Enfin, je suis de retour ! :D
Vous m'avez manqué, mes chers lecteurs. J'ai pensé à vous durant toute la semaine. Et là, finalement, je vous poste le nouveau chapitre. J'espère qu'il vous plaira. :)
Merci beaucoup à Suchi-story, Piitchoun, Alienor la Fantasque, Tayame Hatake, Lunashura et Senslo. Vos reviews m'ont très touché, encore une fois. Et vous êtes si nombreux ! Vous me faites tellement plaisir, je vous aime énormément !
Je vous souhaite une bonne lecture. :)
Chapitre 8 — L'amour obstiné
Lily s'était refait un chignon à la va-vite et ressortait de l'infirmerie après que Madame Pomfresh eut guéri complètement son avant-bras. Regulus, quant à lui, devait y rester un peu plus longtemps. Lily lui avait jeté un dernier regard assassin avant de quitter la salle. À cause de lui, elle avait fait passer le professeur McGonagall pour une incompétente aux yeux du professeur Flitwick et, maintenant, elle redoutait les représailles. McGonagall allait être furieuse.
.
Au même moment, Minerva continua son chemin vers la Grande Salle après être tombée sur une classe de métamorphose déserte. Apparemment, Miss Evans n'avait pas perdu de temps avant d'aller interroger Mulciber. Partagée entre la frustration de ne pas avoir pu déverser sur le moment sa colère sur Lily et la satisfaction à l'idée de recevoir bientôt des réponses concernant la pierre noire, elle se résolut à aller déjeuner en attendant de pouvoir retourner à son bureau.
Elle fut arrivée dans le hall lorsqu'elle aperçut Lily faire aussitôt demi-tour à son approche.
— Hé ! s'écria Minerva en s'élançant à sa poursuite dans l'escalier de marbre.
Elle bouscula trois première année sur son passage et s'engouffra à la suite de Lily dans un étroit corridor. Elles poursuivirent leur course un moment, puis Lily s'arrêta enfin, hors d'haleine, et s'appuya contre le mur pour reprendre son souffle.
— Mais vous... n'êtes vraiment... pas... en forme..., haleta Lily, une main sur la poitrine.
Puis, avec effroi, elle regarda Minerva qui s'avançait vers elle avec un regard flamboyant.
— Ce... ce n'est pas de ma faute...
— Pas de votre faute ? répéta Minerva avec brusquerie.
— Quand j'ai vu l'ours apparaître dans la classe, je n'ai pas pu m'empêcher de figer.
— L'ours ?
Minerva parut alors perplexe.
— Quel ours ?
— Vous ne savez pas... ? dit Lily d'une petite voix.
— Ne pas savoir quoi ?
Lily se mordit la lèvre. Minerva reprit son expression menaçante.
— Qu'est-ce qui s'est passé en plus d'avoir laissé croire à Potter qu'il avait des chances de reporter sa retenue ? demanda-t-elle avec lenteur.
— Ah, c'est pour ça que vous êtes furieuse, comprit Lily. Potter a dû vous en avoir parlé. Justement, je voulais vous demander si...
— Hors de question ! interrompit Minerva d'un ton catégorique. Je croyais avoir été claire sur ce sujet ? Traitez-moi de vieille truie desséchée si vous le voulez, mais Potter fera sa retenue, que ça vous plaise ou non !
— Mais il faut que j'aille à cette soirée avec Potter ! implora Lily.
— D'autres occasions se présenteront ! D'autant plus qu'il se peut que d'ici ce soir vous soyez toujours prisonnière de mon corps et vice versa ! On ne sait pas combien de temps prendra l'antisort avant d'agir. D'ailleurs, vous êtes censée interroger Mulciber en ce moment même. D'où revenez-vous ? Et c'est quoi ce chignon relâché ?
Lily la jaugea du regard d'un air de reproche.
— Et vous ? relança-t-elle. C'est quoi cette tête en désordre ? On dirait que vous vous êtes battue avec un buisson de Filet du Diable.
— Un Kicticus Gorloff, rectifia sèchement Minerva. Et ne détournez pas ma question. D'où venez-vous ? Et c'est quoi cette histoire d'ours ?
Lily soupira avec irritation. Elle ne savait plus quoi faire pour persuader le professeur McGonagall de reporter la retenue de James. Mais d'un côté, elle avait raison : il était possible qu'elle ne récupère pas son corps à temps pour la soirée.
— L'idiot de Regulus Black a fait surgir un ours dans la classe plutôt que de se contenter de transformer son ami en loutre comme je l'avais demandé, expliqua-t-elle enfin, résignée. L'ours a failli le tuer et il a manqué de me tuer, moi aussi, mais tout a fini par s'arranger. Le professeur Flitwick est intervenu après que j'ai stupéfixé la bête, s'est occupé de remettre de l'ordre dans la salle et m'a envoyée à l'infirmerie avec Black. J'avais des traces de griffes sur le bras, rien de grave. Lui, un peu plus, mais ça va. Il survivra.
Et avant de laisser le temps à Minerva de s'emporter, elle poursuivit précipitamment :
— À présent, je m'en vais interroger Mulciber. Je veux que tout ça se finisse. Je n'en peux plus d'être vous. Mais laissez-moi d'abord manger quelques sandwichs rapidement. Je n'ai rien avalé de la journée et mon ventre ne finit plus de gargouiller. J'irai le rejoindre ensuite, d'accord ?
Et elle tourna les talons et s'éloigna prestement.
Minerva la regarda tourner l'angle du mur sans protester. Elle ne savait pas quoi penser de cet incident survenu dans sa classe. Elle savait que c'était de la folie d'avoir envoyé une élève enseigner à sa place, mais d'autres choix ne s'étaient pas offerts. Minerva se sentit soudain coupable d'avoir indirectement mis la vie de ses élèves en danger. Pourvu qu'elle puisse recouvrer son corps dans les prochaines heures de la journée.
Elle fut sur le point de regagner la Grande Salle à son tour quand une main ferme l'empoigna brusquement par le bras et la plaqua sur le mur. Le nez de Minerva se retrouva alors à quelques distances de celui d'Avery, livide de colère.
— Où l'as-tu planqué ? interrogea-t-il en postillonnant dans son visage. Où est-il ?
Minerva essaya d'attraper sa baguette dans sa poche, mais Avery bloqua son geste en s'écrasant davantage sur sa poitrine.
— Si tu ne me dis pas où t'as caché Mulciber, Evans...
Le bout de sa propre baguette s'enfonça douloureusement dans son ventre.
— Je te fais hurler comme jamais tu n'auras hurlé dans toute ta vie !
Mais Minerva ne cilla pas.
— Voyez-vous ça, murmura-t-elle.
Rapidement, elle enroula ses doigts autour du poignet d'Avery dont la main tenait la baguette, y prit appui et lui assena un violent coup de genou entre les jambes. Avery poussa un cri étonnamment aigu et se cambra vers l'avant. Minerva en profita pour s'enfuir à toutes jambes sans un regard en arrière.
.
Lily s'approcha de la table des professeurs et prit place entre Dumbledore et le professeur Chourave. Elle adressa un furtif sourire à cette dernière, puis s'empara du plat de sandwichs devant elle.
— Vous m'avez l'air affamée, Minerva, observa Dumbledore alors que Lily engloutissait en vitesse des sandwichs en trois bouchées.
— Hmmm, fit-elle, la bouche pleine, en hochant la tête en guise d'affirmation.
Elle avala difficilement sa bouchée et se versa un grand verre d'eau.
— En fait, je suis pressée de retourner à mon bureau, répondit-elle laconiquement. Beaucoup de travail.
— Je vois, dit Dumbledore d'un air amusé. J'aime beaucoup ce nouveau chignon, Minerva. Je trouve qu'il vous... rajeunit.
Lily sourit timidement, puis amena son verre à ses lèvres et but à grandes gorgées. À ce moment, elle vit Minerva entrer dans la Grande Salle, l'air passablement énervé. Sans doute à cause de ce qui s'était passé en classe de métamorphose, pensa Lily sombrement. Celle-ci l'observa s'avancer vers la table des Gryffondor et y prendre place, à grande distance de Mary et Alice qui parurent vexées. Lily sentit son cœur se serrer. Évidemment, elle allait se venger...
— Minerva, dit doucement le professeur Chourave qui la considérait avec inquiétude. Si ça vous dit, je vous invite ce soir dans mes appartements, boire un thé.
— Hein, quoi ? dit Lily, distraite.
Elle regardait à présent James. Lui et ses amis riaient aux éclats pendant qu'Avery se relevait d'à terre en leur jetant un regard venimeux.
— Je vous demandais si ça vous disait qu'on passe du temps ensemble ce soir, reprit le professeur Chourave.
— Non, ça va, je n'ai pas le temps, répondit Lily avant de reprendre une bouchée de son sandwich.
— Et si j'insiste ? osa le professeur Chourave.
— Je n'ai pas le temps, répéta Lily d'un ton ferme.
— Minerva, je vous en prie, soupira le professeur Chourave. Cela vous ferait du bien de parler un peu. Depuis que vous avez reçu cette lettre hier, vous êtes différente. Filius vient de me raconter concernant l'incident de l'ours. Jamais vous n'aviez autant perdu votre sang-froid avant. Il est normal que je me fasse du souci pour vous, non ?
Lily regarda à nouveau ses amies délaissées au bout de la table de Gryffondor et fut un instant tentée de répliquer au professeur Chourave quelque chose de méchant, simplement par vengeance. Mais elle en fut incapable.
— Je... je vais bien, balbutia-t-elle en se levant d'un bond. Je dois y aller, maintenant.
.
Minerva observa Lily sortir par la porte située derrière la table des professeurs.
— Merlin, faites qu'elle réussisse à faire parler Mulciber, pria-t-elle dans un murmure pour elle-même.
Rogue était assis avec les Serpentard. Elle éprouvait toujours l'envie de l'interroger sur la pierre, mais la présence d'Avery qui venait de prendre place à côté de lui la dissuada. Elle reporta alors son attention sur sa soupe et ignora les regards noirs de Mary et Alice qui n'avaient pas du tout apprécié de s'être fait envoyer si gratuitement promener par leur meilleure amie à la fin du cours de botanique.
.
Lily se rendait à la classe dans les cachots où elle savait qu'elle retrouverait Mulciber ligoté sur un bureau. Un désir de le frapper pour avoir voulu violer son corps la tenaillait, mais elle s'efforçait de rester calme. Elle l'interrogerait avec la voix la plus dure dont elle était capable et se réjouirait de le voir quitter l'école, lui et Avery, dès que le professeur McGonagall et elle récupéreraient leur apparence respective. Ainsi, ils n'agresseraient plus personne ni ne terroriseraient Mary.
— Ah, enfin ! s'exclama Mulciber, dès que Lily entra dans la classe encombrée de vieux meubles. Je commençais à désespérer. Professeur, vous me sauvez la vie. C'est cette petite... Evans qui m'a attaché et qui m'a...
— Assez, coupa Lily d'un ton incisif. N'essayez pas de rejeter le blâme sur elle, je sais déjà ce que vous lui avez fait.
— Quoi ? dit Mulciber en faisant semblant d'être surpris. Mais je ne lui ai rien fait ! C'est elle qui m'a lancé plein de sorts et qui m'a...
— Assez, j'ai dit ! interrompit de nouveau Lily, austère, dans une parfaite imitation du professeur McGonagall. Taisez-vous. Je ne veux plus vous entendre dire le moindre mot avant que vous n'y soyez autorisé.
Elle sortit la baguette du professeur McGonagall et prononça la formule pour le libérer.
— Maintenant, suivez-moi jusqu'à mon bureau.
Mulciber se redressa en massant ses poignets et s'avança vers elle.
— Je veux voir le professeur Slughorn, marmonna-t-il.
— Le professeur Slughorn est occupé avec les préparatifs de la fête qu'il donne ce soir. Il n'a guère de temps à vous accorder. Et il me semble de vous avoir demandé de vous taire ?
Avec un regard froid, elle lui lança un rapide « Tergeo ! » pour nettoyer le sang qui avait séché sur son visage et tous deux sortirent dans le couloir.
Pendant tout le temps où ils marchèrent en silence, Lily répétait mentalement les questions qu'elle lui poserait au sujet de la pierre. Elle le forcerait à lui indiquer le contre-sort, coûte que coûte, et, dès qu'elle recouvrerait son corps, elle se précipiterait vers ses amies pour tout leur expliquer. Peut-être pourraient-elles même en rire, une fois cette mésaventure terminée.
Ils s'arrêtèrent devant le bureau du professeur McGonagall dont Lily ouvrit la porte. Elle fit impérieusement signe à Mulciber d'entrer, puis elle perdit toute assurance lorsqu'elle retrouva, pour une troisième fois, Elphinstone debout au milieu de la pièce.
— Je t'avais dit que je reviendrais vite, Minerva, dit-il d'un ton calme.
Il s'approcha ensuite de Mulciber et l'invita à sortir d'un geste affable.
— Revenez dans une demi-heure, voulez-vous ? J'ai à parler un moment avec le professeur McGonagall.
— Non ! protesta Lily en retenant aussitôt Mulciber par le bras. C'est toi qui vas attendre une demi-heure dans le couloir, Elphinstone, parce qu'il faut absolument que je parle à cet élève maintenant ! C'est important !
Elphinstone eut un petit rire.
— Je sais que tu as toujours eu comme principes de faire passer les élèves avant moi, Minerva, mais...
Il la força à relâcher Mulciber et celui-ci ne se fit pas prier devant le regard appuyé d'Elphinstone. Il déguerpit aussitôt, ses pas précipités résonnant dans le couloir.
Lily grinça des dents. Cette fois, elle en avait assez. Elle ne se laisserait plus intimider. Pendant qu'Elphinstone refermait la porte, elle prit une grande inspiration et lança d'un ton résolu :
— Écoute ! Si je t'ai envoyé cette lettre te demandant de ne plus jamais me revoir, c'est peut-être parce que je ne t'aime pas, qu'est-ce que tu en penses ?
C'était comme si Lily venait de le frapper d'un coup poignard en plein cœur. Il passa comme un éclair de douleur dans les yeux gris d'Elphinstone et, durant un moment, il sembla avoir cessé de respirer. Lily regretta alors aussitôt ses paroles inconsidérées.
— Heu... ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, se reprit-elle en déglutissant. Je voulais dire... enfin...
— Oui ? dit Elphinstone d'une voix blanche.
Un lourd silence enfla dans la pièce. En vérité, Lily ne savait pas quoi dire pour rattraper sa maladresse. Elphinstone la dévisageait, pantois, le regard brillant d'une forte émotion contenue. Lily se mordilla la lèvre, puis, enfin, elle murmura :
— Comment peux-tu être tombé amoureux de... de moi ? Je suis pourtant si stricte, froide... je ne me permets aucune fantaisie, il n'y a que le travail qui compte pour moi... Et puis je ne dois pas avoir de cœur pour avoir refusé plus d'une fois ta demande en mariage alors que... alors que je... je t'aime...
Ses derniers mots furent mâchouillés entre ses dents. Lily se rongea un ongle devant l'expression d'Elphinstone qui s'adoucit, puis se risqua à poursuivre :
— Je ne te mérite pas... Sincèrement, tu devrais te retourner vers quelqu'un de plus joyeux qui arrêterait de faire la tête et qui... enfin, apparemment, moi, je ne sais pas gérer mes émotions. Peut-être que je ne sais tout simplement pas aimer ?
Elle marqua une seconde pause, hésita, puis reprit avec un peu plus d'assurance :
— Bon d'accord ! Je suis une vieille prude si tu veux tout savoir. Je suis une femme qui chérit sa petite vie bien rangée en évitant toute perturbation émotionnelle. Un Détraqueur a plus de cœur que moi. Moi, c'est tout juste si je sais sourire. Et puis je me venge sur mes élèves, en plus ! déclara Lily en s'emportant soudain. Je ne supporte pas que d'autres puissent délaisser un peu leurs devoirs afin de vivre une vraie histoire d'amour alors que, moi, je me fais suer à me refuser ça, justement ! Par exemple, au lieu de permettre à Potter de reporter sa retenue pour qu'il puisse aller à la fête avec Miss Evans, j'ai plutôt conseillé à cette dernière de se contrôler dans ses émotions et de se concentrer plutôt sur ses études. Selon moi, les histoires d'amour sont une perte de temps. Tu trouves ça moral, toi ? Une vraie bourrique insensible, oui ! Ou alors je suis jalouse... À mon avis, j'ai de la rancune au fond du cœur. Pourtant, je sais qu'à l'intérieur de moi, quelque part, je crève d'envie de me laisser aller, de m'abandonner à l'amour, une bonne fois pour toutes, de m'abandonner à... toi... Mais non. Je ne le fais pas. Je ne sais pas pourquoi... J'ai des principes ? Au lieu de ça, je préfère dormir toute seule la nuit, avec un stupide filet sur la tête. Je suis déplorable...
Lily s'interrompit et regarda Elphinstone qui restait silencieux devant la porte. Il ne bougea pas, ne prononça pas même un mot. Il se contenta de l'observer d'un air ému, pendant de longues minutes. Lily demanda alors d'un ton réticent :
— Tu... tu ne t'en vas pas ?
Elphinstone fit lentement non de la tête.
— Tu m'aimes malgré tout, c'est ça ?
— Oui, souffla-t-il.
Ils se regardèrent encore un instant, puis Lily soupira.
— Dans ce cas, kidnappe-moi un soir ! suggéra-t-elle avec vigueur. Amène-moi loin de mon travail durant un week-end entier et force-moi à m'abandonner pleinement à l'amour ! Et si je proteste, jette-moi un sort de mutisme ! Fais-moi taire le temps de me montrer que l'amour est trop bon pour être mis de côté — même si ça fait parfois mal. En fait, c'est quand on essaie d'y résister que ça fait le plus mal, mais ça, je ne le sais pas encore... apparemment. C'est à toi de me le faire réaliser... Maintenant, si tu veux bien, Elphinstone, il faut vraiment que j'aille récupérer cet élève que tu as chassé de mon bureau. C'est d'une importance cruciale que je l'interroge à l'instant alors...
— Minerva, je t'aime, dit Elphinstone d'une voix rauque. Je t'aime tellement...
Une mince larme s'était échappée de son œil tandis que ses lèvres se recourbaient en un sourire tendre. Il s'approcha de Lily et, avant que celle-ci eut le temps de faire un pas en arrière, lui emprisonna la taille entre ses bras.
— Non, pas maintenant, dit Lily dont le cœur grimpa subitement en battements par seconde. Là, je n'ai pas le temps, je dois... en fait, quand je disais de me forcer à m'abandonner à l'amour... je voulais dire... je parlais plutôt d'un autre soir...
— Embrasse-moi, maintenant, Minerva, ordonna-t-il. Embrasse-moi à pleine bouche... immédiatement !
Puis, à la grande horreur de Lily, il ajouta, légèrement narquois :
— Et je te défends de protester, sinon, je te lance un sort de mutisme...
.
Minerva faillit s'étouffer dans sa soupe lorsqu'elle aperçut Mulciber franchir les portes de la Grande Salle. Aussitôt, elle déplaça la cruche de jus de citrouille devant elle afin de se cacher le visage et l'observa discrètement rejoindre Avery et Rogue à la table des Serpentard.
Que faisait-il là ? Miss Evans était censée l'interroger.
Mulciber échangea quelques mots avec Avery, puis tous les deux tournèrent des yeux meurtriers vers Minerva qui murmura un juron. Rogue se leva brusquement dans une attitude d'opposition, mais Mulciber se pressait déjà vers la table des Gryffondor, les poings serrés. Précipitamment, Minerva quitta son banc en manquant de renverser son bol de soupe et s'élança vers les portes. Mulciber se rua aussitôt vers elle. Cependant, il trébucha lorsqu'il passa près de Potter et ses amis. Avant de sortir dans le couloir, Minerva entendit Sirius l'interroger froidement :
— Qu'est-ce que tu lui veux, à Evans, hein ?
Minerva ne s'arrêta pas et courut tout droit vers son bureau. Elle se demandait ce qui avait bien pu se passer pour que Mulciber échappe à l'interrogatoire de Miss Evans. Il n'avait pas osé s'attaquer à un professeur, tout de même !
— Hé, attention où tu vas, Lily Evans !
Sibylle Trelawney, que Minerva venait de bousculer sur son passage, réajustait ses énormes lunettes sur son nez d'un air offensé.
— Ce n'est pas parce que je possède trois yeux que tu peux te permettre de m'en crever un !
Dans un glissement de chaussures, Minerva s'arrêta enfin devant son bureau dont elle ouvrit la porte à la volée. Elle s'était attendue à voir son corps étendu sur le sol, inconscient, voir même ligoté sur un fauteuil ou encore foudroyé d'un sortilège de confusion, mais absolument pas en train d'embrasser Elphinstone dans un baiser profond.
Le cœur de Minerva tomba comme un lourd morceau de plomb dans ses talons.
— Mais qu'est-ce que... ? dit Elphinstone en s'éloignant de Lily dans un sursaut. Encore vous ?
Son visage s'empourpra. Lily, les lèvres rougies, les lunettes de travers, semblait au bord de l'évanouissement. Son teint était aussi pâle que celui d'un cadavre. Elle recula en vacillant, tremblante, puis s'effondra dans le fauteuil devant le bureau.
— Cette fois, ça suffit ! s'écria Elphinstone avec rage. C'est la troisième fois que vous entrez en trombe sans frapper ni jamais vous annoncer ! Vous manquez considérablement de savoir-vivre ! Dehors ! Dehors !
Il empoigna Minerva par la peau du cou et la jeta sans ménagements dans le couloir.
— Et que je ne vous revoie plus jamais !
Minerva se heurta au mur d'en face et la porte se referma avec un claquement si violent que la flamme des torches à proximité s'éteignit. À présent seule dans la pénombre, Minerva se laissa glisser lentement sur la pierre froide, jusqu'à terre. Les yeux flamboyants de haine d'Elphinstone s'étaient imprégnés sur sa rétine, aussi douloureusement qu'un marquage au fer rouge.
— Elphinstone..., murmura-t-elle en étouffant un sanglot.
.
Lily respirait difficilement dans le fauteuil, encore sous le choc. Quand Elphinstone avait approché sa bouche de la sienne, cette fois, elle n'avait pas pu s'esquiver. Ses bras avaient été pressés fermement contre sa poitrine et sa nuque avait été retenue d'une main pour qu'elle ne s'échappe pas.
— Je suis désolé pour ce qui s'est passé, Minerva, murmura Elphinstone en reprenant son calme. Ce n'est pas comme ça que j'avais prévu la suite des choses.
Lily le regarda en s'évertuant à ne pas éclater en larmes.
— Ce n'est pas grave, mentit-elle d'une voix frêle. On se reprendra un autre jour ?
Elphinstone sourit tendrement.
— Oui, bien sûr, on se reprendra, dit-il en lui caressant la joue d'un doigt. Seulement, je crains que cette petite insolente se précipite pour raconter à tout le château ce qu'elle a vu. Je peux la rattraper pendant qu'il est encore temps et lui jeter un sort d'amnésie, si tu veux.
Lily haussa les épaules d'un air absent.
— Ça ne sera pas nécessaire, je suis certaine qu'elle ne parlera pas. Ce n'est pas son genre.
— Tu es sûre ?
Lily hocha la tête en s'entourant de ses bras. Elphinstone l'observa longuement, puis il déclara :
— Bon, je vais m'en retourner. L'élève que tu tiens à interroger devrait arriver d'un moment à l'autre. Je reviendrai quelque temps ce soir... pour te kidnapper.
Il eut un innocent air espiègle.
— C'est ce week-end que je choisis, Minerva. Si tu veux, j'enverrai un hibou à Dumbledore pour le mettre au courant. D'ailleurs, je suis sûr qu'il acceptera de t'offrir deux jours de vacances. Il sait à quel point ça te fera du bien.
— C'est super, murmura Lily en se forçant à sourire. Je sens que je vais bien m'amuser.
Et dès qu'Elphinstone sortit de la pièce, elle s'empoigna les cheveux à deux mains et étouffa une plainte désespérée. À présent, c'était devenu une importance cruciale de trouver le contre-sort avant le début de la soirée.
.
— Toujours là, vous ? dit froidement Elphinstone lorsqu'il vit Minerva adossée au mur devant la porte.
Elle se releva aussitôt.
— Je... je suis désolée pour ce que j'ai fait, balbutia-t-elle. Je n'ai pas voulu...
— Ça va, c'est oublié, coupa Elphinstone d'un geste dédaigneux, sans s'arrêter. Dans la mesure où vous n'allez pas colporter de mauvaises rumeurs à l'encontre du professeur McGonagall...
— Est-ce que vous l'aimez encore ?
Elphinstone s'immobilisa et regarda Minerva en haussant les sourcils.
— Je vous demande pardon ?
— Le professeur McGonagall, précisa-t-elle, le cœur battant, est-ce que vous l'aimez toujours ?
Elphinstone fronça le nez.
— Mais en quoi cela vous concerne-t-il ? Vous êtes bien indiscrète, jeune fille, pour me poser ce genre de question.
— C'est parce que j'ai beaucoup d'affection pour le professeur McGonagall, se justifia-t-elle précipitamment. J'ai remarqué, ces derniers temps, qu'elle n'allait pas très bien. Je... enfin, quoiqu'elle ait pu vous dire... ou fait... il faut que vous sachez qu'elle vous aime malgré tout, mais qu'elle ne peut pas se permettre une relation avec vous...
Elphinstone la dévisagea d'un air soupçonneux.
— Ça vous arrive souvent de rendre visite à l'improviste au professeur McGonagall ?
— Je m'inquiète pour elle, c'est tout, expliqua Minerva, évasive.
Elphinstone continua de l'observer en plissant les yeux d'un air méfiant, puis il dit enfin :
— Ne vous faites pas de soucis, je prends grand soin d'elle. Je sais déjà qu'elle m'aime malgré tout et je l'aime tout autant en retour. J'imagine que vous n'avez rien manqué du baiser que nous avons échangé ?
— Non, j'ai vu, mais... justement, elle n'a pas essayé de vous repousser ? Elle s'est laissée faire ?
Il y eut un silence.
— Qu'est-ce que vous tentez de me communiquer, jeune fille ? interrogea Elphinstone avec lenteur. Elle n'a pas du tout essayé de me fuir. Au contraire, elle m'a avoué le fond de ses sentiments et ce soir nous partons tous les deux...
Il s'interrompit.
— Mais tout ça ne vous regarde aucunement, évidemment !
— Vous... partez...
Le teint de Minerva avait pâli.
— Comment ça ? Où ça ? C'est quoi cette histoire de partir ?
— Non, ne me posez plus de questions ! répliqua Elphinstone en se remettant en mouvement. Je viens de vous dire que ça ne vous regardait pas ! Bonne journée !
— Mais... attendez ! s'écria Minerva en le talonnant.
Mais des doigts solides l'agrippèrent soudain par l'épaule et elle bascula en arrière, une main la bâillonnant pour étouffer son cri. Elle se débattit, puis se retrouva à plat ventre sur le sol d'une salle de classe vide. Haletante, elle voulut se relever, mais une voix vibrante de sadisme lança au-dessus d'elle :
— Endoloris !
C'était comme si tous ses os allaient éclater en mille morceaux. Alors qu'une douleur incommensurable vrilla chaque particule de son corps, Minerva s'effondra par terre et se mit à se tortiller convulsivement dans tous les sens. C'était insupportable, atroce. La voix de Lily, qui hurlait à s'égosiller, se répercuta dans la pièce pendant de longues secondes qui parurent interminables, puis la douleur cessa aussi soudainement qu'elle était apparue.
— Enfin, je t'entends crier, Evans ! dit Mulciber, transporté, dont le regard débordait d'excitation.
Il se laissa tomber à genoux auprès d'elle, la détailla avidement alors qu'elle pantelait sur le dos, puis lui empoigna le menton d'une main avant d'écraser violemment ses lèvres sur les siennes.
Merci d'avoir lu ! :D Je vous fais des gros bisous !
