Tout à coup, un bruissement m'extirpa de mon sommeil, alors que je m'étais endormie entre deux briques. La position dans laquelle je m'étais reposée me promettait un mal de dos insupportable.
Après m'être frottée les yeux de mes poings crispés, je cherchai la source de ce bruit du regard. Il faisait déjà nuit, des criquets chantaient à tue-tête et un rayon de lune rebondissant sur des éclats de vers illuminant suffisamment l'environnement pour que je remarque que personne n'était à l'horizon. Probablement que le bruissement ne venait que d'un quel qu'onques petit animal sauvage.
Il se faisait tard. Peut-être qu'à cette heure, on me cherchait et on s'inquiétait pour moi, ce qui commençait à m'encourager à rentrer à Suna. Ma crise n'avait peut-être pas été nécessaire et mon emportement aurait bien pu décevoir Nakary Sensei.
Un prêté pour un rendu. Nakary est identique à tous les ninjas qui t'ont manipulé : cachotier, menteur, conspirateur, corrompu! Ainsi, comment oses-tu croire que quelqu'un se soucie de toi, présentement? Si ce n'est pour la valeur de leur précieuse arme, peu de gens a d'intérêt pour ta piètre personne.
Je tentai d'étouffer la voix de ma conscience qui commençait d'avantage à me tourmenter qu'à me raisonner. Ce n'était plus le moment de me mettre en colère, c'en était inutile : Personne autour n'était présent pour subir mes foudres, de toute manière.
Un bruit retenti à nouveau. Je sursautai. C'était un son de vitre brisée et il était impossible qu'un animal fasse un tel bruit.
Je fronçai les sourcils, contrariée d'être dérangée au cours d'une réflexion aussi sérieuse. Me levant, je reculai dans le creux sombre d'une maison en ruine en me craquant les doigts. Je sentais la peur monter, mais j'étais décidée à me battre comme je le pouvais, s'il fallait me défendre. C'en était fini de la fillette incompétente, toujours portée par son sensei, ayant sans cesse besoin d'être protégée. Si je voulais vivre à mes dépends, sans l'intervention des « grands », je devais faire mes preuves maintenant.
Soudainement, le visage de mon opposant se dévoila. Sortant de derrière une série de vieux murs formant autrefois une maison, un des hommes du groupe de ninja que j'avais croisé il y a trois jours m'aperçut. Ses cheveux étaient d'un rouge vif et il semblait anormalement jovial, pour un sociopathe membre d'un tel groupe.
- Eh, Akito! Viens voir ca, on en a déjà trouvé une!
Un autre homme affublé des mêmes tatouages, aux yeux verts et aux cheveux châtain se montra également à moi, rejoignant son camarade.
- Quesqu'elle peut bien faire ici? Nous ne sommes même pas encore près d'arriver à Suna…
Je voulu répliquer mais, de crainte de bégayer et de me ridiculiser, je me tus. Cet « Akito » reprit :
- Elle n'a pas de bandeau. Elle n'est peut-être même pas de Suna.
- Eh, petite, tu viens d'où? Lançât le rouge.
- Mais t'es bêtes ou quoi, Keitaro… Tu crois vraiment qu'elle va te répondre?
Brisant leurs attentes, et même les miennes, je répondis à la question, à la limite du mensonge, mais sans pourtant traverser la ligne :
- Je viens de Konoha.
- Rha, pas de chance, souffla les cheveux rouges. Qu'est-ce qu'on fait, alors? On la tue?
- C'est un gaspillage de chakra.
Sans dire un mot de plus, les deux reprirent leur route, en évitant plusieurs débris qui jonchaient le sol. Passant à côté de moi, Keitaro m'ignora complètement, alors qu'Akito me fixa d'un regard méprisant.
Une fois de dos à moi, je les regardai s'éloigner, ne prenant plus en considération mon existence.
Subitement, Akito s'arrêta. Comme si, tout à coup, il réalisait que je n'étais peut-être pas si indigne d'intérêt que cela. Il se retourna et son regard autant captivé que sadique me fit frémir :
- Que fais-tu ici, dans ces décombres?
- Je… prenais une balade de santé.
Il faudrait qu'ils soient stupides pour croire à ça.
- Oui, bien sûr. En pleine nuit, depuis Konoha, tu as traversé la plénitude d'Amé et est venue respirer la poussière de ce lieu maudit, et le tout, pour une balade de santé.
- Effectivement, nota Keitero, tu dois être une ninja vraiment forte pour faire de telles promenades!
Son ton n'était pas ironique. Keitero devait vraiment être idiot. Le genre de méchant qu'on voyait dans les films pour enfant…
Akito ne porta pas attention à son compagnon et s'avança vers moi. Jamais je n'avais vu dans le visage de quelqu'un avec autant de fascination… si ce n'était pas une psychose.
- Reste loin, ou je te décapite! Criai-je.
Je ne me reconnus pas dans mes paroles. D'où venait toute cette violence? C'était bien! C'était fantastique, même! Si j'avais su que je pouvais dire de telles choses, j'aurais commencé plus tôt à intimider mes ennemis de la sorte.
Or, Akito ne broncha même pas à ma menace.
- Ce pourrait-il que… tu sois celle que l'on cherche? Demanda-t-il
- Quoi?
- …La dernière du clan Kyranami? C'est fort plausible…
- Qu'est-ce que tu racontes? D'où tires-tu de tels conclusions?
- Ne me prend pas pour un imbécile. Je n'ai jamais vu personne s'aventurer dans ces ruines depuis le début de ma carrière dans le Kinnori
Le Kinnori? C'était donc le nom de leur groupe? Était-il familier avec l'Akatsuki?
Au moins, ce ne sont pas les plus redoutables. L'Akatsuki est le pire des groupes de criminels. Il y a donc encore une lueur d'espoir pour que tu sois apte à leur donner une raclée, à ceux-là dont le nom de groupe n'est même pas répertorié dans les listes des menaces.
- Je suis prête à marcher à vos côtés, déclarai-je
- Hein? S'exclamat Keitaro, derrière.
- Je suis en effet la dernière Kyranami. Je n'ai pas à vous mentir puisque je n'ai pas peur de vous…
Si tu étais Pinocchio, tu leur crèverais un œil.
- …Mais, repris-je, vous vous doutez probablement de ma puissance, et vous n'êtes que deux contre moi. Je pourrais vous écraser comme des mouches, si j'en aurais envie, mais ça ne m'avantagerais pas.
- En quoi? Demanda Akito, douteux.
- Je souhaite depuis toujours rejoindre votre association. J'ai une haine indiscible contre Suna pour des offenses qu'elle m'a faite. Laissez-moi rejoindre vos rangs, de gré, et je suivrai vos ordres à la lettre.
Akito eut un recul et son regard se perdit dans des pensées. En effet, il devait mordre à l'hameçon. Il riva à nouveau ses yeux sur moi et répliqua :
- La raison pour laquelle nous dérobons à Suna toutes ses femmes était justement dans l'objectif premier de t'avoir avec certitude parmi les larcins.
- Les larcins? Inutile d'euphémiser. Donc... vous vouliez me capturer depuis le début?
- Certes. Tout ce que nous savions, c'était que le dernier membre du clan Kyranami se trouvait à Suna et qu'il était de sexe féminin.
- Qui vous a fourni ces informations?
- On t'a déjà dit que tu posais trop de questions?
Oui, milles fois.
- … Je vous tiens bien plus en otage que vous ne le faites envers moi, je vous signale.
Je tentai d'avoir un air méchant mais doutais d'y arriver correctement. Malgré tout, Akito, qui ne semblait pas aussi stupide que son ami, semblait boire mes paroles, comme en admiration devant Satan en personne. Je n'étais sans doute pas aussi incompétente et idiote que je le croyais.
- Nous avons intercepté une lettre de Tsunade envoyée à l'intention de Gaara, répondit-il finalement. Pour éviter que ces deux chefs ne constatent que leur missive ne soit pas arrivée à destination et qu'elle ait été lue par des intrus, nous avons rattaché la lettre à la patte du pigeon voyageur pour qu'il termine sa quête. Ainsi, Gaara ne connait pas les desseins du groupe de ninja qui procure du tort à son très cher village… Et nous avons tiré de ces informations que le fruit de nos recherches était une fille prénommée Yume et qu'elle serait trouvable à Suna.
- Bien… Me voici.
- Suis-nous, nous t'amènerons à notre chef, et nous poursuivrons les attaques sur Suna, en échange de ton dévouement. Te joindre à nos forces est une sage décision.
Ils se retournèrent et commencèrent à marcher. Akito ne me lâchait pas du coin de l'œil pour autant. Il fallait que j'élimine ces deux criminels avant de me retrouver à leur repère. Déjà que tuer deux ninjas m'en demanderais beaucoup, une fois au milieu d'une fourmilière de ninjas comme ceux-ci, je n'aurais plus aucune chance de m'en sortir.
