Vous vouliez Alec, le voici le voila !

IX •

Rendez-vous dans mon bureau à dix heures.

Le mot de Williamson était bref, sans fioritures, sans même un bonjour ou une signature. Hermione regarda Malefoy qui avait reçu le même.

« Qu'est-ce qu'il veut, à ton avis ? l'interrogea la jeune femme.
- Me féliciter pour mes brillantes capacités.
- Je suis convoquée aussi, je te ferais remarquer, répliqua-t-elle.
- C'est pour que tu prennes exemple sur moi, fit-il, ayant toujours réponse à tout. »

Hermione lui jeta une chocogrenouille, qui traînait sur son bureau, qu'il rattrapa avec un sourire. Depuis le repas chez Pansy, leurs relations étaient plus cordiales. Ils ne se disputaient plus que rarement et il s'agissait plus de chamailleries que de véritables disputes comme ils pouvaient en avoir eut lors de leur dernière mission. Et puis elle le voyait sourire, ce qui l'étonnait toujours, lui qui était si froid et distant normalement.

Non, pas normalement. Tu ne connais pas le Malefoy post-Poudlard. Peut-être que c'est dans ses habitudes que de sourire souvent.

Ce qui n'était pas pour la déranger. Elle adorait son sourire. Il était toujours empreint d'ironie mais c'était malgré tout un vrai sourire qui atteignait même ses yeux. Quand il lui souriait ainsi, elle avait l'impression que son ventre se détachait du reste de son corps pour faire bande à part. Elle trouvait cette réaction totalement idiote et ridicule mais ne pouvait s'empêcher de souhaiter le voir sourire à nouveau.

« J'espère que c'est pour une mission, soupira-t-elle. »

Depuis l'arrestation de Jugson ils n'avaient eu aucune enquête de terrain, juste de la paperasse et toujours de la paperasse.

« Je sais pas si j'ai encore envie de rester enfermé avec toi, lâcha Malefoy. »

Un regard suffit à Hermione pour comprendre qu'il plaisantait, mais elle lui lança un autre bonbon, pour la forme.

« Parce que moi je suis enchantée peut-être ?
- Tu devrais. Être enfermée avec un apollon pareil, ça ne se refuse pas.
- Tu parles de qui ?
- De moi, qui d'autre ?
- Toi, un apollon ? Laisse-moi rire ! s'esclaffa-t-elle.
- Arrête Granger, j'ai bien vu comment tu me regardais chez Pansy, susurra-t-il. »

Hermione se sentit rougir. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il ressorte ce fait maintenant, mais ne se démonta pas.

« Ce n'est pas moi qui suis jalouse parce que tu as un petit-ami.
- Moi, jaloux ?
- Ne fait pas l'innocent, Malefoy !
- Mais moi je ne passe pas mon temps à te reluquer, contre-attaqua-t-il.
- Non, mais tu m'as appelée Hermione. »

Il en resta coi et Hermione savoura son triomphe. Elle s'attendait à une réplique du blond mais celui-ci semblait surpris qu'elle s'en souvienne. En fait, il était surpris qu'elle ait entendu qu'il l'avait appelée par son prénom. Après tout, à ce moment, elle essayait de rester en vie et lui avait hurlé son prénom sous le coup de l'inquié... De l'inquiétude ? Envers Granger ? Drago se secoua intérieurement. Il avait crié son nom à cause de la surprise, dans la précipitation. Voila tout. Il ne pensait vraiment pas qu'elle s'en souvenait ni qu'elle lui en parlerait. Il se surprit à être gêné. Après tout, ils s'étaient toujours nommés par leur nom de famille. Un prénom était quelque chose de beaucoup plus personnel. Pourtant, il appelait bien les autres Gryffondor par leur prénom, désormais.

Oui, mais ce n'est pas pareil.

Inconscient du débat intérieur qui agitait son équipier, la brune savourait d'avoir réussit à avoir le dernier mot. Au bout de quelques secondes, il ouvrit enfin la bouche pour répliquer mais la porte s'ouvrit au même moment. Hermione enleva ses pieds de son bureau et se redressa, lissant son haut pour paraître plus professionnelle. Elle remarqua que Malefoy ne bougeait pas et restait les pieds croisés sur son bureau, les mains derrière la tête, une lueur agacée dans le regard. Qui venait les déranger maintenant alors que cette histoire de prénom était en suspens ? Quelque part, il s'en réjouissait car il n'aurait pas à se justifier de l'avoir appelée Hermione.

L'homme qui rentra était assez grand, mais moins que Malefoy, ce que ce dernier nota avec orgueil. Il avait des cheveux raides et bruns rattachés en catogan. La peau mate, des yeux marrons, presque noirs, une bouche qui ne laissait personne indifférent, l'homme était indéniablement beau. Il était habillé simplement mais chacun de ses habits transpirait la richesse. Tout en lui criait qu'il était riche et qu'il avait du pouvoir. Ce qui était vrai, mais moins que le concerné ne l'aurait voulu. De toute façon, il voulait toujours plus. Mains dans les poches, dans une attitude nonchalante et très bien révisée, il entra dans le bureau et jeta un coup d'œil circulaire.

Quand il vit Malefoy, son regard s'assombrit et le Serpentard ne se priva pas de lui rendre son regard noir. Il n'aimait guère ce sorcier. Le blond était doué pour cerner les gens et lire en eux. Il comprenait la nature humaine mieux que quiconque et pouvait déceler ce que pensait un interlocuteur, même si celui-ci ne faisait que jouer avec ses mains. Et là, ce qu'il voyait et comprenait de l'attitude de l'homme ne lui plaisait pas du tout.

Le sorcier s'avança vers Hermione et attrapa son menton entre ses doigts avant de l'embrasser. Son baiser dura un peu trop longtemps pour que ce soit une simple salutation, nota la brune. Mais elle ne dit rien et lui adressa un sourire quand il se recula.

« Salut, Alec.
- Bonjour, chérie. »

La jeune femme se retint de soupirer. Il ne l'appelait chérie que quand il y avait un prétendu rival qui pouvait les entendre. Le fait qu'il accentue ce mot montrait qu'il considérait Malefoy comme un très grand rival, ce qui était idiot.

S'il savait que je le détestais à Poudlard, se montrerait-il moins jaloux ?

Non. Elle connaissait la réponse. Alec était jaloux de Harry, alors il pouvait l'être de n'importe qui d'autre. Et il l'était, d'ailleurs. La jeune femme lui avait dit qu'elle avait un équipier venu de France mais elle avait eu la bonne idée de l'en informer juste avant un rendez-vous avec le Ministre, aussi avait-il laissé la nouvelle couler, trop occupé par le choix de sa cravate. Par contre, Hermione s'était bien gardée de lui dire qu'ils avaient passé plus d'une semaine enfermés dans la même chambre. Elle priait d'ailleurs pour qu'il ne l'apprenne jamais, sinon elle était bonne pour une nouvelle dispute.

« Je ne savais pas que tu passais me voir aujourd'hui, dit-elle, se demandant ce qu'il lui voulait.
- J'ai réussi à libérer mon vendredi soir et je voulais t'inviter au restaurant, entre amoureux. »

Il avait bien appuyé sur ce dernier mot et Hermione se retint de lever les yeux au ciel. Fallait-il toujours qu'il affiche Hermione comme un trophée et qu'il montre les crocs alors même qu'il n'y avait pas à le faire ?

« Alec, ça aurait été avec plaisir, mais je dîne chez un ami.
- Chez un ami ? répéta-t-il, soudainement froid.
- Oui, un ami, fit-elle en soulignant bien ce dernier mot. Il y aura Ron et sa petite-amie, Pansy, Ginny et Harry, celui qui reçoit, Blaise, et Malefoy. »

Elle pointa ce dernier du doigt et lui jeta un regard noir. Il observait la scène, amusé, comme on regarderait un bon film. Et sa présence n'aidait pas la brune. Alec était sur la défensive et le repas qu'elle venait de lui annoncer n'allait pas arranger les choses. Mais Malefoy ne bougea pas d'un pouce et eut même l'affront de sourire encore plus, créant des tourbillons dans le ventre de la jeune femme. Il fallait qu'elle se concentre sur le problème le plus urgent : Alec et sa meilleure amie, la jalousie. Ou la possessivité. Ou les deux.

« Tu pourrais venir, d'ailleurs, proposa-t-elle. Tu ne connais pas ni Pansy, ni Blaise.
- Non, je n'ai pas envie. »

Hermione se leva et lui pris la main.

« S'il te plaît. On dînera en tête à tête un autre soir.
- J'avais prévu ça pour vendredi, mais comme tu fais passer tes amis avant moi...
- Il ne s'agit pas de ça, Alec, tu le sais très bien, répliqua-t-elle, froidement.
- Ah non, il s'agit de quoi alors ? »

Il était à deux doigts de s'énerver, elle le savait. Mais, pour une fois, elle n'avait aucune envie de faire des efforts. Elle en avait simplement marre.

« Je suis fatiguée Alec. Fatiguée de devoir constamment choisir entre toi ou mes amis, fatiguée de ta jalousie, fatiguée parce que tu ne veux pas d'efforts. »

Le regard du jeune homme se voila. Sa main quitta la sienne pour enlacer son poignet et il tira la jeune femme vers lui jusqu'à ce qu'ils soient collés l'un à l'autre.

« Qu'est-ce que ça veut dire ? souffla-t-il, doucereux.
- A toi de me le dire, répliqua-t-elle sans se départir de sa fermeté. Si tu continues comme ça, nous deux ce n'est plus la peine.
- Tu veux me quitter ? »

Ses doigts serrèrent un peu plus le poignet de la brune. Il lui faisait mal mais elle ne laissa rien paraître. Elle avait complètement oublié la présence de son équipier qui s'était redressé et tenait désormais sa baguette. Il aurait pu s'agir de n'importe qui d'autre, il n'aurait pas levé le petit doigt. Et il ne l'aurait pas fait pour la Gryffondor si cela s'était déroulé à Poudlard. Mais ils étaient désormais équipiers, sur la voie de la réconciliation, et le petite-ami de Granger se montrait trop menaçant à son goût. Alec passa sa main dans les cheveux de la brune. Pour quiconque ça pouvait passer par une caresse mais il lui maintenait ainsi la tête et l'obligeait à le regarder dans les yeux.

« Tu sais combien de filles rêveraient de sortir avec moi ? Non, tu ne vas pas me quitter. »

Ce fut trop pour Hermione. Tous les efforts qu'elle avait faits ces dernières semaines lui semblaient trop. Elle en avait trop fait pour cet homme.

« Si, Alec. C'est fini. Si tant de filles rêvent de sortir avec toi, tu n'as qu'à en choisir une autre ! »

Elle le repoussa, la colère lui donnait de la force, mais il lui tenait toujours le poignet et tira violemment sur son bras.

« NON. »

Son cri avait résonné. La colère déformait ses traits mais il reprit vite son calme.

« Non. Tu es ma petite-amie.
- Alec, lâche moi, ordonna-t-elle.
- Non.
- Je crois qu'elle a demandé que tu la lâches. »

Malefoy venait de se lever et il se trouvait juste derrière Alec. Il lâcha Hermione qui en profita pour attraper sa baguette.

« De quoi tu te mêles, toi ? cracha-t-il.
- Tu es dans mon bureau entrain d'agresser mon équipière. Je suis tout concerné, déclara-t-il, sans se départir de son calme et sans montrer qu'il se posait exactement la même question. »

Alec voulut répliquer mais Malefoy s'était encore avancé et il le dépassait en taille et en muscle.

« Alec, tu sors. »

Hermione lui montra sa baguette et pointa un doigt vers la porte. Alec hésita mais il se trouvait en présence de deux Aurors. Avec un dernier regard dégoûté, il quitta le bureau en claquant la porte. Le silence s'installa.

« Ça va ? »

Malefoy la regardait et il semblait vraiment inquiet.

« Malefoy, je te présente mon ex-petit-ami, Alec Bannerman, fit-elle avec ironie, en se massant distraitement le poignet douloureux. Oui, ça va. »

Elle le regarda, debout, baguette en main.

« Hm, merci, marmonna-t-elle.
- Que ferais-tu sans moi, Granger. »

Il avait repris son air narquois et la jeune femme eut un sourire.

« Il va bientôt être l'heure du rendez-vous avec Williamson, on y va ? »

Malefoy acquiesça et ils partirent en direction du bureau de leur chef. Sa secrétaire les fit asseoir et il arriva quelques minutes plus tard.

« Drago, Hermione, bonjour vous deux ! »

Il s'installa derrière son bureau et les regarda un instant.

« Bon, comme vous l'avez remarqué le Bureau des Aurors n'a pas beaucoup de travail en ce moment. Je ne pense pas que cela durera, mais en attendant je refuse de laisser des équipes inoccupées. Comme vous avez tous les deux du mal à vous entendre et que la coopération entre équipiers est essentiel, j'ai prévu quelque chose pour vous.
- De quoi s'agit-il ? demanda Hermione, intriguée.
- Il s'agit d'une sorte de camp, en Écosse. Chaque session propose à des équipes d'Aurors du monde entier de venir renforcer leur binôme grâce à une série d'épreuves qui ne seront pas sans rappeler votre formation.
- Vous voulez nous y envoyer ? s'assura Malefoy.
- En effet. Vous êtes d'excellents Aurors tous les deux. Mais vous serez encore meilleurs quand vous deviendrez une équipe. Vous partez demain. »