• IV

Quand le réveil d'Hermione sonna, celle-ci était encore allongée dans le canapé. Elle mit du temps à émerger mais quand elle vit l'heure et qu'elle comprit qu'elle allait être en retard, elle se leva d'un coup.

« Oh ça tourne. »

Obligée de se rasseoir, Hermione attendit un peu et fit une autre tentative, plus prudente, pour se diriger vers la salle de bain. Son reflet n'était pas glorieux. Décoiffée, pas démaquillée, le teint blanc, elle n'avait pas bonne mine. La jeune femme inspira et pris une bonne douche glacée afin de se réveiller et d'effacer le plus possible la gueule de bois qui la menaçait. Elle sortit, se maquilla, se coiffa et se brossa énergiquement les dents. Hors de question que quiconque se doute qu'elle avait bu plus que raison hier soir. La jeune femme n'était pas très fière d'elle. Elle passa un haut crème qu'elle rentra dans une jupe haute prune, des escarpins et décida de rapidement avaler un petit déjeuner. Mais l'odeur de la nourriture lui donna la nausée, aussi abandonna-t-elle l'idée.

La brune transplana et, arrivée au Ministère, sentit que la journée allait être longue. Un mal de crâne se faisait sentir et les bruits ne faisaient qu'aggraver cela. Les lumières artificielles lui donnaient la nausées et c'est les yeux fermés qu'elle pénétra dans l'ascenseur. Elle se hâta de se rendre dans son bureau où elle trouva enfin un peu de calme. Hermione s'installa sur sa chaise et posa sa tête entre ses bras, sur le bureau.

« Cette journée va être merdique.
- Je ne te le fais pas dire, Granger. »

Hermione ne l'avait pas entendu entrer mais elle reconnu sa voix hautaine et son accent moqueur. Les doigts sur les tempes, elle se redressa et en lui jetant à peine un regard.

« On a fait la fête hier soir, on dirait. »

Le sarcasme suintait derrière ces mots. Hermione tenta de prendre un air sérieux et froid.

« Absolument pas.
- C'est pour ça que tu as les yeux encore rouges et un mal de tête ?
Je n'ai pas mal à la tête, Malefoy. Et mêle toi de tes affaires ! »

Mais elle s'était sentie rougir. Pourquoi fallait-il qu'il soit aussi observateur ? Le silence s'installa. Tendu pour Hermione, tranquille pour Malefoy. Il observait à loisir son équipière qui avait le regard fixé sur la porte. Elle se mordillait nerveusement la lèvre et avait les joues encore roses. Il savait qu'elle avait bu, il reconnaissait les victimes d'une gueule de bois, aussi légère soit-elle.

« Bon, Granger. Je sais que tu ne veux pas travailler avec moi. Mais nous sommes obligés. Alors on pourrait au moins tenter d'avoir des relations cordiales.
- Tu n'as qu'à retourner en France, on ne serait même pas obligés d'avoir de relations du tout, répliqua-t-elle, amère.
- Le fait est que je suis ici, en Angleterre. Et que je ne compte pas retourner en France.
- Quel dommage. »

Du coin de l'œil, elle vit Malefoy se rembrunir et se renfoncer dans son siège face à sa provocation.

« Je n'ai pas l'attention de mal faire mon boulot à cause de toi, Granger. Alors tu ferais mieux d'être plus aimable.
- Tu n'as aucun ordre à me donner Malefoy. Va te faire foutre. »

La jeune femme ne comprit pas pourquoi elle avait dit cela. Elle n'était pas du genre insultante ou violente mais elle avait envie de provoquer le Serpentard qui se tenait face à elle, de l'énerver comme il l'énervait. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire il avait bondit de son siège et se penchait sur Hermione, les mains posées sur les accoudoirs de son fauteuil.

« Pardon ? demanda-t-il, doucereux.
- Tu as très bien entendu, Malefoy, répondit Hermione sur le même ton. »

Elle vit que ses yeux habituellement gris devenaient plus foncés et elle pouvait presque toucher la colère qui émanait de lui.

« Tu as intérêt de mieux me parler espèce de...
- Espèce de quoi ? le coupa la jeune femme. Espèce de sang-de-bourbe ? »

D'un geste elle le repoussa violemment – plus violemment qu'il ne l'aurait pensé – et se releva, le faisant reculer jusqu'à la bibliothèque et pointa sur lui un doigt accusateur, ses yeux brillants de colère. Ils y étaient. Elle savait bien que Malefoy n'avait pas changé et que ses préjugés l'accompagnaient toujours. Il était hors de question qu'elle travaille avec un sorcier aussi imbu de sa personne et de son sang et intolérant.

« Tu vois, Malefoy, c'est pour ça que je refuse de travailler avec toi. Toi et ton sang soit disant pur, toi et ton éducation de petit noble aux idées arrêtées. Je refuse de travailler avec quelqu'un partageant les idées de Voldemort et qui a fait partie des Mangemorts. Va rejoindre papa et maman et fous moi la paix ! »

Au mot « Mangemorts » Malefoy s'était figé. Si ses yeux étaient froids tout à l'heure, là ils étaient de glace. Il attrapa les poignets de la Gryffondor et la fit pivoter. C'était elle qui se retrouvait bloquée contre la bibliothèque et lui qui l'empêchait de bouger. Il s'approcha d'elle pour lui souffler :

« Ne redis jamais que je suis ou que j'ai été un Mangemort. Tu ne sais pas de quoi tu parles, Granger. »

Son ton était doucereux mais il fit frissonner la brune. C'était un ton sans équivoque, où la colère était présente, derrière chacun des mots. Il lui lâcha les poignets et la regarda avec tellement de dégoût que cela fit plus mal à Hermione que l'impact de son dos contre le meuble. Il ouvrit la porte d'un coup sec et, avant de partir, lâcha une dernière phrase :

« Et je n'allais pas t'insulter de sang-de-bourbe mais de Gryffondor. »

Et la porte claqua derrière lui.

Abasourdie, Hermione se rassit en se massant les poignets. Venait-elle de... blesser Malefoy ? Aussitôt elle se traita d'idiote. Quelle mouche l'avait piquée de l'insulter de Mangemort ? Elle se gifla mentalement. Devait-elle s'excuser quand il reviendrait ? Oui. Mais en serait-elle capable... c'était moins sûr. Ne le voyant pas revenir, elle se plongea dans les dossiers qui l'attendaient.