Je ne me sentais pas fatiguée. J'avais dormis pendant le trajet jusqu'à Suna tout à l'heure, alors je ne ressentais nullement le besoin de dormir.
Suna était bercée par un vent frais qui sifflait entre les bâtiments et venait agiter les mèches de mes cheveux. Plusieurs lanternes qui éclairaient les rues sablonneuses de la ville nous guidaient de leurs faibles lueurs et se balançaient d'un va-et-vient grinçant. Muet comme une carpe, Gaara marchait, regardant droit devant, n'ayant comme objectif que de me raccompagner à ma nouvelle maison. Je commençais à me demander si ce qui l'importait vraiment était de s'assurer de ma sécurité ou de simplement pouvoir revenir à l'office le plus vite possible pour continuer à jouer au gardien de prison avec sa sœur.
Le vent se leva encore plus. Il semblait faire de plus en plus froid et je sentis le poil de mes bras s'hérisser dans un frisson. Gaara détourna son regard saphir vers moi : Il avait presque l'air embêté par ma frilosité. Il était vrai qu'il était peu convainquant pour une ninja d'être indisposée seulement par une température basse…
Lors d'une nouvelle bourrasque de vent, je senti du sable pénétrer dans mes yeux et me mit à les frotter vigoureusement avec mes poignets. Aveuglée, je trébuchai sur le pied de Gaara, mais il me rattrapa avant que je touche le sol, sa main retenant mes clavicules.
En me redressant, je me mis à rire jaune :
- Merci… Eh… Tu ne m'emmènerais pas danser, en tout cas!
Il souria mais ne ria pas. Était-ce de la déception? Probablement. Il devait s'attendre à ravoir à Suna la dernière Kyranami, qui avait grandi à Konoha toutes ces années et qui, aujourd'hui, était censée être devenue une arme ultime qui puisse invoquer de son imagination fertile tous les monstres les plus inusités. À la place, il avait devant lui la fille en question qui n'était même pas apte à marcher dans le froid et dans le vent.
Je baissai la tête.
- Tu es l'élève idéale pour Nakary, déclarât-il soudainement.
Mon regard se releva sur lui :
- … Pourquoi?
- Car je sens que ton sensei aura en fait plus besoin de toi que tu auras besoin de lui.
Mes lèvres se pressèrent. Je ne comprenais pas ce que Gaara voulait dire, et j'avais l'impression qu'il savait très bien que je ne pigerais pas.
Comme Gaara ne semblait pas vouloir m'éclaircir sur Nakary depuis tout à l'heure, je ne posai pas plus de question sur mon nouveau sensei.
J'éternuai subitement et empoignai mes bras entre mes doigts, presque grelottante. J'avais hâte d'être arrivée à mon appartement car je commençais à ne plus supporter la température nocturne du désert.
- Sommes-nous bientôt arrivés? Demandai-je, en tentant de ne pas avoir l'aire trop impatiente.
Je n'eus pas de réponse. À nouveau, la peur d'avoir paru impudente me traversa l'esprit. Tout à coup, je sentis un textile se poser sur mes épaules : Gaara avait enlevé sa veste blanche de Kazekage, exhibant entièrement le chandail bleu qu'il portait en dessous, et avait placée celle-ci sur mes épaules.
- M…Merci…
- Tu devras être formée pour combattre des ennemis… Pas le rhume.
Je pouffai de rire, mais Gaara restait toujours aussi sérieux. Comment sonnait son rire? Je l'avais vu sourire, mais pas encore s'esclaffer… Tout comme Nakary. J'avais l'impression que de devenir ninja n'allais pas être une partie de plaisir… que ça allait être une conversion en quelque chose de puissant mais malheureux.
Qu'est-ce que tu racontes? Regardes un peu Naruto Uzumaki. Tu crois vraiment qu'il est malheureux?
Bon, Naruto Uzumaki n'était pas un très bon exemple de mon hypothèse… Naruto était un garçon particulier. C'était un ninja qui était d'avantage fort psychologiquement que physiquement.
Quand tu dis fort psychologiquement, tu ne parles pas de son intelligence…
Gaara et moi nous arrêtâmes.
- Nous y sommes, trancha Gaara.
Je tirai ma révérence :
- Merci beaucoup de m'avoir raccompagnée, Gaara-Sama.
- Tu as la fiche que je t'ai donnée tout à l'heure?
- Oui… Pourquoi?
- Montre-la au surveillant du bâtiment, et il te donnera la clé de ton appartement.
- D'accord.
- Et ne reste pas dehors. On ne sait pas si les coupables des enlèvements ont réussis à s'infiltrer dans Suna.
J'hochai la tête. Et le saluai
- Merci encore!
Gaara hissât un sourire puis repartit, alors que j'entrais dans l'immeuble.
J'ouvris la porte et mis le pied dans mon nouvel appartement. C'était un logement « deux-pièces-et-une-demie » situé à l'étage le plus haut de la bâtisse. Je jetai mon trousseau de clé sur le comptoir. Il y avait une porte patio qui menait sur un tout petit balcon dehors. Par celle-ci, on pouvait voir les étoiles du ciel dégagé depuis l'intérieur. La lune, quant à elle, paraissait plus énorme et lumineuse que jamais, éclairant à elle seule convenablement mon appartement. À peine atténués, les vents dehors étaient si puissants qu'on les entendait frapper constamment les murs de l'immeuble.
J'observai le lit. Il n'était pas comme celui que j'avais, à Konoha. Celui à Konoha était un lit surélevé avec des pieds et une tête de lit, alors que celui qui était maintenant face à moi n'était qu'un mince matelas par terre avec un oreiller et un drap. Le lit typique, quoi.
Je m'apprêtai à me changer quand je me rendis compte que je n'avais rien apporté comme bagage à Suna : ni pyjama, ni vêtements de rechange.
« Merde! »Lâchai-je
Je pris la décision de dormir en sous-vêtements. J'avais amené des yens, alors je pourrais m'acheter de nouveaux vêtements demain, lorsque les magasins seront ouverts. Je baissai mon pantalon et tirai sur mon haut… Avant de réalisé que j'avais en plus oublié de rendre la veste à Gaara.
« Double-merde! » criai-je, cette fois, un peu plus fort.
Tu devrais peut-être songer à aller la lui rendre maintenant. Ce serait la moindre des politesses.
Je rejetai cette idée. Gaara avait clairement spécifié de ne pas sortir seule cette nuit. De plus, je savais très bien que circuler dans Suna dans l'obscurité était le meilleur moyen de me perdre, et Gaara devait déjà être très loin.
Cette veste est le symbole du Kazekage. Tu dois la lui rendre au plus vite.
Je grinçai des dents. Le dilemme auquel je faisais face me déchirait.
À contrecœur, je remis mon pantalon, repris mes clés et sortit de mon appartement.
