Voilà la suite, désolé du retard ! Pour m'excuser, il est plus long, avec une bonne partie, et une plus triste... Je vous laisse découvrir, et comme d'habitude, merci pour les reviews, n'hésitez pas à m'en laisser :) !
-Non...
Un murmure s'éleva dans la salle à présent vide de toute autre présence.
Vide.
Comme son corps. Comme son cœur. Comme son esprit. Mais peut être que ce vide n'était pas si mal. Plus de pensées, plus de réalité, plus de souffrances. Les contours s'estompaient dans un monde blanc, cotonneux.
Vide.
Elle ne sentait plus son corps, ne savait même plus ou se trouvait ses mains, ne savait pas comment elle faisait pour tenir debout. Son esprit était déconnecté, et flottait maintenant, loin, bien loin. Dans un monde parallèle, dans une autre réalité, ou nulle part. Elle ne savait pas. Elle n'avait pas envie de savoir.
Vide.
Et soudain, plein. Bruyant.
Douloureux.
Elle sentit quelque chose éclore en elle, ou se briser elle ne savait pas, puis remonter dans son ventre, dans ses poumons, dans sa gorge. Émotions refoulées, peur trop longtemps enfuie, désespoir innommable. Maintenant, elle criait. Elle ne s'en était même pas aperçue. Un cri qui devint rauque tellement il était long, un cri profond, un cri à fendre l'âme.
-Non !
Une éternité passa. Elle criait toujours.
XxX
-On se retrouve dans la Grande Salle, lança Sarah avec un clin d'œil. Elle se sépara des trois autres filles pour rejoindre son cavalier, qui la regarda, un instant surpris, pour lui faire ensuite des compliments sur son costume.
"C'est bon, il a Sarah dans la poche, maintenant" pensa Lucy. Sarah était une fille qui avait besoin d'un seul compliment pour avoir un énième coup de foudre. Elle n'avait jamais compris.
-Au fait, Alice, tu y vas avec qui de nouveau ? Demanda Lily.
-Avec Frank.
-Ah ça y est, il t'a enfin dit ?
-Dit quoi ?
Lily regarda sa meilleure amie, confuse. La blonde secoua la tête pour la rassurer. Elle n'avait rien dit de travers puisque Alice semblait s'obstiner à ne pas s'apercevoir des sentiments de Frank à son égard. Tellement intelligente, cette fille, mais pas très douée question sentiments amoureux...
-Euh, rien, c'est bon. En tout cas, ça va lui faire plaisir que tu y ailles avec lui !
-Hmm, oui, se contenta-t-elle de répondre.
Lucy, amusée, poussa légèrement la brunette en rigolant. Malgré tout ce qu'elle pouvait dire, elle était excitée a l'idée de cette soirée, parce que ce n'était pas tous les jours qu'un bal était organisé à Poudlard.
Elles arrivèrent dans le Hall et Alice, apres un petit geste de la main, partit rejoindre son cavalier.
-Et toi, il t'attend où ? D'ailleurs, comment ça se fait qu'au final tu l'accompagnes ? Je croyais que tu le trouvais toujours un peu trop prétentieux à ton goût.
Lily regarda son amie avec un sourire.
-Il faut bien lui laisser sa chance, sinon je passerais pour la méchante de service. Il doit être...
-Lily !
-Ah ben tiens, quand on parle du loup !
James marcha à pas lents pour les rejoindre, fier de l'effet qu'il créait autour de lui. Il portait un pantalon noir et une chemise blanche, presque entièrement cachée par un pourpoint sombre, et dont la couleur hésitait entre le violet foncé et le noir. Un chapeau était posé sur sa tête, tenu par un sort pour qu'il ne tombe pas malgré ses mouvements, et tenait à la main une canne faite en bois sombre, avec un pommeau d'argent qui étincelait sous les nombreuses chandelles qui flottaient dans l'air.
La plupart des filles se retournèrent à son passage et murmurèrent son prénom. Il était déjà aimé de tout le monde, mais là, il impressionnait vraiment la gente féminine.
Lily ne dit rien, et se contenta plutôt de laisser éclore un sourire sur son visage, qui représentait bien plus pour James que tous ces chuchotis admiratifs, aussi nombreux qu'ils furent. Avec une voix mesurée, à la hauteur de son personnage et essayant de ne pas trop laisser transpercer sa joie devant la réaction de sa cavalière, il pencha légèrement la tête et déclara :
-Vous êtes très belles, ce soir, mesdemoiselles.
Lucy hocha la tête avec un petit sourire pour le remercier, tandis que les ailes de Lily battirent légèrement, par un petit tour dont elle avait le secret, sans qu'elle n'ait sa baguette dans la main.
Lucy et James la regarda avec étonnement, les sourcils haussés de surprise. James se reprit vite et eut un sourire quelque peu lascif, alors que la blonde se faisait la remarque que son amie était vraiment douée, et qu'elle savait comment attirer les gens vers elle.
-Merci, James. Mais dis-nous, en quoi t'es-tu déguisé ce soir ?
-Disons que je suis... Le Comte de la nuit.
Lily haussa les sourcils, se moquant quelque peu.
-Le Comte de la nuit ? Rien que ça ?
Elle eut un petit rire en repensant à son arrogance dont il ne se départait jamais, mais qui après tout, était un peu sa signature.
-Tu ne voulais pas passer un peu plus inaperçu ? Un peu plus... Comme ça!
Elle pointa du doigt un élève à quelques pas d'eux, un sixième année de Serdaigle déguisé en loup-garou. Il avait des oreilles sur le haut de sa tête, un front et une mâchoire poilus, des griffes un peu trop longues au bout des doigts et ce qui semblait être des crocs, dépassant légèrement de ses lèvres. Il y avait mieux comme loup-garou, mais surtout pire comme costume.
James le regarda et sourit pensivement, en caressant le pommeau de sa canne.
-Ça aurait été de mauvais goût, n'est-ce-pas ? murmura-t-il.
Les filles n'entendirent pas, trop occupées à détailler les costumes de tout le monde.
-Au moins, tu auras un cavalier remarquable, dans tous les sens du terme, reprit James, avec entrain cette fois.
Lily sourit et prit après l'avoir fait languir encore un peu le bras que le fameux Comte de la nuit lui tendait. Elle envoya un clin d'œil à Lucy.
-On se retrouve plus tard, je suis sure que Sirius arrivera bientôt !
-Sois sage, petit ange, répliqua avec amusement Lucy.
Pour toute réponse, elle vit le couple que Lily et James formait s'éloigner, et seulement une petite paire d'aile battre dans le dos de la rousse. Lucy sourit, puis après qu'ils aient disparu dans la foule qui se pressait à l'entrée de la Grande Salle, balaya du regard le hall. Où était-il ?
En voyant qu'il était déjà 8heure passé, elle fut un instant envahie par le doute qu'il s'était finalement trouvé une autre partenaire, qui lui conviendrait sans doute mieux. Puis elle observa sa robe qui avait la fâcheuse tendance de remonter vers le haut de ses cuisses quand elle marchait, observa le foulard qui faisait plusieurs fois le tour de son corps et qui l'enveloppait comme un cocon, et sentit sur son visage et sur ses yeux le maquillage que Sarah avait soigneusement appliqué. Elle reprit confiance. Il viendrait. Et si il ne venait pas, ce serait tant pis pour lui, n'est-ce-pas ?
Elle croisa les bras, un peu ennuyée tout de même de voir qu'il n'arrivait pas. Partout dans le hall des bouches s'ourlaient dans des sourires, des mains se tendaient, des bras accueillants étaient proposés gracieusement. Elle se prit presque malgré elle à sourire, parce qu'elle aimait voir les gens être heureux. C'était si simple et si compliqué à la fois.
Une main se posa sur son bras dans une caresse aussi légère que la brume pour se retirer aussitôt, une bouche frôla son cou, se frayant presque un passage sous le foulard qui en faisait gracilement le tour, une légère chaleur se diffusa dans son dos. Elle se figea et son cœur se mit à battre rapidement. La bouche continuait sa descente vers l'épaule, comme un nuage survolant le paysage, et pourtant, elle se faisait plus incisive. Lucy sentit lèvres laisser une place aux dents. Des dents pointues.
Arrivée au terme de son voyage, la bouche mordit légèrement, très légèrement, et disparut. Elle en frissonna presque de déception.
Parce qu'elle savait à qui appartenait cette bouche, n'est-ce-pas ? Elle avait reconnu cette odeur.
-On aime se faire désirer ? souffla-t-elle, mais cela suffisait pour qu'il l'entende.
Elle ne se retourna pas, et sentit la main se reposer sur son bras, la bouche se rapprocher de son oreille.
-Tu n'avais pas encore remarqué que j'aimais faire de l'effet ?
Il avait un sourire dans la voix. Lucy adorait ça, quand les gens avaient des sourires dans leurs voix. Ça les rendaient tellement plus attirant.
Elle jeta finalement un œil par dessus son épaule, et aperçut des cheveux noirs qui chatouillaient son épaule. Hum. Bien ce qu'elle pensait.
Elle s'avança d'un pas pour se détacher et lui fit face.
-Un vampire, hein ?
Sirius eut un sourire qui la fit fondre. Il était plus beau encore ce soir que d'habitude, si vraiment c'était possible.
-L'élégance réside dans les choses les plus simples.
Elle plissa les yeux, amusée, et pencha la tête sur le côté.
-Si tu le dis, répliqua-t-elle avec une légère ironie perçant dans sa voix.
-Bien sûr.
Il frotta un grain de poussière invisible sur sa chemise blanche et remit en place sa veste noire qui semblait à Lucy descendre en queue de pie. Son costume, à part son pantalons, était de-ci de-là rehaussé par de fluides arabesques qui scintillaient sous les lumières uniquement quand il faisait un mouvement. Ses cheveux était pour une fois soigneusement peignés et ne constituaient pas la masse qu'il portait d'habitude. Il avait rendu ses canines pointues par un sort, ce qui ne le gênait pas pour autant.
Il était beau. Vraiment. Classe.
Et il était son cavalier.
-C'est vrai que tu es pas mal, lança Lucy.
Il eut un sourire et tendit la main, paume vers le haut, pour toute réponse. Avec joie, la blonde glissa sa petite main dans celle plus grande et chaude de Sirius. Il l'attira vers lui un peu et, alors qu'il se mettait en marche, Lucy à sa droite, lui glissa à l'oreille :
-Tu es magnifique.
Son ventre la chatouilla alors qu'un sourire qu'elle essayait de refréner fleurit sur son visage.
Ils s'avancèrent dans la Grande Salle, décorée pour l'occasion. Des citrouilles longeaient les murs, de nombreuses toiles d'araignée pendaient des chandelles et sortaient du plafond, qui était un beau ciel étoilé, l'estrade réservée aux professeurs s'était transformée en une scène aux couleurs vives, dans les tons oranges, servant à accueillir le groupe de rock sorcier qui allait monter dans quelques instants.
Elle sentit le regard de la plupart des filles se poser d'abord sur Sirius, puis inévitablement sur elle. Le rouge lui monta aux joues. Elle n'aimait pas être exposée à tous les regards, elle se sentait trop épiée, surveillée, elle avait l'impression d'évoluer dans un monde de coton. Mais un monde de coton qui limitait les mouvements et la rendait faible. Un monde qu'elle n'aimait pas. L'anonymat représentait en quelque sorte une liberté inconditionnelle.
Elle se tendit légèrement, mais cela suffit à Sirius pour le sentir. Il serra sa main, qu'il tenait toujours. Lucy lui jeta un coup d'œil. Il avait l'habitude. Il était à l'aise.
Elle se sentit tout à coup très différente de lui. Il évoluait dans un sens dans un monde complètement opposé au sien. Et pourtant, elle ne voulait pas lâcher sa main. Elle avait réussi, ou lui plutôt à jeter un pont entre le gouffre de leur deux mondes, les reliant ainsi. Les rapprochant. Alors elle ne s'éloignerait pas de lui.
Ils rejoignirent James et Lily, tranquillement assis à une des tables rondes qui parsemaient les contours de la salle, aux côtés de Rémus et sa cavalière, une septième année de Gryffondor et de Peter avec une cinquième année de Poufsouffle. Lucy les regarda brièvement. Elle ne savait pas que les deux autres maraudeurs avaient trouvé des cavalières. Elle ne s'étonna pas trop pour Rémus, parce qu'il attirait comme James et Sirius les filles, cependant la catégorie de fille plus timides et douces, même si elle ne saisissait pas encore très bien ce qui était attirant chez lui. C'est vrai, il était beau, mais les quelques fois où elle lui avait parlé, elle n'en avait rien pensé de vraiment magnifique.
Bon, elle savait que c'était dur de lui parler au début, quand les gens apprenaient à faire connaissance. Mais ce n'était pas de sa faute ! Et puis, Sirius et James avaient bien réussi, eux. Mais bon, il faudrait un jour qu'elle prenne vraiment le temps de le connaître. Elle n'aimait pas avoir de faux préjugés ou impressions sur quelqu'un ou quelque chose. Elle se demanda brièvement comment Peter avait fait, lui, pour dénicher sa cavalière. Il fallait dire qu'il n'y mettait pas tellement du sien pour discuter avec les gens.
Elle se posait la question quand un murmure enfla dans la salle, pour devenir une exclamation excitée. Elle tourna la tête, puis vit que le groupe de rock était arrivé sur scène. Une bande de jeunes de vingt à vingt-cinq ans, costumés eux aussi, mais légèrement pour ne pas que ça les perturbe pendant qu'il jouait. Ils étaient beaux, un peu sauvage, mais surtout, elle voyait qu'ils étaient heureux de pouvoir jouer ce soir. La musique représentait tout pour eux, tellement qu'ils voulaient en vivre. Elle enviait un peu ces gens qui savaient clairement ce qu'ils voulaient faire de leur vie. Elle n'en avait aucune idée.
Beaucoup d'élèves, des filles principalement, se précipitèrent au bas de la scène, pour être le plus proche possible de ces musiciens charismatiques. Des cris retentissaient encore comme la première corde fut grattée. La note, grave et forte, se propagea dans la salle, comme un appel au silence. Elle s'infiltra dans le corps de Lucy, et vibra longtemps. Elle se sentait envahie par cette simple note, qui la comblait étonnamment, lui faisait rentrer en harmonie avec tous ces membres, lui faisait sentir son cœur qui battait sereinement.
-C'est les Wizard's Panic ! Trop bieeen ! S'écria quelqu'un d'une voix qui monta très rapidement dans les aigus.
Lucy lança un coup d'œil amusé à Lily. Ça, c'était Sarah, pas de doute.
-Alors, vous êtes chauds ce soir ?
Une acclamation répondit au chanteur.
-Parce qu'on va envoyer du bon son ! On est les Wizard's Panic, bonne soirée !
Le premier accord à la guitare fut gratté, et la soirée était lancée. Si il restait des élèves assis, ils se levèrent bien vite pour aller danser, entraînés par le rythme rock qui pulsait dans toute la salle.
James jeta un regard plein de fierté sur Lily, et de joie aussi, puis lui tendit la main, qu'elle accepta apres une infime hésitation. En passant devant sa meilleure amie, elle lui chuchota :
-Un conseil, lâche toi, ma vieille. Amuse-toi !
Lucy les regarda s'éloigner, avant de se sentir tirée avec poigne par la taille. Elle faillit perdre l'équilibre, poussée de toutes parts par des élèves hystériques, mais les bras de Sirius la rattrapèrent.
"Encore" se dit-elle. Elle lui adressa un sourire reconnaissant. Est-ce que don corps aimait à ce point les bras de Sirius pour les réclamer a chaque fois ?
D'abord intimidée, elle bougeait avec gêne. Sirius pouffa de rire devant elle.
-Je ne pensais pas que tu étais raide à ce point.
Elle lui jeta un regard outré.
-Je ne suis pas raide ! Et tu insinues quoi par là ?
-Mais rien du tout, dit-il avec un sourire mesquin.
Elle souffla. Il allait voir. Elle se laissa envahir par la musique et essaya d'oublier que tout le monde pouvait la voir, qu'elle n'allait pas être discrète. Elle s'imagina qu'il n'y avait que Sirius pour la voir. Alors elle commença à bouger, en rythme, d'abord avec de petits gestes, puis au fur et à mesure avec moins de retenue. Elle était là pour s'amuser.
Elle jetait ses cheveux d'un côté, de l'autre, bougeait ses bras, tapait du pied. Juste pour Sirius. Qui avait maintenant un énorme sourire, simplement content d'être là. Non, vraiment, il ne s'était pas trompé, elle était rafraîchissante. Simple, mais c'était après tout ce qu'il fallait à côté de son exubérance quotidienne.
Il se rapprocha d'elle, poussé par les autres, mais aussi parce qu'il avait envie, et sa poitrine frôlait de temps à autre le corps de Lucy, alors qu'il dansait avec plus liberté. D'abord un peu surprise , elle voulut se séparer, mais fronça les sourcils, et ne se décala pas. Sirius jubila. C'était drôle comme elle répondait bien à la provocation.
Les minutes s'écoulèrent en même temps que les chansons. Une fine pellicule de sueur recouvrait le front de Lucy, mais elle ne s'en rendait pas compte. Elle avait oublié la réalité, elle avait oublié tous les gens autour, ou plutôt elle en avait trop conscience. Elle faisait partie de ce même corps composé par toute la foule qui bougeait au rythme de la musique, qui s'était glissée partout, dans les corps, dans les cœurs et dans les esprits. Elle sentait la présence de Sirius à côté d'elle, reconnut un moment plutôt la chevelure rousse de Lily à quelques pas de là, et profitait tout simplement. Elle se sentait proche de tous ceux qui l'entouraient. La limite des mots avait été dépassé, et les âmes étaient dans une connexion qui ne s'expliquait pas. Elle avait presque l'impression que tous les cœurs battaient au même rythme, celui de la musique.
À un moment quand même, elle sentit la fatigue la rattraper et ses pieds se manifester. Elle fit un signe à Sirius et sortit de la foule, pour aller s'asseoir à l'une des tables rondes et reprendre sa respiration. Elle attrapa un verre rempli et le descendit d'une traite, sans même faire attention à son contenu, elle était juste assoiffée. Hum, manifestement, ce n'était pas de l'eau, vu le goût. Elle ne savait pas si l'alcool dans le château était autorisé en temps normal, ou si c'était seulement pour ce soir. Mais après réflexion, elle se rappelait vaguement que les maraudeurs allaient parfois dans les cuisines. Elle avait une fois entendu le mot "Bieraubeurre" dans la conversation. Ce n'était sûrement pas innocent.
Elle entendit quelqu'un s'échouer à côté d'elle.
XxX
Une main s'était posée sur son épaule, à un moment, il y a longtemps. Maintenant, à l'endroit où il y avait eu ce contact chaud, il n'y avait plus rien. Sa peau était redevenue froide. Glacée. Comme la pièce dans laquelle elle se trouvait.
Depuis combien de temps était-elle là ? Elle ne savait pas. Elle avait l'impression d'évoluer dans un rêve, pourtant elle ne bougeait pas. Elle n'avait plus de sensations. Elle savait simplement qu'elle était debout, mais elle sentait comme une énorme coupure qui traversait son corps de son épaule droite jusqu'à sa hanche gauche. Plaie béante, profonde. Pourrait-elle cicatriser ?
Pourrait-elle redevenir comme avant ?
Son esprit se révolta, essayant de sortir de cette transe où il était englué.
Pourrait-elle redevenir comme avant ?
Faible sursaut. Retour à la réalité. Cette réalité qui faisait mal. Cette réalité qui déchirait.
Pourrait-elle redevenir comme avant ?
La réponse était non. Jamais elle ne redeviendrait ce qu'elle était auparavant. Même si elle-même ne l'avait pas encore réalisé, sa raison tentait vainement de le lui faire comprendre. La vie n'est pas une question de redevenir comme avant, de rester la même personne ou de changer. La vie consiste à accepter ce qu'il nous arrive et d'essayer d'en faire une force. Ne pas se laisse abattre par toute cette douleur, mais la transformer en ce formidable vent qui gonfle les voiles des bateaux, les poussant en avant. Mais c'est terriblement dur d'utiliser cette douleur pour en faire quelque chose de bien.
Et c'est en cela que la vie est cruelle.
XxX
-Déjà fatiguée, petite araignée ?
Elle accepta le verre qu'il lui tendait, et faillit s'étouffer en se rendant compte qu'encore une fois, ce n'était pas de l'eau. Ni du jus de citrouille.
-Tu veux me saouler ou quoi ?
Sirius sourit, affalé sur la chaise.
-Peut-être. J'ai bien envie de savoir à quoi tu ressemble quand tu es bourrée !
Elle rit doucement.
-Ne crois pas que tu vas voir ça de si tôt.
Il se redressa et appuya ses coudes sur ses genoux en la regardant intensément.
-Et pourquoi ça ?
Elle lui lança un sourire mesquin.
-Parce que je ne compte plus accepter de verre de ta part.
Il fit mine d'être profondément blessé.
-Comment ? Tu n'accepteras plus de verre de ma part ? Mais comment vais-je faire pour vivre ?
Elle éclata d'un rire cristallin, qui arracha un sourire satisfait à Sirius. Elle sentait déjà l'alcool lui monter à la tête, et même si elle n'avait pas souvent bu, elle savait que la suite ne serait que pire si elle continuait à boire.
-Bon, je vais faire un tour dehors, à tout à l'heure.
Il se leva avec elle.
-D'abord, tu danses un slow avec moi.
-Mais... On ne peut pas danser un slow sur cette chanson !
Comme pour soutenir Sirius, la chanson de rock laissa échapper sa dernière note, pour céder la place à une chanson plus douce, parfaitement adaptée pour un slow. Il eut un sourire mesquin, parce qu'il savait qu'il l'avait piégée.
-Comment tu savais ? S'écria Lucy alors qu'il l'entraînait vers la piste de danse.
Il lui lança un clin d'œil par dessus son épaule.
-Simple intuition.
Lucy secoua la tête. Désespérant. Il était désespérant. Il savait tout.
Il s'arrêta et elle le laissa l'attirer vers lui.
-Tu es courant que je ne sais absolument pas danser ?
-C'est pas ce que j'ai vu avant, se moqua-t-il.
Elle ouvrit la bouche, s'apprêtant à insister, et il colla son corps contre le sien, monta son bras droit à hauteur d'épaule, glissa sa main dans la sienne et agrippa fermement sa taille de son autre bras.
-Tu dois simplement me suivre. C'est moi qui mène la danse.
Elle était trop estomaquée pour rétorquer quelque chose. Il n'y avait aucune hésitation dans ses gestes, seulement une précision sans faille. Elle s'interrogea brièvement sur ses paroles et tenta de décider si elle devait comprendre un double sens dans ce qu'il avait dit.
Il plongea son regard gris dans le sien, brun, ce qui lui ôta encore plus si possible ses mots. Comme si c'était un signal, il resserra encore un peu plus l'étau de son bras autour de sa taille et fit finalement le premier pas.
Inexorablement entrainée à sa suite, elle s'efforça de suivre les mouvements de ses jambes en évitant le plus possible de lui écraser les orteils. Ils faisaient de lents ronds, se créant leur espace personnel parmi les nombreux autres couples.
La chanson avait duré une éternité, et en même temps quelques secondes. Il ne l'avait pas lâchée des yeux, que ce soit pendant une éternité ou un bref instant.
Elle était vraiment émue. La chanson était magnifique et la magie de la musique se mettait en place. Elle se sentait vraiment bouleversée, par le regard si profond, qui avait laissé de côté cette partie ironique, de Sirius, par son bras enroulé autour de sa taille, par ses mouvements si parfaits, harmonieux.
Son souffle accéléra, alors qu'elle oubliait encore une fois le monde autour d'elle pour se focaliser seulement sur la proximité de leurs deux corps et de leurs deux âmes. Tout était mêlé, pour ne faire qu'un.
Elle serra sa main sur son épaule, incapable de s'échapper de sa présence, de s'échapper de son regard, et pourtant elle posa sa tête sur son épaule, pour briser ce contact qui la subjuguait.
-Où as-tu appris à danser comme ça ? Souffla-t-elle dans son oreille.
Un frisson parcourut le dos de Sirius lorsqu'il sentit ce petit soupir chaud se poser sur sa peau sensible. Les oreilles avaient toujours été son point faible, même s'il ne l'avouerait jamais.
-Quand tu viens d'une famille de Sang-Pur, savoir danser est fondamental, lui chuchota-t-il en retour.
-C'est vrai, j'avais oublié. Tu es un Black, dit-elle avec un sourire amusé.
Il ne répondit rien. Il n'avait rien à répondre à ça. Parce que d'un côté, il ne pouvait pas échapper à ce nom qui l'oppressait, et de l'autre, il était fier d'une partie de l'héritage qu'il avait reçu, en étant né dans cette famille. Il était doué, avait appris les manières, avait appris à danser, vivait confortablement. Enfin, jusqu'à qu'il ne soit parti de la maison. Il avait atteint sa limite ce jour-là.
Pour ne pas penser à tout ça, il se concentra sur leur danse, et fit lentement virevolter Lucy entre ses bras. Un sourire un peu distant collé au visage, ses yeux regardaient la blonde mais son esprit était ailleurs. Il ne pensait à rien, et cependant il n'arrivait pas à reprendre pied avec la réalité. Il y a des moments comme ça où l'imaginaire prend le pas sur la réalité, et la raison n'arrive plus à retrouver le chemin de ce monde emprisonnant. Il essayait pourtant, mais c'était difficile, parce que son nom avait ouvert des portes dans son esprit qui laissaient couler à flots des souvenirs qu'il pensait avoir oublié. Le pire, ce fut qu'il se rendit compte que tous n'étaient pas déplaisants.
Lucy le sentit s'égarer contre elle, et se retrouva confuse un moment. Elle observa ses grands yeux gris, perdus dans le grand océan que constituait le passé. Elle connaissait cet océan. Elle avait faillit s'y perdre tellement de fois. Sans s'en rendre compte, elle s'était souvent retrouvée au milieu de cette immensité, avec de l'eau à perte de vue. Aucun terre à laquelle se raccrocher.
Elle savait ce que c'était.
Alors elle posa doucement la main sur la joue à Sirius, tournant délicatement son visage vers elle et chercha à capter son regard. Quand enfin elle sentit qu'il la regardait elle, et pas à travers elle, elle se sentit plonger avec lui. Mais elle ne se laissa pas happer, et caressa de ses doigts la peau de son cavalier, comme un gentil rappel à l'ordre. Ou plutôt, un rappel à la réalité.
Peut-être légèrement étourdie par l'alcool qu'elle avait bu, ou peut-être en pleine possession de ses moyens, elle sentit que ce n'était pas assez, alors elle se mit sur la pointe des pieds et posa ses lèvres sur la bouche sensuelle de Sirius.
Après un instant où il ne se passa rien, Sirius sembla sortir de sa transe et écarquilla brièvement les yeux avant des les refermer et de sourire contre les lèvres de Lucy. Il lâcha sa main droite qu'il tenait à hauteur d'épaule et l'enroula autour de sa taille, pour la soulever et la tenir contre son buste. Il approfondit le baiser et elle avait l'étrange impression qu'il était affamé. Mue par un instinct qu'elle ne connaissait pas, elle se vit ouvrir l'accès à sa bouche, et leurs langues s'entremêlèrent aussitôt. L'esprit volant bien au-dessus des toits de Poudlard, elle passa une main dans les cheveux noirs embrassant avec force Sirius en retour. Elle adorait ce goût de liberté qui s'était posé sur sa langue.
Quand la chanson s'arrêta, ils se séparèrent à regrets mais ne dirent rien, leur regard suffisait. Sirius entraîna à sa suite Lucy vers l'extérieur, et ils se baladèrent pendant un long moment en silence dans le parc, le long du lac. Ils s'arrêtèrent et observèrent la surface calme de l'eau, teintée d'argent par l'éclat de la lune et parfois remuée par un mouvement des créatures des profondeurs.
-La lune doit se sentir tellement seule, parfois... souffla Lucy dans un murmure.
Sirius effleura les doigts de la blonde.
-Elle a les étoiles pour lui tenir compagnie.
Elle l'étudia, qui souriait, pendant un moment, puis reporta son regard dans le ciel à nouveau.
-Mais quand même... Quand je la regarde, j'ai parfois l'impression qu'elle à un visage, et qu'il est dévasté par la douleur. Tu ne trouves pas ?
Elle frissonna. Il passa son bras sur ses épaules.
-La lune est justement belle parce qu'elle est seule. Si il y en avait deux, elle ne serait plus unique. Mais la solitude est le prix à payer.
Elle le vit du coin de l'œil sourire aux étoiles, d'un sourire franc, heureux, qui ne demandait rien en échange.
Il lâcha un rire rauque et se passa la main dans les cheveux, les rejetant en arrière, avant de se tourner vers elle.
-Ah, Lucy, pourquoi est-ce que je ne dis des trucs comme ça qu'à toi ? Dit-il avec amusement. J'ai vraiment l'impression que tu fais ressortir des parties de moi que je ne connaissait même pas.
Il haussa les épaules.
-C'est un peu perturbant, mais pas dérangeant, sourit-il de plus belle.
Après un instant de surprise, elle lui sourit en retour, simplement heureuse d'être là où elle était.
Mais son sourire s'effaça bien vite quand un cri déchira la nuit. Ils n'échangèrent qu'un regard paniqué avant de s'élancer vers la château, pour en découvrir la source. Ils ouvrirent précipitamment la lourde, trop lourde porte en bois, pour découvrir une effervescence dans la hall. Mais une effervescence teintée d'horreur. Les élèves couraient en tout sens, et si personne n'était au courant de ce qu'il se passait exactement, tous savaient qu'au moins un élève avait subi un sort terrible pour crier comme ça. Un cri qui avait résonné dans tout le château avec la force du désespoir...
Déjà un professeur venait et essayait de calmer tout le monde avant de donner les consignes, qui étaient de remonter le plus vite possible dans les dortoirs. Sirius et Lucy s'arrêtèrent un moment, indécis, essayant de repérer dans la foule leurs amis.
-James ! Cria Sirius.
Un tête se tourna, et bientôt un petit groupe fendit la troupe d'élèves affolés. James, tirant Lily par la main, Rémus et Peter à sa suite.
-Où sont Alice et Sarah ? Demanda précipitamment Lucy.
Lily jeta un coup d'œil derrière elle.
-Je leur ai dit de raccompagner les élèves au dortoir. Ça aurait dû être moi, mais...
Sirius hocha la tête et posa sa main sur l'épaule de James, comme s'il avait deviné ce qu'il s'apprêtait à dire.
-On pensait aller voir ce qu'il s'était passé, lança James.
Lucy détailla tous les visages autour d'elle. Ils avaient tous changé. Même si elle ne connaissait pas les maraudeurs avant cette année, elle pouvait dire qu'ils avaient changé. Elle discernait chez tout le monde cette fermeté. Ils n'allaient pas aller voir juste pour s'amuser. Ils savaient que quelque chose de grave se passait, et voulaient agir.
Alors elle acquiesça elle aussi, en même temps que les autres.
Ils s'élancèrent, Sirius et James en tête, Lucy et Lily juste derrière eux. Les deux autres suivaient. Sirius regarda James.
-Troisième étage, aile gauche, non ?
James hocha la tête, les lèvres pincées. Lucy se demanda comment ils pouvaient savoir avec cette exactitude. Mais elle n'avait pas le temps de penser, alors sa réflexion n'alla pas plus loin.
Ils arrivèrent au troisième étage. Tout était silencieux. Ils ralentirent l'allure. James jeta un regard éloquent à Sirius, qui bougea imperceptiblement la tête. Ils sortirent leur baguette de leur costume, et les agrippèrent fermement. Lucy n'entendait rien, ne sentait rien. S'était-il vraiment passé quelque chose ?
-Lunard, Queudver, derrière, dit Sirius.
Lunard ? Queudver ? Elle connai-
Une ombre passa à côté de Lucy dans un chuintement feutré. Elle se tourna rapidement, les yeux écarquillés. Deuxième chuintement, derrière Lily cette fois. Elle poussa un petit cri.
Sirius jura.
-Des Mangemorts ! Cria James.
Un rire fou s'éleva d'une des silhouettes encapuchonnées. Le sang de Lucy se glaça. Elle se força tout de même à prendre sa baguette dans sa chaussure. Ses mains tremblaient. Elle se savait douée, mais pas au point de tenir tête à un Mangemort. Pas du tout.
-Vous voulez vous amuser, mes petits ? Lança une voix grave, empreinte d'ironie.
Une voix remplie de folie.
-Vous voulez savoir ce qu'on a fait à l'autre ? S'écria l'autre Mangemort.
-Dumbledore va venir, cracha Rémus. Vous allez regretter d'être venu.
Le rire reprit de plus belle.
-Ouh, j'ai trop peur ! Mais où est-il ? Je ne le vois pas, hurla l'homme de droite.
Un homme ? Plutôt un monstre, oui.
-Nott, ne perdons pas trop de temps. Tu sais que le Maître n'aime pas attendre.
-C'est vrai... Quel dommage, mes petits ! Reprit le dénommé Nott. Ce fut un plaisir de faire votre connaissance, rit-il.
Et il tordit son poignet en avant, une lumière vive s'échappant de sa baguette.
-Protego ! S'écria James.
Le combat s'engagea. James s'occupa de Nott, alors que Sirius se faisait déjà attaquer par l'autre Mangemort. Sans avoir besoin de se concerter, Lucy et Lily partirent chacune aider leur cavalier de la soirée. Une soirée qui avait mal tourné.
Au bout de quelques instants de combat, il était clair que même à deux contre un, ils ne faisaient pas le poids contre des sorciers accomplis, portés par la puissance de la magie noire. Mais où étaient Rémus et Peter ? Alors qu'elle mettait en place un bouclier, Lucy jeta un coup d'œil derrière elle. Ce qu'elle vit acheva de l'anéantir.
Un troisième Mangemort. Ils n'arriveraient jamais à les battre. Leur dernier espoir était l'arrivée imminente de Dumbledore.
Elle entendit à côté d'elle Sirius lancer un Diffindo suivi d'un Incarcerem, qui glissèrent sur la cape du Mangemort comme les gouttes de pluie.
Un sort s'écrasa contre le bouclier de Lucy, qui était déconcentrée par l'arrivée du nouveau sorcier du Mal. Son bouclier, fragilisé, vola en éclat alors que ses yeux s'agrandissaient d'horreur.
-Expelliarmus !
Le temps sembla s'étirer, s'arrêter. Lucy vit comme dans un rêve la baguette de Sirius s'envoler dans les airs, et elle était incapable de bouger. Juste capable d'avoir peur.
Elle savait que le Mangemort souriait derrière son masque. Il y prenait du plaisir. Parce qu'il savait qu'il avait déjà gagné. Ce n'était qu'une question de temps.
Elle sentit contre son dos James, qui s'était rapproché avec Lily. Eux non plus n'en avaient plus pour longtemps. Un cri désespéré s'échappa de sa gorge alors qu'elle priait pour que Dumbledore arrive le plus vite possible. Où était-il ? Il avait promis de les protéger...
Le Mangemort envoya sur Sirius un Incarcerem, qui n'ayant plus de baguette, ne put l'éviter. Avec un rire, il s'exclama :
-Tu vas gentiment rester là, et regarder, pendant que je m'occupe de ta copine, d'accord ?
Sirius essaya de se dégager de l'étau qui l'enserrait, mais en vain. Lucy lança tous les sorts qui lui passèrent par la tête, mais le Mangemort les évita à chaque fois d'un petit coup de jets de lumière fusaient dans toutes les directions dans le couloir. Elle ne voyait pas Rémus et Peter, mais elle avait entendu un gémissement de ce dernier.
-Oppugno ! Expelliarmus ! Diffindo !
Rien ne marchait.
Le Mangemort devant elle leva sa baguette et s'arrêta un instant.
-Nott, on devrait en finir. Dépêche toi aussi, Avery. Le jeu est fini.
Tous comprirent ce qu'il allait se passer.
-Heureusement pour vous, mes petits, reprit Nott, le maître préfère la douleur aux morts ce soir, dans sa grande gentillesse. Alors ne vous inquiétez pas.
Encore une fois, il repartit dans un rire fou.
Le Mangemort devant Lucy embrassa une dernière fois du regard la scène, puis avec une voix où la perversité ressortait, lança en direction de la blonde :
-Endoloris !
Une vive lumière rouge s'échappa de sa baguette et elle la vit arriver vers elle sans pouvoir rien faire. Elle savait de toute façon que son bouclier ne tiendrait pas.
Puis une ombre noire sauta devant elle, se prenant le sort de plein fouet. L'ombre glapit, avant de retomber lourdement sur le sol et de se tordre de douleur. Au même moment, dans un froufrou de robe, Dumbledore arriva précipitamment au bout du couloir en compagnie de plusieurs professeurs, et ensemble ils se mirent immédiatement à pourchasser les Mangemorts qui s'enfuyaient déjà. Malheureusement, ils ne réussirent pas à les toucher avant qu'ils n'aient disparu, mais Dumbledore ne s'en préoccupa guère, et accourut plutôt vers eux. Il découvrit en suivant le regard écarquillé de Lucy la forme agitée de spasmes au sol. Non, pas une forme. Un chien.
-Finite Incantatem, dit-il immédiatement.
Par son formidable pouvoir, Dumbledore réussit facilement à arrêter le sortilège impardonnable. Peu pouvaient se targuer de faire cela.
James se laissa tomber à côté du chien, des sanglots dans la voix.
-Patmol ! Oh, Patmol !
Une main se posa sur son épaule.
-M. Potter, veuillez vous écarter s'il vous plaît. J'ai besoin qu'il reprenne sa forme humaine, pour que Madame Pomfresh puisse l'examiner.
James s'exécuta à regrets et Dumbledore pointa sa baguette en direction du chien et commença à murmurer une assez longue incantation, inaudible pour les autres. Au bout de quelques instants, un éclair de lumière enveloppa le chien noir.
Lucy savait ce qu'il allait se passer. Étonnamment, elle découvrit qu'elle le savait au plus profond d'elle même depuis très longtemps. Il y avait eu tous ces indices, juste là, sous ses yeux. Sous ses yeux aveugles. Elle s'était refusé de se l'avouer. Elle n'avait pas voulu l'avouer. Mais quand le chien laissa la place à Sirius, elle n'eut pas de moment de surprise, de mouvement de recul, pas d'étonnement. Elle le savait depuis longtemps.
Elle ne put s'empêcher en cet instant précis, même si elle savait qu'elle était formidablement égoïste, d'en vouloir à Sirius. Tout ce qu'elle avait dit au chien, tous ces moments où elle s'était laissée aller, il avait été témoin sans jamais le lui dire. Il avait bien dut jubiler, quand il avait appris tout ce qu'elle pensait de lui.
Mais ce n'était pas le plus important sur le moment. Il avait quand même reçu le sortilège Doloris, il a du en être très éprouvé.
Lucy se laissa tomber sur les genoux à côté de Sirius, inconscient. Les larmes roulaient sur ses joues. Il avait réussi à briser le sort qui l'entravait par la seule force de sa volonté et s'était jeté devant elle pour prendre le sortilège à sa place. Il s'était sacrifié pour elle. Un sanglot lui échappa. Il avait fait ça pour elle.
Rapidement, Sirius leur fut enlevé pour être emmené en urgence à l'infirmerie. Dumbledore les rassura en leur disant qu'il serait rapidement sur pied, mais qu'il devait se remettre pour l'instant. Il pensait qu'avoir reçu le sort sous sa forme d'Animagus l'avait encore plus touché que si il avait été sous sa forme humaine, mais n'expliqua pas pourquoi. James sembla comprendre. Lucy ne comprit pas, elle.
Mais ils auraient le temps de reparler de ça plus tard.
Ils furent rapidement envoyé à leur dortoir, sans que personne ne demande comment ils s'étaient retrouvé à cet endroit. Mais Rémus avait laissé entendre que Dumbledore reviendrait les voir à coup sûr. Ils avaient autre chose à penser pour l'instant. Ils étaient tous sous le choc.
Des Mangemorts à Poudlard !
L'école était sensée être protégée. Manifestement, non. Mais personne n'osait en parler. SI personne ne pouvait oublier, on préférait taire cet événement.
Lucy ne dormit pas de la nuit.
XxX
Elle se leva avec de petits yeux, ourlés de cernes noires. En compagnie de Lily, elles descendirent en silence dans la Grande Salle pour prendre leur petit-déjeuner.
Sur tout le chemin, les filles entendirent des murmures, qu'elles mirent sur le compte de la veille. Les élèves avaient l'air préoccupé, et ce fut encore plus flagrant quand elles entrèrent dans la Grande Salle.
-Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda Lily à Alice, déjà présente, qui regardait avec des sourcils froncés la Gazette du Sorcier qui venait d'arriver.
Pour toute réponse, elle poussa le journal vers les deux filles, les lèvres pincées.
« ATTAQUE D'UN VILLAGE MOLDU, 12 MORTS PARMI DE NOMBREUX BLESSES »
Lily se recula précipitamment et se cacha la bouche d'une main, alors que Lucy regardait le gros titre, horrifiée.
-Il a frappé. En même temps qu'hier... Ce n'est pas un hasard, murmura Alice.
Les filles ne répondirent rien. Elles n'avaient pas de mots.
Petits clacs de chaussure sur les dalles de pierre, puis une main se posa sur l'épaule de Lucy, qui jeta un coup d'œil derrière elle. McGonagall.
-Mademoiselle Garrison, j'ai à vous parler, s'il vous plait.
Elle hocha la tête, puis lança un regard confus à ses amies. Si on devait lui poser des questions sur ce qu'il s'était passé la veille, alors Lily ne devrait-elle pas venir aussi ?
Mais elle fut rapidement entraînée à la suite du professeur, qui la mena dans une salle inutilisée du Rez-de-Chaussée. McGonagall fit plusieurs fois des allées et venues devant elle, sans qu'elle ne comprenne ce qu'il se passait.
Finalement, McGo frappa légèrement dans ses mains, comme pour se donner du courage, et se tourna vers Lucy, un air de profonde peine sur le visage.
-Mademoiselle Garrison, asseyez-vous, s'il vous plaît.
-Je n'ai pas envie de m'asseoir, répliqua-t-elle, tendue, appréhendant la suite.
Le professeur poussa un léger soupir et ferma brièvement les yeux, indécise. Puis elle les rouvrit, et plongea son regard vert dans celui brun de Lucy.
-Mademoiselle Garrison, il y a eu hier une... Une attaque.
Elle hocha la tête difficilement, la gorge nouée.
-Une attaque d'un village moldu, je sais.
-Il se trouve que... Ce village...
Un temps incroyablement long et court à la fin passa. Puis d'une voix faible :
-Est le votre. Je suis désolée. Vos parents... Ils... Ils n'ont pas...
Lucy se déconnecta. Elle ne voulait pas entendre le dernier mot. Elle ne voulait pas l'entendre, et pourtant elle le connaissait déjà. Elle savait que ce mot n'apporterait que douleur. Elle ne voulait pas. Elle le connaissait. Elle ne voulait pas.
« Survécu ».
Alors, vous avez pensé quoi de ce chapitre ?
