Je me réveillai sous des draps douillets. En me redressant, je serrai ma tête au creux de ma main : Une douleur atroce me lançait dans le crâne comme un choc électrique.
J'étais au beau milieu d'une pièce qui m'était inconnue dans un lit typique étalé par terre et auquel ont avais ajouté deux doublures. Je me souvins alors de m'être effondrée sous l'emprise d'une fièvre écrasante. Ainsi, Sensei m'avait surement ramassée et amenée en lieu sûr pour la nuit : probablement dans son appartement. La nuit… ai-je bien passé seulement une nuit inconsciente?! Plus je réfléchissais, plus j'avais l'impression de lever le feu qui faisait bouillir mon cerveau.
Mon regard se tourna vers des objets placés en bordure de mon matelas. Il y avait, tous enlignés, une boite de mouchoir, un sachet de pastilles pour la gorge et une bouteille de sirop. Je ne pus m'empêcher de sourire face à l'attention.
J'empoignai le sachet de pastilles aux framboises et aux fraises. En jetant un coup d'œil à l'intérieur, je constatai sans trop d'étonnement qu'il ne restait dans le paquet que les pastilles aux framboises.
C'est en regardant plus attentivement que je trouvai un petit papier, plié dans le sachet. Je le dépliai et le lu :
« Parti avec une troupe à la recherche des hommes d'hier soir. De retour le plus vite possible.
Nakary Dekarta»
Pfff. Même pas foutu d'écrire des phrases complètes…Mais quand même suffisamment sympathique pour me fournir les outils nécessaires à mon rétablissement.
Je me mis à tousser dans le creux de mon coude. Ma toux était sèche, et ce n'était pas bon signe. J'étais encore vêtue des mêmes vêtements humides qu'hier et regrettais de ne pas avoir de tenue de rechange. J'étais tout de même heureuse que Nakary n'aie pas osé m'enlever mes vêtements sous prétexte qu'ils étaient sales et mouillés.
Je me levai du lit et circulai dans l'appartement pour jeter un coup d'œil au logement. Tout était calme et vide. Seul le tic-tac d'une horloge au-dessus du four de la cuisine brisait le silence. Je remarquai un kimono sec laissé sur la table, sans doute à mon intention. Sans attendre, je ne perdis pas une seconde de plus dans ma tenue inconfortable et me dévêtis pour l'enfiler. Effectivement, la différence de confort se sentit tout de suite.
On voit que ce n'est pas comme avec le kazekage. Avec Nakary, pas besoin de demander pour emprunter, ce n'est que le sensei mou de l'échine qui plie à chaque caprice!
J'en voulus à ma conscience de se montrer aussi moqueuse à mon égard. La raison pour laquelle je me sentais plus en confiance auprès de mon sensei était sans doute que je ressentais une proximité avec lui qu'il n'y avait pas avec Gaara. Car après tout, Gaara était le chef d'autorité. Il était raisonnable, réaliste et sage malgré son jeune âge… Alors que Nakary, lui, demeurait dans mon jugement au stade de chipeur de fraises.
Une fois affublée convenablement, je poursuivie ma visite dans l'appartement. Je jetai un coup d'œil furtif et curieux à la chambre de Nakary : au fond de la chambre, je vis un étalage complet de livre. Ce n'était pas un mur, en fait, c'était pratiquement une bibliothèque complète. Au coin de sa chambre, il y avait un piano-à-queue, ce qui me surprit énormément car jamais je n'aurais imaginé un ninja joué du piano… Et sur le mur droit était fixée une autre horloge taillée dans le bambou.
Quand à la salle de bain, la douche était faite en papier de riz et au-dessus de l'évier qui prenait des motifs de marbre, il y avait une troisième horloge : en bambou, comme les précédentes.
Ma foi, pourquoi y a-t-il une horloge dans chacune des pièces?
Je m'étouffai à nouveau et retournai près du lit où je m'étais réveillée. Mon nez était congestionné, j'avais toujours mal à la tête et avais l'impression que ma peau était extrasensible. Je me mouchai avec un des mouchoirs à ma disposition et soupirai en réalisant que j'ignorais où se trouvait la poubelle. Je le gardai donc au creux de ma main, le temps de m'étendre sur le dos sur le matelas, et regardai le plafond jusqu'à ce que je m'assoupisse à nouveau, terrassée par la fièvre.
Je me réveillai de nouveau au son de la porte de l'appartement qui s'ouvrit. Étourdie, je m'assoyai sur le matelas, toujours abriée par les couvertures. Le soleil couchant perçait la fenêtre de la porte patio de l'appartement. Il devait, sans aucun doute, être autour de 19 heures.
- Gaah… Maudite Fièvre…
Je vis Nakary entrer et il portait des sacs d'épicerie dans les bras. Sans même attendre de m'être réveillée un peu plus, je m'empressai de prendre des nouvelles :
- Alors? Avez-vous capturé les hommes qu'on a vus hier soir?
- Nous en avons eu trois.
- Trois? Mais… Ils étaient une quarantaine, au moins!
Nakary allât poser ses sacs sur le comptoir, dans la cuisine ouverte sur le salon où je me trouvais par une grande arche en bois et, en dépaquetant les aliments, ne réfuta même pas à ma remarque :
- Aimes-tu les ramens?
- Euh… Oui, merci… Mais je peux aller souper chez moi…
- Soit.
Après un moment d'hésitation, je frissonnai à l'idée d'avoir à rentrer seule chez moi dans Suna, et d'y demeurer sans aucun secours si jamais je referais face à un de ces hommes.
Et en plus tu as encore peur des araignées. Ici, à Suna, les arachnides sont dix fois plus gros qu'à Konoha.
Faisant marche arrière sur ma décision, j'ajoutai une demande en contradiction avec ma dernière parole, sur un ton gêné :
- Hum… Finalement… Pourrais-je souper chez vous? Je… Je vous promets que je partirai après! Désolée de t'encombrer autant…
Son regard se tourna vers moi, traversa l'appartement pour venir me percer de son incompréhension, mais il ne m'en fit même pas part :
- …Comme il te plaira. Hmm… Mais maintenant que j'y pense, ils ont mis le feu à ton immeuble.
- QUOI?!
Nakary sortit un casseau de fraises qu'il y avait dans son sac en papier, l'ouvrit et mena une baie à sa bouche, avant d'ajouter :
- Personne n'a été blessé.
- Pourquoi ils ont fait ça?
- Car ils sont « méchants ».
Mais bien sûr, ma question avait été idiote. Ces hommes avaient kidnappé maintenant plus de la moitié des femmes de ce village. Alors en quoi faire brûler un ou deux immeubles en plus serait pour eux un problème?
Dans la cuisine, non loin du salon où j'étais, Nakary Sensei allumât les ronds de sa cuisinière.
- Je vais vivre où alors? Demandai-je en baissant les yeux.
- Gaara pourra surement t'assigner un autre logis.
- oh non!
Il y eut un silence. Nakary ne s'informa même pas de la raison de mon moment de panique.
- La veste de Gaara! Où est-elle? Oh seigneur!
- Je l'ai ramassée et la lui ai rendue.
Soulagée, je soupirai :
- Ah, merci, sensei!
Il y eut un nouveau silence avant que je reprenne ma panique initiale :
- Ah merde! Et le rapport! J'ai oublié le rapport qu'il fallait te donner dans l'immeuble!
- Ton rapport de santé?
Mes yeux brillèrent dans l'espoir qu'il l'eut sauvé. Il reprit :
- Il a brûlé, alors.
Je me sentie foudroyée. Gaara m'avait expliqué qu'il s'agissait là d'un document très important. Je poussai les couvertures du lit qui me recouvraient toujours, me levai, inquiète et me précipitai vers lui dans la cuisine, qui s'adonnait à remuer les ramens dans la casserole :
- Sensei! Quesque je vais faire! Mon rapport! Oh non! Ça avait l'air existentiel!
- Hmm…
- Hmm? Qu'est-ce que ça veut dire? Aidez-moi, dis-je, me mettant à faire les cent pas derrière lui.
- Gaara ne t'en voudra pas.
- Mais qu'est-ce que ça va provoquer?
- Je ne sais pas.
Il demeurait complètement impassible à mon inconfort. Il ajoutait de l'assaisonnement dans les ramens alors que moi, à bout de nerf, je me tirais les cheveux comme si cela pouvait en extraire d'une quelqu'une manière une solution.
Tout à coup, je m'étouffai de ma toux creuse, ce qui me fit oublier mon premier soucis. Je rivai mes yeux rouges par la maladie qui m'époumonait sur Nakary et me senti honteuse de lui imposer ma présence. Je risquais de le contaminer, pour qu'il tombe malade à son tour. Je reculai de plusieurs pas en y songeant :
- Vous savez… Étant contagieuse… Peut-être qu'il vaudrait mieux pour vous que je reste loin de vous.
- Tu ne suffirais pas à me faire tomber malade.
- Pourquoi?
- Ce n'est pas parce que ton système immunitaire est en grève que c'est le cas de tout le monde, déclara-t-il.
Voici un autre élément à ajouter à ton répertoire de complexes.
Je vins m'asseoir à la table basse derrière lui sur un des coussins, attendant le repas. Le fil de la discussion m'avait plus ou moins fait oublier l'ennui qu'était la perte de mon rapport de santé.
- En devenant ninja, proclamai-je, moi et mon système immunitaire allons progresser.
- Hmm…
Je savais très bien ce qu'il pensait : Que ce n'était pas en chantant les louanges de mon « avenir » de kyranami que j'allais m'améliorer. Et encore moins en dormant et en mouchant. J'étais impatiente d'être de nouveau sur pieds pour pouvoir m'entraîner : chose bien étrange, puisque hier encore j'étais allergique à tout ce qui se rapportait à l'art du ninja. C'était surement Nakary qui provoquait cette envie d'amélioration. J'ignore comment, mais il y parvenait.
Il versa le fruit de sa cuisine dans deux bols et vint les placer sur la table basse, où nous entamâmes le repas.
