Couloir B ou couloir C? Le bureau de Gaara pouvait aussi bien être plus loin, là où se croisait le corridor A et D et qu'en empruntant le couloir A, on pouvait aboutir sur la section E… J'avais l'impression d'être dans un labyrinthe. Il commençait peut-être à se faire tard car lorsque je passai près d'une fenêtre, je réalisai que la nuit était tombée : les criquets chantaient et le ciel était maintenant noir et étoilé. Y avait-il toutes les lettres de l'alphabet dans cet office? Car je croyais bien en avoir dénombré jusqu'à vingt-six.

Qui sait, peut-être qu'au bout du compte, tu trouveras aussi des lettres japonaises.

Lorsque la voix de ma conscience sorti cette idée absurde, je soupirai. Si ça avait pu être le cas, je n'aurais pas été à la veille de trouver Gaara…

Je distinguai quelqu'un au fond du corridor dans lequel j'étais engagée qui tournait une intersection. Il arrivait dans ma direction, les yeux rivés vers un paquet de documents qu'il avait entre les mains. Il avait l'air d'un sensei vue sa veste. Le côté droit de son visage avait deux traces de maquillages, comme des formes de griffes, et sa tête était coiffée d'un casque de bandages dont l'une des bandes s'échappait pour cacher son œil gauche.

Lorsque son regard croisa le mien, il crachât :

- Qu'est-ce que tu fais dans l'office du Kazekage, toi!

- Euh… Je m'appelle Yume… et je cherche le Kazekage…

- Qui t'envoie?!

Ses manières laissaient à désirer.

- Nakary Sensei…

À mes mots, ses traits se détendirent :

- Ah, Nakary…

- Vous le connaissez?

- Bien sûr, c'est un très bon ami. Mon nom est Baki. Tu es forcément la seule élève qu'on a confié à Nakary.

- Hein? Pourquoi?

Il se gratta la nuque avant de s'expliquer :
- Nakary n'est pas autoritaire. Il déteste donner des ordres… mais obéit à ceux des autres sans jamais s'objecter. Il est un des plus forts ninjas de Suna. C'est pourquoi on juge important qu'il transmettre son savoir. Alors, considérant son incapacité à diriger, on se contente de ne lui assigner qu'une élève.

J'hochai la tête.

Alors qu'il s'apprêtait à reprendre sa route, j'osai l'arrêter de nouveau :

- Pardon, mais savez-vous où je peux trouver le bureau de Gaara?

Bizarrement, il fronçât les sourcils et son regard s'assombrit, comme s'il était incapable de supporter entendre le nom de son propre kazekage.

- Oui… tourne à droite au fond, dans la rangée H.

Je le remerciai et m'empressai de rejoindre le bureau de Gaara. Je frappai légèrement à la porte du revers de mon poing, et me permis d'entrer discrètement. Gaara avait les yeux plongés dans la paperasse, comme Tsunade il y a deux jours. Il portait sa veste blanche de Kazekage pardessus un chandail bleu, alors que la chapeau qui completait son accoutrement de Kazekage reposait sur le coin de son bureau. Temari était placée de dos à moi face à Kankuro et ils étaient assis sur des petits pouffes, face à une table basse dans le coin de la pièce. Ils passaient le temps en jouant l'un contre l'autre au shôgi. Gaara leva les yeux sur moi et m'accueillit d'un sourire plutôt pâle et forcé :

- Ah, bonsoir Yume.

- Bonsoir Gaara! Moi et Nakary sommes revenus de Konoha. Il fallait que je vous en informe.

Sous les regards en coin de Kankuro et Temari qui continuaient leur partie, Gaara me fit signe d'approcher et j'avançai vers son bureau.

- Yume, voici ta fiche. (Il me tendit une feuille d'instructions et je la pris) J'aimerais que tu la donnes à Nakary.

- Qu'est-ce que c'est?

- Nakary n'est à tes côtés que depuis ce matin. Il n'est pas encore renseigné sur toi. Dessus il y a tes allergies, ta grandeur, ton poids et tes détails de santé.

Embarrassée, je pressai la feuille contre mon cœur. Comme quatre-vingt-dix pourcents des filles de ce monde, je n'aimais pas qu'on connaisse mon poids…

- Sans vouloir être indiscrète, en quoi un sensei a besoin de connaitre des informations pareilles?

- C'est un système important, surtout pour les élèves qui ont le statut d'asthmatique dans leurs détails de santé.

- Des ninjas asthmatiques?! Ça existe?

- Bien sûr. Mais je n'en connais qu'un seul qui est parvenu au stade jonin.

- Qui est-ce?

- Il s'appelle Kirichi. Mais je doute que tu ne le connaisses.

Je savais très bien que je paraissais trop curieuse, mais j'étais assoiffée de réponses. Je le bombardai de questions tous sans liens les unes aux autres :

- Il faut que je sache : pourquoi était-il aussi important que je vienne ici m'entrainer, plutôt que de me pratiquer à Konoha?

- C'est Nakary qui a demandé à ce que ton entrainement soit fait à Suna. Il a… un motif qui le retient.

Dès que j'acquiesçai, j'enchainai avec une autre question :

- Et pourquoi fallait-il arriver à Suna avant ce soir?

- Ton sensei n'aime pas imposer des restrictions. Mais je savais qu'au fond il aurait préféré être de retour à Suna le plus tôt possible, alors c'est moi qui s'est chargé de vous imposer un retour aussi furtif.

- Comment savez-vous…? Pourquoi…

Il m'arrêta d'un geste de la main :

- Yume, ne poses pas tant de questions.

Navrée, je m'excusai et baissai les yeux. À peine cinq seconde s'écoulèrent qu'un ninja, surement le préposé, entra en trombe, à bout de souffle. Pour qu'un Jonin soit essoufflé, il devait avoir couru un long trajet. Alerté, Gaara se leva de son bureau, tout comme Temari et Kankuro qui abandonnèrent leur jeu.

- Pfff… Pfff, Les femmes de Suna… Pfff… Elles étaient sorties aujourd'hui…Pfff… Pour les récoltes de fruits et légumes dans les jardins éloignés des frontières… Pfff…

Les récoltes de fruits et légumes? Je me souvins qu'au village de Kyranami, nous avions également une journée chaque trois-mois où les femmes sortaient des frontières pour aller cueillir nos fruits et nos légumes car, tout comme Suna, Kyranami était trop chaud et poussiéreux pour faire pousser des végétaux comestibles.

- Quoi? Insista Gaara, sans pourtant afficher de l'impatience. Que s'est-t-il passé?

- Elles ont été enlevées… Pfff… Tous enlevées…

Je me foudroyai sur place, terrifiée par la nouvelle qui sembla aussi ébranler Gaara. Pourquoi s'en prennait-on aux femmes de Suna? Il se ressaisit rapidement :

- Combien reste-t-il de femmes à Suna?!

- Peut-être 500, 700… Pfff… Les seules femmes qui restent sont celles qui ne vivaient pas grâce au commerce d'aliments… En partie des ninjas…Pfff…

- Dans ce cas, envoyez la moitié des unités à la recherche des femmes disparues.

Alors que le jonin s'apprêta à ressortir, Gaara lui donna une autre indication :

- N'envoyez pas les femmes ninjas! Que les hommes!

- C'est inconcevable, s'opposa alors Temari, sortie tout à coup de son mutisme. Je veux partir aussi à leur recherche!

- Non, hors de question. Plus aucune femme ne sort hors de l'enceinte de Suna tant qu'on n'aura pas liquidé les responsables.

Kankuro avança vers Gaara :

- Eh, Moi j'y vais!

- Très bien, Kankuro… (il riva son regard sur sa sœur) Toi, tu restes ici jusqu'à nouvel ordre.

Temari eut du mal à dissimuler une moue et se laissa retomber sur son pouffe, peu enchantée de ne pas pouvoir aller avec Kankuro alors que celui-ci et l'autre ninja sortirent de la pièce.

Gaara s'adressa de nouveau à moi, toujours debout derrière son bureau :

- Quant à toi, Yume, il est possible que ton entrainement avec Nakary soit retardé. Je vais probablement l'envoyer avec les autres.

- D'accord.

Je n'avais rien à dire contre. Moi, comparée à Temari, je n'avais pas l'âme du ninja. L'entrainement n'était pas ma priorité. Elle prit les choses en main et m'annonça de sa voix grave :

- Pour ton logis à Suna, tu vas dorénavant habiter à la 7e avenue, l'adresse 527, appartement B.

- Euh… Merci. Je vais y aller…

Je fis mon salut et je tournai le dos pour m'éloigner, et, voyant que j'allais quitter, Temari s'objecta :

- Tu ferais mieux de ne pas y aller seule, il se fait tard. Veux-tu que je t'accompagne?

Gaara faillit rire à la tentative de sa sœur pour rejoindre Kankuro, mais n'en fit rien. Il redevint sérieux et calme :

- Bien essayé, Temari.

- C'est vrai! Répliqua-t-elle, elle ne devrait pas y aller seule! Elle n'est pas bonne en combat et qui sait qui pourrait la croiser dans Suna.

Je sentis une goutte d'embarras couler sur mon front. Temari était tellement… directe… « Pas bonne en combat »… Mais bon, il fallait l'admettre, je n'étais pas la meilleure genin…

Gaara regarda Temari, puis moi, avant de prendre une décision :

- Tu as raison, c'est plutôt dangereux pour une fille de marcher seule le soir. Je vais reconduire Yume et demander aux voisins de surveiller les portes de l'office. S'ils m'annoncent que tu es sortie, j'irai te chercher.

Effectivement, avoir le kazekage à ses trousses n'était pas la situation la plus aisée, même pour Temari. Gaara, quoiqu'aux apparences impassibles, semblait beaucoup s'inquiéter pour sa sœur.

Temari essaya à nouveau de le convaincre :

- Mais… Nous avons besoin du kazekage à l'office!

- Alors tu seras le 6e kazekage pour l'heure qui suit.

Elle soupira, exaspérée. Elle allait probablement être coincée dans l'office jusqu'au lendemain matin: le moment où, peut-être, Gaara la laisserait sortir avec la certitude qu'elle ne pourrait plus rejoindre Kankuro.

Gaara s'avançât vers moi et me fit signe de le suivre. Je me sentie soulagée d'être reconduite. Pas parce que j'avais peur des voyous, mais parce que pendant quelques instants, j'avais cru avoir à non-seulement trouver la sortie de l'office seule, mais retrouver aussi la 7e avenue dans la noirceur à travers tout Suna.