Elphinstone attend à la porte !
― Elphin qui ?
― Elphinstone ! répéta Minerva. Et n'oubliez surtout pas son prénom !
― D'accord, d'accord ! dit Lily en levant les mains à la hauteur des épaules. Pas la peine de crier.
Minerva retourna à la porte et avant d'ouvrir regarda une dernière fois Lily qui se mit à se ronger un ongle.
― Vous avez compris ce qu'il faut que vous fassiez, Miss Evans ?
― Oui, répondit Lily d'une voix nerveuse. Il faut que je reste imperturbable et que je lui dise qu'il doit s'en aller parce que je suis très occupée.
« ... en espérant qu'il n'insiste pas », ajouta-t-elle mentalement, appréhendant le pire. Connaissant la ténacité de James Potter, elle redoutait de devoir affronter un homme appartenant à la même espèce ― surtout si ça faisait des années que cet homme en question courait après le professeur McGonagall.
Minerva hocha la tête.
― C'est exactement ça. Tenez-vous-en qu'à cela et ne le laissez surtout pas parler. Et soyez impérieuse, ajouta-t-elle avec vigueur. Tenez-vous droite et ne rongez pas mes ongles !
― Oui, répondit Lily en retirant aussitôt ses doigts de sa bouche. Je... je vais essayer...
L'estomac de Minerva se contracta. Elle n'avait pas très confiance en son élève. Mais comme elle n'avait pas d'autre choix pour le moment, elle serra les dents et ouvrit la porte en priant pour qu'il n'y ait pas de catastrophe.
Lily retint son souffle au même moment. Dès que Minerva disparut dans le couloir, un grand homme s'avança dans la pièce d'un pas tranquille, une cape ondulant à ses chevilles. Il devait avoir à peu près la soixantaine et, malgré les rides qui creusaient son visage, il avait conservé un certain charme.
― Minerva, dit Elphinstone d'une voix rauque. Tu m'as tellement manquée.
― Je suis désolée, mais vous arrivez au mauvais moment, s'empressa de lancer Lily, aussi froidement qu'elle le put. Je suis très occupée aujourd'hui. Vous feriez mieux de passer un... un autre jour.
Elphinstone acquiesça d'un signe de tête, mais sans conviction.
― Encore le même refrain, à ce que je vois, murmura-t-il. De plus, je remarque que tu as recommencé à me vouvoyer.
Lily essaya de toutes ses forces de rester impassible.
― Monsi... heu... Elapha... Elphinstone, se reprit aussitôt Lily en se maudissant intérieurement d'être aussi anxieuse. Je vous assure que je suis vraiment très indisponible en ce moment.
― Tu es toujours très indisponible.
― Peut-être, mais là, c'est vrai !
Rassemblant toute l'assurance dont elle était capable, Lily s'avança vers la porte restée ouverte, et lui fit impérieusement signe de sortir.
― Allez-y, partez ! dit-elle d'un ton qu'elle espérait sans réplique. De toute façon, vous n'aviez pas reçu mon accord pour venir me voir aujourd'hui. Revenez un autre jour !
Mais Elphinstone refusa de bouger. Son regard s'était obscurci.
― Oui, je sais, je débarque chez toi aujourd'hui sans avoir reçu ton autorisation, dit-il avec un petit rire ironique. Mais vois-tu, Minerva, j'ai appris avec le temps que si je voulais passer un petit moment avec toi, il fallait que je vienne directement le chercher. Autrement, je reste seul chez moi à attendre un signe de vie de ta part qui, en fin de compte, ne vient jamais. Depuis des années, c'est comme ça. J'ai beau être un homme patient, mais...
Il fit un pas vers la porte et la referma. Lily sentit ses entrailles se ratatiner dans son ventre.
― Non... Elphin... Elphinstone...
― Tu ne me chasseras pas, cette fois, Minerva, interrompit-il d'un ton ferme.
Et comme pour manifester sa détermination, il sortit sa baguette et verrouilla la porte. Le déclic se répercuta dans la tête de Lily dont le cœur se mit à tambouriner entre ses côtes.
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Minerva arpentait les couloirs d'un pas pressé en direction de la bibliothèque. Elle espérait de tout cœur de ne pas être interceptée par les amis de Lily, de mettre rapidement la main sur le bon livre et de revenir le plus vite possible à son bureau. Pourvu que Miss Evans parvienne, sans trop de dommage, à renvoyer Elphinstone chez lui.
Puis elle sentit sa gorge se nouer à la pensée que, peut-être, c'était la dernière fois qu'elle voyait Elphinstone. Les larmes menacèrent de lui monter aux yeux, mais elle secoua la tête pour les réprimer. Elle devait rester forte.
Contente de n'avoir rencontré personne sur son chemin à part Remus Lupin qui avait failli la heurter au tournant d'un couloir, Minerva franchit les portes de la bibliothèque et pénétra dans le silence feutré de la salle. Quelques élèves y étaient présents autour des tables, griffonnant des devoirs et feuilletant des livres. Madame Pince, derrière son bureau, sembla profondément absorbée par le gros ouvrage qu'elle lisait. Mais lorsque Minerva passa devant elle pour se rendre à la Réserve, la bibliothécaire leva son nez busqué des pages et lui lança d'une voix grinçante :
― Où croyez-vous aller comme ça, jeune fille ?
Tous les visages se braquèrent sur Minerva qui s'immobilisa devant le cordon séparant les livres interdits du reste de la bibliothèque. Elle se retourna.
― J'allais à la Réserve, bien sûr, répondit-elle sur un ton d'évidence.
― Avez-vous l'autorisation écrite d'un professeur ?
Minerva pinça les lèvres. Elle avait momentanément oublié ce détail.
Fulminant intérieurement, elle revint sur ses pas en calant une mèche de cheveux derrière son oreille et ressortit dans le couloir. Maintenant, il lui fallait retourner à son bureau pour que Miss Evans lui signe une note. C'était humiliant.
Cependant, elle était sur le point d'atteindre le bout du couloir quand elle s'immobilisa brusquement.
« Mais c'est moi le professeur McGonagall ! », se rappela-t-elle avec exaspération.
Elle se passa une main sur le visage pour retrouver ses esprits et fit une seconde fois demi-tour.
Madame Pince eut l'œil méfiant lorsque Minerva rentra dans la bibliothèque. Elle la suivit du regard tandis qu'elle rejoignait la table à l'autre bout de la pièce, où Regulus Black rédigeait des lignes sur un long parchemin, puis replongea lentement son nez dans les pages de son ouvrage.
Minerva la tenait à l'œil également. D'un geste confiant, elle tira la chaise près de l'élève de Serpentard et s'y assit. Plusieurs livres et parchemins recouvraient la table. Minerva s'empara d'un coin de feuille vierge qu'elle déchira et se tourna vers Regulus qui avait cessé d'écrire pour la regarder.
― Prêtez-moi votre plume pour quelques secondes, je vous prie, chuchota-t-elle en tendant la main.
― Pourquoi as-tu déchiré ma feuille ?
― Prêtez-moi votre plume ! répéta-t-elle d'un ton pressant. J'en ai besoin maintenant !
Elle fit un geste pour s'en saisir, mais Regulus s'éloigna sur sa chaise.
― Hé ! C'est ma plume ! s'exclama-t-il à voix basse. Va t'en trouver une autre ailleurs ! Moi, j'en ai besoin ! Et depuis quand tu m'adresses la parole, toi ?
― C'est seulement pour une seconde ! insista Minerva entre ses dents.
Madame Pince releva les yeux de son livre et Minerva laissa retomber sa main sur la table. Après quelques inspirations, elle reprit d'un ton plus aimable :
― Mr Black, puis-je, s'il vous plaît, emprunter votre plume ?
― Fiche le camp !
Le creux de l'estomac de Minerva se mit à bouillir.
― Comment osez-vous ? dit-elle avec lenteur.
Une envie dévastatrice de lui assener un mois de retenue la saisit, mais elle dut se résoudre à se taire pour le moment.
― Très bien, murmura-t-elle d'une voix tremblotante de colère. Vous l'aurez voulu. Votre attitude impertinente sera dénoncée, Mr Black. Et je vous promets que vous en subirez les conséquences.
― Non mais casse-toi, sale Sang-de-Bourbe ! s'agaça Regulus. Tu ne vois pas que j'essaie de terminer mon devoir ? Je ne sais pas à quoi tu joues avec tes manières ampoulées, mais, là, il me reste moins d'une heure avant que les cours commencent, alors, du balai ! Va voir ailleurs si j'y suis !
― Je ne permets pas qu'on me parle sur ce ton, Black ! répliqua Minerva en s'évertuant à ne pas crier. Surveillez votre langage ! Par ailleurs, sachez que vous aviez eu presque deux semaines pour rédiger cette dissertation sur la métamorphose humaine. Vous n'avez donc aucune raison de vous retrouver à la dernière minute. Vous devriez sérieusement revoir l'organisation de votre temps, Mr Black.
Elle se leva en faisant racler les pieds de sa chaise sur le sol.
― Maintenant, puisque vous ne voulez pas coopérer...
― C'est ça, va te faire mettre, Evans ! cracha Regulus en lui jetant un regard haineux.
Au moment où Minerva fut sur le point de se jeter sur lui pour l'étrangler, elle aperçut Madame Pince la transpercer d'un œil menaçant. Alors elle poussa un long soupir pour se calmer et tourna les talons avec raideur.
Au-dessus de l'entrée de la bibliothèque, la grosse horloge lui indiquait qu'elle avait déjà perdu trop de temps. Chaque minute comptait si elle voulait trouver le contre-maléfice avant l'heure de son premier cours. Elle se dirigea alors vers une autre table occupée par un jeune couple de Poufsouffle et s'adressa aux deux élèves le plus gentiment possible, bien que son sourire lui donnât l'air d'avoir attrapé le tétanos :
― Je peux vous emprunter une plume, quelques secondes, s'il vous plaît ?
Les deux élèves échangèrent un regard curieux.
― Heu... oui, répondit la jeune fille en lui tendant une plume blanche. Bien sûr.
Satisfaite, Minerva défroissa le morceau de papier qu'elle avait serré dans son poing et se pencha au bout de la table avec la plume, en rejetant ses cheveux d'un côté. Cachant ses mots d'une main, elle inscrivit à la hâte :
J'autorise Miss Lily Evans à faire des recherches à la Réserve.
M. McGonagall
Puis elle rendit la plume à la jeune fille en la remerciant. Elle s'approcha ensuite du bureau de Madame Pince qui l'observait toujours avec méfiance par-dessus son livre, mais au moment où elle s'apprêtait à lui montrer son bout de feuille, une voix étouffée s'éleva dans son dos :
― Lily !
Minerva fit volte-face. C'était Mary Macdonald.
― Enfin, je te retrouve ! chuchota-t-elle en l'agrippant par le bras. Viens dans le couloir, il faut qu'on se parle. C'est Lupin qui m'a dit que tu te trouvais à la bibliothèque.
― Non, attendez, je...
― C'est vraiment trop louche ce qui s'est passé ce matin, poursuivit Mary en la forçant à franchir les portes. Je sais que tu as eu une nuit mouvementée, mais de là à te retrouver somnambule...
― Écoutez, Miss Macdonald, je n'ai pas de temps ! s'exclama Minerva en dégageant son bras d'un coup de coude. Je suis pressée !
Mary s'arrêta dans le couloir et regarda Minerva d'un air étonné.
― Miss Macdonald ? répéta-t-elle. Décidément, toi, tu ne vas pas bien du tout. Depuis quand tu m'appelles Miss Macdonald ?
Minerva soupira en fermant les yeux. Lorsqu'elle les rouvrit, elle dit en retrouvant de son flegme :
― Je sais que je suis étrange depuis ce matin. Mais je dois effectuer des recherches urgentes à la bibliothèque alors, pour l'instant, il faut me laisser tranquille ! Je reviendrai vous... te voir tout à l'heure, d'accord ?
Mary haussa les sourcils.
― Des recherches urgentes ? Sur quel sujet ? Est-ce que ça a un rapport avec ce que tu n'es pas ?
― Je reviens tout à l'heure, répéta Minerva d'un ton ferme.
Et elle retourna pousser les grandes portes, sous le regard hébété de Mary.
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Elphinstone s'avançait lentement vers Lily qui reculait vers le bureau.
― Écoutez, je... Quand je dis que je n'ai pas le temps aujourd'hui...
― Tu as bien vingt minutes à m'accorder ? coupa Elphinstone d'un ton insistant. Il faut qu'on parle, Minerva.
― Non ! Je ne veux pas parler, je veux que vous partiez !
― Je ne partirai pas avant d'avoir dit tout ce que j'ai à te dire !
― Et moi, je vous dis que je n'ai pas envie d'entendre tout ce que vous avez à me dire !
― Minerva, cesse de te défiler, gronda Elphinstone. Ce n'est pas en me fuyant que tu...
― Je ne fuis pas, je demande seulement à ce que vous reveniez un autre jour ! s'écria Lily, affolée. Vous ne voyez pas que je n'ai aucune envie de vous voir, là ? Partez ! Partez, merde !
Elphinstone s'arrêta alors devant Lily qui regretta de ne pas avoir sa baguette magique sur elle. Une redoutable expression de colère était apparue sur le visage d'Elphinstone.
― Minerva, nous devons cesser de nous faire souffrir ! Même toi, tu es en train de devenir folle, ça se voit.
― Peut-être, mais je ne veux pas parler aujourd'hui... S'il vous plaît, allez-vous-en et revenez un autre jour...
― J'ai assez attendu ! s'écria Elphinstone.
Lily tressaillit en faisant plusieurs pas en arrière et s'accula contre le bureau.
― Comment peux-tu me demander de patienter encore, après tout ce temps ? Tu ne penses pas que cela a assez duré ? Que seize ans ont été suffisants ?
― Seize ans ? répéta Lily, stupéfaite.
― Oui, Minerva, je compte les années passées à t'attendre, comme tu dois t'en douter.
Lily se trouva bouche bée, si impressionnée qu'elle oublia momentanément de camoufler ses émotions.
― Wouaoh ! souffla-t-elle. Et vous n'avez jamais abandonné. Vous devez vraiment être amoureux.
― Mais oui, Minerva, je suis fou amoureux de toi, qu'est-ce que tu crois ? s'exclama Elphinstone en s'approchant un peu plus de Lily qui se heurta le bas du dos sur le bord du bureau. Tu occupes toutes mes pensées. Et c'est encore pire depuis que je suis à la retraite. Je ne me suis jamais senti aussi seul.
Il marqua une pause, le temps de contempler Lily qui le fixait d'un air pétrifié, puis reprit d'une voix chagrinée :
― Bien sûr, tout ce que je veux, c'est que tu sois heureuse. Si tu ne veux toujours pas m'épouser, je respecterai tes choix. Comme d'habitude. Pourtant, je sais que ça te déchire chaque fois que tu te sens obligée de décliner ma demande en mariage.
Ses yeux gris s'étaient humidifiés, mais il ne pleura pas.
― Notre amour est réciproque, Minerva. Pourquoi faut-il continuer à nous torturer ? Combien de temps te faudra-t-il encore pour réussir à mettre de l'ordre dans tes sentiments ?
― Oh... la... vache..., murmura Lily, les yeux exorbités. Elle est à ce point... je veux dire... je suis si coincée que ça ? Mais c'est quoi mon problème ? L'amour n'est pas mon fort, c'est ça ?
Elphinstone la dévisagea d'un air surpris, puis éclata de rire.
― J'ai toujours aimé ton sens de l'humour, Minerva.
Il avança sa main pour lui caresser la joue, mais Lily arrêta aussitôt son geste.
― Je... heu..., balbutia-t-elle en s'embrasant, ce n'est pas vraiment... le bon moment...
Puis elle ajouta dans un murmure pour elle-même :
― Eh merde...
Mal à l'aise, elle se décala sur le côté en fuyant le regard d'Elphinstone, longeant le bord du bureau, puis s'arrêta à l'extrémité de la table, à une distance respectable.
― Tu es belle quand tu rougis comme ça, Minerva, lança Elphinstone. Et j'ai l'impression que plus tu me fuis, plus je te désire.
Les battements de cœur de Lily s'accélérèrent. Gardant les yeux sur le sol, elle libéra nerveusement une mèche de son chignon, qu'elle se mit à tortiller entre ses doigts.
― Ah oui ? dit-elle d'une voix anxieuse. Ah... c'est... c'est chouette...
― J'ai envie de t'embrasser...
Lily se sentit de plus en plus mal à l'aise. Jetant un furtif coup d'œil à l'horloge sur le manteau de la cheminée, elle implora Merlin pour que le professeur McGonagall revienne vite.
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Madame Pince fut très sceptique lorsque Minerva lui présenta sa note d'autorisation.
― Des recherches à la Réserve ? lut-elle en fronçant le nez. Des recherches ?
― Oui, c'est ça, des recherches, affirma Minerva avec impatience. Le professeur McGonagall a jugé que j'étais une élève assez fiable pour me permettre des recherches à la Réserve.
Mais Madame Pince n'avait pas du tout l'air convaincue. Elle examina attentivement le bout de papier, puis le tapota du bout de sa baguette comme pour vérifier qu'il ne s'agissait pas d'un faux.
― Eh bien, vous voyez bien qu'il est authentique ! dit Minerva dont les doigts pianotaient sur le bord du bureau. Je peux y aller, maintenant ? Je n'ai pas beaucoup de temps.
― Soit, allez-y, dit enfin Madame Pince en glissant le morceau de feuille dans sa poche. Mais c'est bien la première fois qu'un professeur autorise un élève à feuilleter tout seul et librement les ouvrages de la Réserve...
Minerva ne perdit pas une seconde de plus et se dirigea tout droit vers le cordon qui interdisait l'accès aux livres dangereux. Dix minutes plus tard, assise à une petite table branlante entre deux étagères de la Réserve, entourée par de hautes piles d'ouvrages qui exhalaient l'odeur du moisi, Minerva n'avait encore trouvé aucune information concernant une quelconque pierre noire ni aucun maléfice permettant d'interchanger l'esprit de deux corps.
― Je peux te demander ce que tu fais ?
Minerva sursauta violemment sur sa chaise en poussant un petit cri.
― Potter ! s'exclama-t-elle d'une voix étouffée. Mais qu'est-ce que vous faites là ? Il vous faut l'autorisation écrite d'un professeur pour avoir accès à la Réserve ! Sortez d'ici immédiatement !
Mais James s'approcha d'elle d'un air désinvolte et se laissa tomber sur la chaise à côté d'elle.
― Et toi ? chuchota-t-il en se saisissant d'un livre dont la couverture était piquetée de taches sombres. Tu n'as pas plus l'autorisation que moi. Comment t'es-tu débrouillée pour entrer ici quand même ?
― J'ai une autorisation, rétorqua Minerva en lui reprenant le livre des mains. C'est le professeur McGonagall qui m'en a donné une.
― Ah bon, c'était donc pour ça, le sort de confusion.
Minerva regarda James d'un air surpris.
― Tes amies viennent de tout me raconter, expliqua-t-il. Je ne te pensais pas comme ça, Lily. Et tu me plais de plus en plus, tu sais.
Il eut un sourire insolent et Minerva dut se faire violence pour ravaler sa réplique.
― D'accord, admit-elle à voix basse, résignée à ne pas détruire le plan qu'elles avaient convenu, elle et Lily. J'ai utilisé un sort de confusion sur le professeur McGonagall ― mais c'était très impudent de ma part ! s'empressa-t-elle d'ajouter devant l'air admiratif de James. Le professeur McGonagall a eu raison de m'enlever des points.
― Et tu as eu de la chance que McGo ne t'ait pas collé un mois de retenues. Ton prétendu somnambulisme a été efficace, j'imagine.
― Le professeur McGonagall ! rectifia Minerva, insultée. Et d'ailleurs, comment avez-vous fait pour venir jusqu'ici sans vous faire prendre par Madame Pince ?
Les yeux de James étincelèrent de suffisance derrière ses lunettes.
― Ah, Lily..., susurra-t-il en s'ébouriffant les cheveux d'une main. Si tu savais toutes les choses que j'arrive à faire dans ce château sans me faire prendre. Un jour, je te raconterai tous mes secrets...
Minerva crispa les doigts sur la table. Ce Potter était encore plus effronté qu'elle le croyait.
― Au fait, reprit James, pourquoi tu t'amuses à me vouvoyer, Lily ? Déjà que je n'ai jamais eu le loisir d'entendre mon prénom sortir de ta bouche devant moi... J'imagine que c'est ta façon de me montrer que tu es toujours en colère contre moi ?
― Oui, c'est ça, votre impertinence me choque au plus haut point ! cracha Minerva en tournant sèchement la page du livre devant elle. Maintenant, ayez l'obligeance de me laisser tranquille ! J'ai du travail !
James éclata d'un rire incrédule.
― Mais c'est quoi cette façon de parler ? On dirait la vieille chouette.
― Pardon ?
― Écoute, Lily, reprit James plus sérieusement, je suis vraiment désolé pour ce qui s'est passé hier. Mais je vais me racheter. Nous irons à cette fête ensemble, coûte que coûte, et ce n'est pas cette vieille McGo irascible qui nous l'empêchera. J'irai la voir ce matin pour tenter de la raisonner. Et si ça ne marche pas, je prendrai les grands moyens. J'ai déjà envoyé Peter chercher une fiole de Polynectar dans l'armoire de Slughorn. Il me restera juste à convaincre Remus de faire ma retenue à ma place.
― Mais c'est vraiment..., commença Minerva qui ne parvint pas à dire un mot de plus, tant le culot de James la révoltait.
― Oui, je sais, Lily, il n'y a rien que je ne ferai pas pour toi, murmura James.
Il allongea ses doigts pour lui effleurer le visage, mais Minerva lui empoigna brusquement le poignet.
― Ne me touchez pas !
James cligna des yeux avant d'émettre un petit rire moqueur.
― Je n'ai pas oublié comment tu m'as regardé hier, Lily, avant que Rogue nous empêche d'aller plus loin, chuchota-t-il. Maintenant, tu ne peux plus me mentir. Je sais très bien ce que tu ressens pour moi.
Et il se pencha vers les lèvres de Minerva qui s'éloigna si vivement qu'elle tomba en bas de sa chaise dans un grand bruit. Lorsqu'elle se releva, les cheveux devant le visage, elle s'empressa de sortir sa baguette qu'elle pointa droit sur lui afin de le tenir à distance. Mais James ne sembla pas intimidé. Il éclata même de rire.
― Lily, tu es ridicule...
― Qu'est-ce qui se passe ici ? grinça soudain une voix.
Le cœur de Minerva fit un bond dans sa poitrine. Elle tourna la tête en balayant sa chevelure épaisse et vit Madame Pince apparaître au bout de l'allée entre les étagères.
― Tout va bien ? interrogea-t-elle d'un air soupçonneux. J'ai entendu du bruit. Pourquoi avez-vous sorti votre baguette ?
― C'est parce que Po..., commença Minerva.
Mais elle s'interrompit lorsqu'elle s'aperçut que James avait disparu comme dans un coup de vent.
― Mais où est-il ? demanda-t-elle en jetant des coups d'œil alentour. Il était là, à peine une seconde passée !
― Qui ça ?
― Potter ! Il ne peut quand même pas avoir transplané, ce serait impossible !
Madame Pince observa alors Minerva d'un air inquiet.
― Je savais que ce n'était pas une bonne idée de permettre un élève de faire des recherches tout seul à la Réserve. Certains grimoires font perdre la tête à ceux qui n'ont pas suffisamment d'expertise afin de les manier correctement. Vous avez dû tomber sur l'un de ces ouvrages.
― J'ai parfaitement toute ma tête, répliqua Minerva en rangeant sa baguette dans sa poche. Potter était bien ici...
― Aucun élève autre que vous n'est entré ici, coupa Madame Pince. Maintenant, ça suffit. Je ne peux pas vous laisser une minute de plus dans cet endroit. Retournez à votre salle commune, jeune fille. C'est tout le temps que je peux vous allouer. De toute façon, les cours sont sur le point de commencer.
― Mais..., protesta Minerva.
― Et en silence, je vous prie ! interrompit Madame Pince d'un air sévère.
Maudissant Potter et la bibliothécaire qu'elle n'aurait jamais pensé détester un jour, Minerva repoussa la chaise devant elle d'un coup de pied furieux, fit le tour de la table encombrée de livres et alla enjamber le cordon au bout de l'allée. Un bruit sourd lui palpitait dans les oreilles.
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Lily tortillait vigoureusement la mèche de cheveux noirs entre ses doigts. Elphinstone s'était rapproché d'elle et l'observait avec une tendresse affolante. Lily n'osait pas tourner les yeux vers les siens.
― Ton travail est toute ta vie, Minerva, disait-il doucement. C'est ça, ton problème. Tu ne laisses aucune place à l'amour. Tu as peur de ne pas parvenir à me rendre heureux si tu t'abandonnais à moi, mais c'est en faisant le contraire que tu me rends malheureux, Minerva... Et en retour, tu te fais du mal également...
Il garda le silence un moment, puis effleura le cou de Lily du dos d'un doigt. Lily se raidit en gardant le regard fixé sur ses pieds.
― Je sais que tu aimerais t'abandonner, Minerva, poursuivit-il. Ça se sent. Je l'ai toujours senti. Mais tes priorités sur ta carrière d'enseignement te retiennent. Tu ne veux pas te laisser atteindre par les émotions... à moins qu'il ne s'agisse d'une tout autre raison ?
Il attendit une réponse de la part de sa bien-aimée, mais Lily ne fit que hausser les épaules, toujours en évitant de le regarder, ses cheveux entremêlés étroitement dans sa main.
― Minerva, reprit Elphinstone avec gravité. Est-ce qu'il y a une autre raison ?
Et comme Lily restait toujours figée contre lui, il l'agrippa par les épaules et la força à le regarder dans les yeux.
― Minerva, parle-moi ! Est-ce qu'il y a une autre raison qui t'empêche de m'épouser ?
― Je ne sais pas ! s'écria Lily, le corps tremblant. Je n'en sais rien !
― Si, tu en sais quelque chose, répliqua Elphinstone en la secouant un peu. Sinon tu ne paraîtrais pas aussi troublée. C'est quoi ? Qu'est-ce que tu me caches, Minerva ?
La respiration de Lily devint saccadée. Elle ne savait plus quoi faire pour se libérer de la situation. Elle avait même envie de pleurer. Elle était désespérée quand, soudain, une idée géniale illumina son cerveau.
― Revenez ce soir ! déclara-t-elle avec un peu trop de fougue. Oui, c'est ça, reve... reviens ce soir, Elphinstone, et je t'expliquerai tout. Là, maintenant, j'ai un cours qui commence bientôt, mais ce soir, j'aurai du temps. Je te donnerai tout mon temps ! Bien sûr, poursuivit-elle avec un imperceptible sourire en coin, je donne une retenue à partir de huit heures, mais je vais la reporter un autre soir, il n'y a aucun problème. Il est temps que j'arrête de me défiler et que je m'explique, une bonne fois pour toutes. Je n'ai quand même pas envie de rester vieille fille, quand même, non ? À moins que j'aie fait le vœu de chasteté... ?
― Tu es sérieuse ? dit Elphinstone, ému, les yeux brillants. Tu me donnes vraiment rendez-vous ce soir ? Chez toi ? Et on pourra rester ensemble toute la nuit ?
― Oui ! affirma Lily. Absolument ! Toute la nuit !
― Oh, Minerva...
Il approcha sa bouche de la sienne, mais Lily, avec un petit cri de panique, tourna la tête à temps et il l'embrassa passionnément sur la joue.
― Non... non, non, non, gémit Lily, coincée dans ses bras, entre le bureau et lui. Non, pas ici... pas là... pas maintenant... non...
Il y eut soudain un déclic et la porte s'ouvrit à la volée. Dans un sursaut, Elphinstone s'éloigna de Lily et pivota sur ses talons.
Minerva se tenait dans l'encadrement, les yeux ronds, médusée. Sa baguette magique tomba sur le sol avec un bruit sourd.
Merci d'avoir lu ! Je vous fais des gros bisous ! :)
