Je suis émue par vos reviews : Senslo, Alienor la Fantasque, Tayame Hatake, Piichi21, Lunashura, Suchi-story... Tant de mots encourageants ! Et cela même malgré mon avertissement. Je suis tellement touchée de savoir que vous continuerez à me lire malgré toutes les horreurs que je pourrais écrire par la suite. Ça n'empêche pas que je suis toujours angoissée, mais au moins, je suis motivée. Je vous aime beaucoup, mes lecteurs. :')

(Les personnages et l'univers appartiennent à JK Rowling)

Je vous souhaite une bonne lecture !


Chapitre 7 — Coups de griffes et de tiges épineuses

― Mulciber et Avery ont fait quoi ? couina Lily, livide.

― Ils seront renvoyés, Miss Evans, comptez sur moi.

Lily recula d'un pas vacillant et tomba dans le fauteuil devant le bureau, une main sur la tempe.

― Je savais qu'ils étaient immondes, malintentionnés, souffla-t-elle, mais de là à...

― Ils seront renvoyés, répéta Minerva d'un ton ferme. Mais en attendant, j'ai laissé Mulciber là-bas, dans cette salle de classe dont la porte a été insonorisée. Je veux que vous vous y rendiez pour l'interroger. À moi, il ne veut rien me dire. Mais à vous...

― Et s'il ne parle pas ?

― Il parlera, assura Minerva. Il tentera sûrement de vous convaincre de son innocence, mais contentez-vous de lui soutirer des informations sur la pierre. C'est cela qui importe.

Lily jouait nerveusement avec la mèche noire qu'elle venait de tirer de son chignon.

― Et après l'avoir interrogé, dit-elle d'une petite voix incertaine, je le laisse là ?

― Où ça ?

― Eh bien, attaché sur le bureau. Je le laisse là ?

― Absolument pas ! À quoi pensiez-vous ? Vous n'aviez tout de même pas l'intention de le questionner sans le détacher. Un professeur n'agit pas ainsi avec un élève. C'est ici, dans mon bureau, que vous allez l'interroger, évidemment.

― Mais... et s'il décidait de me violer ? gémit Lily d'un air effrayé.

Minerva baissa la tête comme si elle la regardait par-dessus des lunettes invisibles.

― J'espère que vous ne pensez pas vraiment à ce que vous venez de dire...

Lily rougit et serra sa mèche plus étroitement entre ses doigts.

― Heu... non, je... enfin..., balbutia-t-elle.

― Bien, reprit Minerva. Alors, comme je le disais, vous irez voir Mulciber. Mais comme les cours sont sur le point de recommencer, il va falloir le faire attendre un peu. Vous irez ce midi.

Minerva contourna son bureau et ouvrit un tiroir.

― Tenez, dit-elle en ressortant une pile de parchemins. Ce sont les devoirs corrigés de mes sixième année. Vous demanderez à un élève de la classe de les distribuer à votre place. Vous récupérerez aussi les dissertations sur la métamorphose humaine que je leur avais demandées la semaine dernière.

― Vous voulez dire que je vais encore devoir enseigner ? dit Lily, affligée.

― Vous avez découvert le contre-sort pour nous rendre nos corps respectifs, peut-être ? répliqua Minerva en haussant les sourcils. Non ? Eh bien, malheureusement, nous sommes bien obligés de continuer notre jeu de comédie. Je suppose que vous vous êtes plutôt bien débrouillée ce matin avec les troisième année ?

Lily détourna les yeux.

― Moui, pas trop mal, mentit-elle en pensant à la gerbille qui devait se trouver encore sous l'armoire de la classe.

― Alors il n'en sera pas plus difficile avec les sixième année. Vous vous souvenez sans doute des sortilèges de transformation humaine que vous avez appris l'an passé ?

Lily déglutit.

― Je n'étais pas très habile avec ça...

― Mais si, encouragea Minerva. Vous avez très bien su passer vos examens, je m'en rappelle.

― C'était un coup de chance...

Elles s'observèrent pendant un moment. Lily froissait le coin d'un des parchemins qu'elle tenait dans ses bras.

― De toute façon, reprit Minerva d'un ton résolu, en s'avançant vers Lily pour lui refaire le chignon, vous n'aurez qu'à répartir les élèves par groupe de deux et leur demander de poursuivre leurs exercices de la semaine dernière. Vous n'aurez pas besoin de leur faire une démonstration du sortilège. Ils s'en souviendront. Contentez-vous de circuler parmi les tables et de les conseiller du mieux que vous pouvez.

― C'est quoi les exercices de la semaine dernière ? demanda Lily, la tête ballottée en arrière alors que Minerva s'affairait sur ses cheveux.

― Métamorphoser un être humain en chimpanzé. La plupart des étudiants en sont parvenus à un résultat concluant, d'autres ont éprouvé plus de difficulté, mais ils ont néanmoins compris l'essentiel du sortilège. Cette fois-ci, vous leur proposerez la loutre, qui est un mammifère beaucoup plus éloigné de l'être humain que le singe, donc beaucoup plus complexe à obtenir. Des questions ? demanda-t-elle en terminant de la coiffer.

― Heu... non... je crois que ça va aller...

― Bien, dit Minerva en se dirigeant vers la porte. Le temps file et je dois me rendre à la salle commune afin de chercher vos affaires avant que la cloche sonne. Ce sera la botanique, c'est ça ?

― Oui, répondit Lily en se levant lentement. J'ai un cours de botanique dans quelques minutes.

― Avec les Poufsouffle ?

― Oui...

Naturellement, pensa Minerva en se souvenant du truc du professeur Chourave qui consistait à ne pas jumeler les deux maisons rivales de Poudlard dans un même cours afin d'éviter les ennuis. Elle aurait aimé interroger Rogue à nouveau, mais, tant pis. De toute façon, les choses étaient sur le point de s'arranger.

― N'oubliez pas d'aller questionner Mulciber ce midi, rappela Minerva en tournant la poignée. Il est temps que cette plaisanterie prenne fin. Oh, et puis...

Elle se retourna soudain et fixa Lily droit dans les yeux.

― Si Potter vient vous voir pour vous demander de reporter sa retenue, refusez ! Il est hors de question qu'il échappe à sa sentence ! C'est entendu ?

― Oui, dit sombrement Lily.

Et Minerva sortit.

.

― Je n'arrive toujours pas à croire que tu vas sortir avec Très-Long-Nez ce soir ! répétait Sirius tandis que les quatre amis arpentaient les couloirs en direction des serres. Tu es vraiment tombé sur la plus nulle des filles qui, en plus, manque sérieusement d'équilibre mental ! C'est une demeurée ! Elle n'arrête pas de nous prédire à tous une mort prématurée, comme si une fin du monde nous guettait. Que des conneries ! Je n'ose imaginer ce qu'on dira de toi lorsqu'on te verra à ses côtés...

― Eh bien, fais-toi à l'idée, Patmol ! répliqua Remus, irrité. Je te l'ai dit cent fois : elle était désespérée et j'ai voulu être gentil avec elle. Elle n'est pas si stupide, quand même. Et puis cesse de l'appeler Très-Long-Nez ! J'avais envie d'aller à la fête, moi aussi, et puisque l'occasion se présentait...

― Oui, mais là, à cause de toi, c'est moi qui ne pourrai plus y aller, reprocha James en réajustant la courroie de son sac sur son épaule. McGonagall ne voudra jamais reporter ma retenue et tu savais à quel point cette fête était importante pour moi ! La première fois ! C'est la première fois que Lily Evans me dit oui et là, tout foire !

― Mais je peux boire le Polynectar, moi, intervint Peter d'une voix couinante.

Mais personne ne lui accorda d'attention.

― Tu es allée la voir, au moins ? demanda Remus, les sourcils légèrement froncés.

― Pour quoi faire ? dit James d'un ton déprimé. Elle ne voudra jamais...

― Tu ne le sauras pas si tu ne tentes pas au moins ta chance, gronda Remus tandis qu'une bande de Serpentard les bousculait en sens inverse et que Sirius leur brandissait le poing. Vas-y. On passe justement devant la salle de métamorphose. Mets-y tout ton cœur et elle acceptera peut-être.

― En fait, dit Sirius qui prit soudain des airs d'expert, quand on veut obtenir quelque chose d'une femme, il faut savoir user des techniques infaillibles de la séduction.

― Patmol, soupira Remus en roulant les yeux.

― Mais c'est vrai ! affirma Sirius.

Ils s'arrêtèrent devant les portes de la salle de métamorphose, où des élèves de sixième année entraient par petits groupes, et Sirius regarda James en lui prenant les épaules.

― Écoute bien mes conseils, vieux, dit-il avec sérieux, et je te garantis que tu obtiendras une réponse positive de la part de McGonagall.

James acquiesça, mais resta sceptique.

― Tu vas entrer dans la classe, te diriger tout droit vers son bureau et lui dire que tu as quelque chose à lui demander. Et tout en lui disant ça, essaie de rester décontracté. Regarde-la dans les yeux et souris discrètement. Tu sais, ce petit sourire sexy qui fait craquer les filles... ?

― C'est ça, et elle me trouvera très effronté, répondit James en hochant la tête. Franchement, Patmol, tu es peut-être très habile avec les filles, mais avec une femme comme le professeur McGonagall...

― Je peux absolument séduire n'importe qui ! protesta Sirius d'un air digne.

― C'est ça, répéta James avec amusement. Dans ce cas, j'aimerais bien te voir avec elle...

Il éclata de rire et se tourna vers Remus et Peter.

― C'est bon, allez-y, dit-il. Je vous rejoindrai aux serres. Je vais tenter ma chance auprès de McGonagall, bien que je doute qu'elle accepte ma demande, mais je vais essayer de rester... décontracté, comme dit Patmol, et j'afficherai le petit sourire en prime, s'il le faut. On verra alors si ça marche vraiment avec toutes les femmes.

Il lança un regard moqueur à Sirius qui sourit pour l'encourager, puis se faufila parmi les sixième année qui entraient dans la classe.

.

Lily se tenait droite derrière le bureau professoral pendant que les élèves, dans un tumulte de conversations, prenaient leur place devant elle. Elle essayait de garder une expression sévère et confiante, digne du professeur McGonagall, mais dès qu'elle vit James s'avancer vers elle entre les travées, elle sentit ses jambes flancher sous son poids. Elle se laissa tomber aussitôt sur sa chaise au même moment où la voix de Regulus Black retentissait dans le dernier rang :

― Hé, Potter, qu'est-ce que tu fiches ici ?

― Pas de tes oignons ! répliqua James du bout des lèvres.

Il s'arrêta devant le bureau en passant une main dans ses cheveux et plongea un regard brûlant dans celui de Lily qui eut l'impression de se liquéfier sur place. Néanmoins, malgré son teint qui tourna au rose vif, elle ne laissa rien paraître de son malaise. Elle adopta instinctivement un air hautain et dit d'une voix froide :

― Qu'est-ce que vous voulez, Potter ?

― Eh bien, dit James à voix basse pour ne pas être entendu par les curieux derrière lui. C'est au sujet de ma retenue...

― Vous désirez la reporter ?

James eut alors un sourire craquant. Si Lily ne s'était pas retenue, elle serait passée par-dessus le bureau, l'aurait empoigné par le collet et l'aurait embrassé à pleine bouche.

― C'est ça, oui, répondit James d'une voix suave. Je sais que j'ai agi en parfait crétin, mais... vous comprenez... je vous demande une faveur...

Puis il se caressa la nuque d'un geste terriblement sexy en attendant sa réponse. Lily, dont les yeux avaient un instant descendu sur ses lèvres, les ramena aussitôt dans les siens.

― N-non, je ne peux pas, Potter, dit-elle enfin. Je suis désolée...

― Même pas si je suis prêt à passer une semaine en retenue pour avoir ce soir libre ? dit précipitamment James.

Lily secoua la tête, le cœur serré.

― Non...

― Un mois alors ! relança James en se penchant vers elle, les mains plaquées sur le bureau. Professeur, rien que pour avoir la possibilité d'aller à cette fête, je vous offre tous mes soirs du mois !

― Tous tes soirs du mois ? s'exclama Lily en oubliant momentanément de le vouvoyer. Tu es prêt à sacrifier tous tes soirs du mois juste pour passer une soirée avec Lily ?

― Oui, professeur, tous mes soirs du mois, confirma James, quelque peu interloqué par la réaction du professeur McGonagall. En fait, il n'y a rien que je ne ferai pas pour cette fille. Je peux même me mettre à genoux devant vous et vous supplier, si vous voulez.

Lily éclata d'un rire nerveux et, tout à coup, elle dut déployer un effort colossal pour s'empêcher de rougir violemment devant le regard de James, qui s'était fait soudain plus intense derrière ses lunettes.

― Alors ? dit-il tandis que Regulus Black, l'air mauvais, glissait quelques mots dans l'oreille de Gibbon, son ami Serpentard à côté de lui. Est-ce que vous acceptez de me libérer pour ce soir, professeur ? S'il vous plaît ?

Lily ouvrit la bouche, la referma, puis l'ouvrit à nouveau.

― Je... enfin..., hésita-t-elle.

Elle prit une profonde respiration, puis répondit enfin :

― Je vais voir ce que je peux faire.

James n'aurait pas eu une expression différente si on lui avait annoncé que Noël arrivait avec plusieurs mois d'avance.

― Oh, merci, professeur, merci beaucoup, vous... vous êtes vraiment...

― Je n'ai pas dit que j'acceptais, tempéra Lily pour l'empêcher de se faire de faux espoirs. J'ai dit que j'allais voir ce que je peux faire. Revenez me voir... disons... juste après le déjeuner.

D'ici là, elle aurait découvert l'antisort pour retrouver son corps et elle parviendrait bien à persuader le professeur McGonagall de lui donner enfin cette chance de sortir avec James, espéra-t-elle.

James acquiesça en souriant et s'en retourna d'un pas allègre. Mais avant qu'il ne franchisse la porte, il trébucha et s'étala par terre de tout son long. Lily se leva d'un bond et tous les élèves éclatèrent de rire, Regulus et Gibbon les premiers. Lily remarqua alors que Regulus avait sorti sa baguette. Il l'avait dissimulée sous sa table, mais des étincelles s'en échappaient encore, la trahissant.

― J'enlève vingt points à Serpentard, Black ! déclara-t-elle de son ton le plus incisif et le silence se fit aussitôt.

― Hé, mais ce n'est pas moi qui...

― Taisez-vous ! interrompit Lily. Sinon, j'enlève d'autres points à votre maison.

James se remit debout, jeta un regard narquois à Regulus et sortit de la classe en adressant un nouveau sourire à Lily.

Lily fut tentée de lui rendre son sourire, mais se ravisa.

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Minerva prit place devant l'une des plantes hérissées de piques ambrés qui constituaient le sujet d'étude du trimestre et enfila les gants de protection de Lily.

― Alors comme ça, Mulciber a vraiment essayé de te lancer un sortilège Impardonnable ? dit Mary, scandalisée.

Puisqu'elle et Alice n'avaient cessé de bombarder Minerva de questions alors qu'elles se rendaient dans les serres, Minerva avait dû se résoudre à leur raconter en surface ce qui s'était passé.

― En tout cas, tu as bien fait d'en parler au professeur McGonagall.

― Par contre, si tu n'as pas de preuve, je doute qu'elle puisse le renvoyer, dit Alice qui ajustait ses lunettes protectrices sur son visage. J'espère au moins qu'elle le surveillera de près, à l'avenir.

― Elle le renverra, certifia Minerva en tournant brusquement les pages de son manuel de botanique. Lui et son ami Avery ! Les élèves qui s'amusent à martyriser leurs camarades de classe n'ont pas leur place à Poudlard. Comment s'appelle cette plante, déjà ?

― Kicticus Gorloff, répondit Alice. C'est à la page 124.

― Ce serait merveilleux s'ils pouvaient être renvoyés, dit Mary en se saisissant d'une paire de pinces. Comme ça, je ne craindrais plus de les voir surgir sur moi à chaque fois que je descends dans les cachots.

― Ils ne vous... t'ont pas..., hésita Minerva d'un air inquiet, en la regardant derrière les lunettes protectrice de Lily.

Mais elle ne sut pas si Mulciber et Avery avaient déjà agressé Mary Macdonald auparavant, car à ce moment-là, le professeur Chourave passa près de leur table et leur intima de se taire.

― Trêve de bavardage, vous trois ! lança-t-elle vivement, son chapeau en équilibre précaire sur ses cheveux en bataille. Dépêchez-vous de commencer. Là-bas, ils ont déjà dépouillé leur Kicticus Gorloff de la moitié de ses épines.

Minerva se retourna et croisa le regard de James qui lui fit un grand sourire. À côté de lui, Sirius, le visage strié d'égratignures sanguinolentes, se débattait avec la plante épineuse pour lui arracher les piques avec ses pinces tandis que de longues tiges robustes l'étranglaient. Remus était derrière lui et essayait de le libérer à l'aide d'un sécateur.

― Bon, on s'y met ? proposa Mary en agitant ses propres pinces.

Alice eut un air appréhensif et Minerva soupira avec résignation.

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Lily passait et repassait entre les tables pendant que la moitié des élèves s'exerçaient à transformer leur camarade en loutre. Le spectacle était assez répugnant. Une grande partie des cobayes étaient couverts de poils mordorés et se ratatinaient sur eux-mêmes en se cambrant vers l'avant. Certains éclataient de rire devant le nez de leurs amis qui prenait la forme d'une grosse truffe noire pendant que de longues moustaches leur poussaient sur les joues.

― Hé, Black, pourquoi il enfle au lieu de rapetisser ? demanda soudain un élève un peu inquiet.

Lily se retourna et vit Regulus, le visage crispé par la concentration, qui visait de sa baguette une grosse boule de fourrure sombre qui prenait de plus en plus d'ampleur sur la chaise devant lui.

― C'est quoi ça ? interrogea sèchement Lily. Qu'est-ce que vous faites ?

― Je veux simplement vous montrer, professeur, que je sais faire beaucoup plus qu'une loutre, répondit Regulus avant de poursuivre son incantation.

― Comment ça, beaucoup plus qu'une loutre ? répéta Lily, affolée. J'ai demandé à ce qu'on fasse des loutres ! Pas autre chose ! Mais arrête !

Elle voulut lui arracher sa baguette, mais une gueule rouge dotée de crocs redoutables s'ouvrit au sommet du tas de fourrure et un rugissement tonitruant assourdit la salle. Il y eut alors des hurlements terrifiés, Lily se figea en écarquillant les yeux et Regulus parut regretter aussitôt sa bêtise.

― Tu l'as transformé en ours, gros crétin ! s'exclama un élève proche.

Alors que tous les élèves s'enfuyaient de la classe en criant à tue-tête et que les autres, moitié loutre, moitié humain, se précipitaient aussi rapidement que leurs courtes pattes bancales le leur permettaient, la bête se redressa sur ses griffes arrières et domina de toute sa hauteur Regulus. Ce dernier avait perdu toutes ses couleurs. Il semblait être sur le point de s'évanouir.

Avant même que Lily reprenne ses esprits et qu'elle ne se décide à réagir, l'ours rugit à nouveau et fouetta l'air de sa patte. Regulus se fit projeter violemment, quatre mètres plus loin, à l'avant de la classe. Il ne se releva pas.

― Non ! s'écria Lily qui tira précipitamment sa baguette de sa poche.

Elle regarda fixement l'ours dans ses petits yeux noirs, puis lança :

Finite Incantatem !

Mais le jet de lumière manqua la tête de l'ours qui venait de retomber sur ses quatre pattes. Il fit un bond rapide en avant et Lily reçut un coup de griffes sur l'avant-bras qui la fit hurler de douleur. Sa baguette lui échappa de la main.

― Oh, non, non, non..., gémit-elle en reculant d'un pas précipité, se heurtant aux tables derrière elle.

Plus personne n'était resté dans la classe. Il n'y avait que Regulus, toujours étendu, immobile, sur le sol près du bureau de McGonagall. Si Lily avait écouté son instinct, elle aurait fui également, comme tous les autres élèves, mais elle ne pouvait pas se résoudre à abandonner Regulus, même s'il était le responsable de la situation et qu'il méritait de crouler sous les griffes de sa réalisation stupide.

L'ours grognait sourdement alors qu'il se frayait un chemin vers Lily en écartant les tables à coups de patte. Lily cherchait frénétiquement sa baguette des yeux. Dès qu'elle la repéra en train de rouler vers un coin de la classe, elle s'élança en avant. L'ours rugit et se rua sur elle au même moment. Lily eut à peine le temps de s'emparer de sa baguette et de la diriger vers l'ours que ce dernier la plaqua violemment sur le sol, son nez fétide à quelques centimètres du sien. Il fut sur le point de lui assener un coup de gueule lorsque Lily s'écria :

Stupéfix !

Aussitôt, le lourd corps de la bête s'effondra sur celui de Lily qui s'empressa de se dégager d'en dessous. Étranglée, toussant, elle se tortilla de toutes ses forces afin de se libérer du tas de fourrure, puis parvint à se relever au bout d'un moment. Mais dès qu'elle fut sur ses pieds, elle retomba immédiatement à genoux. Des tremblements incontrôlables la secouaient. Elle avait eu la peur de sa vie.

Regulus gisait dans une petite mare sombre. Lorsque Lily s'en aperçut, elle poussa un cri et fonça vers lui à quatre pattes.

― Non ! s'écria-t-elle. Merlin... faites qu'il ne soit pas mort, faites qu'il...

Elle le retourna sur le dos. Une vilaine blessure sillonnait sa poitrine. Sa robe était déchirée et du sang l'imbibait en grande quantité. Une peur panique s'empara d'elle.

― Black, appela-t-elle en le secouant. Black, réveille-toi ! Black !

Elle le frappa plusieurs fois au visage, mais rien ne fit : Regulus resta immobile, les yeux clos. Lily sentit l'horreur monter en elle. Elle n'avait pas réagi assez vite quand l'ours était apparu dans la classe. Elle aurait dû sortir sa baguette bien avant. Maintenant, à cause d'elle, Regulus Black était mort.

Au moment où Lily se laissait submerger par des larmes désespérées, Regulus s'agita enfin à côté d'elle.

― Qu... qu'est-ce qui... ? murmura-t-il d'une voix pâteuse. Qu'est-ce qui s'est... passé ?

― Black! s'exclama Lily en se jetant à nouveau sur lui. Black, tu es vivant ! Tu es vivant ! Tu es... tu es... Tu n'es qu'un abruti de première classe, Black !

Elle le gifla brusquement, puis elle s'assit à califourchon sur lui, l'empoigna par le collet et le secoua brutalement.

― Qu'est-ce qui t'a passé par la tête pour avoir osé transformer un élève en ours ? Un ours ! Un putain d'ours ! Tu aurais pu tuer quelqu'un ! J'ai moi-même failli me faire tuer ! Gros connard ! Ignorant !

― Mais... mais, professeur ! couina Regulus, secoué en tous sens. Arrêtez, vous me faites mal !

Qu'est-ce qui t'a passé par la tête ? répéta Lily avec véhémence.

La tête de Regulus cognait le sol tandis qu'elle continuait à le secouer furieusement.

― C'est... c'est parce que..., expliqua Regulus, effrayé, je croyais qu'en faisant plus qu'une loutre...

― Tu aurais eu l'air plus brillant, c'est ça ?

Elle s'arrêta un moment pour le darder d'un œil meurtrier. Regulus haletait en grimaçant, le visage ruisselant de sueur.

― J'avais seulement oublié que la personne perdait toute conscience humaine quand elle était transformée en animal, avoua-t-il. Et puis j'ai pensé qu'en faisant plus qu'une loutre, vous m'auriez récompensé, professeur. Je voulais récupérer les points que vous m'aviez retirés, vous comprenez ?

Eh bien, au lieu de ça, je t'en enlève encore cinquante autres points, espèce d'abruti ! vociféra Lily en recommençant à le secouer sous elle.

― Non ! Non ! Non ! hurla Regulus qui se mit à se débattre. Lâchez-moi ! Arrêtez ! À l'aide ! À l'aide !

Des martèlements de petits pas rapides retentirent alors dans le couloir et le minuscule professeur Flitwick entra dans la classe, la baguette devant.

― Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il de sa voix flûtée, alerte.

― Elle essaie de me tuer ! cria Regulus, pantelant.

Lily relâcha aussitôt Regulus et se releva d'un mouvement chancelant. Sa robe était tachée de sang et un rideau de cheveux noirs lui tombait devant les yeux.

― Je... je me suis emportée, balbutia-t-elle en portant une main tremblante à sa tête.

Le professeur Flitwick balaya rapidement la pièce du regard, s'attardant un instant sur la masse de fourrure dans le coin et sur la blessure sanglante de Regulus qui se remettait debout également, les jambes flageolantes, puis reposa sa question :

― Qu'est-ce qui s'est passé ?

Derrière lui, dans l'encadrement de la porte, des visages d'élèves curieux apparaissaient, accompagnés de chuchotements frénétiques.

― Je... heu... c'est à cause de Black, répondit Lily d'un ton mal assuré. Il a métamorphosé son ami en ours et... il a manqué de se faire tuer... et de me tuer moi aussi, ajouta-t-elle dans un souffle. Enfin...

Le professeur Flitwick fronça les sourcils et regarda à nouveau la bête inerte.

― C'est Gibbon, professeur, dit Regulus en la désignant. Et ce n'est pas de ma faute, je n'avais pas prévu qu'il serait réduit à un instinct purement bestial une fois transformé...

― Il fallait écouter en classe, sombre idiot ! cracha Lily en le foudroyant du regard.

― Minerva, dit Flitwick en la regardant d'un drôle d'air. Vous me semblez un peu... sous le choc...

Lily repoussa ses cheveux derrière ses oreilles et respira profondément.

― Je crois que je ferai mieux de me rendre à l'infirmerie, déclara-t-elle. Avec lui, ajouta-t-elle en désignant Regulus d'un air méprisant. Sinon, il va perdre tout son sang...

― Oh, oui, vous feriez mieux, approuva Flitwick. Je remarque que vous êtes blessée, vous aussi.

Il avisa les balafres sanglantes sur son avant-bras.

― Allez-y, je vais m'occuper de Mr Gibbon et des demi-loutres qui circulent dans les couloirs.

Lily lui sourit pour lui manifester sa gratitude et sortit de la classe en empoignant brusquement Regulus au passage.

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Minerva se battait avec une épaisse tige épineuse qui s'était emmêlée dans ses cheveux tandis que Mary arrachait les longs piques au sommet de la plante avec ses pinces.

― Attends, Lily, je vais te débarrasser de ça, dit Alice en tirant avec vigueur sur les tentacules hérissés d'épines pour essayer de la libérer.

Minerva émit un grognement de douleur et, à tâtons, réussi à s'emparer du déplantoir pointu de Lily qu'elle abattit sur la base de la tige. Celle-ci se rétracta aussitôt en emportant une touffe de longs cheveux roux. Minerva put alors se redresser, hors d'haleine, en rejetant en arrière une tignasse complètement échevelée.

― C'est bon, on a assez d'épines, annonça Mary en agitant fièrement un bol dans lequel les piques qu'elle venait de récolter s'entrechoquèrent. On a plus qu'à en extraire le jus...

― Parfait ! s'exclama Alice en se saisissant d'une fiole dans son sac.

Quant à Minerva, elle s'efforçait de contrôler sa respiration afin de rester calme, malgré ses entrailles qui fondaient comme du métal en fusion. Cela faisait des heures qu'elle perdait royalement son temps à jouer à l'étudiante ridicule, alors qu'une tonne de corrections et de paperasses l'attendait à son bureau. Si Mulciber ne révélait pas le contre-sort à Miss Evans ce midi, elle se jurait de l'étriper.

Pour une énième fois, avec des yeux lascifs derrière ses lunettes, James adressa un sourire séducteur à Minerva qui le fusilla du regard.

― Il est tellement sexy, commenta Mary qui avait remarqué avec convoitise les manières de James à l'égard de Minerva. Dommage que McGonagall ne veut pas déplacer sa retenue.

― Elle a bien fait, répliqua Minerva en pêchant une épine dans le fond du plat. Ce n'est peut-être pas l'élève le plus répréhensible de Poudlard ― j'en ai connu de bien pires aujourd'hui ―, mais son insolence reste néanmoins inadmissible. Croyez-moi, il mérite cette retenue.

Avec colère, elle pressa l'épine entre deux doigts pour en extraire une goutte verdâtre qui s'écrasa dans le fond de la fiole qu'Alice lui tendait. Mary soupira d'un air incrédule.

― Peut-être qu'il l'a mérite, comme tu dis, mais n'essaie pas de nous faire croire, Lily, que tu t'en réjouis. Je sais que tu as encore de la peine. Pour avoir traité McGonagall de vieille truie desséchée hier soir, avant de t'endormir, il fallait vraiment que tu sois furieuse contre elle.

― Quoi ? dit Minerva.

― Mais si, tu ne t'en rappelles pas ? reprit Alice en pigeant à son tour dans le bol d'épines. Tu as même dit qu'elle avait autant de cœur qu'un Détraqueur et qu'elle ne connaissait rien à l'amour.

― Autrement, elle aurait compris à quel point la soirée de Slughorn comptait pour toi.

― Elle a dit ça ? s'indigna Minerva en laissant tomber son épine vidée sur le sol.

― Qui ça, « elle » ? demanda Mary d'un air interrogatif. C'est toi qui as dit ça.

― Si vous voulez mon avis, dit soudain une voix narquoise derrière eux, je crois que le professeur McGonagall est simplement mal baisée.

Minerva reçut un tel choc qu'elle eut l'impression de prendre au creux de l'estomac un coup de tige robuste du Kicticus Gorloff. Mary, Alice et elle se retournèrent et virent Sirius, un sécateur dans les mains, qui arborait un sourire en coin.

― Notre plante a lancé mon sécateur par ici et je suis venu le récupérer, expliqua-t-il d'un ton nonchalant. Mais Evans, ne désespère pas trop, hein, parce que je crois que James a réussi à convaincre la McGo. Elle lui a donné rendez-vous juste après la pause déjeuner. Apparemment, son charme ne l'a pas laissée indifférente. En tout cas, tout n'est pas perdu.

Il adressa un clin d'œil à Minerva, dont le visage avait pris des couleurs violacées, et retourna à sa table où James, les lunettes de travers, s'occupait à s'emparer de nouveaux piques sur la plante épineuse.

― Tu vois ? dit Mary d'un air radieux. Il ne faut jamais désespérer !

Minerva la regarda en crispant les mâchoires pour s'empêcher d'éclater en furie. Lorsque la cloche sonna, elle fut la première dans le couloir et marcha d'un pas furieux vers la classe de métamorphose. Mary et Alice essayèrent de la rattraper, mais elle les envoya impulsivement paître.


Merci d'avoir lu ! ^^

La suite n'arrivera pas avant une semaine complète. Je serai loin de chez moi, désolée. D'ailleurs, je ne sais pas comment je vais faire pour ne pas écrire pendant un si long laps de temps ! En tout cas, j'essaierai de survivre et de vous poster le prochain chapitre dès mon retour.

Je vous fais des gros bisous ! :)