Me revoilà, le peuple ! Me revoilà avec un petit texte écrit il y a presque deux ans à l'occasion d'un nouveau concours. Il est assez court - deux pages - mais le thème n'était pas très facile.
Titre : Tempête
Rating : K+
Disclaimer : Vaati ne m'appartient pas, et croyez moi, je pleure.
Thème : Musique.
Descriptif : Il était demandé d'écrire une musique avec des mots et ce avec l'interdiction de faire entrer en scène un instrument de musique ou une partition musicale dans le texte, et ce même de façon anecdotique.
Le Concours a été avorté avant même d'avoir les résultats, donc je n'ai pas eu de note. Je vous le poste quand même, parce que j'ai envie de le partager, voilà tout.
Bonne lecture !
Tempête
Il adorait les tempêtes.
Non pas parce qu'il pleuvait, non pas parce que les éclairs choisissaient ce moment pour déchirer le ciel, mais parce que le vent qui soufflait dépassait ses propres limites. Difficile de ne pas s'émerveiller quand on voyait ces violentes bourrasques se heurter aux vitres qui tremblaient dangereusement, on avait l'impression que les murs bougeaient tellement la puissance de l'élémentaire était colossale. Une force invisible, mais redoutable, une arme absolue capable de se glisser n'importe où sans qu'on ne la remarque. Nombreux étaient ces petits courants d'airs frais qui s'infiltraient chez nous par un minuscule trou invisible à l'œil nu et qui venaient nous chatouiller la nuque afin de nous faire frissonner. Personne n'était capable d'arrêter cette force de la nature, personne n'y était jamais arrivé. Mais ce n'était pas pour cela que l'on ne pouvait pas la dompter.
Vaati scrutait l'extérieur avec intérêt. Cela faisait longtemps qu'il attendait une tempête de cette envergure, et depuis qu'il avait vu ces imposants nuages noirs venir vers lui il y a quelques jours, il ne tenait plus en place. D'où il était, il avait déjà senti le vent se lever, les branches des arbres s'agiter soudainement et l'air devenir plus lourd que d'ordinaire. Déjà, il savait que cette tempête serait grandiose.
Le vent souffle, infatigable, créant son chemin entre les nuages.
Cloitré dans sa demeure depuis sa cuisante défaite contre Link, il passait ses journées à lire ou à faire toute autre activité toutes plus insignifiantes les unes que les autres. Il s'ennuyait ferme, et rien qu'à la pensée de l'arrivée de cet orage, il avait l'impression que le temps ralentissait de plus en plus, le narguait. Mais elle était enfin là.
Leelas se posa sur l'épaule du démon. Une petite chauve-souris au corps arrondis et aux ailes pointues, n'ayant qu'un seul et unique œil grenat. Un être issu du mage après une expérience ayant mal tournée. La petite bête se nicha dans le cou de son Maître et émit une sorte de râle, montrant ainsi son contentement.
Un éclair fendit les cieux, le tonnerre fit trembler les murs et le flash éblouit le jeune homme. Leelas sauta de l'épaule du démon et voleta en tournant dans la pièce. Souriant, Vaati se leva, empoigna son chandelier et, lentement, sortit de la pièce.
Il ne sait pas où il est, mais il sait où il va.
Il descendit les escaliers qui le menaient à son hall et, délicatement, posa son candélabre sur l'un des rares meubles de la maison. Lentement, il revêtit sa cape violacée et mit son cher bonnet qu'il positionna correctement dans le miroir brisé qui lui faisait face. Enfin habillé, il caressa sa petite création avant de souffler les bougies, plongeant la pièce dans l'obscurité, seuls les éclairs apportant un semblant de lumière.
La créature tournoya autour de son Maître avant d'aller se poser sur le rebord d'une fenêtre plus loin, s'installant confortablement dans le repli d'une veste laissée à l'abandon. Elle ne sortira pas.
Choisissant son moment, il tombe soudain.
Vaati ouvrit l'entrée et s'engouffra dehors avec empressement, la porte claquant derrière lui. Il n'eut qu'à faire quelques pas à l'extérieur pour se trouver au cœur de cet événement météorologique et en ressentir toute sa puissance. Il s'arrêta, savourant la sensation de ses cheveux s'envolant au gré du vent, et sauta, tout simplement. Une violente bourrasque souffla précisément à ce moment, emportant le jeune démon avec elle. Elle le précipita dans le vide.
Chutant vers les abîmes, il n'a pour sentiment que l'allégresse.
Loin de s'en soucier, le mage ferma les yeux afin de percevoir ce merveilleux sentiment que lui procurait sa chute libre. Il fendait le vent en deux, ce dernier s'infiltrant dans sa tunique et son bonnet, et le faisait frissonner d'un plaisir insoupçonné. Il se remit d'un coup debout, fixant le fond du gouffre qui se rapprochait dangereusement.
Il remonte brusquement, et tourne.
A quelques centimètres du sol, il utilisa sa magie pour se propulser vers le haut. Il gravit la montagne sur laquelle il habitait aussi vite qu'il en était descendu, et vint se poser sur un nuage qu'il traversa. Il se remit à chuter, mais ne s'en soucia pas, préférant croiser les bras derrière la tête et se laisser aller. Il fit en sorte d'atterrir couché sur un deuxième nuage qu'il ne traversa pas, et de se laisser doucement emporter. Après quelques minutes, le nuage se dissocia et il tomba. Encore.
En pleine chute, Vaati se mit à tourner sur lui-même, créant autour de lui un tourbillon qui grossit de plus en plus. Il se mit brusquement à pleuvoir, les nuages et les éclairs se concentrèrent dans la tornade du démon, plus puissante à chaque seconde qui passait. Elle éclata finalement à une centaine de mètres du sol, au pied d'une image colline parsemée d'arbres, et le mage en sortit en riant.
Puis, il se mit à danser.
Au milieu de ce chaos, la valse débuta.
Pas à pas, le démon gravit la colline, tournoyant sur lui-même, ses pieds tapant le vide qui le projetait encore plus haut. Le vent allait et venait dans ses vêtements et le portait vers le haut, toujours vers le haut, encore plus haut. Sa cape enroulait autour de lui avant de se dérouler aussi sec. Ses bras bougeaient dans le sens des bourrasques, ses jambes l'emmenaient là où l'élémentaire se dirigeait, et ce sans qu'il ne regarde.
Il avait une entière confiance.
Les arbres se rapprochèrent, et Vaati zigzagua entre eux avec grâce, se posant enfin sur la terre ferme dont il soulevait des nuages de poussière tellement il tapait avec force.
Entre les arbres, les feuilles virevoltant.
Les parterres des feuilles mortes se soulevèrent et s'envolèrent, alors que le mage sauta et repartait dans les airs. Il prit appui sur les branches d'arbres et se projeta vers les nuages une nouvelle fois. Il était trempé, l'eau dégoulinait de ses vêtements et coulait le long de sa peau, ses cheveux restaient collés à son visage et il se sentait plus lourd de qu'habitude. Mais il s'en fichait.
Le sang frappait ses tempes et lui donnait un rythme, la pluie formait un bruit de fond et les éclairs finissaient le tout. Cette tempête aurait pu en effrayer beaucoup, mais pour lui, c'était son moment.
Il recommença à tourbillonner avant de toute faire éclater. Quelques acrobaties achevèrent son ballet.
Il danse au son de ce silence qui reste sa seule musique.
Il se posa lentement sur la cime de l'arbre le plus haut d'entre tous et ouvrit les bras en grand.
La masse cotonneuse et noire se fissura d'un coup et laissa passer un unique rayon de soleil qui éclaira le démon. Ce dernier lâcha échapper un dernier rire avant de fermer les yeux tandis que la pluie s'atténuait. Ce moment de liberté n'avait duré que peu de temps, mais bien assez. Il avait oublié sa défaite l'espace de quelque temps, il avait oublié sa miséricorde qui lui reviendrait pourtant en pleine figure d'ici peu, mais il s'en fichait.
Il était heureux.
