Voilà la suite, ce n'est peut-être pas le chapitre le plus plaisant, car il n'est pas joyeux, mais essentiel pour la suite, même si on y parle beaucoup. J'espère que vous allez apprécier ! Bonne semaine à tous :)
Le vent bruissa à travers les arbres et fit bouger une feuille, qui frôla la joue de Lucy. Comme une douce caresse. Elle ne put s'empêcher de s'imaginer les doigts de sa mère a la place de cette feuille, et regrettait maintenant toutes ces étreintes égoïstement refusées.
Elle replia ses genoux contre sa poitrine, perchée sur une branche en haut d'un arbre, et enfouit ses mains entre ses cuisses pour les protéger du froid qui commençait à s'installer. Le vent renforça sa plainte lancinante, pourtant pâle écho de la douleur qui brisait Lucy.
"Vos parents... N'ont pas survécu".
La phrase tournait dans sa tête comme une incantation. Elle voulait se vider la tête. Elle voulait oublier toute cette peine, ce chagrin.
Elle sortit sa baguette et la fit tourner entre ses doigts. Grâce à ce petit bout de bois, elle pouvait oublier. Il lui suffisait simplement de murmurer un mot. Et tout serait fini. Elle envisagea sérieusement la possibilité. Parce qu'elle ne s'était jamais rendue compte que malgré cette froide indifférence envers ses parents, elle tenait énormément a eux. Comme tout enfant ayant reçu l'amour d'une personne. Mais elle se vit lâcher un rire amer, presque spectatrice de ses propres actions. Si elle le faisait, si elle s'effaçait une partie de la mémoire, elle ne serait qu'une lâche. Une lâche même pas capable d'affronter sa vie.
Alors oui, elle avait terriblement envie d'oublier. Mais pas si cela signifiait effacer une partie d'elle-même. Elle le comprit en voyant sa baguette rouler entre ses doigts. Tous les événements que l'on vit servent à nous former, aussi durs et cruels soient-ils. Ils font partie de nous, et si on veut effacer ces souvenirs, alors on perdait une partie de nous-même.
Mais ça changerait quoi ? Elle se sentait si vide. Une larme roula sur sa joue, se perdant dans le ruisseau asséché créé par les larmes depuis un moment taries. Elle se sentait fatiguée. Elle n'avait même plus la force de pleurer. De toute façon, elle n'avait plus de larmes à faire couler.
Elle avait lu une fois dans un livre que le héros, ayant versé toutes les larmes de son corps, s'était mis à pleurer du sang. Elle appuya sa tête contre le tronc de l'arbre et regarda le ciel, toucha brièvement ses yeux. Qu'est-ce que ça ferait, de pleurer du sang ?
Elle tressaillit quand elle entendit un aboiement soudain, mais ne baissa pas la tête pour regarder. Elle savait qui c'était. Elle savait qu'il viendrait. Une forme souple se glissa sur la branche à côté d'elle, et s'adossa nonchalamment contre l'arbre. Elle ne détacha pas ses yeux du ciel, et fut brusquement envahie par autre chose que de la tristesse.
-Je suis désolé.
Sa voix grave s'éleva dans la nuit, pure et résonnante. Elle n'avait pas besoin de jeter un coup d'oeil sur le côté pour savoir que cette phrase avait été accompagnée par un petit froncement de nez, pour savoir qu'il avait repoussé ses cheveux en arrière d'un mouvement de tête comme à son habitude, pour savoir qu'il baladait son regard sur ce qui les entourait.
Pour la deuxième fois, elle rit amèrement. La tristesse s'était effacé devant quelque chose d'autre, qu'elle commençait à reconnaître.
-Désolé pour quoi ?
Il y eut un silence, puis :
-Pour tout.
Elle se tourna brusquement vers lui. Il la regardait intensément, mais avec une certaine perplexité dans son regard. Ses cheveux blonds s'accrochèrent sur sa joue, mais elle les remit en place.
-Tu n'as pas le droit de dire ça.
La colère perçait dans sa voix. Voilà ce qui avait pris le pas sur son chagrin.
Elle n'y croyait pas.
-Tu n'as pas le droit de dire que tu es désolé, pas après ce que tu as fait, Sirius.
Il sembla sortir de sa torpeur, et fronça les sourcils.
-J'admets que ce que j'ai fait était stupide. Vraiment. Mais à chaque fois, je te voyais parler, te libérer, comme tu ne le faisais jamais en présence des autres. Je t'aidais.
Elle se recula, s'écarta de lui.
-Tu m'aidais ? Mais tout ce que tu as fait, c'est me mentir ! Pendant tout ce temps ! Tu aurais pu me le dire, tellement de fois ! Et tu avais l'air de bien t'amuser, à m'écouter parler !
Elle sembla chercher ses mots, secoua la tête, se radoucit. Elle plongea son regard dans le sien.
-Je te remercie, Sirius. Sans toi, je ne sais pas ce que j'aurais subi, aux mains de ce Mangemort. Et je n'imagine même pas combien tu as du souffrir.
Elle ferma les yeux, son cœur se serrant de douleur. Puis les rouvrit.
-Pour moi.
Ses yeux perdirent leur éclat de compassion, pour se faire à nouveau plus durs.
-Mais je ne peux pas te pardonner. Pas maintenant. Je me sens... trahie.
Un air de profonde douleur se peignit sur le visage de Sirius. Il comprit ce qu'elle devait ressentir. Après tout, elle devait se dire que tout n'était qu'une mascarade depuis le début de l'année, qu'il n'avait fait ça que pour s'amuser. Mais ce n'était pas vrai. Il n'avait jamais cherché à lui faire du mal. Il avança sa main, pour la toucher, lui faire comprendre qu'il s'en voulait, qu'il aimerait revenir en arrière.
-Lucy...
Il effleura sa cuisse. Elle darda à nouveau son regard sur lui. Mais cette fois-ci, il était froid. Complètement froid.
-Ne me touche pas. Tes regrets ne feront pas revenir mes parents, ne feront pas remonter le temps.
D'une voix glaciale, elle énonça une dernière phrase, qui claqua dans l'air comme un fouet.
-Laisse-moi.
Elle reporta son regard sur les arbres et l'entendit, au bout d'un long moment, enfin bouger pour descendre de l'arbre.
Elle s'étonnait elle-même de la froideur avec laquelle elle lui avait répondu. Jamais elle n'avait parlé comme ça. Mais jamais non plus elle n'avait éprouvé une colère si forte. Pas seulement envers Sirius, mais envers les Mangemorts, Voldemort, et surtout elle-même. Elle n'avait pas été capable de dire à ses parents avant qu'ils ne meurent qu'elle les aimait, et maintenant elle s'en mordait les doigts. Ils étaient morts. Et ça, c'était irréversible.
Comme pour apaiser la colère qui bouillonnait en elle, une feuille caressa à nouveau sa joue. Elle eut la fugace et très étrange impression que c'était les doigts de sa mère, et non une feuille, qui avaient frôlés sa peau. Ils étaient là. Maintenant, ils pouvaient constamment veiller sur elle.
Elle craqua et ses yeux se remplirent de larmes, encore une fois. La vie était injuste. Tellement injuste. Mais elle s'efforça de ne pas laisser ses larmes déborder. Ça ne servait à rien de pleurer. Si elle pouvait changer quelque chose, ce ne serait pas avec des pleurs, mais avec sa force. Seulement, elle était loin d'être forte.
Elle se redressa et s'assit sur ses talons, en regardant dans le vague. Elle jouait toujours avec sa baguette. Elle se rappela Ollivander, qui avait sourit avec entente quand la baguette l'avait choisie. Elle lui avait demandé pourquoi il avait cet air, et il avait dit :
-Les baguettes en bois de cèdre n'acceptent comme compagnon que les personnes dotées d'une certaine force de caractère et d'une belle loyauté. Ces personnes font preuve d'un grand pouvoir pour défendre les gens qu'elles chérissent. Ce sont de belles qualités, jeune fille.
Un pâle sourire flottait sur ses lèvres, au rappel de ce souvenir. C'était le moment de découvrir si ce qu'avait dit ce vieil homme était vrai. Si elle trouverait la force après ce qu'il s'était passé, et ferait honneur à sa baguette. Parce qu'à cet instant, plus rien d'autre ne comptât à part sa baguette et elle. Elle brûlait d'une formidable énergie, alimentée par sa colère et son chagrin.
-Je vous vengerai, murmura-t-elle au vent. Je deviendrai forte. Je vous le promets.
XxX
Elle n'en pouvait plus de ces regards chargés de pitié qu'on lui lançait. Les gens de sa promo et même quelques autres Gryffondor semblaient tous être au courant, et le lui faisait sentir. Elle étouffait, avait envie de crier, de leur hurler de regarder autre part. Elle n'avait pas besoin de cette pitié, qui la faisait se sentir encore plus misérable.
-Hey, dit Lily, en se glissant à côté d'elle sur le banc. Ça va ? Demanda-t-elle avec inquiétude.
Lucy haussa simplement les épaules, en essayant de ne pas regarder les Maraudeurs qui s'installaient plus loin.
-J'espère que ça va être bon, ce soir, lança la rousse, d'un ton qui se voulait enjoué.
« C'est toujours bon, Lily ». La phrase lui brûla les lèvres, mais Lucy ne dit rien. Elle savait que Lily faisait son possible pour alléger sa peine, elle appréciait ses efforts, mais ça ne marchait pas.
Tous les élèves tournèrent la tête vers la table des professeurs quand un tintement de verre retentit dans la Grande Salle. Dumbledore se leva, ses mouvements empreints de sagesse, et balaya la salle d'un long regard scrutateur. Quand toute l'attention fut sur lui, il se mit à parler.
-Mes chers élèves, j'irai droit au but. Vous savez maintenant tous, j'imagine, que le bal d'hier soir ne s'est pas déroulé comme prévu.
Lucy eut l'impression qu'il jaugeait les élèves, avant de reprendre :
-Des Mangemorts se sont infiltrés dans la château.
Des murmures s'élevèrent dans le silence de la salle. Les élèves n'en avaient entendu que des rumeurs, mais la déclaration de Dumbledore acheva de convaincre les plus douteux. Il n'y avait plus de doute.
-Malheureusement, ils s'en sont pris à un élève, qui a été gravement blessé, mais qui est en ce moment sous les bons soins de Madame Pomfresh. Heureusement, nous ne sommes pas arrivés trop tard.
Lucy grimaça, et entendit Sirius et James lâcher un rire plein d'ironie amère.
-Pas trop tard, c'est ça, ouais, chuchota Sirius.
-Mes chers élèves, reprit Dumbledore, d'un air sombre, il me semble qu'une période ténébreuse nous attend. Je ne dis pas cela pour vous effrayer. Vous devez le savoir, Voldemort reprend pouvoir.
Un murmure traversa la salle, à l'évocation du nom. Un frisson descendit le long de la colonne vertébrale de Lucy. Elle ne croyait pas, comme certains, que si on prononçait son nom, Vous-Savez-Qui allait apparaître. Elle pensait surtout que les noms avaient un pouvoir. Comme dans la mythologie, les noms ne sont pas donnés au hasard, et ils sont parfois porteurs de beaucoup de puissance.
-Il nous faut pourtant rester unis, car il profitera de chaque instant, chaque faille, pour essayer de nous atteindre. Mais ne vous inquiétez pas, nous avons pris des mesures, et plus personne ne rentrera dans ce château sans y être invité.
Un silence suivit a fin de son discours, puis le bruit envahit de nouveau la salle. Pourtant, on entendait quelques cris de panique, et l'atmosphère joyeuse qui régnait auparavant avait été remplacée par une terreur sourde. Les élèves avaient perdu leur appétit, et commencèrent à quitter la salle par petits groupes, démoralisés.
Lucy vit les Maraudeurs sortir du coin de l'oeil, quand Lily posa sa main sur son bras, en lui faisant un sourire.
-On y va ?
Lucy étudia étrangement ses traits, puis secoua lentement la tête.
-Vas-y toi. Je dois parler à McGonagall.
Lily fronça les sourcils.
-Pourquoi ? Ça ne peut pas attendre demain ? Et tu ne veux pas que j'aille avec toi ?
-Non, répondit la blonde, peut-être un peu trop durement.
Lily ouvrit la bouche, puis la referma quand Lucy tourna la tête vers la table des professeurs, se gratta le menton dans un geste préoccupé, jeta un dernier regard à son amie, puis partit avec regret.
Lucy attendit un peu, puis se leva et sortit de la salle avec les derniers élèves. Elle s'adossa pourtant au mur directement après être sortie, et regarda les Poufsouffles se diriger vers leur dortoir.
Elle patienta, s'efforçant d'oublier l'immense vide qui s'emparait d'elle. Elle avait pour l'instant « éteint » ses émotions. Ses sentiments ne servaient à rien pour l'instant.
Elle ferma les yeux durant son attente, et les rouvrit lorsqu'elle entendit des bruits de pas.
-Albus, est-on vraiment à l'abri ? Demanda une voix paniquée, que Lucy reconnut comme étant celle du professeur Slughorn.
-Ne vous inquiétez pas Horace.
Slughorn ne dit plus rien, mais Lucy le vit passer devant elle, seul, quelques secondes après. Il était tellement angoissé qu'il ne la vit même pas, et elle n'était pas cachée. Elle retendit l'oreille quand une voix s'éleva à nouveau et que les bruits de pas s'estompèrent. Dumbledore et qui que ce soit se trouvant encore dans la Grande Salle s'étaient arrêté.
-Albus...
Le professeur McGonagall, avec sa voix rigide et ferme, ne laissant pas la place aux émotions. Pourtant, Lucy perçut non pas la panique de Slughorn, mais une pointe d'appréhension dans sa voix.
-Comment ont-ils pu s'introduire dans le château ?
Ils ne se doutaient pas du tout qu'un élève pouvait se trouver là, c'est pour cela que Dumbledore répondit, après un petit moment.
-Je ne vois qu'une seule possibilité, Minerva, qui pourtant m'effraie. Quelqu'un leur a permit d'entrer. Quelqu'un à l'intérieur de cette école.
Il y eut un silence légèrement angoissé.
-Un professeur ? Ou...
-Je ne sais pas, Minerva. Mais qui que ce soit, il doit être puissant et très bien informé pour leur avoir ouvert le passage. Un professeur, ou un élève très doué, probablement en septième année alors. J'en ai peur, mais c'est la seule conclusion à laquelle j'en suis arrivé.
-Mais comment ont-ils pu... ?
-Cette question ne me quitte pas depuis hier soir... Il va falloir protéger le château, Minerva, reprit Dumbledore d'une voix plus ferme. J'ai bien peur qu'ils ne projettent de revenir.
-Vous allez...
-Non. Ce ne serait qu'en dernier recours. Ils pourraient se retourner contre les élèves, et qui sait jusqu'où ils pourraient aller. Non. Je vais établir quelques sorts de protection autour du château. Il faudra aussi réussir à convaincre les centaures de nous aider à surveiller la forêt.
-Les centaures ne se laisseront pas facilement convaincre, soupira McGonagall. Ils sont probablement trop fiers pour interagir avec des humains...
-Nous avons aussi besoin de quelqu'un qui pourra les sentir arriver.
Sa déclaration s'ensuivit d'un silence.
-Lui faites-vous vraiment confiance, Albus ? Demanda-t-elle d'une petite voix.
Dumbledore laissa échapper un soupir mi-amusé, mi-fatigué.
-Minerva, je ne peux pas placer mon entière confiance en Tasha. Après tout, c'est une vampire. Mais si elle accepte de venir, je pense qu'elle effectuera sa tâche comme demandée.
A ces mots, la surprise de Lucy grandit encore. Cette conversation était tellement... Tellement. Un vampire ! Un vampire allait venir à Poudlard ! Mais Lucy frissonna quand elle pensa que même Dumbledore ne pouvait pas lui faire entièrement confiance. Leurs vies reposaient alors sur de simples espoirs ? Parce que Lucy était sûre qu'ils allaient revenir. Ils l'avaient dit. Et cette fois-là, ils sèmeront encore plus de souffrances.
-Oui, mais que demandera-t-elle en échange ?
Cette fois, son soupir ne contenait que de la fatigue.
-Je ne le sais, mais il est sûr qu'elle voudra se nourrir et très probable qu'elle réclame encore autre chose, mais je ne sais quoi.
La colère envahit Lucy. Se nourrir ? Un vampire ? Ça voulait dire que des élèves allaient être attaqués ? Alors même qu'il appelait cette femme, cette vampire, pour les protéger ?
-Vous n'avez pas le droit de faire ça.
Les mots sortirent de sa bouche avant qu'elle n'y pense. Parce que oui, si elle y avait pensé, elle n'aurait rien dit. Maintenant, elle allait avoir des ennuis. Mais étrangement, elle s'en fichait, parce que depuis le matin, elle n'était que colère, chagrin, et vide. Même si tout cela n'allait pas ensemble. Justement parce que tout cela n'allait pas ensemble.
-Qui est là ? S'écria McGonagall.
Elle entendit les deux professeurs se rapprocher de l'entrée du Hall, mais elle les devança et se positionna d'ans l'embrasure de l'immense porte en bois. Les deux adultes parurent un instant stupéfaits que ce soit elle, et pour une fois pas les Maraudeurs, mais Dumbledore eut rapidement un petit sourire, alors que McGonagall fronça les sourcils de mécontentement.
-Comment pouvez-vous inviter un vampire pour nous protéger, mais le laisser attaquer des élèves ? C'est tellement contradictoire ! Et vous dites vouloir nous protéger ?
Elle ne savait pas ce qui n'allait pas. Ou plutôt si, elle savait. Mais elle avait besoin que ça sorte. A bout de souffle, cherchant ses mots, elle s'arrêta. Dumbledore fit un pas vers elle en levant la main.
-Mademoiselle Garrison, c'est étonnant de vous voir ici.
Elle ne répondit pas, se contenta de le regarder assez méchamment. Il semblait être légèrement amusé, et elle se demandait bien pourquoi.
-Sachez, mademoiselle, que Tasha, la vampire dont nous parlions lorsque vous étiez à portée d'oreille – quel hasard que cette porte soit ouverte, vous permettant d'écouter, vraiment -, est une vampire faisant partie de la noblesse. Le système politique des vampires est très différent du notre, vu qu'ils vivent à l'écart de nous, humains. Faisant partie de la noblesse, elle ne se nourrit en conséquence pas de sang humain. Seuls les vampires de bas étage, ceux ayant mal tourné et n'ayant pas résister à l'« appel », comme ils nomment cela, s'attaquent aux humains. C'est d'ailleurs à cause d'eux que toutes ces légendes sur les vampires sont nées.
Lucy recula la tête, en écarquillant les yeux de stupeur, et se rendant compte de sa bêtise, commença à s'empourprer.
-Euh, je... Je suis désolée.
Dumbledore lui lança un regard doux et agita la main, ne paraissant pas se formaliser de son effronterie.
-Je comprend les interrogations qui ont pu vous traverser l'esprit, c'est pourquoi ce n'est pas grave.
Son regard se fit plus ferme.
-Mais sachez que jamais je ne mettrais délibérément la vie de mes élèves en danger. Cependant, comme je l'ai dit plus tôt, une époque sombre s'annonce, et nous auront besoin de toute l'aide possible.
Il la scruta avec des yeux légèrement plissés derrière ses lunettes en demi-lune.
-Vous vous en êtes rendu compte, n'est-ce-pas ?
Lucy, sous le poids de son regard et au rappel de son incapacité de la veille, déglutit difficilement. Elle baissa les yeux et ses épaules s'affaissèrent. Dumbledore l'étudia sans rien dire pendant qu'elle ressentait une profonde détresse à l'intérieur d'elle-même, et c'était comme si il lisait en elle, mais ne fit aucun commentaire. Elle releva les yeux au bout d'un long moment, les posant d'abord sur McGonagall qui se tenait droite, les lèvres pincées, avec un soupçon d'inquiétude dans les yeux, puis sur le directeur de l'école.
-Nous n'avons rien pu faire.
Sa voix était faible et résonna à peine entre les murs de pierre.
-Vous n'étiez pas de leur niveau, et c'est tout à fait normal, pour les élèves pourtant brillants que vous êtes. Ces Mangemorts sont des sorciers entraînés, maîtrisant parfaitement la magie, et soutenus par la magie noire. Si vous aviez réussi à en battre un, cela aurait voulu dire que Voldemort aurait du souci à se faire, au vu de ses recrues.
Sa voix était chaude et réconforta Lucy.
-Mais notre devoir est de vous préparer au monde extérieur, et le pouvoir du mage noir ne cessant de grandir, vous savez tout comme moi qu'ils vont essayer de revenir, n'est-ce-pas, mademoiselle ?
Elle acquiesça, incapable de trouver des mots pour faire face à ce qui était la vérité.
-J'ai par conséquent décider de vous entraîner plus dur sur votre capacité à vous défendre. C'est pourquoi j'ai demandé à M. Durart, votre professeur de Défense contre les Forces du Mal, de créer un groupe destiné à aller plus loin avec les élèves les plus doués, de façon à ce qu'ils soient capables de défendre les élèves moins puissants contre un éventuel retour des Mangemorts. Groupe dont vous allez faire partie, si vous êtes d'accord.
Elle écarquilla les yeux de surprise en le regardant, et ouvrit la bouche.
-Vous nous avez montré votre bravoure hier soir, et avec plus d'entraînement, vous serez capable de vous défendre face à eux.
-Mais j'ai été inutile ! S'écria-t-elle. A cause de moi, Sirius s'est pris le sortilège d'Endoloris ! Il a souffert, à cause de moi ! Je n'ai rien été capable de faire...
Ses jambes tremblèrent. Elle était secouée, alors que toute la culpabilité revenait sur elle.
-Si Monsieur Black s'est jeté devant vous pour vous protéger, ne pensez-vous pas que c'est son choix ? Ne lui enlevez pas le courage et la bravoure dont il a fait preuve. Il a exactement prouvé qu'il était à sa place dans la maison Gryffondor. Ne lui enlevez pas cet honneur.
-Mais...
-Mademoiselle, intervint McGonagall. La force ne se résume pas simplement à la capacité de battre son adversaire. La force que vous recherchez se trouve partout autour de vous, dans la nature, dans les objets, dans votre baguette, en vous. Il vous faut d'abord apprendre à la voir, puis à l'utiliser. Avant d'avoir une action sur les autres, il faut d'abord avoir une action sur soi-même.
Dumbledore acquiesça à côté avec un sourire, alors que Lucy réfléchissait à ces paroles. Elle avait raison. Elle devait d'abord se changer elle-même, pour pouvoir utiliser pleinement ses capacités.
-Et maintenant, l'interrompit Dumbledore dans ses pensées, si vous nous expliquiez la raison pour laquelle vous êtes là ?
Elle recula la tête en fronçant les sourcils un instant, ayant complètement oublié pourquoi elle était là. Puis elle se redressa, et les deux professeurs notèrent que son regard changea. Se fit plus ferme, plus décidé, plus dur. Elle se laissa envahir par une calme résolution.
-J'aimerais aller voir mes parents. Leur dire une dernière fois au revoir. Leur dire adieu.
Sa voix craqua à la fin, mais elle n'y fit pas attention, et scruta la réaction des deux adultes. Ils échangèrent un regard préoccupé, indécis, puis au bout d'une attente qui paraissait une éternité pour Lucy, Dumbledore acquiesça imperceptiblement en direction de McGonagall, qui lâcha un petit soupir. Elle braqua son regard sur son élève, préoccupée pour elle, qui était trop jeune pour connaître tous ces malheurs, impressionnée par sa maîtrise d'elle-même, alors qu'elle sentait qu'elle était depuis le début au bord de la rupture, attendrie, parce qu'elle avait la légère impression de se retrouver dans cette jeune fille qui a été forcée de grandir trop vite.
-Très bien. Vous irez samedi prochain.
-Seule ? S'étonna Lucy.
McGonagall eut un petit sourire.
-Ne vous inquiétez pas, vous ne vous apercevrez même pas de ma présence.
XxX
Elle effleura du bout des doigts la reliure en cuir du carnet. Soupira. Le prit en main, le reposa sur le rebord de la fenêtre. Se détourna, pour revenir aussitôt. Soupira à nouveau.
-Alors, ce sont eux, n'est-ce-pas ?
Elle ne se tourna même pas pour savoir que c'était Lily, qui s'était assise sur son lit.
-Oui.
-Comment tu te sens Lucy ? C'est à peine si tu m'as dis un mot depuis hier soir.
La blonde porta son regard sur son amie, et dit d'une voix dure :
-Trahie.
-Tu veux qu'on en parle ? Demanda d'une voix douce la rousse, comme la voix que Lucy prenait parfois pour approcher un animal blessé.
-Je ne vois pas ce qu'i dire. Il m'a menti pendant tout ce temps. Et tu te rends compte que c'est Rémus, le... Rémus !
Lily eut un frisson.
-J'arrive pas à y croire... Mais laissons-le de côté pour l'instant. Le pauvre.
-Tu ne vas quand même pas commencer à le plaindre, Lily ? S'écria Lucy en se tournant brusquement vers sa meilleure amie. Il aurait pu blesser des gens, pendant tout ce temps !
-Et tu crois qu'il a choisi d'être comme ça ?
Sa voix se fit un peu plus forte. Parfois, Lucy ne voyait que certains côtés des choses, et son caractère buté n'aidait en rien.
-Tu crois qu'il a choisi de se faire appeler un monstre pendant toute sa vie ?
-Peu importe, dit Lucy en secouant sa tête. Il est ce qu'il est maintenant. Mais il est dangereux. Et s'il perdait le contrôle, hein ?
La remarque fit ouvrir la bouche de Lily, dans une grimace presque... dégoûtée.
-Non mais tu t'entends, Lucy ? Tu te rends compte de ce que tu dis ? Il n'a jamais choisi d'être ça, et je pensais que toi, tu serais la première à comprendre. La première à le comprendre. Découvrir ce qu'il est ne change rien, parce que avant-hier, il était le même qu'aujourd'hui. Il est notre ami, et c'est comme ça que tu parles de lui ?
La main de Lucy serra le carnet tellement fort que ses jointures devinrent blanches.
-Il n'est pas mon ami, répliqua-t-elle les dents serrées.
Et c'était vrai. Les rares fois où ils se sont retrouvés ensemble, il n'avait rien fait pour lui parler. Elle avait remarqué le regard qu'il lui avait porté quand ils cherchaient ensemble Sirius dans la Forêt Interdite. Il lui en voulait d'avoir dit ça à son ami. Et elle n'avait jamais eu un bon feeling avec lui, alors elle n'avait rien fait pour faire plus ample connaissance.
Lily ferma les yeux un instant sous le choc, et les rouvrit. Ils étaient froids.
-Comment peux-tu dire ça, Lucy ?
Elle se leva, et se plaça devant la blonde.
-Et Sirius ? Comment oses-tu lui faire ça, après qu'il se soit jeté devant toi, Lucy. Il s'est jeté devant toi, a souffert à ta place, t'a défendu, tout ça pour toi.
Sa voix n'était qu'un murmure. Mais un murmure chargé d'incompréhension et même de dégoût.
-Il n'a pas menti. Il n'a jamais menti. Il ne t'a juste rien dit. Et pourquoi ? Encore une fois, pour toi, parce que ça te faisait aller mieux. Comment as-tu pu le repousser comme ça, alors que tout ce qu'il a fait était pour t'aider, parce qu'il avait des sentiments pour toi ! Par Merlin, Lucy, il t'aime, et toi tu lui en veux parce qu'il ne t'a pas dit qu'il était le chien que tu adorais ? J'espère que tu réagis comme ça parce que tu es encore sous le choc du drame que tu as vécu avec la mort de tes parents, Lucy, j'espère vraiment. Parce que là, je ne te reconnais plus.
Les larmes étaient montées aux yeux de Lucy. Mais même si elle avait envie de pleurer, la colère prit le pas, parce qu'elle ne supportait pas que Lily lui dise ça. Elle ne supportait pas qu'elle ait à ce point raison.
-Tu ne comprends pas. Tu ne comprends pas ! Toi, tout va bien dans ta vie! Tout le monde t'aime, ta famille est vivante, tu as le monde à tes pieds ! Ça ne te fait rien de découvrir que James a menti, et qu'il est un satané cerf à ses heures perdues ? J'ai l'impression de ne plus les connaître, moi ! Tout ce à que je croyais s'est effondré. Et tu oses me dire que je ne réagis pas de la bonne manière ?
Elle se prit la tête dans ses mains, presque hystérique.
-Je n'ai rien pu faire, RIEN, contre les Mangemorts ! Je suis inutile, et tellement faible ! C'est sûr ce n'est pas ton cas, si tu partais, tu manquerais à tout le monde.
La douleur qui avait empreint les traits de Lily disparut, et son visage se ferma. Elle n'y tint plus, et gifla Lucy.
-Depuis quand tu te préoccupes de ce que les gens pensent de toi ? Je pensais que tu étais au-dessus de tout ça. Ça fait quoi, que tu ne sois pas aussi populaire que ces garces de Poufsouffles, hein ? Est-ce que ça change vraiment quelque chose ? Parce que moi, je ne crois pas, non. Et si tu étais partie, ça m'aurait vraiment fait mal, tu m'aurais vraiment manquée. Mais là, après ce que tu viens de dire, je n'en suis plus aussi sûre. Arrête de t'apitoyer et de te chercher des excuses, Lucy, et affronte un peu ta douleur en face. C'est sûr, ça va faire plus mal que cette gifle, ais si tu ne le fais pas, tu subiras cette douleur toute ta vie. Maintenant, à toi de voir.
Elle jeta un dernier regard déçu sur la blonde, et sortit sans se retourner de la chambre, laissant Lucy seule, qui tomba à genoux, les yeux dans le vague, peinant à comprendre ce qui venait juste de se passer. Elle monta sa main jusqu'à sa joue, et toucha doucement la peau de ses doigts fins.
La claque qu'elle s'était pris à cause des paroles de Lily était pire que celle qu'elle lui avait donnée, bien pire. Elle savait que Lily avait raison, mais elle n'arrivait pas à se défaire de ce cocon de douleur et de peine dans lequel elle était engluée. Elle ne voulait pas affronter la vérité, peut-être. C'est vrai, tout était plus simple si on passait pour la victime, n'est-ce-pas ? Sa bouche trembla mais elle retint ses larmes et les ravala à grand peine.
Elle devait tellement faire honte à ses parents.
XxX
-Êtes-vous prête ? Demanda McGonagall en tendant son bras.
Lucy n'avait pas encore eu son permis de Transplanage. Elle jeta un dernier regard sur les murs de pierre du château, la gorge nouée, puis s'accrocha au professeur.
-Je suis prête, professeur.
Elle allait pour la dernière fois dans son village natal, visiter le cimetière pour voir ses parents. Peut-être qu'elle aurait pu emmener quelqu'un, mais Lily ne lui avait plus parlé depuis qu'elles s'étaient disputées. Elle n'était pas allée la voir. Pas encore. Mais après être revenue, elle allait tout arranger. Et pas qu'avec Lily. Elle devait beaucoup d'excuses, non ?
-Allons-y.
