Le voilà. Le dernier chapitre. Je vais pas vous tenir la patte trop longtemps. Je vous reprend après. Bonne lecture.
Quand tout le monde s'éveilla, François ne révéla rien de ce qu'il avait put voir ou entendre venant de Mathieu durant la nuit. Il jugeait que ses amis se porteraient bien mieux en n'ayant pas conscience de l'épée de Damoclès qui était brandie au dessus d'eux.
Mathieu semblait en forme et plein de vie, ce qui avait le don de rassurer ses amis. Les trois compères mangèrent le plus rapidement possible avant de reprendre leur interminable trajet. Quelques heures passèrent. Le silence régnait entre les alliés. Le temps leur semblait plus long qu'il ne l'avait jamais été. Le seul bruit audible était la respiration saccadée des YouTubers à bout. Ils se surprenaient parfois à regretter ce voyage, tant il leur paraissait long et, selon Mathieu, sans intérêt majeur.
Alors que ce dernier commençait à ressentir un léger mal de crane, le groupe se stoppa net. François, l'émotion se lisant sur ses traits fatigués, ne put s'empêcher de crier :
« Merde les mecs, on y est ! »
Antoine leva la tête. Le petit bâtiment blanc qui était sa prison une poignée de jours auparavant, lui paraissait salvateur. Les murs immaculés ne l'étaient plus vraiment : quelques tâches de sang venaient troubler la stérilité de l'endroit.
Impatient, François se mit à avancer vers ce lieu, un espoir tout nouveau ancré en lui. Il allait sauver son ami. Il fit quelques pas, avant qu'une main ne se pose sur son épaule. Il se retourna vivement, et se retrouva nez à nez avec la petite blonde, rapidement rejointe par le reste de son groupe.
« J't'ai manqué bâtard ?
- Calme toi Doudou. Attend un peu... murmura un de ses alliés, dont elle semblait très proche.
- Il les a tué ! Il mérite de crever ! »
Le jeune homme prit la blonde au regard haineux dans ses bras pour l'empêcher de frapper le Fossoyeur. Ce dernier, paniqué, tourna la tête vers ses amis.
Mathieu était à terre. Les yeux révulsés, il détaillait avec terreur les deux garçons qui se tenaient face à lui. Ça y est. Ils étaient là. Ce n'était pas une hallucination. Les amis de sa première victime étaient bien là. Il pouvait aisément lire dans leurs yeux la haine qu'ils éprouvaient à son égard. Ils allaient le tuer.
Le stress d'Antoine commençait à fortement augmenter. La peur s'installait progressivement en lui. Des perles de sueurs apparaissaient sur son front. Il crut sentir son cœur manquer un battement quand il entendit derrière lui une voix froide, antipathique, sure d'elle et terriblement familière.
« Vous pensiez vraiment vous en tirer comme ça les amis ?
- 24... »
Le chevelu se retourna et se retrouva face à celui qu'il n'avait rencontré qu'une unique fois mais qui l'avait marqué plus que n'importe qui. Il entrouvrit la bouche pour assener une insulte, quand une personne supplémentaire apparut. Et cette fois ci, son cœur manqua réellement un battement.
Une jeune femme au visage maculé de boue le fixait avec un sourire mauvais et de la rage dans son regard. Son petit corps était vêtu d'un t shirt blanc couvert de gouttes de sang et d'un jean sale. Ses cheveux blonds étaient ramenés en une longue queue de cheval. Son visage, anciennement si juvénile et doux, était devenu dur et froid.
« May... chuchota Antoine, sous le choc. »
Son sang ne fit qu'un tour. Il se retourna violemment vers 24. Ce même 24 qui s'était allié à leurs ennemis. Qui avait entraîné May avec lui. May, cette gamine qui n'avait rien demandé. May...
« Putain de fumier ! »
Le YouTuber ouvrit les hostilités en se jetant sur celui qui semblait être le meneur. Il lui décrocha un coup de poing dans le nez avec une violence qui ne lui correspondait pas. Il ne frappait pas pour se défendre. Il frappait pour tuer.
La blonde, trop contente de pouvoir enfin se lâcher, attaqua François d'un coup de pied dans sa cuisse blessée. Le pelleteur se mordit la lèvre jusqu'au sang, avant de rendre son coup à son ennemie. Cette dernière répliqua instantanément avec un coup de pied trop bien placé. Le meneur des trois amis ne put faire face. Il s'écroula aux pieds de ses opposants. Ces derniers s'en donnèrent à cœur joie : les coups pleuvaient sur le corps en sang du YouTuber. Ce dernier, tentant de se défendre malgré tout, ne pouvait rien faire face à un tel déferlement de haine. Un coup de feu retentit. Un de ses assaillants tomba, créant le trouble chez les autres. Il en profita pour se relever, en assommer un autre et envoyer un terrible uppercut dans le menton de celui qui avait tenté de calmer la meneuse au début de l'affrontement.
En voyant son ami s'écrouler dans une marre de sang, cette dernière hurla, une rage presque démente dans son regard. Accompagnée de l'autre fille de la bande*, et du dernier homme survivant, elle se jeta sur François, qui était bien décidé à ne pas se laisser faire.
De son côté, Mathieu se battait malgré lui contre les deux adolescents dont il avait tué l'ami. Il ne cessait de s'excuser entre deux coups évités, les larmes aux yeux. Frapper ces gamins le dégouttait profondément. Quand l'un d'eux sortit son revolver, le petit YouTuber n'eut pas le choix : il dégaina le sien.
Les trois garçons se faisaient face, armes braquées. De la détermination se lisait sur le visage des plus jeunes, tandis ce que le plus vieux redoutait de devoir tirer.
« On est pas obligés d'en arriver là...
- Si ! On doit venger notre pote ! Dit le plus grand de sa voix en mue.
- Non ! Vous êtes juste pervertis par ce lieu, ce système..
- TA GUEULE ! »
L'adolescent allait tirer. Son doigts glissait dangereusement sur la gâchette. Mathieu n'avait plus le choix. Il visa, ferma les yeux et tira. Rapidement, un coup de poing lui atterrit en plein visage. Il ouvrit les yeux, visa le gamin survivant et tira une seconde fois. Ce dernier s'écroula sur le corps de son camarade.
Le jeune homme sentait la panique monter. Il inspira un grand coup. Ne pas se laisser aller. Aller aider ses amis. Il vérifia son arme et couru en direction d'Antoine.
Le chevelu se battait hargneusement contre May, qui lui lacérait le visage de ses ongles. D'horribles cris de douleurs s'échappaient de la gorge du plus jeune, tandis ce que son visage se recouvrait de sang. Emportée par sa folie meurtrière, May lui arrachait quelques bouts de peau. Terrifié par ce spectacle, Mathieu n'hésita pas : il tira sur la jeune fille.
La balle l'atteignit à la poitrine. Une douleur insoutenable la prit. Soudainement, elle n'entendait plus les bruits autour d'elle. Les yeux rivés sur le sol, elle sentait son sang se vider dangereusement. Elle s'attendait à voir sa vie défiler devant ses yeux. Mais un seul événement lui revint en tête.
May venait de se réveiller. Sa blessure au bras lui faisait moins mal, à présent. Elle chercha du regard Antoine. Personne. Faible, elle se leva et entreprit de chercher son ami. En vain.
« Antoine ? »
L'enfant réitéra ses appels. Au bout d'une demi heure, elle renonça et se laissa lourdement tomber contre un arbre. Elle enfouit son visage entre ses genoux et fondit en larmes. Il l'avait abandonnée. Elle allait mourir. Comment avait elle put lui faire confiance ? Elle était trop bête.
« Pourquoi une si jolie jeune fille pleure-t-elle? »
L'intéressée releva la tête en direction de la voix. Un homme souriant dégageant une impression malsaine se tenait à côté d'elle. Elle se leva et, tremblante, dégaina son arme.
« Qui êtes vous ? Que me voulez vous ?
- Calme toi, May...
- Comment connaissez vous mon prénom ?
- Je connais bien des choses sur toi... »
Intriguée, l'adolescente baissa son arme. Le mystérieux mais si charismatique homme s'approcha d'elle et la prit dans ses bras. D'abord craintive, elle finit par se laisser faire. Après tout, la situation ne pouvait être pire.
« May.. Je suis désolé de t'avouer ça mais... Tout ce qui t'arrive est de ma faute.
- Comment ça ? Questionna la blonde en s'écartant.
- Je vous ai manipulé, Antoine et toi. J'ai fais en sorte qu'il te laisse tomber, pour mieux te retrouver et te demander de t'allier à moi.
- M'allier à toi ? Pourquoi ?
- Le tuer.
- Et... Pourquoi nous manipuler, au lieu de me demander une alliance directement ?
- Je ne sais pas... Pour m'amuser ?
- Tu n'as pas honte ?!
- Tu n'as pas peur ?
- Je n'ai pas peur ! »
Le sourire de 24 grandit. Il s'approcha doucement de la jeune fille, de sorte à ce que leurs lèvres ne soient qu'à quelques millimètres de distance. Il plongea son regard dans celui de la petite, troublée.
« Je n'ai pas honte. »
Tout en se remémorant ce moment, May sentit sa respiration diminuer, puis disparaître. Le sourire aux lèvres, elles ferma les yeux, pour ne jamais les ouvrir à nouveaux.
Antoine détourna les yeux du cadavre. Il ne devait pas se laisser distraire. May voulait le tuer. La douleur omniprésente le lui rappelait constamment. D'un même mouvement, Mathieu et lui cherchèrent François.
Le Fossoyeur se battait en duel avec la petite blonde, la meneuse de ses éternels ennemis. Les cadavres des deux derniers alliés de la jeune fille gisaient à leurs pieds. Le pauvre François était méconnaissable. Sa façon de se battre se rapprochait de celle d'un animal, à l'instar de son adversaire. Les traditionnels coups de pieds et poings étaient accompagnés de coups de dents et de griffures. Le pelleteur ne cessait de cracher du sang, alors que la blonde appuyait avec sa main sur son ventre déchiré suite à une morsure.
Les deux amis se regardèrent brièvement : ils pensaient exactement la même chose. Antoine visa la blonde furieuse de son Smith & Wesson, avant de tirer. La dernière des ennemis de leur aîné s'écroula enfin. Ce dernier l'imita, visiblement à bout. Ses collègues accoururent et l'aidèrent à se relever. Une voix se fit entendre.
« Il me semble que vous avez oublier quelqu'un... »
Tout les trois se retournèrent comme un seul homme. 24 les fixait, son éternel sourire mauvais gravé sur les lèvres. Ils ne pouvaient pas faire marche arrière. Mathieu fut le premier à attaquer leur dernier ennemi. Les coups s'enchaînèrent rapidement. Antoine rejoint la bagarre, rapidement suivi d'un François chancelant.
24, qui n'avait pas encore combattu, avait un grand avantage face aux YouTubers gravement blessés. Néanmoins, mus par une envie d'en finir incroyable, les trois alliés se battaient comme des lions.
Soudain, Mathieu tomba à terre sans qu'aucun coup ne lui soit porté. Ses amis n'y prêtèrent pas attention tout de suite. Le jeune homme se tordait de douleur, se tenant la tête entre les mains. Quand enfin François remarqua la faiblesse de son ami, il fit automatiquement le lien.
« Antoine ! Emmène Mathieu à l'intérieur ! Je... Je crois qu'il rechute putain !
- Quoi ?! Mais je vais pas te laisser te battre seul ! Répondit Antoine en évitant un coup de 24.
- Fais ce que je te dis, point ! J't'en supplie Antoine, sauve le ! Je vous rejoins à l'intérieur.. »
Antoine lança un regard à Mathieu, hésita quelques secondes avant d'aller aider son ami à se lever et de le transporter tant bien que mal à l'intérieur du bâtiment blanc.
Les deux hommes passèrent la porte, que le chevelu referma aussitôt. Il s'arrêta quelques secondes pour reprendre son souffle. Deux coups de feu retentirent juste derrière la porte. Antoine s'apprêtait à courir voir ce qui se passait, mais un petit cri de Mathieu lui fit revoir son sens de priorité. Fébrile, il entreprit de retirer chaque morceau de sol, à la recherche de la fameuse trappe évoquée par François. Il sentait ses forces diminuer, et ses réserves de sang se vider. Le courage le quittait, quand il trouva enfin la dite trappe. Si il avait été suffisamment fort pour, il aurait poussé un soupir de soulagement.
Sans perdre de temps, il poussa Mathieu jusqu'à la trappe. Une fois son ami avalé par le sol, le plus jeune s'y jeta à son tour. La chute dura quelques fractions de secondes. Il atterrit sur un filet, aux côtés de Mathieu. Il jeta un coup d'œil aux alentours. Ils se trouvaient dans un couloir blanc. Antoine sortit du filet, traînant un Mathieu agonisant derrière lui.
Une porte s'ouvrit. Une femme habillée en infirmière sortit de la pièce. Quand elle vit les deux hommes, son visage afficha une expression choquée.
« Oh mon dieu... Monsieur, suivez moi, il faut faire quelque chose pour votre visage... Vous perdez beaucoup trop de sang...
- Non ! Protesta difficilement Antoine. Occupez vous de lui... Il est malade, il va mourir d'une minute à l'autre...
- Antoine... murmura difficilement Mathieu.
- Je suis désolé Mathieu... Désolé pour tout... Il faut que tu vives. Mat, je t'en supplie, vis... articula difficilement Antoine, les larmes se mélangeant à son sang. »
Sur ces mots, le brun déposa un chaste baiser sur le front du petit. Ce dernier voulu répliquer, mais il perdit connaissance.
Difficilement, le jeune homme ouvrit les yeux. Il était allongé dans une chambre totalement blanche. Un chambre d'hôpital. Sa tête le lançait encore. Au bout de quelques minutes, ses souvenirs lui revinrent enfin. Ils avaient quitté l'Arène. Antoine et lui. Ils s'en étaient sortis. Mathieu tourna la tête à gauche. Personne. Contrairement à sa droite, où un grand homme vêtu d'un costume noir se tenait debout. Quand le malade le reconnu, il fut prit de panique.
« P.. Patron ?!
- Lui même gamin.
- Mais c'est impossible... Vous.. Vous existez pas ! J'vous ai inventé pour mon ém..
- Je sais que je n'existe pas. J'suis qu'une hallucination. Ta dernière je pense. Les saloperies qu'ils t'ont donné font effet, d'où ton mal de crane. J'peux pas rester longtemps... expliqua le psychopathe en montrant à Mathieu sa main, qui commençait à disparaître.
- Pourquoi vous êtes là ?! »
La réplique de Mathieu soupira. Derrière ses épaisses lunettes de soleil, on pouvait deviner qu'il avait fermé les yeux.
« Il y a certaines choses que les doc' ici ne te diront pas. Mais je juge important que tu sois au courant. Désolé, ça risque de te secouer..
- Je comprend plus rien.. Où est Antoine ?!
- Justement, c'est en partie de lui dont il est question..
- Où est il ?!
- Mathieu... Il n'y a qu'une seule équipe médicale ici. Ils n'étaient pas prêt à recevoir deux personnes. L'état d'Antoine leur semblait plus grave. Mais il a préféré te céder la place.
- Et alors ? Venez en aux faits bordel !
- Son visage aurait du être soigné dans les plus brefs délais.. Mais ça n'a pas été le cas. J'suis désolé gamin. »
Sur ces mots, le patron disparut. Mais le jeune homme ne le remarqua même pas. Antoine..
« 15 août 2015, Échappé n°1, SOMMET Mathieu. Après un mois d'hospitalisation, l'état du patient stagne. Sa maladie cérébrale est maintenant complètement guérie. Néanmoins, le patient souffre de mutisme et semble complètement hors du monde extérieur. D'après des analyses médicales poussées, cet état n'est nullement une séquelle de la maladie. Nous pensons que son séjour dans le Bloc a eu un effet traumatisant sur lui. Nous envisageons de le renvoyer chez lui afin d'observer son évolution en milieu familier. »
Le médecin éteignit son magnétophone et lança un regard désolé à Mathieu. Celui qu'ils appelaient l'Échappé fixait un point invisible, comme toujours. De nombreux fils étaient reliés à son corps chétif, lui emmenant les nutriments nécessaires à sa survie. L'homme ne put s'empêcher de ressentir une pointe de colère envers le gouvernement : il était monstrueux de briser un être humain ainsi. Pour des raisons aussi futiles, qui plus est.
La porte s'ouvrit sur une femme aux traits durs. Ses cheveux noirs, d'ordinaires rassemblés en une queue de cheval, étaient tressés. Ses yeux verts se posèrent sur Mathieu.
« Il n'a toujours pas daigné bouger ?
- Madame... Il est profondément traumatisé, même détruit... Je vous en supplie, faites entendre raison à M. Morel.. Nous ne pouvons pas nous per... »
La femme le fit taire d'un mouvement de main. Le médecin retint un soupir. Tel un charognard, elle tourna autour du patient, l'analysant pendant de longues minutes, prenant des notes.
« Je n'ai pas beaucoup de temps : le prochain groupe arrive dans quelques minutes. Vous permettez ? Demanda-t-elle en s'emparant du dossier de Mathieu. »
L'homme a la chevelure grisonnante hocha de la tête, résigné. La femme parcourut le paquet de feuilles, lisant en diagonales les descriptions détaillées de l'état de Mathieu au fil des jours. Elle consulta d'un œil distrait sa montre, et, constatant qu'elle était en retard, fourra le dossier dans son sac. Alors qu'elle s'apprêtait à partir, le médecin l'arrêta.
« Pourquoi.. Pourquoi ne voulez vous pas reconnaître que tout ceci est malsain, et que nous tuons ou brisons des innocents ? Pourquoi refusez vous de dire au président que tout ceci n'est que folie ? »
Elle se retourna vers l'imprudent, planta son regard vert dans le sien et répondit, du ton le plus détaché du monde :
« Je ne sais pas. Certainement car j'aime étudier la souffrance des autres humains. En particulier la souffrance morale. »
« Docteur.. Vous croyez vraiment qu'il est prêt à retourner chez lui ?
- J'en suis sur Léa. Je pense que ça ne pourrait que lui être bénéfique. »
La jeune infirmière qui avait prit en charge Mathieu à son arrivée ne semblait pas convaincue. Elle se sentait responsable du patient. D'autant plus qu'elle n'arrivait pas à se détacher du sentiment de culpabilité qu'elle éprouvait. En effet, elle se sentait responsable de la mort d'Antoine. Elle faisait donc tout pour aider Mathieu, même si ses efforts semblaient vains, l'état du jeune homme ne changeant pas.
Le lendemain, Mathieu était chez lui, à Paris. Il n'avait pas prêté attention au trajet. Il ne prêtait plus attention à rien. La vie n'était plus qu'une succession d'heures qu'il fallait supporter, selon lui. Pour la première fois depuis plus d'un mois, il observa son environnement. Son petit appartement n'avait pas bougé. Tout était exactement comme il l'avait laisser.
Son regard s'arrêta sur un miroir. L'Échappé peina à se reconnaître : ses cheveux, rasés durant les nombreuses interventions chirurgicales qu'il avait subis, peinaient à repousser. Il avait perdu une bonne dizaine de kilos. Sa peau était d'un blanc cadavérique. Son visage, d'ordinaire si beau et souriant, n'était plus qu'une forme sans relief, sans vie. Même ses yeux, réputés pour être d'un bleu magnifique, semblaient noirs à présent. Dégoutté par son image, Mathieu détourna les-dits yeux du miroir.
En regardant son canapé, un détail le frappa. Une veste kaki était abandonnée sur le dossier. Celle d'Antoine. Le YouTuber s'en saisit, n'osant y croire. Il enfouit son visage dans le tissu, avant de fondre en larmes. Antoine. Son meilleur ami. Il l'avait tué. Comment se le pardonner ? Il avait aussi entendu, au cours d'une conversation entre le médecin et la femme aux cheveux noirs, qu'aucun autre Exclu n'était arrivé dans l'hôpital. François ne les avait donc pas rejoints. Il l'avait probablement tué, lui aussi.
Il jeta la veste sur une chaise, et se tape rageusement la tête contre un mur.
« C'EST MA FAUTE ! MA FAUTE ! Hurla Mathieu, surprit par le son de sa propre voix, qu'il n'avait pas entendu depuis bien longtemps. »
Les larmes ne cessaient de dévaler ses joues. Les derniers mots d'Antoine lui traversèrent l'esprit : « Mat, je t'en supplie, vis... »
« Comment veux tu que je vives sans toi, Toine ? COMMENT ? Questionna Mathieu, en levant la tête. »
Ce geste le rassurait, au fond. Car, lui qui était athée depuis toujours, se surprenait à rêver qu'il existait bel et bien un paradis là haut, ou du moins un endroit où il pourrait rejoindre son ami disparu. Après tout, si les religieux y croyaient, pourquoi pas lui ?
Il ne se sentait plus de taille à affronter le monde. Il ne se sentait plus digne de ce corps qu'il habitait, alors qu'il avait privé plusieurs personnes de leurs vies. Tremblant, il attrapa la veste d'Antoine. Il respira ce qu'il restait de l'odeur de son ami. Il se laissa tomber sur le sol, le vêtement contre son cœur. Recroquevillé sur lui même, lâchant de petites plaintes pratiquement inaudibles, il réfléchissait à la meilleure manière de s'affranchir de ce lourd fardeau qu'était devenu sa vie. Cette vie qu'on lui avait offerte en se sacrifiant pour lui. Cette vie dont il ne savait plus quoi faire, à présent.
Des longues minutes passèrent avant que Mathieu ne se lève enfin. Déterminé, il enfila la veste de son ami et sortit son appartement, non sans y jeter un regard ému, de magnifiques souvenirs lui revenant en tête, lui rappelant qu'il fut un temps où tout était parfait.
Essoufflé, l'adolescent monta à bord du métro. Il consulta rapidement sa montre : 8h54. Il soupira. Il allait être en retard, encore. En cette heure de pointe, il avait du mal à trouver un endroit où se placer convenablement. Il se retrouva donc coincé sous un homme en t shirt, dont l'aisselle dégageait une des odeurs les plus pestilentielles. Le blond grimaça.
Il consulta sa montre à nouveau : 8h55. Bon sang, pourquoi ce foutu métro ne démarrait il pas ? Soudain, les hauts parleurs grésillèrent, et une insupportable voix annonça :
« Cher voyageurs, voyageuses, suite à un accident de personne, nous vous prieront de bien vouloir évacuer la rame. En nous excusant pour la gène oc... »
Une vague de protestation s'éleva dans la rame bondée. Le jeune garçon s'empressa de sortir, pour découvrir sur le quai des dizaines de policiers, ainsi qu'une ambulance où on embarquait un brancard, sur le quel on pouvait facilement deviner une silhouette humaine recouverte d'un drap.
« Encore un suicide.. pensa l'adolescent. »
Et il se mit à courir, apeuré à l'idée d'être encore en retard en cours.
* : pour ceux qui se rappellent pas : au début, il y avait trois filles : la blonde, une brune tuée par François et l'autre dont il est question à cet endroit ^^
Et voilà. Ainsi s'achève mon histoire. Pfiou. Ça fait bizarre tient. Hé toi là, range ta fourche ! Je ne tiens pas à mourir si jeune...
Donc... Que dire ? J'espère ne pas vous avoir déçu. Ce chapitre est le reflet même de ce que j'avais en tête. Je ne le changerai pour rien au monde. Néanmoins.. Une fin alternative pourrait voir le jour. Qui sait ?
En tout cas je voulais vous remercier. Une fiction, un auteur, tout cela n'est rien sans public. Et vous avez été un public génial. Vos reviews m'ont profondément touchée, sachez le. Je compte revenir bientôt, notamment avec deux OS et une fiction que je prépare. J'espère que ces projets vous plairont autant que Les Exclus. Je voulais remercier Ranne, ma super bêta. On a encore de belles choses à réaliser ensemble ma belle, je te le promet.
Un énorme merci de n'avoir pas tenu compte de ma longue absence. Et merci pour les 4000 vues. Je vous aime. A très, très bientôt.
Emma.
