A un moment où je divaguais, une lumineuse idée m'est venue, faisant suite à l'OS « possède-moi ». Et si mon inspiration continue, en plus de celui-là, vous en aurez un autre, concluant donc un trio.

La musique de l'OS d'avant pourrait coller avec celui-là... Tout comme Rape me de Nirvana irait bien. Aux deux. Ou alors, vous faites ce que vous voulez.

Creepy ! Deathfic.


Et alors ?

Tu ne ris plus ?

Tu ne souris plus ?

Tu ne me terrorise plus ?

Que se passe-t-il ? Pourquoi ce regard ?

Est-ce parce que je t'ai arraché tes chères lunettes ?

Est-ce parce que tes habits sont en lambeaux à tes pieds ?

Est-ce parce que tu es poings liés, bâillonné, à une chaise attaché ?

Ou est-ce parce que je braque une arme, ton arme, sur ta tempe, souriant ?

Répond-moi. Pourquoi ce changement ?

Je fais un pas vers toi. Ma respiration, lourde, la tienne, saccadée. Mes baskets traînent sur le parquet. Un étrange frisson tourbillonne au creux de mon ventre. Agréable. Il cherche à se déployer dans tout mon corps.

Lourde, au bout de mon bras, cette arme à feu. Elle me brûlerait presque les doigts. Presque. Des éclairs de chaleur, de puissance, remontent le long de mon membre, jusque dans mon cœur glacé.

Comment tout cela a-t-il commencé, déjà ?...

Par toi.

Comme toujours.


Je ne jouais pas, à ce moment-là. J'étais assis sur mon lit. Le jour se levait, et je venais de me réveiller de mon éternel cauchemar nocturne.

Une fois, deux fois, trois fois… De trop. Quelque chose a fini de se briser en milles éclats de glace, qui se sont plantés en moi, me glaçant, me tuant, et, paradoxalement, me rendant bien plus fort.

Quand, ce matin-là, j'ai compris que j'étais mort, et que par conséquent plus rien ne pouvait me faire du mal, j'ai rassemblé mes peluches, mes jouets, mes jeux, je les ai amassés au centre de la pièce, et j'ai pris une batte de base-ball.

J'ai tout cassé.

Puis, j'ai pris un briquet.

Et j'ai tout brûlé.

J'ai ri.

Un rire qui déchirait ma gorge.

Ensuite, j'ai pris les cendres, et je les ai répandues sur mes vêtements. Ils sont devenus gris. J'ai repeint les murs, les meubles, le sol et la porte. J'ai tracé des traits sur mon visage pâle.

J'ai enlevé mon pyjama, je l'ai jeté au sol. Et j'ai sorti des habits gris. Je les ai enfilés, doucement, sentant la poussière amère sur ma peau abîmée, goûtant à sa sèche douceur. La cendre m'a coloré, a laissé sur moi sa funèbre empreinte.

Je suis allé au fond d'un de mes tiroirs. Là où j'ai caché, il y a longtemps de cela, une de tes armes. Tu n'as jamais su qui te l'avait prise. C'était moi. Dans l'espoir insensé de me défendre. Je n'en ai jamais eu l'occasion.

L'arme pesait lourd, dans ma paume si fragile. Je suis sorti de ma chambre, ai hésité un bref instant. Me suis tourné vers la tienne. Y suis entré.


Quelques minutes après, mon office rempli, je suis descendu à la cuisine. Le Panda s'affairait déjà au petit-déjeuner, tout sourrire. La bouilloire sifflait, sans doute pour son éternel thé au bambou.

Il chantonnait un air curieux. Nightmare d'Avenged Sevenfold. Il a embrayé sur Let's Kill Tonight de Panic! At the disco.

J'ai souri.

Un sourire faux, malsain, cruel.

Let's kill tonight, kill tonight, et montre aux autres que tu n'es pas du type ordinaire.

Oui, oui. J'y vais.

J'ai appuyé le canon froid contre la nuque du Panda. Il s'est figé. Un bol lui a glissé des mains, est tombé sur le sol et s'est brisé, dans un tintement.

La terreur… J'ai goûté à sa terreur. Comme tu goûtais à la mienne. Je te comprends mieux, maintenant. C'est si délicieux…

- Geek ? a-t-il murmuré, hésitant, voix tremblante. Geek ? Que fais-tu ?

Sa voix m'a fait plonger dans une brève et douloureuse folie.

J'ai tiré.

Le sang m'a aspergé et a orné la cuisine de sa couleur vibrante, enivrante.

Doucement, il a glissé sur le sol, sa tête percutant les éclats de bol, qui s'y enfoncèrent profondément dans un bruit écœurant et sublime.

Du bout de la langue, j'ai récolté une goutte vermeille merveille, glissée au coin de mes lèvres. J'ai frémis de plaisir.

Je me suis détourné. Et j'ai dit :

- Répond-moi. Pourquoi ne m'as-tu jamais aidé ?


Du van aux couleurs psychédéliques s'échappait, comme d'habitude, une musique douce, presque langoureuse, un peu triste et éthérée.

Foutue musique de Hippie. Je n'ai jamais aimé cette saloperie.

Somebody to love, chante Grace Slick.

Je n'ai pas pris la peine de frapper à la porte branlante. La poignée rouillée m'a résisté un instant, avant de céder dans un grincement agaçant. De l'intérieur, un aboiement surexcité m'est parvenu.

Comme d'habitude. Il était sur son lit, enfoui au milieu de coussins multicolores et d'une couette énorme, un joint au coin des lèvres, sourire béat. En m'apercevant, il a baissé ses lunettes violettes, surpris, m'a fixé. Sa main a redressé son chapeau, grattant son crâne. Capsule de Bière à ses côtés, grognant, méfiant.

Oh, tant de douce innocence dans son regard flouté par la drogue.

- Gros ? On dirait l'arme du Patron. Tu fais quoi avec ?

J'ai relevé le canon, le pointant sur son front. Une goutte de sueur a coulé le long de ma colonne vertébrale. Un étrange besoin, tel une voix impossible, me pressait d'appuyer, d'apporter la mort, de sentir, encore, et encore, et encore, la jouissance de tuer, ce sang rouge, ces yeux éteints.

- Gros ?

La douce et paisible folie dans laquelle il naviguait, Idéal dans un monde dominé par le Spleen, disparut, laissant place à une lucidité aiguë. Il leva la main, dans une futile tentative de se défendre, de de protéger.

- Gros, ne…

J'ai tiré.

Sang sur les couleurs de son monde. Noir dans un univers de lumière.

J'ai terminé en achevant Capsule de Bière, qui gémissait devant le cadavre de son cher maître.

Si tu m'avais attaqué, stupide chien de pacifiste, peut-être que ton ami serait encore en vie. Ça fait mal, de le savoir, pas vrai ?

Répond-moi, Hippie.

Répond-moi. Pourquoi avoir disparu dans ton monde utopiste sans moi ?


Il était dans son laboratoire, endormi sur ses feuilles volantes et ses stylos, au milieu d'un capharnaüm de fioles, de formules, d'alambics et autres instruments sans aucun sens, le tout bourdonnant, fumant, vibrant. Je me suis penché sur son épaule, l'est doucement secoué. Il a grogné, a mollement levé la main pour me repousser.

- Mgn, quoi encore ? La Science a besoin de se repo… Geek ?!

Ah, c'est vrai. J'étais taché de sang. Mes habits de cendre, fichus. Le rouge, vibrant, détonne sur la poussière, avec mon visage grave, mes yeux assurés, et l'arme dans ma main.

Si j'avais eu envie de parler, je t'aurais dit, enfantin : "Le Panda et le Hippie sont morts, Prof... Tu es le prochain !".

Le Panda, que tu détestais tant, est mort. Ton vœux exaucé.

J'ai ris, doucement, en le voyant perdre ses mots, perdre pied, alors que je perdais la tête.

A quoi te sert ta science, Prof, maintenant qu'un canon froid est pointé entre tes deux yeux ? A quoi te sert-elle, maintenant que toute la vérité, froide, logique, te frappe, maintenant que l'instant efface l'avenir ?

Tu étais tellement inutile, même quand tu répondais aux questions idiotes de ces imbéciles de fans hystériques. Il y avait tellement plus intéressant !

Pourquoi l'Humain est-il fait par essence de préjugés, de haine et de peur ?

Pourquoi cette peur dans tes yeux, ce frémissement dans tes membres ?

Pourquoi ma douleur, ma peur, ma solitude et mes larmes ?

Pourquoi mes nuits blanches teintées de noir ?

Pourquoi la Manif pour Tous et le FN ?

Pourquoi toi

pourquoi moi

pourquoi lui

pourquoi Mathieu ?

Pourquoi pleurais-tu, pourquoi tuer à bout portant cause tellement de dégâts et salit autant ?

- Répond-moi. Comment une création peut mourir ?


L'odeur entêtante. Douce, amère, cuivrée. Elle emplissait ma bouche, mes narines, s'infiltrait dans mes poumons, les nettoyant de cet éternel combo de cigarette, de cruauté, de perversion. Me faisant me sentir vivant, puissant, tout au contraire de comment on m'avait créé.

De pourquoi on m'avait créé.

Pourquoi m'as-tu créé ?

Tu attendais. Tu avais entendu les coups de feu. Tu tremblais. Tes mains s'agrippaient, stress ou vain geste de prière. Tes yeux, si chaleureux, si semblables aux miens, cherchaient à accrocher mon regard froid et impitoyable.

Pourquoi m'avoir créé si faible ? Quelle perversité traîne donc dans ton esprit, pour avoir besoin de nous inventer ? Le criminel, la victime… Que cela révèle-t-il de toi ?

- Geek ?...

Voix vacillante.

Tais-toi donc.

Tu étais debout dans ta chambre, près de ton ordinateur, et tu me tendais futilement les bras, comme dans un geste de réconciliation.

Ou de réconfort.

Un moment, l'idée étrange que ç'aurait pu être cela, un « Ne pleures plus, Geek, je suis là pour t'aider et te sortir de ta nouvelle folie » me traversa l'esprit.

Mais c'était impossible.

Je vais te tuer, Mathieu.

Mon créateur.

J'ai levé le bras, appuyé sur la gâchette. Un bref instant, un éclat de douloureuse surprise, de souffrance, celle de la trahison, celle que l'on ressent en comprenant que l'on va mourir, luisit dans tes iris.

Et puis, la peur.

Et son doux parfum.

Fleur de sang sur ta poitrine, et tu te laissais glisser au sol, mort, un reste de supplique dans ton regard éteint.

Et cet étrange poison, enivrant, jouissif, me parcourant en même temps que tu mourrais.

J'ai une question, Mathieu.

- Répond-moi. Pourquoi nous-as-tu créés ?


Il ne reste plus que toi.

Notre créateur tué, je suis remonté dans ta chambre. J'ai aimé te voir dormir, la première fois que j'y suis rentré. Faible. Presque innocent. Il m'a suffi d'un coup sur ta tempe pour m'assurer que tu ne te réveille pas.

Et te voilà.

Et alors ?

Pourquoi trembles-tu ?

Pourquoi te démènes-tu ?

Tes liens sont trop solides...

- Tu les as laissés tranquille, hein ?

Pourquoi t'inquiéter d'eux, maintenant ?

- Plus personne ne les embêtera jamais, juré.

Pourquoi cette incompréhension, cette détresse ?

Doucement, je pose le canon de ton arme sur ta tempe.

On se retrouvera devant le trône de Satan, d'accord ? Toi et moi

à jamais

liés

par ta

folie.

Coup de feu.

Sang sur les murs et le sol et mes habits sur ton front dans tes yeux et dans mon cœur glacé, sang pour les nuits blanches et noires, sans sommeil et sans repos

Répond-moi.

Répond-moi.

Pourquoi m'avoir fait ça ?

Pourquoi m'avoir détruit ?

Pourquoi avoir fait de moi ce que je suis aujourd'hui ?


Etrangement bizarre.