Pour me faire pardonner de l'attente horrible dans laquelle je vous ai laissé, je vous poste un autre chapitre ! :3
• XXVII •
Elle marchait, ou plutôt elle errait, dans ces couloirs sombres, tournant au hasard dès qu'un croisement se présentait, espérant retrouver la lumière. Marchait-elle depuis une heure, une journée, une minute ? Elle n'en savait rien. Hermione se forçait à aligner un pas après l'autre mais avançait très lentement. Son corps était lourd, appesanti par la douleur qui gagnait la moindre parcelle de ses membres. Elle avait du mal à garder les yeux ouverts. Une main posée sur le mur pour l'aider à avancer, elle finit par s'arrêter pour inspirer un grand coup avant de continuer. Mais elle n'en eut pas la force : la brune se laissa glisser jusqu'au sol et ferma les yeux. A quoi bon poursuivre ? Personne ne savait qu'elle était là, personne ne la cherchait. Elle était seule, complètement seule, à tenter de survivre. Le temps s'écoula, peut-être dix minutes ou une seconde ou une journée, puis elle entendit des pas s'approcher. On y était. Elle avait échappé à ses bourreaux, avait cru pouvoir s'enfuir mais se rendait compte que ses espoirs étaient vains. Viens. La voix était douce. Elle ouvrit les yeux et vit la main que lui tendait Drago Malefoy. Hermione l'attrapa et il l'aida à la redresser. Elle marcha, appuyée sur lui, jusqu'à une porte qu'il ouvrit. Elle voulait l'enlacer, l'embrasser, lui dire combien il comptait pour elle, mais n'en eut pas le temps. Dans la pièce, des Mangemorts attendaient, masqués. Elle perdit ses dernières miettes d'espoir avec cette trahison. Elle n'eut pas un regard pour Malefoy, qui la poussa sans ménagement jusqu'au centre de la pièce, et ferma les yeux, refusant de voir les sortilèges fuser vers elle. Elle ne vit donc pas le jet rouge mais la douleur ne l'épargna pas pour autant.
Hermione avala une grande goulée d'air et ouvrit les yeux, paniquée. Elle se débattit un moment avec ses draps, un cri bloqué dans sa gorge, avant de comprendre qu'elle était chez elle, dans son lit. Elle se laissa tomber sur le matelas, les poings serrés, les yeux fermés desquels coulaient des larmes translucides tandis que les dernières brumes du cauchemar se dispersaient. La jeune femme chercha du soutien de l'autre côté du lit, tendant la main pour sentir le corps de Drago mais ne rencontra que le vide. La réalité la rattrapa et la frappa de plein fouet. Les larmes coulèrent plus vite, plus nombreuses et elle se mit à pleurer en silence pendant que les souvenirs de la veille lui revenait en mémoire. Elle aurait tout fait pour faire disparaître cette douleur mais n'avait aucun médicament moldu, aucune potion sous la main et elle répugnait à en acheter. Ce qu'elle avait la veille lui faisait suffisamment honte, elle ne s'abaisserait pas à se droguer pour effacer la douleur.
La crise passée, elle se renfonça dans ses couvertures, les yeux grands ouverts, fixés sur un point du mur. Elle n'avait pas fait de cauchemars depuis qu'elle était avec Malefoy. Et maintenant qu'il l'avait quitté, trompée, ils revenaient, plus durs et vicieux que jamais. Arriverait-elle jamais à soigner ses cicatrices ? Si elle l'avait un jour espéré, le Serpentard venait de lui faire une nouvelle entaille, très profonde, qui saignait abondement.
Le soleil se leva, éclairant de plus en plus son studio, sans qu'elle ne puisse se rendormir. Elle aurait tellement aimé échapper au réveil et aux souvenirs qui l'accompagnaient inéluctablement mais le sommeil ne voulait pas revenir la chercher. Et, quelque part, elle n'en voulait pas, de peur de plonger dans un nouveau cauchemars et n'y rencontre une nouvelle fois ses détracteurs. Elle ne se sentait pas la force, ni d'affronter la souffrance due à sa relation avec Malefoy, ni de subir un nouveau cauchemar. Encore une fois, l'envie de trouver quelque chose qui anesthésierait complètement ses sensations revint mais elle la combattit jusqu'à ce qu'elle s'efface.
Les minutes passèrent sans que la brune ne cherche à quitter son lit pour aller déjeuner ou aller à la douche. Elle n'avait aucune envie d'entamer cette journée, une journée où sa solitude se ferait plus présente et violente. Elle voulait rester au lit, ne plus le quitter, et oublier, tout oublier.
Mais ce n'était pas possible. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à sa situation. Hier soir, elle avait compris la profondeur de ses sentiments pour Malefoy. Elle l'aimait et, à chaque seconde passée, découvrait un peu plus à quel point. Elle était tombée amoureuse de l'homme qui avait fait de sa vie à Poudlard un enfer. Celui qui l'avait insultée, qui en avait fait son souffre-douleur. Elle s'était laissée tromper, abusée par ses actes de gentillesse, ses mots tendres et par le pouvoir qu'il avait sur son corps. Elle s'était persuadée qu'il avait changé, aidée par ses amis qui n'en pensaient pas moins. Elle lui avait ouvert son lit, cédant à son désir d'être entièrement possédée par le blond. Et cela était allé au-delà de ses espérances. Elle était toute entière à lui, même si elle ne le voulait plus aujourd'hui. Son cœur lui appartenait, et Hermione détestait cela. Il s'était joué d'elle, n'avait jamais du penser un seul mot qu'il lui avait dit. Et c'était ça le plus dur, se dire que ses sentiments n'étaient pas réciproques, qu'elle souffrait, seule, pendant que lui devait se réjouir après une nuit passée avec sa fiancée.
Un coup frappé à la porte la tira de sa torpeur, mais elle n'eut pas l'envie de se lever. La personne tambourina plusieurs secondes.
« Hermione ! Si tu n'ouvres pas tout de suite, je le ferais ! »
La voix de Ginny parvint jusqu'aux oreilles de la brune. Sa meilleure amie pouvait passer outre ses défenses magiques. Autant qu'elle ne la voit pas complètement à terre, abattue, allongée dans son lit. Elle se leva, lissa son haut de pyjama, refusa de jeter un coup d'œil au miroir de l'entrée, et ouvrit la porte. Elle fila directement vers la cuisine, laissant Ginny entrer et refermer derrière elle. La rouquine pénétra dans l'appartement et s'approcha de l'îlot central. Hermione lui tourna le dos avec, comme prétexte, la préparation de son petit-déjeuner. Mais elle fut bien forcée de faire face à la Weasley pour s'asseoir, ce que celle-ci avait compris puisqu'elle attendit patiemment que sa meilleure se tourne vers elle.
« Oh, Mione. »
Un pli soucieux barrait son front et ses yeux brillaient d'inquiétude. Ses poings, serrés, tremblaient. Sa meilleure amie était si pâle, si blanche qu'on aurait dit un fantôme. Cette impression était accentuée par ses yeux, d'habitudes si rieurs, pleins de vie, qui n'étaient que deux billes noisettes mortes. On pouvait clairement y lire une immense tristesse. Ils étaient rouges d'avoir versé trop de larmes. Tout, dans l'attitude de l'Auror, indiquait une douleur omniprésente. Elle serrait les bras contre son corps, comme pour se protéger et ses yeux étaient incapables de rester fixés sur quelque chose. Comme si tout courage l'avait abandonné. Ginny n'avait jamais, jamais vu Hermione ainsi.
Hermione comprit immédiatement qu'elle était au courant de la nouvelle. En même temps, elle n'avait pas demandé à Harry de ne pas en parler et il aurait été étonnant qu'il tienne sa langue. Elle fut quand même surprise que Ginny ne soit pas venue hier soir. Mais tant mieux, car elle n'aurait pas appréciée de la trouver en compagnie d'Alec.
« J'ai une tête si horrible ? demanda-t-elle, tentant de plaisanter. »
Mais son ton était tellement empreint de tristesse que sa tentative d'humour ne fit pas mouche. Ginny ne répondit pas, incapable de trouver les mots, mais s'avança pour prendre la brune dans ses bras. Hermione se laissa faire et quelques secondes s'écoulèrent avant que les larmes, dont le flot ne semblait jamais se tarir, ne coulent à nouveau.
« Je vais le tuer, chuchota la Weasley en voyant l'état dans lequel était sa meilleure amie.
- Harry a dit exactement la même chose.
-Mais regarde dans quel état ce salo... dans quel état il t'a mise ! »
Hermione haussa les épaules. Elle ne savait pas à quoi elle ressemblait, ne s'étant pas regardée dans une glace depuis la veille.
« Pourquoi tu n'as rien dit, hier, Mione ?
- C'était ta journée, je ne voulais pas la gâcher. »
Sa meilleure amie la regarda avec un mélange d'amour et de tristesse.
« Tu comptes lui parler ?
- À Malefoy ? Sûrement pas.
- Mais il y a peut-être un malentendu ou je ne sais pas...
- Un malentendu ? Ginny, si tu as lu l'article, tu as vu ce qui était écrit. Il va se marier avec cette Colombe, lâcha-t-elle d'une voix qu'elle voulait égale mais qui était tendue. On ne se marie pas sur un malentendu ! »
Ginny hocha la tête, pensive et préoccupée. Une part d'elle-même haïssait en cet instant Drago Malefoy pour l'état dans lequel il avait mis sa meilleure amie. Mais d'un autre côté, ils se côtoyaient depuis quelques semaines maintenant, et elle avait appris à l'apprécier. Elle ne le voyait pas faire quelque chose comme ça. Il semblait si... apaisé dès que Hermione était dans les parages qu'elle ne concevait pas qu'il ait pu faire une chose pareille. Quelque chose clochait, un élément dont elle n'avait pas connaissance mais qui expliquerait sûrement toute la situation. Elle n'en dit rien à Hermione. Après tout, elle venait d'apprendre que l'homme avec qui elle sortait allait en épouser une autre. La rouquine n'avait pas à lui faire part de ses suppositions car elle n'était pas en état de les entendre. Et Ginny n'avait aucune envie de lui donner de faux espoirs. La convaincre que tout ça n'était pas vrai ne ferait que la blesser un peu plus si, effectivement, Malefoy était la pire personne de tout l'univers et qu'il avait fait tout ça consciemment. Cependant, elle se promit de creuser, de chercher, parce qu'elle refusait de laisser les deux amants s'éloigner ainsi, pas alors qu'ils s'étaient si bien trouvés, parce qu'elle refusait de laisser Malefoy s'en tirer sans aucune explication.
« JE VAIS LE TUER. »
La voix les tira du silence qui s'était installé. Pansy entra dans l'appartement, furieuse. Elle s'arrêta un instant, posa un regard effaré sur Hermione, préoccupée par ce qu'elle voyait. Puis sa colère l'emporta à nouveau.
« Je vais le tuer. D'abord je vais le torturer pour lui faire avouer pourquoi il s'est comporté comme le pire des connards et ensuite je le tuerais pour ce qu'il a fait. »
Elle ne criait plus mais son ton respirait une colère contenue, pour le moment.
« Ce type est un crétin. Il l'a toujours été, mais là il atteint des sommets. Il a toujours été un petit connard prétentieux et arrogant avec les filles, mais BORDEL. Il avait changé, il était bien avec toi et il était réellement attaché. ALORS POURQUOI A-T-IL FAIT ÇA. »
Pansy ne se rendit pas compte à quel point ses paroles remuèrent le couteau dans la plaie. Hermione ne pouvait croire qu'il avait été réellement attaché à elle mais entendre la meilleure amie du Serpentard dire ça comme si c'était une évidence rendait la chose encore plus étrange et douloureuse. Elle ne lui en voulait pas, cependant, sachant qu'elle exprimait simplement à voix haute à quel point la situation lui paraissait incongrue. Et la Gryffondor n'eut même pas la force de lui opposer l'idée qu'il n'avait peut-être jamais changé et qu'il était toujours resté ce connard arrogant qui savait si bien maîtriser et cacher ses émotions au reste du monde.
La blonde ne décolérait pas, mais elle se tut subitement avant de reprendre, d'un ton qui aurait fait peur à n'importe quel sorcier doué de bon sens.
« Je vais aller le voir. »
Sans que Ginny ou Hermione ne puissent dire quoique ce soit, elle transplana.
Le manoir Malefoy se dressait, imposant et intimidant, au milieu d'un parc parfaitement bien entretenu. Il n'était pas le manoir le plus engageant que Pansy ait connu mais il l'était toujours plus que pendant la Guerre. Mais la Parkinson ne fit pas attention aux détails. Elle marchait d'un pas rapide et décidé, les poings serrés, prête à les envoyer dans la figure d'ange de son meilleur ami. Qui n'était plus grand chose à ses yeux actuellement, tant le mépris qu'elle ressentait à son encontre était puissant.
Elle entra sans frapper, prenant au dépourvu un des elfes de maison qui se tenait là.
« Madame sou...
- Où est Malefoy ? »
La blonde n'utilisait jamais le nom de famille pour désigner son meilleur ami, sauf quand elle était très très très énervée. Et elle était très très très énervée. Sans attendre de réponse, elle se dirigea immédiatement vers le salon, sachant que l'elfe s'était précipité pour prévenir son maître et que celui-ci ne tarderait pas à la rejoindre. Elle patienta, se demandant si la statuette en or lui ferait suffisamment mal si elle lui envoyait à la figure.
Drago Malefoy était allongé dans son immense lit, aussi bien habillé que toujours, les jambes tendues, croisées, les mains derrière la tête, les yeux fixés sur le plafond. Colombe devait être quelque part dans le manoir, ou peut-être partie donner une interview car elle adorait être au centre de l'attention, mais il n'en avait cure. Elle pouvait bien faire ce qu'elle souhaitait tant qu'elle ne venait pas empiéter sur son espace personnel, il s'en fichait pas mal.
Il ne voulait être dérangé par personne. La nuit avait été mauvaise. Il n'avait pas réussit à s'endormir facilement, retournant les images de Hermione et Alec dans sa tête, les imaginant dans le lit de la brune, ne décolérant pas. Il avait pourtant passé plusieurs heures, une fois qu'il était rentré au manoir, dans l'immense parc qui bordait celui-ci, à marcher d'un pas rageur, à donner des coups de pieds dans tout ce qui se trouvait sur son chemin – ses orteils n'avaient d'ailleurs pas appréciés la rencontre avec un chêne centenaire – frappant de ses poings endoloris tout ce qu'il pouvait – récoltant au passage de méchantes écorchures sur les mains. Il avait pris une potion qui réparait les os, ce matin, et ses doigts commençaient doucement à le faire moins souffrir et la couleur violacée disparaissait lentement. Néanmoins, rien ne l'avait fait décolérer. Ce n'était même pas que de la colère. Il y avait autre chose. Du dégoût, de la haine, du mépris, et une souffrance dont il ne voulait pas s'expliquer l'origine. Quand le sommeil était finalement venu, c'était un sommeil perturbé par des visions de Hermione et de son abruti de petit-ami. Autant dire que le réveil l'avait trouvé de très mauvaise humeur.
Humeur qui ne s'arrangea pas quand son elfe de maison vint lui annoncer que Pansy était arrivée et que Mademoiselle Parkinson ne semblait pas contente. Le blond jura tout bas puis se décida à descendre. Connaissant Pansy, elle ne partirait pas de sitôt, et parcourrait tout le manoir pour le trouver. Il trouva la blonde dans le salon, tremblante de colère. Dès qu'elle l'aperçut, la rage déforma ses traits et il pensa distraitement qu'il devrait peut-être se protéger avant qu'elle ne le frappe.
« MAIS QUEL ABRUTI ES-TU POUR FAIRE CA ? HEIN ? COMMENT AS-TU PU ACCEPTER LES FIANCIAILLES AVEC CETTE PIMBECHE SANS CERVELLE ? »
Elle lui hurla dessus pendant une longue minute, Drago continuant de la fixer, impassible. Il se doutait qu'elle ne serait pas contente en l'apprenant mais, à l'heure actuelle, il s'en fichait pas mal. Aucun de ses amis n'appréciait Colombe – lui-même n'était pas très sûr de la supporter plus de quelques minutes – et ils lui avaient tous bien fait comprendre. Comment la nouvelle de son mariage avec la Française était-elle arrivé aux oreilles de la Parkinson, il n'en savait rien. Mais s'il y avait bien quelqu'un qui pouvait être au courant de tout, c'était sa meilleure amie. Son flegme prit un coup en entendant les paroles suivantes de Pansy, qui avait cessé de crier pour adopter un ton des plus glacials.
« Est-ce que tu te rends compte de l'état dans lequel est Hermione ? Tu te rends compte du mal que tu lui fais ? Pourquoi est-ce que tu fais ça ? Et ne me dit pas que tu ne te préoccupe pas d'elle, je t'ai vu, tu es clairement am...
- Tais-toi. »
Son ordre n'avait été que formulé, par crié, ni hurlé. Pourtant, Pansy s'arrêta net et ses yeux s'écarquillèrent. Sous ses yeux, son meilleur ami avait complètement changé. Elle connaissait Drago Malefoy depuis toujours et par cœur. Chacune de ses expressions lui était familière et elle était capable de savoir quelle allait être sa réaction et comment faire pour qu'il ne prenne pas la mouche – ou, au contraire, comment faire pour qu'il la prenne. Il avait toujours été fier et arrogant, comme n'importe quel fils unique d'une grande famille richissime. Mais, enfant, et lors de leurs premières années à Poudlard, il était gentil, assez drôle même si c'était d'un humour cassant et grinçant. Bien sûr, il n'était pas parfait, n'hésitant pas à insulter et blesser ceux qu'il n'appréciait pas, ceux qui lui étaient inférieurs, très lunatique, et il avait toujours joué avec les filles, en choisissant une pour la jeter le lendemain. Mais il était entier, avec ses qualités et ses défauts. Puis Voldemort était revenu et il avait changé du tout au tout. Le jeune homme était devenu froid, distant, même avec ses amis les plus proches, constamment torturé et tourmenté. Pansy n'avait pas aimé cette période car son ami avait été loin d'elle, là où elle ne pouvait pas l'atteindre. Renfermé sur lui-même, il ne répondait que par des phrases glaciales et méchantes, ne voulant de l'aide de personne, persuadé d'être seul dans sa lutte et que personne ne pourrait rien pour lui. Il n'avait jamais compris que les amis étaient là pour ça. Au fond, la blonde en était certaine, Drago était convaincu qu'il ne valait rien et qu'on puisse lui témoigner de l'amitié ou de l'amour lui paraissait trop étrange. C'était le résultat direct de l'éducation paternelle : Lucius n'avait jamais fait preuve d'un grand amour pour son fils, l'éduquant comme on élèverait un étalon pour en faire le meilleur cheval. Le Serpentard avait donc considéré que chaque attention qu'on pouvait lui porter n'était pas dénuée d'intérêt, se méfiant de tout et de tout le monde, hormis de ses rares amis. Desquels il s'était défié durant la courte période où il avait été sous le joug des Mangemorts. Puis le Seigneur des Ténèbres était mort et, il avait fallut du temps, certes, mais Pansy avait retrouvé son ami.
Seulement, en cet instant, c'était ce Drago qu'elle détestait qui se tenait face à elle. Son ton était doucereux, glacial et indiquait clairement qu'il ne souffrait pas qu'on ne lui obéisse pas. Son visage semblait taillé dans la pierre tant son expression était figée. Ses yeux n'étaient plus que deux pierres grises, ne reflétant plus aucune expression. Et il avait ce elle-ne-savait-quoi dans son attitude, quelque chose qu'elle n'arrivait pas à définir avec des mots, mais quelque chose qui n'était pas lui, pas le Drago qu'elle aimait. Elle en fut choquée, perdant littéralement le fil de ses pensées. Elle l'avait vu si heureux ces derniers temps... le revoir comme ça la laissa immensément blessée et désemparée. Elle ne voulait pas que son meilleur ami retombe dans ses vieux démons. Mais le pire fut quand il prit la parole, de ce ton qui ne laissait filtrer aucune émotion. Drago Malefoy avait de nouveau revêtu sa carapace de pierre.
« Ne me parle plus jamais de cette sang-de-bourbe, c'est bien compris ? Ne me fais pas croire qu'elle est touchée par mon mariage. Elle n'en a rien à faire, comme je n'en ai rien à faire d'elle. Je me suis bien amusé mais ça n'a pas contribué à redorer mon nom, bien au contraire. Coucher avec une sorcière au sang si sale... J'ai enfin repris mes esprits et compris ce que je devais faire. Alors ne reviens plus jamais me donner des leçons. Tu ne sais rien et tu n'as aucun conseil à me donner. »
Son ton était sans appel. Pansy aurait voulu répondre mais elle était encore sous le coup de la surprise. Quand elle reprit ses esprits, il était trop tard. Colombe venait d'entrer. Elle salua cérémonieusement Pansy et entreprit de coller son corps contre celui de son fiancé. Pansy nota que Drago n'avait aucun geste d'affection envers elle et lui jeta même un regard dégoûté. Comme celui qu'il jetait aux filles dont il n'avait plus envie. La Parkinson les salua froidement et quitta le manoir aussi vite qu'elle y était entrée.
Quelque chose n'allait pas. Quelque chose n'était pas normal. Il fallait qu'elle mette de l'ordre dans ses idées.
Premièrement, Drago était amoureux de Hermione. Il n'avait jamais été amoureux et Pansy avait immédiatement compris que c'était le cas en les voyant ensemble.
Deuxièmement, cela ne l'avait pas empêche d'annoncer son mariage avec Colombe, fille d'une grande famille sorcière française. Or, il y avait encore un an, il refusait catégoriquement cette alliance. Quelque chose l'avait poussé à accepter et Pansy ne pouvait croire qu'il s'agissait de redorer le blason familial. Cela faisait bien longtemps que Drago n'avait plus tenu compte de ces histoires de sang-pur et de ces alliances. Il tenait à son nom et à sa prestance, mais il avait déjà retrouvé tout cela. Non, il y avait autre chose.
Troisièmement, Hermione avait appris l'annonce du mariage et était littéralement dévastée. Le souvenir du visage de la brune serra la cœur de Pansy. Drago semblait croire qu'elle n'en avait rien à faire mais la jeune femme avait bien vu que ce n'était pas du tout le cas. Alors pourquoi pensait-il cela ? Encore ce complexe qui lui faisait croire que personne ne pouvait être attaché à lui. S'il fallait de nouveau lui ouvrir les yeux là-dessus, la partie s'annonçait compliquée.
Quatrièmement, il était redevenu l'ancien Malefoy. Celui qui ne se confiait à personne, qui ne voulait recevoir de l'aide de personne, ce Malefoy qui rappelait tant Lucius. Pansy l'avait compris, il adoptait cette attitude comme une protection. Il ne voulait pas montrer ses blessures, les douleurs qu'il ressentait, alors il devenait aussi froid que distant et hautain, refusant d'avouer ses faiblesses. De quoi se protégeait-il cette fois ? De son amour pour Hermione ? Mais alors, pourquoi accepter le mariage avec Colombe ?
Cinquièmement, il avait menti. Elle le connaissait par cœur et avait compris qu'il mentait en disant qu'il n'en avait rien à faire d'Hermione. Et il avait menti en disant qu'il s'était bien amusé mais que c'était maintenant terminé. Et il avait menti en disant qu'il savait quoi faire. Tout son corps hurlait qu'il exécrait Colombe. Il mentait, il mentait, il mentait.
Et Pansy devait découvrir pourquoi avant que ses deux amis ne foutent définitivement leur histoire en l'air. Ça n'allait pas être facile car ils étaient aussi fiers l'un que l'autre.
Avec un long soupir amer, la blonde transplana, décidant qu'il fallait qu'elle aille retrouver Blaise. Avec elle, c'était celui qui connaissait le mieux Drago.
