Le soleil écrasant du désert plombait sur mon dos. Au cœur d'un terrain d'entrainement poussiéreux, je me démenais en vain :

- JE SUIS INCAPABLE, J'Y ARRIVERAI JAMAIS! M'écriai-je.

J'essayais de lever l'énorme rocher que Nakary m'avait demandé de soulever. Il m'avait expliqué qu'il y avait un kunaï sous cette pierre et que pour le premier exercice, je devais tenter d'aller le récupérer. Impatiente, je m'enquis :

- À quoi ca m'avance de lever ce truc?

- À évaluer ta puissance musculaire.

J'abandonnai le rocher et m'écrasai sur le sol à ses côtés. Depuis presqu'une heure que je m'acharnais sur cette pierre sans qu'elle ne bouge. Nakary, lui, s'était assied dans le sable, en voyant que je n'y arriverais pas de si tôt.

- Ouff… La roche n'a pas levé?

Il hocha la tête. Je m'appuyai désespérément contre la pierre derrière moi.

- Comment je vais faire? Je n'ai jamais été entraînée de ma vie, jusqu'à aujourd'hui.

- ... Il y a un début à tout.

Distrait, il se mit à jouer avec une poignée de sable qu'il faisait s'écouler par terre depuis la paume de sa main. Il regardait le sable tomber avec une anormale obsession. Comment allais-je pouvoir progresser avec un enseignant aussi inattentif? D'un côté, je comprenais son désintérêt, probablement issu du même désespoir que le mien. Mon cas était perdu d'avance.

- Sensei? Tentai-je de le ramener.

- Hmm?

- Qu'est-ce qui se passe? Pourquoi êtes-vous aussi pensif depuis qu'on s'est rencontré?

Il ne répondit pas à ma question, et laissa choir sur le sol tout le sable qu'il avait au creux de sa main :

- Mieux vaut-il avoir la tête dans les nuages que d'avoir la tête dans le bois, comme Sasori.

Donne-lui une médaille pour cette réplique, ça urge.

Je pouffai de rire. Cependant, au fond, sa réticence à clairement me répondre piquait d'avantage ma curiosité et m'inquiétait. Je voulais connaître la véritable raison de son trouble.

- Quel est la dernière fois où tu as invoqué? Demanda-t-il finalement, semblant abandonner l'exercice du rocher.

- Je dirais… Qu'il y a deux ans ou trois de cela, j'ai invoqué un bébé dragon. J'ignore encore aujourd'hui comment j'avais fait.

- Tu pourrais réessayer. Et concentrer d'avantage ton chakra pour créer quelque chose de plus gros.

- De plus gros? M'enquis-je, comment pourrais-je créer quelque chose de plus gros? Créer un bébé dragon a déjà été un miracle pour moi!

- Quelle taille faisait-il?

À partir d'où j'étais, assise au sol, je mis ma main au niveau de ma poitrine, pour lui indiquer la grandeur de la créature que j'avais invoqué. Nakary n'afficha aucune émotion dans son regard.

- C'est énorme, quand même! Je n'avais que 15 ans! ... Oui, bon. Sakura Haruno est quand même déjà passée chunin et a été considérée comme l'un des plus grands médecins à l'âge d'à peine 16 ans... Mais dans son cas à elle, c'est de la pure chance.

Grace aux ombres de son masque, je distinguai qu'il se mit à sourire, sous tous ces bandages. Riait-il de moi?

- Hors, il faudra faire mieux, je suppose, déclarât-il. Je ne pense pas que ce type d'invocation soit très avantageux en combat.

- Alors comment je fais?

Il se leva et m'invita à me lever également. Une fois debout, il m'expliqua ce que je devais faire :
- Un Kyranami puise son chakra pour le modeler en une forme distincte. Il construit son invocation lui-même avec, comme matériel, son propre chakra et bâtit la totalité de ses invocations jusqu'aux plus profondes et minuscules de leurs cellules.

- … D'accord, hésitai-je. Et comment je construis cet amas de cellules?

- Tu dois projeter ta concentration de chakra à l'endroit précis où tu veux voir ton invocation apparaître. Il te faut également modeler et pré visualiser cette concentration pour lui donner la forme désirée, anatomiquement.

J'acquiesçai et m'enquis:
- Comment savez-vous tout cela sur les Kyranami? N'étions-nous pas un clan secret?

- Oui. Mais après votre chute, Suna a retrouvé vos vieux écrits. Et étant chargé de toi, j'ai dut m'affairer à en faire la lecture pour bien comprendre le fonctionnement de tes techniques.

- D'accord... Alors... Cela veut dire que tu étais préparé d'avance à me former comme une ninja?

- Je m'y prépare depuis 8 ans.

- 8 ans? C'est impossible! Il n'y a qu'à peine 3 jours que Tsunade ait pris la décision de faire de moi une ninja!

- Ca non, elle l'envisageait depuis bien plus longtemps. Tout comme Gaara.

Je me sentis troublée. Alors: on me voyait vraiment comme une vulgaire arme? Comment avais-je osé croire que les mains secourables de Gaara et de Tsunade allaient m'aider, sans chercher à y trouver un intérêt? Cela signifiait aussi que Tsunade avait osé me mentir! Elle qui disait qu'elle me coupait la subvention pour mes 17 ans, en réalité, elle le faisait seulement dans l'objectif premier que je me voue à l'art du ninja! Ces 10 ans minables que j'avais passé à Konoha en pensant que j'étais acceptée pour ce que j'étais au sein d'une nouvelle société n'était qu'une illusion! En fait, je ne valais pour le Kazekage et pour l'Hokage que de la chair à canon!

- Ils m'ont tous mentit! Fis-je part à Nakary Sensei. Et en plus vous le saviez? Moi, je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait! Je ne suis que l'objet d'un plan, un pur complot! Gaara et Tsunade m'ont mentit! Tout le monde savait que j'allais finir ninja sauf moi-même! Vous m'avez tous utilisé!

Je lâchai son regard perturbé et me retournai pour m'enfuir du terrain d'entrainement. J'étais bouillante de colère. Comment Nakary pouvait-il accepté que, alors que je n'en étais même pas au courant, mon destin de "loyal soldat" soit gravé dans la pierre depuis mon plus jeune âge, lui qui avait été celui qui, en plus, m'avait ramené à Yondaime? Ils ont pris cette décision alors que j'avais à peine 9 ans! Je les méprisais tous.

Nakary ne m'arrêta pas. J'en déduisis qu'il ne tentait même pas de me poursuivre, puisque si c'aurait été le cas, il m'aurait déjà rattrapé depuis longtemps.

Je frayais mon chemin entre les villageois de Suna circulants nonchalamment dans les rues. Il n'y restait presque plus que des hommes. En voyant cela, j'osai avoir une pensée noire:

Tu n'as que ce que tu mérites, Suna.

Je passai devant l'office et le dédaignai au point de ne pas même le regarder. Puis, j'arrivai à la grande arche: celle qui nous permettait de sortir ou de rentrer à Suna. Je m'y propulsai, et fut interrompue par deux jonins qui surveillaient la porte:

- Le Kazekage refuse que des femmes sortent de l'enceinte.

- J'n'en ai rien à faire! Leur criai-je. Je veux bien croire que Gaara est votre adoré dictateur, mais ce n'est pas le mien! Je ne viens même pas de ce village médiocre et poussiéreux! J'ai le droit de sortir si je veux!

Les deux jonins se regardèrent, offusqués par mon impolitesse et répondirent:

- Très bien, sort donc. Tu auras cherché ce qui t'arriveras dehors.

Ils me cédèrent le chemin et je me précipitai dans le désert. La colère me fournissait une quantité remarquable d'adrénaline. Mes muscles n'étaient même pas encore tremblants sous l'effort. Je courais vers le Nord de Suna, là où se trouvaient encore probablement les ruines de mon village, que je n'avais pas revu depuis déjà 9 ans de cela.

Ma furie défiait toutes mes inaptitudes. Je me sentais dans la force de persécuter n'importe quel ennemi qui se mettrait sur ma route, et j'avais l'impression de très bien savoir où j'allais, comme si l'orientation n'avait jamais été un problème pour moi.

À force de courir, j'abouti sur un zone où de l'herbe commençait à percer l'étendu de sable à quelques endroits. C'était précisément le genre de terres qui tapissaient mon village également, autrefois.

Je ralentis ma course folle, haletant et commençant déjà à faiblir. J'avais déjà couru à une vitesse et d'une distance que je n'avais encore jamais accompli. Je continuai à marcher. Les ruines de mon village ne devaient pas être bien loin.

En effet, tout à coup, au loin, je distinguai un amas de bois et de pailles pourris. Je continuai à avancer vers lui, et constatai que c'était la première maison qui formait autrefois mon village. Plus loin, je vis d'autres tas de fer, de bois, de pailles ou de briques. D'autres maisons tenaient encore debout malgré les années qui les avaient rongés. Le soleil éclatant qui venait faire briller les métaux créait un labyrinthe de lumière et de miroir.

Lorsque j'arrivai au cœur du village en ruines, j'eu un drôle de sentiment : Comme si je me sentais à nouveau chez moi… mais que j'arrivais avec 9 années de retard.

Marchant solitairement entre les décombres, je ramassai par terre un objet me semblant familier. Il s'agissait d'une vieille poupée noircit par les incendies qui avaient ravagé le village pendant les révoltes. Il lui manquait un œil et ses cheveux, mais je la reconnaissais très bien. C'était la mienne.

Je m'assiérai parterre en jouant piteusement avec les bras de ma poupée. Une larme coula sur ma joue. Lors de mon enfance, j'avais fuie cet endroit parce que je m'étais imaginé que ma place n'y était pas. Pourtant, c'était ici que j'avais une famille, et une liberté. C'était ici que mes parents m'assuraient un avenir qui me plairait, sans me bousculer à risquer ma vie en étant ninja. Parce qu'ailleurs : à Konoha comme à Suna, moi, la dernière Kyranami, n'était vue que comme un instrument... Comme cette poupée que je manipulait en ce moment. Rien de plus. Le mot « arme » résonnait dans ma tête comme un écho.