Le cri provenait du petit bâtiment qu'ils venaient de quitter. Mathieu et Antoine se retournèrent instinctivement. Mais le plus grand avait reconnu la voix qui avait poussé ce cri effroyable : le vieillard. Il se mordit la lèvre et se tourna vers Mathieu. Un simple regard suffit pour que les deux amis se comprennent. Le plus petit était en état de panique avancé, même si il le cachait plutôt bien. Les conventions et autres manifestations publiques l'avaient rendu parfait comédien.

« Faut qu'on dégage. Qu'on trouve un endroit où nous cacher.

- Félicitations, Mathieu, tu viens d'avoir la même idée que toutes les personnes présentes ici ! C'est quoi, ta prochaine GRAAANDE idée ? Trouver de l'eau ? Ne pas mourir ? »

Antoine pouvait difficilement le nier : il en voulait à Mathieu. Il lui en voulait d'avoir emmené le sujet « Morel » sur le tapis.

« Tu fais chier Mathieu ! Voilà où on en est, à cause de toi ! Putain on va crever mec, CREVER ! Tu pouvais pas garder tes putains de réflexions inutiles pour toi ?! »

Instantanément, il regretta ces paroles : Mathieu était son ami, et il n'était en aucun cas responsable de leur chute.

Ce dernier fixait Antoine. Son visage trahissait sa blessure. Il détestait voir son cadet en colère contre lui.

« Désolé mec.. murmura le chevelu.

- T'inquiètes. Bon, c'est pas le tout, mais on doit bouger, et ce le plus vite possible. »

Un cri retentit. Ce bruit effrayant finit de résonner Antoine. Les trois jeunes se mirent en route. Antoine tenait la petite May par les épaules. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait l'impression que la protéger était son devoir. Elle était si jeune, si frêle.. Mathieu marchait devant, il servait d'éclaireur. Le soleil était maintenant complètement levé, ce qui facilitait grandement la tache.

Au fur et à mesure de sa progression, le petit groupe croisait des autres prisonniers. Tous couraient en criant, sans prêter attention aux trois nouveaux arrivants. Leurs visages étaient livides, apeurés. Beaucoup étaient affreusement maigres, ils tenaient à peine sur leurs jambes. Une femme manqua de s'effondrer, mais elle se retint miraculeusement. A un moment, Mathieu crut reconnaître l'homme qui était placé à côté de lui dans la Salle. Le petit podcasteur comprit alors l'ampleur de l'avantage qu'ils avaient : les autres étaient, pour la plupart, seuls. Pas eux. Et ça, ça n'avait pas de prix, selon lui.

Ils marchèrent deux bonnes heures avant de s'arrêter devant un arbre assez imposant. Mathieu, qui était habitué à l'escalade, entreprit de grimper le long du tronc. Les nombreuses branches lui offrait des prises, ce qui lui permettait une montée relativement simple et rapide. Quand il se situa à plus de cinq mètres de hauteur, le jeune homme se mit debout sur une branche assez solide. De là, il avait une vue imprenable sur ce qu'il appelait l'Arène.

Cette Arène devait être plutôt vaste. A peut près la taille d'une très grande ville. Au loin, il pouvait voir un lac, mais il se doutait parfaitement que ce lieu grouillait de personnes qu'il n'avait pas franchement envie de croiser. La forêt était partout. Pas un seul endroit était découvert. Mathieu ne pouvait savoir si cela le rassurait ou non. Cet endroit, malgré son aspect luxuriant et joyeux, lui faisait froid dans le dos. Ce sentiment était sûrement du aux nombreux cris qui faisaient écho aux piaillements des oiseaux.

Au pied de l'arbre, Antoine trépignait. Il n'avait qu'une envie : monter rejoindre son ami. Mais il n'osait laisser May seule. La petite blonde était assise contre l'arbre. Elle fixait un point invisible. Son expression grave ne collait pas du tout avec son visage enfantin parsemé de légères tâches de rousseurs. En la regardant, Antoine ne pouvait s'empêcher d'être attendri : elle était si mignonne... Mais une question subsistait : comment une personne si jeune pouvait elle avoir des ennuis avec le gouvernement ?

Brusquement, May brisa le silence.

« Monte avec lui. Ne t'en fais pas pour moi. J'ai 15 ans, pas 5. »

Elle avait prononcé ces mots avec une voix faible mais sévère. Antoine haussa les sourcils.

« Tu es sure ? »

Elle se contenta d'hocher la tête. Le brun entreprit alors d'escalader l'imposant tronc. Petit, il détestait ce jeu. Mais aujourd'hui, il avait envie de grimper. Pire, il y prenait du plaisir. Sa peur du disparaissait au fur et à mesure qu'il progressait. Quand enfin il aperçu son acolyte, il n'était pas peu fier de lui.

Mathieu entendit un bruit. Étonné, il baissa la tête et découvrit un Antoine essoufflé et souriant. Il l'aida à la rejoindre. Le plus jeune s'installa, encore haletant après son incroyable effort. Mathieu lui fit part de ses quelques observations. Les deux jeunes hommes discutèrent un petit moment. Mathieu se confondait en excuses tandis ce qu'Antoine lui répétait qu'il ne lui en voulait plus le moins du monde.

« Toine ?

- Ouep ?

- Tu penses qu'on a des chances de... Survivre ?

- Bien entendu Mat. On est pas plus cons que d'autres. Je suis sur qu'il y a ici beaucoup de gens qui sont là depuis des semaines, voir des mois, et qui parviennent à survivre. Et je peux te jurer qu'on en ferra partie. »

Mathieu acquiesça. Il leva les yeux, puis cueilli quelque chose caché parmi les feuilles de l'arbre. Antoine le regarda faire, intrigué. Il distingua alors une petite fleur blanche entre le pouce et l'index de son meilleur ami. Ce dernier sourit et plaça la plante dans la masse capillaire du plus jeune. Les deux compères se mirent à rire en cœur, profitant de ce moment.

Un quart d'heure s'était écoulé depuis l'arrivée d'Antoine sur l'arbre. Les deux youtubers décidèrent enfin de descendre. L'exercice se révéla particulièrement difficile pour Antoine. Son ami fit ce qu'il put pour l'aider dans sa progression, même si, parfois, il ne pouvait se retenir de rire devant les piètres performances de son camarade. Ce moment dans l'arbre lui avait presque fait oublier l'horreur qu'il était en train de vivre.

Mais la réalité fut bien rapidement de retour. Une fois que les deux garçons posèrent pied à terre, ils constatèrent avec effroi que May avait disparu. Le sang d'Antoine ne fit qu'un tour : où était elle ? Il n'avait entendu aucun cri, aucun pas, rien !

« Mec.. Je crois qu'elle s'est barrée. »

En prononçant ces mots, Mathieu confirma les pensées qu'Antoine n'osait formuler. Pourquoi diable était elle partie ?

« Mec, on peut pas nous permettre de la chercher. Le temps passe, on a ni bouffe ni eau, et perso je commence à me sentir plutôt mal.

- Mais on peut pas la laisser seule ! Elle survivra pas deux jours, elle est tellement fragile... Je comprend pas pourquoi elle est partie...

- Écoute Antoine, je comprend que tu veuilles la retrouver, mais là on doit décamper, et vite. »

Le jeune homme était déchiré : d'un côté, il était d'accord avec Mathieu, ils avaient marché pendant de longues heures et la chaleur commençait à être pesante. Sa gorge brûlait, sa salive devenait denrée rare et son ventre ne cessait de produire des sons étranges. Il avait sans nul doute besoin de boire et manger. Mais il ne pouvait pas se résoudre à abandonner May... Cette gamine lui faisait tellement de peine...

« Bon écoute Antoine. Il faut qu'on bouge. Elle ne doit pas être bien loin, on a des chances de la retrouver en chemin. Ne m'oblige pas à partir sans toi... »

Antoine se décida enfin à suivre son aîné, même si la pensée qu'il ne retrouverait probablement pas May continuait de le hanter.

Ils décidèrent alors de s'enfoncer un peu dans la forêt, en prenant soin d'arracher un bout d'écorce de leur arbre. Tout en marchant, ils vérifiaient l'humidité du sol, histoire de savoir si, oui ou non, ils s'approchaient d'un point d'eau. Les minutes, puis les heures passèrent : sans succès. Le désespoir gagnait Mathieu : ils allaient crever, tout simplement. Crever bêtement. Pour une discussion sans importance un mardi soir. Il poussa un profond soupir. Il supportait difficilement l'idée de mourir là, en pleine forêt. Puis, une pensée traversa son esprit.

« Toine ?

- Yep ?

- Tu crois que nos abonnés vont se poser des questions par rapport à notre absence ? J'veux dire... Ils vont se rendre compte du truc, non ?

- Mat... Arrête de rêve. C'est le gouvernement qui nous a foutu ici. Ils ont un énorme pouvoir. Ils ont du nous faire passer pour morts auprès de nos abonnés... »

Cette idée pinça le cœur de Mathieu. Ses fans allaient être dévastés... Il chassa vite cette pensée de son esprit : il ne devait plus penser aux fans. Ni à personne d'autre, hormis lui même et Antoine. Tout ce qui comptait pour lui ? Sa survie. Celle d'Antoine.

« Mat ! Y'a de l'eau ici ! »

Les yeux bleus du jeune homme se tournèrent vers l'endroit qu'Antoine désignait en tremblant. Une petite source d'eau coulait effectivement à cet endroit. Les cœurs des amis manquèrent un battement. Ils étaient sauvés ! Peut être temporairement, mais ils étaient sauvés ! Le plus petit se jeta sur la source. Avant que ses lèvres n'ai pas atteindre le précieux liquide, Antoine l'interrompit.

« Attend Mat... T'es sur que c'est une bonne idée ? L'eau est peut-être pas potable...

- Écoute mec, soit on boit et on a une chance sur deux de mourir, soit on boit pas et on crève. Je préfère prendre le risque. »

Et avant que son ami ait eu le temps d'émettre la moindre protestation, Mathieu ouvrit la bouche et bu goulûment l'eau. Elle était fraîche, désaltérante et terriblement bonne, selon lui. Antoine haussa les épaules et rejoignit son camarade. L'eau lui fit un bien fou. Il se surprit à sourire.

Alors qu'il buvait, le plus vieux sentit un pincement douloureux sur bras. Il se retint d'hurler.

« Putain Antoine y'a des guêpes ici ! Je viens de me faire piquer ! »

Le jeune homme se tenait le bras en gémissant. La douleur était bien plus intense que celle provoquée par une piqûre normale.

« Fais voir ? »

Mathieu lâcha son bras. Antoine y découvrit un large rond rouge. Il tenta de toucher la blessure, mais son ami poussa un cri étouffé dès qu'il la frôla. Perplexe, Antoine observa le visage de Mathieu. Ce dernier souffrait, c'était évident. Il paraissait donc impossible qu'il ait été piqué par une simple guêpe.

Antoine tenta de se remémorer les enseignements de premiers secours qu'il avait reçu.

« Mat, bouge surtout pas.

- Quoi ? Qu'est ce que tu fais ?

- Je vais aller chercher un truc. Attend moi sagement et tout ira bien.

- Antoine ! Me laisse pas t'entend ! »

Antoine prit Mathieu dans ses bras. Il savait que, malgré ces efforts pour cacher ses sentiments, son aîné était mort de peur. Comment ne pas l'être ?

« Je te jure que je serais de retour le plus vite possible Mat. Même si je dois vider mon flingue, je serais de retour. »

Mathieu lâcha son ami et recula un peu. Il lui murmura un « t'as intérêt » suppliant. Antoine ne le vit pas, mais le petit châtain avait les larmes aux yeux.

Il lui sourit, se retourna et commença à marcher. Il avait repéré sur leur trajet des plantes qui, d'après ses souvenirs, calmaient la douleur quand elles étaient utilisées comme compresses.

Au bout de cinq minutes de marche, le brun repéra les dites plantes. Alors qu'il s'apprêtait à se baisser pour les cueillir, une voix masculine se fit entendre dans son dos.

« Déjà blessé ? »

Il se retourna vivement et fit face à un homme qui devait avoir son age. Il était blond, assez petit et menu. Il lui souriait.

« Ne t'inquiètes pas, je ne vais pas te faire de mal, Antoine. »

Ce dernier ouvrit grand les yeux, stupéfait. A cet instant, il était surpris que cet homme connaisse son prénom.

« Qui es tu ? Comment tu t'appelles ?

- Numéro 24.

- Ton vrai nom.

- Pourquoi aurais tu besoin de connaître mon nom, Antoine ? Je suis numéro 24, ici. Et toi, tu es le numéro 204. »

Antoine haussa un sourcil. Son bras droit était placé de sorte à ce que l'on ne voit pas son numéro depuis le début de la discussion.

« Cesses de te tourmenter, Antoine. Je lis en toi comme dans un livre ouvert. Tu ne peux rien me cacher. D'ailleurs... »

Antoine ne comprenait strictement rien. Qu'est ce qu'il racontait ? Ce mec ne le connaissait même pas !

« Arrête de faire passer la vie de la personne que tu aimes avant la tienne. Tu vas tout perdre. »

Sur ces mots, 24 s'éclipsa en sifflotant, laissant Antoine seul, perdu.


Voilà, j'espère que ce chapitre vous plait :D Pour l'écrire, j'ai écouté l'OST de The Last of Us ^^ A bientôt pour la suite et une autre fiction que je prépare ;) (un OS, sans doute).
P.S : Merci pour vos reviews, ils me font chaud au coeur :)