Je lançai mon manteau sur la table de la loge, enlevai mon écharpe et mes gants, et pris la direction du bureau de nuit à grandes foulées. Allez savoir pourquoi, mais à cause –ou grâce- au discours de Mike quelques heures plus tôt, j'étais quelque peu… énervée. Une espèce de poussée d'adrénaline sordide qui hurlait à mon cerveau de démonter le moindre animatronique qui aurait le malheur de fouler le sol de mon bureau cette nuit. J'étais… remontée à bloc, en quelque sorte. Autant vous dire que si Vincent avait la bonne idée de ramener son cul violet cette nuit pour me narguer, ça risquait encore de m'énerver, jusqu'à ce que l'idée de l'enfourner dans un conduit ne se réalise. Bah… Au moins, comme ça, il empêcherait Billy de venir me briser les noix, cette fois…

J'arrivai dans le bureau, et allumai la pitoyable ampoule qui pendait au plafond grâce à ce misérable fil disloqué. Mangle, quand elle ne passait pas par les conduits, avait cette manie d'entrer en s'accrochant à la lampe. Je redoutais juste le jour où elle céderait. Parce que vu le poids de Mangle…Bref.

Un coup d'œil à l'horloge : 23 h 24. Parfait, ça me laissait un peu de temps pour passer en revue les dossiers de Mike. Peut-être que l'un d'eux parlait de Jérémy ? Je n'avais pas eu le temps de tous les lire, et après la nuit dernière, j'avais la tête clairement ailleurs.

Mais même après vingt minutes de recherches, aucune nouvelle info. Peut-être qu'il y avait d'autres infos à la loge. Oui, oui, bon… J'avais pas le droit d'y aller, normalement. Mais au point où j'en étais, on allait pas se plaindre pour deux ou trois document chopés à l'arrache, pour le bien et la sécurité de tout le monde, non ?

Je me relevai, et me dirigeai vers la loge, d'un pas toujours aussi pressé qu'à mon arrivée. Il ne me restait plus qu'un quart d'heure à peine, alors autant être productive, histoire de ne pas se retrouver en plein couloir, avec Foxy ou Freddy en plein milieu du bureau, parce que j'aurais passé trop de temps à chercher.

J'arrivai à la loge, et heureusement pour moi : personne. Je soufflai d'aise, et me dirigeai vers le bureau principal. J'allais pour ouvrir le premier tiroir, mais bien évidemment, il était fermé. Je levai les yeux au ciel, et demandai une bonne fois pour toute à mon cerveau de réfléchir convenablement. Qui était en charge de la loge, déjà ? Jacky… Jack-…Jacket… Non. Jackson ? Jackson. Bah oui, Jackson !

Je jetai un regard rapide autour de moi, et sentis un puissant sentiment de soulagement en voyant sa veste pendue au porte-manteau près de la porte. Regard à gauche, regard à droit personne. Je m'approchai de la veste, et fouillai les poches, jusqu'à tomber sur un trousseau de clés. Je me ruai sur le bureau, et ouvris le premier tiroir. De la paperasse sans importance… Deuxième tiroir, et là, quelques articles sur l'affaire de l'ancienne pizzeria, que je m'empressai de glisser en dessous de ma veste –puisque j'avais laissé mon sac au bureau, j'allais pour ouvrir le troisième, mais des pas se firent entendre.

Et là, devinez quoi ? Je vous le donne en mille : crise de panique, perte de moyen. On ne change pas les bonnes habitudes, voyons…

N'empêche que là, c'était affreusement pas le moment de paniquer. Bon, allez, Néah, on se calme, respire… Trop tard pour remettre les clés sans se faire prendre, alors quoi ? Quoi ? Sous le bureau ! Se cacher, vite ! De toute manière, Jackson ne travaillait jamais de nuit, alors il allait sûrement partir !

Je glissai de ma chaise, et m'enfonçai sous le bureau, bien calée au fond, les yeux grands ouverts, en attendant que Jackson passe. Des voix se rapprochaient lentement. Merde, il était pas seul… Mais ils semblaient s'approchaient de la porte, alors ça me rassurait.

Par contre, je vous raconte pas l'attaque cardiaque quand une paire de jambe était passée devant le bureau. J'avais cru que j'allais hurler, mais j'avais dû me faire violence pour ne pas me faire repérer. J'avais l'impression d'être un animal à l'affut du moindre signe d'attaque, presque plaquée contre le fond du bureau.

Mais il ne s'attarda pas, et repartit aussitôt. La porte s'ouvrit, le froid s'engouffra, et les voix furent rapidement étouffées lorsque la porte se referma derrière eux. J'attendis quelques secondes, par abus de conscience, mais seul un silence pesant semblait me tenir compagnie, outre le tic-tac insupportable de l'horloge. Je soupirai de soulagement, et sortis de sous le bureau, me relevai, et ouvris le dernier tiroir.

Tout ça pour rien. A part des effets personnels, rien d'intéressant dans le troisième tiroir, celui qui m'avait fait manquer une crise cardiaque. Le problème, maintenant, c'était de trouver un moyen de rendre les clés sans se faire repérer. Et ça, ça promettait d'être plus compliqué.

Je vérifiai l'heure : 23 h 56. Fuck…

Grimaçante, je retournai au bureau, feuilletant rapidement les documents que je venais de récupérer. Mais la seule impression qu'il en ressortait, c'est que je venais de me taper tout ça pour rien : les informations que j'avais entrevues semblaient être les mêmes que celles que je connaissais déjà, d'où l'inutilité de risquer sa place pour vol de document et violation de l'espace privé. Youpi.

De retour au bureau, je me laissai retomber lourdement sur ma chaise, masque à ma droite, et tablette sur les genoux. J'étais plutôt déçue de mes recherches, mais hors de question de déprimer maintenant ! Courage ! Cette nuit allait super bien se passer ! Rien en pouvait me démoraliser maint- !

-Oh, encore là, Honey ? Tu es plus résistante que tu ne le parais.

Ta mère la p-…

Je disais quoi, avant ? Ouais bah, laissez tomber. Ce gars venait de me ruiner le moral en trois secondes, montre en main. Et moi qui avais prié les dieux pour ne pas le voir… Je vous affirme donc officiellement que les dieux existaient, et ce, juste histoire de se foutre de notre gueule en perpétuité. Amen.

Je me tournai, presque exaspérée par sa présence. Non, plutôt par sa voix. Ou par sa présence. Quoi que sa voix aussi… Vous savez quoi ? Laissez tomber…

Comme à son habitude, il se fendait la poire pendant que moi, je déprimais à l'idée de devoir le supporter ne serait-ce que cinq minutes.

-Disons que j'ai eu un électrochoc pour me booster.

-Je sais, j'ai vu la Marionnette te foutre un coup de taser, hier, ricana-t-il.

Je me figeai, stoïque. Minute… Comment il avait pu me voir ? J'étais seule dans le bureau, et j'aurais juré qu'il n'y avait rien autour de moi, que ce soit dans le couloir, ou dans les conduits. Alors comment… ? Bah vous savez quoi ? Ouais… Laissez tomber. De toute manière, c'était impossible de comprendre ce gars. Impossible, je vous dis. Et peut-être que dans le fond, j'avais pas plus envie que ça de le comprendre.

De toute manière, je ne parlais même pas de ça, mais qu'importe.

-C'est devenu une manie de faire des visites nocturnes illégales ? demandai-je, plus pour passer le temps que par réel intérêt.

- Un passe-temps, plutôt, corrigea-t-il en reprenant place sur le coin de mon bureau.

-Un passe-temps n'est pas supposé être drôle ?

En même temps que la discussion continuait, je remontai en boucle la boîte à musique, ne laissant pas plus de trois notes s'échapper avant de la remonter, encore et encore. J'allais certainement passer le plus clair de mon temps à faire ça. Je gardais un mauvais souvenir de mon entrevue avec la Marionnette hier soir, aucune envie de me prendre un nouveau coup de taser, ou n'importe quel ustensile il aurait trouvé pour me perforer la jambe.

-Justement ! répliqua-t-il en ricanant. Je trouve ça plus drôle et plus divertissant que n'importe quoi !

Je quittai mon écran pour le fixer, médusée par ce que je venais d'entendre. Quel rapport à la mort ce gars avait, bordel ? On aurait dit que rien ne l'effrayait. Ou si, justement. C'était la peur qui l'excitait, l'amusait. Encore une réplique de ce genre, et j'appelais les flics pour qu'ils l'embarquent. Et j'étais seule avec ce gars, là ? Dangereux… Très dangereux, même.

J'haussai donc les épaules, n'ayant rien trouvé à répondre d'autre, et envoyai un coup de lampe dans le couloir d'en face, me figeant sur le coup. Freddy. J'envoyai un regard alerté à Vincent, qui roula des yeux, et jeta un regard au couloir.

-Freddy ?

-Ouaip. T'as l'intention de faire quoi, Einstein ?

-Ecarte les jambes.

Je vous jure, je vous assure que le coup était parti tout seul. Et autant dire que vu qu'il se retrouva le cul à terre, il ne l'avait pas vu venir. Ça avait été un réflexe. Et ça, des réflexes, j'en avais.

L'autre me lança un regard noir, et j'esquissai un rictus, histoire de lui faire comprendre que, réflexe ou pas, c'était de toute manière volontaire, et qu'en cas de récidive, c'était mon pied dans ses dents, et pas une simple droite comme je venais de lui administrer.

-Je parlais de me cacher sous le bureau, idiote, pesta-t-il.

-Fallait préciser, contrai-je pour seule défense.

Il grinça quelque chose, mais trop bas pour que je puisse l'entendre, et se releva pour passer derrière moi, et aller se caser au fond du bureau, comme j'avais opéré plus tôt avec le bureau de Jackson. Vincent grimaçait, comme s'il n'était pas à l'aise, mais bon, aucune importance.

Je remontai rapidement la boîte à musique, déjà bien entamée, et remarquai vaguement que la Marionnette n'avait pas l'air d'être encore prête à sortir. Je fronçai les sourcils, mais ne m'y attardai pas plus en entendant les pas mécaniques de Freddy se rapprocher dangereusement de moi. Je baissai la tablette, et enfilai le masque, avant de me tétaniser, attendant que l'animatronique ne rentre dans mon bureau. J'étais encore un peu anxieuse, mais plus sereine que la veille quand même.

L'ours robotique passa la porte, lentement, s'approchant de mon bureau. Je remarquai un détail troublant. D'habitude, ses yeux étaient noirs, illuminés par une pointe rouge, mais là, ils étaient blancs, comme s'il s'agissait du même Freddy qui avait amusé les enfants, trois ans auparavant, comme sur les photos que j'avais pu voir dans les articles.

J'étais figée, attentive au moindre bruit, et c'était justement là que je la remarquai. Sa respiration. Plus qu'une respiration, une suffocation, une plainte étouffée. Maintenant que je l'avais entendue, elle me paraissait plus forte, de plus en plus longue, comme une souffrance croissante.

Mes yeux croisèrent les siens, me statufiant sur place. Mon sang s'était glacé, et sous le masque, ma bouche s'était entre-ouverte sous l'effet de la surprise. Il me regardait. Non pas ce stupide masque. Il me regardait, moi, sous le masque, comme s'il savait que ce n'était qu'une vulgaire supercherie pour les leurrer.

Mon cœur cognait fort dans ma poitrine, j'avais l'impression d'étouffer, inhalant horriblement fort, comme si je cherchais à happer le moindre atome d'oxygène. J'avais peur, peur qu'il ne me découvre aux autres, qu'il essaye quand même de me tuer, malgré tout.

Je dus me faire violence pour ne pas sursauter en sentant un poids se poser sur ma cuisse, et quand je baissai la tête légèrement, ce fut pour rencontrer l'air hagard de Vincent, fier de sa connerie et de son effet. Je lui envoyai un regard noir, histoire de lui dire de virer sa main, mais le message avait dû rencontrer des interférences. Tant pis, je me contentais de le maudire, à défaut de pouvoir l'étriper maintenant.

Regardant à nouveau Freddy, ce dernier secoua lentement la tête, se redressa, et contre toute attente, quitta doucement la pièce, sans violence ni hargne, comme un… Humain ? Allons donc… Qu'est-ce que je cherchais à comprendre par là…

Une fois que plus rien ne se fit entendre, je fermai les yeux, et ôtai le masque, puis pris la tablette pour remonter vaguement la boîte à musique. Je reposai le tout sur le bureau, pris une grande inspiration, le visage fermé, avant de descendre mon regard sur Vincent. Il y eut un instant de flottement, pendant lequel il ne se passa strictement rien.

Du moins, jusqu'à ce que je m'abaisse d'un coup, et ne lui saute à la gorge pour l'étrangler. Je le rejoignis donc gaiement sous le bureau, espérant lui péter quelques dents au passage, pendant que lui réussissait quand même à rigoler en même temps que je le secouais comme un prunier.

-Plus jamais ça ! sifflai-je, le menaçant d'une droite imminente.

-Doucement, Sweety, c'était pour rire ! gloussa-t-il stupidement, en levant les bras devant lui en guise de protection.

Je le lâchai, et remontai sur mon siège pour espérer me calmer, mais je ne trouvais mon calme qu'en fixant le responsable longuement, en imaginant toutes sortes de tortures que je pourrais lui faire subir pour lui faire regretter son geste, et voire même lui faire passer l'envie de recommencer.

Mais au lieu de ça, cet imbécile continuait de rire de sa stupidité, toujours blotti au fond du bureau. Je soupirai, n'ayant pas plus envie que ça de perdre mon temps avec lui, et inspectai les conduits et le couloir. Vides, tant mieux pour moi. Par mécanisme, j'avais également remonté la boîte à musique, et maintenant, un silence pesant s'était installé dans la pièce. Je n'avais rien à dire, surtout pas après ça.

Vincent se délogea du fond du bureau, et se releva, et prenant soin de poser sa main sur mon genoux pour se relever, évidemment, mais un regard noir de ma part le dissuada d'aller plus loin dans sa blague, ce qui ne l'empêcha pas de sourire comme un demeuré. Il s'étira longuement, et passa derrière le bureau, faisant mine de partir.

-Je me suis assez amusé pour ce soir ! A la prochaine, Darlin' !

Pour appuyer son départ, il me fit signe de la main, sans se retourner, et en guise de réponse, je grognai simplement. Ses surnoms m'horripilaient toujours autant, mais j'avais appris à faire avec. Cependant, sa nonchalance avait quelque chose gênant, je me demandais si j'allais finir par m'y habituer, ou si j'allais finir par le tuer, tout simplement, quand il pousserait la blague un peu trop loin.

En attendant, j'avais autre chose à foutre : survivre, et assurer !

x.O.X.O.x

Nan, là, y'avait définitivement quelque chose que je ne comprenais pas. Ça n'allait pas. Définitivement pas. Quelque chose clochait.

J'avais encore gaffé. Et encore à cause de Bonnie. Comme quoi, c'était un hobby pour lui de venir se planter dans mon bureau en tant que porte-manteau, et de ne plus bouger jusqu'à ce que la boîte à musique ne se vide. Des hobbys à la con, un peu comme ceux de Vincent. Et donc, comme la nuit précédente, la musique s'était arrêtée, et la Marionnette, échappée.

Sauf que. Ca faisait bien vingt minutes que l'incident était arrivé. Depuis, Mangle, Toy Chica, Toy Freddy, Chica et Foxy avait eu le temps de venir faire un tour dans mon bureau, sans mentionner les véritables visites touristiques que m'offrait Billy depuis 1 h du mat'. Le problème ? Toujours pas de Marionnette en vue. Si au début j'avais encore paniqué, mais que je m'étais vite reprise, prête à en découdre avec cette saleté, là, je m'inquiétais un peu quand même. Ouais, ouais, je m'inquiétais pour un truc qui avait pour seul but dans la vie de me découper la tête pour l'accrocher au-dessus de sa saloperie de boîte à musique. A croire que quelque chose clochait définitivement chez moi.

Le point positif, c'était que j'avais parfaitement géré aujourd'hui. Aucune tension, aucun stress, j'avais fait les choses calmement, malgré l'arrivée plutôt contraignante de Vincent au début de la nuit, mais l'agacement était progressivement passé quand Mangle avait montré le bout de son nez, une quinzaine de minutes à peine après le départ de Vincent.

Donc, mise à part la disparition totale et soudaine de Puppet, tout allait parfaitement bien ! Il était 5 h 43, et Chica, qui était rentrée il y avait à peine deux minutes, commençait déjà à tourner les talons pour retourner d'où elle venait.

Le calme revint assez rapidement après le départ de Chica, et après un rapide coup d'œil aux caméras, je remarquai qu'étrangement, tous les animatroniques avaient l'air de vouloir rentrer dans leur pièce, comme s'ils étaient… Lassés ? Ouais, un truc du genre… Je ne devais plus être très divertissante pour eux, du coup, ils retournaient d'où ils venaient. Appelez ça comme vous voulez, mais moi, j'appelais ça une victoire écrasante !

Vrai que j'étais plutôt fière de ce que je venais de faire, mais j'aurais sûrement moins fais la fière si la Marionnette s'était ramenée.

Je ferais peut-être mieux d'aller vérifier ?

J'écarquillai les yeux, et secouai vigoureusement la tête, comme pour sortir cette connerie monumentale de ma tête. Non, non, et non ! Et puis quoi, encore ? Allez le voir avec une pancarte « Tue-moi, c'est gratuit ! », aussi ? Non, hors de question !

Bon, d'accord, mais juste regarder à la porte si tout va bien alors…

Oh, et puis non ! Et si c'était un piège ? Et si elle m'observait depuis toute à l'heure en attendant que je réagisse comme ça, pour mieux me tuer ? C'était une ruse, c'était sûr !

Nan, je dramatisais un peu les choses, là… Peut-être qu'elle était simplement cassée, à cause de l'un des gosses, et qu'elle était en réparation dans un entrepôt ? Pas la peine de s'affoler pour rien. Et tant que Puppet n'était pas là, moi, j'étais en vie !

Allez savoir pourquoi et comment, mais ce genre de questionnements stupides et irrationnels bouffa le dernier quart d'heure qu'il me fallait attendre. Des bruits de portière se firent entendre de dehors, et le souvenir du trousseau de clés de Jackson me revint instantanément en mémoire, me faisant zapper temporairement le cas de la Marionnette. Oh oh… Je faisais quoi, maintenant ? Qu'est-ce que j'allais bien pouvoir inventer pour m'en sortir ?!

Aucune importance ! J'irai au talent, l'improvisation était une pratique j'avais appris à maîtriser ! … Oui, sauf dans certains cas extrêmes type Vincent. Certes…

Je me levai, et quittai le bureau en prenant la direction de la loge. Théoriquement, Jackson devait reprendre son service dès 6 h, repartait à 10 h, et revenait de 19 h jusqu'à minuit. Qui ça ? Moi ? Une espionne ? A peine.

En arrivant à la loge, je trouvais ledit Jackson, en compagnie des trois techniciens de l'établissement.

-Hey !

Ils se tournèrent vers moi, interloqués.

-J'ai trouvé des clés dans le couloir principal. Ca appartient à quelqu'un ?

Bien joué mon cerveau ! Là je te retrouve enfin !

Les quatre hommes se regardèrent, et fouillèrent leurs poches à l'unisson, et bien évidemment le seul à s'exprimer à l'issue de la recherche fut Jackson.

-Ca doit être à moi. Merci de les avoir retrouvées !

-De rien, répondis-je en souriant, lui rendant rapidement.

Ah ! Si tu savais qu'au fond j'étais juste une putain de manipulatrice et que si t'avais perdu tes clés, c'était entièrement de ma faute ! Nan mais vas-y, continue, remercie-moi, j'aime ça.

Je me dirigeai alors vers la table pour reprendre mes affaires, mais me figeai. Fallait-il finalement que j'aille vérifier l'état de la Marionnette quand même ? Maintenant qu'il était 6 h passées, plus rien n'allait me sauter à la tronche, alors qu'est-ce que j'avais à perdre ?

Je me redressai, constatant au passage que tout le monde s'était éclipsé, et pris rapidement la direction de la salle où logeait habituellement Puppet. Arrivée là, j'ouvris la porte, et rentrai, m'enfonçant dans le noir. La salle était affreusement obscure, on n'y voyait presque rien. A tâtons, je cherchai l'interrupteur, et pestai avant de le trouver. La lumière inonda la pièce, m'aveuglant sur le coup. Je m'étais habituée à l'obscurité perpétuelle des lieux, et maintenant, voilà qu'on me foutait une importante source de lumière dans la tronche. Mon corps m'adorait, vraiment…

Je jetai un coup d'œil rapide dans la pièce, paupières plissées, et repérai la boîte. Close, d'ailleurs. Bizarre…

Je m'approchai, précautionneusement d'abord, mais vu que même accroupie devant, et avec la main posée sur le couvercle, aucune réaction ne se fit, j'ouvris franchement la boîte. Je me figeai, ne pouvant que constater les dégâts, mâchoire au sol.

Disloquée, démembrée, broyée, ... Utilisez le mot que vous vouliez, parce qu'il y avait pas mal de termes adéquats à l'état de Puppet, du fond de sa boîte. Un bras détaché du corps, et l'autre, en pièces détachées quelque part. Une jambe pliée dans l'autre sens à hauteur du genou, l'autre, disparue, tout simplement. Le corps, intact, mis à part quelques câbles qui ressortaient ci et là, et là tête, bien que retournée face au fond de la boîte, semblait bien endommagée.

Ouais, ça explique pas mal pourquoi elle avait pas ramené ses fesses pour me casser la gueule…

-Eh beh… Bien arrangé, toi…

-D'une certaine manière, c'est ta faute, résonna sa voix enrouée.

Son ton n'inspirait pas vraiment le reproche, mais plutôt un constat las et blasé. Mais le seul truc qui me gênait : en quoi c'était de ma faute ? Oh, et puis merde… M'en foutais…

J'attrapai sa tête, et la posai droite à côté de moi. Du coin de l'œil, je le voyais qui me fixait, incrédule, pendant que je ramassai ses parties manquantes.

-Qu'est-ce que tu fais ? céda-t-il.

-Je signe mon arrêt de mort imminent en réparant une saloperie de Marionnette tueuse qui veut ma peau.

Je me tournai vers lui, et le fixai bizarrement, avant de sourire.

-Avant que la question ne soit posée : oui, je deviens tarée. Mais ça, d'une certaine manière, c'est votre faute.

Il n'ajouta rien, à part un petit rire sarcastique. Je finis de récupérer ses bras, son torse, et sa jambe, mais l'une était manquante. Je fronçai les sourcils, regardant rapidement autour de moi, mais il fallait croire que la jambe s'était téléportée. Quoi ? On parlait d'une pizzeria hantée par des robots tueurs, avec une espèce de dingue entièrement violet, alors pourquoi pas une jambe qui se téléportait ?

-Pas la peine de te fatiguer, c'est ce gars qui l'a.

Je coulai à Puppet un regard médusé. « Ca gars » ? Il ne parlait quand même pas de… ?

-Ce connard violet, me confirma la Marionnette.

Je levai les yeux au ciel, soupirant d'exaspération. Bon, c'était pas plus surprenant que ça. N'empêche que… Pourquoi aurait-il fait ça ? Il avait bien dit que les animatroniques le haïssait, mais dans ce cas, pourquoi démembrer Puppet, et pas tous les autres ? Ce gars restait définitivement une énigme. Mais pas du tout dans le bon sens…

Je sursautai en sentant mon portable vibrer dans ma poche, et y jetai un rapide coup d'œil. J'eus une espèce de picotement au cœur en voyant le nom de Mike s'afficher, et décrochai rapidement.

-Mike ?

-Néah, tout va bien ?

Sa voix était plus reposée, ça me rassurait, par rapport à plus tôt. Je souris, paisible, et répondis :

-Ca va… Merci, pour toute à l'heure. Tes conseils m'ont beaucoup aidée.

-Blah, blah, blah, se sentit obligé d'intervenir Puppet, suintant le sarcasme.

Pour toute réponse, il reçut un regard froid, qu'il ignora superbement en tirant la langue –comment était-ce seulement possible ?- et détourna les yeux.

-Ne t'inquiète pas, c'est normal. Tu penses que ça ira, à partir de maintenant ?

-Beaucoup mieux. Il faut juste que je fasse attention à la boîte à musique et à Billy, et tout devrait aller bien.

-D'ailleurs, reparlons-en, de la boîte à musique ! coupa l'animatronique avec vigueur. Tu as encore oublié !

Je plaquai ma main contre sa bouche, et éloignai le combiné pour grogner :

-Toi, tu la fermes si tu tiens à revenir en un seul morceau !

Pour toute réponse, il roula des yeux on aurait presque juré qu'il tirait la gueule. Risible.

-Néah ?

-Oui, désolée !

-Si tout va bien, tant mieux… Je te rappellerai demain, histoire de vérifier si tu tiens le coup.

-Pas de problème, acquiesçai-je. Bonne journée, Mike.

-A toi aussi, Néah.

Sans plus de cérémonies, je raccrochai, et soupirai lourdement, tout en rangeant le téléphone dans ma poche. Puis, lentement, je reportai mon regard sur Puppet, qui, s'il avait eu un corps en entier, aurait tremblé. Le regard que je lui lançais était… Comment dire ? Dangereux.

-Toi, faut qu'on parle…

Ah, le bel euphémisme…

x.O.X.O.x

Voilà, c'est tout pour cette fois (c'est déjà pas mal, je pense…). Maintenant que je relis ça, en sachant que je l'ai écrit il y a quand même plus de cinq mois, je trouve que quelque chose cloche, sans parvenir à savoir quoi.. Enfin bref.

Pour Puppet, je n'ai jamais vraiment réussi à le voir comme un connard pur et dur, à vous de voir comment il vous convient…

Sur ce, merci encore d'avoir pris le temps de lire !