Mathieu et François fixèrent Antoine, interloqués. Ce brusque revirement de situation les laissait stupéfaits. Pourquoi leur ami voulait il abandonner la gamine qu'il venait tout juste de sauver d'une mort certaine ? Le plus âgé du groupe brisa enfin le silence.

« Mais, Antoine... Si tu la laisse ici, elle va mourir...

- Et si elle reste avec nous, je vais mourir. Je peux pas vous expliquer, mais si elle reste avec nous... »

Il ne termina pas sa phrase, sachant pertinemment que ses amis avaient à peu près saisi. A vrai dire, il aurait très bien put expliquer le pourquoi du comment. Il n'en avait juste pas la moindre envie. Comment leur dire qu'il doutait de ses sentiments envers une enfant ? Comment leur dire qu'un gars bizarre semblait le connaître mieux qu'il ne se connaissait ? Les événements des derniers jours lui paraissaient si improbables qu'il préférait ne rien dire. De plus, il avait peur d'inquiéter Mathieu, qui avait déjà matière à s'inquiéter, en ce moment.

Et, après avoir rassemblé leurs affaires et s'être réapprovisionnés en eau, les trois compères s'en allèrent sans bruit, en pleine nuit, guidés par la pleine lune et les quelques déchirants cris d'agonie qui se faisaient entendre, au loin.

Ce ne fut que deux jours plus tard qu'ils arrivèrent à bon port.

Quand François reconnu enfin le point d'arrivée, le groupe ne put s'empêcher de lâcher un cri de joie collectif. Le trajet avait été long et extrêmement éprouvant, plus particulièrement pour Mathieu. L'état de celui ci se dégradait de jour en jour. Sa fièvre montait tandis ce que sa capacité à rester debout diminuait. Ses cernes devenaient de plus en plus grandes à force de nuit quasiment blanches, et sa blessure ne cessait d'enfler, lui faisant atrocement mal. Un nouveau paramètre était venu s'ajouter à sa maladie : quelques hallucinations venaient parfois troubler sa vue et son ouïe.

Néanmoins, il continuait d'avancer. Il tentait de masquer sa douleur, même si l'exercice s'avérait de plus en plus compliqué.

Leur point d'arrivé était, à en juger par les cris relativement proche, à proximité du lac, qui était sans nul doute l'endroit le plus fréquenté de l'Arène. Antoine aida Mathieu à s'allonger tandis ce que François partait déjà à la recherche du médecin. Le Fossoyeur était devenu incontestablement le « chef » du groupe. Il prenait toutes les décisions, guidait toujours les autres et faisait de son mieux pour garder tout ce beau monde en vie. De plus, ses capacités à survivre dans la nature et à se servir d'une arme était plus que bénéfiques pour ses deux cadets, qui était on ne peut plus heureux de l'avoir avec eux.

Quand François fut plutôt éloignés de ses deux amis, Mathieu demanda à Antoine :

« Dis.. Tu penses vraiment qu'il peut le trouver ? Et même si il le trouve, comment on peut être surs qu'il pourra me soigner ?

- Aies confiance Mathieu.. François sait ce qu'il fait, et... »

Le plus jeune n'eut pas le temps de terminer sa phrase : un jeune homme s'était jeté sur lui. Il le fit rouler dans l'herbe et se plaça au dessus du chevelu. Mathieu poussa un petit cri de surprise. Il tenta de se relever, mais un autre jeune homme apparut et le plaqua à terre. Il tenta de se défendre : en vain. Son adversaire serrait son poing droit de plus en plus fort, lui faisant un mal de chien. Mathieu hurla le nom d'Antoine, mais son ami ne lui répondait pas.

Le petit podcasteur regarda furtivement son agresseur, et le reconnu presque aussi tôt.

« Espèce de fumier.. T'as buté mon pote ! Marmonna l'autre de sa voix en pleine mue.

- J'avais.. j'avais pas le choix ! Il allait tuer mon meilleur ami ! »

L'adolescent gifla Mathieu violemment, avant d'enchérir avec un coup de poing dans le nez.

« Mathieu ! Mathieu calme toi ! MATHIEU ! »

Le plus petit ouvrit les yeux et découvrit Antoine et François, penchés au dessus de lui. Une grande inquiétude se lisait sur leurs visages. Mathieu sentit un liquide chaud au dessus de sa bouche. Du sang ?

« Antoine.. Ils sont partis ?

- Mat...

- Comment on s'en ai sorti ? C'est François qui leur a fait peur ? Ou c'est toi, Toine ? Ils t'ont rien fait ces connards ? »

François et Antoine échangèrent un regard désolé.

« Mathieu.. commença le plus âgé. Personne ne vous a attaqué. T'as été victime d'une hallucination, encore... »

Le Fossoyeur sentit son inquiétude augmenter pendant qu'il prononçait ces mots : d'ordinaire, les hallucinations de Mathieu n'était pas bien méchantes : des arbres aux feuilles bleus, des bruits d'eau alors qu'il n'y a aucun point d'eau à trois kilomètres à la ronde... Mais là, c'était bien plus grave. Et ce changement en disait long sur l'évolution de son état.

Mathieu fixait son aîné, les yeux écarquillés et le cœur battant la chamade : alors... Rien n'était vrai ? Ce n'était que le produit de son cerveau malade ?

« Mais.. Pourquoi je suis blessé alors ?

- Mathieu... Tu t'ai fais ça toi même. »

Le jeune homme ne sut quoi répondre. Il se contenta de fermer les yeux. Quelques larmes roulèrent le long de ses joues. Il était condamné. Il n'en doutait plus, maintenant.

Quelques minutes suffirent à Mathieu pour s'endormir profondément. Antoine et François purent enfin discuter de la recherche du médecin.

« Il n'est plus exactement au même endroit qu'avant. Déclara François. Mais je ne pense pas qu'il soit parti très loin. Il sait que les gens qui ont besoin de lui viendront le chercher par ici, ou du moins ceux qui ont entendu parler de lui.

- Alors on a des chances de le trouver ?

- Je n'en sais rien, Antoine. Rien n'est sur ici. Tout peut changer, et cela n'importe quand. »

Antoine se mordit la lèvre. Il jeta un bref regard à Mathieu, et se retourna vers François.

« Tu penses pouvoir repartir maintenant ?

- Oui, bien sur, mais... Tu te sens de gérer seul une potentielle crise ?

- On ne peut plus sur.

- D'accord. J'essaye de revenir rapidement, d'accord ? »

Antoine hocha la tête et serra son ami dans ses bras. C'était leur rituel avant une séparation. « Au cas où ». Le Fossoyeur s'éloigna, non sans une pointe d'appréhension.

Et, pendant qu'il marchait, ce sentiment ne le quittait pas. Et il savait pourquoi. Il avait peur de ne pas trouver le médecin, et d'être responsable de la mort de Mathieu. Il chassa ses pensées négatives pour se concentrer sur sa route. Il laissait fréquemment des repères pour retrouver son chemin. Il essayait de boire un maximum, mais tout en gardant à l'esprit que sa réserve avait une fin prédéfinie, alors que son voyage non.

Après avoir marché un petit moment dans un enchevêtrement d'arbres, il déboucha sur une petite clairière fort sympathique. Et ce qu'il y vit lui fit pousser un petit cri de joie étouffé.

Mathieu dormait encore. Antoine consulta sa montre, unique objet qu'il possédait encore : cela faisait une demi heure que François était partit. Le chevelu ne savait si il devait s'inquiéter ou non : après tout, il arrivait au Fossoyeur de s'absenter des heures avant de revenir comme si de rien n'était...

Mais il n'eut pas le temps de se poser plus de questions.

« Antoine ! Regarde qui est là ! »

Ce dernier se retourna en entendant son nom. François était là, en face de lui, accompagné d'un homme d'une cinquantaine d'années, aux cheveux grisonnants et à la bedaine assez proéminente. Antoine n'osait y croire.

« Vous.. Êtes..

- Le médecin dont 188 vous a parlé. »

Le podcasteur courut vers son ami qu'il étreignit avec fougue. Le pelleteur lui rendit la pareille, le sourire aux lèvres.

« T'as réussi François ! T'as réussi ! Je savais que t'étais digne de confiance bro.. »

Le médecin s'approcha sans bruit de Mathieu, de peur de le réveiller. Il commença par détailler son bras blessé. Les deux compères, qui le regardaient faire, traduirent l'expression du docteur comme un mauvais signe. En effet, plus l'auscultation avançait, plus ses traits étaient crispés.

« J'ai déjà croisé une maladie de ce type, ici. Je dois vous avouer qu'en vingt ans de carrière, je n'avais croisé quelque chose pareil. C'est probablement un virus crée de toute pièce par des scientifiques du gouvernement...

- Mais.. Vous pouvez le soigner ? Questionna Antoine.

- Oui, je pense que oui. »

Le jeune homme se surprit à sourire. Il était tellement heureux de savoir son ami sauvé.

Les deux collègues décidèrent d'aller remplir leurs réserves d'eau pendant que le médecin soignait Mathieu. Leurs sacs dans les poches, ils marchèrent un petit moment avant de trouver un ruisseau. Ils remplirent les récipients en discutant du médecin. Le Fossoyeur assurait que c'était un homme de confiance, et Antoine ne pouvait que le croire.

Quand ils revirent à leur point de départ au bout d'une bonne demi heure, Mathieu dormait encore. Sauf qu'à présent, un épais bandage recouvrait son bras. Le médecin se tenait à côté de lui, rassemblant les quelques produits qu'il souhaitait conserver. Quand il se rendit compte de l'arrivée des deux compères, il lança un regard discret à François, qui le comprit instantanément. Il hocha la tête tout aussi discrètement, de manière à ce que son camarade ne remarque rien. Le docteur s'approcha alors d'Antoine.

« Je pourrais vous parler en privé, 204 ? »

Ce dernier fut d'abord surpris d'être appelé par son nombre. Mais il accepta. Il s'éloigna alors, accompagné de l'homme. Ils s'arrêtèrent au bord d'une falaise. Encore une fois, Antoine fut assez surpris de trouver une falaise dans cet endroit défiant toutes réalités.

Ils s'assirent alors sur le bord de la falaise et le médecin alla droit au but.

« 204... Votre ami souffre d'un mal extrêmement étrange. Il faudrait de nombreux examens et d'aussi nombreuses opérations pour le guérir totalement. Choses qu'on ne peut pas faire, ici.

- Attendez, j'vous suis plus là, vous aviez dit que vous le soigneriez !

- Et c'est ce que j'ai fais. Mais.. C'est temporaire. A tout moment, votre ami peut rechuter. Et cette rechute lui sera fatale. »

Antoine sentit son monde s'écrouler.

« Vous voulez dire... Qu'il va mourir quand même ?

- Malheureusement... Oui. Mais, si cela peut vous rassurer, il ne souffrira plus jusqu'à la rechute. Et cette rechute sera vraiment très courte. Il ne souffrira que très peu. »

Le youtuber ne répondit pas. Il tentait d'avaler toutes ces révélations.

« Je dois vous quitter, 204. Je ne peux plus rien faire pour votre ami, et à l'heure qu'il est, des gens doivent sans nul doute me chercher. Je m'excuse.. »

Et, sans un mot de plus, il s'en alla.

Antoine resta un long moment seul, assis sur le bord de sa falaise. Une fois la colère passée, ce fut le déni qui le gagna. Mathieu ne pouvait pas être condamné. Pas lui. Il était trop fort, trop courageux pour mourir comme ça. Il était clair que le docteur mentait. Après tout, qu'est ce qu'il en savait, lui ? Il avait lui même avoué que cette maladie lui était totalement étrangère.

Une fois le déni passé, l'anxiété se fit ressentir. Mathieu allait il souffrir ? Et si lui, Antoine, ne se rendait pas compte de la rechute de son ami ? Ce dernier lui dirait il, si il sentait les douleurs revenir ? Ou se tarait il, de peur d'inquiéter son meilleur ami ? Et François ? Comment réagirait il en apprenant tout ça ? Et lui, serait il capable de survivre dans ce milieu hostile, sans le précieux soutien de Mathieu ?

L'anxiété laissa alors la place au raisonnement. Mais, contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce raisonnement n'aboutit pas à l'acceptation. Il aboutit à quelque chose de plus... Héroïque ? Désespéré ? Touchant ?

Car Antoine, durant ce raisonnement, comprit que la seule chose qui pourrait sauver Mathieu, c'était un hôpital. Mais, pour se rendre dans un hôpital, la seule solution était de quitter l'Arène. Alors, une question s'imposa d'elle même : pouvait il quitter l'Arène ? Et si, à défaut de survivre, le but premier de tout ceci était de se défaire de ses instincts primitifs, surmonter l'anarchie et échapper à tout ceci ?

Après avoir réfléchi de longues minutes, peut-être même des heures, Antoine se releva et se dirigea vers son campement, un nouvel objectif en tête : quitter l'Arène.


Heeeeey ! Le voilà enfin, LE CHAPITRE 5 ! Je tiens à remercier ma super beta, qui a fait son boulot alors qu'elle est en vacances. MERCI RANNOU 3
Alors, ce chapitre vous plait ? J'ai voulu tester des trucs, j'espère que ça a marché ^^ En tout cas, avec ce chapitre on entre dans le coeur même de l'histoire, je suis assez impatiente de voir vos réactions w

On est presque à 2000 vues, c'est énorme (cmb), merci à vous, je vous aime ! 3

#UniverseBitches.