"Han, mais regardez-moi ça. Elle poste un OS alors qu'elle a deux fictions en attente depuis perpète ? C'est pas du boulot ça, franchement !" Pourquoi tant de haine ? *se met à pleurer de honte*
Très sérieusement, je poste un nouveau texte, certes, mais je suis sur les autres fictions en cours. Ça avance, très doucement, mais ça avance, ne vous inquiétez pas (du moins, pour ceux qui me lisent... y a quelqu'un qui me lit au moins ?).
Titre : Noyade (titre pas très original, je vous l'accorde, mais j'ai jamais été douée en titres...)
Rating : K+
Disclaimer : Nintendo, encore et toujours.
Thème : L'Eau
Descriptif : Votre thème est l'eau. Fluide comme l'eau qui coule, votre texte devra se centraliser sur l'élément aquatique, peu importe sa forme. Il pourra être calme et relaxant comme un lac ou déchaîné et puissant comme la mer un jour de tempête. L'eau est également un symbole de sagesse, d'apaisement. Enfin, les soins curatifs sont souvent apportés par l'élément aquatique.
J'ai eu une chouette note à ce texte (14.5/20... bon, ok, j'ai arrondi, j'ai eu 14.33, vous allez pas en faire tout un flan !) et des avis plutôt positifs. Je suis passée au deuxième round, mais par manque de temps, je n'ai pas eu le temps de concourir. Mais bref, ne tergiversons pas là-dessus.
Bonne lecture, et n'hésitez pas à critiquer ou me laisser un commentaire tout pleins de bisous !
Noyade
Il y avait des moments où tout semblait perdu. Où l'on tâtonnait dans l'obscurité la plus totale, désespéré, cherchant l'étincelle d'espoir qui illuminerait enfin les environs, éradiquant les ténèbres, laissant la lumière et la paix revenir. Mais, il arrivait que cette étincelle ne vienne jamais, et que la noirceur subsiste et emporte avec elle le peu de vie qui restait encore. Et bien que cela soit rare, ça n'en restait pas moins impossible. Et dans ces situations, la seule et unique chose à faire était d'attendre. Attendre que cela se finisse, enfin.
Il faisait sombre. Et pourtant, l'après-midi débutait à peine. Le soleil, habituellement éblouissant, avait disparu, caché par le châtiment divin qui englobait maintenant la citadelle entière et, avec elle, le célèbre château d'Hyrule, symbole de la royauté du pays. Cela faisait maintenant plusieurs jours que c'était ainsi, que le Vent ne soufflait plus, que la vie tournait au ralenti, attendant patiemment la Mort qui ne tarderait plus. Parce que tout serait fini d'ici la fin de la journée. Tout. Pour la simple et bonne raison que, d'ici quelques heures, ils seraient tous noyés. Qui aurait cru que l'eau fusse aussi meurtrière, au point d'emporter avec elle une population entière ? Cruelle décision qu'avaient prise les Déesses, pour ainsi condamner leurs propres créations.
Daphnès Nohansen Hyrule observait le dôme miroitant depuis l'une des nombreuses fenêtres de la salle du trône, silencieux. Son regard écumait les hauts remparts de sa demeure, avant de s'élever vers le mur liquide, qui bloquait l'eau de l'autre côté. Cette dernière continuait de monter, inlassablement, finissant de noyer la population qui était restée de l'autre côté, impuissante face à ce châtiment. Mais, mourir maintenant ou dans quelques jours, quelle importance cela avait-il ? La pluie tombait encore, et encore, et elle allait très bientôt finir son travail. Au loin, le Roi d'Hyrule pouvait discerner des points noirs qui flottaient à la surface de l'eau montante, se cognant contre le dôme et s'y entassant. De là où il était, il ne saurait dire si c'était de simples débris ou bien des dizaines de cadavres. Il ne préférait pas savoir.
Se détournant de la fenêtre, le vieil homme fit quelques pas en direction de son trône terni, un candélabre en argent dans la main où brûlaient quatre bougies émettant une lumière faiblarde, foulant ses tapis aux arabesques colorées. Il balaya du regard les lieux vide de toute vie, s'attardant quelques secondes sur des objets laissés à l'abandon par des domestiques, pressés de rejoindre leurs familles, ou bien de simples gardes voulant se rincer le gosier à grandes lampées de bière pour la dernière fois de leur vie. Daphnès ne leur en voulait pas. Lui-même aurait détalé pour rejoindre ses proches et passer ses derniers instants avec eux. Mais il était seul.
Soupirant, il fit encore quelques pas avant de s'arrêter au beau milieu de la pièce, son regard se perdant au loin, se plongeant dans ses souvenirs tourmentés.
Tout avait commencé par un vacarme assourdissant, semblable à une vague s'écrasant violemment contre un mur. De sombres nuages s'étaient subitement agglutinés à la frontière du pays, cachant la lumière et plongeant la contrée dans une semi-obscurité sinistre. Le Vent, glacial, s'était mis à souffler, amenant avec lui de sombres présages et la Mort, qui avait d'ores et déjà dégainé sa faux, prête à récolter les âmes qui lui seraient données. Le tonnerre grondait, illuminant les cieux de ses éclairs vicieux, embrasant le sol et laissant sa marque sur le monde. Ce n'est que quelques heures plus tard que l'horrible vérité éclata, sinistre nouvelle qui fissura la paix utopique des habitants d'Hyrule : Ganondorf s'était libéré.
Le Roi des voleurs, célèbre tyran qui s'était lui-même sacré Seigneur du Malin, jusqu'alors emprisonné dans une prison présumée éternelle, venait de briser ses liens, après plus d'un siècle de captivité. Appelés par leur maître, les monstres étaient brusquement revenus, depuis longtemps disparus, et avaient commencés à semer la zizanie partout en Hyrule, n'épargnant personne. Ils mirent les villages qu'ils rencontrèrent à feu et à sang, pillant et tuant tout ceux qui se dressait sur leur passage, marquant leur territoire et acclamant leur souverain revenu d'entre les morts. Déjà, à la fin de la journée, partout, on murmurait que le Mal avait refait surface par simple vengeance, que le Seigneur du Malin rassemblait déjà ses troupes et cherchait à gagner la citadelle pour prendre son dû.
La panique s'était alors disséminée dans la population comme de la poudre au vent, et tous cherchaient à rejoindre le château de la famille royale, réclamant un refuge, un endroit qui leur apporterait sécurité et réconfort. Mais les portes restèrent closes, par mesure de sûreté. Les gardes ne pouvaient pas prendre le risque qu'un démon ne s'infiltre et n'attaque le Roi pour mâcher le travail à son maître. Le peuple s'entassait dans les rues, dormant à même le sol et vivant dans la crasse et la puanteur, si bien que les gardes eux-mêmes n'arrivaient plus à réprimer les révoltes qui grondaient au fin fond des caniveaux. Mécontents, les gens commencèrent à dévaliser les petites échoppes, affamés, puis à se battre pour gagner ne serait-e qu'un peu d'espace ou un peu de nourriture. La vie devint précaire, difficile, et une crise sans précédent menaçait de briser le peu d'humanité qui subsistait encore au sein de la population.
Et sept jours après, jour pour jour, dans le même vacarme qui avait marqué sa libération, Ganondorf se heurta aux portes de la citadelle. Ignorant les personnes terrorisée et hurlantes qui l'entourait lors de sa traversée, c'est avec une facilité déconcertante qu'il démit ses adversaires et qu'il pénétra le château, montant sans transition dans la salle du trône, pièce la plus en hauteur, là où s'étaient réfugiée la famille royale. En vain. L'attendant pourtant de pied ferme, la frêle muraille que constituaient les chevaliers à l'entrée ne tint pas plus de quelques secondes lorsque le Mal, dans son armure sombre, surgit, plus puissant que jamais. Il les jeta à terre et n'en épargna aucun, le sang se répandant comme un voile écarlate sur le sol.
Ganondorf instaura le silence, son regard ardent balayant l'assemblée qui restait, avant de lentement s'avancer vers le Roi, qui se tenait fièrement devant son trône doré, aux côtés de son épouse la Reine et de sa fille la Princesse. Il avait alors prononcé quelques mots qui résonnèrent dans la tête de tous, implacables.
« Vous êtes perdus. »
Daphnès avait alors fermé les yeux, résolu.
Les pertes ce jour-là avaient été inconcevables tellement elles furent conséquentes : plus de la moitié de la population présente avait été décimée, sans aucune pitié. Le Roi se souviendrait toujours du moment où, souhaitant rassurer son peuple, il était descendu à la Grand-Place et avait découvert, horrifiés, les restes carbonisés d'une dizaine d'enfants, utilisés comme un véritable feu de joie. Il n'avait pu retenir ses haut-le-cœur, et c'était livide qu'il avait continué, horreur sur horreur. Tout n'était que ruines, tout était à reconstruire, des maisons, des vies. Tout.
Daphnès secoua la tête, sortant ses images morbides de sa tête. Il n'était plus temps de penser à cela, c'était fini. Les morts qu'il y avait eu ce jour là n'égalaient pas celles qu'il y avait eu ce dernier mois. Au bout du compte, il avait appris à ne plus s'en faire, à ne plus se rendre coupable de la mort de son peuple. Cela pouvait paraître égoïste au premier abord, et difficile, mais une fois que l'on avait compris que l'on ne pouvait rien y faire, cela devenait plus aisé. Après quelques temps, le souverain était devenu sourd aux appels à l'aide, il devint indifférent aux menaces qu'on lui lançait. Il savait que les gens avaient peur, mais que pouvait-il bien y faire, à part les effrayer encore plus ?
Jetant un coup d'œil au dôme à travers une fenêtre, il refit quelques pas en direction de son fidèle trône, afin d'y attendre tranquillement ses derniers instants.
« Daphnès. »
Le grand Roi d'Hyrule tressauta. Alors que les flots continuaient à monter, que la lumière diminuait et assombrissait les lieux, le vieil homme n'était plus seul dans la salle du trône. Il s'était arrêté, son candélabre toujours en main, redoutant ce moment depuis quelques jours déjà. Il savait qu'il allait venir le voir une dernière fois. Le confronter avant la fin. C'était plus fort que lui.
Rassemblant tout son courage, Daphnès se retourna et fit fièrement face à l'intrus qui avait surgit derrière son dos, telle une ombre.
« Ganondorf. »
Le Seigneur du Malin le darda d'un regard assassin. Aussi loin qu'il s'en souvienne, Daphnès ne l'avait jamais vu aussi négligé : sa barbe rousse, autrefois taillée au centimètre près, était difforme, abandonnée, à l'instar de sa chevelure, qu'il n'avait pas pris la peine de coiffer. Il ne portait pas son armure sombre habituelle, il n'avait pas revêtu sa célèbre cape écarlate : il portait une simple tunique noire, aux manches évasées, qui lui arrivait au chevilles et qui laissant entrevoir des sandales pourpres. Il avait perdu de sa prestance, mais avait cependant gardé toute cette condescendance suintante qui le caractérisait tant. Qui le rendait si détestable.
Le Roi ne bougea pas, se contentant de le fixer, sans ciller. Il y eut quelques secondes de silence, rythmé par la pluie que l'on entendait au travers du dôme d'eau.
« Je ne suis pas surpris de te voir en ces lieux, confessa finalement le souverain en posant le candélabre sur un piédestal non loin.
— Étant donné que je vais mourir aujourd'hui, autant avoir un peu de compagnie, répondit le Gerudo sans bouger.
— Je me serais passé d'une telle attention. »
Un petit rire retentit, et le Roi d'Hyrule fut surpris de constater que son ennemi pouvait encore sourire, et ce malgré la situation.
« Que viens-tu faire ici, Ganondorf ? interrogea le souverain en connaissant très bien la réponse à sa question.
— Tu sais très bien ce que je viens faire ici, répondit le voleur de but en blanc.
— Je ne peux arrêter cette folie, tu le sais très bien.
— Bien entendu, puisque tu as envoyé notre seule et unique chance au-dessus des flots. »
Le vieil homme garda le silence, pas le moins surpris que son interlocuteur le sache déjà. Mais, quelle importance ? Qu'il soit au courant ou non, cela n'aurait rien changé. Le mal était fait.
Des cris retentirent dans la cour du château. Détournant légèrement la tête, le Roi d'Hyrule constata que de la fumée noirâtre s'échappait de la citadelle, et des flammes écarlates léchaient déjà quelques habitations. Elles ne mettraient pas longtemps à atteindre les remparts, et autant de temps pour atteindre le château en lui-même, mais, une fois encore, cela n'avait plus d'importance.
« Les Déesses n'ont eu aucune pitié pour ton peuple, asséna Ganondorf d'une voix acide en voyant la douleur passer sur le visage de son interlocuteur.
— C'est un sacrifice nécessaire pour que tu cesses d'exister », rétorqua son interlocuteur en reportant son attention sur lui.
Ganondorf laissa échapper un petit bruit contrit, tout en lançant un regard des plus meurtriers. Daphnès le vit serrer les poings, ses jointures hâlées virant progressivement au blanc. Il était en colère.
Une colère ô combien justifiée.
Le Roi d'Hyrule pleurait. A ses côtés, la Princesse Zelda, elle aussi en pleurs, drapée dans une magnifique robe en soie, aux manches bouffantes, aussi fluide que l'eau elle-même. Noire. Tous les deux étaient penchés au-dessus d'un cercueil en verre, fleuri de part et d'autres, où reposait une personne. Une épouse. Une mère. Une Reine.
Élisa Hyrule n'était plus.
Après avoir investi le château, Ganondorf avait réclamé ce qui lui revenait de droit : la Triforce de la Sagesse. Cette dernière étant en possession de sa précieuse fille, Daphnès avait menti en prétendant que le fragment n'était plus entre les mains de la famille royale depuis qu'il avait été emprisonné, cent ans plus tôt. Le Seigneur du Mal, sachant pertinemment que le souverain, en face de lui, lui mentait impunément, décida de le punir : d'un mouvement fluide, aussi rapide que les éclairs qui grondaient à ce moment-là, il dégaina l'un de ses sabres et s'élança.
La Reine d'Hyrule avait poussé un hurlement déchirant quand la lame aiguisée lui transperça la poitrine de part en part. Son sang avait giclé sur le trône, et quelques gouttelettes s'étaient échouées sur la tenue rose de son unique petite fille qui, obnubilée, n'avait pu détacher son regard de ces quelques taches écarlates, incapable de lever la tête. C'est lorsque le Gerudo avait retiré son sabre du corps de la femme immobile et qu'elle s'était effondrée par terre, les yeux grand ouverts, sans vie, que la jeune princesse avait pu entrevoir le massacre. Elle était restée sans voix, son regard fixé sur le cadavre de sa propre mère, alors que le Mal lui-même s'avançait lentement vers elle, prêt à prendre la récompense qu'il attendait depuis plus d'un siècle.
Ne supportant plus cette vision d'horreur, Zelda avait hurlé de toutes ses forces. Amusé par ce changement de comportement, Ganondorf avait vu trop tard que la Triforce de la Sagesse résonnait en accord avec son chagrin, et avant qu'il ne puisse faire quoique ce soit, il fut violemment expulsé hors de la citadelle. Sa puissance fut telle qu'un écran de protection fut érigé tout autour, empêchant le Seigneur du Malin et les monstres d'y pénétrer. On entendit clairement le cri de rage du Gerudo dehors, subissant un autre échec cuisant, avant que les pleurs n'emplissent la salle du trône. La Reine était morte.
Depuis ce funeste jour, des semaines passèrent, puis des mois. Le temps filait à une vitesse ahurissante alors qu'ils étaient tous piégés dans la citadelle, ne pouvait plus sortir sans que les monstres ne les attaquent. Les corps furent brûlés, faute de n'avoir pas assez d'espace pour tous les enterrer, et la cité reconstruite avec les moyens du bord. Le peuple semblait se remettre petit à petit des pertes qu'il avait subit, mais leur propre Roi, lui, n'avait pas encore fait son deuil, plongé dans ses sombres pensées à longueur de journée, déambulant continuellement dans le château. Il passait le plus clair de son temps dans le sous-sol, là où reposait l'Épée de Légende, la célèbre lame purificatrice qui venait à bout des ténèbres les plus obscures. Il s'agenouillait devant, joignait les mains et fermait les yeux avant de prier. Prier pour que Ganondorf soit défait, prier pour que son pays retrouve sa paix d'antan, prier pour que les Déesses les protègent tous. Il attendait impatiemment une réponse, un signe. Il existait en haut d'une tourelle une série de cloches enchantées, qui sonnaient uniquement lorsque les trois Déesses originelles, Din, Farore et Nayru, intervenaient sur terre. Alors Daphnès tendait l'oreille, des fois que le glas ne sonne et n'annonce une intervention divine.
A son image, le peuple priait lui aussi. Il priait pour que le Héros du Temps, qui était venu à bout du Mal il y a un siècle de cela, ne revienne. Ils priaient pour que cet être légendaire ne surgisse d'une époque inconnue et, accompagné de sa lame, fidèle alliée, il ne vainc leur tortionnaire et le renvoie dans sa prison. Ils allèrent même jusqu'à ne plus revêtir de vert, la couleur qu'il portait et qui signifiait le courage dont il était doté.
Mais il ne vint pas.
C'est petit à petit que tous commencèrent à perdre espoir, alors que le temps s'écoulait lentement, les rapprochant inéluctablement de la fin. Mais pas celle qu'ils espéraient.
« Tu ne sortiras plus de ta chambre. »
Zelda stoppa brusquement la roue de son rouet, arrêtant de filer la laine, avant de lever la tête vers son père, qui l'observait à l'autre bout de la pièce, assis dans un imposant fauteuil blanc cassé. De larges cernes se dessinaient sous ses yeux, preuve que le sommeil le fuyait vicieusement. Voilà quelques jours qu'il n'avait pas dormi, et la fatigue se faisait sensiblement ressentir.
« C'est bien trop dangereux, expliqua-t-il en remarquant la surprise de sa fille. Nous ne sommes pas certains que tous les monstres soient stoppés par ta barrière, et je crains que certaines personnes du peuple ne veulent te livrer à Ganondorf pour que cesse ce siège. »
La jeune fille soupira bruyamment, son regard céruléen glissant vers la fenêtre de la chambre, qui offrait une vue imprenable sur Hyrule. Une vue magnifique, mais obstruée par l'imposant château du Seigneur du Malin, récemment achevé et construit à quelques lieux de la citadelle à peine. Il l'avait intentionnellement placé ici, pour que la population n'oublie pas sa position, les événements qui les avait amenés à se cacher dans la citadelle, à vivre dans la peur.
« Pourrais-je au moins aller me promener de temps à autre dans la cour ? demanda la Princesse en se détournant de son outil.
— A quoi bon, Zelda ? répondit son paternel. Aller voir cet écuyer minable ? Te laisser continuer cette amourette alors que le royaume dépérit ?
— Il s'appelle Link ! avait brutalement rectifié la jeune fille en se levant. Et ce n'est pas qu'une amourette ! Maman serait encore là, elle n'aurait pas autant négligé mon bonheur, comme tu le fais maintenant !
— Suffit ! »
Daphnès tapa du poing sur l'accoudoir de son fauteuil, ce qui fit sursauter Zelda. La colère et le chagrin se lisait clairement sur ses traits, et la Princesse crut quelque instants qu'il allait pleurer. Mais il n'en fut rien. Alors que le vieil homme aller répliquer, un son se fit entendre. Il résonna dans tout le château, arrêtant le temps, soulevant les cœurs. Le glas des Déesses.
Frissonnant, un sursaut d'espoir naissant au fond de lui, le Roi se leva subitement de son trône, sous le regard confus de sa fille, et courut jusqu'à la fenêtre pour voir ce qu'il se passait.
C'est alors qu'il se mit à pleuvoir.
La surface de l'eau n'était plus visible. L'on entendait plus la pluie tomber à la surface du dôme. Il ne subsistait qu'un lourd silence, douloureux. Le calme avant la tempête.
Daphnès et Ganondorf l'avait tout les deux compris. Le temps leur était compté.
« Qui aurait cru que cela se finisse ainsi, ricana le Gerudo en faisant quelques pas. Toi et moi, ici, mourant ensemble dans la même pièce.
— Il est vrai que j'imaginais ma fin autrement, confessa le Roi d'Hyrule. Paisiblement, au fond de mon lit, ma tendre fille me tenant la main aux côtés de mes petits enfants.
— Triste vie, se moqua son interlocuteur.
— Évidemment, il n'y a le pouvoir qui t'intéresse, pourquoi ne comprends-tu pas l'intérêt qu'une famille pourrait t'apporter ? Tellement plus que ta quête stupide.
— Je n'ai jamais eu de famille, comment le pourrais-je ? rétorqua le Roi des Voleurs, vexé.
— Triste vie.
— La fin doit être vraiment là pour que tu te mettes à plaisanter comme un véritable gamin. »
Le souverain secoua la tête. Dehors, une clameur s'éleva : le peuple priait une ultime fois, attendant patiemment l'instant où ils iraient rejoindre leurs proches, qui avaient déjà péris sous les flots. Les ignorant, les deux hommes continuèrent leur conversation comme si de rien n'était.
« Voilà un an que tu es sorti de ta prison, et voilà le résultat, exposa le Roi d'Hyrule.
— Tout aurait été plus simple si ta chère grand-mère et son misérable héros ne m'avaient pas emprisonné il y a un siècle de cela, rétorqua amèrement le Gerudo.
— Hyrule aurait alors été engloutie plus tôt. »
Un rictus déforma le visage de son ennemi, qui refit quelques pas en sa direction, poings toujours serrés.
« M'accuserais-tu du déclin de ton pays ? siffla-t-il, furieux.
— Vois-tu une autre personne dans cette pièce ? répliqua son adversaire.
— Quelle blague ! Me mettre sur le dos toutes ces catastrophes alors que tu restes seul responsable.
— Pardon ? Ai-je demandé aux Déesses de noyer le pays ? S'il y avait eu un autre moyen, j'avais évité tout cela !
— Ne le nies pas, tout ceci est ta faute ! cracha le Seigneur du Malin. Notre monde est perdu par la stupidité de ton peuple et de la tienne !
— Nulle stupidité dans cette décision, seulement un changement radical pour le monde. Et rien de cela ne serait arrivé si ta soif de pouvoir n'était pas aussi gigantesque !
— Hyrule va périr, Daphnès, elle est perdue ! »
La détresse se sentait relativement bien dans sa voix, et ce fut à ce moment que le Roi réalisa avec effarement que le Seigneur du Malin tenait à Hyrule autant que lui. Voir le pays se faire progressivement engloutir avait dû le dévaster plus que de raison, exacerbant sa folie. Que son ennemi porte un tel amour pour son pays était jusqu'à présent inconcevable pour le souverain, mais maintenant qu'il y était confronté, cela prenait tout son sens.
« Hyrule sera reconstruite, tenta de consoler Daphnès dans un élan de compassion.
— Ce ne sera pas Hyrule ! explosa Ganondorf. Un petit tas d'îles aussi insignifiantes les unes que les autres, pas assez larges pour accueillir un château, une mer immense et froide, où le Vent ne soufflera plus jamais ! De l'eau à perte de vue, que de l'eau, seulement de l'eau, est-ce cela, Hyrule ? Une étendue d'eau, aussi lisse que la couverture d'un ouvrage, aussi calme et silencieuse que la Mort en elle-même, crois-tu réellement qu'Hyrule sera reconstruite un jour ?! »
Le silence retomba, lourd. Le Seigneur du Malin, essoufflé, observait son interlocuteur, résigné. Depuis sa venue, c'était la première fois que sa carapace tombait, que l'on pouvait entrevoir son abattement, sa colère et sa résignation.
« Il n'y a qu'une seule Hyrule, et elle est condamnée. »
Ces quelques mots résonnèrent dans la tête de Daphnès, véridiques, impitoyables. Un grand fracas retentit soudain, coupant le silence qui s'était installé entre les deux ennemis.
Le dôme venait de se briser.
Il n'avait cessé de pleuvoir.
C'est au bout de quelques jours de déluge que tous comprirent leur sort. Les Déesses avaient certes fait un geste pour éliminer le Malin qui sévissait, mais ce geste les condamnait. Tous. Désespéré, Daphnès n'avait eu de cesse de prier pour que cette folie s'arrête, il les supplia
Dans leur miséricorde, les trois Déesses offrirent au Roi d'Hyrule la possibilité d'envoyer une poignée d'élus au-delà des flots, pour qu'ils aient la chance de continuer à vivre, alors que le reste de la population périrait. Elles fixèrent néanmoins deux conditions : la première fut que Zelda soit du voyage, pour protéger la Triforce de la Sagesse de l'avidité de Ganondorf, et la deuxième fut que le vieil homme reste pour veiller sur le royaume. Bien que cette décision lui soit difficile, il la comprenait néanmoins.
La pluie tombait, encore, mais un dôme avait été érigé, autour de la citadelle jusqu'au château de Ganondorf, afin qu'ils soient inondés en dernier. Il ne leur restait qu'un mois à vivre. Étrangement, le peuple ne paniqua pas, résolu à son sort. Ce n'est que les derniers jours que des tensions se firent sentir, mais le Roi les ignora, bien trop occupé à préparer le départ de sa fille.
Un bateau avait spécialement été affrété pour permettre à la petite Princesse et ses accompagnateurs de s'échapper de cet enfer. Il n'était pas bien grand, mais suffisant pour si peu de monde. Les provisions qu'il restait au château avaient été chargées dessus. De toute manière, ces dernières ne profiteraient plus à personne si elles demeuraient à Hyrule. La mort s'approchait lentement mais sûrement, fauchant déjà la population noyée, et ce sera bientôt au tour de la citadelle, alors quel intérêt cela avait-il de se nourrir, étant donné qu'ils ne seraient plus d'ici la fin de la journée ?
Un autre bateau, bien plus petit cette fois-ci, aux couleurs rougeoyantes et à la tête de lion, avait été monté, pour permettre une exploration plus poussée sans mettre en danger le navire principal.
Peu de personnes avaient eu la chance d'obtenir une place pour s'échapper de cet enfer. La Princesse Zelda était prioritaire, pour faire perdurer la lignée royale et emmener la Triforce de la Sagesse à l'abri, hors de portée de Ganondorf. Pour l'accompagner, elle désigna quatre de ses domestiques les plus fidèles, qui l'avaient accompagné tout au loin de sa vie. Pour compléter le tout, le Roi avait insisté pour que le Premier Ministre du Royaume ne se joigne à eux, ainsi que le capitaine de la Garde Royale, sans nul doute indispensable si jamais ils arrivaient en milieu hostile. En plus de cela, Daphnès avait insisté pour qu'il prenne avec eux son jeune échanson. Orphelin âgé de huit ans, le petit garçon aux cheveux blonds et aux yeux verts avait tellement fait de peine au vieil homme qu'il n'avait pu se résoudre de le laisser mourir ainsi. Et, à la surprise générale, le Roi d'Hyrule autorisa le jeune écuyer qui aimait sa fille à s'échapper au-dessus des flots. C'était la dernière preuve d'amour qu'il pouvait encore offrir à sa Princesse. Quand il vit la tristesse l'envahir quand elle sut qu'elle allait quitter tout ceux qu'elle aimait, il n'avait pas hésité et avait été voir le jeune homme pour lui annoncer la bonne nouvelle. Ce dernier avait été étonné d'une telle proposition, mais il n'avait pas protesté, trop heureux de pouvoir enfin vivre avec celle dont il était amoureux. Cependant, il savait le sacrifice que faisait son aîné en lui permettant de s'enfuir, aussi se promit-il de ne pas le décevoir.
Le jour du départ, le dernier jour, arriva bien trop vite au goût de Daphnès qui aurait préféré rester auprès de sa précieuse petite fille plus longtemps, mais il n'avait pas le choix. Il devait rester avec son royaume, comme l'avait exigé les Déesses. Bien que cette décision lui brise le cœur, il ne pouvait s'y soustraire et c'était déjà fait à l'idée de mourir. Mais voir sa fille, devant cet imposant navire, prête à partir, ça, il ne s'y fera jamais.
Le souverain aurait aimé ne jamais vivre ce moment. Celui où il dut dire adieu à la seule chose qui lui restait, la seule chose qui lui importait encore.
« Père ! »
Le regard embué de sa fille ne calma en rien l'ouragan qui ravageait son cœur. C'était la dernière fois qu'il la voyait. En vie. L'étau qui enserrait sa gorge ne se défit pas, et il fut incapable de parler quand Zelda se colla contre lui, tremblante. Derrière, les quelques domestiques regardaient la scène, attristés, et Link, un peu plus en retrait, avait un étrange regard. Celui qui montrait que l'on regrettait.
Ils restèrent enlacés de longues minutes, pleurant à chaudes larmes, avant qu'ils ne décident de se séparer. Car le temps était compté. S'essuyant grossièrement le visage en reniflant, la Princesse se retourna et rejoignit ses domestiques en continuant de pleurer. Daphnès, après avoir également sécher ses larmes, se détourna et se dirigea vers Link, qui continuait d'attendre un peu en retrait.
«Prenez soin de ma fille, fit promettre le père éploré.
— Ne vous inquiétez pas, lui répondit le jeune homme. Je la protégerais.
— Bien. Emmène ceci avec toi. »
De l'une de ses larges poches, le Roi sortit une boîte longiligne qu'il tendit à son cadet. Dans cet écrin en bois reposait la Baguette des Vents, l'instrument qui dirigeait l'orchestre dit des Dieux, celui qui permettait, dit-on, de contrôler les divinités qui régnait sur les cieux. Un précieux artefact qu'on venait de lui confier.
« Il se transmet de génération en génération parmi les Rois, expliqua-t-il. Je souhaite que tu le prennes.
— Merci. »
L'écuyer avait doucement refermé l'écrin et l'avait serré contre son cœur, relevant la tête. La confiance nouvelle que lui accordait le souverain le toucha, et il ne sut quoi dire ensuite. C'était trop difficile. Pour les deux.
« Votre Majesté, souffla Link en essayant de contrôler les tremblements de sa voix.
— Je t'en prie, appelle-moi Père. »
Le jeune écuyer se mordit violemment la lèvre pour ne pas pleurer. Ses yeux s'embuèrent, mais il tint bon, ses épaules tremblantes montrant à quel point ce départ l'affectait. Il baissa la tête, attristé, et remercia une ultime fois son aîné avant de partir en direction du bateau, prêt à partir. Une fois tout le monde monté à bord, il ne fallut pas attendre longtemps avant qu'il ne s'élève doucement dans les airs, montant lentement vers les cieux, leur échappatoire. Un dernier geste de la part de sa fille avant que le pont ne disparaisse, bien trop haut pour que l'on puisse le voir.
Le navire ne fut plus en vue au bout de quelques minutes. Zelda était saine et sauve, à présent, dans un monde meilleur. Zelda allait vivre. Zelda était partie.
Daphnès éclata en sanglots.
Les cris résonnaient dans la salle du trône. L'eau avait envahi la citadelle, emportant d'ores et déjà les derniers survivants qui essayaient de se débattre, impuissants. Les mères tentaient de protéger leurs enfants, en pleurs, les hommes leurs épouses, mais tous savaient que c'était la fin. Les incendies qui ravageaient les quartiers avaient été éteints, et le niveau de l'eau montait avec une rapidité effrayante. Ce n'était plus qu'une question de minutes, voire même de secondes.
La tension était toujours palpable entre les deux hommes, debout, face à face, se fixant comme des chiens de faïence. Rien n'altérait le silence, à part le bruit de l'eau qui s'écoulait en cascade dehors.
« La punition s'abat enfin, cracha le Seigneur du Malin au bout de quelques instants.
— Nulle punition dans ce châtiment, seulement une délivrance », riposta violemment Daphnès en plongeant son regard céruléen dans celui ardent de son ennemi.
Un cri de rage emplit la pièce, poussé par le Mal, qui n'en revenait pas de son énième défaite. Mais il n'allait pas partir ainsi, pas sans avoir dit son dernier mot.
« Piètre Roi que tu fais, attaqua Ganondorf dans une ultime confrontation. Vois, entends. Ton peuple se meurt sous tes yeux, et tu restes insensible à son appel à l'aide. Tu n'avais qu'une seule chose à faire pour le sauver : me donner la Triforce de la Sagesse, mais tu as préféré condamner le pays entier pour sauver ta précieuse petite fille, n'est-ce pas égoïste de ta part ? La mort d'autant de personnes t'importe-t-elle peu ? Tu brûleras en enfer pour une telle hérésie, Daphnès, tu brûleras en enfer ! »
Les dernières paroles avaient été hurlées, une rage sans borne déversée en elles. Interdit, le Roi d'Hyrule dévisagea le Gerudo avant d'exploser de rire. Alors que l'eau avait déjà atteint les fenêtres, le souverain adressa à son ennemi ses derniers mots
« J'irais en enfer pour avoir failli à mon devoir envers le peuple. Mais le plus beau Ganondorf, c'est qu'aujourd'hui, nous serons deux à y aller. »
Le Seigneur du Malin dégaina subitement ses deux sabres argentés, furieux et prêt à attaquer, mais il était déjà trop tard.
Les vitres explosèrent en mille éclats alors que l'eau se déversait en immenses cascades dans la salle du trône. Elle s'étendit rapidement sur le sol, comme un voile, avant de se mouvoir en vagues indomptées et de tout emporter sur son passage. Daphnès eu tout juste le temps de voir le regard haineux et désespéré de ce qui fut son ennemi avant d'être emporté à son tour par les flots. Il fut balloté un moment avant de cogner contre quelque chose et d'y être collé de force, le courant étant beaucoup trop fort pour lui. Il reconnu son trône doré, et il fut rassuré de savoir qu'il reposerait là où il avait toujours été dans sa mort, veillant sur son royaume depuis l'au-delà.
Ses dernières pensées furent pour sa fille saine et sauve à la surface, et pour son pays englouti.
Daphnès Nohansen Hyrule ferma une dernière fois les yeux, glissant doucement dans un sommeil éternel.
